HU.I)£B£RT
pas éternellement avec votre Église ; de quoi aura servi voti'e prière, si la foi de Pierre vient à défaillir? Confirmez^ Seigneur^ confirmez la foi de votre Église^ pour laquelle vous avez prié, »
Hildebert, parlant de Tempereur Henri dans la même letti^e, dit que ce prince a rendu son nom fameux par deux grands prodiges, ou plutôt par deux grands crimes, qu'on n'a jamais vus réunig qu'en lui seul. « Car, ajoute-t-il, où trouver quelque autre qui ait fait prisonnier, et son père spirituel, et son père selon la chair? Heureux le Pape Paschal, qui a si dignement gouverné le Siège Apostolique, qu'il a mérité de souffrir comme les Apôtres î Ou n'est pas membre d'un tel chef, on n'est pas fils d'un tel père, quand oh ne souffre pas avec lui , et qu'on ne ressent pas les outrages qui lui sont faits (1). »
Notre saint évoque semblait oublier sa propre captivité pour donner tout son intérêt aux douleurs de l'Église affligée dans son chef. Ayant appris que plusieurs catholiques se soulevaient contre le Pape Paschal, au sujet des investitures qu'il avait enfin accordées, il écrivit une apologie pour la défense du Souverain Pontife. Après avoir donné de grandes louanges à Paschal , il ajoute : a Mais comme le monde n'est que malice, et qu'il y a des esprits envieux et des cœurs pleins d'amertume, on ne manquera pas de me dire : Vous élevez jusqu'au ciel celui que nous avons vu trembler avant le combat, se rendie plutôt que de donner 80Û sang, faire un traité honteux avec l'ennemi, déserter, quitter les armes et aller se cacher. Le courageux athlète qui ne sait ni combattre, ni vaincre ! Tâchons de confondre les ennemis de la justice qui tiennent ces discours. Si le Pape Paschal s'est livré aux impies pour la justice et pour relise, s'il a présenté sa tôte au glaive, qu'a-t-il4)u faire de plus saint et de plus courageux? A-t-on jamais accuâé im capitaine de lâcheté parce qu'il s'est exposé aux coups pour ses soldats? Si le Pape a cédé dans la suite, s'il
(1) Lib. II, epist. xxi, col. 107-109.
860 Bl8T0Ui£ 1>£ l'sGLISE BU MANS.
a paru fuir afin d'arrêter la main levée pour frapper ses 8iqets; s'il a suspendu ses coups^ en accordant ce qu^on demandait; en faisant une ti^éve jusqu'à ce qu'il eût réparé les mui's de la ville et dressé ses machines , qu'y a-t-il de plus p]*udent? » Hildebert loue ensuite Paschal de ce qu'ayant voulu renoncer au Souverain Pontificat^ il n'était remonté sur son siège qu'après y avoij été contraint par les prières et les larmes du clergé et du peuple romain. Touchant les investitures accordées par Paschal^ il dit a qu'il est de la prudence de celui qui gouverne de porter ou d'abroger les lois selon les conjonctures; que nous devons interpréter en bonne part ce que font les supérieiurs^ lorsque nous ne savons pas leurs raisons; que ce n'est point aux brebis à reprendre le pasteur; qu'après tout, le Pape Paschal a annulé , dès quïl a été libre, ce qu'il avait fait par force dans les fers; qu'enfin il avait paru comme un athlète qui, après avoir reçu quelques blessures, retourne au combat avec plus de courage et plus de précaution (1). »
L'évêque du Mans, qui gémissait sur les malheurs de l'Église Romaine, avait à pleurer sur les maux qu'endurait son propre troupeau, que la famine visita à la même époque (2). En même temps (1142), le doyen du chapitre, Geoffroy, qui avait été le compétiteur de Hildebert pour révéché du Mans , fut élevé sur le siège métropolitain de Rouen. Geoffroy était Breton; il eut un frère nommé Judicaël , évô(jue d'Aleth. 11 était savant, éloquent et zélé pour la vraie doctrine; son mérite et sa vertu, ou selon d'autres l'avantage de son extraction noble, lui obtinrent la dignité de doyen du chapitre du Mans. Dès ce t^mps-là, il fut uni avec Yves de Chartres (3) et il jouit dans notre diocèse d'une singulière considération. Le comte Hélie voulut le faire asseoir sur la chaire de saint Julien après la mort d'Hoël, comme nous l'avons rapporté. Pai* l'entremise
(1) Lib. II, episl. xxii, col. 109-114.
(2) Labbe , Biblxoth. manusc, t. I , p. 289.
(3) Divi Yvonis Carnot. epist., Lii.
HiLDEBÉar. 561
de ce prince, et aussi par son mérite personnel, Geoffroy s'avança dans la faveur de Henril",roi(r Angleterre. Après la mort de GuilJaume-Belle-Ame^ le monarque le fit venir en Angleterre, et le nomma à rarchevêché de Rouen. Il entra fort avant dans les querelles entre les rois de France et d^Angleterre. Toutefois. ces occupations ne lui firent pas oublier les . soins qu'il devait à son Église ; il travailla beaucoup pour maintenir la discipline, et surtout pour exclure le concubinage de son clergé. Ces bonnes qualités lui méritèrent déplus en plus Tamitié de l'évèque de Chartres, qui écrivit en sa faveur au Pape, au moment où Geoffroy voulut entreprendre le voyage de Rome (l). Avant sa mort, il donna tous ses biens aux Églises et aux pauvres, et dans le poste élevé qu'il occupait, il n'oublia pas l'Église du Mans. Orderic Vital et les autres historiens lui ont accordé de justes éloges; il est seulement à regretter que les qualités de ce prélat aient été un peu ternies par une vivacité excessive et une humeur trop altière , qui l'engagèrent dans plusieurs fausses démarches (2).
: Rendu enfin à la liberté , Hildebert s'empressa de travailler avec son ardeur accoutumée à tout ce qui pouvait procurer l'avantage de l'Église. Dès l'année iH4, il se rendit à Tours , et étant venu à Marmoutier pour y honorer saint Martin , il donna à cette abbaye l'Église de ViUiei's- Gharlemagne, avec tous ses revenus. 11 fit ce don du consentement du chapitre, et dans le but de cimenter l'union étroite qui existait de tout temps entre l'Église du Mans et Tabbaye de Marmoutier. Peu de temps après, un puissant seigneur nommé Chotard et Théoqiiise son épouse, en expiation de leurs péchés, donnèrent &u nioAastère la
(1) Divi Yvonis Camot, epist., ccliv.
(2) Orderic Vital , Historia eccles. , lib. X et XUI. — D. MabîHon , Annales 0. S. B., lib. LXXl, n» 109, et passim. — Gallia christiana^ t. XI, col. 41 et 42.— D. Pommeray, Histoire des archevêques de Houefi, p. 301-312.— Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 62<.— Fallue, Histoire de l'Église métropolitaine de Rouen, t. I , p. 349-365.— D. Bouquet, t. XII, p. 671, 775, 784 , et passim.