‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 4 sur 53 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ÉPISCOPAT DE SIGEFR07.— (960-995.)

Troubles causés dans le Maine par Tambitron de la maison de Bellême.

— Élection simoniaque de Sigefroy. — Ses démêlés avec le comte Hugues; pertes qui en résultèrent pour TÉglise. •— Scandales donnés par Sigefroy.— Rétablissement du chapitre de Saint-Pierre-de-la-Gour, des abbayes de la Couture et d'Évron , du prieuré de Saint-Victeur.

— Fondation des prieurés de Saint-Hippolyte de Vivoin , de Saint- Berthevin-de-la-Tannière , de Saint-Aubin-du-Pont, de TAbbayette.— Influence de ces monastères. — Dernières années de Tévéque Sigefroy.

— Sa mort et sa sépulture. — Progrès des comtes d* Anjou dans le Maine.

A peine l'Église du Mans avait-elle joui de quelques années de repos sous Tadministration réparatrice de Mainard^ qu'une nouvelle série de tribulations commença pour elle, et s'étendit à un siècle presque entier. Tant de malheurs naquirent de la rivalité ijui éclata entre deux familles des plus puissantes du pays : celle des comtes du Maine et celle des seigneurs de Bellème.

i HISTOIRE DE l'ÉGLISE bl MANS.

Cette rivalité , et les suites fimestes qu'elle eutralna après elle, exigent que nous jetions un coup d'œil rapide sur l'état de notre pays au moment où elles éclatèrent. Alors la troisième dynastie de nos rois établissait les faibles commencements de sa puissance. Entourés de barons égaux et même supérieui-s en pouvoir, les rois de France n'avaient d'autres richesses que les revenus de leurs domaines, d autres forces que les sujets de lem* duché. Leur état comprenait d'abord le Maine, l'Anjou, la Toiiraine, l'Orléanais, presque toute Tlle-de-France, et lesud- €st de la Picardie jusqu'à la Somme. Mais l'agrandissement des comtes d'Anjou , de Blois , de Chartres et de quelques autres, réduisit les domaines royaux à des limites beaucoup plus étroites. La faiblesse du monarque et l'exemple de tant de puissantes principautés, comme la Normandie, TAnjou , la Champagne , la Bourgogne , qui s'étaient accrues successivement tantôt par la force, tantôt par la ruse , faisaient naître dans l'esprit de tous les hauts suzerains l'espoir de s'étendre aux dépens des voisins et de se créer un État qui ne relevât que d'eux-mêmes. La suite fera voir comment le faible domaine de nos comtes fut un objet constant d'ambition pour les princes d'Anjou, de Normandie, de Bellême et d'autres encore, à une époque où il n'y avait pas de pouvoir central assez puissant poiu* maintenir les di'oits réciproques des grands vassaux.

La maison de Bellême manifesta la première ses desseins d'agrandissement ; elle entreprit de s'établir dans le Maine par la voie de l'Église, qui occupait un rang important dans la hiérarchie féodale. Elle plaça successivement trois de ses membres sur le siège épiscopal du Mans, et-ces trois prélats gouvernèrent le diocèse pendant cfuatre- vingtquinze ans. Elle en éleva d'autres à des prélatures inférieures et à des digoités importantes dans notre Église; et elle jouit d'une influence très-grande dans le Maine pendant toute cette période.

Elle possédait le comté de Corbonnois, la plus grande partie du Perche, la vic^irie du Sonnois, le tenritoire de la

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Ferté-sur-Huisne , nommée plus tard la Ferté-Bernard. Ainsi cette famille , intimement unie aux ducs de Normandie, avait dès lors jeté de profondes racines dans le Maine. Elle travailla sans cesse à y affermir son pouvoir, jusqu'à ce que Sigefroy parvint à s'asseoir sur la chaire ëpiscopale du Manif.

Sigefroy eut trois frères : Rotrou , cojnte de Mortagne , mort encore jeune; Yves de Creil, plus connu sous le nom d'Yves I** de Bellême, qui jouit de la seigneurie de ce nom et augmenta beaucoup les possessions de sa maison; enfin un troisième frère dont on ignore le nom, mais auquel les évêques de Chartres inféodèrent les cinq baionnies du Perche-Gouet, et qui fut la tige des seigneurs de cette province.

Yves de Bellôme était chef des arbalétriers à la cour de Louis d'Outre-mer , emploi qui lui conférait la direction de tous les ouvrages de fortification des places et des châteaux. Lorsque le roi , oubliant- qu'il devait son établissement sur le trône à un duc de Normandie , retint en captivité le fils de celui-<;i , Richard I", encore enfant , Yves fut l'instrument principal de la délivrance du jeime prince. En reconnaissance, Richard lui donna plus tard, pour lui et ses descendants , le territoire d'Aiençon , et une grande étendue de terre sur la fi'ontière de Normandie, à la charge de lui en faire hommage , et de veiller de ce côté à la sûreté de ses États. Yves lit construire les châteaux d'Alençon, de Séez , duMesle-sur-Sarthe, d'Essey et d'autres encore.

On dit que ce seigneur et ses enfants possédèrent à un haut degré l'art de fortifier les places, et l'on admire môme aujourd'hui, dans les débris des foiiicresses dont ils couvrirent une partie du Maine et de la Normandie , les traces toujours subsistantes de leur génie. Yves réunit dans seb ma'ms la seigneurie de Mortagne qui était échue en partage à son frère Rotrou , et aussi vraisemblablement Nogent-le- Rotrou et ses dépendances. Il fonda dans son château de Rellême une église en Thonneur de la Mère de Dieu , et lui donna plusieurs églises paroissiales dans le Corhonnois

et le Sonnois (i). 11 est aussi connu par ses libéralités en faveur de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire (2) , et de TAbbayette, prieuré considérable dans la paroisse de la Dorée , membre du Mont-Saint-Michel (3).

Yves de Bellême mourut au plus tôt en Tannée 997, alors que l'un de ses fils était assis sur le siège du Mans. 11 laissait cinq enfants : Guillaume, qui lui succéda dans la seigneurie de Bellême ; Avesgaud , qui devint évêque du Mans , et qui obtint en partage le territoire de la Fertésur-Huisne et une partie du Sonnois; Yves, que Ton croit tige des seigneurs de Château-Gonthier et de Nogent-le- Rotrou; Godehilde, qui épousa Albert, seigneur de la Ferté-en-Beauce ; et enfin flildeburge, qui fut mariée à Aymon , seigneur de Château-du-Loir, et qui devint mère de Gervais , successeur de son oncle Avesgaud dans la chaire épiscopale du Mans (4).

D'après ce simple aperçu, on comprend avec quel œil jaloux les comtes du Maine durent voir les progrès de cette famille qui s'annonçait comme une rivale menaçante. Cette inquiétude était augmentée par tous les exemples d'usurpations que l'on avait alors ; et d'ailleurs les sires de Bellême apparaissaient comme les protégés des ducs de Normandie, jeune nation dont l'activité, l'adresse et la puissance faisaient le désespoir de tous ses voisins.

Dans de pareilles circonstances, la mort de l'évoque Mainard, arrivée en 960 (5), devait nécessairement apporter

(1) Fret, Chroniques percheronnes j t. lïl, p. Î58.

(%) Vie de Gauzlin^ nom. 9, publiée par M. Léop. Delisle, 1853.

(3) D. Briant, Cenomania.

(4) Dora Briant, Cenomania. — Orderic Vital , Historia ecclesiasticay apud D. Bouquet , t. XI , p. 628 et passim. — Willelmus Gemeticensis , Historia Normannorum, ibid., t. X, p. 191.— D. Mabillon, Fêtera analecta^ t. III, p. 197. — Gilles Bry, Histoire des pays et comtés du Perche, p. 28 et passim. — Odolant-Desnos , Mémoires historiques sur Alençon, 1. 1, p. 98 et passim. — Fret, Chroniques percheronnes, 1. 1, p. 279 et passim. — Ménage, Histoire de Sablé, part. I^e, 1. III, c. xvii. — VArt de vérifier les dates, comtes d^Alençcn et passim.

(5) Une charte de Tévêque Mainard {Livre Blanc ^ num.108) porte

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de grands embarras^ par la complication des intérêts qui se trouvaient en présence. L'élection de son successeur fut vivement disputée. L'un des prétendants, Sigefroy, dont on vient de rapporter Forigine, s'assiu-a Tappui de Foulques le Bon, comt« d'Anjou , qui avait aussi conçu l'espoir de se rendre maître de notre province dans un avenir peu

cette date : « Actum Cenomannis, in anno xv, régnante Lothario rege. n Or, la quinzième année de Lothaire ne peat être antérieure à 968 ou 969. Il s^ensuivrait que le commencement de Tépiscopat de Sigefroy se rapporterait à 970 environ. Toutefois, cette date repose sur une copie postérieure de trois siècles à Toriginal , qui est perdu depuis longtemps ; elle contredit trois ou quatre dates positives données par un manuscrit antérieur (Bibliothèque du Mans, n. 224). C!omme il peut y avoir ici une simple erreur de copiste, qui aura écrit xv au lieu de y, il ne semble pas que Ton doive déranger la chronologie admise par de graves autorités. On a d'ailleurs une charte de Sigefroy , datée de Tan 971 ( vid. infra ) , laqueUc suppose plusieurs années d'épiscopat déjà écoulées. Enfin Télection de Sigefroy doit être peu éloignée de la mort du comte d'Anjou Foulques le Bon , décédé le 1 1 novembre 958. — Mais les raisons sur lesquelles s'appuie le sentiment contraire étant très-fortes , nous devons les faire connaître au lecteur. La contradiction relative à Tépoque de la nomination de Sigefroy , disent les savants qui adoptent la date de 968 donnée par le Livre Blanc , peut provenir d'une supposition fausse de la part des auteurs du Pontifical. Ces auteurs connaissaient la durée de chaque épiscopat depuis saint Aldric. A partir de la mort de ce prélat, ils n*ont pas cru devoir admettre de vacances dans le siège , et la somme totale donnait sans doute 960. — Pour les auteurs modernes, il peut se faire que Tadoption de cette date ait été le résultat d'une confusion de personnages. Segenfredus , nom donné à notre évêque dans les titres du temps, diffère peu de Begenfredus, qui est celui que portait un évêque de Chartres encore vivant en 960. Quelque charte de ladite année où figure ce nom , avec la simple qualification ^episcopus , est très-capable d'avoir occasionné «se méprise. Dom Denys Briant , dans le Cenomania , et quelques auteurs à sa suite, Gauvin entre autres {Géographie ancienne du diocèse du Mans , Instrumenta, p. xxx , texte, p. 26 ) , ont commis une erreur semblable à la suite d'une confusion de ce genre. Le premier cite une charte du Cartolaire du Mont-Saint-Michel ( Carta YvoniSy Cabinet des chartes, G. 17. — Cartulaire du Mont-Saint-Michel, fol. 157), qui est une donation iàite à Tabbaye, par Yves , de terres situées dans le Maine sur la frontière de FAvranchin. Elle est sans date , et nos écrivains (Cauvin , loc, cit.) la rapportent tantôt à 994 , tantôt à 997. L'embarras vient de ce qu'ils ont voulu voir dans un des signataires , Sigenfredus

G HISTOIRE 1>£ l'ÉiiLlSE DU MANS.

éloigné (1 ) . Pour se ménager l'aide de ce puissant auxiliaire, Sigefroy ne craignit pas de recourir à des offres entachées de simonie ; il s'engagea à lui céder la cour ou le manoii* que les évêques du Mans possédaient depuis longtemps à Goulaines , et qui était estimé à une somme très-considérable à cette époque , plus de mille livres de deniers (2) ;

episcopuSf notre évêqiie Sigefroy. Mais comme on y trouve en même temps Findication que la charte fut donnée sous le règne de Robert (régnante Roberto rege ), c'est-à-dire après 996, et que la mort du prélat manceau eut lieu en 995 , il était difficile de concilier ces données positives, n est donc très-probable que le Sigenfrcdus du titre n^esl autre que Févêque de Séez de ce nom , qui tint effectivement Tépiscopat du vivait du roi Robert, et qui ne figure dans Tacte que comme parent (oncle) du donateur. H n'est pas probable non plus que ce dernier soit Yves de Bellême , frère de notre évêque , comme Font écrit plusieurs auteurs. — La charte de Mainard consignée au Livre Blanc est un monument digne de fbi. Antérieurement à Tannée où elle fut délivrée, c'est-à-dire à 968 ou 969 , on ne trouve pas en effet un seul titre daté où figure le nom de Sigefroy, évêque du Mans. — ; Quant à Tinterventiou d'un comte d'Ai^ou dans la nomination de ce prélat , ne serait-ce pas une invention de Tkisr topien ? L'avènement au siège du Mans d'un personnage aussi mal famé que Sigefroy, devait-il avoir lieu de la même manière et aussi régulièrement que celui de ses prédécesseurs ? En le mettant sur le compte d'un pouvoir étranger, ou écartait le fait d'élection dans la localité. Seulement l'auteur, incertain de la date précise de la nomination, ou peu versé dans la chronologie des comtes d'Anjou , a mal choisi son homme , et les compilateurs y ont peu fait attention.

(1) Gesta Segenfredi Cenomanensis ep/^copt , apud D.Mabitlon, Vetera analecta , t. III, p. 297. — D. Bouquet, t. X, p. 384.

(2) Nam antequam esset ordinatus episcopus , cœpit et ipse destructar esse Ecclesiae. Nam curiam antecessorum episcoporum , quam Colonias vocant , fiscalinorum admodum plenam , mille libris denariorum et plus valentem, et villam, quam Disiacum nominant... dédit Fulconi, Andegavorum comiti... Vetera analecta^ t. III , p. 297. — Au pouvoir actuel de l'argentf cette somme équivaut à 563,200 fr. de notre monnaie. Nous nous bornons ici et dans la suite de ce travail , à tirer, sans discussion , les conséquences des remarquables mémoires de M. Leber, publiés sous le titre de : Essai sur V appréciation de la fortune privée au moyen âge.— Pour les époques antérieures à celles étudiées par ce savant , nos appréciations sont tirées des principes posés par M. Guérard dans ses Prolégomènes sur le Polyptyque de Vabhé Irminon, p. 146, 147, 158, et du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, p. 185. •— Lorsque la monnaie

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il y joignit le domaine de Dissay-sous-Gourcillon y sur le Loir^ Tune des plus belles et des plus anciennes propriétés de notre Église. Le comte d^Anjou, dont tous les historiens louent cependant la piété et les autres grandes qualités (i)^ se laissa gagner par les promesses de Sigefroy. Ce fut donc par cette indigne et coupable manœuvre que le fils du seigneur de Belléme lut élevé sur la chaire de saint Julien.

Le comte du Maine Huguesi""^ fils de David , ne vit pas avec plaisir Tintervention d'un puissant voisin dans les affaires de sa province^ et la maison de Bellême s'allier au comte d'Anjou. Toutefois , malgré le mécontentement du comte Hugues , malgré même les nombreuses ordonnances du Siège ApostoUque et des conciles contre les élections sin^oniaques , le protégé du roi Lothaire et du comte d'Anjou fut sacré évêque du Mans et installé dans son siège. Joseph II (2), archevêque de Tom^, et les autres prélats de la province ne semblent pas avoir élevé la moindj^e réclamation contre cet indigne trafic des dignités de l'Église.

Une fois en possession de son évêché , Sigefroy ne farda pas à nianifester sa cupidité et la dépravation de son cœur. Au lieu de continuer l'œuvre de restauration entreprise par son prédécesseur, il détruisit tout ce que Mainard avait fondé ou rétabli • La paix ne pouvait subsister longtemps

dont parlent nos chartes Q^est point spécifiée, il iàut la regarder comme monnaie du Maine ; or, la livre du Maine valait le double de la livre tournois. Bilard , Analyse des documents historiques conservés dans les archives du département de la Sarihe, n*» 7S6, 789. — Suivant les principes posés par M. Esménard du Mazet {Nouveaux principes d'Économie politique, Paris, 1849, p. 186 et suiv.), la valeur relative des monnaies au pouvoir de Targoni a été double de ce que portent les conclusions de M. Leber.

(1) Chronicon Andegavense, — Gesta consulum Andegau., apud LAbbe, Bibliot, manusc, 1. 1, p. 285. — D. d'Achery, Spicilegium, t. X. — D. Bouquet, t. VIII, p. 254; t. IX, p. 3! et passim. — Roger, Histoire d'Anjou. — VJrt de vérifier les dates» — Godard-Faultrier, P Anjou et ses monuments j 1. 1, p. 335. — Bodin, Recherches historiques sur VJnjou^ 1. 1, p. 145. et suiv., édit. 1847.

(2) Chronicon Turonense abreviatum^ ad an. 952. — Des catalogue? modernes placent Frolère a cette époque sur le siège de Tours.

8 IIISTOIRE DE l'église DU MANS.

entre un évoque spoliateur deTÉglise, aux manières arrogantes^ au langage hautain et insolent^ et le comte Hugues^ que tous les monuments s'accordent à représenter comme un insigne bienfaiteur du sanctuaire. Malgré son humeur entreprenante et superbe, Sigefroy ne tarda pas à reconnaître qu'il ne pouvait se maintenir en face d'un adversaire aussi puissant que le comte du Maine. Mais au lieu de profiter de cette connaissance at de faire sa paix avec le comte, comme le lui conseillait la prudence 4a plus vulgaire, il n'en devint que plus téméraire, et chercha tous les moyens d'allumer une guerre considérable contre son ennemi.

Après plusieurs marques réciproques d'hostilité , l'évéque sortit de sa ville pour chercher des alliés auxquels il pût inspirer la fureur qui le dévorait. Il ne se dirigea pas vers l'Anjou , où cependant il avait trouvé d'abord un protecteur; Foulques le Bon était probablement déjà descendu dans la tombe (1); peut^tre aussi les inclinations pacifiques de ce prince ne laissaient pas à notre prélat l'espoir de trouver en lui un allié propre à seconder son ressentiment. Sigefroy implora le secours de Bouchard Ratepilate, comte de Vendôme (2) , et de la même famille que le comte d'Anjou (3). Bouchard devait être naturellement porté à soutenir un protégé de son parent le comte d'Anjou; il pouvait d'ailleurs être poussé par sa propre ambition à s'immiscer dans ces démêlés qui lui ouvraient une nouvelle voie pour étendre son influence dans le diocèse du Mans. Cependant, voyant la position embarrassée du prélat, il ne montra aucim empressement pom* le secouru*.

(1) Suivant les Gesta consulum Andegavensium le comte Foulques le Bon mourut le 11 Dovembre de Tan 958, à Tours, dans Téglise même de Saint-Martin, où il fut enterré. Dom Bouquet, t. IX, p. 31. — VArt de vérifier les dateSj t. XIH, p. 44.

(S) De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois, p. 151.

(S) Selon VArt de vérifier les dates, t. XUI, p. 44, et t. XII, p. 482, Bouchard le Vénérable ou le Vieux était fUs de Foulques le Bon ; M. de Pétigny donne une autre généalogie , mais le fait de la parenté entre le comte d*Aigou et celui de Vendôme reste constant.

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Sigefroy demeura longtemps dans les propriétés que TËglise du Mans possédait sur les bords du Loir^ comme rayaient fait plusieurs de ses prédécesseurs lorsqu'ils avaient été expulsés de leur ville épiscopale; il fit également un assez long séjour à la cour du comte de Vendôme y sollicitant le secours qui lui avait été promis. Mais Bouchard , en politique rusé, différait d'exécuter sa promesse, bien sûr de faire payer plus chèrement son aide. En effet, pour aôhever de vaincre toutes les difficultés , Sigefroy se montra libéral aux dépens de son Église. 11 offrit au comte de Vendôme les relevations de soixante-quatre autels, les synodes et les visites de ces mêmes églises , c'est-à-dire les droits ou redevances que Tévéque percevait à chaque collation d'une égUse à un bénéficier nouveau , à chaque synode qu'il célébrait et dans le cours des visites qu'il faisait par lui-même ou par ses archidiacres. Ces revenus étaient considérables et annuels. Par leur nature, ils devaient rester entre des mains ecclésiastiques; mais dans ces siècles tout s'inféodait, les offices domestiques et ecclésiastiques, les églises, les autels, les cimetières. Plusieurs siècles devaient s'écouler avant que ces biens sortissent des mams des particuliers pour demeurer, selon leur destination prinij^e , des revenus purement ecclésiastiques (1). iC!e8j(^n^.de Sigefroy ne suffirent pas ^ïependant aux exigences de Bouchard , et notre prélat, impatient de sa positiom de plus -en plus critique, ajouta de beaux domaines dépendûits aussi de son Église : Celle (2) , Lavenay (3), Poncé (4), Artins (5) , le bourg de Buillé-sur-Loir (6) et plusieurs autres tenues situées sur les bords du Loir ou de la Braye. On croit qu'elles comprenaient une grande partie de la vallée du Loir et de la forêt de Gastines , depuis les Roches-l'Évêque (7) jusqu^à la CSiartre (8). Ce territoire avait été longtemps sauvage et inculte , comme toutes les

(1) Guérard, Cartulaire de Saint-Père de Chartres^ 1. 1, p. 15.

(2) Cledœ. — (3) Alnetœ et Alneteœ. — (4) Pontiacum. — (5) Àrtinei. — (6) RuilliacuSj vicus. — (7) Rupiacus. — (8) Carcer.

iO HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MAiVS.

anciennes marches ou frontières; nos premiers apôtres y portèrent la lumière de ITÉvangile, comme nous Tavons raconté en son temps; lorsque la paix fut donnée à TÉglise et que le nouveau culte fut doté par les empereurs avec les biens des cités ou ceux, des temples idolâtriques, TÉglise du Mans reçut de larges concessions de terrains sur cette limite de la province; ce fut ainsi que les évêques du Mans y introduisirent la civilisation en môme temps que la culture des terres. Jusque alors les successeurs de saint Julien avaient conservé avec soin ces domaines de leur Église. Tout le pays leur appartenait , à Texception de la vieille forteresse celtique de Trôo, qui était restée au pouvoir des rois et des comtes (i). Bouchard accepta des offres si avantageuses et arma ses vassaux pour forcer le comte du Maine à replacer Sigefroy sur son siège et à faire droit à toutes les prétentions du prélat. Cette guerre n'amena de résultat déoisif pour aucun parti; et elle dut annoncer à Sigefroy ime issue défavorable à ses intérêts. Il demanda en conséquence à faire la paix; Hugues y consentit, mais dicta les conditions du traité, qui étaient toutes désavantageuses à Tévêque. La position de celui-ci ne lui permettait pas de les refuser; quant à Bouchard, il resta possesseur de toute la contrée qui lui avait été cédée pour prix de son intervention. De cette époque date Tannexion au comté de Vendôme , de la portion du Maine qui fut connue depuis sous le nom de Bas-Vendomois (2), Sigefroy rentra au Mans, profondément humilié, mais conservant au fond de Tàme les mêmes penchants , irrités encore par le désir de la vengeance (3).

L'Église du Mans venait d'essuyer une perte considérable dans son patrimoine , par suite de la malheureuse ambition de son évêque; mais les scandales que le prélat étala à la face de son diocèse lui furent encore plus préjudiciables. Sigefroy était déjà d'un âge avancé; toutefois, accoutumé

(1) Troo. -- Vid. de Pétigny , Histoire archéologique du Vendomois^ p. 152.— (2) De Pcligny, loc, cit.-- (3) frétera amlecta, t. III, p. 297.

SItiËFROY. il

à vivre sous le harnais^ il avait contracté les mœurs d'un soldat^ et s'abandonnait sans retenue aux passions les plus indignes de son caractère. Il mit le comble à tous ses crimes en épousant publiquement une femme nommée Hildeburge^ dont il eutplusieui-s enfants. Tous moururent en bas âge , à l'exception d'un fils nommé Albéric. Lorsqu'il fut grand, son père lui composa un apanage de plur sieurs terres enlevées sur l'Église. Entre les rapines qu'il conunit à cette occasion , il confisqua sur les chanoines qui desservaient l'abbaye de Saint-Vincent deux domaines que saint Domnole avait affectés à la dotation de ce monastère, Sarcé (1) , près de Mayet, et Goulongé (2), dans la même contrée. Pour assurer à son fils la possession de ces terres et enlever aux chanoines tout espoir de les recouvrer, il fabriqua un faux acte, par lequel il était censé les avoir achetées pour la somme de dix-huit livres de deniers (3).

Sarcé et Goulongé étaient les principales sources de revenus de l'abbaye de Saint-Vincent, qui avait été déjà ruinée à diverses reprises (4). Après cette spoliation, les douze chanoines qui l'habitaient , réduits à la dernière misère, se retirèrent bientôt pour aller chercher autie part les moyens de subsister. Un seul prêtre resta pour célébrer le saint sacrifice dans la basiUque abandonnée.^ Sigefroy et son fils enlevèrent aussi au chapitre le domaine de la Mue (5), à la Chapelle-Saint-Aubin, et l'éghse même de ce lieu, qui avait cessé d'être desservie par des religieuses et était devenue paroissiale (6).

Les scandales donnés par l'évêque Sigefroy n'étaient pas à cette époque un malhem» particulier à l'Église du Mans:

(1) SarciacuSj villa. — (4) Coiongiacus, \illa.

(3) Soit 10,138 fr. de notre monnaie.

(4) Vid. Diplôme de Charles le Chauve en faveur de Saint-Vincent, en 873. — Dom Mariène, Amplissima collectio, t. I, col. 197. — Dom Bouquet, t. VllI, p. 643

(5) Mantula \i\\u\a.

(6) Ecclesia sancti Albini. — Vid. D. Mabillon, Vetera analecta^ t. m, p. 298.

dans les débris de cette église quelques parties de Tédifice élevé par le comte Hugues. Ce prince voulut qu'elle fût dédiée sous le patronage de saint Pierre et de saint Paul, et Ton y fit une solennelle translation des reliques de sainte Scholastique (1).

Mais la restauration la plus importante qu'entreprit le comte Hugues, fut celle de Fabbaye de Saint- Pierre et Saint-Paul, connue depuis cette époque sous le nom de La Gouturew Les ravages des Normands l'avaient entièrement détruite, et le soc de la charrue se promenait en liberté à la place tju'elle avait occupée. Une partie de la basilique de saint Bertrand avait cependant échappé aux mains des démolisseurs et à l'action du temps; les Manceaux visitaient encore les débris de la crypte souterraine dans laquelle le saint fondateur avait été déposé après sa mort, et la fontaine miraculeuse qui en était voisine. Les grâces que le bienheureux évêque y répandait sur ses clients n'avaient pas permis à la tradition de s'elFacer. Le rétablissement d'un monastère aussi cher à la piété était devenu nécessah^e, et le comte résolut de s'y employer.

11 appela à son aide l'abbé Gauzbert , l'un des hommes les plus influents de son temps.- Gauzbert joignait à une éminente piété une illusti*e naissance : il était proche parent d'Eudes, comte de Champagne, de Chartres et de Blois, et d'Emma , comtesse d'Aquitaine et de Poitou. H était même Tallié de notre comte Hugues, qui avait épousé Berthe, fille d'Eudes de Blois (2). Il n'est pas certain que Gauzbert ait été religieux de Cluny , mais animé de l'esprit des saints Mayeul et Odilon de Cluny , Guillaume de Dijon,

(1) Pridie nonas novembris. Savare, Mémoires , Ms. — D. Briant , Cenomania. — Le Corvaisier, p. 327. — D. Bondonnet, p. 398. — D. Colomb, p. 113. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans f p. 169. — Iderii , Statistique de r arrondissement du Mans, p. 312. — Guillois, Vies des saints du Maine , t. II, p. 304. — Richelet, Le Mans ancien et moderne, p. 95. — Pe.sc lie, Dictionnaire de la Sarthe, i. m, p. 199, 350.

(2) î^ Corvaisier, p. 322.

SI6EFR0Y. 15

Richard de Verdun , et autres grands hommes qui consacrèrent , à la même époque , lem» génie et leur dévouement à la restauration des monastères, il consuma sa vie tout entière dans les mêmes travaux» S'unissant à la pieuse comtesse Emma , il fonda , de concert avec elle, les abbayes de Maillezais et de Bourgueil. Il fut élu, veré Tan 987, abbé de Saint-Julien de Tours , et un peu plus tard , vers 1004, du monastère de Marmoutier. Il possédait encore Tabbaye de Saint-Ouen, près de Tours. Il gouvernait tous ces monastères simultanément , commettant le régime intérieur du cloître à des hommes dignes de le seconder, et capables eux-mêmes de conduire de nombreuses communautés , comme Sicbard , qui fut élu abbé de Marmoutier après la mort de Gauzbert. Ce dernier jouissait de la plus haute estime auprès des princes de son temps; Guillaume, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers ^ Emma sa mère, Odon, comte de Tours, le comte et la comtesse de Blois, le vénérable Bouchard de Vendôme , et d'autres , parlent de lui dans leurs diplômes, avec les termes les plus honorables. Si saint Abbon de Fleury sembla s'élever un moment contre Gauzbert, l'événement fit voir que l'éloquent abbé n'avait pas gardé assez de mesure dans la circonstance ; du reste les paroles mêmes d 'Abbon sont une preuve nouvelle de l'autorité dont jouissait Gauzbert. Vers l'an 4000 , Gauzbert fit le voyage de Rome ; il y reçut un accueil favorable du pape Silvestre II, qui lui accorda des marques particulières de son estime et plusieurs faveurs pour ses monastères (4).

Sur la prière du comte Hugues, Gauzbert se rendit donc au Mans, vers l'an 990, pour rétablir l'abbaye de Saint- Pierre et Saint-Paul; il releva les édifices en ruines, en construisit de nouveaux et vint à bout , en peu de temps ,

(1) D. MabilloD, Annales 0. S. B , lib. Ll , num. 114 etpassim. — D. Martène, Histoire de Marmoutier^ 1. 1, Ms. — Salmon, Recueil de chroniques de Touraine, t. LVH, p; M8, 249. — D. Bouquet, t. X, p. 1 76, 180, 182, 2ai, 439 et passim. — Gallia christiana, t. Il, col. 1364.

16 HISTOIRE DE l'MLISE DU MAHS,

de recouvrer une partie des anciennes propriétés. Enfin il installa dans ces nouveaux cioitres des religieux qui firent l'édification de toute la contrée. Grand dans tout ce qu'il entreprenait 9 il fit élever une basilique et des bâtiments qui portaient le cachet de son génie; on en reconnaît encore, même de nos jours ^ de &ibles traces. Hugues seconda de tout son pouvrâ* le saint abbé ; il fit restituer une partie des anciennes propriétés du monastère. Lui-même donna les églises de Saint-Remy-du-Plain ^ Saint-Rigomer-des* Bois^ Saint-Martin et Saint-Maurille-de-Yillaine^ avec toutes leurs dépendances , et le droit d'usage dans la forêt de Perseigne (!)•

A une autre époque , Hugues donna en propriété com^ mune aux moines de la Couture et aux chanoines de Saint- Pierre-de-la-Cour des terres situées à Vadum Guitioms, Pratrum f erratum, Campm Guarellis, Glatigny (2), fief de la paroisse de Saint-Remy-du-Plain ; enfin des moulins situés au Gué-Bernisson (3) , autre fief sur le territoire de Pontlieue. En retour de ces libéralités , Hugues demande seulement d'avoir part aux prières des religieux et des chanoines. Dans une autre circonstance , le comte donna encore aux moines de la Couture le domaine de Moulins (A) , ou du Carbonnet, terre seigneuriale située à Saint-Remy-du- Plain, qui porta dans la suite le titre de chAtellenie. Enfin Hugues joignit son influence aux efforts de l'abbé Gauzbert, pour amener les laïques qui retenaient encore

(1) Ego Hugo... dedi et concessi. .. prœdia nostra quœ in terra Savonensi sunt sita, videlicet villam sancti Rigomeri de Piano cum colibertis et servis et omnibus rébus ad eam pertinentibus, et ecclesiam sancti Rigomeri de Sylva f et quidquid ad eam pertinet. Item ecclesiam sancti Martini. Item ecclesiam sancti Maurilit juxta sylvam. Item vicnm et eeclesiam sancti Remigii de Villena... et de sylva nostra quœ appellatur Perseignia, dedimus... quidquid necessarium fuerit usibus monachorum inibi degentium. Le Gorvaisier, Histoire des évéques du Mans, p. 326. — GaiiTin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. livii, et passim.

(î) Glatigneium, — (8) Fadum Bemittium,

(4) Molendina. — Cfr. Le Paigc, Dictionnaire historique du Maine,

t. it, p. sas.

SFGEFROY. 17

rjuelques-unes des propriétés du monastère, à les restituer, lueurs exhortations ne furent pas toujours favorablement écoutées; cependant Raoul, vicomte de Beaumont-le- T^icomté, rendit enfin, après de longues contestations, la "terre de Joué-FAbbé (1) près Ballon. On croit que le comte Hugues donna ou fit rentrer au monastère les teixes qui en composèrent le domaine féodal, c'est-à-dire les châteQexiies de Joué-FAbbé, Lavaré (2), Mareil (3), Moulins, Pezé, â Yvré-le-Polin (4), et Volnay (5) ; les seigneuries de Sainte- Croix (6) , les Mées (7), Pontlieue, Villaine-la-Carelle (8). ï>ans la suite , les moines de la Couture partagèrent avec 1 ^abbaye de Champagne la seigneurie de Saint-Mars-du- Désert (9).

Ce fut à la suite de cette restamation que le monastère de la Couture prit le titre d'abbaye royale , et Henri II, xoi d'Angleterre , dans un diplôme, aflBrme qu'elle a été fondée par ses ancêtres, c'est-à-dire ses prédécesseurs dans le comté du Maine (10). A cette époque aussi le monastère prit le nom de Saint-Pierre et Saint-Paul de la Cultive de Dieu (11), dont l'usage a fait la Couture.

Le vénérable Gauzbert gouverna l'abbâyé jusqu'au moment de sa mort, qui arriva le 27 septembre 1007 (12)*

{i)GaudiacUs. — (2) lauariW. — (3) MareiUum, — (4) Paceium, Ebriacus. — (5) Voloniacus. — (6) Sancta Crux, - (7) Mausum , Mes^ mm. — (8) Villena.

(9) Sanctus Medardtis. — Armoiries : Parti de France et d'Angleterre, ao premier d'azur semé de fleurs de lis d'or ; au second de gueules à trois léopards d'or passant Pun sur Tautre; deux clefs en sautoir derHère récusson^ supports j deux licornes;

(10) Vid. Piècesjustificatives,noiv.

(il) Sanctus Petrus et sanctus Paulus de Cultura Dei.

(12) Post Ebrardum praefuit monasterio sancti Juliani (Turdncnsiï) Gauzbertus 1 , ejusdem Cœnobii monacbus. Iste plures abbatias rexif , aliquantas a fundamentis construxit... hic tenuit abbatiam Majoris- Monastcrii... hic funda^it monasterium sancti Pétri Burguliensis , sancti Pctri Malliacensis, sancti quoque Pétri Cenonianensis. — Brevis historia monasterii sancti Juliani Turonensis^ apud D. Martène, Ampl. coUect.y t.VjCol. 1077.— D Bouquet, t. XI, p. 117.— On peut voiries remarques des continuateurs de D. Bouquet, ibid., Préface, p. ccvi. — L'histoire m. 2

Sa mémoire resta en bénédiction dans nos contrées, mais surtout dans les monastères, oii il avait fait fleurir l'observance , et ressuscité le zèle pour Tétude des lettres et des arts. Ce fut donc sous son gouvernement qu'arriva la mort de Tévêque Sigefroy, dans le cloître même de la Couture. Ce fut aussi sous son administration que Léthalde trouva un asile dans le monastère qu'il a illustré par ses travaux littéraires (1).

Touché des besoins spirituels des habitants de la ville du Mans , le comte Hugues fonda une chapelle en l'honneur de saint André. Il la donna aux moines de la Couture, chargés d'y accomplir certains services religieux. Cette chapelle ayant été augmentée dans la suite par le comte Hélie de la Flèche, fut érigée en paroisse sous le patronage de saint Benoit, titre qu'elle porte encore aujourd'hui (2).

Pour subvenir aux nécessités spirituelles et temporelles des cultivateurs , et en particulier des vignerons, Hugues fonda un hôpital et le dota de ses deniers. Assis sur le versant d'une colline entre le clos de Roxane et celui de Douce- Amie , cet édifice fut renversé à l'époque de la révolution communale du xi« siècle. Il fut remplacé par un prieuré et une église connus sous le nom de Saint-Blaise-des-

que nous venons de citer, ibid.^ p. 118, rapporte la mort de Tabbé Gauzbert à Tan 1014 ; cependant D. Mabillon , suivi du plus grand nombre des historiens, la fixe à 1007.

(1) Compendium historiœ regalis ahbatiœ sancti Pétri de Cultura Cenomannis, Ms., Biblioth. du Mans j no91. — Nécrologe de l* abbaye de la Coulure, Ms., ibid., n^ 241. — D. Martène, Histoire de Vabbaye de Marmoutier, Ms., Biblioth. Impér., résidu Saint-Germain, n» 96, 1. 1, fol. 269,271 etpassim. — D. Bouquet, t. X, p. 180, 182, 439 et passim. — D. Mabillon , Annales 0. S, £., lib. L, num. 35 ; lib. Ll, num. 11 , 48, 49,105, 114; lib. LU, num. 57, 102. —D. Morice, Preuves de P histoire de Bretagne, 1. 1, col. 350 et passim.— D. Briant, Cenomania, Ms. ^~ Le Corvaisier, p. 325. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. lxxii, 187 et passim.

(2) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 178. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 58. -- Idem , Statistique de Varrandissement du Mans. — Pesche, Dictionnaire de

'la Sarthe, t. III , p. 342. — Richelet, Le Mans ancien et moderne, p. 97.

SIGEFROY. 19

Yignes, dépendant de Tabbaye de la Pelice (1) , et qui fut

réuni , vers Je milieu du xvTn® siècle, au séminaire de Saint^harles (2).

Hugues consentit une indemnité pour la fondation du prieuré de Notre-Dame d'Auvers-le-Hamon (3) , établi par Guy d^4.voise (é) , lequel lui assigna pour dotation , outre ^ine partie des terres de son domaine , toute la seigneurie c3e cette paroisse, dès lors considérable, et les droits qui en dépendaient. 11 approuva aussi la donation que le fonda- ^ur eii fit à l'abbaye de la Couture, avec Tacceptation de l'abbé Gauzbert et la ratification de Jean et Aimon, fils de Guy, eu présence de Vévêque Sigefroy. La suite fera voir les accroissements de ce monastère , qui était vers le milieu clu xi« siècle run des prieurés les plus importants de la province (5).

Par suite de ce mouvement favorable à la vie monasti- €jae y on vit aussi les ruines de l'abbaye de Notre-Dame d'Evron se relever. Ce fut l'œuvre de Robert !«', vicomte de Blois, second fils d'Eudes, comte de Blois, proche pariant de notre comte Hugues et de l'abbé Gauzbert lurmême, comme nous lavons dit. Quoique les recherches de l'érudition ne soient pas encore parvenues à lever l'obscurité qui couvre réversion du monastère d'Evi*on , il est certain que depuis un siècle environ il avait cessé d'être habité par des moines , et le sanctuaire privilégié de la sainte Vierge était resté désert (6).

(1) Ce prieuré dépendait de celui de Château-rHermitage , selon Le Corvaisier, p. 327.

(î) Le Corvaisier, loc,, cit. — D» Bondonnet , p. 398w — D. CkJloûib , p. 113. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 219.

(3) Alversus. — (4) Avesa.

(5) D. Briant, Cenomania. — Le Corvaisier, p. 326. — I>. Bondonnet, p. 398. — Le Paigc , 1. 1 , p. 54. — Pesche , t. 1 , p. 61. — U ne faut pas confondre la fondation du prieuré d'Auvers-le-Hamon avec la ratification faite eu 1050, ou environ, par Tun des descendants du fondateur. — Vid. Pièces justificatives, n® v.

(6) M. G. de Lcstdng, Dissertation sur les incursions normandes dans le Afaine, p. 71-88.

20 HISTOIRE I)£ l'église hV MANS.

En 98i y Robert vint visiter Évron et la Champagne du Maine (1) , partie du riche apanage que lui avaient légué ses parents. Lorsqu'il apprit que ce domaine , sur lequel régnait maintenant la désolation, avait été autrefois la demeure des moines, et un temple vénéré de la Mère de Dieu, il versa des larmes et résolut sur-le-champ de relever ces ruines. Les travaux s'exécutèrent avec rapidité, et bientôt Robert demanda â Widbert, abbé de Saini^Père de Chantres, des religieux pour faire revivre à É\Ton l'observance de la discipline régulière. L'abbaye de Saint-Père, rétablie au temps de l'évéque Mainard, comme nous l'avons rap^ porté (2), jouissait alors d'une grande célébrité ; les exemples des religieux de ce monastère inspirèrent à pinceurs personnages des rangs les plus distingués de la société le dégoût du monde et l'amour de la solitude. L'abbé Widbert lui-même était l'un des prélats les plus énrinents de«on siècle pour la piété et le savoir. Pendant qu'il gouvernait l'abbaye de Saint-Père , Gauthier , comte de Dreux , et la comtesse Letgarde, veuve de Thibaut le Tricheur, témoignèrent le respect qu'ils portaient à ce sanctuaire, par les dons magnifiques qu'ils lui offrirent. D'autres seigneurs les imitèrent (3).

Le vicomte Robert pria l'abbé et les religieux de lui accorder tme colonie pour desservir l'église d'Évron; il leur offrit l'abbaye comme une dépendance de leur monastère , soumise désormais à sa direction Malgré, les avantages de cette proposition , elle ne fut pas admise par les moines de Saint-Père. Peut-être ces religieux craignaientils, en diminuant leur nombre, d'affaiblir l'observance. Mais le vicomte Robert n'abandonna pas son projet. Il fit

(i) Campania. Voir sur cette région de notre province Ganyin, Créographie ancienne du diocèse du Mans^ p. 98.

(2) Histoire de l* Église du Mans , t. II , p. 529.

(3) UMMon, Annales 0. S. B., lib. XLVI , n© 3) , 97. — Lib. XLIX, no 2 et passim. — Gai lia christiana, t. VIII, col. 1214. — Doyen, Histoire de Chartres , t. I, p. 53. — Guérard , Cartulaire de Saint- Père de Chartres, t. T , Prolégomènes et passira.

SIGEFROY. 21

intervenir le comte Eudes et plusieurs autres seigneurs bienfaiteurs de Tabbaye chartraine, et iJ obtint enfin Tobjet de ses vœux. Pour assurer l'avenir de la nouvelle abbaye, [Robert la soumit entièrement à la direction de celle de C!hartre§. Dans son diplôme , il veut que les prélats qui la gouverneront désormais, soient nommés par Tabbé de Saint-Père, et reçoivent la bénédiction abbatiale de sa xnain^l). La charte qui renferme ces conditions fut signée ■par Hugues Capét , qui n'était encore que duc des Francs, xnais qui allait bientôt s^asseoir sur le trône ; par le comte £udes , la comtesse Berthé, Hugues, archevêque de Bourges, et plusieurs autres personnages illustres. On n'y remarque pas Tévèque du Mans (2).

Lorsque les bâtiments nécessaires à l'habitation de la nouvelle communauté furent achevés, Gisbert, successeur de l'abbé Widbert, sur de nouvelles instances du \icomte de Blois, confia à Thedbert, religieux d'une vertu consommée, là mission d'y introduire et gouverner une colonie de moines. Le vicomte Robert continua de s'intéresser activement à Fabbaye d'Évron; il lui fit restituer une partie de ses anciennes propriétés; lui-même remit la seigneurie d'Évron et un grand nombred'héritages qu'il énumère dans une nouvelle charte datée de Paris , en l'année 988. Dans ce curietix monument, il commence par rappeler l'origine première du monastère , telle qu'il l'avait lue lui-même ,

(i) Quo abbate intra gremium placidae regionis recepto , ipsius nihilominus successorem , domntim TÎdelicet et imitabilis vitae Gisbertum abbatem , mipptex ac derofas snpplicator expetii , ut unum ex suis monachunr benedicendo in predicto oratoriolo abbatem substitueret...

(2) La chafte du vicomte Robert a été publiée par M. Gérault, d'après le Cartulaire de V abbaye d*Évron {Notice historique sur Évron, p. 127 ), et par M. ^uérard dans le Cartulaire dé Saint-Père de Chartres, 1. 1, p. 77. On y remarque quelques variantes. Les deux éditeurs ne s^accordent pas sur la date dô cette pièce; le premier la rapporte à Tan 987, le second à taf] 985. Selon D. Mabillon , elle serait de 981, Annales 0. S. B., lib, XLIX, n» 2; et ce sentiment est partagé par D. Rivet, Histoire littéraire de la France , t. Vï , p. 407. — Dans le Gallia christiana , t. Il , col. 37 , on la rapporte à Tannée 978.

22 HISTOIRE I)£ l'£6LIS£ PU MANS.

dit-il, dans les Gestes des évêqices du Mans (i). Dans le desr sein de consolider son œuvre , le pieux vicomte spécifie les liens de fraternité qui devaient exister entre Tabbaye d'Évronet celle de Saint-Père de Chartres, et qui ont efiFectivement toujours subsisté ; il y établit aussi les droits de supériorité qu'il attribue à Tabbaye chartraine; mais ceuxci disparurent probablement, lorsque les évêques du Mans réclamèrent les privilèges du patronage en vei'tu de la fondation primitive. Au bas de cette charte on lit les noms du roi Hugues Gapet, d'Eudes, comte de Blois, de Robert, Thibaut et Eudes, ses fils ; de Hugues, vicomte de CUateaudun, de Kahère de Montigny, de Geoffroy de Saint-Aignan, de Gauthier de Tours, de Guildin de Saumur, de Fulbert des Roches, de Landry de Beaugency, de Rotroch leNoi-mand et de Kamald (2).

Par une nécessité de l'époque , le vicomte Robert fit construire, dans l'intérieur même du monastère, un donjon fortifié , environné de fossés profonds (3). Les guerres incessantes de la féodalité forçaient les maisons même de la prière et du travail solitaire à revêtir les dehors des places de guerre. Dans un pèlerinage aux tombeaux des apôtres, Robert obtint du souverain pontife Jean XV (985- 999) une bulle qui confirmait l'abbaye d'Évron dans l'état où il l'avait rétablie (4). Un peu plus tard, Benoît VIII (10i2'4024) accorda une autre buUe contenant plusieurs privilèges et en particulier celui de l'exemption (5).

(1) Sicut in Gestis pontificum Cenomanicœ urbis legi audivimus... Reperitur eoim in Gestis supradictorum pontificum quod... Ces témoignages sont précieux : ils prouvent que les Gestes des évêques du Mans étaient publics longtemps avant le xiii« siècle. Dès le ix*, les clercs de Paderborn les consultèrent.

(2) Gérault, Notice historique sur Évron, p. 8, 129. — Gduvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans y p. lxviii.

(3) Ce dor^jon fut renversé dans les guerres contre les Anglais , et ses fossés furent comblés entièrement en 1780 pour faire place à des jardins. Serveau , Additions à Vhistoire de Laval par Maucourt de Bourjoly.

(4) Gérault , loc. cit.

(5) Biblioth. Impér., Ms , Saint-Germain , n« 583, 1. 1.

StGEFROY. 23

Aussitôt que les moines envoyés de Saint-Père-en- Vallée furent entrés en possession de Tabbaye d'Évron, ce sanctuaire reprit son ancienne célébrité par Taffluence des pèlerins qui y venaient implorer les secours de la Mère dé Dieu. De nombreux bienfaiteurs secondèrent les efforts des cénobites. En 994, à la prière de Tabbé Thedbert, le comte du Maine accorda le privilège d'établir un marché pour le jeudi de chaque semaine et une foire fixée au jour de la Nativité de la sainte Vierge. Ce privilège exempte le bourg de Tabbaye (1) et toutes ses dépendances des droits de coutume que levaient les officiers du comte, sur les autres marchés et foires. Ces concessions furent faites par l'intervention de Tévêque du Mans Sigefroy , du consentement de Raoul , vicomte de Beaumont, et de son fils nommé aussi Raoul.

Le pieux vicomte de Blois , en rétablissant le monastère , fit bâtir une basilique sur les ruines de celle qu'avait construite saint Hadouin. Il l'enrichit d'un crucifix couvert de lames d'or du poids de deux livres huit onces , d'une statue de la sainte Vierge recouverte de lames d'argent et haute de quatre pieds quatre pouces; d'un reliquaire en vermeil et de plusieurs autres présents magnifiques. Ce seigneur mourut avant d'avoir terminé la construction de l'église , dans laquelle il fut inhumé avec les plus grands honneurs. Le 40 février de chaque année, on faisait commémoration de sa sépulture (2), et trois pauvres mangeaient au réfectoire.

Les enfants du vicomte Robert, héritiers de sa piété ainsi que de ses biens, continuèrent à protéger le monastère. Pom* rempUr la volonté de son père, le fils du fondateur, nommé aussi Robert, entreprit un pèlerinage à la chaire apostolique, et obtint de Benoît VÏH le privilège dont on a parlé. Berthe , fille de Robert (3), épousa Guy V"^

(1) Yillam ipsius cœnobii.

(2) 4 idus febr. Translatio corporis domni Roberti vicecomitis Blesensis... — 11 kal. febr. obitus Roberti TicecomitisBlesensis... Nécrologe de Vabbaye d'Evron , Ms. du commencement du xiii* siècle.

(3) Maucourt de Bourjoly, t. I , fol. 62 , se trompe en disant que Berthe était tillc unique du vicomte Robert.

(Je I^val (l), et porta dans cette maison la seigneurie de la Champagne du Maine. Ces illusti*es époux tinrent à honneur de protéger Tabbâye de la Mère de Dieu; ils lui donnèrent, entre autres présents, la terre de Sainte-Marie, à Saint-Jean-sur-Erve (2), et firent ratifier leur don par Hugues Gapet, toujours empressé de favoriser le clergé, pour appuyer la jeune autorité de sa race. Depuis ce temps les seigneurs de Laval furent considérés comme seconds fondateurs de Tabbaye d'Ëvron (3). Plusieurs se signalèrent en effet par leurs libéralités envers ce monastère, auquel la piété des Manceaux envers la Mère du Sauveur ne tarda pas à procurer mie grande existence et de beaux privilèges. Il jouit bientôt de la baronnie d'Évron , avec basse et haute justice; de la seigneurie de Gesnes (4') et de la suzeraineté de Courceriers (5), châtellenie à laquelle était annexée la seigneurie de la paroisse. Le châtelain devait accompagner l'abbé d'Évron lorsqu'il se rendait au Mans pour recevoir la bénédiction de l'évoque ; dans le voyagé , il devait faire tenir par un gentilhomme le frein et l'étrier, chaque fois que le prélat montait à cheval ou en descendait. Le seigneur s'acquittait en personne de cet office, aux jours de la bénédiction et de la réception; et, ce dernier jour, il servait l'abbé à table. L'abbé payait toute la dépense du châtelain et lui abandonnait son propre cheval avec le harnais (6). Les seigneurs de Sablé et de Craon se reconnaissaient soumis à certains hommages féodaux envers l'abbé d'Évron; c'est ainsi que vers l'an 4145 Robert II de Sablé, au moment de partir pour la croisade , se reconnut vassal de Geoffroy !•% et lui présenta à boire de ses propres

(i) Gcseigaeur est nommé Guy, Hugues et Geoffroy dans divers titres. Peut-être portait-il ces trois noms.

(2) Sanctus Johannes super ErTam.

(3) Maucourt de Bourjoly, 1. 1, foi. 62, 92, 93 et passim.

(4) Gêna, Gesna^ Gennœ, — (5) Curia Cœsaris,

(6) Choppin, de la Police ecclésiastique ^ traduct. franc., p. 63. -^ Gérault , Notice historique sur Éuron , p. 234. — Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 624, 635.

mains et à genoux, en présence d^Ëmma sa mère ei de son fils Geoffroy (1). En 1332, Âmaury de Graon rendit les mêmes devoirs à Tabbé d^Évron. La suite fera paraiire presque toutes les grandes familles de la province concoa*raQt |l la dot^^tion d<e l'abbaye. Il faut ajouter à celle d«6 vicomtes de B|ois> celles des seigneurs de Laval, de Beaum<Mit-le- Vicomte, de Sablé, de Craon, de OMayenne, de Mathefélon, d'Anthenaise, de Montéclair, de Thorigné-eU'- Chamie, de Vaige^ de la Chapelle-Rainsoin, de Launay- Gochin, qui se signalèrent par leurs largesses envei*s cette sainte maison (â). Paamii ces bienfaiteurs était un comte dont le tombeau se voyait dans le sanctuaire de Tabbaye j mais dont Técu était sans armoiries. Au nombre deâ objets précieux qui enrichirent aussi le trésor d'Évron dès Tépoque de la restauration de ce monastère , on signale un Codex contenant les quatre Évangiles, et écrit tout entier en lettres d'or. Il fut offert par Robert, peut-être le fondateur ou son fils, dont on voyait aussi le tombeati dans l'église abbatiale ^3).

On ignore l'époque de la mort de l'abbé Thedbert. Aucun monupient bc fait connaître d'une manière exacte les noms et l'ordre de ses premiers successem's. On sait seul^ ment qu'en l'année 4015 Durand occupait le siège abbatial. Pendant cet intervalle , l'évêque du Mans, Avesgaud, ratifia les dons faits à cette abbaye (4), et Téglise commaacée par le vicomte Robert fut acbevée, 11 ^n subsiste encore une partie qui présente les caractères ai'chitectonîques de la fin (Jm x<> et du<îomme.ncement du xi* siècle (5).

(i) Biblioth. Irapér., Ms. cité.

(2) Ibid.

(3^ Ce manuscrit s^était conservé jusqu'au xvii« siècle dans Tabbaye. On y lisait en têle :

Quapropter sancte Rotbertus multa Mariae Huuera pra^ntca, Hbram devotuscei istum,

m GéraiiM , loc. cit.

(5) Armoiries de i'abbaye d'Évron : D*azur à une vierge issante , tenant à dextre Tenfant Jésus, à senestre une Ûole , le tout d'argent, coupé de gueules à trois pals de vair.

26 HISTOIRE D£ l'ÉGUSE DU MANS.

Au nombre des bienfaiteurs de l'abbaye d'Évron, il faut signaler les seigneurs de Laval, et en particulier Guy !•'. Selon les traditions lavalloises , le père de Guy, nommé Yves II, fils de Bellaillé, qui avait épousé Havoise de Mathefélon, fit bâtir, avec le concours de sa femme , une église et im hospice dédiés à saint Julien, Tapôtre du Maine. Us le dotèrent richement de lem^ revenus et firent approuver la fondation par Tévêque Sigefroy (4). Cet hospice était situé près de leur château et subsiste encore aujourd'hui.

Les vicomtes de Beaumont, dont il vient aussi d'être parlé , se signalèrent dans la suite par de nombreuses fondations. Dès le temps de Sigefroy, Raoul I*' jeta les fondements du prieuré de Saint-Hippolyte de Vivoin (2). En l'année 994, il remit l'église à l'abbé de Marmoutier avec droit de bâtir un bourg, d'avoir une foire et la juridiction seigneuriale. L'abbé s'engagea , de son côté , à entretenir dans le monastère de Vivoin dix religieux et un prieur. Ce monastère jouissait de la seigneurie de Vivoin ; plusieurs fiefs lui étaient annexés; il présentait à quatre cures, et jouissait de la collation de plusieurs chapelles (3). Raoul ï«« de Beaumont fut aussi l'un des bienfaiteurs des abbayes de Saint-Aubin d'Angers et de Saint-Florent de Saumur. Sa famille imita ses exemples , et se signala par de nombreuses fondations religieuses. Dieu récompensa cette maison généreuse par une grande prospérité ; elle posséda bientôt dans le Maine , Beaumont-le-Vicomte , Fresnay-le- Vicomte , Sainte-Suzanne , Vivoin et une petite partie du Sonnois; et, dans l'Anjou, la Flèche, le Lude, Château- Gonthier et Pouancé. Une petite-fiUe de Raoul I" monta sur

(1) Maucourt de Bourjoly, Histoire de Laval , t. I, fol. 61 .

(î) Vivonium^ Vivodium.

(3) Armoiries : D'or à un saint Benoît , abbé , de carnation , vêtu de Fhabit de son ordre , de sable , tenant en ses mains un livre ouvert, d'argent. — Le Paige , Dictionnaire historique du Maine , 1. 1, p. 80 ; t. II , p. 588. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 576. — Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 212.

SIGEFROY. 27

le trône d'Ecosse , d'autres prirent alliance dans les familles royales d'Angleterre, de Naples et de France (i).

L'un des sanctuaires qui intéressaient le plus vivement la piété des Manceaux par les souvenirs qu'ils rappelaient , le prieuré de Saint- Victorius , nommé désormais Saint- Victeur, était demeuré dans l'état de ruines où l'avaient réduit les ravages du ix« siècle. Un seigneur dont on ne connaît pas le nom entreprit de le relever. Après avoir reconstruit l'église et les cloîtres , il le donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel, au diocèse d'Avranches. Les vertus des moines qui l'habitèrent leur attirèrent en peu de temps des dons considérables ; et jusqu'au xviii® siècle cette église est restée l'un des principaux objets de la piété de nos pères (2).

La dévotion des Manceaux envers l'archange saint Michel, dont on avait vu autrefois tant de preuves , n'avait pas faibli au x* siècle. Raoul de Gorron (3) , chef de l'ime des familles les plus puissantes du Maine , donna à l'abbaye du Mont-Saint-Michel l'église de Saint-Berthevin-de-la-Tannière (4) , plusieurs dépendances, et la chapelle de son château de la Tannière. Jourdain et Mainard I", abbés du Mont- Saint- Michel, augmentèrent successivement cet

(i) Ménage , Histoire de Sablé, 1. 1 , p. 18, 19 et passim. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1 , p. 80. — Pesche , Dictionna.ire de la Sarthe, t. I , p. 131.

(2) Extrait du Cartulaire de Saint-Victeur, Ms., à la Biblioth. Impér. et à la Biblioth. du Mans. — D. Briant , Cenomania , Ms.

(3) Corra, Gorran, Gorren , Gorram. Vid. Ganvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 340,

(4) Sanctus Berthivinus, sanctus Berthivinus super Taneriam, — Taonaria, Toineria. — La Tannière, succursale de Saint-Berthevin , située près du bourg. Les territoires de Saint-Berthevin et de la Tannière composaient autrefois le ressort de l'église de Centrane, Centrannis ecclesia, qui appartenait d'abord à la maison de Laval. — D. Briant, Cenomania. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 258, 517. Il faut cependant observer qu'une charte du Cartulaire Ms, du Mont^ Saint' Michel f et qui est de la même époque que celle sur laquelle Cauvin s'appuie, parle de l'église de Saint-Berthevin. — Il ne reste plus aujourd'hui que des ruines du château de la Tannière.

3t HISTOIRE D£ l'ÉGLISE DU MANS.

étabKsgement. Malgré les services rendus par les moines de Saont-Berthevin , ce prieuré leur fut ravi dans le cours dû siècle suivant , et ils ne parvinrent à le relever qu'en Tannée 4428 , par la générosité de Guillaume de Gorron, l'un des descemiants de Raoul. Vers la même époque , Augustin de Juillé (4) fonda à Beaumont-le-Vicomte le prieuré de 9aiiit-Aubin-du-Pont , et pour témoigner sa piété envers saint Martin^ il le donna à l'abbaye de Marmoutier. Ce prieuré si;d)6ista jusqu'à la destruction des ordres religieux, à la fin duxviii* siècle; mais il était depuis longtemps réduit à l'état de prieuré simple , à la présentation de l'abbé de Marmoutier. La famiUe de Juillé était l'une des plus considérables du Maine au ix* siècle , et nous aurons à signaler ses libéralités envers Saint-Vincent (2).

Dans les dernières années de l'épiscopat de Sigefroy, et les premières d'Avesgaud , un seigneur nommé Yves fonda le prieuré de l'Abbayette (3), dans la paioisse de la Dorée (4), sur les confins de la Normandie et de la Bretagne. Un m(»)astère avait existé autrefois au même lieu, et il avait été détruit vers le ix« siècle. Mainard U , qui gouvernait alors l'illustre abbaye du Mont-SainlrMichel (5) , engagea Yves à restituer les propriétés de cet ancien cloître. Huit terres situées à la Dorée et dans le voisinage composèrent la dotation des religieux de Saint-Michel qui vinrent l'habiter (6). Dédiée sous le patronage du saint archange, ce

[i) Juliacîis , Juleium , Jugleium^ Jusleium, Juilleîum.

(«) GauYin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 56, 218, 357.

{^) Abbatiola. ^ (4) Deaurata,Doreta.

(5)D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. XLyil, num. 4; lib. L, nom. 62. — Gallia christiana, t. XI, col. 514.

(^) In Domine sancte et individue Trinitatis, etc. , ego Yto notum facio. . . quod Mainard us abbas et ft*atres sancti Micbaelis postulaverunt ut terrain quam met antecessores pro suarum salute animarum jatn olim loco ejusdem sancti Michaelis donaverant; sed irruente Normannorum infestati»ne locus iste per multorum curricola annorum amiserat. Eidem loco et fratribus ibi Deo serricntibus reddidi , cum consensu mcorum parentorum duorum , scilicet sororum mearam Billehendis atqae Eremburgis, née non duorum avunculorum Scginfredi cpiscopi atque Guillelmi, atqnc

prieuré devint con&idérable en peu de temps» Il possédait, deux annexes importantes> Saint-Michel-de*Montenay (!') et Saint-Victor-de-Lévaré (2). On ignore le nom du fondateur de la première; la seconde était due à la pieuse générosité de Geoffroy Riwalt, souche probable de la famille Des Vaux , Tune des plus puissantes du Bas-Maine (3). Le prieuré de TAbbayette jouissait encore dans les derniers temps de son existence de revenus assez considérables^ quoiqu'il en eût beaucoup perdu. Le? deux autres prieurés qui étaient sous sa dépendance avaient cessé d'exister avant le xvm® siècle ; seulement la cure de Lévaré était toujours à la présentation de l'abbé du Moni^Saint-Michel (4).

Les religieux de ce monastère exerçaient la plus salutaire action sur le Bas-Maine : les abbayes de Saint-Calais^ de la Couture, d'Évron, de Marmoutier , de Saint-Aubin, Saint-Serge, Saint -Laumer et Saint- Père -en -Vallée, faisaient ausâ ressentir leur bienfaisante influence sur notre diocèse. C'était surtout par la fondation d'un grand nombre de petits prieinrés que les moines étaient en état de ooair battre efficacement au sein des masses populaires le mai que faisaient alors les deux principales plaies auxquelles étaient en proie le clergé séculier , la simonie et le concubinage- Ces services étaient appréciés généralement , et c'est ce qui procura l'établissement d'un nombre de ces petit» monastères beaucoup plus grand que nous ne pouvons le dire, parce que les dates précises font défaut. Sigefroy luimême approuvait et provoquait même les fondations dé cette nattu'e, soit par un reste de sentiment chrétien, soit pour se conformer à l'esprit dominant de la société. Malgré^^

cogni&torum GuUlelmi clerici, Roberti, Sutsardi , rursusque (Siiiliéhni laïci ; predictam terrani , villas seilicet octo niincupatas his Tocabulû : villa Ârunton (i. e. Abbatiola) Cantapia^ Vaiendrein,.. 4^n) Sanctus Michael de Montamaco,

(2) Sanctus Victor de Lavariaco,

(3) Gfr, Le Paigc, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. MS -*• Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans^ p. 479i

(4) Extrait du Cartulaire de Saint^-Victeur.

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ses longs démêlés avec le comte Hugues , il concourut à toutes les fondations de ce seigneur; d'où Ton peut conclure qu'im rapprochement avait eu lieu entre ces deux personnages. En 971, ils agirent de concert pour porter le chapitre du Mans à céder à Tabbaye de Saint- Julien de Tours la terre de Vaubuan (1) , près de Beaumont-la-Chartre , moyennant une indemnité de trois livres (2) de rente annuelle> payable à la fête des saints Gervais et Protais (3).

(1) Cfr. CauTin, Géographie ancienne du diocèse du IHans, p. 536.

(2) Au pouvoir actuel de Targent, cette somme é(}uivaut à 1690 fVancs.

(3) Donatio Vallis Boane facta Turonensi monasterio sàncti JtUiani. In Domine SummiSalvatoris Dei, nos siquidem Sigefridus Cinomannice

urbis et Ecclesie sanctissime Dei genitricis et virginis Marie ac beatorum

martirum Gervasii et Protasii gratia Dei episcopus , notum facere cupi-

mus omnibus successoribus nostris, hujus scilicet nostre sedis episcopis,

atque omnibus fidelibus, quoniam deprecatus est nos quidam nostri

gregis levita valde venerabiiis et archiclavis, Odo scilicet nomine, ut qui-

busdam fratribus nostris et preciosissimi martiris Juliani monachis in

mônaâterio éjusdem degéntibiis, quod est constructum a domno Teoto-

lone Turonis ciTitatis archiepiscopo inter menia beatissimi Christi con-

fessoris Martini, et eandem civitatem, Tillam unam nunciipalam Valleitt

Boanam pertinentem ad thesaurum nostre matris Ecclesie , cui Dec

auctore presidemus , cum omnibus rébus ad ipsam scilicet villam perti-

nentibus concederemus. Cujus petitionem cum consensu canonicorum

nofftroruita , et ortatu seuioris nostri Hugonis prémisse scilicet civitatis

nominatissimi comitis ac filiorum ejusdem, videlicet Hugoiiiâ et F'ulconis,

libentissime suscipientes, concessimus eis prefixam villam in Genomannico

pago sitam super rivulum nuncupantem Dimidiam in vicaria Veducinse ,

cum omnibus suis appenditiis , silvis scilicet pratis , aquis aquarumva

decursibus, terris cunctià cultis et incultis in quibuscumque adjaceant vel

terminentur locis, sive ubi ubi exquiri potuerunt vel reclamari. înter

hec omnia specialiter denominamus illud territorium quod vocatur ad

Culturam sancti Gervasii , ut nullum lateat ad predictam villam proprie

pertinere. Tali quidem ratione bec omnia ipsis preclari martiris Juliani

scr>'ientibu8 tradimus , ut habeant licentiam quicquid ibi meliusvalue-

rint operandi , simili scilicet modo , ut habeant in cetera terra sancti

Juliani quam possident ; solvant tamen exînde annis singulis , ad missam

scilicet sanctorum martirum Gervasii et Pi^othasii , que colituf idiShs

decembris, censum solidorum trium et eis amplius nil requlratur, sed si

et de ipso censu négligentes eztiterint , id ipsum eis cmendare liceat , et

que tenuerint non ideo perdant. Ut autem hec auctoritas omni tempore

inconvulsa permaneat manibus propriis cam firmavimus , et confratribus

SIGEFROY. ai

Cependant Sigefroy n^apportait aucun changement à ses mœurs ; il vit la vieillesse arriver sans arrêter le cours de ses débordements; mais la grâce le toucha dans ses derniers moments^ et il donna de vifs témoignages de soii repentir. Il avait été saigné^ pour remède d'une plaie occasionnée par un accident. La nuit suivante , il ne laissa pad de s'abandonner à ses débauches ordinaires ; la plaie s'envenima et offrit bientôt des symptômes mortels. Aussitôt qu'il fut instruit de la gravité de son état, le malheureux prélat se montra vivement touché de Ténormité de ses crimes , qu'il déplora avec larmes. Pour soulager les remords de sa conscience, il vint frapper aux portes de Tabbaye de Saint-Pierre de la Couture , demandant avec instance la grâce de passer les dernières heures de sa vie sous rhabit religieux. On lui accorda cette faveur; il pul même prononcer des vœux et prendre un engagement dans la milice monastique. Mais cette profession ne devait pad lui consei'ver la vie du corps ; il vécut peu de temps dans son nouvel état. Les moines de la Couture enterrèrent son corps dans l'église de l'abbaye* Son tombeau se voyait encore au xvu^ siècle, dans le mur de la nef, à gauche,

nostris subscribere rogaYimas atqae seniori nostro domno scilicet Hngone et fiUis cjns nec non principibus fidelium ipsorum sub signo sancte cruci» corroborare precati sumus.

Sigefredus episcopus. Signum f Dîii Hugonid.

Signum Hugonis et Fulchonis filiorum ejus.

Odo. Sign. Rodulfi Ticecomitis.

Isaac Guitto. Sign. Yvonis.

Simeon Anscius. Sign. Gauzfredi Manselli.

Bernardu8Y.,cancel1ariu8. Sign. Rothrici. -

Ego frater Rotbertas monachus ejusdem congregationis jussn Sigefredi episcopi et Odonis thesaurarii nec non Bernardi cancellarii , ac pêne omnium canonicorum sive ortatu donini Hugonis comitis S. Z.

Acta est haec inanusfimia in Ginomannica civitate in mense februario anno jâ in XVII Lotharii régis regni. — D. Mabillon, Annales 0. S. B,, lib. XLVU, no70.— T. m, Appendix, n» 61. - Ms. de Gaignières, no 170.

dâ HISTOIRE DE l'ÉGLISE DU MANS.

assez près de celui de l'évéque Gauziolène. Il n'offrait rien de remarquable sous le rapport de Tart (1).

Sigefroy avait gouverné le diocèse du Mans pendant trente-tix)is ans, onze mois et seize jours. Il mourut en Tannée 995, le ^6 février, jour auquel le chapitre rappelait le souvenir de ce prélat dans son Nécrologe (2).

Pendant l'épiscopat dé Sigefroy, Guillaume, seigneur de Sillé-le-Guillaume, ayant assassiné, dans la forêt de Milesse, qui s'étendait entre le bourg de ce nom et celui de Ja Chapelle-Saint-Aubin, le baron de Saint-Loup, seigneur de M ilesse et de Tucé, ne put être relevé de Texcommunication lancée contre lui , qu'à la condition de faire bâtir une diapelle au lieu où il avait commis son crime, et de la doter pour Tentretien de l'édifice et d'un chapelain chargé de prier Dieu pour le repos de Tâme de sa victime. Le filé de Guillaume ajouta à cet établissement un hospice qui fut desservi par des reUgieux de Saint-Antoine. Cet hospiciei était sous le patronage de saint Christophe (3).

L'épiscopat de Sigefroy fut encore marqué par un évé* nement important poui* notre province. En l'année 979, Geoffroy P' dit Grisegonelle ^ comte d'Anjou , marcha au secours du roi Lothaire, contre l'empereur Othon II , qui s'était avancé jusqu'à Montmorency, dont il faisait le siège, et même jusque sur les butte» de Montmartre, d'où il menaçait Paris. Geoffroy eut la part principale dans la

(1) Videos vero episcopus se ad occasum jam pertrahi, postulavitad sanctum Petrum Culturae se monachum fieri, qui dum esset factus monachus, statim mortuus est... Gesta Segenfrediy apud D. Mabillon, Vetera analecta, 1. 111, p. 299. — Compendium historiœ regalis abbatiœ sancti Pétri de Culture.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis , fol. 28, t. Ms. de la Biblioth. du Mans , n» 2i4. — Armes de Sigefroy : Ebhiqueté d*or et dtasur au franc-quartier d'hermines. — Ce sont lés armes de la maison de BellêoM.

(B) Ld'Corvaisier, Histoire des évé(fuesdu Mans, p. 329. — D. Colomb, Histùire des évéques du Mans, p. 114. — Le Paige, Dictionnaire hitttorique du Maine, t. II, p. 321. "CAnvin^ Statistique de rarrondissement du Mans, p. 206. — Pesche, Dtctiennaire de la Sarthe, t. IV, p. 104.

SiaEFROY. 33

victoire que remportèrent les Français; il poursuivit Tempeleur Othon jusqu'à la forêt des Ardennes , et lui proposa, suivant les règles de la chevalerie, de vider la Wiertlle par im duel. L'empereur refusa le défi , soit qu'il manquât de courage , soit qu'il crût au-dessous de sa dignité d'entrer en lice avec un comte d'Anjou. Lothaire , en récompense de ce service et d'autres que GecrfFroy lui avait rendus , le Ratifia , lui et ses successeurs dans le comté d'Anjou , de la charge de sénéchal de France ; et il est certain que les comtes d'Anjou ont exercé depuis les fonctions de sénéchal à la cour de nos rois (1). A Ce privilège le monarque en ajouta un autre plus important encore par les ouvertures qu'il pouvait offrir aux entreprises futures de la maison d'Anjou. Dans une assemblée générale des évêques , des comtes et des barons , il lui assura tous les droits dont les rois de France avaient joui dans les évêchés du Mans et d'Angers (2). Plus tard ces concessions furent confirmées par les premiers princes de la dynastie capétienne , à laquelle les comtes d'Anjou s'attachèrent de bonne heure, et en particulier par le roi Robert (3).

(1) D'Achery, Spicilegium^ t. X, p. 44t. — L'Art de vérifier /« dates , t. XIII, p. 45.

(2) Alemannis itaque fugatis , C0X Rotbertus congregato général! concilio, consilio patris sui et episcoporum , comitum, baronum, dédit Gaufrido comiti, quicquid rex Lotbarios in episcopatibus suis, Ândega- Tensi scilicet et Cenomanensi , habuerat. Pertz , Monumenta Germaniœ historica; scriptores, 1. 111. — Patrologie^ édit. Migne, t. CXXXVIII, col. 113, 114é — Diaprés les renseignements que nous devons à Tobligeance de M. de LestaBg,le passage que nous venons de transcrire, et qui est extrait du Ms n* 3S39. A. de l'ancien fonds Colbert , à la Bibliotb. Impér., n'est qu'un fragment du fameux traité de Hugues de Gleers sur la Sénéchaussée de France, et par conséquent il n'a pas toute la valeur que nous lui avions attribuée d'abord d'après M. Pertz. 11 est bien vrai que le Ms tout entier est du x« siècle, excepté la feuille 143, où se trouve l'inscription citée, et qui est de deux siècles postérieure aa fosle du volume.

(3) Hugo de Cleeriis, Commentarius de majoratu et Senescalcia Fronciœ, Andegavensium olim comitibus hœreditaria. — Daluze , Miscellanea, t. IV, p. 481. — Dora Bouquet, t. XÎI, p. 493.

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