III
5t>â HISTOIRE 1»Ë L'È(iLi6L bi: MANS.
moitié (le cette église qu'ils prétendaient leur appai-tenir, avec toutes les dîmes et quelques autres biens. Telle fut Torigine du prieuré de Saint-Martin de ViUiers-Ctiarlemagne, qui fut longtemps conventuel et crun revenu considérable. A la lin il était réuni à loflBce du sacristain de Tabbaye (i).
Vers le même temps, Tévêque du Mans se trouvait dans le chapitre de Tabbaye de Saint-Gildas avec Guillaume, évoque de Poitiers, Renaud Des Prés, évoque d'Angers, et plusieurs dignitaires des Églises voisines (î). Peu de jours aprt^s cette réunion, Hildebert se rendit au concile de Cliarroux, que présida le légat Gérard, évéque d'Angoulème (3).
En 1117, on retrouve notre prélat dans Tabbaye de Tulle avec Renaud Des Prés, évêque d'Angers; ils y furent accueillis par Eu])olus de Turenne (4). L^année suivante, 1118, Hildebert se rendit à un concile nombreux réuni à Angoulôme, sous la présidence de Gérard, évêque de cette Église et légat du Saint-Siège. On y traita diverses questions de droits et d'intérêts privés , objets de contestation entre les Églises et les évêques (5). Notre prélat assista encx)re dans la même année à un autre concile réuni à Poitiers, sous la présidence du légat (6). Enfin, à quelques mois de là, Hildebert se trouva présent à une assemblée très-nombreuse à Argentan , en la cour du roi
(1) D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier , Ms., parti, t. I, p. 622. — And. Salmon , Chroniques de Touraifie , p. 394. — Baluze, Miscellanea, t. VII , p. 202.— Le Paige, t. II, p. 581.— Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans ^ p. 2?6, 552. — Plusieurs pièces manuscrites du cabinet de M. La Bcauluère.
(2) Pavillon , Histoire du bienheureux Robert d'Arbrisseî.
(3) D'autres rapportent ce concile à Tannée 1115. — D. Martène , Thésaurus anecdot., t. IV, col. 133-136.
(4) Gallia christiana, t. II, col. 665.
(5) Labbe, Concilia, t. X.— Pavillon, Histoire du bienheureux Robert d'Arbrissely p. 556. — Le Gallia christiana (nova)^ t. II, col. 1114 met ce concile en 1117.
(6) D. Mabillon . Annales 0. S. B,, lib. LXXllI , num. 17.
UILUËBËRT. 563
d'Angleterre (l). On sait que Hildebert vécut toujours dans une parfaite intelligence avec lé roi Henri.l" , et qu'il entra assez avant dans la familiarité de ce prince , ainsi que le témoignent les lettres qu'il lui écrivit (2).
Le zèle de Hildebert le porta à se rendre au concile qui s'ouvrit le 20 octobre 1119 , dans la cathédrale de Reims. Le Pape Calixte II le présidait en personne ; le roi de France, beaucoup de cardinaux, d'évêques et d'abbés s-'y trouvaient présents; on s'y occupa à terminer des points en litige entre diverses Églises ; on excommunia l'empereur Henri V, et on promulgua deux canons contre la simonie et les investitures laïques. Hildebert se fit rem^r-^ quér .dans cette assemblée ; il ne s'y éleva cependant pas à Ja considération à laquelle parvinrent Gérard d'Angoulême, Atton de Viviers, Geoffroy de Chartres et Guillaume de CUampeaux, évêque de Ghàlons-sur-Marne (3).
Avant de quitter la ville dé Reims, le Souverain Pontife doinna une marque éclatante de l'intérêt qu'il portait à rËgUse du Mans. Instruit des heureux fruits que la pai'ole de saint Vital de Mortain et de ses compagnons produisait dans le diocèse, il adressa à notre évêque et aux seigneurs de Mayenne et de Saint-Hilaire une lettie dans laquelle il les eifhorte à favoriser de tout leur pouvoir cet illustre solitaire et ses disciples (4). Ces exhortations du Pontife contribuèrent sans doute à augmenter les libéralités des seigneurs manceaux en Vers Tabbaye de Savigny. Le diocèse du Mans venait d'ailleurs de faire deux pertes considérables par la mort des bienheureux Robert d'Arbrissel ett Bferpard de Tyron „ appelés au ciel l'année précédente (5). Déjà les religieux de Savigny étaient si nombreux , et en
(i) Gallia christiana, t. XI , Instrum., col. 111.
(2) Lib. II, epist. xlvi; lib. III, epist. xiii.
(3) Labbe, Concilia, t. X, coL 865.
(4) D. Martène, Amplissl collect,^ t. I , col. 659. — Héljfot, Histoire cies ordres monastiques et religieux, t. VI , p. 11 1 .
(5) D. Mabilloii, Annales 0. S. B., lib. LXXIII, u» 17, 5^.— Hélyot, loc. cit,, p. 116.
r^U HISTOIRE D£ L*£6LI8£ DU MANS.
même temps la pauvreté y était si extrême^ que le saint fondateur fut obligé de les distribuer par colonies daii$ toutes les forets et les landes du voisinage. On remarqua que lo plus grand nombre s'établit dans le diocèse dul^fams^ surtout dans le Uas-Maine (1). Hildebert ne çianqua pasde seconder les intentions du Souverain Pontife en favorisant les disciples de saint Vital dans le diocèse; et vers la même épofjue il assista, avec quatre autres évêques, àla dédicace de la l)asili(pie abbatiale de Savigny (2).
Le 11 janvier de Tannée suivante, H20, notre prélat prit part à un acte solennel par lequel Geoffroy , évoque de Cliartres, établit un collège de chanoines réguliers dans l'église de Saint-Maurice de la même ville. L'acte fut signé daus un chapitre général de labbaye de Sainte-Marie (3).
Peu de temps après une solennité beaucoup plus imposante réunissait au Mans un grand faombre de prélats. Les désordres des guerres entre les princes, et même entre les seigneurs de la province, n'avaient pas empêché les Manceaux de continuer la construction de leur cathédrale. Hildebert ayant hâte de voir ce bel édifice consacré à Dieu, n'attendit pas que les travaux fussent entièrement terminés pour en célébrer la dédicace. Cette cérémonie eut lieu le dimanche de l'octave de Pâques de l'an 4120 , jour au(]uel s(3 rencrmtraieut cette année les Grandes Litanies. Cette église fut dédiée sous le patronage de la sainte Vierge, des saints martyrs Gervais et Protais, et de saint Julien confesseur (4). Deux archevêques , trois évêqueset nombre d'abbés y assistaient, avec une foule de dignitaires ecclésiastiques de la province et des diocèses voisins. Le comte Foulques le Jeune et Éremburge sa femme s'y
(1) Acta Sanctorum, addiem XXoctobris, de sancto Serlone, n» St. (S) Ibidem, n» 13.
(3) Galliachristiana, t. VI lï , Iiistrum., col. 320.
(4) In honore et nomine sanctae et gloriosae , sempcrque virginis Mariac et beatoruin martyrum Gervasii et Protasii,et pi issimi confessons Juliani. — D. Mabillon, Vetera ancdecta, t. III, p. 3Î!. — Cfr. Officia propria insignis Ecclesiœ Cenomanensis , 1854, p. 55 et 56.
hildï;b£rt. ,^h
étaient également rendus avec une nombreuse suite de barons^ de. chevaliers^ et un peuple immense. Guilbert, métropolitain de la province de Tours., consacra l'autel majeur en Thonneur du Sauveur, de Notre-Dame, et des saints martyrs Gervais et Protais. Geoffroy , archevêque de Rouen, que Ton a vu naguère doyen de TÉglise du Mans, fit la consécration de Tautel du sépulcre de Saint-Julien, c'est-à-dire de Tautel où reposaient les reliques du saint apôtre du Maine. Pour'Hildebert , il dédia l'autel de Noire- Dame du Chevet (4), en Fhonneiu' de la Mère de Dieu et de tous les Saints. Marbode, évoque de Rennes, quoique accablé de vieillesse et presque entièrement privé delà vue, voulut donner à notre. Église et à notre prélat une marque de sympathie, et accomplit la consécration cle Tautel de Saint-Pierre et Saint-Paul et de tous les apôtres, situé dans le côté droit de l'Église. Enfin Renaud de Martigné, évêque d'Angers, consacra l'autel du Crucifix. Toutes ces consécrations se firent simultanément , selon les prescriptions rituelles (2).
On assure que Hildebert était un très-habile architecte, et que, aidé des conseils du moine Jean de Vendôme, il dirigea lui-même les travaux de l'édifice (3). Quoi qu'il ea soit, les occupations multipliées de la charge pastorale ne permettent guère d'attribuer à Hildebert une part principale dans la conduite des travaux de la cathédrale. Le moine Jean pouvait mener à lui seul cette œuvi'e importante ; et le Maine ne manquait pas de religieux ou de prêtres séculiers en état de la diriger. On sait, en effet, que ce ne fut que dans le cours du siècle suivant que Ton commença à confier à des laïques la construction des églises. Plusieurs portions de la nef actuelle de notre
(1) Noster sane Hildebertus consecravit altare quod esl in supe-
riori et digniori crypta D. Mabillon, Vetera analeçta, t> III, p. ^20.
(2) D. Mabillon, loc. cit. — D. Bouquet, t. XIT, p. 551.
(3) Godard, Cours d'archéologie sacrée, p. 216. — Charma, Notice biographique, litt, et phil. sur Lanfranc, p. 159. — Heberl Duperroii, De ven, mideherti vifa, p. 77, 82 et 169.
rUVO HISTOIRE DE l'ÉGLISB DU MANS.
église cathédrale peuvent se rapporter à l'ëdîfice élevé au temps de Hildebert; mais Ja partie la plus remarquable qui date de cette époque est le portail latéral, chef-d'œuvre de rarctiitecture romane au moment où Togive commençait à s'établir dans notre province. On reconnaît dans les sculptures qui le décorent comme trois pages de THistoire sainte se rapportant à la personne du Sauveur. Dans l'intérieur de la nef, on retrouve tous les caractères architecteniques qui se remarquent à Textérieur, et qui désignent la dernière époque du style latin. Les chapiteaux des colonnes et des piliers surtout sont remarquables : ornés de feuillages divers, de figures monstrueuses et imaginaires, de harpies, de tigres, de griffons, de serpents, de côloiid)e8 buvant dans un calice , ils reproduisent la plupart de ces scènes historiques ou symboliques par lesquelles les artistes antérieurs à l'âge où domina l'ogive aimaient à >ir& les dogmes de la foi chrétienne, soit en empruntant dfiB images aux traditions ecclésiastiques ou juives , soit en s'inspirant des souvenirs païens ou orientaux. La partie inférieure de la grosse tour parait être de la même époque que la nef ; mais le portail principal remonte peut-être à une époque antérieure. On remarque sur Tun et sur Vautre des ficaires allégoriques qui semblent remonter à une époque moins avancée de la statuaire.
La (construction de Téglise cathédrale ne fut pas un fait isolé dans notre diocèse; on retrouve encore en plusieurs endroits des traces des constructions que la piété de nos pères éleva alors en Thonneur de Dieu et des Saints. De Tépiscopat de Vulgrin à celui de Hildebert, Tarchitecture religieuse parcourut dans le Maine Tune de ses plus brillant(îs périodes. Il est peu de province en France où les églises romanes soient aussi multipliées (I); toutefois le Bas-Maine est beaucoup moins riche en monuments religieux (le cette époque que la partie plus voisine du Mans(2).
(I) Richard, Guide du voyageur dans la France monumentale ^ p. 561. —(2) Ifjidem, p. 584.
HTLDËRERT. 567
Peut-être doit-on attribuer cette pénurie aux ravages de» guerres; cependant on trouve encore dans le département de la Mayenne quelques églises qui datent de cette époque, telles que Saint-Martin de Laval, Notre-Dame d'Avesnières, Saint-Pierre-de-la-Poterie, Notre-Dame de Mayenne, Saintr 6ulpice de Grenoux, Notre-Dame de Bais, la chapelle de Saint-Crespin d'Évron et une partie de Téglise abbatiale , la chapelle de Montaigu à Hambers, Saint-Front de Mézangers, Saint-Thuribe d'Assé-le-Béranger, Saint-Martin d'Aron, Saint -Martin de Deux -É vailles. Saint -Georgeasur-Ërve, Saint-Georges-de-Gesnes, Saint-Pierre d'Épineule-Seguin. Un grand nombre d'autres églises du Bas-Maine présentent des parties plus ou moins considérables dont la structure remonte évidemment du x* auxii« siècle; mais presijue toutes ont été gravement modifiées par des i*econstructions. Le plus grand n'bmbre de ces églises était décoré de peintures murales dont on retrouve de temps en temps des fragments malheureusement défigurés par de prétendues améliorations des temps modernes , comme à Ambrières, Gommer, Saint-Ouen-des- Vallons, Saint-Cre*pîn d'Évron. Les fresques qui décorent si richement Téglise du prieuré de Saint-Gilles de Montoire n'ont pas subi les mêmes dégradations, et peuvent donner une idée du talent de nos artistes à cette époque (1). Les édifices du xi« sièoie offrent encore quelques autres particularités sur lesquelles nous ne nous étendrons pas ici, de peur de dépasser les bornes dé cet ouvrage ; il nous sufiira de remarquer cpie ces églises sont généralement assez petites , et seraient insuffisantes pour" les besoins de la population actuelle; cependant il est constaté d'autre part que les églises de ces témps-là étaient aussi remplies d'autels , de tombeaux, de meubles servant pour le culte ou pour l'ornementation, qu'elles sont vides et nues aujourd'hui; Il est pareillement constaté que la population de notre pays était à peu près
(i) M. de Péligny en a donné des vues trèsMUtéressuntes dans «oo Histoire archéologique du Vendnmois.
la niAmc alois (|iio <le notre temps; comment donc ces temples pouvaient-ils se tnmver en rapport avec les besoins des fidèles si zélés de notre province? La difficulté sera résolue quand on se rappellera le grand nombre dés prêtres^ et surtout los monastères, les chapitres > le& ermitages qui.se rencontraient dans presque toutes les pai*oisses. On peut remarquer que la plupart des églises de cette période qui ont survécu aux ravages du temps, celles qui paraissent avoir été construites dans des conditions plus avantageuses de solidité et de grandeur, étaient alors sous la dépendance des abbayes, et furent Tœuvre des moines. Ce furent aussi deux moines qui marquèrent le commencement et la fin de cette période j Vulgrin et Jean le Maçon , tous deux religieux de Tabbaye de la Tiûnité de Vendôme, tous deux dépositaires des traditions d'une même école. Après eux, les édifices sacrés (fUi s'élevèrent dans le diocèse du Mans, comme dans tout Touest de la France y revêtirent une physionomie plus brillante, mais certainement moins mystérieuse. On attribue à Hildebert la construction de l'église actuelle de Saint-Genest de Lavardin, lieu de sa naissance, et de plusieurs autres dans le diocèse (1).
Les soins de ce gi*and évéque pouvaient s'étendre sans se partager. Après la solennité de Ja consécration de Téglise cathédrale, Hildebert ot les autres prélats qui l'avaient accomplie, prièrent le comte Foulques et Éremburge de donner quel(|ue marque de leur munificence h l'Éghse. Ces princes en prirent aussitôt l'engagement; et peu de temps après ils accorilèrent une foire de trois jours , le samedi, le dimam^he et le lundi, pour chaque anniversaire de la i'ete de la déilicace. Ils abandonnèrent au chapitre tous les droits que les comtes percevaient autrefois pendant ces trois jours , tant dans la ville que dans les faubourgs, ninsi que toutes les coutumes et amendes, ne se réservant
(1) La Province du Mairie^ !'« an., n» 4, et passim. — Voir sur la belle église de Lavardin, de Pétigny, Histoire archéologique du VendO' inois^ p. 73.
que le cas où il y aurait effusion de sang. Il fut réglé en même temps que les revenus de cette concession seraient partagés par moitié entre la mense épiscopale et la mense canoniale (1).
Après que Tacte de cette donation eut été lu à haute voix, et qu'il eut été approuvé par les barons et le peuple^ le. comte Foulques prenant dans ses bras son jeune fils Geoffroy, qui fut dans la suite,roi d'Angleterre, le déposa sur l'autel de Saint-Julien, et s'écria rempli d'enthousiasme : ot 0 saint Julien, je te confie mon fils et mes états; sois le protecteur et le défenseur de Tun et de rautre ! » Il laissa encore son fils quelque temps sur la table sacrée, et se prosternant devant les reliques vénérées de notre saint apôtre, il y répandit beaucoup de larmes à la vue d'une nombreuse assemblée (2). Ce fait se pas^ vers le milieu du mois de mai de la même année 4120; et Foulques partit peu de jours après, le 26, avec Renaud de Martigné, qvêque d'Angers, pour la Terre-Sainte, où il se signala par sa libéralité. Guillaume de Tyr dit qu'il entretint, pendant un an, à ses frais, cent chevaliers du Maine et de l'Anjou (3). A son retour ,- il fonda , à la prière d'Éretoburge, le 4 septembre H21, l'abbaye cisleroienne du Loroux, aii diocèse d'Angers (4). Hildebert ne tarda pas à exercer la plus grande influence sur l'esprit d'un seigneur si rempli de piété , et il en usa pour lui donner des avis aussi avantageux à ce prince lui-même qu'aux états soumis à sa puissance (5).
Dé toutes parts on semblait rivaliser pour envoyer au
(1) IX Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 3Î1. — D. Bouquet, t. XH, p. -551.
(2) D/Mabillon, Vefera analecta, t. lll, p. 321 et 322.
(8) Guillelmus Tyrensis, Historiœ rerum in partibus transmarmis gestarum, lib. XIV, c. i. — D. Bouquet, t. XII, p. 519.
(4) Chronicon Turonense , ad. an. 1121. — VArt de vérifier les dates, l. XIII, p. 64. — Bodin, Recherches sur l'Anjou^ t. I, p. S68, 175 et 276.
(5) Lib. I, epiit. xv. «.
tombeau de saint Julien des marques de piété et de yénération. Geofroy, fils de Geofroy de Mayenne , s'était établi dans la Fouille^ au milieu des Normands^ qui avaient fondé une colonie très-puissante en cette partie de lltalie. Il y avait acquis lui-même une grande existence^ et il y possédait des richesses considérables. Touché de reconnaismnce envers Dieu^ il fit vœu de donner toute sa chapelle ' à saint Julien. Se disposant, ensuite à partir pour ^msalem y .il demanda à Tévéque du Mans des hommes auxquels il put remettre ces objets précieux. Hiidebert lui envoya Gervais Payen, archidiacre^ et Hugues de Lavardîn^ archiprètre de notre Église. A leur retour, le clergé sortit en procession pour leur faire un accueil plus convenable. Parmi les objets précieux dont ils étaient dépositaires, on remarque une image et un cheveu d€t la sainte Vierge, une dent de saint Jean-Baptiste et un doigt de saint Démétrius, martyr. Chacun de ces objets était contenu dans un reUquaire de grand prix ; une table d'autel portatif toute revêtue de lames d'or et d'argent, et renfermant une côte de saint Etienne, premier martyr; deuxlivres, un Ëvangéliaire et un Sacramentaire , élégamment ornés d^ouvrages d'or et d'argent ; un calice, deux bassins , deux candélabres, petits, il est vrai, mais admirables par la richesse de leur travail : ces objets étaient d'or et d'argent ; deux anneaux d'or avec des pierres précieuses, un encensoir d'argent, deux bâtons dorés , deux boites précieuses, une croix d'or et d'argent ornée de pierreries, rubis, topazes et autres au nombre de quarante ; deux chasubles avec des orfrois remarquables , deux chopes de soie , un petit manteau, une aube, une étole et un manipule. Les broderies d'or dont tous ces ornements étaient enrichis en augmentaient le prix. Après son retour de Jérusalem , Geofroy de Mayenne résolut de faire un nouveau pèlerinage au tombeau de saint Julien. HUdebert, ayant été averti de son arrivée, et s'étant fait accompagner des principaux membres du clergé et des citoyens les plus distingués de la ville, sortit au-devant de cet illustre pèlerin et lui fit une
llfLDEBERt. 57i
0pIendide r^eption. L^^glise avait été parée de ses plus riches ornements; et les châsses placées sur des étagères autour deTautel majeur^ resplendissaient des feux que répandaient les candélabres nombreux et les couronnes de lumière. Ce lut au milieu de cet appareil religieux que Geofroy fut introduit dans le sanctuaire de saint JuUen^ ^'il désirait depuis si longtemps visiter. Il y pria avecime ferveur sensible, et fit don de deux étendards tissus d'or et de soie verte. Hildebert et les chanoines s'empressèrent de Je recevoir avec toute sa suite dans leurs propres demeures. En reconnaissance de tant de largesses, les chanoines résolurent de célébrer chaque année un anniversaire pour Geofroy de Mayenne; et c'est ce qui s'est observé jusqu'à la fin du xvni« siècle (i) .
Dès l'an 11 i6, Adam, né dans le diocèse du Mans> et âlore chanoine du Sain(>-Sépulcre à Jérusalem, avait envoyé par deux iwbles croisés du Maine, Raoul de Béaumont et Guillaume de Brétel (2)y un reliquaire en forme de croix renfermant du bois de la vraie croix , des pierres du mont des Olives, de Gethsémani, de Gabbatha, du Calvaire et du tombeau de Notre-Seigneur. Hildebert fit une translation solennelle de ces précieux objets^ le mardi de Pâques de la même année (3).
L'archidiacre Gervais Payen , qui fit le voyage dltalie pour recevoir les dons de Geofroy de Mayenne , fut luimême un moflèle de générosité. Il donna à l'église de 8aint-nJulien des sommes considérables d'argent et plusieurs maisons. Il fit exécuter pour la somme énorme de deux cent cinquante livres, monnaie du Mans (4), un couronnement
(1) D. MabiUon, Vetera analecta, t. III, p. 323 et 324. — Martyrologiuni capituli Cenoman.f Ms., fol. 184, y.
^2) G. de Braitello , Drétel, Br^el, terre seigneuriale à Rouensé-
Fontaine.
(3) D. MabiUon, Vetera analecta^ t. III, p. 812.
(4) On sait que la livre du Mans valait le double de la livre tournois et de la livre de (Normandie. ^ Au pauvoir actuel de Targent cette tomme équivant donc à 181600 fr. .
hli HISTOIRE DE j/taUSE DU MANS.
OU baldaquin crargent pour l'autel de Saint -Julien. Le pieux archidiacre stipula en même temps que dans les cas de famine^ ce riche ornement serait le premier vendu, pour soulager les nécessités des pauvres. En effet, on le vendit en iStSAy la première année de Tépiscopat du bienheureux Geoffroy de Loudon. Pour empêcher les absences des chanoines^ si préjudiciables à la régularité de l'office divin , Gervâis Payen fonda des distributions manuelles. Il donna aussi une somme pour entretenir des cierges qui brûleraient continuellement et à perpétuité devant les autels de la sainte Vierge et des saints martyrs Gervais et Protais. Pour assurer cette fondation , le chapitre acheta pour trente livres ^ monnaie du Maine (i) y h métairie de Mont-Gaudelein, à Bélin (2). Gervais Payea exerça pendant longtemps ses hautes fonctions dans l'Église du Mans ; il fut aussi trè&-favorable à l'abbaye de Saiiit- Aubin d'Angers (3).
Un autre dignitaire de notre Éghse^ Fulcard^ chantre et chanoine ; déposa sur l'autel de Saint-Julien quarante sous (4) y une coupe d'argent et un coussin d'étoffe précieuse (5). Il donna eQ(U)re trois anneaux d'or et trois pièces d'or pour faire ime croix nouvelle. Outre ces dcHtts, Fulcard, par ses qualités et ses talents, fut utile au chapitre du Mans, qui conserva soigneusement son souvenir. C'est ce même Fulcai*d qui avait partagé la prison de Hildebert(6). Guillaume Le Verrier, chanoine, personnage remarquable, regardé comme chef et peut-être fondateur d'une école de peintres verriers qui ont travaillé au Mans jusqu'au xiv« siècle, fit plusieurs offrandes à l'église cathédrale; la plus remarquable de toutes est celle de vingt sous qu'il
(1) Soît 33792 fr. de notre monnaie.
(2) Muvtyrologium capiltili Cenoman., Ms., fol. 177, f .
(3) Bilard, Analyse des documents historiques, etc, n«« 431 et ÎSt.
(4) Soit 2252 fr. — (5) Culcitram de pallio.
(6) Martyrologium copituli Cenoman., fol. 51. — Cfr. 'BilArdy Analyse des documents historiques , etc., n®» 231 , 232 et 284, et Livre Blanc, n«109, 172et 185. -^D. Maptène, /4mp//.w. colhct.,i.\, col. 56tel580.
mLD£B£ftT. 573
donna pour faire écrire un Passionnai ou recueil des actes des mai*tyrs destinés à être lus dans les offices de la nuit (1), G^ pieœiL chanoine légua en mourant sa maison à Hilde- Ijert et au chapitre, pour qu'elle fût vendue, et que le prix en fût distribué aux églises et aux indigents. Sa maison fut vendue douze livres , qui fiu*ent distribuées, selon les intentions du donateur, aux églises, aux monastères et aux prêtres les plus pauvres. La cathédrale préleva trente-huit sous pour faire écrire un Homéliaire pour le temps du carême (2). Un nommé Gausbert donna entre autres choses à la cathédrale une bibliothèque, c'est-à-dire, dans le langage de ce temps-là , le corps complet des saintes Écritures (3).
Les chanoines du Mans n'ont pas oublié de mentionner parmi leurs bienfaiteiu^ Geoffroy qui, après avoir occupé longtemps ia dignité de doyen , devint archevêque de Rouen. Il leur donna en efTet ce qu'il possédait dans Téglise de Saint-Jean-d'Assé, une pièce de terre, deux chapes précieuses et une coupe d'argent (4).
Arnaud de La Chaussée (5) avait enlevé aux chanoines l'église -et le bourg de Saint -Jean -des -Échelles, qu'ils tenaient de la libéralité de l'évêquc Mainard ; mais il reconnut vers cette époque le péché qu'il avait commis, en fit l'aveu et remit ces propriétés entre les mains du chantre Fuldard, afin que le chapitre en jouit après la mort de son fils (6). Mais Guillaume Goêt,, qui s'était le premier emparé de cette propriété, et l'avait réunie à son fief, réclama ses droits prétendus , et le chapitre se vit obligé de lui accoiv der une somme de cent trente -cinq sous, monnaie du Maine (7). Plus tard, Gautier L'Épervier s'empara de nouveau de l'église et du bourg de Saint-Jean-des-Échelles , et
(IJ Martyrologium capit. Cenom,, Ms., fol. 54, y.
(2) Livre Blanc, n* 185.
(3) Martyrologium capittUi Cenoman.y fol. 5f , r«
(4) Ibidem, fol. 195.
(5) Arnâldus de Calceata.
(6) Livre Blanc, Do 172.
(7) Soit 7614 fr. Livre Blanc, n« 175.
574 HIST01R£ DE l'ÉOLISE DU MANS.
ne 8'eu dessaisit q[U6 par composition , moyennant usa somme de cent sous^ monnaie dû Mans (i).
Audrand do la Guierche s'était emparé depuis longues années de Téglise de Sainte-Gemme y près de Ballon^ que le chapitre avait reçue de l'évéque Gervais; il la restitua à cette époque , et donna même une terre de son patrimoine. Les chanoines lui accordèrent à lui et à sa famille la société et le bénéfice de Saint-Julien y c'est-à-dire qu'& la mort de chacun d'eux ils seraient recommandés dans l'église cathédrale^ et que l'on sonnerait les cloches comme pour un chanoine (2). Par les soins de Hildebert, le chapitre acquit aussi plusieurs propriétés d'un revenu plus ou moins considérable (3). Ainsi Drogon de Malmouche restitua les églises paroissiales dé Saint-Hilaire-des-Landes (4) et de Saint-Martin-fles-Lôges (5). Notre grand prélat fut d'ailleurs Tun des principaux bienfaiteurs de l'église dô Saint- Julien ; il lui donna des livres^ des chapes ^ des ornements pour l'usage des prêtres et des diacres; il offirit aussi des tapisseries pour orner les murs de Tédifioe et des tapis de pieds. Il fit faire de riches portes au chœur ^ et restaura les tables des autels de Saint-Julien et des saints Gervais et Protais, employant pour cela l'or que son prédécesseur Hoël lui avait destiné, et suppléant de son propre fonds à ce qui manquait encore (6). Pour montrer sa dévotion envers les saints dont la dépouille enrichissait encore notre église cathédrale , il fit fabriquer à ses frais des châsses revêtues de lames d'or et d'argent , et il y fit la translation solennelle des reliques des saints Thuribe, Viotor. Innocent, et des autres saints pontifes dont l'ÉgUse
(1) Livre Blanc , u» 176.
(2) Ibidem, n^ 109.
(3) Ibidem , n© 185. — Cf. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 330.
(4) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine ^ t. 1, p. 441. (o) Ibidem, p. 5:20.
(6) D. Mabilloii, Vetera analecta, t. 111, p. 8Î4. — Siartyrohgmm capit, Cenoman., fol. 204.
HJLDEBERT. 570
du Mans possédait les restes vénérés, entiers ou en partie. Il rendit les mêmes dévoila à sainte Ténestine , sainte Ada et saint Hilaire d'Oizé [i]. Ayant encore découvert plusieurs corps saints qui reposaient dans des châsses endonir magées par le temps, il en fit une translation, et les déposa tous ensemble dans un grand sarcophage de pierre situé derrière Tautel de Notre-Dame du Ghevet. La quantité de châsses, d'orBements et d'objets précieux dont Téglise de Saint -Julien se trouva alors enrichie, porta Hildebert à faire construire , près de la cathédrale , un trésor et un rçvestiaire ; et pour les garantir contre Tincendie et les voleurs, il voulut que ces deux édifices lussent voûtés.
Dans un règlement sur Tusage des objets précieux et des ornements de son église, Hildebert nous fait connaîr tre le soin religieux qu'il apportait à leur conservatiqn. Q commence par dire que ces richesses sont le rachat des péchés et le patrimoine des pauvres , et que Tévêque qtti en néglige la garde mérite d'être déposé. 11 ne reconnaît que trois cas où il soit permis d'aliéner ou de donner eu gage quelques-uns de ces ornements : les nécessités évidentes du chapitre , la reconstruction de l'église cathé« drale, et les besoins des pauvres dans les temps de disette. Ce règlement psu'ut si sage, que Guy d'Étampes et Hugues de Saint-Galais, ses deux successeurs immédiats, le renou* vêlèrent solennellement (2).
On voit , d'après ce que l'on vient de rapporter, que la dévotion envers saint Julien n'avait pas faibli dans cette première moitié du xii« siècle. La reine d'Angleterre Adélaïde , seconde femme de flenrj I«% à laquelle Hildebert adressa dans la suite des lettres remplies d'intérêt, sollicita, par l'intermédiaire de l'abbé de Saint- VinceAt^ la faveur d'être admise au nombre des filles de l'Église du Mans, et d'avoir part aux prières qui s'y faisaient. Hildebert
(1) Acta Sanctorumjuniiy t. Ilï, p. S55. - GulUoi»,Tiw deif sainte du Maine f t. II, p. 382.
(2) Livre Blanc, no 218, 219 et 220.
576 HISTOIRE D£ jl'ÉGLIS£ DU MANS.
d'einpres!c»a d'annoncer à cette princesse que sa demande avait été favorablement accueillie. Il prend de là occasion d'exhorter cette reine, qui n'avait pas d'enfants, à adopter pour siens les pauvres de Jésus-Christ, qui seront pour elle les meilleurs avocats au tiâbunal de Dieu. Il finit en la remerciant des faveurs dont elle a comblé les moines dé Saint-Vincent, qu'il appelle ses fils et ses frères (4). On peut remarquer, en passant, que la letti-e de Hildebert à la reine d'Angleterre est la plus ancienne pièce connue de celles qu'on nomme lettres d'afBliation, et que ces sociétés de prières et les diplômes qui les constatent ne sont point aussi récents que des esprits frondeurs veulent le croire. Elles commencèrent par les monastères , comme nous en avons vu précédemment dés exemples.
Le Ciel sembla multiplier les mu'acles pour accroître la dévotion des peuples envers l'apôtre du Maine. Foulques le Réchin, comte d'Anjou, conservait un vif ressentiment contre le comte Hélie de la Flèche, soit parce que celui-ci ne lui rendait pas l'hommage pour son comté , soit parce qu'il avait porté secours au comte de Blois son ennemi. S'étaut emparé de la Flèche et de Château-du-Loir , il rencontra dans cette dernière place le trésorier de l'Église du Mans, qui avait avec lui une châsse remplie de saintes reliques, savoir : la mâchoire de saint Julien , quelques os de saint Guingalois, et peut-être aussi de saint Marceul et de saint Coronat. Foulques voulut s'emparer de ces reliques; mais le chanoine refusa de les livrer et offrit tous ses biens pour les racheter. Nonobstant , le comte rompit les serrures, ouvrit la châsse et lut les écritures. Maisime frayeur subite le saisit , et tout aussitôt il s'inclina humblement pour vénérer les saintes reliques. Au même moment , il sentit sa tête tourner du côté des reins avec desdouleurs intolérables. Ses oflSciers lui représentèrent que c'était une punition de son indiscrétion, et l'exhortèrent à i^endre la châsse au trésorier; mais Foulques fit vœu, s'il
(1) Lib. 1, epist. xiv.
UILBEBBHT. 577
était délivré , de faire transporter ces. reliques dans une église d'Anjou, où elles seraient honorées d'un culte particulier. Sa prière fut aussitôt exaucée, et il rapporta en effet les restes précieux dans Téglise de son château d'Angers. On en lit dans la suite une seconde translation très-solennelle en 1- église de Saint-Laud-lès- Angers, lorsque le chapitre qui desservait d'abord Téglise du château y fut transféré (I). Telle était la confiance des Manceaux en la protection de saint Julien , que tous, chevaliers et soldats, ne livraient point bataille sans avoir imploré à haute voix le secoui-s de ce saint patron : le comte Hélie , au rapport d'Orderic Vital, donnait Texemple de cette pieuse pratique (2).
La paix qui régnait dans le Maine , depuis quelques années, contribua sans doute à Tétat de prospérité dont jouissait notre Église. Hepri I", roi d'Angleterre, n'imita pas J.es exemples de ses. prédécesseurs qui avaient persécuté Hildebert, Loin de là, iL sut apprécier ce grand caractère et le favorisa constamment. L'évéque du Mans se montra de son côté très^ttaché au monarque anglaiât Ayant appris la mort tragique du jeune Guillaume, fils de Henii, qui périt le ^ novembre 1 120, dans le célèbre naufrage de la Nef-Blanche, au moment où il s'en retournait triomphant , après avoir reçu l'investiture du duché de Normandie , Hildebert s'empressa d'écrire au roi d'AngleteiTCi Pour apporter quelque soulagement à la doulem* d^ ce père infoi-tuné, il emploie tous les motifs de consolation que Ton peut puiser dans la religion et dans la philosophie* Sa lettre est remplie d'excellentes maximes sur la constance avec laquelle l'homme chrétien et sage doit s6 soumettre à tous les événements de la. vie (3).
(1) Barth* Roger, Histoire de l'Ar^fou^ p. 208.
(2) D. Bouquet, t. XII, p. 669.
(3J Lib. I, epist. m.
78 HISTOIRE DB Ii'ÉaUUt DU MANS.
•UITB ET PIH DE L*ÉPISCOPAT DB HILDEBEAT.
RègUiiMnt lur les prièrts à faire poar les chanoines défnoti. -*• Efltfk de Hildeberl pour Caire restituer au clergé les églises qai lui afiisst été enlevées. — Abbaye de Saint-Vincenti la Couture. — Réforme de l'abbaye d*Êyron. — Prieurés dépendants de Saint-Aubin ci de Marmoutier. ^ Confraternité entre le chapitre du Mans et Tabbaye de Saint-Nicolas d'Angers. — Fondation de l*&bbftye de Beaulieu. - Hildebert au premier concile général de Latran. — Concile de Ghartra de 1124. — Hildebert monte sur le siège de Tours. -- Concile jde Nantes de 1127. — Hildebert combat pour la liberté de TËglise. — O se déclare pour Innocent II. — Mort de Hildebert. —École épiscoplle du Mans. -^ Aperçu sur les écrits de Hildebert. — ^nal^se de sa Somme théologtque et de quelques-^-uns de ses traitée.
L'éiH8Copa(; de Hildebert fut une époque de ptmpètiïé pour le chapitre du Mans , comme nous Favous d^ remarqué. Notre grand évèque apporta toud ses soilisà développer au sein de ce corps, et dans tout lie Mergé «n générfld, cette régularité qui assure la décence du ccdte divin et la religion de§ peuples. Dans une assemblée solennelle de tous les chanoines, il promulgua un règlemeût délibéré en commim , et qui lui a mérité les plus grands éloges de la part de ses contemporains. 11 établit qu'A la mort de chacun des chanoines, depuis le jour de son trépas jusqu'à l'anniversaire du jour où il avait obtenu sa prébende, tous ses revenus seraient distribués aux prêtres de Téglise cathédrale qui n'étaient pas revêtus de la qOalité de chanoine, et que chacun recevi'ait au moins cinq sous(l ). En retour de cette aumône, ces clercs seraient tenus de célébrer pendant un an, et dans J'église cathédrale, la me^e , les heures et les vigiles des morts à l'intention du chanoine décédé. De plus , chaque chanoine dirait la messe durant trente jours à Tintention du défunt. Si les
(1) Soit 141 fr.
filLDBB£RT. 979
revenus de la prébende n'étaient pas entièrement épuisés par cette aumône , Texcédant devait être employé à soulager les pauvres ^ ou aux réparations de Téglise cathédrale. Hildebert abandonna aux chanoines la provision des prévôtés et des archidiaconats, qui se conféraient antérieurenient dans la cour épiscopalè. Il leur fit don de la rente en cire que devait payer h Tévêque la paroisse de Château- 4iHLoir ; et ce fut désormais avec cette cire que ftirc«it Cormes les dix-huit oierges que Ton plaçait> selon l^usage^ W-dessus de la pointe du chœur (i).
;,£ûfin Hildebert parvint à force de constance à faire jj^nirer dans le domaine du chapitre plusieurs églises que des seigneurs laïques lui avaient eûlevées. De ce nombre 4teient les églises de la Dorée> Jublains^ 8ainte-Marie-de- Gourdaine^ dans la ville du Mans, Notre-Dame de Neuville, Poncé, Ruillé-sur-Loir, Troô, la dtiapelle de Saint-Quentin, ]^ès de Montmiraii, Saint-Georges-du-Plain, Sargé, près du Alans; la moitié deséglisesdeBaint-Jeai>-d'Aseé, de Goulanë, de.Monhpudou,Nogent-le-Bernard et du Tronchet.DaHs la paroisse de Brains, il assigna aux chanoines une pièce de torre^ mesurée sur ce que deux bœufs peuvent labourer en un jour. Ne pouvant faire rentrer complètement aux nittins du chapitre certaines églises qui avaient appartenu à^ce corps, il lui assura cinq sous de revenu sur chacune 4'elles. Telles étaient les églises de Saint-Ouen^ d'Assé, et çejle de Saint-Ullace. Il réserva pour la mense épiscopalè ^'église de Saint-Siméon de Passais et celle de Geauloé (S). ^1 Lorsque le doyen Geoffroy fut monté sur le siège VûbiépisGopal de Rouen, le déc^nat fut confié à Hugues de Saint'-Calais , qui plus tard occupa la chaire de saint Hugues avait partagé la prison de Hildebert 4
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 323. -— Sur l'usage de ces cierges, voyez Dancel dans la Revue archéologique de Didron» t. XII, p. 349 et suiv. — CSahier, Mélanges afchéologiqîies , t. III, liv. ire
et ae.
(î) D. Mabillon , Vetera analecta, t. III, p. 8î5. -- MaHyràlogium capxt Oénàmàn/, M: i(l4i
Nogentrle-Hotrou et à Mortague. D'autres chanoines se 8ignalr»reiit , comme eu Ta \u, par leurs pieuses générosités envers l'église cathédrale. Si d'un côté la fondation (les distributions manuelles par l'ai^hidiacre Gervais Payeu, l'ait présumer que l'assiduité des chanoines au chœur laissait quelque chose à désirer , Hildebert qoub apprend d'autre part qu'on se levait encore à minuit pour ctiânter matines ^ et que l'on revenait au point du jour pour roffice des laudes {i). La régularité d'ailleurs qui régnait dans^ce clergé lui attirait de toutes parts des dois considérables; mais on peut assurer que généralem^ il faisait le plus noble usage de ces richesses. Il contracta avec l'abbaye de Saint-Aubin une société de prières , et il lui remit tous lès droits qu'il pouvait prétendre sur les églises qui en dépendaient (2). Aussi^ dans la suite^ la propriété de l'église de Quélaines ayant été disputée aux religieux de Saint- Aubin par ceux de Saint-Faron de Meaux, les premiers implorèrent le secours des chanoines du Mans et ih triomphèrent (3). La même année^ l'évèque Hildebert confirma les donations consenties par le chapitre en faveur de l'abbaye angevine ; et plus tard Hamelin et GuillaumCi ses successeurs, renouvelèrent c^tte confirmation (A).
Il existait depuis longtemps un lien de fraternité entre le chapitre tlu Mans et l'abbaye de Saint-Vincent. Néanmoins, au commencement de Tépiscopat de Hildebert, il s'éleva une fâcheuse contestation entre quelques chanoines de la cathédrale et le monastère. La mort d'un chanoine , homme de bien , en avait été l'occasion ; quelques-uns de ses confrères soutinrent qu'il avait déclaré avant sa mort souhaiter être inhumé dans le cimetière de l'abbaye de Beauheu ; d'autres (jui avaient été présents lorsqu'on lui administra les sacrements, soutenaient au
(1) Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 395.
(2) Livre Blanc, no ilO.
(3) Ibidem, n© 187.
(4) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. t7l.
HILBEBERT. 584
contraire qu'il avait demandé expressément d'être enseveli dans celui de Saint-Vincent avec ses pères ( expression par laquelle il désignai t les évêques du Mans } et ses frères. Mais pendant que les chanoines faisaient pour lui les prières accoutumées dans Téglise, des gens exaltés enlevèrent le corps et allèrent Tenterrer, comme celui d'un sacrilège, loin de l'enceinte de la ville, dans un lieu qui n'avait pas encore été bénit. L'évêque était alors absent. Aussitôt qu'il fut de retour , l'abbé de Saint- Vincent et la communauté lui portèrent leurs plaintes , demandant qu'on déterrât le corps et qu'on l'inhumât selon l'usage dans leur cimetière.
Le prélat ne put rien gagner sur l'esprit des séditieux ennemis du monastère ; ils en vinrent jusqu'à menacer de mort quiconque serait assez hardi pour entreprendre de toucher au cadavre du chanoine. Ils n'exceptaient que Févèque de leurs menaces. L'abbé et les moines , voyant qu'ils ne pouvaient ni par prières ni par autorité faire reconnaître leur droit, en appelèrent au Pape; et Hildebert écrivit en leur faveur, à Urbain II, une lettre dans laquelle on ti-ouvc le récit de cet événement. Il fait remarquer au Souverain Pontife que l'abbaye de Saint - Vincent a été fondée par ses prédécesseurs pour être le lieu de leur sépulture et de celle des chanoines ; que c'est par ce motif qu'ils y ont uni une prébende de l'église cathédrale, afin que ceux qui prient sans cesse poiur eux leur soient joints par les liens de la charité fraternelle ; que quoique les habitants de cette partie de la ville, qui est du fief de l'évêché, soient enterrés dans le cimetière ( c'était un des jgriefs des chanoines dyscoles), il y a cependant un endroit séparé pour les clercs. Hildebert prie le Pape d'avoir égard à la pauvreté du monastère, de lui conserver ses anciens droits, et de briser par son autorité l'inflexible obstination des méchants {i).
On ignore si le Pape Urbain II prononça sur cette affaire ;
(t) Verimibilis Hildeberti opéra, col. 199-200. — D. MabiUoD| ÇEuvres posthumes, t, III, p. 409 et 409«
58S HISTOIRE 1)E LiGLIfiB DU MANS.
mais ce différend s'accorda daus la suite à la gatisfiictkiQ des deux parties (1).
11 s'éleva plus tard quelques difficultés entre le chi{»tit| et Tabbaye au sujet de diverses propriétés dont les titrw étaient incertains; sous Tévéque Hildebert et Tabbé Ramnulfe , on conclut une convention qui mettait fin à ces débats ; il y eut des concessions de part et d'autre , et Too remarque particulièrement les dispositions suivantes : les moines accorderont aux chanoines un cimetière séparé de celui des laïques^ et près de celui qui leur est propre; ils célébreront un trentain pour chaque chanoine décédé. De leur côté, les chanoines célébreront un trentain pour les abbés de Saint-Vincent , et sept messes avec autant ds vigiles des morts pour chacun des moines qui viendront à quitter la vie (2).
L'a])baye de Saint-Vincent fut gouvernée par quatre pré* lats au temps de Hildebert. RamuuUe , dont il a été parlé précédemment^ la conduisit jusque vers 1103 ou 4103. H lui procura de grands avantages, entre autres dix ou doive églises et la seigneurie du faubourg de Saint -Vincent an Mans (3). Guillaume II lui succéda. Il avait été moine de Marmoutier. On connaît peu le détail des actions de cet abbé; il fit rendre à son monastère réglise de Champagne; et , à sa prière , Hildebert accorda une confirmation de toutes les possessions de l'abbaye en 1100. Les soins que se donnait Guillaume II pour la conduite de sa communauté ne l'empêchaient pas de se souvemr de celle dont il avait été tiré, de regarder toujours Tabbé de Marmoutier comme son père, et de lui obéir comme son disciple. Ce fut par soo
(i) Instrauientum de concordia fictn iater Genomanenses caoonicoi sancti JiiUani et monachos sancti Vincentii. — D. Martèoe, Âmplm. collect., 1. 1, col. 579.
(2) Livre Blancy n©» 116 et 117.
(8) Compendtum historiœ sancti Vincentii^ Ms. — Carhdedn de Saint -Vincent , Ms. Biblioth. ïmpér., ancien fonds latin, n« 5444. — D. Martène, Amplissima coUectio, t. I, col. 570, 57S, ^t passim. — D. Mabillon , Annales 0. S, B., Append. t. IV, p. 578.
ardre que l'a» 4109^ il alla trouver Gaudin de M^ilioorne pour prier ce seigneur de se relâcher du droit de tranfrpart en faveur des religieux de Marmoutier, Pour obtenir plus aisément ce qu'il demandait^ Guillaume prit avec lui Hildebert, son évéque^ persuadé que le seigneur de Malioorne ne pourrait rien lui refuser. Us obtinrent ce qui était l'objet de leur désir, à la condition d'inscrire le nom de Oaudin et de ses parents sur le nécrologe de l'abbaye. Tous les mémoires de Saint -Vincent représentent Guillaume comme un excellent abbé , qui conduisit son monastère avec beaucoup d'économie et de sagesse (i). Après Guillaume Jly la chaire abbatiale fut occupée pendant peu de temps par Raoul (2) , qui fut bientôt remplacé par Guillaume IH, surnommé de Bouère^ sans doute du lieu de sa naissance (3). Hildebert fait son éloge en dei3x mots^ en disant qu'il était un religieux accompli (4), Ses vertus seules le portèrent à cette dignité, dans laquelle il fit briller le sèle^ l'amour de la discipline et la prudence que l'on avait déjà remarqués en lui pendant qu'il était prieur oiaustral du monastère. Devenu abbé^ il en augmenta les revenus par de nouvelles acquisitions et par le don que Hamelin de Ballon fit de plusieurs possessions situées en Angleterre. Il conclut aussi un concordat avec Gautier do Clinchan^p (5), et s'attira l'estime de tout le monde « mais i»*incipalement de Hildebert et de la reine d'Angle* tarre Adélaïde, épouse de Henri F (6). Comme la charge abbatiale lui semblait trop pesante , Hildebert le consola dans une lettre, en lui faisant voir que l'action et la contemplation ne sont point incompatibles, et que Ton peut
(1) Biblioth. Impér., Ms. de Gaignières, n*» S44&.~-D. Uarïhne^Histoire d€ i^ahbaytt d^ Marmoutier, part. 1 , t. I, p. 6S0. — Idem, Àmpiiss, oo//ect, 1. 1, col. 599.
(2) Ce prélat n*est pas mentionné sur toutes les listes. (3} Guillelmus de Boeria, de Boeriis,
(4) Yir eopsummat» religionis.
(5) Le même dont il est question dans la seconde lettre da seceiKl livre des épîtres de Hildebert.
(6) Hildeberti opéra, lib. I, epist. xiy.
SM HISTOIKE DE L^ÉGUSE W MANS.
[es allier ensemble (i). Les moines de Saini-Yincent ayant eu un procès à soutenir contre ceux de Jumiéges pour les églises de Saonne et de Gourgains (â) , lorsque Hildebert était déjà archevêque de Tours ^ l'abbé GuiUaume eut recours à son témoignage ; et Tarchevêque le donna esi lui prodiguant des marques d'affection^ ainsi qu'à son monastère (3). En terminant ce que nous avons à dire sur l'abbaye de Saint -Vincent à cette époque, nous ne devons pas omettre de remarquer que Hildebeii; fit une translation solennelle du corps de saint Domnole daifs la basilique de ce monastère (4).
L'abbaye de Saint -Calais conserva les pieuses traditionsdu vénérable Ébrard, qui avait dû mourir dans les premi^^ années de Hildebert. Gosbert (5) lui succéda; mais on ne connaît pas les événements arrivés sous cet abbé , ainsi que sous ses deux successeurs Gautier (6) et Robert (7).
Lorsque HiMebert prit possession du siège du Mans^ l'abbaye de la Couture jouissait d'une florissante prospé-. rite sous la conduite de l'abbé Juhel. Odon de Bures (8) lai succéda. Ce nouvel abbé tut zélé pour son monastère, dont lies possessions s'accroissaient sans cesse par de nouvelles fondations. De son temps Geoffroy de Malicome entreprit d'enlever à l'abbaye de la Couture une partie des droits dont elle jouissait sur ses fiefs; mais on acheta de lui la paix pour une somme de quarante-cinq sous de deniers (9). Robert Chalopin et Hervé Garmerella donnèrent à la
(1) Lib. I, epist! nu.
{%) Cortegaëm.
(3) Lib. III, episl. xxi.
(4) Compendium historiœ sancti Vincentii, Ma.
(5) Gosbert ne figure pas sur les listes des abbés de Saint-Calai«. Nous le mentionnons d'après une charte du prieuré de Savigny,à Désertincs. — Pièces justificatives, n» nv.
(6) On voit cet abbé en 1148.
(7) Robert signe une charte de Tabbaye de la Couture , relative au prieuré de Saint-Mars de Ballon, en 1149.
(8) Odo de Buris,
(9) Soit 1Î67 fr.
HILDEBEUT. 385
Coulure une partie de la forêt de Brigue (4). Cette forêt ne relevait d'aucune paroisse, mais seulement de TÉglise du Mans; les fondateurs donnèrent ensuite une terre pour construire une église, établir un cimetière , un bourg et élever un logement pour les moines, qui reçurent en même temps la seigneurie du lieu (2). Vers cette époque , Dreux de Villaine offrit à la Coutm^e Téglise de Saint- Médard de Vernie, ancienne propriété de TÉglise du Mans. L'abbé députa vers la femme du donateur deux moines de son monastère , Martin et Yves de Thorigné , pour obtenir son consentement. Dreux de Villaine, sa femme, ses enfants, ses frères et ses autres parents reçurent chacun une somme assez considérable. Cependant, un peu plus tard , Normand de Tennie s'opposa à^cette donation, mit la saisie sur les biens des moines, et les retint pendant deux ans. Enfin, contraint par les censures de l'Église , il se présenta , pendant le temps du carême, aux portes du chapitre de l'abbaye , accompagné de son frère et de son écuyer, et fit une pleine satisfaction. Il accorda même de nouveaux droits à Tabbaye, et reçut uiia somme de quarante sous (3). Hunaud , prêtre de Notre- Dame de la Couture, donna à l'abbaye l'église et le cimetière
(1) Brignia, Braga, — La Garenue-aui-Cerfs , bouquet de bois situé entre Housse et Saint-Germain-du- Val, dans le diocèse d^Angers, est tout C6 qui reste de la forêt de Brigue. A rextrémité nord, on observe le hameau et la chapelle du même nom.
(2) Parmi les signataires de cette charte , on remarque Guido de Mathereis , Paganus de jDiVtan, Paganus de Cepeio, Ghristophorus de Bufa, Gaudinus, presbiter de ChimireiOj Garterius de Garamella^
Ernulfus de Anegia, Gaudinus, nepos abbatis Hugo deBalaonCy tune
priorde Solemiis
(8) Drogo de Tillena dédit ecclesiam de Vemeia, cum omnibus per* tinentibus...... Testes : Paganus decanus, Fulcherius archidiaconus...^.
Apud Villeneiam uior Drogonis erat; ad quam abbas misit duos ex monachis suis Martinum et Yvonem de Toriûcho , qus libenier annuit babens quinque solidos et recepit beneficium ecclesi» per nianum Martini monachi fiUique sui similiter Normagnus de Tanneia Hisio^
de Coolie , avec leurs dépendances et la dlme de Mont* pion, et plusieurs autres propriétés (i).
Sous Tépiscopat précédent , Hubert Ribole avait fondé Je prieuré de Tennie , en faveur de la Coulure , et plusieurs membres de la famille de Tennie avaient donné leur consentement (3) ; mais au temps de Hildebert , Foulques de Tennie entreprit de se mettre en possession de tous les biens possédés par ce prieuré. Il exerça contre les religieux plusieurs violences, et alla jusqu'à brûler l'église de Saint-Pierre à Mézières-sous-Lavardin^ qui avait été accordée avec le cimetière aux moines de la Couture. Ceux-ci s'adressèrent à Hildebert, le priant de leur faire rendre justice; mais Foulques se monti-a longtemps rebelle à toutes les remontrances et demeura dans les liens de Texcommunication. Enfin , cédant aux exhortations de son oncle Guillaume de Tennie , prieur du monastère de la Couture , de Guillaume de Siîlé, de Foulques Ribole et auti*es de ses parents, il restitua aux moines ce qu'il leur avait enlevé, et reçut en jouissance viagère la moitié de la terre de Boiffart (3),
En 1112, Tabbé Odon racheta de Hildebert et du chapitre de la cathédrale les églises de Tennie , Loué, Ballon, Saulges, Pezé et Avoise (4-). Ces églises avaient été enlevées au monastère par la violence des laïques, puis transmises à l'église cathédrale ; afin de les recouvrer, l'abbaye donna ime somme de dix livres pour l'évêque et de soixante pour les clianoines.
Reginald ou Raynauld, que l'on croit descendu de l'illustre famille de Sourches, fut abbé après Odon. Il marcha sur les traces de ses prédécesseurs , et assura la prospérité de son monastère, n'épargnant pour cela ni travaux ni démarches. En 1121, il conclut, par Tintermédiaire de Hildebert , un accord avec Jeau de Poillé, par
(i) Pièces justificatives, qo lyi.
(2) Pièces justificatives, no xixyii.
(8) Uistoria Cultures, (4) Pièces justificatives, no lvii.
HILDBBERTt 5i1
lequel ce seigneur^ que Tévéque du Macs appelle son cher camarade^ renonce aux droits qu'il prétendait Bur Téglise de Saint-Denys de Poillé, et consent à recevoir une pension fumuelle de cinquante sous^ monnaie du Maine (i). Geo^ froy Le Brun fit don de tout ce qu'il possédait à Sainir Remy de Sillé. Garin Goyn et Julienne sa femme entrèrent dans la confraternité de Tabbaye de la Couture^ à laquelle ils donnèrent deux parts des dîmes de Bunachia. De plus^ il fut convenu que s'ils voulaient s'engager dans la fraternité du monastère^ en recevant l'habit de la religion, ils y seraient admis ^ et enterrés à leur mort dans le cimetière des moines, auxquels on donnerait neuf sous pour les funérailles. Le successeur de l'abbé Raynauld fut Guil*laume , dont il sera parlé à l'épiscopat suivant.
Lorsque Hildebert fut préposé au gouvernement de la province de Tours, il^n'oublia point l'abbaye de la Couture, dons laquelle il avait admiré tant de pures et modestes vertus. Il en donna une marque bien éclatante dans la lettie qu'il écrivit pour recommander les intérêts de ce monastère aux bontés de son successeur (2). L'estime que ie comte Hélie professait pour cette abbaye se manii'esta de plusieurs manières, ainsi que nous l'avons raconté. Ses deux frères aînés Geoffroy (3) et Enoch déposèrent le jbimais pour revêtir la coule des enfants de saint Benoit en cette abbaye. Ce fut à l'occasion de la profession du second de ces chevaliers, que le comte donna les métairies de Boilfart et de Liminier (4).
Les autres abbayes du diocèse du Mans jouissaient de b même prospérité^ sauf celle d'Ëvron, qui faisait une
(1) Soit 1410 fr. — Gonventio super ecclesiam de Poillé inler abbatem
et monachosde Gultura et Johannem Testes : R. Andegavensis epi-
scopui, Asdeg. decanus 6t P. Cantor.; W. archidiaconus Genomaa. et 4ecanus de Curia , çt moUi alii. — Historia Culturœ, Us.
{%) Pièces justiècatives, no lyiii. Quoique cette lettre encore inédite d^ Qiidebert nous soit parvenue par des copies peu exactes, nous croyons ^Yoir la donner ici.
(3) Goisbertus, dan^ Tinscription qui se lit en Téglise de la Couture.
(4) Pièces jttfiiiftcatifes, n^ Lvet lt a.
exception malheureuse. Sous un abbé indigne^ le désordre s'introduisit dans cette sainte demeure. Hildebert , pour y porter im prompt remède , envoya Guillaume , abbé de Saint-Vincent , pom* rétablir Tobservance ; mais ce digne prélat ayant essayé de détruire le mal , trouva Tentreprise au-dessus de ses forces. Hildebert tenta plusieurs fois de faire par lui-même les corrections sévères qu'il croyait ' nécessaires^ mais ce moyenne réussit pas davantage. Alors il cita Tabbé , dont le nom a été jugé indigne de passer à la postérité, devant Gérard, évéque d'Angoulôme et légat du Siège Apostolique , afin qu'il rendît compte de sa conduite. Le prélat coupable fit toutes les promesses que Ton exigea de lui ; mais, de l'etour dans son abbaye, il reprit son ancienne manière d'agir ; sa conduite devint même plus scandaleuse encore. Hildebert en référa de nouveau au légat apostolique, et lui demanda des avis sur la conduite qu'il devait tenir à l'égard de l'abbé d'Évron, qu'il appelle dans sa lettre une bète féroce (i). Entrant dans le détail ^ de sa vie, il le peint comme un homme sans zèle, adonné I à plusieurs vices et fort ignorant (2). Le représentant da ^ Saint-Siège délégua sans doute ses pouvoirs à Hildébeit pour déposer un prélat aussi indigne, et pour mettre à h tète du monastère un abbé capable d'y faire revivre la régularité. Eu vertu de ces pouvoirs, Hildebert tira de rab])aye de Marmoutier Daniel le Chauve avec quelques autres religieux ; et l'on vit bientôt la piété , la régularité, l'étude refleuiiir dans le sanctuaire d'Évron (3). Entre les règlements que Daniel le Chauve établit pour son monastère, on remarque celui qui prescrit de célébrer l'anniversaire
(1) Bcstia.
(2) Lib. II , cpist. XX et xxv. — Gfr. Les notes de D. Beaagendre.
(3) Sur Daniel le Chauve, voir Yves de Chartres, epist. Lxxxii, et les notes de l'éditeur, leP. Fronto.D/z;i Yvotits opéra, part. 2, p. 40 et 2W. — Geoffroy de Vendôme, lib. I, epist. m, lib. III, epist. xx, et les notes du P. Sirmond.—Vcrs Tan 1123, l'abbé Daniel d'Évron signe une chartô d'Adalard de Château-Gontier en faveur de Tabbaye de Saint - Aubio U'Angers. Bihiiofheca mançima Patrum^ edit, Lus^d.| ti XXI, col, llfti
HILDBBERT. 589
solennel, le 20 août de chaque année ^ pour les parents de tous les religieux , et de faire diner ce jour-là trois pauvres au. réfectoire. Hildebert , désireux d'encourager une si louable observance^ confirma en 1125 toutes les possessions du monastère. Daniel mourut dans une vieillesse très-avancée, en 1 143 ou i 144. Ses successeurs marchèrent longtemps sur ses traces ; et les fidèles, édifiés de tant de vertus , continuèrent de donner à Tabbaye des marques de leur pieuse munificence (1).
Presque tous les monastères de notre diocèse reçurent à la même époque de riches dons de la part des barons les plus pieux. Geoïfroy de Loreio donna, vers 1109, au prieuré de Tuflfé Téglise de la Chapelle-Saint-Remy ; et Simon de Gethon, seigneur suzera'm, confirma cette donation (2). Hugues Delisle et Hugues Timon donnèrent Téglise deSaint- Hilaire-le-Lierru (3), en recevant ITiabit monastique, dans le même sanctuaire , des mains du prieiu* Albert (4). Ce XPonastère eut cependant beaucoup à souffrir de la part de ipelques seigneurs voisins , surtout de Rotrou , seigneur de Montfort et de Bonnétable, Bernard de la Ferté, Payen de Montdoubleau et Geoffroy Morin, qui tua de sa main un jQQoine du prieuré , nommé Robert de Vdencieriis (5).
Des violences de cette nature n'étaient qu'accidentelles, et la disposition générale des esprits était très-favorable aux institutions monastiques. L'évèque Hildebert les favorisait de tout son pouvoir , ainsi que nous Tavons rapporté. De môme qu'il avait accordé à Tabbaye d'Évron une oonfimiation de toutes les propriétés dont elle jouissait dans le diocèse du Mans, il accorda des chartes semblables aux abbayes de Saint- Aubin (6), de Marmoutier (7)^ et
(i) Geranlt, Notice historique sur Évran^ p. 14 et 187. (2) Biblioth; Impér., fonds Saint-Germain, n* 588. (8) Ecclesia sancti Hilarii Hederati.
(4) Biblioth. Impér., loc. cit. — (5) Ibidem.
(6) Pièces justificatives, n» lu.
(7) Pièces justificatives, nM Lxetui.— Gauvin, Géographie aneietme du diocèse du Mans^ pÉMlm,
pieté, il fit rebâtir l'abbaye de Saint-Georges'-aux-BoiB, qui avait été entièrement ruinée, et y mit des chanoines réguliers comme Tavait fait Geoffroy Martel, premier restaurateur de ce monastère en 1045 (i). Hildebert espérait que ces chanoines feraient revivre la piété des anciens moines, pour lesquels Tabbaye dé Saint-Georges avait été fondée dès Torigine. Mais à peine rétablissement de ces religieuic était-il accompli , qu'ils tombèrent dans tin relâchement di grand, que Matthieu, leur abbé, renonçant à sa profession, abandonna son monastèi*e. Hildebert, dans la douleur que lui causa un tel événemeht , donna Pabbaye de Saint- Georgef^-aux- Bois aut moines de Matmoutier, et conjura Veimé Guillaume d'y établir ses disciples. On conserva jusqu'au xtiti* siècle les lettres de notre évéque dans lés arcîiives de Marmoutier ; mais il parait qu'elles n'eurent pas leur efifet; les chanoines de Saint -Georges n'avaient sbns doute pas tous imité les désordres de leur abbé, et ils continuèrent de desservir l'antique sanctuaire fondé par Childebert et Ultrogothe (2).
Peu de temps après l'érection du prieUré de LoUvigné , irers iH9, Robert Pavon, prêtre du diocèse du Mans, homme sage et d'une conscience timorée , craignant que l'église de Notre-Dame de Mayenne , dont il était en pos- B^sion , ne tombât en mains laïques , résolut de la donner à des rehgieux. I) jeta les yeux sur ceux de Marmoutier ; et> pour assurer sa fondation > il alla trouver Hildebert^ lui remit son église en présence des archidiacres Payen et Fauoher. Hildd)ert la làransmit aussitôt à Marmoutier, et en investit Fh)mond , qui était prieur , par le èigne d'un tidit bâton qu'il lui mit dans la main (3).
(t) Yid. fuinra, p» 166.
(t) D. Martàdt, Hist9if dû l'^èbaye de Marmtuim^ Ifi. . (i) Id* ibid.i pÉH. 1 > t* II» -^ Oêcï ne doii s'entandre que d*uiia partto de Pégliie de Notre «Dtme tlê Mayôniie; car le chapitre de Téglise Mtbédrale en poiiédiit une aatre partie , comme le prouve la charte suivante : Universis catholice fidei cultoribus qui litteras Tidtrint présentes vel audierint | HeMniodl , GeBoatamniii Bodesie deeoaito ^ eam
593 uisTOiAE DE l'Église du Mans.
n y avait déjà longtemps que Tabbaye de Harmoutier possédait le prieuré de Saint-Martin à Mayenne (1). Du temps (pie Hildebert gouvernait le diocèse du Mans, et Tabbé Albert Tabbaye de Marmoutier, le prieuré dé Saint- Martin était desservi par deux religieux , gui y par leur piété , s'acquirent l'estime et Tafifection de tout le pays. Juhel y seigneur de Mayenne y conçut pour eux une à grande affection y qu'il résolut de les établir dans la char pelle de son château et de leiu» assigner un revenu suffisant pour y entretenir un bon nombre de religieux. Dass le temps où Juhel roulait ce dessein dans son esprit, Guillaume y abbé de Marmoutier, arrive à Mayenne. Juhel le croit envoyé par la Providence, lui expose ses projets et le presse de les accomplir. En honune prudent , Guillaume loue les vues du seigneur de Mayenne ; mais il lui fait voir qu'il faut d'abord consulter l'évêque du Mans et obtenir son consentement. Juhel se rend au Mans , invite Hildebert à venir à Mayenne , l'investit de la chapelle de son château par la corde de la cloche, et le prie d'en transmettre l'investiture à l'abbé Guillaume et à ses religieux qui étaient présents. Tout s'accomplit comme Juhel l'avait désiré , avec le consentement d'Adeline sa mère et de Félicie sa sœur. Ce seigneur ajouta encore à sa fondation des revenus considérables, entre autres l'église de Lassé et
toto bcati Juliani capitulo, salutem in Domino. NoTerit caritas vestra, quia nos donno Roberto de Follis, presbitero béate Marie de Meduam, pro Dei amore ejus benignitate concesdmus , ut Danielem nepotem suum in partem sue reciperet ccclesie , scilicet ecclesie béate Marie de Meduana, que ad nostruin pertiuet dominium. Goncessimu etiam, at si idem Robertus jam dictam ecclesiam vivons dimitteret, Tel vitaoi finiret^ Daniel predictam possideret ecclesiam. Hoc tamen in eademretinuimus ecclesia , ut et domnus Robertus et Daniel deeem solidos Genomannice monete, nobis in capitulo nostro singulis annis raddereat Dominus vero Robertus, quoniam ejus voluntati satisfedmos, dedmas et alia que ipse emerat pro decessum suum et Danielis nepoti soi, nottre donavit ecclesie. Ad hujus vero rei munimentum litteras présentes fieri et sigillé nostro roborari precepimus. — Livre Blanc , n« 918. •- Livre Jaune, fol. 51 , v.
(1) HisMre de l'Église du Mans, t. II, p. 138.
UILDJiBfittT. 593
des terres dont le détail serait ennuyeux; et comme Tabbé Guillaume se chargea d*» faire construire les lienx réguliers à ses frais, il lui permit d'appliquer à Marmoutier ce qu'il jugerait à propos des biens qu'il venait de donner, pourvu qu'on entretînt toujours dans la chapelle de son. château un nombre suffisant de religieux. H dernanda aussi que le prieuré de Saint-Martin, situé au delà de la rivière, lut transféré et soumis à celui-ci, pour en être une dépendance (\).
Comme Juhel prenait fort à cœur cette affaire , et qu'il espérait procurer un grand soulagement à Tàme de Geoffroy son aïeul, de Gautier son père , d'Hamelin son frère, de ses autres pai'ents, et plus encore à lui-même, il eil pressait l'exécution avec beaucoup «îo chaleur. Deux places Toisinesde sa chapelle, appartenant à tleux de ses vassaux, étaient nécessaires pour la construction des bâtimients. Juhel exhorta ceux-ci à les céder aux serviteurs de Dieu : Renauid Draulin offrit la sienne de bonne ^âcejmais Guéria Probuà refusa énergiquement de veiidre ou de donner son bien. A cette réponse insolente, Juhel s'emporta^ lui dit qu'il était son colibert , (ju'il avait le droit (Je le vendre lui-même ^ de prendre son bien et de le donnera qui bon lui semblait; il allait môme le percer de son épée, si Clémence sa femme , l'évéque Hildebert , l'abbé Guillaume n'avaient enlevé le malencontreux vassal , et ne Teussent fait passer dans une salie voisine. ^
Après que ce premier riiouvement d'irritation fut calmé, quelques gens de bien entreprirent de réconcilier cet imprudent vassal avec son seigneur, et représentèrent à Juhel qu'il s'était mépris en s'emportant de la sorte contre Gnérin; qu'il ne pouvait traiter cet homme de son colibert, puisque le seigneiu* Gautier son père l'avait affranchi, et qu'ainsi il n'avait aucun droit sur son bien. Mais Juhel leur répliqua qu'ils se trompaient eux-inèmes; que lorsque son père avait affranchi Guérin , il était en âge de
(1) Pièc^justiftcatives, n» lixi. >