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métaux et des pierreries, aussi bien que pour le travail des artistes (1). Adaelelme fut remplacé dans son siège abbatial par Ebrard , qui occupait cette dignité en 1040 {2). Quoique la perte des documents sur cette abbaye nous enlève presque toujours la connaissance des faits qui s'y passèrent, on peut cependant regarder comme certain que Tobservance régulière florissait dans une maison religieuse où Tétude des sciences et des arts était Tobjet d'un coite traditionnel. Outre le vénérable Adaelelme , dont il vient d'être parlé , d'autres religieux de Saint-Calais ont laissé des œuvres dignes d'attention , et qui témoignent que la musique et la poésie y étaient cultivées avec ferveur. Elles étaient employées surtout à la louange et au culte du saint fondateur (3).
Ce fut aussi vraisemblablement vers la même époque que les droits féodaux et les prérogatives de l'abbaye de Saint-Calais furent établis d une manière permanente. Le prélat qui la gouvernait tenait le premier rang parmi les abbés du diocèse ; il devait cette prérogative à l'ancienneté de son monastère , et à sa qualité de fondation royale. Il était aussi premier chanoine prébende de la cathédrale du Mans , après le roi toutefois. Û avait le droit de visiter les quatre paroisses suivantes : Notre-Dame de Saint-Calais, qui comprenait toute la ville, et celles de Marolles (4), Montaillé (5) et Rahay (6). Il y jouissait de tous les droits et jaîviléges de doyen et d'archidiacre. Il avait un grand vicaire et était aidé dans l'exercice de la justice ecclésiastique , qui était pleine comme celle du grand doyen du Mans, par trois officiers : un officiai, un promoteur et un greffier. L'abbé était en même temps collateur de ces quatre cures (7).
(1) Vie de Gauzhn.
(%) D. Briaiit, Cenomania. — LePaige, Dictionnaire historique du Maine 9 t- 1, p. 142. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe^ t. V, p. 97. -*• GauTÎn, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 17^.
(8) Vid. Pièces justificatives, n© xii. .
(4) Macrollœ.— (5) Mons Jillerii.— (6) Sanctus Germanus de Rabayo.
(7) D. Duval , Historiœ regalis abbatim sancti Cariiefi anisolensis
.% HISTOIRE D£ LÉGLlSii: DU MANS.
L'abbé de Saint-Calais remplissait les fonctions sacrées à la place de l'évêque^ dans Téglise C/athédrale, le jeudi saint, lorsque celui-ci ne pouvait officier, et pour éviter toute confusion et tout dérangement dans un jour aussi solennel, le prélat absent devait avertir Tabbé huit jours à Tavance. I/évèque devait un diner à Tabbé et à ceux qui Tavaient servi dans les fonctions de cette solennité (1).
L'abbaye possédait dès lors ou posséda peu après cinq prieurés importants dans notre diocèse, et quatre dans celui de Chartres. Eu outre , près de vingt prieurés moins considérables dans le diocèse du Mans relevaient de cette maison, et cinq ou six autres dans le diocèse de Chartres. Ceux de Saint-Pierre, à Melleray (2), de Saint-Avit, dans la paroisse de ce nom au Perche , de Notre-Dame d'Oigny et de Saint-Pierre , à Authon , tous situés au diocèse de Chartres , subsistèrent jusqu'à la fin du xviu* siècle. L'abbé de Saint-Calais présentait encore à trente-neuf églises paroissiales ; et l'on peut croire avec fondement que la plupart de ces églises furent dans l'origine des monastères dépendants de l'abbaye (3). Enfin l'abbaye s'était maintenue dans le privilège d'exemption qui l'afiTranchissait de
compendium, Ms., Bibliotli. Impér. , résidu Saint - Germain , n« 583, t. VII. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, l. V, p. 102. — D. Briant, Cenomania y Ms. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, passim.
(i) Dom Duval, loc. cit. — Pcschc, ioc, cit.
(2) Mêler iacuSj Melereium.
(3) Voici la liste de ces Églises, telle que nous la lisons dans le travail de D. Duval : Sanctus Martin us de Lombiofif S. Georgius de BolœriOy S. Martinus de Sargeio, B. Maria de Villavardo , S. Laurentius de Montorio, S. Oustrigesilius de Montorio, S. Petrus de Fontanis, S. Martinus de Sertives, S. Albinus de Toiselevon, S. Martinus de Herseio, S. Juiianus de Vievi (in diœcesi Cenomanensi), S. Martinus de Monte Servato (in diœcesi Constantiensi), S. Illierius(in diœcesi Cenomanensi], S. Petrus de Berfayo^ S. Petrus de Iscorpayo, S. Johannes de Balloyo, S. Carilefus de Fortitempore, S. Petrus de Antono, S. Joannes de Car^ bonaria (in diœcesi Garnotensi), S. Avitus in Pertico, S. Martinus de Camproyo , B. Maria Dooigni , S. Johannes de Plesseyo Deaurato, S. Petrus de MellereyOy B. Maria de Monte Miraldo (in diœcesi Garnotensi), S. Jacobus de Bouchanis, vulgo de Bouchaignes.
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la juridiction des évèques du'Mans^ et la soumettait immédiatement au Saint-Siège.
L^abbaye de Saint-Calais avait aussi les seigneuries de Marolles et de Rahay, quelques fiefs situés à Saint-Galais , Montaillé, et dans les paroisses voisines au nombre de quinze; elle entretenait pour exercer la juridiction civile et criminelle en son nom quati^e officiers : un bailli , son lieutenant, un procureur fiscal et un greffier (1).
On a vu Tabbaye de la Couture recevoir du baron de Montdoubleau Tabbaye de TufTé; peu après, Geoffroy le Vieux, seignem* de Sablé (2), lui fit un don presque aussi considérable. La petite ville de Sablé est d'origine toute féodale. Avant le x« siècle , le lieu qu'elle occupe faisait partie de la paroisse de Solesmes et dépendait de Téglise cathédrale (3). Pendant les troubles du ix* siècle ce domaine passa dans des mains laïques ; en 957, Foulques le Bon , comte d'Anjou, le légua à son fils Humbert, surnommé le Veneur (A). Peu de temps après Sablé appartenait à la maison de Beaumont-le-Vicomte, et Geoffroy, surnommé le Vieux, frère de Raoul de Beaumont, dont on a vu les fondations pieuses, y avait fixé son séjour (5). Pendant sa longue carrière , Geoffroy de Sablé se signala par beaucoup d'œuvres de piété , qui attirèrent sur lui et sur sa famille les bénédictions du Ciel. Il fit rebâtir les deux églises paroissiales de Sablé, Notre-Dame et Saint-Martin, et les fit consacrer par l'évêque Avesgaud (6). 11 était encouragé dans ses entreprises par sa femme , nommée Adélaïde.
(1) Armoiries : D^azur à deux crosses d'or adossées. — AiUeurs on lui donne : D*azur à trois fleurs de lis d'or posées en pal, accostées de deux crosses de même. — Pesche, t. V, p. 102 et passim. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 178.
(2) Sabolium, Sablolium.
(3) Diplômes des années 802 et 832, cités dans le second volume de cette histoire.
(4) VArt de vérifier les dates, t.XllI, p. 44.
(5) Ménage, Histoire de Sablé, part, i, p. 21, 25.
(6) Ibid., p. 29.
Dans les dernières années de sa vieillesse^ voulant laisser après lui une fondation de prières pour le « rachat de son àme et de celles de ses parents , » il songea à bâtir un monastère. La piété des moines de la Goutiu>e répandait dans le pays une grande édification, Geoffroy ne crut pouvoir mieux faire que d^unir le nouveau cloître à leui* abbaye, et il voulut aussi lui donner le patronage de saint Pierre et de saint Paul , sous les auspices desquels un si grand nombre de moines militaient non-seulement à la Couture, mais en cent autres lieux de la contrée et des provinces voisines.
Le lieu de Solesmes parut à Geoffroy tout à fait propre à son dessein ; situé à deux milles environ de son château (1), et ayant encore une grande importance , il résolut d'y placer le nouveau cloître. Après Favoir acquis de son frère Raoul de Beaumont , avec tous les droits qui en dépendaient, il y fit construire le monastère et une belle église, dont quelques faibles parties subsistent encore aujourdTiui. Afin de rendre la solennité de l'inauguration du prieuré plus imposante, il y invita Tévêque du IMans Avesgaud, et Hubeii;, évèque d'Angers : Ingelbaud, abbé de la Couture , vint avec les moines qu'il avait destinés à habiter Solesmes, et Raynauld, abbé de Saint-Vincent. Pour assurer une plus tiaute protection à son œuvre, Geoffroy avait aussi convoqué à cette fête le comte du Maine Hugues I", Raoul de Beaumont -le -Vicomte, son frère , et plusieurs autres personnages importants.
Par sa charte de fondation (2) , Geoffroy assure au monastère une dotation en biens fonds considérable. Il lui donne entre autres la partie du territoire de Bouessay qui avait appartenu à un seigneur nommé Primalde, lequel avait récemment embrassé la vie monastique à la Couture.
(1) Cum Goffredus de Sablolio senuisset, monasterium in villa quœ Solemis vocatur aîdificare voluit , duabus fere a Sablolio disparata millibus.... Ménage, Histoire de Sablé, part, I, p. 25.
(2) Vid. Pièces justiticatives, n» ix.
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n coDcède la sépultm*e de tous les habitants de Sablé ^ fait remise du droit de garde et de service du château. Enfin toutes les terres qu'il transmet aux moines , il les donne en la façon qu'il les tient lui-même, cédant tout droit de coutume, de voyrie (1), forêt, chasse, ban et charrois, en sorte que désormais ses voyers, forestiers, brenniers, et jusqu'à ses chiens, ne paraîtront plus sur ces terres (2).
Geoifi-oy mourut peu de temps après la fondation du prieuré de Solesmes ; il fut enterré dans le chœur de TégUse du monastère : son épouse Adéla^ide et ses fils Drogon, Burchard et Liziard furent ensevelis près de lui.
Cependant, sous la conduite de Rambert, premier prieur de Solesmes , et de ses successeurs immédiats, le monastère prit des développements assez considérables. 11 possédait par la générosité de son fondateur la seigneurie de Solesmes; bientôt après celle de Bouessay y fut ajoutée (3).
(1) Le mot de Toyrie, vicaria, que nous employons ici, doit 8*entendre selon Tacception qu'il a conservée dans les Coutumes du Maine, de rAojou, de la Touraine et du Biaisois, c'est-à-dire pour signifier la juridiction. De même , le mot voyer signifie juge des villages dans Tancien langage manceau. On appelait maire du village, en d'autres Coutumes j Tofficier chargé de cette magistrature. Voy. les anciennes Coutumes du Maine et les différents commentaires , ainsi que Ménage, Dictionnaire étymologique et le Dictionnaire universel de Trévoux,
(2) Pièces justificatives, loc, cit. Gfr. Ménage , Histoire de Sablé, part. I, p. 336.
(3) Quoique la charte de fondation du prieuré de Solesmes ne porte aucune date, on est autorisé , par divers arguments, à placer la dédicace de réglise de Solesmes en Tan 1010. Cette charte avait déjà été publiée par Ménage, nous la donnons de nouveau à la fin de ce volume, d'après une copie plus ancienne et plus exacte que celle consultée par Thistorien de Sablé. — Yid. Ménage, Histoire de Sablé y part. I, p. 25, 336 et passim. — D. Mabillon, Annales 0. S. B.y lib. LUI, num. 30.- D. Bouquet, t. XI, p. 649. — Compendium historiée regalis abbatiœ sancti Pétri de Cultura. — Historia prioratus sancti Pétri de Solesmis, Ms., Biblioth. Impér., fonds Saint-Germain, n© 583. — Le Paige,. Dictionnaire historique du Maine^ t. II, p. 473. — Pesche, Dictionnaire de la Sartlœ, t. IV, p. 732-806; t. V, p. 170-191. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 14 et suiv.— Gauvin, Géographie ancienne du
60 HISTOIRE DE l'ÉOLISS DU MANS.
L^Église de Saint-Malo^ vulgairement Saint-Marceau , à Sablé ^ avait été fondée par l'un des prédécesseurs de Geoffroy le Vieux , et un chapitre y avait été établi avec des privilèges assez étendus sur les églises de Sablé. Les cha* noines réclamèrent contre l'attribution des sépultures fisdte aux religieux ; mais les droits de ces derniers furent matutenus. Une alUance entre le prieuré et le chapitre se forma peu de temps après, et comme marque extérieure de cette amitié il fut convenu que les chanoines viendraient se joindre aux moines pour la célébration de la fête patronale de saint Pierre, et qu'ils dîneraient avec eux au réfectoire ; de même les moines devaient se rendre à Sablé pour la solennité de saint Malo ; l'abbé ou le prieur célébrait la gi'and'messe , et recevait les offrandes , mais il ne les conservait pas et les rendait aux chanoines. Quelques années plus tard il parait que les moines eurent la jouissance d'une prébende dans cette collégiale ; et il est certain que l'on vit alors des chanoines de Sablé renoncer à leur position pour embrasser la vie monastique à Solesmes (!)•
Outre Geoffroy de Sablé, l'abbaye de la Couture trouva d'autres bienfaiteurs à la même époque, parmi lesquels nous devons signaler Yves, évêque de Séez (2).
L'année même où le prieuré de Solesmes fut consacré, Foulques Nerra fonda près de Loches , sur la rivière d'Indre , au diocèse de Tours , l'abbaye du Saint-Sépulcrede-Beaulieu (3). Loi*sque l'église fut achevée , Foulques fit prier Hugues de Châteaudun , archevêque de Tours, d'en venir faire la dédicace. L'archevêque , qui avait à se plaindre de quelques violences de Foulques , répondit qu'il ne se rendrait pas à son désir avant qu'il eût réparé les torts causés à son Église. Foulques obtint du pape Jean XVTTI un
diocèse du Mans. p. 212, et passim.— Armoiries du prieuré de Solesmes: De sable à une crosse d'argent, accompagnée de deux étoiles de même.
(1) Ménage, loc, cit., p. 336.
(2) Vid. Pièces justificatives, no x.
(3) Chronicon Turonense magnum j apud Ând. Salraon, Chroniques de Touraine^ p. 118.