‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 11 sur 66 · HISTOIRE LE I · texte numérisé non relu

HISTOIRE LE I

Charles V avait permis à L'évéque (la Mans d'y tenir deux foires chaque année, et un marché tous les jeudis l dernier article suscita (1378) une violente opposition de la part du comte (2). La discussion durait encore en 1381, et le parlement rendit un arrêt qui appointait le procès (3). C'était Je moyen que la cour employait pour ajourner indéfiniment une cause.

Touvoye, en Savigné-l'Évêgue 9 sur la petite rivière de Vive-Parence, était une terre fort considérable, à laquelle était annexée la seigneurie de la paroisse. Les baronnies du Breil en Parigné-l'Evêque, de Belin , de Montfort-le- Rotrou, de Vau près d'Yvré-l'Evêque , de Sillé-le-Guillaume, de Neuville-sur-Sarthe, de Pirmil et de Montdoubleau, en relevaient; et à l'intronisation de révoque, les possesseurs de ces fiefs étaient tenus de porter le prélat, depuis l'église de Saint-Ouen sur les fossés, jusque dans le chœur de l'église cathédrale. La juridiction de labaronnie de Touvoye était exercée au Mans par un bailli {A) , un procureur fiscal et un greffier. Elle s'étendait sur trente paroisses : Brée, Ceaulcé, Challes, Champagne, Changé-lèsle-Mans, pour la Bussardière, Chevillé en Touraine, Coulaines, Dehault, Évaillé à cause du fief de la cure, Juillé, Lucé-sous-Ballon, Mareil- en-Champagne pour la châtellenie de l'Isle, Montbizot pour le fief de la Chantrerie de la cathédrale, Neuville-sur-Sarthe, Parigné-l'Evêque, Peray pour le fief Doubleau et dépendances, membres de la baronnie de Montdoubleau; Pirmil, seulement pour la baronnie de ce nom; Saint- Aignan, Saint-Corneille, Saint- Léonard-des-Bois , Saint-Michel-de-Chavaigne , pour le fief de la cure, Saint-Ouen-en-Champagne, pour la chàtellenie du Plessis, Saint-Pavace, Saint-Remy-des-Bois, Sargé, Savigné-l'Évêque , Sillé-le-Philippe , Surfond et Yvré-

(1) Livre Rouge, fol. 174 r. — Ms. des Bl.-Mant. , n° 4, fol. 40 v.

(2) Ibidem., fol. 175 v; et 177 r.

(3) Ibidem., fol. 175 r.

(4) Pour désigner une démarche fière et imposante, ou dit encore dans le Maine : « Il marche comme le bailli de Touvove. »

l'Évêque. Vingt-une maisons de la ville du Mans, situées sur les paroisses du Crucifix et du Grand-Saint-Pierre, dépendaient de la baronnie de Touvoye et de sa juridiction (1).

Après avoir débarrassé le pays des grandes compagnies, Charles V entreprit de la purger aussi des Anglais. En 1369, ils recommencèrent d'eux-mêmes les hostilités (2). La noblesse du Maine et de l'Anjou leur fit la guerre dans le Poitou et la Normandie (3). Durant ce temps -là Robert Buolles, l'un des capitaines anglais, passa dans le Maine, qu'il livra au pillage, et y prit ses quartiers (4-). Charles V donna l'épée de connétable à Bertrand du Guesclin, qui vint aussitôt chercher l'ennemi dans son quartier le plus considérable, à Pontvallain, où il remporta une brillante victoire, après une lutte acharnée (5). Il enleva aux Anglais le fort de Vaas , dont il confia la garde aux religieux de l'abbaye. Du Guesclin poursuivit ensuite l'ennemi; et le Maine resta sous la conduite d'Ollivier de Clisson (6).

En 1372, le duc de Bretagne ayant fait alliance avec les Anglais, le Maine ressentit le contre-coup de cette trahison. Tl y eut plusieurs combats livrés sur notre territoire; un entre autres à Juvigné-MontanaJais, où du Guesclin fut fait prisonnier (7). Pour punir la perfidie du duc Jean V, le parlement prononça, en 1378, la confiscation de

(1) Cauvin, Statistique de V arrondissement du Mans, p. 160. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 350 et suiv.

(2) Froissart, Chroniques, t. I, p. 369 et suiv.

(3) D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. I, col. 1632.

(4) Christine de Pisan, dans la collection universelle des mémoires pour servir à l'histoire de France, t. V, p. 250.

(5) Froissart, t. I, p. 621 et 622. — Charrière, Chronique de Bertrand du Guesclin, par Cuvelier, t. I, p cxxvi et cxxvu; t. Il, p. 173, 376 et suiv.

(6) D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. I, col. 1660.

(7) Collection universelle des mémoires pour l'Histoire de France, t. V, p. 44, et passim. — D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. Il, col. 37, et passim.

la Bretagne; et l'on remarque parmi les juges l'évèque du Mans (1).

Charles V étant mort en 1380, les Anglais profitèrent aussitôt de la division qui se mit entre les princes de la maison royale, pour s'emparer de la Bretagne. Ils campaient dans le Vendomois, lorsque le bruit de la maladie du monarque leur parvint. Ils se mirent aussitôt en marche; ils brûlèrent l'abbaye de Sain t-Calais, ruinèrent le château et l'église collégiale du Gué-de-Maulny (2), traversèrent la Sarthe au gué de Noyen, logèrent à Saint-Pierre-sur-Erve, défilèrent ensuite par des marais où ils ne pouvaient passer que deux ou trois de front; enfin ils arrivèrent à Cosséle-Vivien, où ils demeurèrent quatre jours. Durant toute cette marche ils commirent de terribles ravages, comme le rapportent Jean-Juvénal desUrsins, Froissart, et le moine de Saint-Denys dans sa chronique, tous auteurs contemporains (3).

Gontier de Baigneux s'occupait à défendre ses droits. Il obtint la rénovation du privilège accordé à son prédécesseur pour la garde du château de Touvoye , que l'acte royal qualifie de « grand, spacieux , ancien, tenable et « profitable (4) ». Guy XII, seigneur de Laval, l'un des compagnons les plus braves de du Guesclin, voulut contraindre les vassaux de Févêque du Mans qui habitaient près de Montsûrs, à faire la garde du château de cette

(1) D. Moricc, loc. cit., t. ÏI, col. 201 et 340.

,2) Selon le Pouillé du diocèse du Mans, 1772,1e chapitre du Gué-de- Maulny fut ruiné par les Anglais en 1369, et transféré au Mans en 1375.

(3) Biblioth. imp., résidu Saint-Germain, p. 102. n° 5. — Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de Saint-Picrre-de-la-Cour, \U. aux Archives de la Sarthe. — Froissart, Chroniques, t. Il, p. 83, 106, 109 etsuiv. — Collection des mémoires sur l'Histoire de France, par Micliaud, 1™ série, t. II, p. 343. —Chronique du religieux de Saint- Denis, t. F, p. 157.

(4) Le diplôme royal est de 13G8. Livre Rouge, fol. 203 v. — Gontier de Baigneux augmenta encore cette terre par des acquisitions nouvelles. Ibidem, fol. 204 et 205.

GONTIER DE BAIGiWJX. 43

dernière ville; mais le prélat fit condamner (1371) le sire de Laval (1). Pour s'exempter de faire faire la garde à Sainte-Suzanne et à Evron , les chartreux du Parc furent obligés de recourir au roi; ils lui exposèrent qu'eux et leurs vassaux s'étaient tenus renfermés dans la ville d'Orques durant la guerre des Anglais, et qu'ils n'avaient point cherché de refuge ailleurs. Le roi leur rendit (31 novembre 13G9) justice contre l'abbé d'Évron et le sieur d'Anthenaise, qui tenait alors le château de Sainte- Suzanne (2). Marie de Bretagne, duchesse d'Alencon, comtesse du Perche, ayant le gouvernement pour ses enfants mineurs, prit aussi la défense des disciples de saint Bruno contre le sieur d'Anthenaise (3). Le droit de committimus au conseil ou au parlement fut assuré (1372) à l'évêque du Mans, aux membres du chapitre et à leurs officiers , par Charles V, qui prend dans son diplôme le titre de chanoine de l'Église du Mans (4.). La même prérogative fut renouvelée par Charles YI, le 1 1 juin S 381 (5). On ne connaît pas d'acte plus ancien sur lequel le roi de France soit qualifié du titre de chanoine du Mans; mais il est certain que l'origine du canonicat royal de Saint- Julien remonte à une date beaucoup plus reculée; probablement au temps de Charlemagne et de Louis le Débonnaire. Ces princes ayant relevé l'Église du Mans, elle fut toujours depuis ce temps-là rangée parmi les fondations royales. Dans un diplôme de 1377, le roi de France prenant le titre de chanoine du Mans, déclare que l'évêque , le doyen et les chanoines tiennent de lui immédiatement leur temporel; que 1 evêché vaquant par mortdu titulaire,

(1) Livre Rouge, fol. 187 p.

(2) Mss. des Bl.-Mant., m» 45.

• (3) Ibidem.

(4) Livre Bouge, fol. 180 1. — Livre Verd , fol. 80 et 138. — Mss. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 40 v. — insinuation rie cet acte, 16 novembre 1372. Livre Rouge, fol. 182 p. Cfr. Gboppin, Police ecclésiastique, eu. franc, p. 143.

(5) Livre Rouge, fol. 138 r. - Mss. des Bl.-Mant., no 4, fol. 39 v.

44 HISTOIRE LE j/ÉGLTSE DU MANS.

c'est à lui qu'appartient la garde des biens, et que les habitants dudit évéché lui paient une taille nommée régale, comme signe de franchise (1). Ce fut d'ailleurs la coutume constante des premiers Garlovingiens de se réserver un titre analogue dans toutes les Églises qu'ils fondèrent (2). A leur exemple, les comtes s'attribuèrent une qualité semblable dans les sanctuaires fondés par eux. C'est ainsi que nos comtes du Maine jouissaient du premier canonicat de l'Église de Saint-Pierre-de- la-Cour, et dans certains actes ils prennent les titres de doyen, et abbé de Saint- Pierre. En la solennité de leur entrée au Mans, ils se rendaient d'abord à l'église collégiale, recevaient l'aumusse à la porte de l'église, et prenaient ensuite possession de leur stalle (3). De môme, lorsque le roi de France venait au Mans pour la première fois, il recevait a la porte de la cathédrale les insignes du canonicat. Durant son séjour en cette ville (1467), Louis XI porta l'aumusse à Saint-Julien. Il fut imité en cela par Charles VIII en 1487, par Louis XII en 1499, parHenrilVen 1589, etparLouisXIll en 1614(4). Cette qualité dans les rois de France n'était pas un \ain titre; elle était reconnue du Saint-Siège; et dans une bulle dont nous parlerons bientôt, Clément Vil l'invoque en accordant un privilège important au chapitre du Mans (o). Lorsque le Maine fut réuni à la couronne, le roi de France devint premier chanoine de Saint-Pierre-de-la-Cour, mais il ne fit pas son entrée dans cette église avec la solennité que les comtes déployaient en cette circonstance. Au reste, sous l'ancienne monarchie, les rois de France jouissaient du titre de chanoine dans plusieurs églises cathédrales et

(1) Livre Rouge, fol. 290.

(2) Choppin, op. cit., p. 66.

(3) Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de Saint-Pierrede-la- Cour. Ms.

(4) Secrétariats du chapitre. Ms. aux Archives du chapitre et à la Bibliothèque du Mans. — Mémoires pour le chapitre clans ses différents avec Louis de Tressan et Charles de Froullay. — Almanach manceau 1758, p. 36 et suiv.

(5) Pièces justificatives, n° VIII.

collégiales de leur royaume, et même en l'église de Saint- Jean-de-Latran, depuis que Henri IV lui avait fait don de l'abbaye de Clérac. Mais cette institution avait cela de particulier au Mans que le roi touchait les distributions manuelles lorsqu'il assistait à l'office; ce qui ne se pratiquait pas dans les autres églises. Les souvenirs de cet usage se sont conservés chez nous plus fidèlement peutê+re que partout ailleurs. De nos jours, Louis XVIH et Charles X réclamèrent le titre de chanoines de l'Eglise du Mans, et firent en cette qualité des dons importants a la cathédrale. De leur côté les chanoines avaient conserve précieusement la coutume de disposer un siège pour le roi au milieu du chœur, dans les solennités les plus importantes, et auxquelles les magistrats de la cité étaient convoqués; et sous les années de la restauration on tut a même d'en voir encore un dernier vestige.

Toutefois les levées de deniers que l'autorité séculière imposait au clergé, sous divers prétextes, devenaient pour ainsi dire annuelles. Il est vrai que le roi et le comte (1), qui recouraient aussi fréquemment l'un que l'autre a ces impôts, demandaient préalablement l'assentiment de l'é vêque et du chapitre, et qu'ils leur donnaient des chartes pour constater que la concession était toute bénévo e et ne pouvait porter aucun préjudice aux immunités de 1 Eglise du Mans (2). Mais ces déclarations , en devenant si fréquentes, tendaient à n'être plus que de simples formules. Ce fut sans doute comme mesure fiscale que l'on dressa le cadastre du Maine à cette époque (3). Quelques-unes de ces contributions étaient fort lourdes. En 1376 et 4379 elles étaient de vingt livres par paroisse; en 1383 de quinze cents livres pour toute la province; en 1387 et 1389 de

(1) Sur les finances du comte Louis, voir la Chronique du religieux de Saint-Denis, t. 111, p. 215. -Collection dos monuments uicdits sur l'Histoire de France

II) Livre Rouge, fol. 187, 193, 19'. et seq.

(3) Du Cangc, Glossarium infimœ latinitatis, v. Gaternum, Quatems.

i(i BÏSTOTRB DE L ÉGLISE MJ MANS.

dix-huit niillo livres; enfin en 13'.)" il y eut deux levées de deniers, l'une de vingt livres par paroisse au nom du comte, et l'autre de dix-huit mille livres pour la province, au nom du roi (I).

Des intérêt? d'un ordre supérieur à ceux dont nous parlons , furent attaqués par les officiers publics. Pierre de Saynnel, lieutenant du sénéchal du Maine, fit emprisonner, mettre à la question et pendre un clerc de notre Église nommé Lepeintre, de la paroisse de Torcé-en-Charnie. Le tribunal des requêtes du palais, chargé de la juridiction sur les Églises de fondation royale ou qui avaient des lettres de garde gardienne, informé de cette violation du droit, donna commission au bailli de Touraine d'informer contre Pierre de Saynnel (2).

Dans le synode diocésain du 15 novembre 1371, Gontier de Baigneux fit paraître le zèle d'un vrai pasteur. Quelques dispositions arrêtées clans cette assemblée ayant paru à Simon de Bourdigné, abbé de Saint-Vincent, préjudiciables à ses droits, il réclama près de l'évêque et obtint justice (3). En 1372 et 1380 les religieux de cette abbaye se firent confirmer par le roi dans la prérogative de ne pas être requis pour la défense de la ville (4). Gontier de Baigneux fut aussi un zélé protecteur des monastères. 11 fit un don considérable (1375) h l'abbaye du Val-des-Ecoliers (5). L'abbaye d'Évron lui fut redevable de divers avantages, et dans un différent (24- mai 1372) pour des intérêts temporels, elle délégua le prieur de Champgeneteux pour tout remettre à l'arbitrage du prélat (6). On conservait aussi en l'abbaye de Savïgny un précieux souvenir des bienfaits de Gontier de Baigneux (7). Il eut cependant une vive et

(1) Livre Rouge, passim.

(2) Ibidem., fol. 88 v.

(3) Pièces justificatives , n° IX.

(4) Me/noires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Vincent. Ms. de la Bibliothèque du Mans, n° 91, p. 233 cl 234.

(5) Gallia chrisliana, t. VU, col. 853.

(6) Livre Rouge, fol. 104 r. — Mss. des BL-Mant , n° 4, fol. 37 p.

(7) Mss. de Gaignièrcs, u° 170.

longue contestation avec le prieur de Château-l'Hermitage; l'affaire fut portée devant le Saint-Siège, et il fut constaté que les chanoines de Château-l'Hermitage étaient exempts de la juridiction de l'ordinaire, et qu'ils lui devaient seulement un repas par an (1). Les moines de Ville-Dieu et plusieurs autres furent obligés, pour se mettre à l'abri des pillages, d'environner leurs monastères de murailles fortifiées (2). Louis, comte du Maine, donna en 1375 certains privilèges aux chanoines de Beaulieu pour les mettre en état de réparer les pertes que la guerre leur avait causées par l'incendie de leurs maisons (3). Jean de Quatrebarbes (1384), seigneur de la Rongère et autres lieux, fonda le prieuré de Gossé-le-Vivien pour trois moines de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur. L'église d'Ampoigné était encore desservie par des moines comme beaucoup d'autres; elle fut désormais un annexe du prieuré de Cossé. Jeanne Chéorchin, femme de Jean de Quatrebarbes, fut une bienfaitrice insigne du prieuré de Gosmes, membre de l'abbaye de la Roë (4). L'abbaye de Bellebranehe rencontra deux puissants bienfaiteurs en Guillaume Chamaillard, seigneur d'Anthenaise, grand sénéchal du Maine, et dans Marie, vicomtesse de Beaumont, sa femme (5). Ce fut en faveur des dominicains du Mans qu'Alix de Bretagne, fille d'Artus U, duc de Bretagne , et veuve de Bouchard VI, comte de Vendôme, signala sa pieuse générosité. Cette princesse éprouva de grands malheurs; elle se retira ensuite dans le château de Montoire. Elle y vécut dans la pratique de toutes les vertus, et porta l'édification dans toute la contrée (6). Jeanne de Mayenne, autrefois comtesse de Ven-

(1) Livre Rouge, fol. 101 r. — Livre Verd, fol. 98. — Mss. des 131.- Mant.,n° 4, fol. 36 v.

(2) Collection D. Housscau, n° 3717. — Simon, Histoire de Vendôme, t. II, p. 203.

(3) Mss. de Gaignières, n° 2,05 p. 97.

(4) Généalogie de la famille de Quatrebarbes. Ms.

(5) De Burbure, Histoire de La Flèche, p. 79,

(6) Le P. Anselme, Histoire généalogique des grands officiers de la couronne, t.I, p. 451. — L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, l.I.p. Isa.

dôme, s'assura aussi la vénération des peuples par sa piété et sa charité envers les indigents. Kilo fut également la bienfaitrice de l'Église cathédrale (I). Possesseur d'une fortune considérable, Jean Lessillé, seigneur de Juignésur-Sarthe, répandit ses pieuses générosités sur toute la contrée de Sablé. Il fut imité par Catherine La Gallière, sa femme (2). Par son testament du 20 septembre 1383, Louis, comte du Maine, roi titulaire de Jérusalem et de Sicile, déclarait vouloir fonder à Paris un collège sur le modèle de celui de Navarre, avec une dotation supérieure à celles de toutes les maisons de ce genre. Une partie des bourses étaient réservées pour les écoliers du Maine, et la nomination était remise à l'abbé de la Boissière. Par ce même acte , Louis ordonnait beaucoup d'autres fondations, comme celles de quatre monastères : le premier de l'ordre de Saint-Benoit ne devait pas avoir moins de cent moines. Il donnait aussi aux pauvres des sommes considérables. L'évêque du Mans et l'abbé de la Couture, Paschal Huguenot, ses conseillers, prirent part à cet acte, qui ne fut pas entièrement réalisé après la mort du prince (3). De simples bourgeois, comme Guillaume d'Outreleau, dit le Picard (1354), et Agnès la Bouju (1362), sa femme, Pierre Bouju (1376) et Agnès Éliote (1307), sa femme, furent les bienfaiteurs d-3 l'hôpital de Coëftbrt(4).

Plusieurs ecclésiastiques se firent remarquer à la même époque par leurs générosités envers l'Église ou parleurs talents. Mathieu Pezas( 1346), d'une famille noble du Maine, Guillaume de Rochefort (1350), Robert Hélie, et Laurent deBalanic, occupèrent successivement la dignité de doyen du chapitre du Mans, et firent tous des fondations en

(1) Mnrtyroloyium capituli Cenomnnensis, fol. 5-2 r.

(2) Ménage, Histoire de Sablé, part 1, p. 338, et passim. — Annuaire de la Sarthe, 1805.

(3) D. Martène, Thésaurus anecdotorum, t. I,col. 1594 et seq.

(4) Le P. Lelong , Bibliothèque historique de la France, t. IV, part. 11, p. 117, nos 119 et 120; p. 118, n<>s 40 et 41.

l'église cathédrale (1). Michel Borard, prêtre et chanoine du Mans, fit aussi des fondations en cette église (2). Né à Lucé, chantre de l'Église du Mans, et revêtu successivement de divers titres, enfin évoque de Séez, Grégoire Langlois se distingua par sa science du droit et une tendre piété envers la Mère de Dieu. Il montra ses sentiments par ses libéralités envers les monastères, et particulièrement envers celui de Beaulieu, au Mans (3). Un autre personnage, nommé Brieneius, docteur en droit, auditeur de la chambre apostolique et chantre de l'Église du Mans, fut associé par l'université de Paris au cardinal d'Amiens, pour traiter l'affaire du schisme , et travailla utilement pour Clément Vil (4). Gervais Besouche , prieur de Villaines, au diocèse du Mans, employa aussi tout le crédit que lui donnait sa position de doyen de la faculté de droit, pour faire reconnaître ce Pontife (5). Une grande vertu, unie à une science éminente, mérita une chaire de théologie en l'université de Paris, à Guillaume de Cramaud, prêtre etchanoine de notre cathédrale. Il s'y distingua, et fit une fondation en l'église de Saint-Julien (6). Jean Boudiern, du diocèse d'Angers, curé de Saint-Ouën , près de Fresnay-le- Vicomte, s'acquit une certaine célébrité (7). Guy de Mathelelon, archidiacre de Sablé, étaitaussi un personnage distingué (8);

(1) Archives du chapitre du Mans, registre B. — 25, fol. 69 r. — Martyrologium capituti Ccnomanensis, fol. 308, et passim. — Registres du secrétariat du chapitre. JVls. — Livre du luminaire, fol. 132. — D. Briaut, Cenomania.

(2) Pouillé du diocèse du Mans, 1772, Ms. fol. 70 r. — Registres des insinuations ecclésiastiques, juin 1560, janvier 1759, janvier 1779, novembre 1784, juin 1787, septembre 1788.

(3) Martyrologium Beatœ Mnriœ de Belloloco, non. oclob. Ms. de la Bibliothèque du Mans, n° -25G. — Ms. de Gaignières, n° 205. — Gai lia christiana, t. XL — Briant, Eglise Santone, t. I, p. 685.

(4) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. IV, p. 604.

(5) Idem, ibidem, t. IV, p. 569-j71.

(6) Martyrologium capituli Cenomnnensis. fol. 49 r. et 201 v.

(7) Gai lia Christian at t . II, col. 1090, et t. III, dans les pages non chiffrées en tôle du volume.

(8) Maucourt de Bourjoly, Mémoire*; historiques sur Laval, Ms

:>() HISTOIRE DE LÉailSE DU MANS.

mais il est surtout connu dans nos annales par l'étrange prétention qu'il eut de soustraire à l'offi ci alité diocésaine toutes les causes litigieuses de son archidiaconé, et de se les réserver à lui-même. Ayant porté sa prétention devant le parlement de Paris, il subit une condamnation (1379 et 1380), et finit par passer un concordat avec Gontier de Baigneux(l).

Ce prélat cherchait constamment les voies de conciliation. Dès la première année de son séjour au Mans, il en donna une preuve en concluant (22 septembre 1368] avec le chapitre un concordat dont les principales clauses demandent à être rapportées. L'évêque et les chanoines convinrent d'abord de prendre pour arbitre l'abbé de Saint- Aubin d'Angers, afin de décider si les chanoines devaient mettre sur l'adresse de leurs lettres : Domino nostro epîscopo Cenomanensi, ou bien Domino suo, sauf la décision duPape* si elle intervenait. Secondement, de surseoir à toutes les appellations en cour de Rome, tant que vivrait l'évêque Gontier, et de choisir deux chanoines de Saint-Julien pour juger en qualité d'arbitres les différends qui pourraient naître à l'occasion des privilèges du chapitre. Troisièmement, le prélat se plaignant que les chanoines avaient porté atteinte à sa juridiction en faisant emprisonner un clerc , ils convinrent de leur tort, et promirent de remettre le captif entre les mains de l'évêque. Quatrièmement, les parties convinrent encore que l'acte du chapitre ne pourrait en aucun temps préjudiciel* aux droits de Gontier ou de ses successeurs. En effet, en vertu des concessions consenties par Innocent IV, le cardinal Octavien et l'évêque Hamelin, le chapitre n'avait droit de justice que sur ses membres et les personnes qui leur étaient sujets. Cinquièmement, le chapitre promit de payer à Gontier, durant sa vie, deux cents livres de bonne cire en quatre termes, que

t. I, p. 305. — On trouve en 1372 Guy de Mayenne, archiprêtre d'An, gers, et curé d'Andart. Collection D. Housseau, n° 3G96. (1) Livre Rouge, fol. 44 et 45.

le prélat résidât ou non au Mans, et à la condition que cette rente n'établirait point un droit pour ses successeurs. Sixièmement enfin, on convint des deux côtés que Févêque serait tenu de donner un diner à tout le chapitre et à ses officiers lorsqu'il officierait pontificalement dans l'église cathédrale; mais non lorsqu'il y dirait la messe basse, ni même lorsqu'il y officierait en présence du roi, d'un prince ou d'un cardinal qu'il devrait inviter à sa table (1).

Neuf ans pins tard (1377, 9 septembre), Gontier de Baigneux et le chapitre conclurent un nouveau concordat. Ils promirent de part et d'autre pour le bien de la paix, de ne point poursuivre durant dix ans les appellations à Rome ou à Tours, mais de choisir des arbitres pour les affaires qui surviendraient entre eux (2). La même année, Gontier et les chanoines firent encore deux autres accords; l'un était relatif au droit de pêche dans la rivière de Sarthe, près des moulins de l'évêque Gervais (3). Le second touchait une matière plus importante : la juridiction du chapitre avait été violée par les officiers de l'évêque dans une des maisons de la rue de la Tannerie; il y eut d'abord arrêt du parlement, puis accord entre les parties (4).

En 1380, le lieutenant civil du Mans ayant fait saisir un clerc accusé de larcin, et l'ayant fait exécuter malgré les réclamations du promoteur, qui s'étaient fait entendre jusqu'au pied de la potence, l'évêque porta ses plaintes au roi, et obtint des lettres qui constataient l'exemption de la juridiction séculière pour les clercs (5). Peu après (11 juin 1381), Pierre, comte d'Alençon et du Perche, donna une déclaration authentique que la nomination qu'il avait faite de l'un de ses secrétaires à la cure de Saint- Mars-sur-Esgreine ne préjudicierait point aux droits de

(t) Livre Rouge, fol. 18 v. et scq.

(-2) Ibidem, fol. 7 r.

(3) Ibidem, fol. 31 v. — Ms. des Bl.-Munt. , n» 4, fol. 26 r.

(4) Ibidem, fol. 30. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 26 r. (>) Ibidem, fol. 88 v . — Ms. des lil.-Mant., n° 4, fol. 3S r

52 histoire le l'église di Ua rs.

L'évêque du Mans sur cette cure (I). Enfin, le 3 mars rie la même année 1381, Gontier d<; Baigneux accomplit la fondation des vicaires de l'église cathédrale, et fît ratifier cet acte par le Saint-Siège (2).

En même temps les chanoines s'occupaient à faire confirmer par le souverain Pontife leurs anciennes libertés. Depuis fort longtemps, et peut-être même depuis les règnes de Gharlemagne et de Louis le Débonnaire, le chapitre se prétendait exempt de la juridiction épiscopa Je, spirituelle et temporelle, et jouissait en corps de la juridiction spirituelle sur ses membres et sur les titulaires de quarante cures qui formaient originairement les titres de chacun des quarante chanoines. En 1383, voyant l'Eglise divisée par le schisme entre Urbain VI et Clément Vif, les chanoines du Mans et ceux de Tours résolurent de profiter de la circonstance pour faire confirmer leurs privilèges, et même en acquérir de nouveaux. Les deux rivaux qui se disputaient la tiare se montraient également faciles à concéder des faveurs. Les chanoines du Mans s'adressèrent à Clément Vil, qui était tenu pour légitime successeur de saint Pierre par le roi de France, les princes de la maison royale, l'université de Paris, la plupart des Églises et des corporations religieuses du royaume. Par sa bulle en date du 15 juin 1383, Clément VU déclarait exempter le doyen et le chapitre, avec les dignités, chanoines, chapelains, choristes, vicaires et autres clercs, tant prébendes que non prébendes, et tous leurs officiers, domestiques et serviteurs, de la puissance, visite et justice ordinaire de tous patriarches, archevêques et évêques, spécialement de Gontier et de ses successeurs, tant en leurs offices, bénéfices simples ou ayant charge d'âmes, qu'en leurs juridictions, droits et possessions, en leurs maisons, biens patrimoniaux et autres qui ne dépendaient point de l'Église.

(I) Livre Rouge, fol. 139 v. — Ms. des Bl.-Mant. n° 39, fol., 4 v. (2} Pièces justificatives, n° VII. — Mss. de la Bibliothèque du Mans. n° 251, fol. 42 r; n<> 252, fol. 1 r. et 5 r.

Déplus, il dispensait le doyen, les chanoines et dignitaires jouissant de plusieurs bénéfices, de la résidence à laquelle ils ne pourraient être contraints par l'ordinaire (1).

Fidèle à son esprit de modération, Gontier de Baigneux s'adressa aussitôt à Clément VU, et le supplia de proroger l'effet de sa bulle. Tout en déclarant les prérogatives accordées par lui aux chanoines inviolables, le Pape accéda à la demande de l'évêque du Mans. Les chanoines se plaignirent de cette nouvelle bulle; mais Clément ne changea rien, et se contenta d'affermir et d'expliquer leurs libertés dans une troisième bulle datée de la même année 1383. Par ces divers actes pontificaux, on peut juger de l'activité avec laquelle les agents des deux partis auprès du Saint- Siège poussaient les intérêts de leurs commettants.

Au fond, la modification accordée par Clément VU à la demande de Gontier de Baigneux importait peu aux vrais intérêts du chapitre. Aussi, pour témoigner leur reconnaissance envers le Pontife, les chanoines résolurent, le 6 novembre 1387, de célébrer tous les jours à son intention une messe du Saint-Esprit, durant sa vie, et, après sa mort, une messe de requiem (2). On croit que ce fut à la même occasion que le chapitre se donna un sceau nouveau et de nouvelles armoiries. 11 adopta un champ d'azur semé alternativement de clefs d'argent et de fleurs de lis d'or. Les clefs sont le symbole de l'autorité pontificale, dont les chanoines relevaient directement, et les fleurs de lis rappelaient que l'Église du Mans était de fondation royale. Le sceau du chapitre était donc armorié ainsi : d'azur semé de fleurs de lis d'or à trois clefs d'argent, posées deux et un, les deux premières adossées. A partir de cette époque, ces armoiries figurèrent sur tous les actes du chapitre et sur les méreaux et jetons de présence q.u'il faisait frapper en plomb, et quelquefois en cuivre. Antérieurement, les armes de l'Église du Mans portaient un saint Julien faisant jaillir

(1) Pièces justificatives, n° VIII.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 175 r.

la fontaine miraculeuse nommée Centorwmius, et limage du crucifix.

Gontier de Bai gn eux ne se laissait pas absorber par cette question de juridiction. Le 18 août de la même année 1383,

il obtint du parlement une sentence qui lui assurait certaines dîmes disputées par le prieur deMontguyon(l). 11 fit

en outre concéder aux habitants du Mans le droit de vendre

le sel (2). Il agit d'ailleurs en parfaite harmonie avec les chanoines; au commencement de 1385, ils nommèrent, de concert avec le prélat, des commissaires pour réformer l'hôpital des Ardents (3).

Ce fut sans doute le désir d'attirer à son obédience un prélat aussi puissant que Gontier de Baigneux, qui porta Urbain VI à lui offrir le siège archiépiscopal de Sens. Gontier prêta le serment à la chambre apostolique le 25 février 1385, fit son entrée solennelle à Sens le limai, qui était le dimanche après l'Ascension, et mourut le 20 juillet de la même année. IL fut inhumé dans le chœur de l'église cathédrale, devant le maître autel (4). Il avait laissé à l'Église du Mans de riches ornements.

(1) Livre Rouge, fol. 88 v. — Ms. des Bl-Mant., n° 4, fol. 35 r.

(2) Le Corvaisier, page 612.

(3) Livre Rouge, fol. 6 v.

(4) Gallia Christiana, t. Xll, col. 79. — Obituaire de l'abbaye de la Couture, 19 juillet ; Ms. de Gaignières, n° 199, p. 202.

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