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ÉPISCOPAT DE PIERRE DE SAVOISY

Naissance et portrait de Pierre de Savoisy. — Poursuite contre les chanoines pour recouvrer les titres de l'évêché. — Concordat avec l'abbaye de Saint-Vincent. — Pierre, de Savoisy veut faire anéantir l'exemption du chapitre. — Son serment à l'Église métropolitaine. — Voyage à Avignon. — Nouvelle bulle d'exemption de 1388. — Concordat entre l'évêque et le chapitre. — Atteinte portée à la juridiction ecclésiastique. — Séjour de Charles VI au Mans; sa folie. — Différend à la procession de la Fête-Dieu, en 1393, entre l'évêque et le chapitre. — La Fête-Dieu à Mayenne et à Laval. — Confréries du saint sacrement dans le diocèse du Mans. — Désordres dans la société. — Aveu rendu au roi par Pierre de Savoisy. — Construction du transsept de la cathédrale; bienfaiteurs; libéralités du roi Charles VI. — Guillaume Thébard. — Hommage de Louis XII, duc de Bourbon, à Saint-Julien. — Fondations pieuses de Guy II, seigneur de Laval. — Les cordeliers de Laval. — Abbayes d'Évron , la Couture , Saint-Vincent. — Jean de Courtecuisse. — Mathieu Ménage. — Raoul de la Porte et Nicolas de Clémengis. — L'hôpital de Coëffort devient collégiale. — Pierre de Savoisy transféré sur le siège de Beauvais.

Pierre de Savoisy fut nommé à l'évêché du Mans dès le commencement de Tannée 1385(1). Si courte que fût la vacance du siège, elle suffit au chapitre pour accomplir un acte téméraire; il s'empara des titres de Tévêclié, et les renferma dans le trésor de ses chartes (2). Les chanoines avaient sans doute prévu que le nouveau prélat serait l'adversaire déclaré de leur exemption.

Pierre de Savoisy (3) était le second des fils de Philippe de Savoisy, seigneur de Seignelay au diocèse d'Auxerre, conseiller et chambellan du roi, maître d'hôtel de la reine Isabeau de Bavière. La mère de notre prélat était Marie de

(1) Livre Rouge, fol. 90 r.

(2) Ibidem, fol. 26 r. — Ms. des Bl.-Mant,, n° 4, fol. 25 r.

(3) Petrus de Savoisy, alias de Fous. Legenda aurca episcoporum Cenomanensium. Ms. de la Bibliothèque du Mans, n° 94, fol. 143 v.

Duisy(l). Charles de Savoisy, soigneur de Seignelay, frère aîné de notre prélat, devint grand échanson de France, et occupe une place considérable dans les annales du royaume (2). Cette famille jouit longtemps d'un haut crédit à la cour, mais surtout sous les règnes de Charles VI et de ses premiers successeurs (3). Au moment où il fut appelé sur le siège de saint Julien, Pierre fie Savoisy était trésorier de Saint-Martin de Tours, possédait la terre de Crosnes, et jouissait encore d'une pension de mille livres sur le trésor royal, dont la garde était confiée à l'un de ses parents (4).

Le nouvel évêque était doué de l'activité et de l'assurance propres à sa famille. Dès qu'il eut été nommé au siège du Mans, il vint en prendre possession, et fit de suite son entrée solennelle (5). La première année de son épiscopatfut signalée par des actes importants. D'abord, il voulut contraindre les chanoines à restituer les titres del'évêché dont ils s'étaient emparés. Ayant éprouvé de la résistance, il s'adressa à Clément Vlï, qui désigna Hardouin de Bueil, évêque d'Angers, pour contraindre les chanoines du Mans, même par censures ecclésiastiques, à restituer les documents enlevés (6). En même temps (8 avril 1385) Pierre de Savoisy arrêta un concordat avec Astorgius, abbé de Saint- Vincent, et les religieux de ce monastère. Les moines conviennent qu'ils sont tenus de recevoir l'évêque du Mans dans leur abbaye, et de le défrayer, lui et son équipage,

(1) Le P. Anselme, Histoire généalogique des grands officiers de la couronne ; t. II, p. 2^7; t. VIII, p. 548, et passim. — Gai lia Ckristiana, t. VIII, col. 588; t. IX, col. 7oG; t. XII, col. 477, et passim.

(2) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V,p. 96-100, 108- 12G, et passim. — Monstrelet, Chronique, vol 1, fol. 14, 168, 170, et passim. édit. 1603.

(3) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. I, p. 29 et 597; t. III, p. 159, 187, 317, et passim. — Jean-Ju vénal des Ursins, Histoire de Charles VI, collection Michaud, t. Il, p. 341, et passim.

(4) Le P. Anselme, loc. cit. — Gallia Christian*, t. XIV, col. 463.

(5) Livre Rouge, fol. 90 r.

(6) Ibidem, fol. 26 r. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 25 r.

durant toute la journée qui précède son intronisation. Ils avouent qu'il peut, durant son séjour dans le monastère, en faire la visite, et qu'ils sont obligés de lui remettre les clefs; mais attendu que l'abbaye était alors fort obérée, ils stipulèrent que l'évèque ne serait pour cette fois accompagné que de vingt domestiques et d'autant de chevaux; qu'il n'y viendrait que le soir pour coucher, et que le lendemain matin, jour de son entrée solennelle, il pourrait faire la visite. En compensation, le monastère s'engageait à lui sol 1er une indemnité de quarante francs de bon or et de poids légitime (I). L'altération des monnaies était l'un des fléaux du temps. La somme stipulée équivalait à environ trois mille trois cent vingt francs, au pouvoir actuel de l'argent.

Le chapitre du Mans ayant fait notifier à Séguin d'Auton, patriarche d'Antioche et administrateur de l'archevêché de Tours, les libertés qu'il avait obtenues de Clément VII, et dont il poursuivait encore l'homologation (2), Pierre de Savoisy s'opposa a\ec énergie à ce que la requête des chanoines fût admise. Il lit en même temps promulguer de nouveau par son officiai les concordats conclus en 1313 et 4 375, entre les évoques du Mans et les chanoines; concordats par lesquels le droit d'appel à l'évèque était reconnu, et même la première instance, si le chapitre averti négligeait de corriger le délinquant (3).

Dès 1383, Guy de lioye, archevêque de Tours, avait renoncé à son siège, et la vacance dura longtemps. 11 ne parait pas que Gontier de Baigneux ni Pierre de Savoisy aient réclamé l'administration de l'Église de Tours, selon leur droit. Cette négligence donna probablement occasion de dépouiller le siège du Mans d'un honneur qui lui appar-

(1) Livre Rouge, fol. 90 r. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 35 r.

(2) Ms. de la Bibliothèque du Mans, n°251, fol. 28 v; n«258, fol. 19 r. et seq.

(3) Livre Rouge, fol. 5, 6, 9. — Mémoires du clergé, édit. in-4°, t. X, fol. 1790.

tenait depuis longtemps. Le 7 avril -1385, Clément VU nomma Séguin d'Auton administrateur de l'archevêché de Tours, dont il devint ensuite titulaire.

Peu de temps après sa consécration, Pierre de Savoisy se rendit à Tours pour y l'aire sa profession de foi et y prêter le serment de fidélité à L'Église métropolitaine. Le nouveau prélat devait offrir , en signe d'hommage et de soumission, quelques dons, comme des vêtements ecclésiastiques ou des vases sacrés. On ornait pour la cérémonie l'église de Saint-Gatien de tentures en soie et d'autres décorations. En l'absence de l'archevêque, le chapitre de Tours délivra à Pierre de Savoisy une attestation qu'il avait rempli son devoir envers l'Église métropolitaine (1).

Pierre de Savoisy partit la même année pour Avignon, résidence du Pape Clément VII, afin de faire retirer la bulle qui constatait l'exemption du chapitre. Craignant d'être dépouillé par les brigands qui infestaient les routes, il fit faire des copies des chartes sur lesquelles il appuyait ses prétentions à jouir de la juridiction sur les personnes mêmes des chanoines (2). Quelques documents appuyaient sa cause, surtout une requête présentée en d355 à Jean de Chanlay, par laquelle les chanoines demandaient au prélat la dispense de résider pour plusieurs d'entre eux pourvus de cures soumises à la juridiction du chapitre (3). De leur côté, les chanoines alléguaient un nombre bien plus grand de documents en faveur de leur cause. Ainsi la bulle de Clément Vil n'était pas dès lors considérée comme conférant une exemption nouvelle aux chanoines, mais bien comme consacrant un privilège ancien selon les formes du nouveau droit. En effet, jusqu'à la fin du xviue siècle, les

(1) Livre Rouge, fol 49 r. - Table des droits que les évêques de la province de Tours nouvellement élus doivent payer à l'Église métropolitaine pour obtenir leur confirmation. Ms. des Bl.-Maut., n° 81. C. p. 259. — Gfr. Gbalmel, Histoire de la Touraine, t. I, p. 77.

(2) Livre Rouge, fol. 6 v. — Livre Verd, n° 1 . (S) Livre Rouge, fol. 6 r.

chanoines du Mans étaient en mesure de produire vingtsept chartes d'une authenticité incontestable, qui justifiaient qu'avant la bulle le chapitre non-seulement exerçait une juridiction quasi-épiscopale, tant sur ses membres, les chapelains et choristes de l'Église du Mans, que dans l'étendue des quarante cures anciennes, mais que cette compagnie était de plus exempte de la juridiction de Févôque(l). Pour appuyer leur droit, les chanoines n'avaient pas besoin d'alléguer tous ces documents; ils pouvaient en référer seulement à leur titre de fondation royale, ainsi que Clément Vil l'avait fait dans sa première bulle. 11 est certain d'ailleurs que Pierre fie Savoisy, entraîné par la réaction, poussait ses prétentions trop loin lorsqu'il attaquait les droits si librement et si authentiquement reconnus par l'évèque Hamelin et ses successeurs, et revêtus de la confirmation du Siège Apostolique. Sentant la difficulté de son entreprise, le prélat employa le crédit des personnes les

(]) Voici une analyse très-succincte de ces vingt-sept chartes, dont la connaissance est utile pour L'intelligence des débats qui suivront. — En 1192, lechapitre divisa, inconsul to episcopo,quia ad jus suum spectabat, la cure du Crucifix, et en établit deux. — En 1204, il permit au seigneur de Monthibault cle construire une chapelle en la paroisse de Saint- Jean d'Assé, Tune des quarante. — En 1210, le chapitre jouit de la collation de plein droit des chapelles de la cathédrale, et fait des règlements que doivent observer les chapelains. — En 1212, 1217, 1220 et 1245, les causes dans lesquelles le chapitre se trouve intéressé sont jugées par des commissaires pontificaux; et ce n'est pas l'évêquc du Mans, mais le Pape qui donne les règlements pour le service divin dans l'église cathédrale. — En 1190, 1214 et 1252, le chapitre tenait des Synodes et était juge tant des quarante curés que des chapelains de l'église cathédrale. — En 1256, 1280 et 1282, le chapitre fulmine des sentences d'excommunication dans les quarante cures, et la première fois, en 125G, à la demande de l'évoque du Mans. — En 1283, 134B et 1350, le chapitre décrète l'érection de cinq nouvelles chapelles en la cathédrale. — En 1271, le chapitre jouissait d'une juridiction en règle, et avait un officier pour l'exercer. — Enfin dans un acte d'appel en cour de Rome, de 1357, il est dit que l'exemption du chapitre du Mans existait de temps immémorial. — Toutes ces pièces sont plus complètement annalysées dans un mémoire du chapitre contre Charles de Froullay, intitulé : Différence de l'exemption et juridiction du chapitre du Mans et.... celui de Sens, in-fol. (s. 1. n. d.).

60 IirSTOlRE DE L'ÉGLISE DU MANS.

plus influentes de la cour de Franca. De leur côté, les chanoines ne restaient pas inactifs, et l'on a vu que plusieurs avaient rendu d'importants services à la cause de Clément VII. Ce Pontife députa au Mans trois cardinaux pour examiner les titres et les mémoires respectivement soumis avec les anciens statuts et usages de notre Église. Sur leur rapport, il donna une nouvelle bulle qui, en formant une espèce de concordat entre l'évéque et les chanoines, confirme encore le chapitre dans son exemption et dans la juridiction spirituelle dont il était en possession. Cette dernière bulle est du 27 février 1388 (I).

Pierre de Savoisy n'était pas homme à se contenter d'une aussi faible satisfaction. Il était d'ailleurs encouragé par l'exemple de son métropolitain, Séguin d'Auton, qui poursuivait à outrance l'exemption du chapitre de Saint-Martin. Ne conservant plus aucun espoir du côté de la cour pontificale, l'évéque du Mans tourna toutes ses vues vers le conseil du roi, où siégeaient grand nombre de ses parents et de ses amis. Après beaucoup de démarches, il obtint, en \ 397, des lettresde chancellerie qui lui accordaient une partie de ce qu'il avait demandé (2). En conséquence de ces lettres, le prélat et les chanoines conclurent deux transactions sur quelques objets particuliers concernant la juridiction spirituelle, que Pierre de Savoisy reconnut appartenir au chapitre. Ces transactions furent homologuées par arrêt du parlement de Paris, du mois de juin 1398, pour être exécutées selon leur forme et teneur (3). Ainsi, ce procès occupa tout l'épiscopat de Pierre de Savoisy. Ce prélat y consuma toute son activité; car on ne voit pas que son épiscopat ait présenté d'ailleurs rien de remarquable.

(1) Pièces justificatives, n* VIII.

(2) Mss. tic la Bibliothèque du Mans, n° 251, fol. 19 v. et seq. ; n° 258, fol. 19 et 49.

(3) Livre Rouge. — Requête présentée au conseil, en cassation de l'arrêt du parlement de Paris, du 15 juillet 1749, in-4°. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 24 et 25. — Archives du chapitre du Mans, registre coté B.-15.

Quant au chapitre, il a joui depuis ce temps, sans aucun obstacle, et durant plus de trois siècles, tant de son exemption que de sa juridiction spirituelle, et sur ses membres et sur les quarante cures.

Le 7 décembre 1389, Pierre deSavoisy reçut l'hommage de Jean Solas du Bois, que le chapitre venait d'élire pour son doyen. Cet aveu avait lieu à raison du fief de Saint- Gilles-des-Guerez , et de la justice temporelle annexée au décanat , et il était fondé sur un usage immémorial (1). En même temps les plus graves atteintes à l'immunité ecclésiastique étaient portées au nom du comte Louis II. En 1389, le roi faisait défense à l'évêque et à ses ofïiciaux d'apporter aucune entrave par l'excommunication à la justice que les juges royaux prétendaient rendre aux clercs qui en appelaient à eux. En 1396, un nommé Poucet étant mort dans les liens de l'excommunication , fut d'abord enseveli en l'eu profane; mais le parlement intervint, et contraignit à lui donner la sépulture ecclésiastique (2).

A cette époque, les procès étaient aussi fréquents qu'interminables. En 1391 et 1392, Pierre de Savoisy et le chapitre conclurent deux nouveaux concordats. Dans le premier, il est dit que l'évêque devait « onze boires par an, à « onze fêtes, troi-s fois par compétents intervalles, et s'il « est jeûne, il doit donner épices, et s'il n'est pas jeûne, il « doit donner oublies (3). » Mais ces dispositions furent bientôt abolies par le parlement (4). Le prélat s'étant emparé de l'argent des troncs posés par le chapitre pour recueillir les aumônes nécessaires à l'achèvement de la cathédrale, les chanoines portèrent plainte; l'évêque convint du fait, et les chanoines l'autorisèrent à user de ces

(1) Livre Rouge, fol. 272. — Gfr. Gauvin, Géographie, etc., p. 163.

(2) Choppiti, Police ecclésiastique, liv. II, n° 13, p. 165. — Dupuy, Preuves des libertés de l'Église Gallicane, in- fol., t. I, p. 198, t. III, p. 145.

(3) Livre Rouge, fol. 30.

(4) Ibidem, fol. 20.

fonds selon sa conscience. De son coté, l'évêque permit aux chanoines de quêter dans les églises qui lui étaient

soumises pour l'achèvement de L'église de Saint-Julien. Sur un second chef de réclamation du chapitre, Pierre de Savoisy déclara qu'il n'avait point prétendu porter préjudice aux droits des chanoines en conférant la tonsure en l'église de Saint-Ouen-en-Belin, Tune des quarante anciennes(J). L'année suivante (139,3), l'évèque fit condamner les chanoines à lui payer une forte amende (2),

Cependant en 1392, Pierre de Craon, frère de Jean de Craon, que nous avons vu sur le siège de saint Julien, avait tenté d'assassiner le connétable Olivier de Clisson. Le crime fut commis à Paris; aussitôt après, Pierre de Craon se retira en son château de Sablé, qui était alors très-for tifié, dit Jean-Juvénal des Ursins (3). Charles VI résolut de punir cet assassinat sur le seigneur de Craon et le duc de Bretagne qui passait pour l'avoir conseillé. Il leva une puissante armée, et désigna la ville du Mans pour la réunion des troupes. Il s'y rendit lui-même avec toute la cour, et logea dans le château. Le séjour fut assez long ; car le roi était malade, et les seigneurs se rendaient lentement aux ordres du monarque. Le Maine fut cruellement dé\ par les troupes qui venaient s'y réunir, au point que le duc de Bretagne, redoutant de voir ses états soumis au même traitement, députa au monarque pour lui faire des excuses et l'assurer que la ville de Sablé et les antres lui seraient ouvertes. Mais le roi ne voulut entendre à aucun retard, malgré les sinistres présages qui effrayaient la cour.

« J'étais alors au camp, dit un témoin oculaire (A). S'il

(1) Livre Rouge, fol. 20 v. — Ms. tics Bl.-Mant., u<> '., fol.

(2) Livre Rouge, fol. 16.

(?>) Froissart, Chroniques, t. III, p. 115, 150, 153 n, édit.

du Pan th. litt. — Chronique du religieux Saint-Denis , t. Il, p. l et iniiv. — Jean-Juvénal tics Ursins, Histoire de Charles VI, coll. Micbaud, t. II, p. 389 etsuiv. — Monstrelet, Chroniques, t. I, fol. 1 el suiv. édit.

(4) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. II, p. 18

PIERRE DE SAVOTSY. 63

faut en croire de? personnes clignes de foi, l'accident déplorable (que je vais raconter) avait été annoncé par des signes précurseurs. Ainsi, une petite statue de la Vierge Marie, qui faisait partie des joyaux précieux de l'église de Saint- Julien du Mans, avait tourné sur elle-même durant une demi-heure environ, sans que personne y touchât. Gomme ce prodige avait déjà eu lieu précédemment, on en augura qu'une grande calamité était près d'éclater dans le royaume. On ignorait sans aucun doute la maladie du roi. « Cette maladie était pour les familiers un juste sujet d'étonnement. En effet, dès les premiers jours d'août, le monarque avait commencé à donner des signes de démence par des propos insensés et des gestes indignes de la majesté royale. Le 5 du même mois, malgré les représentations de ses oncles et de ses parents, il fit publier l'ordre de prendre les armes, et il sortit de la ville, armé de pied en cap, à la tête de ses troupes. Mais à peine était-il arrivé à la léproserie (de la paroisse de Saint-Giiles, située dans le bois des Teillais, sur la route du Mans à Sablé), qu'un misérable couvert de haillons vint à sa rencontre et lui causa une vive frayeur. Malgré les efforts qu'on fit pour éloigner cet homme, il suivit le roi pendant près d'une demi-heure en lui criant d'une voix terrible : «Ne va pas plus loin, noble « roi; car on te trahit!» L'imagination du prince, déjà troublée, lui fit ajouter foi à ces paroles, et un nouvel incident acheva d'égarer ses esprits. Un des hommes d'armes qui chevauchaient à ses côtés, se trouvant trop pressé par la foule, laissa tomber à terre son épée. Au bruit du fer, le roi fut saisi tout à coup d'un accès de fureur et tua cet homme. En même temps, il donna de l'éperon à son cheval, et, durant près d'une heure entière, il fut emporté de côté et d'autre, criant toujours : « On veut me livrer à « mes ennemis ! »

« Durant cet accès, le roi tua quatre hommes, entre autres un fameux chevalier de Gascogne, nommé de Polignac. Il aurait causé de plus grands malheurs encore, si sou épée ne se fût brisée. Alors on l'entoura, on l'attacha

(H ni >TOTKE DE I 'ÉGLISE Dl MANS.

sur un chariot, et on le ramena au Mans. Il resta deux jours sans connaissance et privé" de l'usage de ses membres. Bientôt son état empira..; les médecins même déclarèrent que le roi allait mourir... Les ducs et les princes, conformément aux anciens usages, laissèrent entrer le public dans la chambre du monarque... Le clergé, voyant que les remèdes humains étaient impuissants contre cette étrange maladie, adressa au Ciel de ferventes prières. Trois jours après, le roi recouvra la santé et l'usage de la raison. Alors il demanda pardon des torts qu'il pouvait avoir envers les absents et les présents, se confessa de ses péchés en bon catholique, assista à la messe et reçut avec la plus grande dévotion le sacrement de l'Eucharistie.. Revenu à la santé, Charles fit une neuvaine dans l'église des religieuses de Saint-Julien (du Pré); puis il se rendit à Chartres pour accomplir un vœu qu'il avait fait, et offrit un collier précieux à l'image de la bienheureuse Vierge Marie. »

Outre Sablé, Pierre de Craon possédait encore dans le Maine la Ferté-Bernard, qui était son séjour habituel, et d'autres terres importantes. Elles furent toutes saisies par sentence du conseil, et lui-même fut renfermé au Châtelet. Il obtint dans la suite sa grâce , et il fît le pèlerinage des saints lieux en expiation de son crime. On ne doit pas oublier ici qu'il obtint le premier que des confesseurs seraient donnés aux coupables condamnés au dernier supplice ('i).

Des événements aussi graves n'arrêtèrent pas le cours des contestations dont nous avons parlé. ' 11 en résulta un dissentiment qui se manifesta par un éclat fâcheux. En 1393, le chapitre résolut en pleine assemblée de porter le saint sacrement, à la Fête-Dieu, dans l'église abbatiale du Pré. Les oificiers de Marie de Blois, douairière et comtesse

(1) Froissart, Chroniques, t. III, p. 233, 260, 343, et passim. — J.-Juvénal des Ursins, loc. cit., t. II, p. 389. — Chronique du religieux de Saint-Denis, t. II, p. 7, 9, 533, et passim.

du Maine, voulant empêcher cette innovation, et à Ja sollicitation de l'évoque, fermèrent les portes du pont Isouard et du pont Perrin. Le doyen, voyant le passage empêché, donna le signal à l'archidiacre de Sablé et au scholastique qui portaient le saint sacrement, aux chanoines, aux prêtres du chœur et aux chantres, et tous ensemble quittèrent leurs rangs au carrefour de la rue Dorée, et rentrèrent par Ja Grande-Rue dans l'église cathédrale. L'évêque se rendit à l'église Saint-Benoît, prit le saint sacrement sur l'autel où il était exposé, le fit porter par ses aumôniers, et continua la procession jusqu'au cimetière du grand hôpital, lieu ordinaire de la station. Au retour de la procession que présidait le prélat, les chanoines défendirent de sonner les cloches, selon la coutume. Les corps ecclésiastiques se divisèrent : les uns suivirent le chapitre, les autres, et en particulier les moines de Saint-Vincent, continuèrent la procession avecl'évêque. A son ordinaire, Pierre de Savoisy recourut au parlement, demandant réparation de l'offense qu'il avait reçue. Les chanoines furent condamnés à deux cents livres d'amende, c'est-à-dire environ douze mille francs de notre monnaie, dont la moitié devait être employée à l'achat d'une custode d'argent doré, qui servirait tous les ans aux processions de la Fête-Dieu. Elle deva't être conservée dans une armoire fermée à deux clefs, dont l'évêque en garderait une et le chapitre l'autre; et elle ne pourrait jamais être engagée ou vendue. L'autre moitié était applicable aux besoins de la cour. En outre, les chanoines furent condamnés aux dépens du procès. L'arrêt est du 27 mars 1394-, avant Pâques (1). Malgré l'arrêt du parlement, dès lors très-antipathique a toutes sortes de libertés, fors les siennes, il est certain que le chapitre usait de son droit en faisant des règlements pour le service divin dans l'église cathé Irale, et en particulier pour les proces-

(1) Livre Rouge, fol 26 à 31. — Ms. des Bl.-Mant., no 4, toi. 25 v. — Mémoires du clergé, t. VI, col. 1 120. — Mémoires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint-Vincent, Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 91, p. 238.

66 HTSTOIRE DE L'ÉGLISE Dl UANS.

sions générales auxquelles tout le clergé de la ville assistait. I/évêque ne pouvait, d'après les usages de notre Église, rien changer aux dispositions délibérées par les chanoines que d'accord avec eux.

Cet événement déplorahle arriva à une époque où les Manceaux venaient de donner une nouvelle marque de leur piété envers le saint sacrement. Sur la demande des habitants de toute la province, la Fête-Dieu, déjà fort ancienne au Mans, commençait à être célébrée avec une pompe extraordinaire. On aimait beaucoup alors les représentations théâtrales; on n'imagina donc rien de plus propre à exciter la piété du peuple que de mettre sous ses yeux des scènes tirées de l'Écriture sainte. Cet usage, qui du reste ne fut pas particulier au diocèse du Mans (I), s'est conservé longtemps à Mayenne. A la procession de la Fête- Dieu, le clergé de cette ville était précédé par plusieurs groupes d'habitants, qui représentaient divers personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. Après les bannières de Notre-Dame et de Saint-Martin marchaient Adam et Eve , entre lesquels était porté un petit arbre chargé de pommes, avec la figure d'un serpent. A leur suite paraissaient les patriarches et les prophètes, en grande barbe et en longs vêtements de diverses couleurs. Afin qu'on distinguât les personnages , ils portaient inscfits sur leur dos les noms d'Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Isaïe, Jérémie, etc. Saint Jean -Baptiste couvert d'une peau de chameau, conduisant un agneau , complétait cette première série. Derrière les patriarches, on voyait s'avancer les rois descendus de Jessé, en habits magnifiques , la couronne en tcte et le sceptre à la main. Le vieux Jessé à cheveux blancs , vêtu d'une robe fourrée , et s'appuyant sur un bâton, avait peine à les suivre. Les apôtres, avec leurs attributs, formaient le quatrième groupe. Venaient ensuite les vierges, figurées par un grand nombre de jeunes filles;

(1) Voir nos Recherches sur les mystères qui ont été i , dans

le Maine, p. 44 et suiv.

puis une foule de petits enfants, habillés en anges, jetant des fleuts devant le saint sacrement. Un grand nombre déjeunes hommes et de jeunes filles, les uns en bergers, les autres en bergères, avec des houlettes ornées de rubans, fermaient la marche. Durant la station que la procession faisait au cimetière, plusieurs de ces acteurs représentaient des scènes de la vie des personnages qu'ils figuraient. Les rôles étaient remplis par les membres d'une confrérie composée de bourgeois et d'artisans de la ville , et dans laquelle on n'admettait que des personnes graves. Cette association faisait exécuter pour la cérémonie une torche en cire , représentant quelque trait de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Des missionnaires étrangers venus à Mayenne vers 1654- déclamèrent contre ces spectacles, dont ils n'avaient pas l'intelligence , et parvinrent à les faire supprimer (1).

A Saint-Denis-d'Orques on célébrait la procession du Corpus Domini avec une pompe remarquable , et l'on y voyait figurer, comme à Mayenne, les principaux personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ces pratiques très-populaires ne sont tombées qu'avec l'ancienne monarchie.

La ville de Laval a conservé jusque vers 1825 un usage analogue. Sur la place qui précède l'église de Notre-Dame, on dressait pour la Fête-Dieu un long théâtre où des acteurs représentaient des scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Lorsque les marionnettes furent introduites en France, au temps de François Ier ou de Catherine de Médicis , on substitua au jeu des acteurs celui de ces ingénieuses machines. Ces représentations obtinrent une grande popularité , qu'elles ont conservée jusqu'à la fin. La Fête- Dieu de Laval empruntait aussi une partie de sa splendeur à Fusage de pavoiser toutes les maisons, d'orner les rues de branchages , de les sabler et de les tendre en ciel avec

(1) L'abbé Guyard de la Fosse, Histoire delà Mayenne, p. 169 cl suiv. — Ms. de M. l'abbé Lochet.

68 histoire de l'église du maws.

des toiles blanches. Toutes les corporations d'arts et métiers tenaient à grand honneur d'y paraître et d'y porter des torches souvent remarquables par leur exécution. Jusqu'en 1791 les écoliers du collège de Laval représentaient des scènes et débitaient des déclamations dont le sujet était tiré des livres saints , pendant la durée de la station que faisait la procession dans la chapelle de cet établissement. On croit que le roi René , qui contribua à donner aux processions de la Fête-Dieu d'Angers et d'Aix l'éclat qui les rendit célèbres entre toutes , aida à donner à celle de Laval la pompe dont nous venons Me parler. : Au Mans, à Sablé, à Beaumont, à Saint-Calais et dans d'autres localités du diocèse, les corporations d'arts et métiers figuraient dans les processions de la Fête-Dieu , et faisaient tous les ans des dépenses assez considérables pour se procurer des torches qui rivalisaient de richesse et d'ornements.

Les habitants du Mans avaient prié le Souverain Pontife d'ériger clans leur ville une confrérie du saint sacrement. Elle avait son centre dans l'église des cordeliers, et devint célèbre surtout après que Paul V l'eut confirmée (1). A l'exemple de la ville épiscopale , vingt-deux paroisses au moins obtinrent des associations semblables pour honorer le saint sacrement. La plupart de ces confréries furent des protestations contre les erreurs des sacramentaires du xvie siècle (2).

Trop souvent à côté de ces témoignages de la piété pu-

(1) Bref du 13 mars 1610. — Thiers, Traité des Superstitions, t. IV, p. 14 et 15.

(2) Voici les noms des paroisses où furent érigées des'confréries du saint sacr3ment : Assé le-Riboul, Auvers-sous-Monifaucon, Bonnétable, Chemiré-le Gaudin, Connerré, Domfront-en-Passais, Fresnay-le-Vicomte, La Ferté-Bernard, Laval, Loué, Mayenne, Noyen, Nogent le- Bernard, Notre-Dame-de-Torcé, Poullay, Sacé, Saint-Aignan, Saint-Calais, Saint- Cyr-en-Pail, Saint-Denys-de-Gastines, Sillé-le-Guillaume. — Lochet, Recherches sur l'histoire des confréries établies dans le diocèse du Mans avant 1791.

bliqne, on rencontre dans les archives du temps des traces de scandales déplorables; et nous devons en faire connaître quelques-uns afin d'expliquer les malheurs qui fondront sur notre pays et justifieront la Providence. Si nos exemples sont pris dans le clergé , c'est que les traces des scandales donnés par les prêtres durent plus longtemps. Il ne faut pas d'ailleurs oublier que l'état moral de la société est toujours beaucoup au-dessous de celui du clergé. Du reste l'autorité ecclésiastique ne faillit pas totalement à son devoir ; Pierre de Savoisy et son officiai firent renfermer dans les prisons de l'évêché trois chanoines de Saint- Pierre-de-la-Cour, deux pour des violences envers les officiers du prélat, et un troisième pour plusieurs petits vols. Sur les réclamations du doyen de Saint-Pierre , Thibault Fumery, le prélat fut obligé de lui remettre ces chanoines, et l'exemption du chapitre fut constatée de nouveau ( ! 393) , par arrêt du parlement (1).

Le chapitre de la cathédrale se trouva engagé encore une fois dans un procès avec Pierre de Savoisy à propos d'un prêtre du bas-chœur nommé Etienne du Durg, que le prélat avait fait incarcérer (1392-1395). Sur le refus de rendre le prisonnier , l'affaire fut portée devant le parlement (12 février 1395). L'évêque alors demanda à remettre la décision à l'arbitrage de l'évêque de Paris; mais le chapitre déclara qu'il voulait s'entendre directement avec lui ou avec son délégué (2). Au milieu de ces conflits, les chanoines se préoccupaient de maintenir les règles canoniques. En 1394 , ils firent défense à tous les membres du chapitre d'aller boire au cabaret ou de jouer en public au jeu de la Pelotte, sous peine de perdre leurs distributions quotidiennes. Une surveillance active était alors nécessaire: du 25 février au 7 avril 1394 , cinq prêtres du baschœur de la cathédrale furent convaincus d'adultère ou de

(1) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. H,nos 838-

(2) Archives du chapitre, registre B.-15, p. 1 et suiv.

concubinage public. L'archidiacre de Sablé (11 octobre 1396) fut accusé de viol; il voulut se défendre, et se laissa aller (5 décembre) à des violences et à des injures contre le doyen et le grand archidiacre. Malgré des punitions fréquentes, le chapitre se vit obligé, en 1400, de (aire une défense générale à tous ses justiciables de retenir des concubines dans leurs demeures, sous quelque prétexte que ce i'ùt, sous peine d'encourir la suspense, l'excommunication , le retranchement de toutes les distributions et de tous les profits qu'ils pouvaient tirer de l'Église (I). A ces désordres qui portent l'empreinte de l'état de grossièreté de cette époque, il faut joindre ce mal qui va s'enracinant de plus en plus dans le clergé : les appels au parlement. En 1394 Jean Begti, scholastique, ayant été repris sévèrement pour une faute de légèreté commise dans le choeur, en appela aux magistrats séculiers.

Cette même année 1 394 , Pierre de Savoisy , d'accord avec les chanoines, divisa une prébende canoniale en deux, pour créer deux semi-prébendes ; c'était dans le but de suppléer aux absences trop fréquentes des chanoines (2) . L'antipape Benoit XIII (1 1 février 1394) , confirma ces dispositions par une bulle (3). Il fut plus difficile à l'évêque et aux chanoines de s'entendre sur un point qui blessait les prérogatives du chapitre. Le prélat ayant donné des lettres de provision à un nommé de Colle pour un canonicat vacant, le chapitre refusa d1 l'admettre (15 avril 1393), et sur les sommations de l'oflieial du prélat , ce corps requit des arbitres, selon ses privilèges, pour leur faire entendre les raisons de son refus. On trouve à la même époque (15 septembre 1394) un abus que nous avons déjà signalé plus d'une fois. Le cardinal de Neufchastel (4) ayant été pourvu

(1) Archives du chapitre, registre B.-15, p. 1.

(2) Livre Rouge, fol. 47 r. — Ms. des Bl.-Mant.. n° 4, fol. 28 v.

(3) Archives du chapitre du Mans, registre B.-23, fol. 82i> et seq. — Ms. de la Bibliolhèquedu Mans, n«245, fol. 55r. elseq.; Q°252, fol. 13 r., fol. 35 v. ; n° 253, fol. 28 v. et seq. — Choppin, Police ecclésiastique, p. 42 et 43, trad. fr. — (4) De Novo Castro.

d'un canonicat en notre Église paya , selon la coutume, son droit de chape, montant à douze livres II est vrai que ce cardinal-chanoine établit peu de temps après (9 août 1395) un prêtre qui résidait et remplissait sa place (1).

Le 25 janvier de cette année 1394, Pierre de Savoisy rendit un aveu au roi pour le temporel de son évêché, c'est-à-dire pour la baronnie de Touvoye et l'hébergement d'Yvré-rÉvêque (2). Cet acte ne fait nulle mention de plusieurs fiefs importants qui composaient la mense épisco. pale, comme Geaulcé, Larchamp, Ségrie et Ambrières (3).

En même> temps (1394), l'évêque maintint sa juridiction sur les religieux de Saint- Vincent (A) , et peu de temps après on le voit l'exercer sur le prieur de Noyen , qui dépendait de la même abbaye.

Enfin, dans le cours de la même année 139-4, Pierre de Savoisy se rendit à l'assemblée de l'Église Gallicane réunie à Paris pour travailler à l'extinction du schisme (5). Ce schisme qui scindait la catholicité en deux ou trois obédiences, était, ajuste raison, la grande préoccupation de tous les esprits. Il entretenait une division lamentable dans l'Église et paralysait l'action des pasteurs. Ajoutons que la guerre des Anglais qui désolait encore notre pays, devait nécessairement introduire une foule de désordres. Ce fut l'honneur des chanoines du Mans de ne s'être pas laissé décourager un moment, et d'avoir, au milieu des sacriiices que leur imposaient les malheurs de la patrie (6), trouvé dans leur dévouement à leur Église le courage nécessaire

(1) Archives du chapitre, registre B.-15, p. 2.

(2) Livide Rouge, fol. 163 v., 169 v. — Archives municipales du Mans, no 807. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 40 r. — Le Corvaisier, p. 619 et suiv. — Congrès scientifique de France, XVe session, t. II, p, 242 et suiv. — Peschc, Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 357 et suiv.

(3) Livre liouge, fol. 251 v., 148.

(4) Ibidem, fol. 92 r. — Ms. des Bl.-Mant., no 4, fol. 36 r.

(5) L'abbc Concilia, t. XI, part. II, col. 2511. — Du Boulay, Historia universiiatis Parisicusis, t. IV, p. 732 et seq. — D. d'Aehery, Spicilegiurn, t. VI, p. 71.

(6) Livre Rouge, fol. 187, 193-195, et passim.

[RE DE I. EG ISE Dl MANS.

pour continuer le splen Lide édifice de la cathédrale. Loin de seconder chaleureusement la noble entreprise du chapitre, Pierre de Savoisj ne permit de l'aire 'I ss quêtes dans les paroisses soumises à sa juridiction, qu'à la condition de certaines concessions auxquelles les chanoines durent souscrire. A la fin il accorda (3 mais 1393) des in lui pences à tous ceux qui contribueraient à cette sainte œuvre par leurs aumônes (1). Les différentes classes de la société s'unirent généreusement pour cette grande entreprise ; mais le roi Charles VI surpassa tous les autres par ses libéralités; et le transsept que l'on éleva alors, celui de droite, porte sur les registres du chapitre le nom & œuvre du roi, d'ouvrage nouveau, d'ouvrage de la forge. Dès le 8 décembre de la fatale année 1392, le monarque fonda une messe basse pour être célébrée tous les jours à l'issue de matines, et une messe solennelle tous les ans le 17 août, durant sa vie, en souvenir du soulagement qu'il avait obtenu à pareil jour; après sa mort, cette fondation devait se transformer en un anniversaire. Le roi promit cent livres, c'est-à-dire environ cinq mille cinq cents francs, de rente annuelle au chapitre jusqu'à ce qu'il eût acheté un fonds de terre pour asseoir cette redevance; ce qui fut accompli sous 1 episcopat suivant (2). Le 13 mai de Tannée suivante (1393), le prince donna mille francs d'or , c'est-à-dire cinquante-cinq mille francs environ, pour l'édifice de la croisée de la cathédrale (3), et il expédiait régulièrement tous les mois des sommes dont les chanoines tenaient compte et envoyaient les reçus et les quittances à Paris. Il y avait une commission formée pour la gestion de cet argent, et l'abbé de Beaulieu gardait l'une des clefs du cotl're dans lequel il était

(1) Livre Bouge. — Archives du chapitre du Mans, registre B.-15, p.l.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, 17 kal. sept. — Biblioth. imp., fonds latin, n° 52H, B., p. 87. — Extraits des registres du secrétariat du chapitre. Ms. de l'abbé de Belin.

(3) Archives du chapitre du Mans, registre B.-15, p. I.

déposé (1) En 142!, Charles Vil, alors dauphin, accorda mille livres au chapitre pour la même fin. Le comte Louis H et Yolande d'Aragon, sa femme, qui enrichirent d'ailleurs le trésor de notre église cathédrale, le cardinal Guillaume Fillastre, et Bertrand du Guesclin, le fameux connétable, méritèrent que la reconnaissance des chanoines fit peindre leurs portraits dans les vitraux de ce transsept. On voit encore les traits des trois premiers sur la belle rosace de droite. Huit jours avant sa mort (1407), le connétable Olivier de Clisson fit une fondation dans l'église de Saint-Julien (2). Pierre de Forge légua une somme de mille livres (3) ; plusieurs chanoines, entre autres Etienne Dutertre, contribuèrent selon leurs facultés à cette œuvre religieuse et patriotique. André de Montourdel et Nicolas Cornilleau, aussi chanoines, s'employèrent a recueillir les aumônes (4). De simples artisans, comme le barbier Martin Patiz, apportèrent le fruit de leurs épargnes. On regrette de ne pas connaître le nom du maître maçon qui éleva cette construction, dont la hardiesse et l'élégance se font admirer même à côté des beautés incomparables du chœur. Justes appréciateurs de son talent, les chanoines lui assignèrent, par une délibération du 13 mai 1394-, une gratification de vingt livres ajoutées à ses salaires ordinaires qui étaient de quarante sous par semaine, pour lout le temps qu'il travaillerait à X œuvre du roi (5). La tour du xne siècle qui terminait le croisillon de gauche, fut démolie presque en entier et rebâtie telle qu'on la voit présentement.

(1) Registres du secrétariat du chapitre, janvier, juillet, août, septembre et octobre 1395; 9-6 décembre, 13 janvier 1415. — Archives du chapitre, registre B. -15, p. 4.

(2) Marhjroloyium capituli Cenomanensis, fol. 56 r. — D. Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. Il, col. 778-78°2. — Idem, Histoire de Bretagne, t. I, p. 440. — Peignot, Choix de testaments, t. II, p. 377.

(3) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, nos 556 et 559.

(4) Idem., part. II, n° 551.

(5) Arcliives du chapitre du Mans, registre B.-15, p, 3.

Le 17 février 1403, l'archidiacre de Sablé posa la première pierre du transsept de gauche, et les chanoines poussèrent si vigoureusement les travaux, que le bâtiment était, terminé et orné de ses vitraux avant I i.'iO.

A la même époque, maître Guillaume Thébard, chanoine de Saint-Julien, donna un bréviaire pour l'usage des pauvres clercs qui ne possédaient pas de livres d'offices; pour pins grande sûreté, ce précieux volume fut renfermé, selon une coutume qui n'est pas rare au moyen âge, derrière une grille de 1er scellée dans le dernier pilier du chœur, à gauche. On y lit encore aujourd'hui cette inscription :

MAGISTER GUILL. THEBARDI

El' JUS ECC. GANONICUS DEDIT ISTUD RREVIAUIUM

PRO USU INDIGENCIUM.

0RATE DEUM rRO EO.

Guillaume Thébard fit encore (1407) une fondation en l'église cathédrale à l'autel de la Trinité (I).

En même temps l'Église du Mans fut réjouie par un acte d'insigne piété envers saint Julien. Louis If, duc de Bourbon, comte de Clermont, Forez et Chàteau-Chinon, seigneur de Beaujeu et de Bombes, pair et chancelier de France, surnommé le Bon, né le 4- août 1337, était l'un des guerriers les plus illustres de son temps, et l'un des princes les plus recommandables pour la loyauté de son caractère. Étant an Mans le 18 août 1392, et touché de dévotion pour le corps de saint Monseigneur saint Julien, i! se rendit homme de corps du corps de ce saint apôtre, et s'obligea envers lui à cinq florins de rente annuelle et perpétuelle , pour être conve tis au profit de l'église du saint pontife, à la discrétion des doyen et chanoines, voulant que ses hoirs et successeurs, ducs de Bourbonnais, fussenl et devinssent hommes de leur corps du glorieux corps de Monseigneur saint

(1) Pouilté du diocèse du Mans, 1772. Ms.

Julien, et après qu'ils seraient devenus ducs de Bourbonnais, s'ils étaient âgés de quinze ans, ou sinon, aprèsqu'ils auraient atteint cet âge, ils se rendraient au Mans en personne, pour y faire reconnaissance de cet hommage au corps du saint, et paieraient chaque année les cinq florins mentionnés. S'ils n'y pouvaient aller en personne , ils enverraient un procureur, et paieraient à l'église de Saint- Julien une somme égale aux frais du voyage qu'ils devaient accomplir, sans préjudice des cinq florins. Louis de Bourbon ajoutait qu'il n'entendait pas par cet acte que lui ou ses successeurs fussent censés hommes, ou vassaux de l'évêque, du doyen et du chapitre de l'Église du Mans, ni qu'ils fussent tenus de faire autre hommage ou service que de baiser avec respect la châsse de saint Julien, offrir ou faire offrir sur l'autel du même saint les cinq florins; à quoi il obligea tous ses biens, et spécialement son duché de Bourbonnais. Ce prince fonda aussi une messe que l'on devait chanter chaque jour de la semaineà l'autel de Notre-Damedu-Chevet, excepté le lundi où elle devait être célébrée à l'autel de Saint-Julien; deux messes solennelles chaque année, le jour où la rétribution des cinq florins serait présentée, et le jour anniversaire du fondateur. Pour dotation de ces services, le prince assura aux chanoines quatrevingts livres de rente, ou un fonds équivalent (I).

Après avoir passé sous le harnais la plus grande partie de sa brillante carrière, Guy Xll de Laval s'appliquait uniquement aux œuvres de piété avec Jeanne de Laval, sa femme, veuve en premières noces du célèbre connétable du Guesclin. Ils firent de concert des fondations importantes. Ils donuèrent la terre de Saint-Léger aux chartreux de Notre-I)ame-du-Parc, et tirent construire une cellule (2).

(!) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 126 v. et seq. — Bibliotli. imp., fonds latin, n« 5211, B., p. 87 et seq. — Cfr. le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t I, p. 302.

(2) Biblioth. imp. M», des Bl.-Mant., n° 45. — Maucourt de Bourjoly,

Mémoires sur Laval, Ms., t. I, p. 307.

<6 HfSTOIRB DE L ÉGLfl B Bl M

Vers '."î(.)7, ils appelèrent à Laval Les frères mineurs conventuels ou corde li ers. Dans la huile par laquelle il ordonne aux abbés de Clermont ei de Bellebran< ne, de faire les 'mformations ordinaires, Benoit \lll déclare qu'il ne demande le consentement ni de l'évêque du .Mans, ni d'aucun autre dignitaire (1). Après avoir désintéressé \> - bénédictins de Saint-Martin, le prieur de Priz et les curés de la Trinité, le seigneur de Laval fit construire les bâtiments conventuels et I église. Celle-ci subsiste encore aujourd'hui, et n'offre de remarquable que son lambris, sur lequel sont peints les Saints de l'ordre Séraphique. Elle l'ut bénite en 1407 par Adam Chastelain, successeur de Pierre de Savoisy. Le cloître et le réfectoire de ce couvent étaient magnifiques, décorés de colonnes et de statues en marbre, de peintures et de vitraux d'une grande beauté. On peut juger de l'importance de cet édifice par un trait : en 1809 les colonnes de marbre rouge du cloitie furent enlevées de Laval et transportée? à Paris pour servir d'ornements au somptueux palais que le cardinal Fesch se construisait dans la rue du Mont-Blanc. Les sept fenêtres du réfectoire étaient ornées de vitraux exécutés en 1539 par un peintre flamand. « C'était, dit Le Blanc de ia Vignolle, un des plus beaux ouvrages de l'Europe, pour lequel voir les étrangers accouraient de toutes parts. » Le couvent des cordeliers de Laval produisit de grands fruits d'édification; jusque vers la moitié du xvme siècle il conserva sa réputation de régularité, et les religieux y étaient encore au nombre de plus de soixante à Ja fin du xvue siècle (2).

Les anciens monastères conservaient encore l'héritage des pieuses traditions qu'ils avaient reçues de leurs fonda-

(1) Livre Rouge, fol. 76 v.

(2) Recherches historiques, etc. Mss. de M. La Bcauluère, t. VIII, p. 85; t. IX, p. 9, et passim. — Maucourt de Bourjoly, Mémoires sur Laval, Ms., t. I, p. 307 ot suiv. — Choppin, Monasticou, p. 21-2. — Boullicr, Recherches historiques sur l'église de la Trinité, etc., p. "203 et suiv. — Sébaux, Notice sur Notre-Dame-des-Anges, p. -212. — Couanicr de Launay, Histoire de Lava/, p. 121.

teurs, malgré quelques tristes exceptions (1) et le relâchement général des mœurs chrétiennes. Alain du Plessis- Chastiïlon, religieux, puis abbé d'Évron (1370-1399), s'acquit par ses talents et ses vertus la vénération universelle. Il augmenta la prospérité de son monastère; il fit exécuter pour l'autel majeur de son église, un rétable d'argent, une châsse magnifique pour la relique du Saint-Lait, et un grand nombre d'ornements. Cet illustre abbé était de la paroisse de Chastillon-sur-Colmont, d'une ancienne famille du Bas- Maine. A sa considération, Charles VI prit l'abbaye sous sa protection (2). Sous Foulques de Vaux (1399-1 404) , Simon de Boiscornu (1404-1416) et Jean Brandeau (1416- 1436), l'abbaye reçut les dons du prêtre Geoffroy Ramilier, de Jeanne et de Guy XIII de Laval.

L'abbaye de Saint-Vincent était gouvernée depuis deux ans par Jean VI, lorsque Clément Vil transféra ce prélat (1390) à l'abbaye de Saint-JVlichel-en-fErm. Le Pontife désigna Gervais du Perrin pour Saint- Vincent, donna avis à Charles VI de ces changements, et nomma le cardinal d'Albano, Nicolas de Brancas , pour faire exécuter ses ordres. En chargeant le cardinal d'installer par lui-même ou par quelque évêque catholique l'abbé de Saint-Vincent, Clément déclare qu'il ne veut porter aucune atteinte aux droits de l'évêque du Mans. Il dit encore que le nouvel abbé doit jurer fidélité à l'Église Romaine, et que le cardi-

(1) Michel Hérigault, prieur de Champagne, fut renfermé dans les prisons de l'évêché pour ses désordres. Livre Rouge, fol. 95 et 96. — Mémoires pour servir à Vhistoire de l'abbaye de Saint- Vincent, Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 91, p. 938. - En 1387 des commissaires envojes par le roi tirent La visite de toutes les abbayes ei de tous les bénéfices royaux de notre diocèse. Collection D. Rousseau, n° 3731. — Le 24 mars 139S le chapitre déclara excommunié un moine de Saint- Calais, qui avait injurié l'archidiacre de Château-du-Loir, dans L'église, et maltraité un enfant de chœur qui voulait, selon l'usage, lui ôler ses éperons avant qu'ilentrât au chœur. Le moine demanda pardon. Conclusions capitulaires.

(2) Histoire des évéques du Mans, p. 2G0. — Gérault, Notice sur Évron, p. 32 et 33. — Le Paige, t. 1, p. 190.

10 BIST01RB DE I ! DU M kNS.

n.il doit le mettre en possession du spirituel etdu temporel de l'abba Gervais Perrin s'adressa au roi pour être

mis en possession du temporel. Du temps de ce prélat, on remarque qu'un grand nombre de moines lurent reçus dans le monastère (I). Il en fut de même en l'abbaye de la Couture sous Paschal Huguenot, dont nous avons déjà parlé.

Ce fut surtout par la science que se distinguèrent deux clercs auxquels le diocèse du Mans avait donné naissance. Jean de Gourtecuisse était né à Haileine vers le milieu du xiv« siècle; il fut grand aumônier de Charles VI (4408) , représentant du roi près de Benoit XIII et de Boniface IX (1402), souvent chargé de parler au nom du roi ou de l'université dans les affaires du schisme, chancelier de l'université, nommé à l'évèché de Paris, et tenant toujours une place considérable dans l'Église et dans l'État jusqu'en 14-23, époque de sa mort, arrivée au moment où il venait de s'asseoir sur le siège épiscopal de Genève (2). Ce personnage se lit une brillante réputation d'orateur. Il fut plusieurs fois appelé à prêcher en présence du Pape, des cardinaux et du roi; plusieurs fois il se fit entendre au Mans, et spécialement dans une occasion mémorable. Marie de Blois, mère du comte Louis II, ou Yolande d'Aragon, mère du comte Louis III, offrit à Saint-Julien un joyau précieux et le fit présenter par son fds. La réception donna occasion à une fête splendide, et ce futJeande Courtecuisse qui prononça le discours. La plupart des ouvrages de ce savant homme sont demeurés inédits; on n'a publié de lui qu'un traité qui a pour titre : Tractatus de fide et Ecclesia, Romano Pontifice et concilio generali (3). L'auteur y soutient

(1) Mémoires pour servir à l' 'histoire de V abbaye de Saint-Vincent, p. n-S et suiv.

(2) En Faisant des fouilles dans l'église de Saint-Pierre à Genève en 1850, on a découvert le tombeau de Jean de Courtecuisse. Voir un article de M. de Blavignac dans le recueil intitulé : Mémoires et documents publiés par la société d'histoire et d'archéologie de Genève, t. VIII.

(3) Gersonii opéra, edit. 1706, t. V.

les principes faux ou inexacts de Gerson, Pierre d'Ailly, Alemainet Major. Le reste de ses œuvres se compose de sermons (1), de questions sur l'Écriture et sur quelques points de théologie, et de harangues académiques (2).

Matthieu Ménage, né à Sablé vers 1388, lut choisi par Jean-Michel, évêque d'Angers et par le chapitre de cette ville pour les représenter au concile de Baie (1432). Ménage y soutint vigoureusement les droits de l'université d'Angers, et futenvoyé parle concile vers le Pape Eugène IV. De retour à Angers, il fut nommé chanoine de Saint-Martin de Tours (1-137); puis Jean-Michel le fit chanoine théologal de sa cathédrale (14-41). En 1 144 il fut encore député à l'assemblée de Bourges, et mourut à Angers en 1416 (3). Cette famille des Ménage, dont nous aurons encore à parler dans la suite, produisit bientôt après quelques personnages qui remplirent un certain rôle dans l'Église, comme Guillaume Ménage (1469) et Louis Ménage (1495), tous deux nés dans le diocèse du Mans (4) .

Ajoutons à ces noms celui de Raoul de la Porte. Né, comme Jean de Courtecuisse, à Halleine, clans le Passais, d'une famille noble, mais pauvre, de la Porte s'acquit une brillante et solide renommée comme professeur de théologie. Il ne fut guère moins célèbre par les harangues courageuses qu'il prononça en diverses circonstances pour les intérêts de l'Eglise et de l'Etat. Il eut même l'honneur de souffrir la prison pour avoir défendu la liberté ecclé-

(1) Les sermons de Jean de Courtecuisse sont conservés en divers manuscrits de la bibliothèque impériale, notamment dans le n° 3546 de l'ancien fonds latin.

(2) Monstreletj Chroniques, à Tan 1408 et suiv. — Chronique du religieux de Sain' -Denis, t. IV, V et passim. —Du Boulay, Historia univers! talis Parisiensis, t. IV, p. 637, 751, 754, 830, 997; t. V, p. 83, 160, 887, et passim. — Launoy, Regii Navarrensis gyrnnasii historia , lib. 1, cap. m. — Gallia Christiana, t. VII, col. TH. — Hauréau, His* toire littéraire du Maine, t. 1, p. 162; t. IV, p. 396.

(3) Gilles Ménage a écrit la vie de Matthieu Ménage en latin ; elle se trouve, en lète de son Dictionnaire étymologique.

(4) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V, p. 907.

80 histoire hé l'église dl mans.

siastique. Il mourut en ! 438, doyen de la faculté de théologie, et fut enseveli près de son ami Nicolas de Clémengis (I). Celui-ci avait refusé une prébende de l'Église cathédrale du Mans, qni lui fut offerte lorsqu'il était déjà pourvu de l'archidiaconé de l'Église de Bayeux et directeur du collège de Navarre (2).

Durant l'épiscopat de Pierre de Savoisy, l'hôpital de Coëiïbrt, qui avait dès l'origine formé une collégiale, revint à sa forme primitive par les soins de JeanWalin, religieux de l'ordre de Saint- Augustin, et nommé par le roi maître de la maison de Coëiïbrt (3). Walin éprouva une grande résistance de la part des quatorze prêtres et des quatre laïques qui desservaient l'hôpital, lorsqu'il leur proposa de revenir à la règle de Pévêque d'Hippone, qu'ils avaient abandonnée; mais il fut appuyé par Jean Dupont, officiai de l'évêque du Mans, et qui avait aussi fait profession dans cet ordre.

Les frères appelèrent de cette sentence de Tofficial au Saint-Siège, et portèrent plainte contre Walin. Le Pape délégua Gilles, évêque d'Avignon, pour régler cette affaire- Le 13 juillet 1397, le délégué apostolique continua la sentence de l'official, arrêta que sur les quatorze frères douze seraient prêtres, les deux autres laïques ; qu'ils formeraient un collège de chanoines de l'ordre de Saint-Augustin, dont ils adopteraient le costume et les usages; que les soeurs, au nombre de six, ne seraient pas reçues a\ant l'âge de quarante ans. 11 régla ce qui concernait l'office divin, et donna au maître le pouvoir d'absoudre, sans recourir à l'évêque, les frères ou les sœurs qui auraient frappé légèrement un religieux ou un clerc. Il établit enfin sur de

(1) Launoy, Régit Navarrenxis gymnasii historia, lib. II, cap. n. — Du Boulay , Historia univers itatt 's Parisiens/s, t. V, p. 309 et seq. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, l. 1, p. 175 el suiv.

(2) Nicolai de Clemengis Opéra omnia. Lugduni Batavorum, in-'»°.

(3) Eu 1330, Philippe V présenta à L'office de maître de Coëfforf , et en 1408 Louis II, comte du Maine, présenta également. Litre Rouge, fol. 255 r, et passim. — Fouillé du diocèse du Mans de 1772.

nouvelles bases les offices du maître, du chapelain-curé et les autres (I). Dans le même temps, les chanoines obligèrent les frères des Ardents à conserver sur leurs habits le pied de biche dont ils avaient été décorés dès Forigine, mais dont ils cherchaient à s'affranchir (2).

Dans la plupart des faits, même les plus importants, qui s'accomplirent sous son épiscopat, Pierre deSavoisyne prit presque aucune part. Dévoré de Fenvie de soumettre les chanoines à sa juridiction, il consuma sa vie dans des querelles qui ne tournèrent pas toujours à son honneur. Le 1er décembre 1397 le parlement rendait encore un arrêtai! sujet des plaintes portées par ce prélat contre la juridiction attribuée au chapitre (3). Après tant de difficultés, Pierre de Savoisydut accepter avec satisfaction le siège de Beauvais. 11 prêta sermentau roi le 19 février 1398, et prit possession personnelle le 25 mai 1399. Charles VI, le considérant comme fauteur du schisme qui désolait l'Église, ne voulut pas qu'il parût à l'assemblée des prélats qui eut lieu à Paris en 1398. Il fut cependant député en 140G vers Benoît XIII pour le porter à abdiquer. En 1409, il assista au concile de Pise. Le roi l'institua président de la cour des aides en 141 1 (4). En même temps l'infatigable prélat poursuivait ses procès contre le chapitre du Mans, et le 18 avril 1404 iliit citer Jean Solas, doyen, et plusieurs autres chanoines devant l'auditeur du sacré palais à Avignon, pour répondre de certaines injures et excès par eux commis contre lui et contre ses officiers. Les chanoines répondirent à cette citation en réclamant la juridiction du

(1) Livre Rouge, fol. 256 r et 258. — Pouillé du diocèse du Mans, de 1772. — Cauvin, Recherches sur les établissements de charité, etc., p. 26-28.

(2) Délibérations capitulaires, 7 septembre 139<>. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p. 5.

(3) Ms. des Bl.-Munt., n° 251, fol. 19 v.

(4) Monstrelet, Chroniques, liv. I,ch. xxin. — D. Marlot, Historia Remensis, t. II, p. 681. — Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. Il, p. 277. —Gallia Christiana, t. V, col. 588 ; t. IX, col. 756etseq.

*>2 HISTOIRE DE L'ÉGLISE IjL MANS.

chapitre; ce qui l'ut cause que le procès fut ajourna (I). Il n était pas encore terminé , lorque Pierre de Savoisy descendit dans la tombe, le 13 septembre li!2 (2).

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