III. 8S
IMA HISTOIRE PE L ÉGLISE l)C MANS.
raisDn^ qu'il montait déjà à ctieval; que^ par coûséquent, cet airrancbissement aurait dû se l'aire avec son consentement; qu'il ne lavait pas donné, et qu'on ne le lui avait pas même «lemandé ; que ce défaut le rendant nul , il avait le droit de disposer de la personne et des biens de Guérin. Cette réponse fit juger qu'on ne gagnerait rien de ce cùté-là, et il fallut encore que Clémence, épouse de Jubel> et Cbotard de Mayenne son ami , intervinssent pour obtenir la grâce de Guériii. Cbotard , pour l'y porter, dut lui donner un très-beau cbeval bls^nc dont lui avait fait présent le duc de Bourgogne à Dijon. Il lui rendit en outre une coupe précieuse que Henri , roi d'Angleterre , avait offerte à Jubel , i'i ({u'il tenait en gage pour une somme de cinq cents sous (i). Jubel consentit enfin à affranchir Guérin et toute sa postérité , mais à conditiou qu'il abandonnerait la place qu'il avait refusé de vendre, qu'il céderait à Cbotard un pré sur le bord de la rivière , et que û jamais quelqu'un des parents de Guérin venait à réclamer cette place ou ce pré , dès lors raffrauchissement serait nul.
Hildebert fit ensuite expédier des lettres dans lesquelles il déclare (ju'ayant été prié par Juhel de Mayenne, sa mère et sa sœur et par tous ses barons , de donner aux moines de Marmoutier les cbapelles des cbâteaux de Mayenne et de Lassay, et de confirmer la donation qu'eux-mêmes leur en avaient faite , il avait consenti à leur juste demande, et prononçait l'anathème contre tous ceux qui auraient la témérité de violer cette donation. Ces lettres sont datées de l'an i 420, indictioii xiu% épacte xviii«. Elles sont signées par Hildebert et ses archidiacres , et scellées de son sceau, sur lequel il est représenté en habits pontificaux, mais sans mitre (2).
(1) Soit 14100 fr.
(1) D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier ^ Ms. ~ Pièces jastificatiyes , noLXi. — G u yard de La Fosse, Histoire de Mayenne, p. SS-S5, et les Pièces jastiiicatives, p. iy-x.
U]li>£B]!;rt. 595
Banale Bas-Vendompis, Tabbaye de Marmoutier possédait déjà un prieuré à Lavardin ; elle en obtint un auti*e à Ti*ôo. En 1124, le comte d'Anjou Foulques le Jeune vint dans cette ville avec sa femme Éremburge;il répara les murs de la ville haute , et construisit y aii sonmiet de la montagne, une citadelle qui dominait le cours du Loir et Ja belle vallée que ses eaux fertilisent. Dans leurs travaux «t leui^ entreprises , les seigneurs du xii* siècle^ faisaient toi^ours la part de Dieu. Foulques et sa femme élevèrent en même temps , sur la pente de la montagne , une église consacrée à Notre-Dame, et la donnèrent à Guillaume, abbé de Marmoutier, qui y fonda un prieuré sous le nom de Notre-Dame-des-Marchais , et y établit douze moines, auxquels il assigna pour leur entretien une partie des revenus du prieuré du Sentier et de celui de Saint-Laurentrde-Gastines, sur les limites de la Touraine (1). U reste •acore aujourd'hui des ruines remarquables de l'église bAtie par Foulques et Éremburge (2). Pour indemniser les prieurés du Sentier et de Saint-Laurent^ le comte d'Anjou leur assigna d'autres revenus , les prit sous sa proteotion et ordonna à Hugues , seigneur d'Amboise , et à Pierre de Montpire de les défendre contre toutes les vexations qu'on voudrait leur faire (3). Au reste, quelque nombreuses que fussent les fondations de Marmoutier à cette époque, elles n'étaient jamais pom* moins de douze moines (4). Aussi les seigneurs dont les aïeux avaient déjà fait des fondations en faveur de cette illustre abbaye , s'empressaient de les augmenter, et c'est ce que fit, entre autres, Lisiard de Sablé (5). Dans la suite, Robert, fils de Lisiard, accorda une
(t) D. }AéïA\\Qïk^ Amales 0. S. B., lib. LXXIV. — Sillmon, Chroni» qnês de Touraine. — De Péligny , Histoire archéologique du VendO" moisy p. Ï47. — D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, part. I, 1. 1, p. 643.
(S) Dans son bel ouvrage sur le Vendomois, M. de Pétigny donne une vue de ces ruines (pi. 26).
(3) Idem, ibidem.
(4) D. Martène, /oc. cH. ''
(5) Piècea justificatlvw, li« LkiH.
5iH) HISTOIRE DE L'KOLlJj^K DU MANS.
nou\elie confirmation de tous les dons de ses ancêtres^ et Geoffroy , é\(\|iu» d'Angers, octroya des lettres pour les autol'iser 'I).
Hildeberl et le cliapitre du Mans donnèrent une preuve éclatiinto de Teslinie <|u'ils avaient pour4 abbaye de Saint- Nicolas d'Angei-s. Par un acte solennel , rév(>que et les chanoines du Mans contractèrent une société et confraternité de pi^ièivs et de mérites avec LainbtTt , abbé de ce monastère et si'S moines (2). Tout purle à croire que le chapitre du Mans contracta de pareils engagements avec plusieurs autres ab})ayes , car ces associations étaient trèfrfréquentes alors.
Dans une auti*e circonstance, Hildebert rendit im service important h Tabbaye de Saint-Nicolas. Vers l'an 4045, iiuillaume, seigneur d'Assé-le-Riboul , avait donné, avec l'autorisation de Geoffroy son frère, l'église de cette paroisse au monastère. Après sa mort , Hervé , l'un de ses héi'itiei's, disputa aux moines la possession de ce legs; mais sur les instances de Tévèciue Hildebei-t et du comte Hélie,>il se désista de ses injustes entreprises (3). L'abbaye de Saint-Nicolas était alors fort puissante dans notre pays; au dernier siècle, l'ahhé présentait encore aux prieurés de Gemies, Moiit-Saint-Jean, Assé-le-Hiboul , Parnay, Cherizev, Saint-Nicolas-iie-Bossé , et aux cures sécularisées de tous ces lieux (4).
La ville du Mans elle-même s'enrichit à la même époque
(i) D. Martènc, loc. rit,
(2) Charta qua Lainbertus abbas et monachi sancti Nicolai Andegtvcnsis , sociclatcin et amlcitiam ineunt cum Hildcberto Ceiiomanensi episcopo et canonicis Genomaiiensis Ecclcsiœ. Actum est hoc et coofirinatum in capitule sancti Juliani Gcnoniaiiensis , anno ab incarnaliooe Domini mxcvu, indict. v, m kal. julii. — D. Laurent Le Pelletier, Eljitome fundationis abhaliœ sancti Nieo/ai Andegavensis, p. 33. — La dernière des dates que porte cotte charte est évidemment erronée; Hildebort u'élait pas encore évêquc le 20 Juin de Tannée 1097.
(3; D. Le Pelletier, Epitome fundationis, etc., p. 81-83.
(4) D. Barthél. Roger, Histoire de r Anjou, p. 159. — GauYÎa , tiéo' graphie ancienne du diocèse du Mans, p. 4 et pasûm.
HFLDEBERT. 597
d^in nouveau sanctuaire. Dès le temps du Pape Calixtell, et sous le règne de Louis VI, c'est-à-dire de H 15 à liîO environ, Bernard de Sillé, du consentement de ses enfants, Hugues, Richard, Macé, chanoine; Hubert et Simon, donna à Dieu, à la sainte Vierge sa mère et aux chanoines 4e Lucé une terre exempte de toutes redevances, pour y fonder, en l'honneur de Notre-Dame , un monastère sous la règle de Saint-Augustin. Cette donation lut. confirmée par révoque Hildebert, avec Tassentiment de tous les chanoines, à la grande satisfaction du comte du Maine, de ses barons et du peuple. Cette abbaye se nomma d'abord Notre- Dame- de- Luceau, du lieu où elle était située, et aussi Notre -Dame- du -Parc. D'assez bonne heure on lui donna le nom de Beaulieu (1), soit parce que les tournois,. si fréquents dans ce tempsrlà, se célébraient près de son enceinte , soit à cause des agréments remarquables fie sa situation. La ratification solennelle de cette fondation , et probablement la consécration de l'église et Tinauguratioji du monastère, se firent le 9 octobre 1123. En ce jour, pour consolider et accroître le monastère, Philippe, archidiacre et chanoine du Mans, donna une terre située h Beaulieu même , sur les bord^ de la Sarthe ; il y joignit vingt-quatre onces d'or; trente-huit marcs d'argent et tout le fief qu'il possédait à Mont-Saunière (2). Les dons du pieux archidiacre envers l'abbaye de Beaulieu furent si considérables, que dans la suite on le considéra comme le principal fondateur. En même temps de puissants personnages rivalisaient de zèle pour enrichir le sanctuaire de la mère de Dieu. Le comte Foulques et Eremburge sa . femme lui accordèrent Téglise de Saint-Fraimbault-sur- Pisse , avec toutes ses dépendances. Us avaient d'aboixl disposé de ce beau domaine en faveur de l'église cathédrale; mais Hildebert leur conseilla de Te transmettre à la nouvelle abbaye, pour laquelle il témoignait une singulière
(1) Belius Locus»
5^ HISTOIRE DE LEGLIâC DU MANS.
affection (i). Foulques Riboule, seigneur irAssé-le-Riboul^ et plusieurs autres seigneurs, firent aussi des dons considérables dès le temps de Hiidebert. Ce grand prélat ne se contenta pas d'exciter les barons de la province à doter la nouvelle abbaye ; il lui conféra lui-^même pluâeurs paroisses à desservir ^ et il lui donna » en particulier, la chapelle de Saint-Pavin. Le Pape Honorius U ( Iiâ4-ilâ0} approuva cette fondation par une bulle.
Grâce à la piété des premiers chanoines qui Thabitè* rent , Tabbaye de Beaulieu reçut de rapides et importants développements. Trente à quarante ans après sa fondation, elle possédait déjà les églises de Saint-Fraimbault-sur-Pisse , comme on vient de le dire, celles d« Di^say-sous-Courcillon (2) , Saini-Âubin-des-Coudrais (3J, Saint-Médard-de- Vernie, Saint-Sauny ou Saint-Saturnin (4), Ghassillé (5) , Courcité (6) , Villaines-la-Juhel (7) , Marcilléla-Ville (8), Loufougères, Breti gnôles, Housseau, Tessé, La Baroche, Beaulandais, Saint-Front, Gourberie, avec leurs dépendances, et un grand nombre de chapelles. Sous Tépiscopat de Guillaume de Passavant, Tabbaye de Beaulieu se développa encore, comme nous le dirons alors. Au temps de Tévèque Hamelin , Etienne Gondouin et Agathe sa femme firent don de leurs personnes et de leurs maisons, s'étendant depuis Saint-Pavin-en-la-Gité, jusqu'à la Grande- Kue.
Le domaine féodal des chanoines de Beaulieu se composait des seigneuries de Saint -Fraimbault -sur -Pisse et de Bouillon. L'abbaye aliéna cette dernière , quelque temps avant son extinction (9).
(i) Pièces justificatives, n® lxxiii. — Cfr. D. Bondonnet, Les Vies des évéques du Mans, p. 631. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p.*352.
i%) Disseiwn, — (3) Sanctus Albinus de Coryletis. — (4) Sanctus Saturninus. — (5) Casiliaciis. — (6) Curtenœ. — (7) Villena. — (8) Marciileium.
(9) Armoiries : D^azur à un mouton d^argent pAté sur une terrane
HTLDEB£RT. 599
L^archidiacre Philippe vécut encore assez longtemps , après la fondation du monastère de Beaulieu; il mourut lé il mars, et fut enterré ali milieu de la nef de Téglise abbatiale. Son anniversaire était célébré tous les ans par lee religieux; et les chanoines de l'église cathédrale, dont il , était aussi le bienfaiteur, se rendaient chaque année, le lundi de Pâques, près de son tombeau pour y faire des prières. Les chanoines de Beaulieu conservaient également la mémoire de Geoffroy , père de leur fondateur, et mort . le I" octobre. Toutefois , si Tabbaye de Beaulieu reconnaissait Farchidiacre Philippe pour son fondateur, elle accordait le même titre et les honneurs qui le suivaient aux seigneurs de Sillé-le-Guillaume , ainsi que le reconnut Guy du Parc, abbé de ce monastère , aux assises de Sillé, présidées par Antoine de Beauveau, en \ASi.
Les premiers abbés qui gouvernèrent ce monastère furent Hatod, Pierre, Drogon en H 51, Renaud et Lambert , sur lequel nous reviendrons dans la suite.
De bonne heure, Tabbaye de Beaulieu fut enrichie d'une portion notable des reliques de saint Marculfe , vulgairement nommé Marcoul , abbé de Nanteuil , au diocèse de Goutances, mort en 558. La vénération dont les fidèles du Maine entourèrent ce sacré dépôt, attirait un grand nombre de personnes en pèlerinage à Tabbaye de Beaulieu, le i«' mai, jour de la fête du saint anachorète. Dès le moyen âge, il se forma dans ce monastère, sous la présidence des chanoines réguliers , une confrérie sous le patronage du même saint. Elle fut approuvée par les bulles de plusieurs Souverains Pontifes et beaucoup de personnes s'y engagèrent. Elle subsista dans un état très-florissant jusqu'f^ la destruction du monastère. C'est probablement à Tinfluence des chanoines réguliers de Beaulieu que le culte du saint abbé de Nanteuil doit de s'être aussi répandu dans le diocèse du Mans. Il était d'ailleurs très-populaire dans toute
de sinople et stirmonté d'un aigle essorant d'or , qui le becqueté sur U tête.
la France^ et il est encx>re clier aux populations de notre diocè^^ qui invo4]uent cet ami de Dieu , dans l'église de 8aint-Julien-du-Pr<^ et dans plusieurs autres lieux (1).
Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les fondations que la piété de nos pères multiplia alors avec une sainte profusion. Les hospices^ les maladreries seules nous retiendraient longtemps. A l'origine de tous ces établissements, Hildebert apparaît comme promoteur. Son zèle le faisait ainsi participer â toutes les œuvres pieuses des fidèles confiés à ses soins. Mais ce désir du bien ne se contenait pas dans les limites de son diocèse. L'année qui précéda l'inauguration solennelle dt; Tabbaye de Beaulieu, en 1123, notre pieux prélat se rendit au concile général de Latran^ convoqué et présidé par le Pape Gallixte (2). On y vit plus de trois cents évêques et trois cents abbés. On y traita uniquement des questions de discipline ecclésiasticpie. L'accord entre le Pape et l'empereur Henri V sur les investitures fut publié et contirmé dans cette assemblée (3).
Avant d'enlrepreuiire ce voyage , Hildebert envoya à Tévéque de Séez un polit présent promis depuis longtemps. On ignore aujourd'hui de (juoi il s'agissait. Notre évéque se recommande en même temps aux prières du prélat, dont il lui proleste avoir un grand besoin, à la veille d'un aussi dangereux voyage (4).
(1) D. Briaiit , Ceitouinnùi. Ms. ~ Le Corvaisier, Histoire des évêques du Mans, p. 421. — D. Bondonnet, Les Vies des évéques du Matis, p. 531. — Le Paij,'c, Dictionnaire historique du Maine, t. H, p. 214 et 499. — D. Colomb, Histoire des e'vdques du Mans, p. 167. — Peschc, Dictionnaire de la Sarthe, t. I, p. 119. — Ricbelet, J^ Mans ancien et moderne, p. 15. - (iaiivin, Statistique du Mans, p. 310 et 3î5. — Idem, Gt'ofjrupJiie a/iricnne du diorr^^f du Mans, p. 210, G3J, et pas-
. sim. — Cuilloiî', ]'if's des Saints du Maine , t. Il, p. 8. — I.ocbet, Rechercha^! sur les Confrt!rics du diocèse du Mans, p. 181. — Bilan), Anulyse des documoits historiques , etc., no 539.
(2) Çariulariinn abbatiœ sancti Vincentii Cenoman. Ms., Bibliolh. Impér. fonds latin, n» 54U, en la cbarte uo 103.
(3) Hihliotheca niaxima Patrum, cdit, Lugd , t. XXI , p. 108. — Labbe, Concilia, t. X.
(4) Ml». lU, epi*t. IV.
UILDEBERT. 601
Pendant Tabsence de Hildebert, la province fut sur le point de voir une guerre terrible s'allumer dans son sesin, et ses églises furent pendant quelque temps sous l'interdit. Foulques le Jeune avait donné sa fille Mathilde en nMxiage à Guillaume Adelin , fils et héritier présomptif du roi d'Angleterre Henri i *' ; mais Mathilde devint veuve , sans enfants, peu de mois après la célébration des noces , par la mort tragique de son époux. La j eune princesse renonça au monde et prit le voile à Fontevrault. Son père lui avait donné pour dot le comté du Maine ; et, par un trait de noire perfidie, 1«^ monarque anglais retenait cette province et refusait obstinément de la rendre. Irrité de cette mauvaise foi, le comte d'Ajou prit le parti, en 1123, de donner en mariage à Guillaume Cliton, neveu et compétiteur du monarque anglais pour le duché de Normandie , sa seconde fille nommée Sy bille , à laquelle il assigna aussi pour dot le comté du Maine. Le légat du Pape^ à la sollicitation de Henri, çâssa cette alliance pour cause de parenté , sentence qui fut confijmée par Callixte U, le 2b août WU (1). Cette affaire eut de fâcheuses suites par la résistance qu'apportèrent Cliton et Foulques auA ordres du Saint-Siège. Lue lettre dHonorius ÏI, successeur de Callixte, au chapitre métropolitain de Tours, en date du 42 avril 1125, fait connaître que le légat ayant envoyé des messagers à Guillaume Cliton , pour lui annoncer la dissolution de son mariage , le comte d'Anjou les jeta en prison, et les y retint pendant deux semaines. Il leiu* fit subir plusieurs mauvais traitements ; il leur brûla la barbe et les cheveux , et en fit autant des lettres qu'ils lui avaient présentées. Le Pape le déclara excommunié et confirma l'interdit que son légat avait jeté sur tous les états qui lui obéissaient. Ainsi la province du Maine se vit sous le coup de l'interdit pendant assez longtemps ; car Foulques et Guillaume Cliton ne cédèrent pas aussitôt à la sentence pontificale. Contraint enfin parle cri
(i) D. d*Acbery, Spiciiegium, t. TH. p. 149. -- D. Bouqaet, t. XU, p. 69, 488, 50!i et 707.
601 HISTOIRE B£ L ÉGLf S« OU MANS.
dei^a conscience et les murmures îles peuples , Guillaume Cliton consentit à la rupture de son mariage. Sa révolte contre Tautorité pontificale fut d'ailleurs sévèi-ement châtiée ; on le vit , banni de tout lieu et ne sachant où se réfu"" gier devant la colèfe de son oncle, errant de monastère «t monastère , et recueilli par la charité des cénobites. Dans la suite , il devint comte de Flandre et mourut sous ThaMt monastique à Tabbaye de Saint-Bertin , en 1198 (i).
A peine revenu du concile de Latran, Hildebert prit une part très-active dans cette affaire , qui touchait aux plu» grands intérêts de l'Église et de la patrie. Dès le iâ man 4 124, il était à Chartres pour assister au concile dam lequel l'affaire du mariage de Guillaume Cliton devait être examinée. Le Siège Apostolique a\ ait délégué deux cardi* naux des plus marquants dans le sacré collège pour pré» sider cette assemblée, Pierre de Léon et Grégoire, cardinal de Saint-Ange. Six diocèses de France se trouvaient sous rinterdit porté par le légat Jean de Crème ; les cours de France et d'Angleterrfi employaient tous leurs moyens, l'une pour faire maintenir le mariage de Tinfortuné Guillaume Cliton, l'autre pour le faire rompre. Les plus grands intérêts des deux royaumes s'y trouvaient vivement engagés, et tout le inonde avait les yeux fixés sur cette assemblée. Dansf ces circonstances imposantes, Hildebert prit la parole; il ouvrit le concile, qui se tint dans l'église cathédrale, par un discours où il commença à parler du mariage considéré comme sacrement. Mais ses paroles ne furent pas écoutées longtemps ; on ne lui permit pas d'achever sa harangue , et tout le reste de la session se passa dans un tumulte qui ne laissa pas aux Pères la liberté de porter une décision sur l'objet principal pour lequel ils avaient été assemblés (2).
(1) D. Bouquet, t. XII, p. 65, Î83, 470, ctpassim.
(î) D. Brial, Recherches sur t objet d'un concile tenu à Chartres, Van 1124, dans les Mémoires de l'académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 2» série, t. IV, p. 530-544.
Peu de temps après le concile de Chartres , TÉ^lise du Mans eut la douleur de se voir privée de son évêque. Guibert, archevêque de Tours, étant mort à Rome sur la fin de cette année 1124,, Hildebert se l'endit au commencement de Tannée suivante dans la ville métropolitaine, pour tenir la place du prélat défont, ^n vertu de la prérogative du siège du Mans. A son arrivée à Tours, le clergé et le peuple se pressèrent autour de lui et le proclamèrent le plus digne d'occuper la chaire de saiiit Martin. Mais Hildebert était trop attaché aux saintes règles de la discipline pour se rendre de suite aux vœux des Tourani- . geaux ; néanmoins, le Pape Honorius II lui ayant ordonné d^accepter rarchevêché (1), il fut installé sur le siège métrô^ politain avec un applaudissement général. On doit remarquer que les vertus de notre p1*élat lui avaient acquis IVstime de ceux mêmes qui, à une époque antérieure, lui avaient opposé une résistance peu respectueuse (2).
En prenant possession de son nouveau siège, HiMebert forma la résolution de remplir tous les devoirs imposés à cette charge. Son grand âge ne Tempêcha pas, dès les premiers moments , de porter une main ferme sur les plaies que la discipline avait souffertes en Bretagne. Les désordres qui régnaient dans cette province étaient si grands, que le duc Conan III dit le Gros se cinit obligé d'écrire aii Pape pour s'en plaindre et le prier d'y apporter remède (3). Le Souverain Pontife chargea son légat Gérard d'Angoulême et Farchevêque Hildebert , d'assembler un concile pour remédier aux abus. Parmi les désordres qui régnaient dafts cette province, il faut compter en premier lieu les dissensions qui l'avaient ensanglantée à plusieurs reprises. Olivier de Pont-Château et d'autres barons, révoltés contre le duc de Bretagne et vaincus les aimes à la main, s'étaient
(1) Venei\ Htldebevti opéra ^\ih. II, epist. Mxiv.
(2) Gaufridus Vindoc, lib. III, epist. xxvii.
(a) D. Morice, Histoire de Bretagne, 1. 1, p. 91. —Idem, Preuves de l'histoire de Bretagne, 1. 1, çol. 554 et suiv.
604 HISTOIRB DE l'É^ÏUSE DU MANii.
retrauchés dans Téglise de Tabbaye de Redon; le sang avait coulé 8ur le pavé du lieu saint ^ et l'abbé demandait une nouvelle cr»nsécration de l'église profanée par des violences et des meurti*es. Hervé y qui gouvernait alors ce monastère, obtint du Siège Apostolique la liberté d'appeler Tévèque qu'il désirerait pour remplir cette fonction^ et^ siu* sa demande, Hildebert réconcilia l'église abbatiale, le 23 octobre 1127 , assisté de Guy, évèque da Mans, de quatre autres évêques de la^ province et de quelques abl)és. Le duc Gouaii, sa mère et une foule de seigneui*s assistèrent à cette solennité (1).
Après la ct»rénîonie, l'archevêque se rendit à Nantes pour y tenir le concile que le Pape avait ordonné de célébrer. L'assemblée ayant terminé ses opérations, Hildeberten iniorma le Souverain Pontife, et lui rendit compte de tout par une lettre dont nous allons reproduire les passagesles plus importants : a Nous avons résolu de retracer à Votre Sainteté , Père Révércndissime , comment, à la demande dn vénérable comte des Bretons, et par le conseil des évèqiies de notre pro\ ince , nous nous sommes rendu en Bretagne , où , pai iiii de nombreux et abominables scanr dales, on nous signalait 1^ souillure du mariage par l'inceste, et celle du sanctuaire rendu escla\ e par des transmissions hérr^ditaires. C'est pourquoi, ayant convoqué nos évêques et nos a])lM''s , et un grand nombre de personnes respectables et remplies de piété , nous sommes demeuré trois jours à Nantes, y tenant un concile qui, avec la grâce du Seigneur , a purifié TÉglise , et a été d'un grand profit pour le peuple. En effet, tellesétaient, jusqu'au jour de notre ir'union , certaines coutumes en vigueur dans la terre du duc de Bretagne : h la mort d'im mari ou d'uDC femme , tous les meubles de la personne défunte devenaient la propriété du seigneur; le fisc s'attribuait, au nom de la loi, tous les débris d'un naufrage. Le comte a renoncé
(!) D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 9Î. — Idem, Prem)€ide
l'hiftnire de Bretngnfj t. I, col. 556.
hildëB£rt. 605
lui*méme entre nos mains, sous les yeux de tout le concile, à l'un et à l'autre de ces droits, et a demandé que le glaive de l'excommunication atteignit quiconque oserait revenir sur cette renonciation , ou en atténuer la plénitude Quant aux mariages ieceshieux, Tavis de toutes
\e^ personnes présentes a été que les évéq\ies , dans toutes leurs assemblées, et les prêtres , dans leuts églises , interdiront publiquement de tels mariages , et retrancheront delà communauté des fidèles quiconque, au mépris de cette défense , contractera sciemment une alliance incestueuse. Il a été aussi unanimement adopté, afin d'inspirer une crainte salutaire , que , dans la suite , les enfants nés de ces unions coupables seront considérés comme impui^s, illégitimes, et incapables de succéder à leurs pères.. .. Le concile a résolu encore , d'une seule voix , que les fils d^tin prêtre ne seraient pas ordonnés , à moins qu'ils n'eussent fait profession dans Tordre monastique ou dans celui des chanoines réguliers ; quant à ceux qui auraient déjà re^ les ordres , nous leur avons fait défense, dans le dessein d'aboUr une hérédité scandaleuse , d'exercer le ministère pastoral dans les églises où leurs pères avaient rempli cette charge. Il a été interdit , avec la rigueur convenable, de succéder aux prébendes et à toutes les dignités ecclésiastiques (1). » Hildebert termine sa lettre en priant le Souverain Pontife d'apprécier et confirmer par son autorité les décrets du concile. Honorius entra dans les vues de l'archevêque, comme on le voit par la lettre qu'il lui écrivit le 20 mai suivant, et qu'il adressa à notre prélat et à tous ses suffi'agants (2).
En même temps que Hildebert s'occupait aussi activement à réformer les abus qui régnaient dans sa province , il soutenait une longue et pénible lutte pour la liberté de. son ËgUse. A son entrée sur le siège de Tours, il avait trouvé deux dignités vacantes : l'archidiaconat et le doyenné, et
(i) Ub. lly epUt. XXX.
(S] Labbe, Concilia, t. X, col. 918 et 919.
606 HISTOIRK DE h'iALlSt^ DU MANS.
il y avait pourvu. Après un au y le roi Louis VI lui écrivit pour le prévenir qu'il avait disposé de ces deux charges, et. pour lui ordonner d'installer sans délai ceux en faveur desquels il en avait disposé. Hildebert se résolut à combat^ tre encore une fois pour la liberté de TËglise; iln'avût pas fléchi devant Guillaïune le Roux , il se montra armé du même courage en face de Louis le Gros. Il crut cependant qu'il était de son devoir d'aller trouver le roi , afin d'épargner un scandale à l'Église et une faute au monarque. Il lui i^eprésenta avec respect qu'il ne pouvait entrer dans les attributions de l'autorité temporelle de conférer les dignités ecclésiastiques. Mais il trouva, dit-il, l'oint du Seigneur inexorable , et s'en retourna ne oonservant aucune espérance. Il revint au lieu et au jour indiqua par le prince, pour rendre raison de sa conduite et plaida sa cause; mais, quoiqu'il pût dire, il n'obtint rien. LercM, après avoir entendu les raisons pour et contre , lui dit de sa propre bouche qu'il lui défendait de toucher aux reve^ iHis des deux dignités; et, lorsque le prélat fut sorti, hè prince lui envoya dire que ceux de son archevêché étaient confisijués. Sur ces entrefaites, Hildebert ayant appris que le légat Jean de Crème traversait la France pour se rendre en Angleterre , il lui écrivit pour l'inviter à venir à son secours , en éclairant le roi sur ses devoirs , en priant le monarque de ne pas opprimer un évêque accablé du poids des années , et (jui ne ilésirait que le repos. Il le prie en outre (le vouloir bien lui marquer en quel endroit de la Normandie il pourrait le joindre, pour lui parler de quel* ques affaires dont le Pape l'avait chargé (1).
HiklebertJ se voyant abandormé à la colère du roi, écrivit une lettre circulaire dans laquelle il se plaint amèrement de ce que personne ne prend sa défense : « Mes amis, dit^il, gardent le silence; les prêtres de Jésus- Christ se taisent. » Le prélat est cependant pereuadé que le roi n'a besoin que d'être exhorté et instruit de la vérité. Quant à
(1) Lib. n, epist. xxxiv.
HiLDSBERT. 607
lui, à quelque extrémité qu'il soit réduit j il est très-éloigiié de désirer que Ton emploie aucune voie de rigueur, parce que la paix , pour être solide et véritable , doit être fondée sur Tamour et non sur la violence. Mais s'il ne trouve pas celte paix avec les hommes, il la trouvera dans le sein de Dieu (4).
' Le pieux ai'chevêque s'adressa ensuite au Pape directement , pour lui faire part de ses peines : a Tels sont les maux que je souffre, dit-il, parce que j'ai eu du zèle pour la loi de Dieu : parce que je n'ai pas transgressé les bornes que nos pères ont .posées; parce que je n^ai point voulu contërer les dignité^ ecclésiastiques selon la volonté du iT)i, et que je ne lui ai pas permis d'en disposer à son gré. Sachant quïl faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, j'ai choisi pour les remplir des personnes capables de porter le poids du jour et, de la chaleur (2). » Les choix qu'avait fait notre prélat étaient en eflfet irréprochables. Le zèle de Raoul , nommé par lui à la dignité de doyen , fut même une des causes de tout cet orage , pendant lequel les violences et jusqu'à l'assassinat affligèrent le clergé et la ville de Tours (3).
Louis le Gros n'avait pas encore rendu ses bonnes grâces à l'archevêque de Tours en ii29. 11 l'invita néanmoins au sacre de Philippe son fils , et l'empressement du prélat à s'y trouver amena sans doute une réconciliation (4). Peu de temps après, Hildebert imposa la croix à Foulques le Jeune , comte d'Anjou et du Maine , appelé au trône de Jérusalem par Beaudouin II en i 129 (5). ' L'année suivante, Hildebert, jaloux, de maintenir les droits de son Église, pria le Pape de ne point accorder le pallium au successem* de Baudry , évêque de Dol. Mais les
(1) Lib. II, epîst. XXXI II.
(i) Ibidem^ epist. xxxviii.
(3) Maan, Ecdesia Turonensis, p. 109, n» 17.
(4) Lib. II, epist. xl et xlv.
(5) D. d'Âchery, Spidlegium, t. X, p. 505;
608 HI8T0JRE DK L^É6L1S£ DU MANS.
malheurs de l'Église romaine, divisée alors par un schisme^ empêchèrent la lettre de notre évèque d'obtenir son effet. Après la mort d'Honorius II ^ les cardinaux n'avaient pu s'accorder dans le choix d'un successeur; une partie avaient élu Grégoire, cardinal de Saint-Ange , qui prit le nom d'Innocent II ; les autres choisirent Pierre de Léon^ qu'ils nommèrent Anaclet II. Le premier se trouvant le plus faible à Rome, passa les Alpes et vint en France , où il fut reconnu pour Pontife légitime. La réputation de Hildebert lui attira de vives sollicitations de la part des deiix contendants ou de leiu's partis. Gérard , évêque d'Angoulême, qui s'était déclaré en faveur d 'Anaclet, et qui était lié depuis longtemps avec l'archevêque de Tours, s'efiForca de le gagner à son sentiment. Mais saint Bernai*d, champion ^ de Ja cause d'Innocent, l'emporta dans l'esprit de Hildebert. La lettre que le saint abbé de Clairvaux écrivit à l'archevêque de Tours est remarquable ; elle fait connaître la haute idée qu'il avait de ce prélat (1).
Hildebert s'endormit de la mort des justes, le 18 décembre de Tan 4134 (2). U fut inhumé au côté droit de l'autel majeur, dans Téglise métropolitaine de Tours. Plusieurs miracles éclatèrent sur son tombeau , aussi des écrivains d'une grande autolimité lui ont-ils donné rang parmi les Saints. On lui accorde plus généralement les titres de bienheureux et de vénérable. Saint Bernard le qualifiait ainsi de son vivant même, en l'appelant un homme digne de toutes sortes de respects (3). Cependant ni l'Éghae du Mans, ni celle de Tours n'ont jamais fait aucune démarche pour lui obtenir un culte solennel.
Nous avons négligé à dessein de parler de l'école
(1) L'inscription de cette lettre est telle : Magno sacerdoti et excelso in verbo gloriae Hildebcrto, Dei gratia Turonensiuni episcopo, Bernardus Sancti Bernardi opéra, epist. cxxiv.
(2) Voir la discussion de ce point dans VHistoire littéraire de la France, t. XI, p. 276 et suiv. — A. Salmon, Chroniques de Touraint^ p. 133, 191 et ^65.
(3} Totiui reyerentis Tirum, epist. cxxiii.
HILBËBERT. 609
^piscopale du Mans, dans ce chapitre , afin de réunir sous un seul point de vue les renseignements principaux qui se rapportent à cette période. Elle atteignit êon plus brillant éclat sous Fépîscopat d'Hoël et sous celui de son successeur. A Taide des écrits de Hildebei*t nous pourrons pénétrer dans renseignement qui s'y distribuait; et nous jetterons un coup (l'œil sur la doctrine philosophique et théologique du savant prélat , parce qu'elle forma le fond et le texte des leçons des professeurs, durant de longues annéies.
L'école de la cathédrale du Mans , comme toutes celles de cette époque, embrassait renseignement à tous les ' degrés; elle comprenait les langues dans leurs éléments, pour monter ensuite Jusqu'aux plus hautes conceptions de Ja philosophie et de la théologie. On y étudiait même les sciences et les arts ; les mathéinaliques, la poésie, l'éloquence, la musique et l'architecture , avec les différentes parties qui en dépendent, y occupaient une place distinguée. -
Quelle que soit l'opinion que l'on adopte sm^ la formation des langues modernes, on reconnaît généralement ^ue le xi«. siècle vit fleurir la langue dite romane. Dès lors aussi les habitants du Maine acquirent la réputation de parler ce langage avec une perfection remarquable. L'éloquence semblait môme un de leurs privilèges ; et c'était un fait si imiversellement reconnu, que les étrangers en convenaient (4). Cette renommée avantageuse des Manceaux tenait sans doute aux nombreux élèves des écoles de la cathédrale et des monastères, qui acquirent par leur mérite des positions brillantes en France , en Angleterre et dans les autres états.
Cependant la langue dont Hildebert s'est servi pour écrire ses ouvrages et pour son enseignement, est le latin. Par l'étude assidue des auteurs de l'antiquité, il s'était formé une diction meilleure que celle de la plupart des écrivains de son
(1) Guillauine de Malmesbury , De Gestis pontificum Angloru lib. 1 , apud D. Mabillon , Annales 0. S. B., tib. LXXII , n. 69. lii. 39
610 UldTuIll£ 1)L L ÉGLISE DU MANS.
temps; l'un de ses petits poëmes a même été loDgiemps attribué à quelque auteur des meilleurs siècles de la latinité (i). Soixante fables en distiques latins, souvent imprimées au XY* siècle sous le nom d'jSsopus, ont été attribuées à Hildebert (i). Cependant il faut reconnaiti*e que les règles de la mesure et de la quantité sont souvent violées par notre prélat. D'autre part,^rinvention ne rachète pas toujouis les défauts du langage (3)^ et Ton s'expliquerait peu comment Hildebert a obtenu de ses contemporains les titres glorieux de poëte excellent et incomparable^ et comment ses vers ont été recherchés et étudiés dans les écoles du moyen âge ^ si Ton ne savait qu'au xiV siècle les juges éclairés en matière de poésie latine ne furent pas moins rares que les bons poètes. Au reste, pour être juste envers notre prélat, on doit le comparer aux poètes, non du siècle d'Auguste , mais du temps de Philippe 1^' et de Louis le d'os. A ce point de vue, Hildebert est sans contredit le premier homme de son temps. Aussi les contemporains semblent quelquefois avoir oublié tous ses autres titres à la célébrité, pour relever son mérite poétique (4).
(1) n s'agfit de Tépigramme xi«, Vener, Hildeberti opéra, col. 1869. Elle a été traduite en grec par Politien et Jean Lascaris; et parmi les nombreuses traductions françaises, nous citerons celle de M^ie de Gournay et celle de La Monnoye. Voir V Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 397.
(2) Vid. Franc, de Furia , Anonymi veteris fabulœ jEsopicœ cum variorum notitiis. Leips. 1810. — Xistus Schier, De Hildeberti operum genuitate, integritate et editionibus, Vindoboua in Austria, 1767.
(3) Parmi les poëmes attribués à Hildebert par D. Beaugendre, il faut restituer , d'après de meilleurs manuscrits, à Pierre de Riga , ceux qui portent pour litre : de Suzanna, col. 1231 ; c?e Virgine, col. 1836; de Ammone, col. 1355 ; de Venditione Joseph, col. 1312 ; de tribus donis Magorum; de tribus hominis mansionibus, col. 1316. — Philippe d« Bonne-Espérance peut réclamer les deux poëmes de Roma , col. 1334 et 1335, et peut-être quelques autres encore.
(4) Anselmus ratione stylum, dictisque priorum
Contirmare stylum nititur Yvo suum.
Inclitns et prosa yersMque per omnia primus , HUdebertus <^t prorsus ubiquc rosai».
HILDEBERT. 6ii
1^68 écrits en prose de Hildebert méritent plus d^estime , considérés même au point de vue littéraire. Quoique la langue des maîtres du monde ait souffert sous sa plume d^assez profondes altérations, son style est digne d'attention. On lui reproche avec fondement, il est vrai, de la monotonie, quelquefois de Tobscurité et une certaine recherche de Tantithèse et d'une mauvaise concision. « Ce qui d'ailleurs recommande les écrits de Hildebert, plus que cette affectation ne leur fait tort , c'est la gravité de fion esprit-: il n'y arien de commun, rien de trivial, rien d'abandonné dans son discours ; il pèse chaque mot , il n'insiste jamais RUT un détail indifférent ; il écrit une lettre , une légende , un sermon, avec la môme méthode; sans prétendre jamais au sublime, il est toujours élevé. (1) »
Tous les écrits de Hildebert sont en latin ; mais il parait certain qu'il possédait une connaissance du grec plus approfondie qu'on ne 1 avait de son temps. Depuis plusieurs siècles cette belle langue avait presque cessé d'être cultivée, sauf dans un petit nombre de monastères ; elle ne reprit, dans les écoles, une place encore bien faible , qu'à la suite des croisades (2). Hildebert devança ses contemporains dans cette étude et y réussit. Dans un poëme sur sainte Marie %yptienne, notre prélat corrige la traduction des actes grecs de cette sainte, et l'on croit qu'il a pu en composer lui-même une nouvelle d'après les sources (3). On ne saurait guère douter que Hildebert n'ait établi cette étude daiu l'école qu'il dirigea si longtemps.
Lattreni de Durham dans son 'Y*7to[jt.vyi(TTtxov. — Chronicoh Turonense magnumf apud Salmon, Chroniques de Touraine, p. 132. -- Ordôric Vital, Historia ecclesiastica, lib. X, p. 770. ^ Histoire littéraire de Im France^ t. XI, p. 402.
(1) Hauréau, Histoire littéraire du Maine, 1. 1, p. 230.
(2) Caniu, Histoire univeràeîle, t. XI, p. 502.
(3) Acta Sanctorum ad diem ii aprilis , Vita sanctœ Mariœ Egy^ pUacŒf p. 83 et leq. — ^ Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 379. — Cependant , lorsque Hildebert cite Platon dans son traité de Hqnesto et utiliy 6*e8t totijours d'aprds la tradiictioft de Ûicérod. «
6J3 UldTOlRE D£ l'ÉOLI^ DU MANS.
Les mathématiques véritables n'étaient pas beaucoup plus cultivées à cette époque que la langue grecque. La plupart (le ceux qui s'adonnaient à Tétude de ces sciences^ les délaissaient pour les rêveries de Tastrologie etderalchimie. A peine si quelques disciples intelligents s'appliquaient à marcher dans les voies que le grand Gerbert leur avait tracées. Le temps était encore éloigné où Roger Bacon, Raymond LuUe , Albert le Grand, saint Thomcis contraindraient leurs contemporahis,par Tautorité de leur exemple et de leur enseignement, à suivre les voies de Texpérience, seul guide certain dans cette branche des connaissances humaines. Hildebert est presque le seul dans le xj« et le xii« siècle qui ait osé élever la voix en faveur des principes du bon sens. Dans un poëme en quinze chants, intitulé Mnthematicus (1), il tourne en ridicule l'astronomie et les astronomes. Ou désignait sous ce nom, non la science vérital)le, mais l'astrologie (2).
Hildebert nous a laissé un grand ouvrage théologique, qui atteste l'étude profonde qu'il avait faite de nos dogmes. Quoique l'exposition des vérités de la foi se retrouve dans le plus grand nombre de ses écrits , et même jusque dans ees [HXMïics , c'est néanmoins dans le Traité tkéoiogique que se l'i'alisa lani'Hhode de iiotr(î illustre docteur. Cet ouvmge fit faire un pas immense à la scolastique, dont à bon droit on legarde Hildebert comme riutroducteur en Occident, (juant à la synthèse. Les caractères principaux de la théolof»ie scolastique sont d'abord de réunir en un corps toutes les matières de la religion pour en faire un système général ; en second lieu, de les traiter, non par l'autorité seule, mais en partie par le raisonuenieut ; enfin , d'employer le style géométrique , et de procéder par voie d'argumentation, pai* axiomes, propositions à prouver, corollaires.
Les Pères et les anciens théologiens n'ont pas toujours
(I) Liber diclus Maihemaiicus , Vener. Hildeberti opéra, col. 1295- 1310. - Biblioth. Impér., Ms. iio 641.'>, in-fol. [±) Cousin, Philosophie scolastique^ p. 279 et 280, éd. in-12.
ilILBEBERT. 613
traité systématiquement le^ matières^de la religion. Ordîôairement^ ils en discutaient les dilDférents articles suivant les occasions , soit pour répondre à une consultation , soit pour combattre quelque nouvelle erreur, soit pour quelque autre besoin. Mais puisque dans la science de la religioi), comme dans les sciences humaines, tout se tierit, et qu'une portion des vérités révélées influe sur Tautre , on doit considérer comme un heureux progrès la i^éunion de toutes ces vérités pour en former im corps , dans lequel se manitieste la dépendance et la connexité de toutes les parties entre elles. C'est ce qu'exécuta Hildebert. Avant lui^'dans l'Occident , saint Anselme avait discuté certaines matières théologiques, uniquement dans le but de les éclairar, et sans y être amené par aucune controverse. Hildebert , à l'exemple de saint Jean Damascène pour rOrient , voulut former un ensemble , donnant ainsi Texemple , aux théologiens qui le suivirent, de composer des Sommes théologiques (\). On sait que le plus renommé de ces ouvrages est le Livre des sentences de Pierre Loitibard, ainsi intitulé par son auteur , parce qu'il est une Collection de sentences ou pensées des Pères sur chaqiie artidedu dogme cathoUque. Ce livre eut un succès prodigieux : il fut adopté dans les écoles , et il servit de texte aux leçons et aux commentaires des professeurs , en sorte que Pierre Lombard est généralement regardé comme le père, de la théologie scolastique. Mais il est remarqua- Lie que le célèbre docteur de Paris se soit fait lui-jnème disciple de l'évèque du Mans , et qu'il lui ait emprunté sa itiéthode et la marche de son ouvrage. Longtemps les théologiens scolastiques n'ont fait autre chose que commenter les thèses sonunaires du Livre des sentences; et ce
(1) On cite cependant plusieurs théologiens qui avaient essayé avant Hildebert de classer dans un certain ordre scientifique les principaux articles du symbole chrétien, entre autres Tayon, évêquc de Sarragosse; mais le travail de Hildebert est le seul qui ait été suivi dans les âges postérieurs. — Voye^ M. Laforèt, Coup ^œil 9ur Vh^'^tQxre de h théo^ iogie dogmatique^ p. 11-47,
n'est pas une gloire médiocre pour Hildebert d'avoir été l'inventeur d'une méthode qui a -obtenu durant hmi^ siècles cet immense crédit (i).
Les tliéologiens commençaient alors à se diviser en deux classes. Les premiers se bornaient à établir la doc^ trine catholique par rÉcriture sainte <et la tradition; ib constataient la foi de TËglise et ne portaient pas au delà leurs investigations. Gette méthode a été appelée positive. Les autres^ plus désireux de scruter la vérité en elle-même^ de s'illuminer de ses clartés y et de faire l'analyse de la foi^ partaient du point où s'arrêtaient les autres. Les dogmes devenaient pour eux les principes d'une nouvelle science qui devait être l'œuvre de l'examen et de l'activité intellectuelle. Gette science qui s'exerce sur l'étude du dogme révélé, qui en déduit les conséquences^ en pénètre les mystérieuses profondeurs et en découvre les harmonieS; ne fut pas éb*angère à notre prélat; toutefois^ doué d'un esprit essentiellement sage et juste , il s'est surtout attaché à l'antiquité. Quant au style géométrique , qui est conune le dernier caractère de la scolastique^ Hildebert ne l'a pas connu , mais son exposition n'en est pas moins claire. On ne rencontre point chei lui non plus cet attirail
(1) D. Bcaugendre, dans les notes sur le Tractatns theologicuf, col. 1005-1008, et passim. — Histoire littéraire de la France, t. VU, p. 149 ; t. XI , p. 363, 375, et passina. — D. Cellier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques^ t. XXII, p. 33 et suiv. — Gre?ier, Histoire de l'Université de Paris, t. I, p. 10!. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, 1. 1, p. 214. — Ziegler, Mémoires sur l'histoire de la croyance à V existence de Dieu dans la théologie, avec un Extrait du premier système dogmatique de l'archevêque Hildebert de Tours, Gœttingue, 1792, in-S» (en allemand). — Quelques auteurs , comme : Du Boulay, Historia Universitatis Parisiensis, t. II, part. 1, p. 64; Mosheim, Institutiones historiœ ecclesiasticœ, p. 413; Laforêt, Coup d'œil sur l'histoire de lu théologie dogmatique , p. 57 ; Hugonin , Essai sur la foi^mation de l'école de Saint" Fictor de Paris , p. 168, réclament pour Hugues de Saint -Victor Thonneur d'avoir servi de guide à tous ceux qui ont composé des Sommes théologiques, Cest une erreur évidente, qui ne peut provenir qiio d'une étude trop superficielle du Tractatus théologiens de Hildebert.
HILBEBEHT. 6i5,
de divisionâ , de subdivisions , d'objections et de réponses qui , sans doute > ont leur utilité quand on en use modérément; mais qui, trop souvent, dans les écrits des scoiastiques, embarrassent le lecteur au lieu de le soulager.
Observons enfin que Hildebert a éprouvé rinconvénieat auquel semblent soumis tous ceux qui entrent les premiers ^ dans une carrière nouvelle : il fut dépassé par ceux qui le suivirent. Sa Somme , remarquable pour son temps , est imparfaite ; la classification n*y est pas toujours naturelle ou en parfaite harmonie avec Tordre réel et ontologique. Nous jetterons maintenant un coup d'œil sur le Traité' théologique, dont il ne nous reste plus malheureusement que la première partie (i).
Hildebert traite d'abord de la foi, dont il donne deux définitions ; la première est empruntée à saint Paul (2) ; la seconde est conçue en ces termes : a La foi est une certitude volontaire des choses qui ne tombent pas sous nos sens, et qui est au-dessus de Topinion, mais au-dessous de la science (3). » Il dit qu'elle est au-dessus de l'opinion, parce que croire est plus qu'opiner; qu'elle est au-dessous de la science , parce que nous ne croyons dans la vie présente qu'afin d'obtenir la connaissance plus complète dans la vie future. Hildebert établit ensuite qu'il n'y a pour rhomme sur cette terre , en ce qui regarde la religion , aucune vérité absolue, hors la révélation; mais il afiirme ce qu'il ignore par lui-même, au moyen de l'acte de foi. La foi est fondée sur la parole de Jésus-Christ, des Apôtres et des prophètes, qui ont donné des preuves évidentes de
(1) Le Tractafus théologiens était un thèmâ que devaient déTelopper les leçons du professeur.
(î) Hebr. i, 1.
(3) Quare sic definiri potest fides : Est voluntaria certitudp absentium supra opinioncm et infra scientiam constituta. Voluntaria , quia non cpgitur; absentium , id est sensibus corporis non subjacentium; supra opinionem, quia plus est credere,quam opinari; infra scientiam, quia
minus est credere, quam scire Vener. Hildeberti opéra, col. 1010
et 1011.
616 niSTOTRE DE l'ÉGLTSE du MANS.
leur mission divine. La vérité est en Dieu seul. Dieu est Tuniversel dans sa plénitude; il est Tunité en la€[uelle subsistent tous les principes, tous les exemplaii'es, comme disent les platoniciens. Il <*st la justice, la sagesse, la bonté , la puissance , encore que l'individualité de son essence ne comporte pas ces distinctions. Gomme nous ne connaissons actuellement d'une manière absolue ni Dieti, ni ce qui est de Dieu , toutes nos affirmations en'ce point procèdent de la foi pure. La foi, comme le dit Hildebert, c'est la substance même des idées humaines; nous croyons, nous espérons, nous aimons par la foi. Elle est en quelque sorte le sujet et Tobjet de toute certitude actuelle : le sujet , car c'est d'elle qu'émane l'aflBnnation ; l'objet, car elle n'affirme rien qu'elle-même.
Dieu s'est fait connaître dès le commencement du monde ; mais cette connaissance était imparfaite ; et de même qu'on n'a pu ignorer Dieu entièrement , de même il n'a été donne h personne de le comprendre (1). C'est par la Loi écrite que la connaissance de la foi a pris des accroissements. Dèsloi's le Messie fut promis; mais on ignorait la manière dont il se manifesterait. L'Incarnation n'était connue avant la Loi et sous la Loi ([ue d'un petit nombre de personnes à qui Dieu l'avait ré volée, et qui étaient comme les colonne? de l'Église. C'était néanmoins la foi au Médiateur qui sauvait les justes, soit doctes, soit ceux qui vivaient dans la simplicité; en sorte que la foi des premiers suppléait en quehjue manière à la conscience des simples qui ne connaissaient pas ce mystère ; de même qu'aujourd'hui l)oancoup de fidèles simples, qui ne connaissent pas distinctcinent le mystère de la Trinité, le croient cependant , parce qu'ils sont liés de communicHi et de foi avec ceux dont la croyance est plus éclairée.
Après avoir traité de la foi , et établi une sage distinction entre la croyance et la connaissance, c'est-à-dire entre la notion subjective et la vérité absolue, Hildebert analyse
(1) c. II, col. 1013.
HTLDEBERT. 617
les objets de la foi. 11 y en a deux principaux (1), dit-il avec la théologie :'le mystère de la substance divine, et le sacrement de Tincarnation. Le mystère de là substance divine , fait absolu et nécessaire , que nojiis connaissons par la révélation , avec les distinctions d'une personnalité divine, subsistant par elle-même, et douée d^attributs incompréhensibles ; le sacrement ou mystère de rincamar tion, fait contingent, et dont nous ne pouvons acquérir la notion que par la révélation.
Hildebert traite ensuite de Tunité et de l'existence de Dieu ; de la trinité, de la distinction et des propriétés des personnes; de leur égalité; sur quoi il allègue lé symbole attribué à saint Athanase (2). La manière dont il expose l'ubiquité de Tessence divine , les rapports des êtres finis avec l'infini, est exactement celle de Malebranche : il n'y a, pour ainsi parler, dans le huitième entretien sur la métaphysique , pas un mot qui ne se trouve dans le troisième chapitre du Traité théologique. Et non-seulement Hildebert et Malebranche concluent dans les mêmes termes , mais encore ils motivent les mêmes conclusions par le même raisonnement. Voici le principal argument dé cette démonstration , dont le fond est empninté à Platon et à saint Augustin : Toutes les idées sont en Dieu; Dieu a créé et ordonné le monde suivant ses idées ; donc les créatures étaient en Dieu de toute éternité. Elles y étaient', mais oomme idées , non comme réalités ; l'émission réelle des créatures est un acte qui s'est accompli dans le ieraps. Les créatures ne sont pas essentiellement en Dieu , mais Dieu est essentiellement en toute créature. Car, ou l'essence de Dieu n'est en aucun lieu, ou elle est partout , ou elle est en quelque lieu. Si elle n'est en aucun lieu, il ne faut pas la supposer en im lieu quelconque , mais nier absolument Vôtre divin; si on la suppose en un lieu , pourquoi ne pas
(1) Duo suBt in quibus maxime consistit fides : mysterium divinitatis, et sacramentum incarnationis..., col. 1015. (%) C. m, IV, V, ▼!, y» et viii.
019 HISTOIRE DE l'ÉAUIB DU MANS.
reconnaître qu'elle est dans tous les lieux? N^est-oe pas en effet ime impiété que de localiser Finfini? Dieu est. dans toutes les créatures ; il est dans toutes également , par la préseucede sa diviuité^ c'est-à-dire par son essence; dans un autre ordre de faits ^ il bal>ite y par sa grâce ^ non dans tous les hommes, mais seulement dans les bons. L^âme hun^aine est en quelque soi*te un instrument que Dieu met en action. Elle n'a que des facultés; les désirs^ les sentiments^ les affections lui ad viennent^ s'imposent à elle; elle les éprouve^ mais ne les cause pas. C'est en cela que l'âme humaine diffère de Tâme divine. En Dieu, la puissance, la connaissance, l'amour, sont des attributs immuables et éternels; Dieu n'est jamais ni plus ni moins puissant, connaissant, aimant. Telle n'est pas la condition de l'âme humaine : tout lui est accident (i).
Après avoir ainsi expliqué pourquoi les facultés de Tâme hmnaine ne constituent pas des personnes , et s'être livié à des explications aussi complètes que possible sur le mystère de la Trinité, Hiltlebert passe à la prescience et à la prédestination. Il établit c^tte différence entre l'une et l'autre : la prescience regarde également les élus et les réprouvés , et la prédestination n'a pour objet que ceux qui doivent être sauvés (2). Pariant delà volonté de Dieu, il dit qu'elle est la cause de tout, et immuable; que Dieu nous la fait connaître en quatre manières : par ses commandements, ses défenses, ses œuvres et ses permissions, auxquelles on peut ajouter les promesses (3). Sm* la toutepuissance de Dieu, il dit qu'encore qu'il puisse tout, il ne fait que ce qui convient à sa vérité et à sa justice (4).
Le sacrement de Tincarnation est, comme l'a dit Hildebert, le second objet principal de la foi. Notre prélat fmt d'abord ressortir la convenance du mystère en la seconde
0) C. IV, col. lOîl.
(2) G. IX, col. 1032.
(3) G. x,col. 1035-1039.
(4) C. XI, col. 1039-1042.
RIJLDEBERf. 049
personne de la Trinité ^ afin cpie le Fils de Dieu le fût aussi de rhomme; et que comme c'est par Ba sagesse que Dieu a créé le monde , il le rachetât par cette même sagesse (4). La Verbe ; en se faisant chair^ n'a piis que la nature de rhonune, et non sa personne; Tàmeiiumaine unie au Verbe savait tcmt par grâce, au lieu que le Verbe savait tout par nature (^). U y a en Jésus-Christ deux natures et deux volontés : la divine et Thumaine (3). Depuis que le Fils de Dieu s'est fait homme, il est toujoiu^ demeuré Homme-Dieu et Dieu-Homme, en soi*te qu'il n'a pu pécher (à). C'est en traitant de l'Incarnation que Hildebert rend témoignage ^u dogme de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, fondé sur le privilège de la maternité divine (5).
Sur les anges, Hildebert enseigne qu'ils ont été créés en même temps que l'homme et placés dans Je ciel empyrée (6); que Dieu, en les créant, les a faits spirituels, immortels, intelligents ; qu'il ne les a pas créés heureux, mais pour le devenir avec le secours de la grâce qu'ils avaient reçue dans lem* création; qu'il n'y a pas eu un lon^ intervalle entre leur création et leur diute (7). Lucifer était le plus excellent de tous les anges. Leç démons ne sont ni dans le ciel, qui est le séjour des bons anges ; ni sur la terre, de peur qu'ils ne lassent trop de peine aux hommes; ils font leur demeure dans un air ténébreux qui leur sert de prison, jusqu'au jour du jugement, où ils seront précipités dans les enfers (8). Sur les saints anges , il s'exprime comme saint Denys l'Aréopagite et saint Grégoire le Grand , relativement aux neuf ordres et aux trois
(1) C. m, col. 1042-1044.
(2) G. XIII, col. 1044-1047.
(3) G. xiY, col. 1047-1051.
(4) C. XY, col. 1051-1052; c. xyi, col. 1052-1068.
(5) G. xiii, col. 1045.
(«) G. xyii, col. 1053-1055.
(7) G. XYiii et XIX, col. 1055-1058.
(8) C. XX et xxr, col. 1058-1060.
620 HISTOIRE DE t'ÈQtUSZ DU MANS.
hiérarchies^ Il dit^ avec ce dernier docteur^ que chacun de nous a deux anges ^ un bon pour le garder^ un mauvais pour le tenter (1).
Il traite succinctement Tœuvre des six jours. Parlant du péché de Thomme ^ il le fait consister dans un mouvement d'orgueil; Thomme pouvait réprimer ce mouvement et tésister au tentateur par le secours de la grâce qa'il avait reçue dans la création (2). Par lé péché originel, les forces du libre arbitre sont diminuées, de manière que, même après la rédemption du genre humain > l'homme a besoin, pour faire le bien surnaturel , d'une grâce intérieure opérante, libératrice, excitante et coopérante. Avant sa chute, l'homme n'avait nul besoin de libérateur, mais seulement de coopérateur (3). Il faut savoir, dit IJildebert , que le libre arbitre ne s'appelle pas ainsi, parce cpi'il est porté également au bien et au mal: chacun peut tomber de luimême ; mais nul ne peut se relever, s'il n'est aidé de la grâce de Dieu ; le libre arbitre est suffisant de lui-même pour le mal; mais il ne suffit pas de luirmême pour le* bien.
Hildebert traite ensuite des péchés, de l'originel et de l'actuel. Nous recevons le premier, de nos parents, qui nous le transmettent par la concupiscence. C'est par cette voie que le péché d'Adam est passé à tous ses descendants (4). On distingue sept péchés capitaux , qui sont la source de tous les autres ; et on leur oppose sept vertus , qui sont en relation avec les sept dons du Saint-Esprit (5).
Pour remédier aux maux que causent en nous les péchés originel et actuel, Jésus-Christ a établi les sept sacrements (6). Ce sont des signes visibles des grâces invisibles qu'ils produisent. Parlant du baptême , Hildebert nous
(1) C. XXI et XXII, col. 1060-1064.
(2) C. xxiv-xxviii, col. 106G-1078.
(3) C. XXIX et XXX, col. 1078-1088.
(4) G. XXX, XXXII, XXXIIL
(5) G. xxxiv-xxxix,