‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 29 sur 53 · C. II · texte numérisé non relu

C. II

HILBKBERT. 621

apprend qa'il se donnait encore par immersion. Notre prélat n'entre pas dans le détail des -sacrements; mais ^ nousTavons déjà dit, ce traité n'est pas arrivé complet jusqu'à notre temps. U est écrit avec beaucoup de méthode, dienetteté et de précision. Cette dernière qualité est peut* être même poussée à un point excessif. Hildebert com^ mence ordinairement par rapporter les divers sentiments des anciens sur une question; puis il donne le sien, et Tappuie de raisons et d'autorités. Ensuite il propose les objections, et les résout. Riche d'une érudition très-rare de son temps, l'évêque du Mans cite im assez grand nombre d'ouvrages des Pères; mais il s'attache de préférence à saint Augustin, qu'il reconnaît pour son maître.

Hildebert a composé encore deux traités dont nous devons dire un mot; le premier est sur le sacrement de l'autel, et le second, une expKcation ou commentaire moral de la messe. La doctrine de l'Église sur la présence r^lle est si clairement établie dans le premier, que l'on ne peut douter de l'éloignement qu'éprouvait son auteur pour les doctrines de Scott Érigène et de Bérenger. Le saint prélat convient que de tous les mystères de la foi et de tous les effets de la puissance de Dieu, il n*y en a point où la raison humaine pénètre moins que dans ce qui se passe à l'égard de l'eucharistie. Mais il en donne une explication claire, précise et complète; puis, il ajoute: a Tout cela est inconnu à la raison ; mais ce qu'elle ignore> la foi le connaît. Elle connaît par la grâce ce que la raison ne peut a tteind re par ses propres lumières ( l ) . »

Dans son Explication de la Messe ^ Hildebert s'exprime sur la présence réelle avec-autant d'énergie que dans le traité précédent , en ajoutant que le corps de Jésus-Christ consacré par le prêtre est le même corps qui est né de la Vierge. On y trouve mentionnés plusieurs usages qui n'existent plus aujourd'hui : ainsi on faisait dans le canon mémoire

(1) Brevis tractatus de sacramento altaris, Y^er, Bild^bçrti opéra j col. 1108-1108.

iM HISTOIRE DE l'ÉGLI»! DU MANS.

des sainte, le jour de leur fête. A roccaftion de la bénëdioiion qui se donne à la fin de la mefl^e , il remarque qu'il était d'usage , quand on avait oonféré avec un serviteur de Diou^ de prendre sa bénédiction au moment de se séparer de lui. Quoique les Apôtres ne fussent pas à jeun lors* quils reçurent reucharistie de la main du Sauveur^ Tusage général de l'Église est de la recevoir avant tout autre aliment, de s'en approcher ou de s'en éloigner^ selon Tavis de son pasteur (i).

Dans les poëmes de notre prélat sur ce mystère , on reconnaît la même pureté de doctrine. Il les écrivit durant son séjour à Gluny > ou plutôt pendant qu'il était à la tète de l'école du IVlans^ ainsi que le témoigne Pierre Paillard^ Mauceau et moine de Marmoutier^ presque |contempotain de notre grand évèque. Le but que Hildebert se proposait en composant ces poésies^ était de maintenir la pureté de la foi sur un dogme qui avait été attatjué , avec tous les artifices de la plus subtile dialectique^ au sein de l'Église du Mans.

Ces vers témoignent en même temps de la piété du saint évèque envers cet adorable mystère ; et^ en les lisant, on ee rappelle ce que rapporte un historien de son temps, son disciple , qu'il n'oil'rait point le saint sacrifice sans répan* dre une grande abondance de larmes (2).

Hildebert n'a paft négligé de traiter aussi de la morale, non selon la méthode des casuistes , mais plutôt en recueillant les sentences de rÉcriture, des Pères et des philosophes anciens. Ce recueil, intitulé de Honesto et Utili^ fut entrepris par notre prélat à la prière du roi d'Angleterre Henri \ " (3).

(1) Liber de expositione missœ. Vener. Hildeberti operOy col. 1107*

(2) D. Mabillon, Vetera analecta, t. lll, p. 804.

(3) Moralium dogma philosophorum per mulU dispersum vokiiniiiAt tuo quidem instinctu, vir optime atquc liberalis, Hcnrice^ contrahere conabor. — Vcnerahilis Hildeberti, Cenoinanemis episcopi, ac dein TtH^onensis areftiepiêcopi , Moralis philùsophia de Honesto et Utili, multo quam antea auctior atque emendatior ex bibliothetnê SeminOtti

UILDBBËET. 6Î3

la doctrine morale exposée dans ce traité est d'une reiparquable simplicité. Elle est tout entière^ en quelque sorte ^ dans cette «entence : L'honnête est toujours préférable à Tutile. Mais qu'est-ce que Thonnète ? c'est la vertu. Il y a deux catégories de vertus : celles dont le but est la connedssance^ et C/elles dont le but est l'action. Hildebert place en premier lieu celles-ci : il estime le savoir, mais il fait plud de cas de la justice et du dévouement, a Supposons y dit-iV, un homme désireux de connaître la nature : tandis qu'il se livre tout entier à la contemplation de choses très-dignes d'être connues , tout à coup on apporte la nouvelle d'un danger public. Eh quoi! ne renoncera -t- il pas sur-lechamp à toutes ses études pour courir à la défense de la patrie^ quand bien même il serait au moment de compter les étoiles , et de mesurer l'immensité du monde ? i> Dans tout ce traité 9 Hildebert parle assez rarement de son fond; le plus souvent il emploie les paroles de saint Paul, celles de Salomon dans les Proverbes, l'Ecclésiastique et la Sagesse; ouïes sentences des anciens : Cicéron, Sallustë^ Sénèque, Horace, Térence, Ovide, Publius Syrus, Juvénal, Perse, Lucain; il cite encore Platon et Boèce (rfe Consola^ tione). On voit qu'il possédait les divers ouvrages de ces autem^s. Mais s'il a pris ordinairement saint Augustin pour son guide dans la théologie , il semble s'attacher de préférence, dans ce traité, à Gicérou et à Sénèque. ' Ce n'est point toutefois dans les ouvrages purement phi-* losophiques de Hildebert qu'il< faut chercher ises opinions 0ur les plus graves questions de la philosophie et de la morale. Ou cultivait peu à cette époque la philosophie pour elle-même. La science sacrée était presque l'unique matière sur laquelle s'exerçait l'activité intellectuelle , ou du moins toutes les autres sciences ne servaient que de préparation k la théologie* C'est donc plutôt dans le Traité théologiquâ^ ks sarmons et même les lettres de Hildebert, qu'on trouve

Pftttmniti mannseripto codiee ^ta ac notis Hlusiraia, a I>. YiiiceittM éi. ¥ii. Pttisni, tau,, tyfi» StniMUrii, ia-»».

sa doctrine sur toutes ces questions. Il ne fut étranger à aucune de celles que l'école agita de son temps , et en toutes il se montre un esprit éminent.

Ce que Ton vient de dire peut donner une idée de renseignement en vigueur dans Técole du Maoi^ au temps où Hildebei t la dirigeait. Il nous reste cependant encore à parler de sa méthode dans Texplication de la sainte Écriture et de ses travaux sur le droit canonique. L^Écriture, base essentielle de toute instruction théologique , était étudiée avec assiduité dans Técole de la cathédrale. Toutefois^ on a reproché à notre grand évéque de s'être laissé aller au goût dominant de son temps ^ et d'avoir trop exclusivement recherché le sens allégorique. Ce défaut^ car c'en est. on véritable^ se rencontre surtout dans quelques sermons qui lui sont attribués^ peut>^tre sans un fondement biencertain; car il y règne une obscurité entièrement opposée à sa manière habituelle. Il nous semble néanmoins que^ces se^ mons ont été écrits par quelques-uns de ses disciples, qui cherchaient à imiter leur maître , et qui^ comme il arrive ordinairement y exagémient ses défauts. Dans son Traké théologique y composé pom' l'école, Hildebert s'attache constamment au sens précis du texte sacré. Dans tous ses écrits, on le trouve rempli de la substance des saintes Écritm'es ; il n'a cependant composé aucun commentaire sur les livres saints.

Il est certain , au contraire , qu'il avait rédigé un recueil de canons. Les études canoniques ne To^xîupèrent pas seulement pendant qu'il dirigea l'école du Mans ; longtemps après qu'il fut assis sur la chaire épiscopale , il poursuivait encore ses travaux siu* cette branche de la science ecclésiastique. Écrivant , vers \\\d , à un évoque d'Angleterre ou d'Irlande , il dit : « Je n'ai pas encore pu conduire à leur fin les extraits des Décré taies que je travaille depuis longtemps à réunir et disposer en un volume. Une telle entreprise demanderait un esprit libre de tous autres soins , disposition qui ne s'accorde pas avec la charge épiscopale que j'ai à soutenir. J'en ai cependant terminé une

HILBEBËRT. 625

partie entière , et malgré les soucis de la prélature , je ,me dispose à achever le reste. Dès qu'il sera terminé, je vous renverrai (1). » D'après ces paroles, il n'est pas possible de douter que notre évêque n'ait travaillé à une collection deS'^€8inons et des Décrétales , disposés dans un ordre méthodique. Longtemps les érudits ont vainement cherché à découvrir cette précieuse collection , et ils ont attribué tour à tour à notre savant prélat divers recueils conçus dans un but analogue ; ce n'est que depuis peu qu'ils semblent s'être accordés à ^ui attribuer avec quelque fondement une collection en dix livres > dans le genre du Décret de Gratien , et à laquelle ont servi de thème la Panormie de saint Yves de Chartres , concurremment avec le recueil en trois sections et celui de Bouchard (2). Cette Somme C/anonique donne ime connaissance complète de l'état de la discipline en vigueur dans notre diocise.

L'influence de l'école épiscopale dut se faire ressentir dans toute la province. Elle donna, dans ces temps, plusieurs hommes distingués, dont les noms ont été déjà signalés dans les récits précédents, ou le seront dans la suite. Contentons-nous de rappeler ici Guy d'Étampes, Hugues de Saint-Calais et Guillaume de Passavant, qui devinrent successivement évéques' du Mans ; Geoflroy , doyen du Mans , puis archevêque de Rouen ; Guillaume de Lonlay, archidiacre de Clermont ; Guillaume de Buris ; Raoul de Domfrout; Hardouin, doyen du Mans, puis archevêque de Bordeaux ; Guillaume Bureau , évêque d'Avranches; Herbert, évêque de Rennes; Raoul, archevêque

(1) Lib. II, epist. xxvii.

(2) Ballerioi, Appendix ad sancti Leonis opéra, part. 4, c. xyiii , MO 14, t. III, p. cccxx, n« 14. — Galland , De Vetustis canonutn colU'* ctioniàus, 1. 1, p. 675. — Aug. Theiner, sur Yves, p. 31-39. — Savigny, Histoire du droit romain au moyen âge, liv. II, § 106, note /*. — Walter, Manuel du droit ecclésiastique de toutes les communions chrétiennes, § 9S. — Gfr. Bourassé, dans la Patrologie, t. GLXXI , p. 43 et 44, et Hebert-Duperron , De vener, Hildeberti vita et script,, p. 27, 100.

Page 1