‹ Histoire de l'église du Mans (volume 2)Chapitre 5 sur 53 · III · texte numérisé non relu

III

Malgré le silence très-regrettable des monuments contemporains sm* la nature des prérogatives octroyées au comte d'Anjou, Jes documents et les faits postérieurs permettent d'y voir quelques droits analogues à celui de la régale. 11 est même probable que le comte Foulques le Bon, père de Geoffroy , avait déjà élevé quelques prétentions à cet égard, lorsqu'il intervint dans l'élection de l'évêque Sigefroy (1). L'histoire civile de notre province à cette époque est peu connue ; cependant on peut affirmer que dès lors et peut-être depuis longtemps déjà notre pays ne formait point un comté indépendant comme l'Anjou, la Normandie, la Bretagne et autres grandes provinces, mais il relevait plus ou moins directement soit de l'Anjou, soit de la Normandie.

KPISCOPAT d'avksgaud (995-1035).

Élection d'ÀTesgaud , de la maison de Bellême. — Qualités et déPaats d^Avesgaud ; sa passiçn pour la chasse. — Guerres du comte Hugues ; nouveaux progrès des Angevins. — Fondation de Thôpital des Ardents et de rinfirmerie du chapitre.— La reine Berthe et ses fondations. — Restauration des abbayes de Saint-Vincent et de Tuffé. — État de Tabbaye de Saint-Galais. — Fondation du prieuré de Solesmes. — Avesgaud présent à plusieurs assemblées d'évêques. — Solennité des fêtes de saint Julien et des saints Gervais et Protais. — Léthalde. — ^ Translation des reliques de saint Rigomer a Maillezais.

Après la mort de Tévêque Sigefroy, la famille de Bellême parvint encore à faire élever un de ses membres sur Ja chaire de saint Julien (2). Avesgaud (3), neveu du dernier prélat , et frère d'Yves I«^ de Bellême , obtint , par le crédit de sa race , Thonneur de Tépiscopat, qui semble lui

(1) VM. «wpra, p. 5.

(2) Gesta domni Avesgaudi^ apud D. Mabillon, Vetera anaîecta, t. m , p. 299. — D. Bouquet , Rerum gallic. et franc. scn'pforeSj t. X , p. 385.

(3) Avesgaudus, Avisgaudos, AvisgauU et Avegot.

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-avoir été vivement disputé. Sa candidature , poussée avec ~m\ne ardeur extrême, dévoilait de plus en plus les vues .^imbitieuses de son sang. Aussi , malgré les progrès touours croissants de sa maison, le nouveau prélat ne pouvait -^se promettre que de courts intervalles de repos.

Telle était la triste condition de ces tehips, où cent 4iutorités rivales, indépendantes de tout pouvoir central , -s'élevaient au détriment les unes des autres. Leè inimitiés -entre les familles puissantes prenaient ordinairement un caractère d'acharnement qui se transmettait de génération en génération , et se terminaient le plus souvent par un dénoûment tragique. Il ne faut donc pas attribuer la rivalité qui régna entre les trois évoques du Mans> sortis de la maison deBellême , et les comtes du Maine, uniquement à l'antagonisme de ces deux familles. Dans d'autres provinces on trouve des exemples de pareilles luttes pour la même époque. C'était un temps de révolution et de bouleverscT ment social, où les hauts feudataires cherchaient à établir leur omnipotence au mépris de toutes les lois promulguées par les princes carlovingiens. La puissance et les prérogatives concédées à l'autorité ecclésiastique devaient les gêner. Le clergé lutta courageusement pour conserver ses droits; et cette lutte dut être d'autant plus vive que le chef de l'Éghse était plus puissant. La parenté de nos trois évêques , leurs possessions patrunoniales dans le diocèse leur fournirent sans doute plus qu'à d'autres des moyens de résistance. Aussi ne rencontre- t-on nulle part de débat plus acharné. 11 ne faut pas, d'aiUeiu'S, oublier le caractère particulier que l'histoire attribue au sang qui coulait dans IjBs veines des seigneurs de Bellême.

On ne tardera pas à voir une guerre ouverte se manifester entre l'évêque Avesgaud et le comte Hugues; mais les ennemis du prélat n'attendirent pas que la fortune l'eût mis aux mains avec son rival , pour chercher à lui nuire. La vie scandaleuse de l'oncle ouvrait la voie à toutes les calomnies, et le nouveau prélat fut souvent accusé de divers crimes dont il était, dit-on, entièrement innocent. Ses

mœurs furent souvent attaquées par la calomnie ; elles n'ofirirent cependant aucun sujet de reproche fondé. Avesgaud fut , dit-on , Thonneur de la maison de Bellême. en laquelle la trahison , la cruauté et la débauche avaient été jusque alors héréditaires (1). Mais le prélat appartenait à une famille qui avait des rivaux de puissance ; il avait eu des compétiteurs, et il avait triomphé; conditions qui, «dans tous les temps, ont armé la calomnie.

On s'accorde néanmoins à reprocher à cet évêque de s'être quelquefois laissé emporter à la colère et à la vengeance , et d'avoir donné trop de temps au plaisir de la chasse. La passion pour cet exercice était commune à presque tous les seigneurs du moyen âge; les membres du clergé eux-mêmes, malgré les défenses réitérées des papes et des conciles, y cédaient trop volontiers. Son ardeur pour cet exercice peu clérical attira à Tévêque Avesgaud des disgrâces fâcheuses. Un jour qu'il poursuivait un cerf avec trop de vivacité , il fut renversé de cheval , tomba sur le visage et s'écrasa le nez. Cette blessure occasionna un ulcère que l'art des médecins fut impuissante guérir. Les contemporains eux-mêmes y reconnurent un châtiment du Ciel , qui punissait ce prélat de s'être livré à un plaisir que son caractère lui interdisait.

Les défauts d' Avesgaud furent rachetés par des qualités vraiment dignes d'un évêque. Il se montrait plein de bonté envers tout le monde ; on vante aussi sa libéralité pour les pauvres et les églises. La suite fera voir en lui un prélat zélé pour la dignité du culte divin, et protecteur éclairé des lettres; mérite très-appréciable dans un siècle où il fut le partage d'un bien petit nombre d'ecclésiastiques séculiers.

Avesgaud put se livrer en paix à ces goûts pendant les vingt premières années de son épiscopat ; mais la seconde

ri) La note de cruauté et de débauche infligée à la maison de Bellême repose surtout sur le témoignage d'Orderic Vital, qui paraît avoir conçu une haine particulière contre cette famille. Les autres historiens lui reprochent , il est vrai , beaucoup de crimes , mais ne portent pas leurs accusations aussi loin.

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partie de sa carrière épiscopale ne lut qu^une suite de troubles et de calamités. Au milieu des catastrophes et des revers qui Taccablèrent , le prélat ne démentit pas un moment son caractère; toujours ferme , toujours inflexible^ il refusa de se courber devant Tinfortune.

La paix dont furent &vorisées ses premières années était Fœuvre du gouvernement du comte Hugues !•', dont on a pu déjà apprécier les hautes qualités. Gomme la plupart des seigneurs de son temps^ Hugues vécut presque toujours les armes à la main ; le Maine fut même plus d'une fois le théâtre de ses exploits. Du temps de l'évêque Sigefroy, et probablement dans les premières années de son épiscopat, Hugues enleva à Yves I«' de Bellême une partie du Sonnois, qui était enclavée dans le Maine. Ce fut peut-être cet agrandissement qui attira contre lui les armes de Foulques Nerra , comte d'Anjou.

D'ailleurs, les Angevins nourrissaient depuis longtemps des vues d'ambition sur le Maine. Le pacifique Foulques le Bon lui-même était parvenu à paralyser l'autorité de nos comtes. Foulques Nerra , beaucoup plus enti-eprenant , poursuivit avec une nouvelle ardeur les projets héréditaires de sa race. Il fut un vrai héros de ces temps de guerres continuelles , un des types les plus remarquables des farouches barons du moyen âge : hardi, ambitieux, cruel, dissimulé, il alliait à des passions brutales une sorte de piété superstitieuse, et il bâtissait des monastères en jurant par a les âmes de Dieu. » Ce puissant voisin trouvant le Maine à sa bienséance, et redoutant peutêtre que les Normands ne s'en rendissent les maîtres, entreprit d'envahir notre province. « 11 subjugua par violence le comte Hugues, » dit Orderic Vital ; ce qui peut signifier qu'il le contraignit au moins à lui rendre hommage et à se reconnaître pour son vassal (1). Ce fut peut-être alors que le comte d'Anjou fit confirmer par le roi les droits qu'il prétendait sur le Maine.

(Ij Voir aussi Labbe, Bibliotheca manuscriptorum y t. 11, p. 2S5.

Aune époque postérieure, le comte Hugues conduisit ses milices au secours du duc de Champagne et de Blois , Eudes II , dont il é^it l'allié, ainsi que nous l'avons rapporté. Le comte de Blois était en guerre avec Richard IF, duc de Normandie. Les troupes du Champenois ayant éprouvé un échec considérable, en l'année 1006, devant le château de TilUères (i), Hugues fut obligé de se réfugier dans une étable de moutons, d'où il regagna le Mans avec beaucoup de peine , et déguisé en berger (2). Telle était la vie de l'un des seigneurs les plus pacifiqpies de cette époque. Les guerres privées entre barons moins puissants que ces grands feudataires, continuaient de leur côté à désoler nos provinces.

Des épidémies ne cessaient en même temps de ravager le Maine. Heureusement la foi énergique répandue dans toutes les classes de la société aidait à supporter tant de calamités. Elle inspira , sous l'épiscopat d'Avesgaud , la fondation de trois établissements charitables destinés à acquérir dans la suite une assez gi^ande impoiiance. Le premier fut l'hôpital des Ardents. 11 était situé près de l'église cathédrale, à l'entrée de la Grande-Rue. Il fut bâti sur les ruines d'une chapelle élevée au v siècle , en souvenir du miracle par lequel saint Victorius I" délivra la ville d'un incendie qui menaçait de la dévorer tout entière (3).

Cet hospice fut établi en faveur des personnes atteintes d'un mal contagieux qui faisait alors les plus terribles ravages. 11 était connu sous les noms de feu sacré , feu des Ardents, feu Saint -Antoine, et mal de la Vierge Marie (4) , parce qu'un grand nombre de malades furent

{i) Tegulense csLSlrum.

(2) Willelmus Gemeticensis , Historia Normannorum y apud D. Bouquet, t. X, p. 187. — Chroniques de Saint-Denis, ibidem, p. 308 et passim. — La date certaine de cet événement prouve combien est peu exacte Thistoire racontée par Le Goryaisier , p. 324 , et dans quèUes erreurs grossières se jettent les écrivains qui le copient sans examen et sans critique.

(3) Histoire de l'Église du Mans, 1. 1 , p. 9S.

(4) Ignis Sacer. — Morbus Bcatœ Mariae.

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guéris par l'intercession de saint Antoine ou de la Mère de iieu. Ce mal offrait des accidents variés; mais il avait toujours pour eflet de consumer les viscères, et de gangrener les extrémités avec des douleurs insupportables. On commence à le signaler en 94f5, puis très-lréquemment dans le siècle suivant; il reparait ensuite à diverses reprises Jusqu'en 1374, époque à laquelle il désola notre pays; mais ce fut pour la dernière fois. J^es habitants de Vienne, en Dauphiné, recoururent avec tant de succès à Tintercession de saint Antoine, que les églises dédiées à ce puissant thaumaturge se multiplièrent depuis lors, ainsi que les images , où il était représenté le feu à la main. Un hôpital destiné au soulagement de ceux qui étaient atteints de ce mal fut bâti à Vienne, sous le titre de Saint-Antoine ; et de là prirent naissance les religieux de ce nom qui se répandirent promptement en France et dans les états voisins , avec la mission de servir les malades atteints du feu sacré.

. On construisit dans plusieurs villes des hospices qui portaient le nom des Ardents (i). Celui qui fut établi au Mans , par les soins de Tévéque A vesgaud , doit se rapporter probablement aux premières années de son épiscopat, car ce fut alors que ce mal fit dans toute Téteudue de la France ses plus terribles ravages (2). L'hospice fut confié aux religieux de Saint-Antoine, qui avaient été appelés au Mans presque dès leur origine, et s'étaient établis à Faumônerie de Saint-Christophe, située dans le bois de Milesse. Cette aiunônerie, fondée sous Sigefroy , avait déjà été détruite par les guerres; ses revenus servirent à doter

(1) D. Bouquet, t. X , p. 20, 60, 147 et passim. — L&hhe , Bibliotheca manuscriptorum f t. Il, p. 271. — Baronius, ad ann. 1089, num. 16.

(i) Quicumque suorum veniam desiderat consequi delictorum, et post hanc vitam domum penetrare et inhabitare supernam , pietatis opem , prout facultas suppetit, proximis egenis pro Dei amore exhibere studeat. Hoc vêtus Testamentum, hoc novum prsecipit et hortatiir... Livre Blanc,

l'hôpital. Les religieux qui le desservaient poiiaient Thabit du clergé séculier; pour les distinguer, Avesgaud leur ordonna d'attacher la figure d'un pied de biche sur le côté gauche de leur robe. Prescription singulière tout à fait dans le goût du moyen âge , et dont ils ne furent dispensés qu'en Tannée iÂâà (1).

Le chapitre contribua aussi à cette fondation; ce fut lui qui donna les deux maisons canoniales dans lesquelles fut étabU rhôpital. Le but des chanoines était de pourvoir par là au soulagement d'une autre classe de malheureux. Des aUénés venaient de toutes parts au Mans, invoquer le secours de saint Julien. Les chroniques font foi de la grande dévotion des peuples envers l'apôtre du Maine, comme protecteur et médecin de ces infortunés. Beaucoup d'entre eux ne subsistaient que des charités de l'Église ou des fidèles , et n'avaient d'autre asile que l'église cathédrale, où ils passaient même les nuits , suivant un usage presque général dans ce temps , et qui subsista au Mans jusqu'au xiv« siècle (2). L'hôpital des Ardents, en vertu de la fondation des chanoines, dut offrir une retraite à ces êtres disgraciés. Les chanoines fiu*ent dans la suite reconnus dans les droits et prérogatives de fondateurs.

Le chapitre reçut à son tour im don généreux de l'évêque Avesgaud. Ce prélat donna une maison située un peu au-dessous des remparts de la ville et au delà du manoir épiscopal , pour servir d'infirmerie aux chanoines , chapelains et autres personnes attachées au chapitre. Le pieux fondateur ne stipula aucun service particulier, ni aucune prérogative; il se contenta de se recommander lui et les

(1) Le Gorvaisier, p. 855. — D. Bondonnet, p. 406. — D. Colomb, p. 116. — Gauvin, Recherches sur les établissements de charité^ p. 50. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. TII, p. 542.

(2) Vid. Le Beuf , Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, 1. 1 ) p. 15. — Get auteur rapporte une ordonnance du chapitre de Notre- Dame de Paris, de Tan 1248, qui atteste Tusage constant qu'avaient les malades de passer la nuit dans les églises. — Nous trouverons au Mans des traces du même usage encore subsistant un siècle plus tard.

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Ames de son père et de sa mère aux prières des chanoines (i). Depuis que la vie régulière avait disparu en partie de la cathédrale du Mans , un semblable établissement était devenu nécessaire. La vie commune donnait la facilité de subvenir aux besoins de tous les membres du chapitre; maintenant les uns étaient dans Tabondance^ d^autres éprouvaient les rigueurs de Tindigence.

Un grand nombre d'établissements de cette nature furent fondés alors dans tous les cantons du diocèse. Les inspirations de la foi découvraient au chrétien dans les lépreux et dans les malades atteints du feu sacré des êtres dignes d^un respect religieux : aussi les consolations de la charité ne leur &*ent pas défaut. Nous nous réservons de parler de ces fondations dans une autre circonstance.

Pendant les premières années de Tépiscopat d'Avesgaud, une princesse dont les aventures tiennent une place notable dans les annales de TÉglise et de la France, vint chercher une retraite dans le Maine^ où elle signala sa présence par des dons charitables. On sait que le roi Robert avait épousé peu de temps avant de parvenir à la couronne, et malgré l'opposition de ses parents, Berthe, veuve d'Eude, comte de Tours et de Chartres. Ce mariage fut bénit par l'archevêque de Tours, Archambaud de Sully, qui fut frappé d'excommunication par le Saint-Siège pour cet acte anticanonique. En effet, Robert et Berthe étaient parents à im degré qui ne permettait pas leur union; de plus Robert avait tenu sur les fonts baptismaux un enfant de Berthe et de son premier mari , et il avait par là contracté avec elle une alliance spirituelle qui rendait son mariage iUicite. Le pape Grégoire V lui ordonna de se séparer d'elle; et, sur son refus, il lança l'excommunication. Robert essaya quelque temps de lutter contre les foudres de l'Église; et le souverain pontife mit le royaimie en interdit. Robert céda enfin aux remords de sa conscience, aux

(1) Le Gorvaisier , p. 336. — Cauvin , Recherches sur les établissements de charité , p. 53.

iâ HISTOIRE i>£ l'Église du mâns.

murmures de ses sujets et aux reproches généreux que lui adressait saint Abbon^ abbé deFleury. Berthe^ obligée de se séparer de son royal époux, se retira quelque temps dans le Maine. Elle habita, dit la tradition, la paroisse de Montreuil-le-Ghétif (i), où se voit encore un petit caste! désigné parles habitants du lieu sous les noms de Château de la Reine, ou la Bertherie.

De ce manoir soUtaire on vit un jour sortir la reine Berthe , montée sur une âne et s'en allant accomplir le vœu qu'elle avait fait d'employer en bonnes œuvres tout le terrain qu'elle pourrait parcourir sans descendre de sa montiu*e, et sans lui donner aucun repos. Or, il arriva qu'elle parcourut ainsi une partie du territoire des parroissesde Montreuil-le-Chétif,de Ségrie (2), de saint Christophe-du-Jambet (3) , de Moitron (4-) et de Saint-Aubin-dé- Locquenay (5). Épuisée de fatigue, elle s'arrêta enfin dans un lieu nommé depuis Plus que lasse.

A partir de cette époque , le terrain voué par la reine devint une propriété commune où chacun avait le droit de mener paître son troupeau, où le pauvre pouvait se crév une fortune, où tous avaient droit de demander à lib terre ses trésors : car il était libre à tous d'y prendre les pierres pour constiniire leurs maisons, les bois de moindre valeur pour l'usage de leurs familles; souvent même le champ d'un individu , devenu par la culture sa propriété viagère, passait à sa mort à celui qui avait pu le premier y conduire sa charrue ou sa bête de somme, sans que les enfants du nouveau comme ceux du dernier propriétaire pussent invoquer le droit d'hérédité. Ces terrains sont connus dans le pays sous le nom de Grands et Petits- Berthons ou Berçons, et contiennent environ quinze cents arpents de terre, méprisables au premier aspect, pom* celui qui voit de loin ces collines arides et ces landes couvertes

(1) Monasteriolum , Monterol , Monstrolium,

(2) Sidregus. — (3) Sanctus Christophorus de Jambeto, (4) aïediùm Ortum.^(ti) Locanacus.

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de bruyères, mais riches assurément pour celui qui voudrait exploiter les carrières et les mines de fer qu'ils cont:iennent dans leur sein.

La reine ne borna pas là sa munificence ; en expiation de son union incestueuse, elle fit bâtir et dota les églises de Ségrie,deSaint-Christophe-du-Jambet, de Moitron et de I^resnay-le-Vicomte. Jusqu'aux troubles religieux de la firk €3u xviii* siècle , la reine Berthe fut recommandée aux prières publiques, à chacune des messes paroissiales célébrées en <5es dififérentes églises, avec la qualité de fondatrice. Cet -usage n'existe plus ; mais le nom de la reine Berthe et le souvenir de ses bienfaits vivent toujours dans le coem* du j>euple , qui regrette de n'entendre plus prier pour sa bienfaitrice. Quant aux égUses construites par la reine Berthe, elles furent rebâties à la fin du xni* siècle ; celle de Montreuil conserve cependant une toiu* carrée qui se rapporte Si sa première construction ; ceQe de Fresnay-le-Vicomte est très-remarquable pour son architecture.

Cependant la princesse ne termina pas ses joiu's dans sa solitude du Maine; elle se retira dans un monastère près de Tours, pour y pleurer jusqu'à la mort sur les passions qui l'avaient rendue sourde à la voix de l'Église (1).

Le zèle que fit paraître la reine Berthe pour la fondation des cinq églises que nous avons mentionnées se montra général, au commencement du xi« siècle, plus qu'à aucune autre époque. Les terribles années de la fin du x« avaient glacé d'épouvante tous les chrétiens ; on avait cru, d'après une fausse interprétation des saintes Écritures, que le monde allait finir. Repoussée, combattue même ouvertement par les esprits Jes plus judicieux, cette croyance était devenue

(1) L*entrée de Berthe dans un monastère de Touraine ne Tenipêchait pas de prendre encore la qualité de reine, comme il se voit dans une charte de l'abbaye de Bourgueil, de Tan 1001. — Le P. Anselme, t. I, p. 71 . — Raoul Glaber , Historia sui temporis , apud D. Bouquet, t. X, p. 40, 106 et passim. — Livet , Nouvelles recherches sur la reine Berthe , dans les Archives historiques de la Sarthe , p. 21 et sjuiv.

presque universelle aux approches de Tan iOOO (1). Aussi^ lorsque la fatale époque fut passée, les peuples, ressentant en eux-mêmes comme une vie nouvelle, se laissèrent aller à des transports de joie. Toutes les provinces de la France se couvrirent en peu de temps d'innombrables monuments destinés à satisfaire aux besoins des populations si religieuses. Lorsque Thumanité vit que le soleil continuait sa marche et que la voix de Tange n'appelait pas encore les hommes au dernier jugement, elle se rassura et comprit, comme Ézéchias, que le Seigneur voulait bien ajouter à ses jom^. Elle se leva de son agonie, se remit à vivre, à travailler, à bâtir; à bâtir d'abord les églises de Dieu (2). Alors on vit à une morne stupeur succéder ime activité extraordinaire. Quelques années s'étaient écoulées à peine depuis l'ouverture du siècle , et déjà dans le monde presque entier, mais surtout en Italie et dans la France, les basiliques avaient été renouvelées. Les peuples chrétiens rivalisaient entre eux à qui élèverait les plus magnifiques* On eût dit, ajoute une chronique, que le monde se secouait lui-même, et qu'ayant dépouillé sa vieillesse, il revêtait partout un blanc vêtement d'églises (3).

Pour seconder cet élan des peuples , un nouveau genre d'architectm^e fut inventé (4). Doué d'une grandeur, d'une gravité, d'une majesté particulière , il satisfaisait entièrement aux sentiments profonds d'adoration qu'inspire le culte catholique; aussi fut-il applaudi avec ivresse par les

(i) De fine quoque mandi coram populo sermonem in ecclesia Parisiorum adolescens audivi... Vita sancti Abbonis Floriacensis y apud D. Bouquet, t. X, p. 33S et passim. — Une foule de chartes du Maine et des autres pays , rédigées à celte époque , offrent ces étonnantes formules : « Mundi termine appropinquante ; fine saeculi imminente...» ou d'autres semblables. Vid. D. Vaissette , Histoire du Languedoc , t. II , PreuTes, col. 86, 90, l^il .— Cartularium Beatœ Mariœ Caritatis Andegav., no 229. A la fin du présent volume, voir les Pièces justificatives.

(2) Michelet, Histoire de France, t. 11.

(3) Raoul Glaber , Historia sui temporis , apud D. Bouquet , t. X , p. 29.

(4) J. Quicheralf dans la Revue archéologique, an. 1853, p. 65-82.

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contemporains. Les âges suivants trouvèrent des formes plus hardies, plus splendides ; leurs œuvres cependant n'ont point fait oublier les monuments que le style roman nous a laissés. Les églises que Ton éleva à cette époque dans le diocèse du Mans, et elles furent nombreuses, étaient marquées d'un caractère particulier, bien qu'il ofiFre de fréquentes analogies avec Tarchitecture qui régnait dans la Touraine , l'Anjou et sur la rive droite de la Loire. On remarque aussi que l'école des artistes de ces trois provinces étendit son action fort avant sur le territoire armoricain, tandis qu'elle n'eut presque aucune liaison avec les provinces du Poitou, de la Saintonge et de la Normandie (1). Cette transmission des types architectoniques s'explique natm*ellement par les rapports constants entre les monastères de ces divers pays. Le rôle de l'ilJustre abbé Gauzbert et de ses disciples n'y fut pas étranger; presque tous les artistes d'alors, architectes, peintres, sculptBurs^ étaient enfants du cloître; de là le caractère hiératique de leurs œuvres. Pour le Maine , la Touraine et l'Anjou, ainsi que pour une partie notable de la Bretagne et de l'Orléanais, les abbayes de Marmoutier, Vendôme et Saint-Calais étaient les foyers principaux d'où rayonnait la lumière bienfaisante des arts religieux.

Toutefois le caractère local que nous signalons paraissait moins dans les formes essentielles des monuments, que dans les décorations et les ornements. Dans nos contrées, comme dans les pays plus éloignés , les types nouveaux substitués aux anciens avaient été admis avec enthousiasme ; ils se font encore admirer dans les édifices qui ont traversé les siècles et sont venus jusqu'à, nous en assez grand nombre.

Mais le zèle religieux des Manceaux ne se bornait pas à construire des églises nouvelles; on vit encore les

(1) DeCaumont, Cours d'antiquités monumentales y passim.-^Iden], Compte rendu de la session du Congrès scientifique de France tenu au Mans en 1839, t. I, p. 388. — Congrès scientifique dp France, quinzième session , t. II, p. 145.

campagnes de notre diocèse se couvrir comme à Tenvi de fondations monastiques. Nous ne signalerons ici que celles qui se rapportent à une date positive, réservant pour un autre endroit celles dont Forigine n'est pas connue avec autant de certitude.

On avait vu sous Tépiscopat de Sigefroy des seigneurs manceaux témoigner de leur dévotion envers saint Michel, par les fondations qu'ils firent en faveur de son abbaye. Le pauvre peuple s'associait à ces sentiments > et, ne pouvant les manifester de la même façon, il honorait le grand archange par les pèlerinages qu'il accomplissait à son sanctuaire privilégié, sur les côtes de la Normandie. Sous Avesgaud , ce zèle fut loin de se refroidir. Le Comte Hugues en donna de nouvelles preuves dans les dernières années de sa vie. Il remit entre les mains de l'abbé Hildebert la terre de Vouvray-sur-Huisne (1), avec l'église dédiée à saint Martin et diverses dépendances. La charte, souscrite par l'évêque Avesgaud, est datée de l'an 1014. Par suite de circonstances qui sont restées inconnues , l'étabUssement que les moines du Mont-Saint-Michel fondèrent à Vouvray n'eut qu'une durée éphémère. Hugues ajouta d'autres dons considérables en faveur de l'abbaye; il lui transmit entre autres propriétés trois mou-* lins situés sur la Sarthe , un peu au-dessous de la ville du Mans (2); puis, dans une autre circonstance > des vignes près de Saint-Vincent (3). Il souscrivit une charte par laquelle un seigneur nommé Gonnor, vraisemblablement du Maine, donna l'alleu de Betteville (A). Les moines du

(1) ( Hugo ) dédit terrain de Vodebris, cum ecclesia, molendino, pratis et vivariis... Gaîlia christ., t. XI, col. 514. — D. Briant, Cenofnania.

(2) Cartularium sancti Victoris Cenomanensis. Biblioth. Impér., fonds Gaiguières. La charte du comte Hugues ne porte pas de date; eUe est d'une écriture de la fin du %• siècle ou du commencement du xi*. EUô est signée par le comte Hugues , Hugues doyen et Mainard chantre.

(3) Ibidem.

(4) Gallia christiana, t. XI, col. 514. — Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diùÊfe du Mans, p. 72, au mot Bretescha.

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Mont-SaintrMichel unirent ces terres et autres revenus aU prieuré de Sainl>-Victeiu', dont le personnel était devenu si nombreux qu'il fut Tun des monastères les plus considérables du Maine pendant le xi« siècle et les deux suivants.

La piété des religieux et l'attachement des habitants de notre pays pour un sanctuaire consacré par tant de souvenirs, portèrent plusieurs pei'sonnes à augmenter son patrimoine. Une dame nommée Béatrix, de Ballon, lui donna les dîmes sur plusieurs moulins qu'elle possédait près de l'église de Saint-Jean-Baptiste au Mans. Cette donation , qui ne porte pas de date certaine , fut faite au temps où Raoul, écrivain distingué, et Réginald, qui avait fait le pèlerinage de Jérusalem , ainsi (jue plusieurs autres religieux remarquables à divers titres, habitaient le monastère de Saint-Vict€ur (1). Cette église de Saint-Jean-Baptiste elle-même dépendait du prieuré de Saint-Victeur, ainsi que nous le dirons par la suite.

Peu de temps après ces donations , le diocèse du Mans d(MUia à l'abbaye du Mont-Sainl>-Michel un prélat aussi distingué par ses vertus que par ses connaissances. Il se nommait Almode (2) , et il prit en main le gouvernement de l'abbaye vers l'an 1023. Il reçut d'Alain , duc de Bretagne , deux églises situées dans le territoire de Pavalet, en Tan 4032. Il encourut la disgrâce de Robert I", duc de Normandie , surnommé le Magnifique , et aussi le Diable , et il se démit de son abbaye, par suite des craintes que lui inspirait son ennemi. Mais ce terrible adversaire reconnut bientôt ses torts, et confia à l'abbé Almode le gouvernement

(1) ... Ista donatio facta est quando Drogo monachus morabatur apud sanctum Yicturiam , et Radulphus bonus scriptor qai nunc erat infirmus necnon Walterius atqae Raginaldus , qui fuit Jerosolymis , qui etiain inter fuit ad obitum Beatricis apud Castrum Balaum (Ballon)... Cette pièce est signée de beaucoup de nobles personnages , entre autres de GoDStantius Carpentarius ; or, dans la liste des nobles qui ont défendu le Mont-Saint-Michel, il y a un Garpentier, avec ses armes. — Cartularium sancti f^ictoris Cenoman.

(2) Âlmodus. y-,

de Fabbaye de Saint-VigoiHle-Cerigy (1). Almode moqh rut^ étant abbé de ce monastère , le 47 mai 1033. On croit qu^il fut remplacé dans la chaire abbatiale du Mont- SaintrMicheLpar son frère Thierry (2). Ce fut sous le successeur de ce dernier , du temps de Tabbé Suppo , qui était aussi probablement né dans le diocèse du Mans^ qu'tm chevalier manceau^ nommé Réginald^ et sa mère nommée Hersende , renouvelèrent le don du monastère de Shint- Victeiu», en 1034. Ils y ajoutèrent le boiu'g qui portait le même nom , c'est-à-dire la seigneurie de cette partie de la ville du Mans qui environnait le monastère, et qui formait dès lors un faubourg populeux (3).

n se fit à la même époque^ et aussi dans la ville du Mans, une restauration plus importante encore. L'abbaye de Saint-Vincent ne pouvait rester plus longtemps dans Tétat de désolation où l'avaient réduite d'abord les ravages des Normands, puis les fraudes sacrilèges de l'évèque Sigefroy (4). Sous l'épiscopat d'Avesgaud , les bâtiments furent réparés, et une église magnifique s'éleva à la place de Tancienne. Construite sur de vastes proportions, elle était Tun des plus remarquables monuments de la ville du Mans et du diocèse. Elle se composait d'un chœur vaste et fort élevé, et de trois nefs dont les deux collatérales se prolongeaient autour du chœur. Toute cette partie supérieure était couronnée par un rayonnement de chapelles. La façade était digne de ce noble édifice : aux deux nefs latérales correspondaient deux tours qui s'élevaient à une grande hauteur et étaient terminées par de belles flèches;

(1) Monasterium sancti Vigoris de Cerisiaco.

(2) L*histoire de Tabbaye da Mont-Saint-Michel présente de grandes difficultés pour cette époque. Vid. Labbe, Bibliotheca manus . ^ t. I, p. 348 et seq. — D. Bouquet , t. X, p. 322 et passim; t. XI , p. 255. — D. Mabillon, Annales 0. 3- B., lib. L, num. 62, 63 et passim. — ^a//i a christ. 1 1. XI , col. 515.

(3) Cattularium sancti Victoris. — Gallia christ., t. XI , col. 515 et Instrum., col. 106, 107.

*• (4) D. Mabillitf, Annales 0. S. B., lib. LI, num. 114. H.

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enfin > sur Je portique du milieu , on avait construit un campaniJle posé sur une galerie supérieure, qui donnait à l'ensemble de cette église un aspect de grandeur et de majesté (1). Cette basilique , Tune de celles auxquelles se rattachaient le plus de souvenirs , ne subit que de légères modifications jusqu'à la fin du xvm» siècle; elle ne fut i-enversée que dans les premières années du siècle présent, après avoir travei*sé les orages de sept siècles. Jusque alors elle avait été regardée avec raison comme la seconde église de la viUe du Mans, et même du diocèse, sous le rapport monumental.

L'abbaye de Saint-Vincent elle-même , en laquelle les moines ne tardèrent pas à rentrer à la place des chanoines que Robert y avait établis , reprit le second rang parmi les corps ecclésiastiques du diocèse. Par suite des droits qui lui furent reconnus , et qui s'appuyaient sur une po&>seseion immémoriale, les moines de ce monastère tenaient le premier rang après les chanoines de l'église cathédrale. Dans la suite seulement , les chanoines de Saint-Pierre-dek-Cour , ayant contracté une alliance avec le chapitre de la cathédrale , obtinrent le privilège d'être (Considérés comme ne formant qu'un seul corps lorsqu'ils se trouvaient présents à une réunion commune, et parla même de marcher avant toutes les autres corporations ecclésiastiques.

Par suite aussi de la prééminence reconnue à l'abbaye de Saint-Vincent , le prélat qui la gouvernait avait le droit, quand l'évêque était absent du diocèse, de convoquer le synode en son propre nom , et de le présider. Dans ce cas, la réimion avait lieu le plus ordinairement dans l'église abbatiale ; mais il était libre à l'abbé de désigner un autre lieu , et même l'église cathédrale. Ces assemblées synodales se célébraient alors régulièrement deux fois l'année,

(1) Plan de Tabbaye de Saint-Vincent du Mans, par janvier, curé de Ghangé-lès-le-Mans —Voir aussi un sceau de Tabbaye de Saint-Vincent, appendu à une charte de Tan 1100, et publié par M. Hucher, Sigilfogrùphte du Maine ^ p. 12.

à la Toussaint et à la Pentecôte. Selon les traditions de Tabbaye , appuyées sur des titres très-considérables , cette prérogative remontait jusqu'à Fépiscopat d'Herleraond I«' (710-7^); ce saint prélat l'avait accordée à l'abbé Ghirmirus et à ses successeui*s (1). Les assemblées synodales ne se célébraient pas sans que les curés de chaque paroisse fussent obligés de payer à l'évêque une certaine redevance, qui constituait l'une des sources de revenu les pins abondantes de la mense; il est probable que dans l'origine cette redevance était abandonnée à l'abbaye de Saint-Vincent toutes les fois que son abbé tenait la place de l'évêque; mais depuis la restauration de l'abbaye au xi« siècle , il n'est pas question de ce droit, et jamais les moines n'élevèrent de réclamation à ce sujet.

L'évêque Avesgaud contribua puissamment à la restauration de Saint-Vincent; il favorisa les religieux de tout son pouvoir, et leur fit même des concessions en terres. Il leur donna en particulier la terre et la forêt du Breil (2), situées dans la paroisse de Coulaines , sur le ruisseau de Monnet (3). Lorsque l'église abbatiale fut terminée , il en fit une dédicace très-solennelle. En y rétablissant les

(1) Voir Histoire de l'Église du Mans, t. I, p. 400. — Historiœ ahhatiœ sancti Vincentii Cenomanensis compendium, Ms., Biblioth. Impér., fonds Gaignières, n» 5445.

(2) Le nom Breil et Breuil, si fréquent dans la province du Maine, signifie bois, forêt , et peut fournir quelques indices pour reconnaître rétat ancien de notre pays. — Maury, Mémoire sur les anciennes forêts de la Gaule, passim.

(3) Quoniam dum in exilio hujus vite mens humana peregrinatur , multorum criminura mole deprimi.tur, oportet unumqueroque mortalium secundum evangelice veritatis salutifera documenta, de his que possidet sancte Ecclesie vel egenis partem humiliter erogando amicos sibi preparare, quorum meritis et orationibus divine pietati reconciliatus cum defecerit in eternam gloriam reficiatur.

Hoc superni régis consilium ego Avesgaudus Dei gratia Cenoroanensium presul, meusque frater Ivodiu mente revol ventes et revol vende intimari desiderantes, dcdimus pro nostra parentumque nostrorum salute ecclesie sanctorun^ martyrum Laurentii atque Vincentii que extra muros Cenomanoice civitatis sita est , de nostris posscssis que distincte

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moines, il leur donna pour abbé Raynauld (1), homme d'un rare mérite , sous la conduite duquel le nouveau monastère atteignit toutes sortes de prospérités. Plusieurs évéques et des seigneurs laïques, pour témoigner leur affection envers ce sanctuaire et leur estime pour les religieux qiii le desservaient , leur transmirent des dons considérables. On remarque surtout parmi leurs bienfaiteurs à cette époque les seigneure de Montdoubleau et de Belléme (2). Bien que l'on ne connaisse pas d'une manière précise l'état des revenus de l'abbaye, on s'accorde cependant à croire que sa féodalité représente assez exactement son domaine primitif. Or, elle se composait des seigneuries deSaint-Longis, SaintrPavace (3) et Sarcé (4); des châtellenies des Aiguës-Belles à Goulongé , avec la seigneurie de la paroisse ; et de celle de la Maignane à Dangeul (5). Plus laid, le comte Hélie de la Flèche donna à l'abbaye la seigneurie de tout le faubourg qui l'environnait (6). A la même époque Hugues , surnommé Doubleau et

hic sabnotaU suDt ; in villa que dicitar Colonia , terram quam tenait HildebertDS, cum silva que vocatur Brolius super fluvium cui Blattia vocabulum est terram unius aratri, in territorio quod dicitur Cortisuvadani ; unam plenariam roànsionem in villa que dicitur Curtille. Unde testes sunt : I?o Robertus, Beraldus de Malchenaico , Odo Moschec , Raimondus de Sodona , Alroericus de Pratis , Walterius capellauus, Hildebertus canonicus sancti Leonardi. Cartuîarium sancti F'incentii, Ms.

(1) Les anciens catalogues des abbés de Saint- Vincent n*ont pas mentionné ce prélat clairement désigné dans quelques titres et dans la charte de fondation du prieuré de Solesmes.

(2) Pièces justificatives, n«» vi et vu.

(3) Selon Le Côrvaisier, p. 985, Tévèque du Mans était seigneur et fondateur de Saint-Pavace.

(4) Sarciacus.

(5) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine ^ t. I, p. 237, 26Î et passim. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 622, 625, 635.

(6) Cartuîarium sancti ^incentii, Ms. — Compendium historiée sancti Vincentii, Ms. — Mémoires pour servir à Vhistoire de l'abbaye de Saint' Vincent j Ms.— Armoiries : D'azur au gril d'or, le manche en haut, une discipline de même brochant sur le manche, au chef d'argent à deux fleurs de lis de gueules.

^''l HISTOIRE DE l'ÉGUSE Dl MANS.

TAncien, fondateur du château de Montdoubleau (l),et chef de Tune des familles puissantes dans nos contrées, relevait de ses ruines l'abbaye de Tufifé. Quoique la terre de Montdoubleau fût située dans le diocèse de Chartres , les seigneurs qui la possédèrent au xii« siècle entretinrent, cependant les relations les plus intimes avec les monastères du Maine, et surtout avec Saint-Vincent. Le possesseur du château de Montdoubleau était l'un des barons de l'évêque du Mans; et Hugues, qui tenait alors cette seigneurie, était l'un des fidèles du comte du Maine. Dès les premières années du xi« siècle , il entreprit de rétablir l'abbaye de Notre-Dame de Tuffé. Lors de sa fondation, au va® siècle , ce monastère était double, destiné à des religieux et à des religieuses; il était richement doté , et avait trois églises; mais tout avait été ruiné dans le cours du tx* siècle. Hugues Doubleau n'y rétablit que des moines, et lui donna un revenu suffisant. ÏPartageant l'admiration générale pour les veiius qui se pratiquaient dans le cloître de la Couture, il remit la nouvelle fondation entre les mains de l'abbé; et Herment (2), l'un des disciples de Gauzbert, prit la conduite de l'abbaye de TufTé. C'était un personnage très-considéré dans tout le pays pour ses vertus et ses lumières; il contribua beaucoup par son influence au rétablissement et à l'accroissement de son monastère. Tous les religieux de la Couture y prirent part, mais surtout l'abbé Ingelbaud, successeur de l'illustre Gauzbert. Hugues Doubleau transmit à ses religieux la seigneurie de la paroisse de TufiTé (3). Pour donner plus de solidité à sa fondation, Hugues

(1) Mons DublelluSy Mons Duplex, autrefois du diocèse de Chartres, aujourd'hui du diocèse de Blois. Située sur la limite même de notre diocèse, cette localité fut en rapports continuels avec notre pays. Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 427. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 137, 216.

(2) Hermentus, Ementus, Ermentus.

(3) D. Martène, Ampliss, collect., 1. 1, col. 373-377-(a)-482. — Cornpendium historiœ sancti Vincentii. — D. Briant , Cenomania. —

' Mémoires pour servir à l'histoire de Vabhaye de Saint- Vincent. — De Pétigny, Histoire archéologique du Fendomois, p. 137.

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£k>ubleau la fit confirmer^ vers 1015^ par une charte du comte du Maine Hugues I®'. Cette ctiarte fut ensuite présentée au pape Benoît Vlll, qui l'approuva et y apposa son nom. Elle fut aussi signée par Tévêque Avesgaud , Ingelbaud; abbé de Saint-Pierre de la Couture, Sesgualon, abbé de Saint-Laumer de Blois, Genesius, abbé de Saint-Calais , Durand , abbé de Notre-Dame d'Évron , Raoul , vicomte du Maine, Hubert, trésorier du chapitre, Guillaume, doyen de Téglise cathédrale, et plusieurs seigneurs laïques. L'abbé Herment occupa longtemps sa dignité; en Tannée 1040, il assista à la dédicace de l'ahbaye de Vendôme. Il eut pour successeurs Sevin, puis Goscelin; ce dernier gouvernait encore Tabbaye de Tuffé en 1071 , lorsqu'elle fut soumise à celle de Saint-Vincent (1). Il suffit d'ajouter ici que le monastère deTuflfé, quoique réduit à l'état de prieuré conventuel, subsista jusqu'au xviii® siècle. Dans les derniers temps la conventualité cessa, et la mense fut réunie à ceUe de Saint- Vincent (2).

Quelques années plus tard , Hugues Doubleau établit xm chapitre de cinq chanoines pour desservir une église qu'il avait construite en l'honneur de la sainte Vierge, dans son château de Montdoubleau. Il voulut cxue ces chanoines fussent soumis à l'abbé de Tuffé , et assigna pour leur entretien différents fonds de terre dans le voisinage de sa forteresse. Comme ce fut à Tinstigation de Fulbert , évêque de Chartres , des principaux personnages du clergé de cette Église, et du comte Eudes , que le seigneur de Montdoubleau fit cette fondation , ainsi qu'il le déclare

(i) Compendium historiœ sancti Vincent ii. — D. Briant, Cenomania, — Mémoires pour servir à V histoire de Saint -Vincent, — D. Martène, Ampliss, collect., 1. 1, col. 373... — D. Mabillon, Annales 0. S.B.j lib. LI, nam. 114; lib. LIV, num. 1% et passim.

(2) Le prieuré de Notre - Dame de Tufifé n'était plus estimé qu'à 5,000 livres de revenus, selon Le Paige, t. II, p. 555; mais selon Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 213, il avait 9,000 livres, soit 18,000 francs. — Il conservait la seigneurie de la paroisse; les armes étaient : D'azur à une fleur de lis d*or, au chef de gueules chargé d'un agneau pascal passant, d'argent, avec la croix et la banderole de même.

lui-même, on peut croire que les religieux de TulTé s'étaient déjà acquis Testime publique par leurs vertus et leurs lumières. C'était, en effet, ce que Ton devait attendre d'une colonie de moines élevés dans les cloîtres de la Couture , qui était alors si florissante (1).

Génésius , abbé de Saint-Calais , qui signa la charte du comte Hugues pour le rétablissement de l'abbaye de Tuffé, fut remplacé quelque temps après par Foulques. On a vu (jue Génésius succéda à une suite d'abbés sur lesquels on n'a plus aucun renseignement. Foulques fit édifier , vers l'an 1020 , la tour du clocher de son église, et y plaça des cloches l'emarquables pour l'époque. 11 est probable que la basilique tout entière fut renouvelée vers le même temps. Du moins l'abbaye de Saint-Calais possédait alors des hommes distingués dans toutes les sciences , et parmi les objets des études , les arts n'étaient pas mis en oubli. En effet , l'abbé Adaelelme , qui succéda à Foulques , était l'un des premiers hommes de son temps dans l'architecture et la sculpture. Lorsque la célèbre église de Saint- Benoit-sur-Loire eut été consumée par un incendie , en Tannée 1025 , et que l'abbé Gauzlin voulut la rétablir dans l'état où nous la voyons aujourd'hui , il eut recours aux lumières de l'abbé de Saint-Calais , qui dirigea lui-même les travaux (2). Cet abbé Gauzlin, qui était fils de Hugues Capet et qui occupa dans la suite le siège archiépiscopal de Bourges, honora d'une vénération particulière la célèbre vierge du Mans, sainte Ténestine ; il fit faire pour la portion des reliques de cette sainte restées dans son monastère, une châsse du plus grand prix pour la richesse des

(1) D. Martène, Ampliss, coliect., t. I, col. 375. — De Pétigny, Histoire archéologique du VendomoiSy p. 138.

(â) ... Ipsum quoque ecclesiae meridianum introitum condolens latericiam , post ignis inceniiium reliquit marmoreum, reverendi abbatis Âdaelcimi monasterii sancti Garileffi industria compactum... Vie de Gauzlin, n» 62. — Le nom d^Adaelelme ne figure pas sur les listes des abbés de Saint-Calais publiées jusqu^à ce jour. On doit à M. Léop. Delisle la publication du curieux document où il se rencontre.

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