‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 19 sur 53 · III. S · texte numérisé non relu

III. S

le laissa couvert de confusion. Ëbrard admira llmpudenoe de rennemi , puis se tournant vers ses compagnons , qui avaient été témoins du dialogue^ il leur dit aussitôt : a Mes frères , la solitude et l'exil volontaire que nous nous sommes choisi , peuvent nous conduire au salut; niais le discours que le démon vient de nous tenir nou^ démoûirè les dangers auxquels nous serons soumis , si nous voulons y persévérer : la présomption et Torgueil. Q est donc plus sage d'aller nous établir ailleurs ;. nous y triompherons plus facilement des pièges de satan; soumis à Tobéissance et à l'humilité^ nous serons exempts des dangers que nous courons ici. L'abbaye de Marmoutier est un heu très-pn^re h exécuter le dessein que nous avons pris de nous consacrer entièrement à Dieu et d'achever nos jours dans la pénitence; c'est là que nous devons fixer notre demeure sur la terî*e , pour mériter d'en avoir ime permanente dans le ciel. » , .

Après ce discoinrs , la pieuse troupe prit le chemin- de Toursy et vint se jeter aux pieds de l'abbé saint Barthélémy, qui reçut les solitaires comme des anges du cieL Mais il se rencontra naturellement un obstacle qui retarda quelque temps l'accomplissement de leurs vœux. Ébrard étant dans les liens du mariage ne pouvait faire profession de la vie monastique sans le consentement de son épouse ; et il était difficile d'obtenir ce consentement d'une jeune iîemme, de naissance illustre, qui se voyait presque aussitôt veuve que mariée, sans avoir connu les joies de la maternité. Comme l'affaire était délicate, le saint abbé de Marmoutier se chargea de la négocier lui-même^ retenant pendant ce temps-là Ébrard au monastère sous son habit séculier.

Lorsque la renommée eut appris que le saint fugitif était à Marmoutier, Hugues, son frère, s'y transporta aussitôt, dans l'espoir de le faire renoncer à son dessein et de le rendre à lafamille(i). Mais Ébrard lui parla de Dieu, dumépris

(1) Sur le caractère de Hugues de Puiset, voir Suger, de Vita £Md<h vici Grossi , c. xvin et seq.

HOSL. 387

du monde, et du soin qu'il devait avoir lui-même de son salut^ en des termes si forts, que ce seigneur, touché d'une vive componction , donna à l'abbaye l'autre moitié de la terre de Notouville , en considération de son frère, et porta 9tfr l'autel de Saint-Martin Tacle de cette donation, en présence dé Guicher, seigneur de Château-Regnaud, de Sulpice de Chaumoût et de plusieurs autre:^ personnes de qualité (1). Ébrard,. ayant obtenu le consentement de sa femme, prit l'habit religieux , et fit profession de la vie monastique. Gomme on devait l'attendre d'un caractère aussi généreux, il donna dans le cloître l'exemple de toutes les vertus , faisant chaque jour de.nouveaux progrès. Autant il avait montré d'orgueil , autant il lit paraître d'humilité. Soumis et obéisfsant à ses frères , il se montrait le plus humble , le plus mortifié de cette nombreuse et sainte communauté. Pour cacher ses talents et se faire oublier , il affectait les manières d'un homme rustique , ne désirant que les fonctions les plus basses, les offices les plus pénibles du cloître (2). Son abbé ne laissa pas de l'employer dans des a£Édre8 importantes et de lui confier plusieurs négociations difficiles; mais elles ne servirent qu'à faire éclater davantage son mépris du monde et son humilité. Dans tous les voyages qu'il fit par ordre de son supérieur , on ne put jamais le déterminer non-seulementii loger ^ mais mèmei entrer dans aucun des châteaux qu'il avait quittée pour Jésus-Christ.

(i) D. MartènCi Histoire de V abbaye de Marmoutier ^ 1. 1, part. 1, p. 480* et suiv.

(2) Ouem postmodum sub monachica (veste) posituni tanta corpus suam Tilipensione habere conspexiwus , ut indumenti vilitas , vuUut demissio , membrorum exilitas , non fuisse comîtem» sed agrestem rustir colum loqueretur. Et cum per urbes ac oppida pro abbatis imperio miUeretur^ nunquam propria addtici potuit voluntate,. ut castella qu» rèliquérat vel semel ingredi pateretur. Haec , quœ superius relata sunt , ipM mihi retuUt, cum me adbuc juvenculum tantopere veneraretur, atque sas consanguinitatis ascisceret , ut amoris sui , atque cuUus , specialiquadamsingularitate donarek. — Guiberti de Novigento qpera f p. 4ft4.

388 HISTOIRE D£ l'ÉGLISË DU MANS.

Les grands exemples qu'Ébrard donna sous Thabit moDa- 8ti()ue , ivulireut de nouveau son nom illustre dans le monde et dans les cloîtres; en sorte que les religieux dé Saint-Calais l'élurent pour leur abbé après la raort de Hugues (d). Cette élection^ inspirée par les plu» loualdes motifs^ épi*ouva cependant de la contradiction de la paît de quelques personnes qui ne sont pas clairement dési^ gnées^ mais qui appartenaient probablement au clergé de la cathédrale. Le doyen Geoffroy,. dont nous aui^ons beaor coup à parler, se fit l'écho de ces réclamations; il en écrivit à saint Yves, évêque de Chartres, lui répétant toutes les calomnies que la malignité avait pu inventer (2). tfais

(1) Une charte de Marmoutier , de la fin du xi* siècle , nomme Ékinrd reli^eux de Marmoutier et abbé de. Saint-Calais, ce qui ne peut convenir qu^au célèbre Ëbrard dont nous parlons; car, comme le feit observer D. Martène, il n*est plus fait mention de lui dans aucune' des chartes de Marmoutier à partir de cette époque. Histoire de i'abbaye de Marmoutier , Ms. , part. 1 , t. 1, p. 480-455.

(2) Yvo , humilis Ecclesiœ Carnotcnsis minister, Gaufrido , Cenonanensis Ecclesiœ decano , salutem. — Multis et magnis negotiis, fratemitati tuse sufficienter ad prœsens scribere non potui. De Ebrardo ( il Eberardo) tamen hoc tibi respondeo, quia cum morum acerbitile, et tam actuum suorum quam verborum importabili prœsumptione codfratres sucs fréquenter ofTendcret , hoc modo licentiam ab cis proroeruit, et hoc tantum ut monachus Majoris Monasterii manerct obliouit. Qui ergo contempto clericatu ad monastcrium confugit , et e converse contemple monasterio iterum ad clcricatum aspirare contendit , non niifai facile suscipiendus videtur ab his, quibus \ita et doctrina et moribus nondum fuit ipanifestus. Si ergo hujusmodi personas intentione te sen* seris prîBgravari , libéra est tibi facilitas rcfutandi , quia sccundum decretuin Pape Cclestini ( c. xii. nullus, distinct. 61 ), tune primum aller de altéra eligendus est Ecclesia , si de civitatis ipsius clero, cui episcopus est ordinandus , nullus dignus fquod evenire non cre' dimiisj potuerit reperiri* Et quia per te sapis, superfluum mihi videtur te instruere , quibus auctoritatibus debcas ignotos , et ex transvcrso venientes refutarc. Hoc tamen consulo tibi , ut abbatuin Majoris Slonaslerii, cujus adhuc monachus est, comnioiicfaciatis : quatinus prsdictùin Ebrardnm a tali ambitione compescal, ac regulari severitatc, si sit necesse, coerceat. Licct enim abbatem cum tieri conscnserit , non tamen éum a jugo monasticae disciplina) liberavit. Vale. Divi Yvonis^ Carnotensis episeopi^ opéra omnia, edit. Front., part. 11 , p. 24. — Cfr. BibliO' thèque de l'école des Chartes , 4* série , 1. 1 , p. 462.

que pouvaient Tenvie et la calomnie contre une vertu si éprouvée? aussi ne tinrent -elles pas longtemps^; Ébrard devint abbé, de Saint-Galais. On ne connaît que très-peu de chose de Tadministration de cet illustre prélat; mais tout porte à croire que la fin de ce grand honune correspondit à de si beaux commencements, et que sa mort fut aussi sainte que sa vie. Guibert, qui avait appris de sa lK>uche la plus grande partie de ce qu'on sait de lui aujourd'hui, le propose comme le modèle le plus accompli d'une parfaite conversion; il met celle d-Ébrard à la tète de toutes celles qui étaient arrivées de son temps (1). Lorsque Hugues de Puise t vint à mourir, Ébrard ne jugea pas à propos de se rendre près de lui ; mais il lui procura un anniversaire à Marmoutier;' U n'oublia -jamais cette dernière abbaye, y fit de fréquents voyages , et intervint en plusieurs affaires qui la concernaient , depuis qu'il fut abbé de Saint-Calais. Dans le diocèse du Mans, il figure également en diverses circonstances importantes , qui témoignent de la considération dont il était entouré : en 4095 il siège le premier des abbés en la cour de l'évêque du Mans (2); peu après il e&t ténaoin de la donation de l'église de Boeçay, faite à l^abbaye de Pruillé, au diocèse d'Angers, par le comte Hélie (3). Ébrard dut favoriser l'étude des lettres, dont la <nditik>n ne s'était jamais perdue'à Saint-Calais. Avant son entrée à Marmoutier , son instruction était à peu près nulle ^ comme celle de la plupart des seigneurs de son tempd; mais à peine fut-il entré dans le cloître qu'il prit la science en estime, et la reganla comme le complément des vertus qu^il possédait déjà (4).

(4) Toaché de Texemple d*Ébrard , Simon, ^Ââto èè tlresy-en-ya^ois, ta convertit et renonça au monde. Guibert de NMgtKt , de Vita sûa^ etp; 1. -^ D. Bouquet , t; XII , p. 297. ' ^f) D» Martène , Âmpliss. collect.y 1. 1, col. 562.

(•) CAWim , Géographie ancienne du diocète du JUanSy p. 180.

(4) Gui inolitum quiddam curialissimiim fuit, ut si quos repcriref, qtios prflBmincro litcrii sciret, in libollulo, qucm ad id operis secum ipse crebro gestarel , quemque pro «uo cnpln dictitare prcsa , len ver^tlNii

Vers le mèrae temps > ou peu auparavant > le domaine féodal de l'abbaye de Saint-Calais^ éprouva une gnve attebate. La seigneurie de la ville, qui s'était formée à l'ombre de son sanctuaire^ lui appartenait en vertu méine de sa fondation; elle fut usurpée par une famille puiseante, probablement par celle qui doona au siège du Mam nn évéque du nom de Guillaume de Saint-Çalais. HuguesIV^ vicomte de Ghâteaudun^ fit l'acquisition de cette seigneur rie vers le milieu du xii* siècle , et depuis ce temps-Û dk resta attachée à la baronnie de Montdoubleau (i).

Le prieuré de Saint- Yicteur contiimait d'être Ton des sanctuaires les plus véûérés du diocèse du Mans; aufâ vit-on à la même époque Hugues de Rosset lui donner les rentes qu'il possédait sur une métairie située à Domfront* en-Champagne; et Hugues de Sillé-le-Guillaume lui fit on don encore plus considérable (2).

Il y eut aussi^ pendant l'épiscopat d'Hoël, plusieurs foxh dations de prieurés en favem^ des monastères situés hm de la province. L'un des plus eonsidévables fut celui de Saint-Gilles de Pont-de-Gennes (3). En l'année 4092, Aj^, veuve de Hugues de Pont-de-Gennes, donna à l'abbaye do Saint-Avit 5 au diocèse de Chartres , dans laquelle ses deux filles Pétronille et Adrehilde avaient pris le voile, oe prieuré qu'elle fonda et dota de ses propres biens. Elle lui

eogeret; ut dom qaorumcumque , qui supéres prœdicabantar siddio, dicta colligeret, ex dictis etiam singulorum seosa libaret. Quas tiqui* dem , quamvis per se Doa capcret ex eorum taipen , quibus hœc legenda pandebat, indubie sententia mox teneret , in quo potissimum quis aot in sensu , aut carminé accuratiora dixisset... Venerabilis Guiberti de Novigento opéra , p. 484.

(1) D. Alexandre Danl ( Historim rogali$ abbatiœ ioneti Cariiefi Anisolensis compendium^ AIs.^. à la BibUoth, Impér. ) attribue cette lisurpation aux comtes de Vendôme et la rapporte à. une époqire posté* rienre. — Gfr. Beauvais de Saint-Paul , Histoire de Montdoubleau , p. 146-110.— De Pétigny, Histoire archéologique du VendommSf p. 475.

(3) Cartularium sancti Victor is , Ms. G aiguières.

(3) Janna, Pons Gmœ,

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aecorda Téglise de Saint- Victeur de Pont-de-Gennes, les chapelles de Saint-André et de Sainte-Croix à Montfort-le- Rotrou , avec -des dîmes , Téglise de Vibraye avec des dimes^ le droit de pêche dans la rivière d'Huisne, et autres revenus, qui en firent dès Torigine une communauté fort considérable. Cette maison prit encore quelques développements après la mort de la fondatrice; et pendant plusieurs siècles robservance monastique y produisit des fruits de sainteté. L'abbesse de Saint-Avit nommait la prieure, qui présentait aux cures de Patines (^), dé Montfort-ie-Rotrou, de Pont-de-Genne's et de Vibraye. Dans la sotte, ce droit de présentation passa entre les mains de Tabbesse de Saint-Avit (2). La conventualité cessa au prieuré de Sàint-GîUes de Pont-de-Gennes peu de temps avant la révolution de 1790.

Le prieuré de Saint -Laurent -des -Ermites, dans la paroisse d'Ahuillé (3) , avait été fondé par les premiers seigneurs de Laval; Guy III le donna du temps de Tévèque

(i) Fastina^ Fastinœ,

(S) Gharta fundationis prioratus-sancti M%\à\\ et saneti Victoria ^ Jauna. — Hujus vero largitionis testes sunt qui subscripti habentur : epi- 8i»d|Nis Boellus, Wicherius decanus, Ganfridus Mulot magister, GaufHdm Brito , Wandelbertus , Gosbertus filius cantoris , Fulconius filiui Wandici , Gradulphus e conventu beati Juliâni et Turgii de Taceyo, Richardiasde MereiOj Albericusde Milesia^ Avesgastus de Conerario^ Hibârduâ Mala Musca , et duo filii sut Drogo et FalconitM , Joannos de Cepeilaj Fulconius de Morterio, Patricus, filius ejus, de-MoriertOy Mo d« Nœns, Fulconius do Sancto Michaele^ Hugo de Jtfon^t6ti«, Hubertus fiiius Anogerii, Hubertus^acar/û?, Hoilerius filius Alberti, Guetenu8 filiui Hedcbcrli, Odo filius Algerii et Fulcoiiis frater, Herbertus deMalla, GauUerius forestarius, Ricardus scrvieus , Roberluf Adami et Galterias fiUa». t Dominée Aignotis , f Luciicfiliffi 8U8B,''(t tt«gl|Dis filii suae. Hfcc fupra scripla dona conBrmavit sigillé suo. RotHNlof junior. , anno grati» i092. -— Cauvin , Géographie ancienne du diocèêe du Mans , p. lxxt.

(») Hiliacus, — Le prieuré était estimé 500 livres-, soit 1000 francs, •elon Cauvin , et seulement 350 livres, soit 700 francs ,• selon Le Paige. La cure de la paroisse était estimée 1 BOO livres, soit en monnaie actuelle 3000 francs; mais elle était à la présentation du chapitre de la cathédrale.

Hûël à l'abbaye de la Trinité de Vendôme. Le prieure.de Saint-Pierre à Savigné-sur-Braye (i), fondé en Fan 1090, par Geoffroy de Preuilly , qui hérita peu de temps après du comté de Vendôme y fut aussi donné à la même abbaye. Le premier de ces établissements était nommé simple- — ment .Prieuré des Ërmitesy et ce nom indique assez qu'il ^81 i\ fut premièrement une réunion de pieux solitaires prati- — A' quant la vie érémitique, comme il y en avait encore beau- — -»• coup dans le diocèse du Mans et dans les provinces voisines. .. ^. On doit rapporter vraisemblablement à la même époque ^^^e rétablissement du prieuré de Saint-Melaine près Laval. ILfIKIl fut fondé par les seigneurs de cette villa , et il était dès ^

servi parles chanoines réguliei^s de Tabbaye de ToussaintB^ d'Angers. Le territoire sojimis à ce monastère était foi étendu; il comprenait toute la paroisse Saint-Vénérand;^ .; mais nous aurons occasion de revenir plus tard sur cet' ^5t important prieuré (2).

Alberic de Milesse fonda en Tannée 1091 le prieurâ^i'-ré de Saint-Ouen et de Saint-Barthélémy^ dans la de Milesse, et il le donna à Tabbaye de Saint -Julien d Tours (3) . On verra sous Pépiscopat suivant le même Alberi» de Milesse fonder dans la même paroisse un autre prieuré

Les prieurés de Saint-Étienne à Gesnes (4) et de Pierre à Pâmé (5) furent établis vers la même époque pat^— '

(1) Saviniacus. «^ Le prieuré estimé 400 livres , soit 800 selon Gauvin, et 800 livres , soit 1600 fraucs selon Le Paige. La cure d la paroisse, à la présentation de Fabbé de Vendôme, valait 1200 livres 80it 2400 francs.

(2) Duchemin de ViUiers , Essais historiques sur Laval » p. S$8. Maucourt de Bourjoly, Mémoires sur fjoval , Ms., t. I, p. 188.

(3) L'acte de fondation porte uner clause qui mérite d'être remarquée k donateur déclare transmettre cette église , « ut monachi faciant servi pro volunlatc et nrbitrio eorum. » Le prieuré était estimé 300 livres , oi 600 francs, selon Le Paige, et 1000 livres, soit 2000 francs, selon Gauvi La cure, à la même présentation, valait 400 livres, soit 800 francs. Ge^ prieuré se nommait primitivement, Scalaria, des Echelles.

(4) GenQf Gerrona.

(B) Patrinnincusj Petroniacus. D. Le Duc, Epi tome fundab

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Tabbaye de Saint -Nicolas d'Angers. En Tannée 1094 Févèque Hoël rendit une charte qui confirmait toutes les possessions de Tabbaye angevine dans ces deux paroisses ; el la même année Suhard Thedholin leur donna les dîmes qu'il possédait sur le territoire de Gesnes. L'année suivante > lorsque le Pape Urbain II vint à Sablé, les moines du prieuré de Gesnes se présentèrent devant lui , le priant de confirmer par son autorité apostolique leurs établissements de Gesnes et de Parné , et le pontife leur octroya ce qu'ils demandaient. En 1093 , l'abbé Hoël et les moines de Saint-Nicolas d'Angers eurent à soutenir un procès contre l'abbé Guillaume et les moines de Saint-Florent de Saumur , au sujet de l'église de Chantocé , au diocèse d'Angers ; il se termina , selon l'usage , par une transaction, en présence de Raoul, archevêque de Tours, Hoël, évèque du Mans, et Geoffroy, évéque d'Angers (1).

L'abbaye de Saint-Aubin d'Angers établit plusieurs colonies dans le diocèse du Mans , à l'époque où il était gouremé par l'évéque Hoël. L'une des plus intéressantes fut celle qui fut fondée dans la ville même du Mans , en r^^lise de Saint-Pi erre-l'En terré. Les moines de Saint- Aubin furent redevables de cet établissement à la piété de la fjBunille Ribole. Guillaume Ribole leur en donna la moitié, et Gersende, épouse d'Hubert Ribole, maîtresse de l'autre moitié, leur en fit l'abandon < Elle consentit aussi h Tamortissement de tous les biens que les moines de Saint- Aubin pourraient posséder dans son fief. Elle fut admise avec son fils Geoffroy, par l'abbé Girard , dans le chapitre de l'abbaye , à participer aux prières et bonnes œuvres de la communauté (2) .

Une bulle accordée par le pape Urbain II, en l'année 1097 , aux religieux de l'ahbaye de Saint-Aubin , fait

sancti Nicolai Andegavensiê , p. 32,82 et passira. — GalHa chriftima (vetas), t. IV , p. 689. — D. Housseau, carton 3% n» 882.

(1) Ibidem, n» 952.

(2) Pièceihistiûcatives, q^xuv.

39i HISTOIRE T)K l/ÉaiJSE DU MANS.

connaître le nombre des prieurés qu'il» possédaient alori dans le diocèse du Mans : le Pontife y prend sous sa pro* tection apostolique les prieurés de Quélaines , Saint^Gaulti la Bazouge , Luché , Malicome., Saint-Picrre-des-Ormes , Ligron, Saint-Aubin-cle-Locquenay (1). Toutes ces propriétés furent transmises à Tabbaye de Saint-Aubin par différents bienfaiteurs, tant ecclésiastiques que laïques. Lt chapitre du Mans prétendait des droits sur la plupart d'entre elles ; et en Tannée iili , comme nous le dirons ^ il intervint entre lui et les moines un accord par lequel il reconnut tous les droits de Tabbaye.

Foulques Bonnel fut le fondateur du prieuré de Saint- Gault en 1087 (2). 11 renrichit de droits considérables^ en prenant soin de garantir ceux'dont Tévéque du Mans jouissait au même lieu (3). Ce fut à la piété de Rivanol de Quélaines que Tabbaye de Saint-Aubin fut redevable de la fondation du prieuré des saints Gervais et Protais à Quélaines (4). Le chapitre du Mans fit abandon en faveur dss moines des droits qu'il possédait depuis très^longtemps sur cette église (5).

Le prieuré delaBazouge-de-Ghemeré était sous le vocable de saint Gervais^ et provenait^ comme les précédents^ d'une concession des chanoines du Mans (6). Nous avons rapporté précédemment les fondations des prieurés de Luché et de Malicorne. Saint- Pierre -des-Ormes avait été concédé

(1) Pièces justificatives, noxLV.

(2) Le prieuré était estimé 1500 livres, soit 3000 francs, et la cura 1200, soit 2400 francs.

(3) Pièces justificatives , n» xlvi.

(4J Arf defendeudam Ecclcsie hereditatem adversus caluroniatorum , si quaiido insurrexcrint', insidias , ablatioiiis Colonensis ecclesie quam Rivallonug Deo ot S. Àlbincobtulit... Rcgiiante Philippe rège et Fulcoot Juniore comité Andegavensi , episcopo Cenomaiiensi Hoello, présente dorano Girardo abbate. — Archives de Maine-et-Loire. Copie informe et incomplète du xviu* siècle.

(5) Livre Blanc, (o\. 41. V.

(6) La cure de la Bazouge-de-Ghemeré , ou de Basoge-de-Cbemeré, était estimée 1200 livres , soit 2400 francs*

HOEL. 39K

depuk peu de temps par le chapitre du Mans à Tabbaye de Saint-Aubih; il était sous le titre de saint Pierre (1). L'église de Notre-Dame de Ligron, sous le même patronage^ appartenait également à cette abbaye (2).

Saint-Aubin^e-Locquenây" faisait partie delà première dotation de Saint-Aubin , qui la tenait de la main de son fiandateur, le roi Ghildebert !<"'; mais elle avait été ravie au monaâtère angevin depuis quelque temps. Le pape Urbain II ordonna à Tévèque du Mans de la faire restituer à ses légitimes possesseurs. Hoël se vit obligé d'employer les censures de l'Église contré Hugues de Saint-Aubin et Robert Payen son Irèfe, qui enfin restituèrent l'église et lés terres, dont ils étaient détenteurs (3). Tous ces établis* sements, si l'on excepte les prieurés de Luché, Malicorne et Saint-Aubin-de-Locquenay , cessèrent d'être habités par dés moines vers le xiv® siècle. Les cures , à la nomination de l'abbé de Saint-Aubin-, étaient desservies par des prêtres séculiers, avec le titre de vicaires perpétuels.

L'abbaye de Saint-Aubin reçut à la même époque, de la part des seigneurs ecclésiastiques ou laïques du Maine, un grand nombre de dons plus ou moins considérables ; on

(i) La cure de Saint-Pierre-dies-Ormei était estimée de 5 à 600 livres, aoitde 1000 à 1200 francs.

(2) La cure de Ligron était estimée 7C0 livres , soit 1400 francs.

(i) Le prieuré de Saint- Aubin-de-Locquenay était estimé 1000 livres , Mit SOOO francs, seloaCauvin, et seulement 900 livres, soit IdOO frândi, ttlon Le Paigo. La cure était de 300 livres, soit 660 francs. Cartulaire 49 Saint^Aubin^ foL 111 r. —-D. Rousseau, carton 3«, n<> 1003. Traité dm frunc aieu, p. 297 et suiv. — L*abbaye de Saint-Aubin eut encore d*autres procès pour le prieuré de Locquenay.

« Notum sit presentibus et futuris quod Herveus Algert quamdam Cipdllara fecifrat in parochia S. Albini de (lOeonia , contra calumpniatn monachorum. Sed tandem resipisccns et jus monachorum recognoscens , per manus domini Widenis , Cenomanensis episcopi,. ipsam capellàm monichis modo dictis et dédit et conccssit. — Hoc vidcrunt et audierunt ifti, scilicet : Willelmus prier S. Audoeui , Arnulphus prior de Fraterniaco , Hubertus decanusde Alentbot, Rainerius decanus de Fraterniaco, Lambertus presbiter. » Arcbive« de Maine-et-Loire.

300 HISTOIRE DE l'ÉOLÎSE hV MANS.

vit aussi plusieurs barons mauceaux y revêtir Thabit monastique et y mourir en paix. Hubert de Pùrrieim^ sa femme donnèrent des (limes dans la paroisse de PiDgé(i); Hamelin d'Antenaise (2), Adélaïde , femme de Geoffroy de Sablé (3)^ Araoud Bosfeiz (4)^ et surtout le sénéchal Gimd, qui se fit moine h Saint-Aubin. (5j, offrirent aussi kms dons à Tabbaye. Foulques de Mathélelon fonda le. prieué de Saint-Pierre-de-!a-Gropte, et le dota richement. OatM Téglise , le cimetière , la dime des agneaux , des veaux et des porcs ^ il lui donna la moitié d'une dim^ de pain et de vin qui appartenait à la 'même église , et fit aussi l'abandon de Tautre moitié de cette dime lorsque ferait mort son frère Samuel, qui en avait la jouissance pendant sa vie. 11 ajouta encore à ces dons la dime de deux moulins , la moitié d'un four et la dime de tous ses pacages, il accorda aux moines droit de pacage pour leun porcs et pour ceux des hommes dépendant de lem* prieuré, avec le droit de prendre du bois dans la forêt pour tons leurs besoins. Il leur permit d'établir un bourg en ce lien, et voulut que les bourgeois , qui seraient ainsi en leur pouvoir, fussent exempts de rendre aucune coutume à d'autres qu'à eux. Enfin il amortit toutes les acquisitions qu'ils viendraient à faire dans l'étendue de sa terre. Pour tous ces objets , qu'il donna en sus de l'église , afin

(1) Ad Pringi. — Voici les noms des témoins : Guiddo prior (de Luché}, Gurhannus, Frotmundus de Viriaco{\\vé ou Yvré), Helmannus, moDftchi, fàmuli eorum , Lucas , Guiddo lilius Bertranni , Samzaellus; et du côté du donateur : Fulcoius de Alneio . Bernardus Suberannus , Waroerius de Columbariis (Coulomkiers) et Hamelinus de Montbizot (Montbixot). — Bilard , Analyse^ etc., n® Î65.

(2) Bilard , Analyse des documents historiques , etc., n» 260.

(8) Bilard, ibidem y n« 245. Adelaidis, soror Cfaufridi d& Castro Sablulii, Otbrannus abbas, Aldulfus prepositus... Robertus de Insula,., Rainaldus de ^n^u/a...

(4) Bilard, ibidem , n^ 256. Slephanus monachus sancti Albiaif Paulinus presbitcr, Hugo Mainerius , Waterius Berta, Varnerins de Thesvala.

(5) Bilard , ibidem , no 246 et 247.

HOEL. 397

dWgmenter les ressources des moines, il reçut trois cents sous de deniers (1) ; et le iponastère lui prêta deux marcs d'or (2). Le prieuré de Saint-Pierre-deJa-Cropte fut longteiiips très-florissant, comme on le verra dans la suite (3).

D*un autre côté, Foulques de Mures disputa aux religieux de Saint-Aubin la forêt de Malépiné , dans le voisinage de Sablé et de. Pincé. Après de longues contestations, il fut décidé f[ue la question serait vidée par un duel ; mais au jour fixé il ne se présenta pas de champions capables de soutenir le combat , et la décision fut remise à Robert le Bourguignon, qui pronoiiça en faveur des moines, en 4092 (A). Hubert, fils de Raoul, vicomte de Luché, suscita aux moines un long procès à raison de TégUse de Luché ; ils n'obtinrent, la paix qu'en lui cédant la somme décent sous (5).

Dès Tannée J087, Jean de la Flèche avait donné à Tabbaye de Saint-Aubin l'église de Saint-Ouen et la chapelle de Notre-Dame, qu'il avait construite dans son château de la Flèche. Son fils Hélie, qui devint plus tard comte du Maine , consentit à ce don. Le seigneur de la Flèche augmenta dans la suite sa fondation, surtout en Tannée 1095; enfin étant tombé malade à Château-Gontier , il demanda avec larmes et reçut l'habit monastique, sous lequel il

(1) Soit 8460 fr. de monnaie actuelle.

(4) hW&rdy Analyse des documents historiques, Qic^ïk^ 239.— Voici les principales sigaatiM*es : Fulcode Frumentariis, Haraelinus deAltanoissa^ Hugo Trop - en - Prend , Matheus de Pratellis , Hubertus de Rolio Hermant, Audefredus Diabolus, Robertus de Treviis , Hugo Trop- Sesbat, Mainardus Bos , Tefbaldus de Loio', Rainaldus de Sorgiis,

(3) Le prieuré était estimé 800 livres, soit 1600 francs^, et la cure 1200, soit 2400 francs.

(4) Voici les noms : Fulco de Mûris, milM, de Sablulio, Rainaldus, ^Credànensis dominus, ... Albericus vicarius,.Lisiardus de Monfror,

Robertus de Pino , Legrinus de Troato , Frotmundus de Viriaco. — Ménage-, Histoire de Sablé, part. 1 , p. 11.

(5) Bilard , Analyse, etc., n« 244. Noms des témoins : Fulco de Vien^' docino , Raynaldus de Malo Levrario , Waldinus de Malicornent , Paganus de Monte du Blello , Lineschius de lyin^ço^ ^ R^d\ilfi|§ fiUus Falcbardi de Lagniaco,

itiourut. Les moines de Saini-Aubin ensevelirent son corps dans leur abbaye. Hélie , qui assista à cette sépulture , confirma tous les dons faits par son père , et de leur côté les moines Tassocièrent y ainsi que Geoffroy son père, aux suffrages de la communauté. A Tépoque où se faisaient ces dons , Gausi>ert; fils aine de Jean dé la Flèche, habi< tait le Mans. Plein de courroux contre les moines, il se mit à leur contester tout ce que leur avait donné son père. Après de longs débats , dont il ne put rien obtenir , il se montra enfin disposé à entrer en accommodement. L'abbé Girard lui députa trois moines, qui vinrent auBfans trouver Tévèque Hoël pour lui demander ses conseils et son appui , suivant la prescription que leur en avait faite leur abbé. Par Tentremise du prélat , ils parvinrent à s'entendre avec Gausbert, auquel ils accordèrent dix livres de deniers angevins, moyennant quoi ce dernier confirma toutes les largesses faites par son père , durant sa vie et à rheure de sa mort (I). Ce Gausbert se fit moine peu de temps après à la Couture (2).

Hoël s'employa aussi avec fermeté pour faire recouvrer aux moines de Saint- Aubin les biens qui avaient été usu^ pés sur eux. En l'année i 095 , les sacrements furent refusés par ses ordres à un laïque qui habitait Malicorne et qui était détenteur injuste des propriétés de l'abbaye (3).

(1) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., n» 284, —Voici les principaux témoins : Hugo frater Gualdini de Malicorncnt (Malicorne), et Hirardus de Gleicrs, et Archcmbaldus filius Ulrici ; de monachis : Girardus abbas, et Gaufridus bajulus ejus et Hubcrtus prior et Motbertus ostiarius et Frolniundus de Viriaco, de hominibus monachorum... Robertus de Treviis , ... Adcîardus de Scn.oniiSy ... Hugo de TirnaiOy.,. Simon de CetoHj Girardus de Cleers^ Paganus de Scliïmiriaco (Cbemiré), Mauricius de Sccii'bet j Joscelinus de Veneria, Hugo de Tirnaio,..,. Hoellus episcopus, Fulcbradus cantor, Gosfridus archidiaconus, Radulfus custos, Gandelbertus canonicus , Robertus de Fraterniaco.

(2) Orderic Yilal, Historia eccles. , lib. X , p. 769. — D. Boiiquet, t. XII , p. 670. — Ëpitàpbe du comte Hélie dans Téglise abbatiale delà Couture.

(3) Pièces justificatives , n« xlvu.

Nous nous sommes étendu sur les faits relatifs à Tabbaye de Saint-Aubin, parce que ne pouvant entrer dans de» détails aussi complets pour tous les monastères , ce que nous avons rappoi*té fournira des lumières suffisantes sur répoque que nous étudions en ce moment. Nous n'entrepi*enons pas de raconter toutes les fondations semblables^ quoique le plus grand nombre offrit souvent plus d'un trait digne d'intérêt : par exemple le prieuré de Notre- Dame de Céton, fondé par Robert Ghesnel, Tun des barons de Hoger de Montgommery, en faveur de Saint-Denys de Nogent-le-Rotrou. Roger de Montgommery, Hugues et Roger ses enfants, Guillaume Gouet, Bernard de la Ferté- Bernard, Rotrou de Montfort-le-Rotrou, et autres seigneurs du pays, furent présents et signèrent Tacte de cette fondation (J). L'kbbaye de Saint-Nicolas d'Angers trouva un bienfaiteur généreux dans la personne de Subai'd Tedhelin, qui lui donna le prieuré de Saint-Étienne de Gennes (2). Le prêtre Geoffroy de Moreip s'étant fait moine en l'abbaye de Saint-Nicolas, apporta au monastèi^e des biens considérables, qui furent réunis au prieuré de Saint-Léonard et Notre-Dame de Fresnay (3). Ce prieuré avait été fondé par lee anciens vicomtes du Maine; il eut des jours d'une

\\) Le prieuré de Céton estimé t^OOO livres , ou 4000 francs , selon Le Paige , et 4000 , ou 8000 francs, selon Gauvin. La cure valait 800, ou i600 francs.

(3) « In Ghristi nomine, ego Suhardu8,Tedholini tilrus, Scripturœ sacrs aiictoritateadmonitus, sanctorumquopatrum catholicaammonitione roboratus, ad laicos ccclesiasticum nuUatenus pertinere proficuum dequo non

habet potestatem edsre, nisi qui altari dcscryiunt ; qui vcro altari descrviunt de altari participantur, dicente Domino pcr prophetam : « Décimas et primitias terrae vcstrie inferetis... » donavi monachis S. Nicbolai... de ecclesits omnibus quse sunt apud Gepnam quodcumque ad me pertinet de primitiis... de hnc donatione revestivi abbatem S. Nicbolai Natalcra... Lamberto de Morenna et Angeris fratre ejus , Rainaido Bono bomine de Qhimilliaco, Ulgerio de Pruneriis, David de sancto Florentio... » — Il8.'d*Hiret , fol. 44 v, et 45. — Çfr. Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 9S1.

(3) Pièces justificatives , n« xlviii.

400 HISTOIRE D£ l'ÉGUSE DU MANS.

grande prospérité, et on lui donna pour annexe le prieuré (ieGhampflem'(t).

Il faut aussi observer q u 'un certain nombre de monastères et de chapitres qui existaient alors sont demeurés complètement ignorés; ainsi , il existait au temps dHoël^ dans la paroisse de Tassé ^ un cloître sous le patronage de saint Julien et de saint Turgius ; mais depuis longtemps il n^en reste aucune trace (2).

La vigilance d'Hoël s'étendait avec prédilection sur lés établissements monastiques, comme nous l'avons vu. Elle ne l'empèctiait pas néanmoins de veiller à tous les autres intérêts de son Église. L'école de la cathédrale, en particulier , attirait son attention. Depuis plus d'un demi-siècle, elle était, comme nous Tavons déjà dit, l'une des plus brillantes et des plus fécondes du royaume de France. Cependant elle n'avait pas encore eu de maître d'une réputation aussi universelle que celui qui commepça à la gouverner sous l'épiscopat d'Hoël. Ce maître habile était Hildebert de Lavardin, dont nous aurons bientôt à parler avec plus de détail, lorsqu'il sera assis sur la chaire de saint Julien. Dès le commencement de son épiscopat, Hoâ l'appela de l'abbaye de Cluny, où il s'était retiré après avoir suivi, dit-on, les leçons de Bérenger dans l'école de Tours , et lui confia le soin de diriger les études dans la ville du Mans. Afin de rendre ses lumières plus utiles à l'Église , Hoël lui conféra la dignité d'archidiaci'e. Les fonctions d'écolâtre passèrent alors au chanoine Renaud, différent de celui qui devint évêque du Mans en 1186 (3); mais Ton croit que Hoël et Hildebert n'abandonnèrent pas le soin de conduire eux-mêmes les travaux littéraires et scientifi(pies des jeunes clercs. Depuis Ermenulphe , la tradition des bonnes études n'avait pas souffert d'interruption

(1) Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans y p. IQO , ii9 et Ml. — Collection D. Housseau, n» 2272.

(2j Voir supra, p. 391 .

(8) Livre Blanc , n« 190.

HOEL. 401

dans l'Église du Mans; mais l'époque où l'école fut dirigée par Hildebert est sans doute la plus belle période de sa longue existence. Il y enseigna pendant au moins dixsept ans, avant de monter sur le siège épiscopal. L'exemple de ce grand homme contribua puissamment à eneoiu^ger le goût deâ fortes études parmi les Manceaux^ D'ailleurs Févêque Hoël, très-versé lui-même dans les lettres saintes, &isait tous ses efforts pour attirer au Mans des hommes doctes. On vit sortir de notre école plusieurs personnages qui lui fii'ent honneur par la réputation qu'ils acquirent. Baudri/abbé de Bourgueil au diocèse de Tours, célèbre dans ses vers l'un d'entre eux ; mais l'éloge qu'il en a laissé est malheureusement incomplet. Il compare cet illustre Manceau à Homère et à Virgile, et il l'invite à lui adresser quelques-uns de ses chefs-d'œuvre (1). Ne faut-il pas reconnaître dans cet archidiacre , qu'il nomme Audibertus , le célèbre Hildebert lui-même ?

lie même Baudri adressa encore des vers à un clerc du Ifens, nommé Radnlphe; il y célèbre le mérite de ce perflonnage, et Un vite à venir le visiter dans son abbaye (2)« Quel était ce Radulphe? Probablement il s'agit de ce char noine qui aida Hoël à faire rendre justice aux religieux de \ Saint -Aubin d'Angers dans le procès que leur suscitait Gau8bert> frère du comte Hélie (3). Ce chanoine Radulphe* était aussi remarquable pour son zèle que pour sa doctrine; il rendit de grands services au chapitre, fit plusieurs* fondations qui témoignent de sa piété et de sa générosité , et légua en mourant à la bibliothèque du chapitre un Missel et les Actes des Apôtres (4) .

(1) Audiberto Cenomanensi archidiaoono.

Gasus jocondas noper mihi contulit odas , Aodeberte , too de Domine prsetitalatas , etc.

Du Ghesiie,t. lY, p. Î71, n'a publié qu'une faible partie de ce ptlme; il se trouve complet dans le manuscrit de la reine de Suède, n« 1861, au

Vatican.

(«) Radulfo Cenomanensi .— Bibliothèque du Vatican, Ms. cit., foL 147. (B) Bilard , Analyse des documents historiques, etc., n« t84. (4) Martyrologium capituii Cenomanensis y fol. IIS, r., vi idus «ug. III. W

40t HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.

Dans le même temps l'Église du Mans eut pour doyei^ Guicher^ dont nous avons parlée et qui, au rapport de^ Gestes des évêquesy n'était pas moins distingué .par ses naissances littéraires que par sa vie ornée de toutes l vertus. Déffoûté des grandeurs du monde , auxquelles i pouvait justement pi*étendre , il alla cacher ses talents ses hautes qualités dans l'obscurité d'un cloître (1). Gepf froy, qui occupa. la même dignité peu de temps api*ès , faisait remarquer par son éloquence et son érudition. Oc

doit aussi compter au nombre des élèves les plus diéliii

gués de l'école du Mans Geoffroy de Mayenne ^ qui , aprè«s avoir rempli l'office de trésorier, devint évêque d^Ânger&.^ en l'atlnée i095, et gouverna cette Église pendant sepî^ ans (9).

A ces illustres disciples de l'école dii Mans il faut joindre Geoffroy , qui se rendit si habile dans les lettres, et partiealièrement dans les sciences eôclésiastiques, que Riohalfd^ abbé de Saint- Alban, en Angleterre, voulut* ravoir pdur écolâtre de son monastère. Richard était Normand et avait pu connaître Geoffroy au Mans; et d'dilleurs l'abbaye de Saint-Alban comptait déjà plusieurs Manceatix d'un ipérile distingué , comme nous l'avons reconnu soUs Tépiscopat d'Arnaud. Geoffroy fut obligé de relarder son départ pour la Grande-Bretagne, et au moment où il put y arriver, il trouva le poste rempli. Il ne se découragea pas , et ouvrit line école à Dunestaple, près de l'abbaye de • Saint-Alban. Entre les différents exercices académiques dont il usait pour stimuler l'esprit de ses disciples, il leur faisait représenter des tragédies dont les sujets étaient empruntés dm livres saints ou à l'histoire de l'Église. Ces roprésentatiuns, qui semblent avoir inauguré une source nouvelle d'instruction et d'édification pour les peuples chrétiens, avaient heu avec un grand appareil ; ce qui rendit fort

(!) D. Mabillon, Vetera analecta^i, III, p. 293. (2) CarHUairede Saint 'Mattriced* Angers , collection D. Houssmu, ètftoli 8«, no 967.

BOËL. 4tô

ôélêbrB la renommée de Geoffroy. C'est là k première ôri- Jfine ceiiaine du théâtre chrétien au moyen âge (1). On sait que nos compatriotes dans les siècles suivants, et surtout Robert Garnier ( 1534-1565 ), furent des premiers qui ti^vaillèi'ent à illustre^ la scène française , à laquelle les exerciciM de Dunestaple avaient préludé. Nous àui*ons DtH)aBion lie l^ignaler diverses représentations théâtrales dans le diocèse du Mans ; pi^esque toujours ce furent déi membres du clergé régulitdr ou séculier qui dil*igèrent ces exercices, dont le sujet était exclusivement emprunté à TÉ^iture saint^B ou k la légen le. Quant à Geoffroy, il fit plus tard ses vœux dans l'abbaye de Saint-Alban , et après y avoir vécu quelque temps eu qualité de simple i*eligieux> ïl'futélu abbé du monastère. Il a laissé à la postérité une mémoire précieuse par ses travaux pour répandre l'instruction , par le bien qù il ût à son abbaye ^ et par k dagésse dd son gouvernement (S).

Hubert , maître du célèbre abbé de Bourgueil dont pu vient déparier, était du Mans; après avoir enseigné à Orléans et à Mehun-sur-Loire les lettres divines et humaines , il revint dans sa patrie , où il continua d'avoir des disciples. Baudri , qui a écrit son éloge y le représente connue le modèle des maîtres de la jeunesse , et digne d'énti'er en pai*allèle avec les anciens (3).

(â) Chateaubriand y j^^^at sur la littérature anglaise, t. I, p. 91. (t) D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. Vf], p. ^. (8) Nous citerons ces deux vers de BaUdri à la louange de Hubert :

Doctomm specolom doctor asuDide , Majoram titulis aeqaiparande.

Ofir. Dm BouXàjjHistoria Universitatis Parisiemia^ I. i^ pt Sdf. D. Rivet coBteite le témoignage de Du Boulay en cette cirooostance ; il prétend que Thistorien de T Université de Paris a confondu le Mans avec Mehuntur-loire; mais il ne fait pas attention lui-même que les mémoires dont 8*e8t servi Du Boulay étaient écrits en latin , et quUl est impossible de ne pas distinguer Magdunum de Cenotnanum, Quant au silence de Baudri, il ne saurait être aAé^é, i^is<SQe ce ^té n*éntirë presque <t«its aucu détail historique.

Bi^nai'cl , ué également dans le Maine ^ fui un professeur (le grammaire célèbre à la même époque; msds il donna ses leçons à Paris^ et ne parait pas avoir tenu école dans sa patrie (1).

Nous (levons nous arrêter plus longtemps sur le vâiérable Hervé , et parce qu'il fut Tun des plus laborieiu écrivains du xif siècle, et parce que sa vie offre de grands exemples de vertu. Voici les termes dans lescjuels les moines de Bourg-Deols , au diocèse de Bourges , annoncèrent sa mort aux autres monastères.

« Nous venons de pei'dre un honmie non moins vénérable par sa vie que par sa doctrine , Hervé y moine du monastère de Dçols, cpii a été. environ dncpiante ans au milieu de nous un exemple de vertu. Le Maine était sa patrie. Il nous a laissé de nombreux témoignages de sa foi , de sa sagesse et de ses mérites. Versé dès sa jeunesse, dès son enfance, dans toutes les sciences des écoles, il eut à peine mis le pied dans notre cloître , qu'il s'ap^qua tout entier à Tétude des saintes Écritures et des écrivains catholiques Augustin, Jérôme, Ambroise , Grégoire, et des autres Pères, employant les jours et les nuits aies lire , ne se fatiguant jamais de les méditer, ne se laissant détourner par aucun empêchement dans la recherche de la vérité. Comme il avait un esprit distingué et UBe mémoire heureuse , il commencîa dès lors à recueillir dans le vase de son cœur beaucoup de choses dont il devait dans la suite faire son profit, à choisir, comme font les colombes, les meilleurs grains, à apprendre et à transcrire ce qu'il rencontrait de plus remarquable dans ses lectures.

« 11 fit d'aboi*d une admirable exposition du livre du bienheureux Denys (TAréopagite) De la hiérarchie des Anges (2). Ensuite il commenta tout le livre du prophète

(1) Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, {%) Cet ouvrage d'Hervé parait perdu.

HOEL. iQS

Isaïe (1), les Lamentations de Jérémie (2), la dernière partie dTîzéchiel (c'est-à-dire depuis Tendroitoù s'est arrêté le Pape saint Grégoire , jusqu'à la fin du livre) (3) , le Deutéronome de Moïse (4), l'Ecclésiastique de Salomon, le livre des Juges, celui de Ruth, celui de Tobie. Dans ces divers écrits , il démontre par des arguments irréfragables que tous les passages où les esprits moins éclairés ne comprennent que le sens littéral, témoignent en faveur des mystères du Christ et de l'Église (5). En outre, il fit sur les Épitres de l'apôtre saint Paul une explication où éclate tant de sagesse, que ceux qui l'ont lue déclarent n'en pas connaître qui lui soit comparable (6). Il acquit bientôt un grand renom par son savoir; et nul ne fut considéré comme pins habile que lui dans la connaissance des saintes Écritures. C'est alors qu'il exposa avec tant de bonheur le livre des douze prophètes et celui de la Genèse tout entier, qu'on ne rencontre pas un commentaire sur ces livres qui puisse être mis en parallèle avec le sien.

a II expliqua dans le même temps les leçons des saints Évangiles et les cantiques que l'on chante dans l'Église ; il fit aussi la confrontation des variantes , pour montrer que dans quelques Églises on avait adopté telle leçon qui n'était

(1) Le Gommeataîre sur Isaïe a été publié par Dom Bernard Pev , Thésaurus novissimus anecdotorum , t. III ; il ne contient pas moins de 756 colonnes in-fol.

{*i) D. Liron dit que le Commentaire sur lés Lamentations de Jérémie se trouvait manuscrit dans les abbayes de Pontigny et de Veauluisant.

(8) Le Commentaire sur Ézéchiel se -trouvait dans Tabbaye derCleiv 'TAUX et à la Bibliothèque Ambrosienne à Milan.

' (I) Le Commentaire sur le Deutéronome était conservé à Glainraaz ft à Saint-Germain-des-Prés.

(5) Les Commentaires sur rEcclésiaste , le livre des Juges et celui de Ruth étaient conservés dans les abbayes de Pontigny et de Veauluisant.

(6) Le Commentaire^d^Hervé sur les Épitres de saint Paul a été longtemps attribué à saint Anselme de Cantorbéry , et a été publié poor la première fois sous le nom de cct.iUustre docteur , par René du Cbfttai* gnier ( Renatus Casteuus } , Paris , 1 533 , in-fol. On peut voir à ce sujet les savantes remarques de D. Liron, re|)rodiiites dans VHiitoir^ UtUraire de la Francs,

4M HISTOIRE DE l'ÉOUSB DU MANS.

pas conforme au texte sacré... Nous avpns^ en outre, de lui un livre fort considérable sur les miracles opérés 4&ps Téglise de Deols par la Mère de Dieu :il prenait soin de les consigner par écrit à Tinstant ii^éme où ils venaient de s'accomplir 9 selon le récit que lui en faisait ou le religieux gardien de Téglise, ou les [personnes en faveur desquelles ils avaient eu lieu.

« Bien qu'il sentit ses forces diminuer peu à peu et le terme de ses jours s'approcher, il ne put néanmoins renoncer à son occupation habituelle d'écrire; et quelquesuns de nos frères qui le regardaient comme plus rempli des ointes Écritures que qui que ce fût , l'invitèrent h leur dire son sentiment sur La cène de saint Cyprien, évêque de Garthage, ouvrage où se trouvaient cités presque tous les livres canoniques , et dont nous n'avons pas encore l'intelligence. Il céda volontiers à leur prière, et dit en accomplissant ce labeur que la fin de cette entrepris^ serait sans doute celle de sa vie terrestre, et que sou pr«^ mier travail ayant été sur les sentences des saints P^rés (il parlait ainsi de son Commentaire sur s^int Denys l'Aréopagite ) , le dernier ser^iit encore sur le mén^î pbjei n en arriva Ainsi, Il avait poussé son application ju^u'^ ce passage où l'auteur dit : « Elisabeth était dans le troua ble, Marie dans l'étûnnement, gaiuriait du fait; p uotre exemplaire se terminait à ces paroles ; mais Hervé pensait qu'il y avait une lacune considérable, et son sentiment était partagé par l'abbé Girbert, qui lui avait aussi recomipandé ce travail. L'abbé de Saiut-Savin déclarait que l'exemplaire de sou monastère contenait ce qui manquait AU nôtre , et il avait proniis de l'envoyer; comme on attendait ce Codex, qui devait retrancher ou ajouter tant de choses, Hervé fut obligé de laisser l'œuvre inachevée.

<c Après qu'il eut passé le temps du carême dans une mortification d'esprit et de corps plus grande encore qu'il ne l'avait pratiqué jusque alors , observant une abstinence extraordinaire, s'infligeant fréquemment de longues disciplines, priant sans cesse et avec une singulière ferveur;

liOSL. 4iQ7

aél^hpaat chaque jour les mystères redoutables du corps et du sang du Sauveur; après qu'il nous eut rassasiés^ le jow dala cène du Seigneur, du doux pain de la parolp divine , il célébra , en la fête de Pâques , la messe solennelle , et prêcha dans le chapitre. Le lendemain il dit la messe conventuelle; puis étant tombé en défaillance^ il reçut Tonction le mercredi ; mais on ne put lui donner lu communion. Ayant ensuite repris quelques forces, il 4éclara que la divine providence avait ainsi réglé les choses, que le Seigneur ne devait pas venir à lui, paais qu'i> devait aller au-devant du Seigneur. Ainsi le jour suivant il entendit la messe, qu'il n'avait pas ouïe la veille, et, après s'être confessé, reçut très-dévotement les saints mystères, pour le soutien de son âme, qui allait bientôt partir. De même, durant toute la semaine, il assista chaque jour à la célébration de la messe , ayant à cœur de a'y pas manquer. Il souhaitait beaucoup 4e voiip, avant de quitter la terre, le seigneur abbé, qui était alors absent : cel^i-çi étant venu le trouver et lui donner l'absolution , il éprouva, tandis qu'il se confessait, une douleur aiguë, ipaisqui ne fut pas de longue durée; car il mourut le dimanche de l'octave de Pâques, dépouillant son enveloppe terrestre pom* s'élever , ainsi que nous le pensons , au royaume du ciel.

^ Afin de ne pas trop prolonger cette lettre , nous résumerons en peu de mots toute la vje de notre frère ^ uul pn ce temps ne se recommanda par une plus grande abstinence, par uqe pureté plus irréprochable , par une raison plus droite, par une huniilité plus profoi^de, par une réserye plos constante , par un langage plus circonspect, piîis modeste , par une doctrine plus irréprochable et plus , C^thoUque, et par des niceure plus honnêtes (1).,. »

(!) D. d'Achery , Spicilegium , i. II, p. 514. — - Cfr. D.Pez, Thesmirus novtssimus anecdot. , t. III, p. iv et seq. — D. Liron , Singularités historiques et littéraires, t. III, p. 29 et suiv.- D. Rivet, Histoire littéraire de la France^ t. VII , p. 65; t. XII, p. 344. —Du Boulay,

40B HISTOttlË DE L'Éati8£ DÛ MAITS.

Le jugement des moines de Bourg-Deols sur leur confrère est confirmé par ceux des ouvrages d^ervé qui sont venus jusqu'à nous. Rien n'est plus riche en leçons morales^ présentées avec onction et piété ^ que les Ck)mmentaires sur Isale et sur les Ëpilres de saint Paul. Gomme tous les interprètes de son temps, Hervé s'applique plus particulièrement à rechercher le sens spirituel, qu'il développe avec un singulier bonheur. A son époque , un seul écrivain lui disputait la palme pour Tinterprétation des saintes Écritures, c'était le vénérable Guibert , abbé de Nogent (4).

JUITË CT FIN t»Ë L^iPISGOPAT d'HOSL.

État du chapitre du Mans sous Vépiscopat d*HoêI. — Gonfratemilé afee I^abbaye de Saint-Julien de Tours. — Ermites et principaux ermilages dans le diocèse du Mans. ^ La Croisade ; Pierre rErmite prêche i LaTaL— Liaison de révêque Hoêl avec Raoul !«', archevêque dé Tours. — L évêque de Dol veut disputer à celui du Mans le rang de premier tofiflragant. — Fausses démarches de Hoêl pour soutenir Tarchevêqae de Tours dans dMnjustes prétentions. — Hoêl présent à piosieurs coBr elles. — Son voyage à Rome et son séjour à Tabbaye de Cluny. — Il accompagne Urbain H venant en France. — Le Pape séjourne viD{^* sept jours dans le diocèse du Mans. — Principaux seij^neurs manceaux engagés pour la croisade. -- Raoul de Domfront, patriarche d'Antioche. — Mort de l'évêque Hoël.

L^école de la cathédrale , d'où sortirent tant de disciples remarquables , était sous la surveillance de Tévêque et du chapitre. On vient de voir que le chapitre comptait plusieurs membres très-distingués à cette époque; nous pourrions encore nommer d'autres chanoines d'un mérite

BistOfia Universitatis ParisiensiSf t. I , p. 603. — D. MabiUon, Annales 0. S. B.^ lib. LXXIX , nura. 106; et Appcndix , t. VI , p. 669. ---rHauréau, Histoire littéraire du Maine, t. 1, p. 293. — On ignore la date précise de la mort d'Hervé; elle dut arriver de 1IS0 à 1145. (I) D. Rive! , Histoire littéraire de la France, t. Yll, p. 146.

ftOEL. 409

incontestable. Aussi les plus grandes familles ambitionnaient rhonneur d'entrer dans ce corps. Hugues, fils de Guy ni de Laval, avait d'abord épousé Agnès, fille de Gaultier, seigneur de Mayenne. Après la mort d'Agnès, il se fit ordonner prêtre et devint chanoine du Mans; c'est en cette qualité qu'il signa plusieurs dons faits par Guy FV aux abbayes de Sainte-Croix de Vitré et du Ronceray d'Angers (1).

Nous avons déjà signalé les franchises accordées au chapitre par le roi Guillaume le Conquérant, le comte Hugues, 61s d'AzzoD, et le comte Hélie. Hubert de la Guerche (2) donna l'église de Cersiacus, que son oncle Gonthier avait déjà ofierte au chapitre , et il y ajouta de son chef une terre (3). Foulques de Tusse (A) restitua pour une somme de deniers l'église d'AUonnes, qui avait appartenu à Téglise cathédrale dès l'origine (5). Le chapitre usait de ses revenus d'ime manière en général très-louable; ils étaient largement employés à soutenir des écoles et des hospices. Dès avant l'année 4096, ce corps fit des dons considérables à l'abbaye de Saint-Julien de Tours, avec laquelle il avait des liens de confraternité qui remontaient loin dans le passé. Cependant il s'était élevé. une contestation entre ces deux corps au sujet de la terré de Vaubouan (6), hameau de la commune de Beaumont-la- Ghartre, cédée du temps de l'évêque Sigefroy au monastère de Saint-Julien, et réclamée depuis par le chapitre. Après une longue discussion, les chanoines, sur les instances pressantes de l'évêque Hoël, consentirent à abandoi^^r leurs prétentions. Les moines leui* remirent la somme' de trois cents sous (7), monnaie du Mans, s'engagèrent à payer

(1) Maucourt de Bourjoly , Mémoires historiques sur les seigneun de Laval , 1. 1, p. 127.

(2) Guirchio,

(8) Martyrologium capituli Cenomanensis ^ fol. 46, r., IV non. mart.

(4) Fulco de Tussiaco.

(5) Martyrologium, xix kal. febr.

(6) VallisBoana.

(7) Au pouvoir actuel de Targcnt, cette somme équivaut i 7920 fr«

4i0 HISTOIRE 1)E L'éa{.IS£ DU MANS.

à la ïè\e des saints patrons Gervai^ et Prêtais 111^ fmià i» trois SQus, et de plus à faire pour les ch^qoines du Man^ défunts les mêmes prières et aumônes que Ton pr^qq^ dans Tabbaye , à la mort des pioines (!)•

Une très-austère pauvreté et le zèle apostQlique le plijjs actif donnaient à une autre classe de personnes engagées dans le service de Dieu upe action intUne sur b popivla^ de notre diocèse, mais principalement sur les clfmsefi i||ftrieures de la société. Df.puis longtemps des ^m^ites fo> mantde petites comp^imautés, d'autres vivant absolum^Bt isolés ^t séparés du commerce des hojpiimes , s'étaient ét|hiis dans presque toutes les forêts et les lieux désof^ ^ Maine. Dévoués aux plus rigoureuses pratiques de la potence 9 ils choisissaient souvent pour retraites les sii^plis trous (]es rochei^s. Dans les grottes naturelles ou les exiivatipns pratiquées depuis plusieurs siècles sur lef& fl^^ss des gracieux coteaux qui bornent la vallée du lioûr, <p reconnaît les traces de ces pieux ermites ^ §ux imt||s mutilés et aux sculptures grossières qui i^etracept epçofe l'image du Sauveur en cpoix (2). Il est certain qufi qv^ quesrunes de ces grottes avaient été sanctifias piiç]a présence des solitaires dès le m et le v® siècle (â) j te traditions de la vie érémitique ne semblent pas s'y être éteintes jusqu'au xii'^ siècle. D'autres parties du dlpçèse voyaient également de fervents solitaires expier parles privations et les macérations les péchés des horn^pes. Us forêts de la Gharnie, de Nuz , de Concise , les rocher^ du Passais et des bords de l'Ervo, et les autres lieux désûfts du fliocèse olfraierit (les Retraites à ces âi^ies avides de conteuiplatiou. Malgré les dilIicuUés que l'on épi*ouY0 à retrouver les traces de ces ermitages, où tout respirait la pauvreté la plus absolue , on peut croire que les solitudes

(1) Livre Blanc , n« 119.

(2) De Pétigny , Histoire archéologique du Fendomois , p. 39 j Yoir les pages supplémentaires à la fin (\\i 1«»" liv.

(3) Acta Sanctorum, ad diem IX maii, Vita sanctiBeati, num. 4, et passim. — Histoire de V Église du Mans^ t. I, p. 61-63.

de Ohaumont près de la Roehe-Mabiie {\), de Fontuin^ Géhart (î), de Pout-Aubray (3), de Châtéau-l'Hermitage (4), des bopds du Loir , et quelques autres encore étajent c)ès Pépiscopat d'Hoôl; et roême antérieurement , comine d^s «entres auxquels se rattachaient les ermites dispersés dans d'autres cantons de la province.

La plupart de ces établissements éprouvèrent une modi? fibation profonde dans le cours du xn** sièclfî ; ils furent pemplacés par des prieurés ou par des léprpseries. Les solitaires qui ]es avaient fondés el habités pendant t^nt de iîècles^ suivaient , au moins dans les derniers temps ^ la règle de Saint-Augustin; mais la trop grande liberté doi^t ils jeuissaient^ le défaut de subordination introduisirent le fialâchement dans plusieurs de ces saintes retraites; c^ qi|i contraignit ceui^ des ermites qiii ataieut conservé ^étincelle du feu sacré à reçjiercher une discipline plup ferme dans Tordre monastique. La vie érémitiqiie ne fut ei^ndant pas abandonnée entièrement; on en verra des iipstes dignes de Tadipiration des hommes de foi jusqu'au commencement du xvni* siècle. D'ailleurs le grand fisff^mateur de la vie du désert^ le bienl^ureu]i[: Robert 4'AplH*issel cpnimença à faire entendre sa voix puissante dans notre diocèse dès Tannée 1090 ; mais noys devons nAierver à Tépis^ppat d'Hildebert les détails sur ce gaint peesonnage^ auquel TBglise du Mans dpit une juste recpupaisj^nce.

Cependant toute TEurope était ébranlée par les prédiei^tipns de Pierre TKr.mite^ qui appelait les clu'étiens d^Oepident à se lever en armes pour délivrer leurs frères i}a jli Palestine^ opprimés par Ip fanatisme des musu)m^UQ. Un pieu^ entt^ousjasme saisissait toutep les 4fUes

{\)Guide du voyageur dans la France monumentaley p. 82. (S) D, Martëne, Histoire de r abbaye de Marmoutier, 1. 1 , part. I , p. 687.

(3) Vid. supra, p. 191.

(4) Chartes du cabinet de M. La Beauliière.

Mi HISTOIRE DE l'ÉOLISE PU 3IANS.

chrétiennes pour ces lointaines expéditions que l'histoire connaît sous le nom de croisades. « LTEurope, renouvelée par TÉglise et purifiée par saint Grégoire Vil, entrait dans son âge héroïque. La religion , qui avait présidé à son réveil , devait diriger son essor. Cet essor se porta vers rOrient , vers la ville sainte , vers le tombeau du Cltfist au pouvoir des infidèles. La croisade , dont on reconnaît ridée mère dès Tépoque de Charles Martel et de Chariemagne, mûrie au soleil de la papauté, sous Tinfluence de deux moines assis sur la chaire pontificale, Sylvestre II et saint Grégoire VIÏ, fut entreprise et réahsée surtout par la France (i). »

Déjà depuis longtemps de nombreux pèlerins s'ach^ minaient vers Jérusalem ; et à partir du vnr siècle, c'est, pour parler le langage des chroniques, une incroyaMe, une infinie multitude d'hommes qui se dirigent vers lès lieux témoins de la vie et des miracles du Sauveur , et ces pèlerins sont l'objet de la sollicitude des conciles, des évoques et des rois. Le mouvement redouble après Tan 4000: l*Europe semble vouloir s'arracher de ses fondements pour tomber sur l'Asie. Dans notre contrée, l'exenipledn comte d'Anjou, Foulques Nerra, auquel ses nonâ)reux voyages en Palestine firent donner le nom de Palmier et de Jérosolymitain , contribuèrent puissamment à rendre ces voyages populaires. Lorsque l'ébranlement est donné, le christianisme ne se contente plus de refouler les enfants de Mahomet au midi de l'Espagne ; il se prépare à exercer sur l'Orient de terribles représailles ; et , dans cette réao tion , il n'est pas seulement stimulé par l'esprit de prosélytisme , il obéit h une nécessité. Il faut bien le répéter aux froids détracteurs du moyen âge , qui traitent les guerres saintes de pieuses folies , une croisade turque était siu'le point d'éclater, quand la croisade chrétienne commença. Qui ne sait qu'en 1063 le sultan Alp-Arslan avait fait massacrer en Orient plus de quatre-vingt raille chrétiens;

Mr>

(1) Germain, Hi^fofre de l'Église de Nimes^ t. I, p. 156.

qu'en 4065 goixante mille pèlerins qui se rendaient à Jérusalem avaient péri par la main de ses sujets; qu'en 'i07i un empereur de Constantinople , Romain IV , avait été battu et fait prisonnier; qu'en 1084 enfin , pour nous en tenir à quelques grands faits y la Palestine entière et toute TAsie-lVtineure venaient de passer sous la domination musulmane? Indépendamment des motifs religieux qui pouvaient la porter à délivi*er le saint sépulcre , TEm'ope clu*étiénne avait donc à choisir entre ime invasion à subir et une invasion à tenter. Ses ennemis étaient aux portes; elle aima mieux les saisir que d'être saisie par eux; et^ au nom de Jésus-Christ, elle se leva en masse. Selon Texpresgion prophétique du patriarche, Japheth devait se dilater et habiter en vainqueur sous les tentes de Sem (4).

Investi de la mission d'appeler l'Occident à la délivrance de la terre sainte, l'ermite Pierre parcourt l'Italie et la Fiance, il fait le tour de l'Europe, nu-téle, nu-pieds, couvert d'une robe de laine grossière, monté sur une 'mule. 11 est maigre et chétif ; mais son œil vif et pénétrant et son élocution facile révèlent l'esprit dont il est animé. Le peuple, étonné de son austérité, ému de la peinture saisissante qu'il faisait des maux dont il avait été témoin, et que lui-même avait soufferts en Palestine, le proclame saint , prophète, et le suit en foule. Les discours qu'il a fait entendre sont répétés par les moines , par les pèlerins qui ont visité Jérusalem , et en reviennent journellement, portant encore les traces des supplices endurés, des chaînes dont ils ont été chargés. C'est au milieu de eet enthousiasme , impossible à décrire, que le héraut de la croisade porta ses pas jusque dans le diocèse du Mans. On a des traces de son séjour à Laval. Partout sa parole enrôlait des soldats pour le Christ, partout elle produisait des fruits de sanctification. Il appelait tous les pécheurs â l'aveu et à la pénitence de leurs crimes, et beaucoup

(1) Diiaiet Deus Japheth, et habitet in tabernaçuUjs S^ni^ si^ue Chanaau servus cjus. — Gènes, ix ,27.

414 HISTOIRE DE l'bGUSE DC XàNS.

répoudaient (mt leur changement de vie aux exbortaliQi» du pieux ermite. De ce nombre fut un homme nomiosé Pinel de Stromeio (1). 11 retenait injustement un pré que sa femme Christine Yesosia avait donné en mourant tu prieuré de Noire-Dame d'Avesaières, gouverné pai^ k prieure Durgondia^ femme d'une grande dîstinetkmi Pinel reçut des conseils de Termite Pien^, et lit la restitution demandée par la justice. Plus tard ,■ étant retoia prisontiier dans le château de Mayenne ^ il s'applaudissait d'avoir écouté les avis du pieux ermite^ comme l'attesta le prêtre Roger^ qui avait reçu sa confession dans la prison (i). Ge trait fait juger des résultats que produisait la prédicatioï) de Pierre l'Ermite partout où il se faisait entendre* Peudant ce temps > 1 evêque Hoël assistait de ses conseils l'archevêque de Tours Raoul l^'. Une étroite amitié r^na constamment entre ces deux prélats. Quoique Haoul fût doué d'un talent remarquable et d'un caractère fenne^ lui mérita des distinctions très-honorables de la part de saint Grégoire YIl^ on doit reconnaître qu'il commit beaucoup de fautes dans les premiers temps de son administiv* tton. 8es démarches injustes et précipitées contre l'abbaji de Marmoutier et contre le chapitre de Saint-Martin lui ont attiré le blâme de la postérité. Mais les dernières années de ce prélat furent dirigées daùs une voie plus heureuse; ce furent celles durant lesquelles Hoël le seconda de ses lumières (3). L'archevêque Raoul apporta une i^ésista&ce inflexible aux débordements scandaleux de Foulques le Réchin , et eut l'honneur d'être en retour chassé de son siège par ce prince (4) ; durant cette vacance forcée , l'évèque Hoël prit l'àimiuistration de l'Église de Tours, selon

(1) PineUus de Strorheio. — Peut-être Estromeio, Entrâmes?

(2) Cùrtularium bentœ Mariœ Caritatis Andegavensis , n« 880.

'3) D. Mabillon , Vetera analecta , t. III , p. 289 et 490. — D. Boutjuet, t. XII, p. 541 et 542. —And. Salraon, Chroniques de Touraine, p. 126, 129, 189, et passim.

(ê, D. Bouquet, t. XII, p. 489-483. — Salmen, Chronique* de Tûuraine f p. 129, et passim.

HOfiL. il 5

90tk droit dé premier suiFragaut. Par ea fernleté et la pro^ tection de Grégoire Vtl^ Raoul fit reconnaître les droits de mn Église métropolitaine sur toutes celles de Bretagne. Les évêques de Dol réclamèrent le premier raUg dans la pnoviuce aprèë Tarchevôque ^ et ils paraissaient d'autant plus fondés dans leur prétention, que le Saint-Siège îeUr Accordait presque toujours Tusage du palliûm. Mais les évôctues du Mans -, s'appuyânt sur le rang que liôtre Église àvAlt toujours tenu dans la province de Toutes , et sut* le ciBfttdtère épiscopal de la célèbre notice de J'empire qui porte le ttom de l'empereur Honorius, déjouèrent les pré* llititioiis de ceê rivaUi(i). Cette controverse oommença sot» le potitilicat de saint Grégoire YII^ entre l'évéqùe Hdël et i'évèque Éven. Elle de renouvela de sièole en siècle jtrtqu'àU iviu*. D'après les rapports qui exitetttïeîil etttre àotre éVêque et son métropolitaiû, OU petit croire que èeiuvKâ seconda lés eiibrts de son ami dans te itiaintieti dd fm droits. Le succès couronna les efforts de Hdël t âUMl le Yoyons-noUé administrer ràrchevêché de Tours , non-seu* h^tnetlt lors de rf*itpUlsi(Jti de RaôUl , que nous venons de raconter , mais encore lorsque ce prélat fut sUispendU iteêfes pouvoirs 5 en i081. Enfin Tafl^ction de Hoël pour Jloli méth)politaîn fut inébraolable , aU t«mps môme où tollé les autres sufit^agants de Tours ^ par cràitite de 1& ptilsîiànce séculière^ ti'oséient lui témoigner leur respect ii leur obéissancei Aussi l'archevêque lui écrivit de son lit de mort, le remercia des services qu'il lui avait rendus, ël le félicitant de son obéissance, il se plaignit de là con^ duite des autres suffragants. Dans cette lettre, il ajoute : « Combien serait heureuse la métropole de Toui*s, si ie Ciel lui eût donné deux ou trois fils comme vous ! » Après la mort de Raoul> Hoël rendit encore de grands services au diocîèse de Tours. Tout y était datis la plus grande oonfusicm,

(1] Geci confirme ce que nous atons dit dans notre dissertation sur réTèèllé des DiabUntes^ ^ ffisiQire de l' Église du Manst i* l^

416 HISTOIRE D£ l'ÉGLIS£ DU MANS.

par suite de la rivalité edtre la puissance ecclésiastique et le comte d'Anjou. Hoël travailla* avec ardeur à une réconciliation; il lit rentrer les clercs qui avaient été bannis^ et rétablit la régularité. Il présida un synode et résida souvent à Tours ^ tenant en tout la place du métropolitain (I).

Le zèle de Tévéque Hoël et son fidèle attachement pour Raoul de Tours le firent assister à plusieurs conciles qui se célébrèrent dans des provinces assez éloignées. En 40M il était présent ^à celui de Brives. Il se rendit à cette assemblée pour soutenir les intérêts de Tarchevéque de Tou», qui, ayant voulu malheureusement porter atteinte aux immunités de Tabbaye de Marmoutier, s'était laissé empesa ter à des violences pour lesquelles il fut û*appé d'exconh munication par le légat Amat. Hoël prit vivement le parti de son métropolitain. La cause fut plaidée devant le condle présidé par les légats du Siège Apostolique , et eUe fxA décidée en faveur de l'abbaye de Marmoutier; les dispositions de Raoul et d'Hoël ne changèrent en rien^ comme l'observèrent dès lors les rehgieux^ et comme la suite ne le fit que trop voir (2).

En efi'et, de nouvelles entreprises contraires à lern^s droits obligèrent bientôt après les religieux de Marmoutier à demander justice dans une assemblée de prélats réunie à Autun , et présidée encore pai' les légats du Saint-Siège. L'évèque du Mans s'y trouva présent avec Raoul de Tours. Les prétentions de nos deux prélats ayant été de nouveau condamnées, ils feignirent l'intention de se réconciher avec

(i) D. MabiUou, Vetera analecta, t. III, p. 289 et Î90.— Anrudes 0. S. B., Ub. LXVI , num. 11, et passim.— D. Bouquet, t. Xll , p. 4W- 461, et passim. — Salmon, Chroniques de Touraine, p. 126, 129, 189, et passim. — Maan , Ecclesia Turonensis, p. 88-96. — GcUlia ehrisliam (vêtus), t. I,p. 761-763.

(2) Divi YvoniSf Camotensis episcopî , opéra omnia y p. 164 (edit. Front.) — Labbe, Concilia, t. X, col. 499 et 500. — D. Mabillon , Jcto Sanctovum 0. S. B., prœfat. ad 1 part, saecui. xi, § 3. — Idera, Œuvres posthumes^ t. III, p. 79 et 162. — D. Martène, histoire de MarmmUier*

HOEL. 44 ï

i'abbaye , mais le retour ne fut pas sincw^e , ou ces dispositioDSr pacififiues ne tardèi^nt pas longtemps à faire place à des sentiments tout opposés. Les vexations ayant recommencé , les moines furent contraints de porter de nouveau leurs plaintes devant un autre concile célébré dans Fabbâye de Bourg-Deols, dont il a. déjà été question. Les droits de IMarmoutier furent de nouveau reconnus et proclamés par les Pères du concile et par les légats du Siège Apostolique qui le présidaient. Toutefois lés adversaires ne voulm^ent pas se rendre à la sentence^ et Taffaire ne fut terminée que l'année suivante (1096)^ dans le célèbre concile de Glermont^ où les prétentions de Hoël et de Raoul furent définitivement condamnée» (I).

Toutes ces assemblées ^e tinrent dans le cours de Tannée 1094. Le jour de saint Jean-Baptiste delà même année^ Hoël se rendit, sur Tinvitation de Hugues^ archevêque de Lyon, et légat du Siège Apostolique, en l'abbaye de Saint- Florent de Saumur^avec Aldebert, archevêque de Bourges^ et un assez grand nombre d'abbés de TAnjou et de la Touraine. Le légat y releva Foulques le Réchin, comte d'Anjou, de rexcommUnication qu'il avait eacourue pour s'être emparé des états de son frère ; ses droits sur ces provinces furent d'ailleurs reconnus parce que son frère avait mérité d'en être dépouillé par le vicaire du Saint-Siège , en punition des violences qu'il avait exercées- à l'égard de l'Église de Tours et de l'abbaye de Marinoutier (2^. ^

Sur la fin de cette aiïnée i094*, ou au commencement de Tannée suivante, Hoël se rendit à Rome. En passant parla Bom'gogne, il résida quelque temps dans l'abbaye de Ghmy. Hildebert s'y trouva en même temps, soil, comme il est plus vraisemblable, qu'il accompafgnât son évêque en aon voyage de Rome, soit qu'il fût venu seulement

(1) Labbe, Concilia, t. X, col. 500. — D. MabiUon , /oc. cit. — D. Msriènc , loc. cit.

(2) Maxima Bibliotheca Patrum, t. XX, p. 2 ( cdit. Lugd. ). -^ D. Mabilloii, Œuvres posthumes j t. HT, p. 157. -— Gà//ia christïaiid (no^), t. IV , Instruni., col. 10. ^ D. Bouquet, t. XII , p. 664.

ni. 37

118 HISTOIRE DE L^ÉCLISE DU HANB.

pour visiter le monastère qui avait abrité- sa jeimessé. Saint Hugues gouvernait alors Tabbaye de Cluny; il reçut avec sa charité ordinaire Tévèque et Tarchidiacre idii ManS; et leur fit une prédiction dont celui-ci nous a con* serve le récit. Le saint abbé les conduisit tou» les deux dans une petite cellule en laquelle il avait coutume de parler aux personnes qui venaient le visiter. Après que févéque et Pabhé se furent mutuellement promis de-prier V\m pour l'autre, saint Hugues regarda à plusieurs reprises Farchidiacre , et enfin il lui dit : a Prenez garde de ne pas manquer à la grâce de Dieu; vous ne resterez pas toujours dans le rang et le ministère que vous remplissez actuellement. » Hildebert ajoute : l'événement a confirmé la prophétie, car l'année suivante cet archidiacre fui élevé À la dignité épiscopale(i).

L'Italie était agitée du même mouvement qui semblait soulever la France entière ; tout se préparait pour la croisade. Le Souverain Pontife Urbain II favorisait l'entreprise de tous ses moyens , et il se disposait à passer en France , pour hâter les préparatifs de la guerre sainte. Après avoir visité Rome, où il fut bien accueilli du Pape, Hoël s'attaclia aux pas d'Urbain et le suivit jusqu'à Çler»mont. Il assista d'abord au concile de Plaisance, présidé par le Souverain Pontife , sur la fin de février. Les Pères s'occupèrent desplus grands intérêts de l'Église :* ils assurèrent la paix des divers états de l'Italie ; réconcilièrent avec TÉglisc l'impératrice Adélaïde, qui se renferma dans un cloitre et y nioui'ut saintement; suspendirent l'effet de l'excommunication portée contre le roi Philippe P'; hâtèrent les préparatifs de l'expédition d'Orient ; renouvelèrent les anathèmes contre les diverses hérésies et surtout la simonie , le concubinage des clercs et les errem^ de jyjérenger. On y fit aussi plusieurs canons de discipline , et l'on y termina quelques affaii*es particulières (2).

(i) Ven, Bildeberti opéra f col, 9%%

(2) Labbe, Concilia , t. X, col. 600 et suiv. -~ D. MabilloU, OËuvra

Urbaiii II arriva en France vers lé commencement de juillet. Il célébra la fête de TAssomption à Notre-Dame du Puy-en-Velay. Visitant ensuite FÉglise de Valence, les ai)bayes de la Chaise -Dieu, Saint- Gilles à Tarasco^, il fiar vint enfin à Cluny , où il revit saint Hugues, qui lui avait autrefois donné Fhabit monastique. De là il se rendit, avec son nombreux cortège de prélats et de chevaliers, en la viUe de Clermont, où le concile s'ouvrit le 48 novembre 1095. On y vit un imimense concours, non-seulement ûe la France, mais encore des royaumes voisins. Le roi Philippe !•» fut de nouveau excommunié , parce que depuis le délai accordé il n'avait donné aucune espérance de conversion , et Ton fit trente-deux, canons de discipline qui «ont fort utiles pour connaître les usages ecclésiastiques et les mœurs de ce temps-là. Mais le principal objet de ce concile fut la croisade ; le Pape prononça un discours pathétique pour engager les princes et le peuple à marcher au secours des lieux saints; ses paroles fiirent si éloquentes, et elles produisirent une impression si profonde et si générale, que toute Timmense multitude quiTécoutait s'écria d'une seule voix : Deu lo wolt I Deu lo wolt 1 et ce mot devint le cri de guerre de ces expéditions lointaines. Beaucoup de chevaliers et autres s'empressèrent de s'enrôler pour cette guerre; et pour marque de lem' engagement on convint qu'ils porteraient une croix d'étoffe rouge sur leurs habitst C'est pourquoi ils furent appelés croisés, et cette expédition fiit nommée la croisade (i).

Les privilèges de Marmoutier furent confirmés dans ce concile , ainsi que nous l'avons rapporté ; et personne n'y fit opposition. Désormais là xéconciliatiqn fut parfaite ^ et'tout céda devantla volonté manifeste du Pontife. Hoël et Geoffroy d'Angers élevèrent la voix avec tous les autres

posthumes, t. III, p. 170 etsuiv. -— Vetera analecta, t. III, p. 300 et SOI. — D. Bouquet, t. XII, p. 545.

(1) Labbc, Concilia^ t. X, col. 506 et suiv. — D. Bouquet, t. XII; p. 8, 118, 122, et passiin.

4é0 HISTOIRE T^E l'ÉGLISE DU MÀNS;

évèques et abbés , après la lecture du diplôme ^ pour dire fiât, fiât (i).

Enfin le Pape^ ayant terminé en moins de quinze jours tout ce qu'il s'était proposé de faire dans le concile^ donna sa bénédiction et l'absolution à tous ceux qtiî le composaient; et les congédia. Il partit de Glermont le 2 décembre, parcourut un grand nombre de villes éj»seopales, d'abbayes et de cMteaux où il fut partout reçu en triomphe. Mais les prélats de la province de Tours ne suivirent plus le Pontife dans ces nouveaux voyages; ils revinrent à lem^ Églises, qui ne devaient pas tarder à être honorées de la présence du successeur de saint Pierre. En effet , Urbain était à Angers le 10 février suivant, et il y fit la dédicace de l'église abbatiale de Saint-Nicolas. Le Pape ayant ordonné au bienheureux Robert d'Ârbridsel dd parler en cette circonstance, fut si charmé de son éloquence y qu'il lui commanda de s'adonner désormais à la prédication. Robert obtint plusieurs faveurs du Soaverain Pontife, et surtout une bulle pour confirmer rétablissement de l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Roë (2). On y voit les signatures d'Yves de Qiartres, de Hoël du Mans et de Gautier de Montanban (3).

Après avoir terminé plusieurs affaires importantes et visité presque tous les monastères voisins, Urbain se rendit h Sablé. Il était dans cette ville le 22 février 1096, et il y signa ce jour -là , à la prière de Noël , abbé de Saint-Nicolas d'Angers, et du comte Foulques le Réchin, une bulle en faveur de ce monastère. Le Pape assure aux moines la possession de tous les biens donnés à leur abbaye, et il énumère les églises qu'ils possédaient dans les diocèses d'Angers , du Mans, de Nantes et de Poitiers (4). & s'était

(1) D. Mabîllon , Œuvres posthumes , t. III , p. 218.

(2) Sancln Maria de Rota.

(3) Gallia Christiana (vêtus) , t. IV, p. 796. — Baluzc, Miscellanea, t. II.

(4) Marchegay , Archives d'Anjou, (. II , p. 199.

rendu à Sablé dans rintentipii d'engager Robert le Bour* guignon à prendre la croix (i).

Le Pontife se rendit ensuite , mais non-immédiatement, au'Man.8^ dQnt il avait appris à connaître Tévêque, et» pour lequel il marqua toujours depuis ce temps-là une singulière estime. Pendant son s^ourà Sablé, lé Pape d^^ign^ vi^iter le prieuré de Solesmes. Urbain II ne /5rut point abaisser la majesté du Siège Apostolique-, en rentrant, pour quelques moments , à Tombre d'un cloître moins illustra sans doute que celui de Cluny qu'il avait habité autrefois. Mais la Providence avait voulu récompenser la généreuse hospitalité dçs moines envers Té vêque du Mans (2).

Le Pape résida au Mans les 16, i 7 et 18 mars, et il partit le 19 pour Vendôme. Ainsi Urbain passa vingt-sept jours à parcourir le Maine ; il dut parcourir les principales abbayes et les châteaux des barons le^ plus puissants. La tradition conserve le sjouvenir de sa présence au prieuré de Saint- Hippolyte de Vivoin (3). 11 est assez probable qu'il visita Laval, Mayenne, et autres lieux principaux de la province. C'est peut-être en cette circonstance que Pierre l'Ermite, qui suivaut assez constamment les pas du Pontife, se trouva à Laval , comme nous l'avons rapporté.

Quoi qu'il en soit, Urbain termina lui-même pfjasieurs affiaiires qui intéressaient l'Église, pendant son séjour au Mans. Un seigneur nommé Normand ppssédait, sur le domaine de Saint-Pierre-de-la-Goiu-, une préyôté qui avait été usurpée par l'un de ses ancêtres; touché par les pré- ^îeationg du Pape at les conseils de l'évêque Hoël, il se désista de tous les droits qu'il pouvait prétendre sur cette

(1) Sur Robert le Bourguignon, voir Ménage, Histoire de Sablé , part. 1, liv. y, c. i. — D. Bouquet, t. Xil, p. 395, 616, et passinp. — Le P. Anselme, Histoire généalogique des grands officiers de la couronne, t III , p. 197. — - Bodin, Recherj^hes sur V Anjou, t I , p. 212 etsuiy. ' .

[2) Ménage , Histoire de Sablé,. ^aH. i , p. 80-82. — Essai historique sur r abbaye de Solesmes, p. 2^.

(3) Chronique de la pat^oisse de Vivoin, Ms.

4ii HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU ^TAKS.

E revoté y en présence du Souverain Ponifife et du eomte é]ie(i). • '

Quelques barons avaient déjà accompli dé semblables restitutions; ils profitèrent def la présence duPapepourles faire ratifier par lui. Ainsi, quelques- années auparavant^ peiidant que Hugues, fils d'Azzon, était encore maître du Maine, Joscelin le Maire (2) vint trouver Tévêque du Mans, et lui confesi^a qu'il avait gravement péché en excitant son frère Hugues à s'emparer injustement de Téglise de Saint- Denys de Cormes. Hugues étant mort , et Joscelin voulant obtenir la rémission de son péché et le repos de Tàme de son frère, reconnut son injustice et promit, en son nom propre et en celui de ses héritiers, dé ne jamais rien réclamer sur cette église. Hubert, fils de Joscelin ,.fttt ensuite pourvu de la cure de Cormes, et toutes ces diqpositiww furent ratifiées par le Pape (3).

I^es exhortations d'Urbain II pour la ci'oi?ade fuPKit accueillies avec enthousiasme par les Manceaux : beaucoup revêtirent le signe sacré, et partirent pour la terre sainte. Les noms de ceux (Jui prirent part à Texpédition sont malheureusement pour la plupart tombés dans Voubli. Néanmoins, parmi les seigneurs de la province qui se croisèrent , on signale le comte Hélie (4) , Robert le Bourguignon, qui partit deux ans après (5) ; trois membres de la famille d'Assé-le-Uiboul, qui tenait alors Tun des premiers rangs dans la province; ils se nommaient Aubry Riboule, Guillaume de Radray et Geoifroy, le plus jeune, qui portait le titre de sénéchal d'Assé-le-Boisne (6).

(1) Pièces justificatives , n* xlix.

(2) Joscelinus Major.

(8) Pièces justificatives, no» l-lii.

(V) D. Bouquet, t. Xll, p. 670.

(5) Ménage , Histoire de Sablé , part. 1 , p. 13. — D. MabiUon, Annales 0. S. B., lib. LXIX , n« 57. — En partant pour la Palestine, Robert le Bourguignon fit un don considérable à Tabbaye de Saint-Nicolas d'Angers. Bodin , Recherches sur l'Anjou, 1. 1, p. 242.

(6) lie Paige , Dictionnaire historique du Maine^ 1. 1, p. 8î^.

HO£i. 433

On nomme encore fieoflfroy et Jean ^ fils de Jean, seigneiu» de la Perrière, qui vendirent le château et la seigneurie de Massé pour subvenir aux frais de rexpédition(4); enfin les six lils de. Guy IH , baron de Laval. Ce seigneur venait de mourir et avait été enterré à Marmoutier , oommate plus-grand nombre de ses ancêtres. Guy IV , son fils aîné , était à peine en jouissance de lu terre de Laval, lorsque l'on prêcha la croisade. Il fut, dit-on, le premier des seigneurs d'en deçà de la Loire à demander la croix avec cinq de ses irères, Gervais, Bonnor, Hamon, Jean et un cinquième dont on ignore \e nom (2). Us partirent tous Tannée sui-^ vante. Guy s*atta(dia aux pas d'Urbain II, et se trouvant à Tours au moment où le Pape y tint le concile, il fit- un don considérable à Marmoutier (3). Dans cette expédltiw Guy conduisit beaucoup de ses vassaux. L'histoire ne remarque pas les exploits qu'il fit en la terre sainte; mais on croit qu'il çut part à tous les principaux faits d'armes tentés par les croisés jusqu'à la prise de Jérusalem. Api-ès cette opération, il retourna en son pays, «t vit en passant à Rome le Pape Paschal II, successeur d'Urbain, qui , sur la réputation qu'il s'était acquise en Palestine , lui fit . un accueil flatteur. Paschal confirma , dit-on ; la demande que lui fit le pieux chevalier, savoir que le nom de Guy serait désormais affecté au possesseur de la terre

de Laval (4^). Etienne, comté de Blois; Rotrou, fils du

(4) Le Paige , bictiormaire historique du Maine, t. L, p. 814.

{%) Maucourt de Bourjoly' rapporte, d'après la Chronique du prieuré de Sainte-Catherine , que trois frères de Guy IV, savoir : Bonnet, Rajct et 6ay ( il y a probablement erreur dans le noni de ce dernier ) firent le voyage d'outre-mer avec Godefroy de Bouillon. — Histoire de Laval , t. I, p. 127.

(8) D. Martène , Histoire de Uabbnye de Marmoutier , MSr , t. lï , p. 553. — On remarque que Robert le Bourguignon , seigneur de Sablé , Tint aussi se recommander aux prières des moines de Marmoutier , en partant pour la croisade, et leur fit un don. D. Mabillon , Annales 0. S, Jî,, lib. LXIX, no 67.

(4) VArt de vérifier^les dates , t. XllI, p. 110. — Le Paigç,. Diction naire historique du Maine, t.. I , p. 483,

4Si HISTOIRB PB L^ÉGLISE t>U MANS.

oomte du Perche; le comte de Belléme^. Robert^ duc de Normandie (4)^ et plusieurs autres puissants seigneurs qui possédaient des terres dans le Maine y prirent part à cette sainte expédition, et durent entraîner avec eux beauooap de leurs vassaux (2).

Un prêtre du diocèse du Mans ^ que son ambition et ses malheurs ont rendu fort célèbre dans l'histoire de rÉglise, pai*tit alors ou peu de temps après pour la Palestine. H se nommait Raoul , et était né à Domfront en Passais. C'était un homme de guerre, magnifique et libéral, et parla fort agi'éable au peuple et à la noblesse. Il avait de plusses connaissances littéraires étendues et il était fort éioquoat: ce qui le fait regarder comme Tun des plus brillants élèves de l'école ecclésiastique du Mans. Il fut d^abord promu à

(1) Michaud , Histoire des croisades ^ 1. 1, p. 176, 177, i9d^ 228, S48^ et passim. -^ D. Pommeraye , Histoire des archevêques de hmut p. «97.

(2) Dans son Catalogue des manuscrits à consulter pour écrire flds* tqire du Maine , p. 82 , Le Dru signale un ouvrage dont il doioe cettQ notice : « Histoire des croisades depuis leur origine jusqu^en i)61i « rédigée par un anonyme en 1262, in-fol. de 600 pages, parch. , manuscrit « unique. On y trouve les noms des seigneurs du Maine qui s^associè- « rent à ces expéditions.— Bibliothèque de M. de Clermont-GaUerande. » — On trouve a la Bibliothèque Impériale, supplément français, n9 S311, un manuscrit, d'un peu plus de 600 pages , en parchemin , et ayant pour titre : Histoire des Croisades. C'est une continuation inédite et anonyme des mémoires de Guillaume de Tyr. L*écriture est da xiif* siècle; il se termine ainsi : « ... A donc estoicnt le an del iacania« « tien n*^ Seign' mil ce et lu. » — Il se rencontre une copie de ce même ouvrage au fonds Berthercau , souS le n» 2053, 0 B, avec quelques observations bibliographiques ; mais rien n'indique que Toriginal ait jamais été dans la Bibliothèque de M. de Glermont-Gallerande. D'ailleurs ni Toriginal ni la copie ne présente la liste des croisés pour la province du Maine, dont parle Le Dru. Cependant, au jugement de M. Mcville, secrétaire de la commission chargée de la nouvelle publication des historiens des croisades , Touvrage indiqué ne saurait être différent de celui-ci. Quelques noms de seigneurs du pays , tels que ceux de Beau* ment, la Ferté, Montmiraii y figurent de temps à autre , mais rien ne garantit que ces noms sent bien ceux de nos localités. — Nous devoD^ ces renseignements à Tobligeance de M. G. de Lestang.

rarchevêché de Mamistra, (pii-est Tancienne Mopsueste en Cilicle. Malheureusement il ambitionna un poste ^lus émtnent encore. Bernard, premier patriarche latin d'Antroche, étant mort en 1135, les archevêques et évéques dépendants de ce graad siégé s'assemblèrent au palais patriaroal pour procéder à Télection ; mais le peuple , sans leur concours, "élut tumultuaiiMîment Raoul, et.il fut intronisé dans la chaire de saint P4erre. Les prélats qui s'étaient assemblés pour l'élection , craignant la fureur du peuple , dont ils entendaient les cris , se séparèrent et refusèrent d 'obéira ce patriarche qu'ils n'avaient point élu ; mais il ne laissa pas de se mettre en possession de l'église et du palais patriarcal; et, sans s'embarrasser de demander au Pape le pallium ^ il le prit lui-même sur l'autel de saint Pierre. Avec le temps il attira à sa communion quelques* uns de ses suffragants , et s'il eût su vivre en paix avec les dianoines, il eût pu se maintenir. Mais il les troubla dans leurs biens; et ses richesses le rendirent si insolent , qu'il ne comptait pas les autres pour des hommes. Il chassa par violence les- principaux de son Église , et en lit mettre quelques-uns en prison et aux fers , disant qu'ils avaient conspiré contre sa vie. Deux d'entre eux entreprirent de le faire déposer et partirent pour Rome. Raimond, prince d'Antioche, qui soutenait les chanoines, contraignit Raoul à faire aussi le voyage, .Ce patriarche avait fait ôter à Roger, duc de Sicile, la principauté d'An tioche; aussi futil fait prisonnier dès qu'il aborda au port de Brindes. Mais par son adresse et son éloquence, il fit sa paix avec le duc, et fut remis avec honneur sur le chemin de Rome. D'abord il y trouva l'accès diflBcile auprès du Pape ; car il se rendait suspect dans la foi, en disant que la chaire de saint Pierre était aussi bien h Antioche qu'à Rome, et que son Église était même la sœur aînée. Néanmoins , par ses démarches et le crédit de ses amis, il parvint à faire renvoyer le jugement de son aflaire sur les lieux , et obtint une audience solennelle du Souverain Pontife, en pré* sence de toute sa cour. Il déposa le pallium qu'il-wait piîs

iS6 HISTOIRE DE L'ÉGUSE DU MANS.

lui-même et en reçut un auti*e de 'la main du premier diacre^ qui le prit sur le corps de saint Pierre^ selcmla coutume. Ainsi il se i*etira avec les lionnes grâces du Pape, et repassa en Sicile, où le duc lui donna des galères. pour le reconduire en Syrie. Fiente , archevêque de liyon , fat envoyé en qualité de légat pour cette affaire ; mais il mourut en arrivant. Les adversaires -de Raoul , découragée, cherchèrent à se réconcilier avec lui ; mais il refusa de pardonnei* à l'un d'entre eux. Celui-ci, poussé à bout, obtint l'envoi d'un second légat, qui présida un concile dans lequel la crainte du prince imposa silence aux partisans de Raoul. Le malheui'eux patriarche fut déposé , ^t livré au roi, qui le fit charger de chaînes et l'envoya prisoniû^i* ûh monastère de Saint-Siméon, sur une haute montagne frès de la mer. Il y fut gardé longtemps; mais enfin, s'éttnt échappé, il alla. encore à Rome, se réconcilia avec le Saint- Siège , et, comme il se hâtait de se rendre en Orientait mourut empoisonné (1 ) .

Le nombre des chevaliers que \e JNiaine envoya pour la délivrance du tombeau du Sauvem' montre assez l'enthousiàsme avec lequel nos pères avaient accueilli le Souverain Pontife. On en trouve encore une autre preuve dans le soin avec lequel ils conservèrent le souvenir de ^a présence au milieu d'eux : ils en firent une ère; et les cartulaires de notre diocèse contiennent des chartes datées de l'année où le pape Urbain éclaira de sa présence les contrées de TCkîcident (2). 11 est juste de remarquer que les Mauceaux fuirent presque seuls à donner cette marque de respect enveis le successeur de saint Pierre (3). Les moines de Marmoutier les imitèrent , datant leurs chartes de la dédicace de leur église par le pape Urbain (4).

(1) Fleury , Histoire ecclésiastique , liv. LXVIII, n»* 53 et 74.

(2) Eo videlicet anao quo Papa Urbanus occidentales partes prsâentia sua illustravit. — Charte de Tabbaye de Saint- Vincent. D. Martèoe, Ampliss. collect., 1. 1, col. 562.

(3) CEuvres posthumes de D, Mabillon, t. III, p. 244.

(k) A. Salmon, Recherches sur les chroniques de Touraine, p. xiii. —

HOEt. il?

•Pendant les-trois jours qub le Pape Urbain II passa au Mans.^ Hoël le reçut dans son palais et le traita avec une rare magnificence , ainsi que tous les cardinaux et autres pei*sonnages distingués qui raccompagnaient^ et parmi lesquels on remarquait saint Binino, évêque de Segni. Là magnificence (le Tévêqùe du Mans fut d'autant plus remarquée^ que notre province avait souffert une grande disette cette année même (1).

Le Pape se rendit le 19 février à Tabbaye de Vendôme , où il demeura onze jours. Hoël raccompagnait en ce voyage et le suivit jusqu'à Tours. L'évêque du Mans assista au concile qui se réunit le troisième dimanche de earéme en.Péglise de Saint-Martin, sous la présidence d'Urbain. On n'y fit aucun décret nouveau ; mais on se contenta de confirmer ceux qui avaient été portés dans rassemblée de Clerraont. Le Pape y termina aussi plusieurs différends , et y confirma de nouveau la fondation de l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Rbë (2).

• De Tours, Urbain II se rendit dans le midi de la France , pour y tenir divers conciles , puis retourner en Italie. Hoël revint dans son diocèse ; il était encore dans la force de l'âge; mais il était déjà atteint depuis plus d'un an de la maladie dont il mourut quatre mois plus tard. Jusqu'à cette époque , et malgré les vicissitudes de son épiscopat , il avait conservé unie santé florissante, à laquelle contri-» buait , sans doute , sa grande sobriété. Son esprit était dans toute sa vigueur, et son ascendant sur les prélats ses contemporains s'étendait de plus en plus. Il fut saisi tout à coup d'une fièvre violente , qui fit en peu de temps d'effrayants progrès. Voyant que les médecins ne consér-

-vaient plus l'espoir de l'arraclier à la mort , il fit appeler

On trouve aussi une d&te semblable à. Angers. Gallia christiana^ (▼etus), t. Il, p. 129. — Bodin, Recherches sur VAnjou^ 1. 1, p. 242.

(i) D. Mdbillon, Vetera analecta^ t. HT, p. 300 et 801. — Œuvres posthumes, t. ni, p. 251.

(2) Pavillon, Vie du bienheureux Robert d'Àrbrissei. ~ D. Bouquet, t, miy p. 65» 286, 463, et passim.

iS8 HISTOIRE DE l'ÉGLTSE DU IfANS.

près de lui les principaux membres du clergé, et quelques personnes qui lui étaient plus étroitement unies* Il leur demanda leurs conseils > et régla tout ce qui concernait 6a maison , fit des largesses convenables h tous les clercs qui le servaient; rendit à Téglise cattiédrale vingt marcs d'a^ gent pour refaire le .retable qu'il avait enlevé et distribué aux pauvres pendant la famine. Il donna aux églises voisines et aux indigents tout ce qui lui restait ^ jusqu'à ses caleçons et sa chemise, ne se réservant absolument rien, pas même une serviette pour s'essuyer les mains. Il avait déjà donné à Téglise cathédrale des livres, des chapes,, uq vase d'argent, des candélabres, deux grosses cloches et plusieurs ornements, parmi lesquels ou remarque dfi magnifiques tapisseries. A une époque antérieure , le prélat avait donné aux chanoines les églises d'Épineu-le-Chevreuil et d'Allonnes qu'il avait retirées des mains des laïques, et une terre qu'il avait acheté/ à Neuville (I). Il demanda sur son lit de mort à confirmer le diplôme qui coi^tenait l'acte d'accord entre les chancnnes du Mans et les moines de Saint- Julien de Tours (2).

Lé lendemain , entouré de pieux fidèles en larmes , il leur adressa de salutaires exhortations aussi longtemps que ses forces défaillantes le lui permirent ; il pria- avec ferveur pour tout le troupeau que Dieu lui avait confié , et releva de rexcommunication tous ceux qui l'avaient contraint à les retrancher de la communion de l'Église. Enfin, après avoir donné le baiser de paix à chacun des chanoines , parmi lesquels se trouvait Hilgot (3), il récita une

(i) IIU. Kal. Aug^ti. Obiit Domuus Hoellus, venerabilis episcopus, qui prêter libros et pallia et urceum argenteum et candelabra et plurima divers! generis ornamenta, que juvcnis Ecclesic sue contulit, etiam ecclesiam de Espinou, et ecclesiam de Alona^ et uuam mansuram terre apud Novam Villam , quas suo tempore adquiaierat , ci XX marchas argent! ad reparandam tabulam altaris, quam Camis tetupore pauperibus

erogaverat Martyrologlum capituii Cenomanensis. — Gfr. Vetera

analectùy t. UI, p. 302.

(2) Vid; supra, p. 409

(3} Livre Blanc, n^ 190. — Il est très-probable que c'est de ce chanoine

HbEL. 421B

confession en laquelle étaient contenus tous les articles de la foi , reçut les sacrements et expii'a en paix (1). C'était le 29 juillet de Tan 1096. Hoël était âgé d'environ cincpiante ans. Il fut inhumé dans le chapitre de Tabbaye de Saint- Vincent, à la gauche de Vulgfin son prédécesseur, et l'on plaça sur ses restes une tombe très-modeste. Le 26 juin de la même année mourut en son abbaye de la Couture l'abbé ^uhel (2) , et le 2 jafnvier précédent était mort Guillaume, évoque de Durhara , moine de 8àint>-Calais éi abbé de-Saint- Vincent (3).

Peu de temps avant sa mort , Hoël avait établi que le chapitre célébrerait chaque jour une messe pour les morts, après l'oARce de Prime, et que tous les chanoines y seraient présents. Il voulut célébrer lui-même la première, et les chanoines conservèrent fidèlement cette pratique jusqu'à la persécution religieuse de la fin du xviTi* siècle. La mort de ce prélat laissa (Je vifs regrets à tous les fidèles du diocèse du Mans, mais surtout aux clercs et aux moines. Son éloge fut écrit en vers par Baudri , abbé de Bourgueil , puis évêque de Dol, le panégyriste ordinaire et emphatique de tous les hommes célèbres de son temps. Le poëte associe aux louanges de notre évêque celles de Juhel , abbé de la Couture (4). Il composa

Hilgot que parle Geoffroy de Vendôme à Tévêque Hildebert dans une de ses lettres. Lib. III, epist. xvi.

(1) D. Mabillon , Vetera analecta, t. III, p. 302. t- Orderic Vital i -ffistoria ecclesiastica, lib. X, p. 770. — D. Bouquet, t. XII, p.. 5.45 et 671.

(î) Necrologium abbatiœ sancti Pétri de Cultura , Ms. — Essai historique sur l'abbaye de'Solesmes, p. 21.

(3) Histoire littéraire delà France^ t. Vin,p. 709.

(4) Singultus duplices rotularis pagina profért :

Primum nàmque Johel , denique flevit Hoël. Âbbas alter erat , atter fuit ordine prœsul :

Hi Genomannis sol scilicet extiterant.

Hos quoque morte pari modico Deus attigit ambos ,

Ut slnt translati ad sidcra magna poil, A^nborum pariter nobis exempla refulgent :

Ambo nunc nostros irradient tencbras... ( D. Mabillon Annales 0. S. B., lib. LXIX, num. 58.)

130 HISTOIRE DK l'ÉGLISE DU MANS.

aussi deux épitaphes métriques pour le même préht; mais dans tous ces ouYi*ages on reconnaît quelque exagération (4 ) .

(I) Intempéstivo casu defecit Hoelus.

Sol Genomanorum pontificumque decùs.

AUoquio dulcis , nulH pietate secundus ,

Omnibus exemplar relligionis erat.

Hune plangit sua plebs et Ticinae regiones ,

Quem vcnerabantur jure patrem patriae.

Hic igitur positum solemni more révisant ,

Et coram Sancto vota vovent tbmulb.

Ora madent , et corda gemunt , et corpora marcent,

Gum tumulo titulus sculptus in hoc legitur. Iste refert titulus quia morte gravatus Hoelus ,

Fecit pupillos morte sua populos.

Urbs Genomanensis flevit specialiter ipsum , '

mis pontificem quem dederat Dominus.

Pausat irf hoc tumulo sanctus pro Corpore prssul ,

Préesiilis obtineat spiritus astrà poli. {GaUia chrisHoM Ivetus], t. II,p. 616.)

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