‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 13 sur 66 · ÉP1SCOPAT D'ADAM CHASTELAIN · texte numérisé non relu

ÉP1SCOPAT D'ADAM CHASTELAIN

Evénements militaires dont le Maine est le théâtre. — Excès des gens de guerre; profanation des églises. — Ruine de l'abbaye de Saint-Calais et de plusieurs autres monastères. — Adam Chastelain devient évêque du Mans. — Il soutient un grand nombre de procès. — Désordres de la société. — Chapitre de Saint-Thugal «à Laval. — La confrérie de Saint-Michel veut se rendre indépendante du chapitre. — Chapitre du Gué-de-Maulny. — Le cardinal Jean Flandrin, chanoine du Mans. — Translation du chef de saint Julien. — La sous-chantrerie de l'église cathédrale. — Les conciles de Pise et de Constance. — Jean VII de Bourbon. — La famille Ouvrouïn et la collégiale de Saint-Michel à Laval. — Le dauphin au Mans. — Jean de Bussy, doyen du chapitre, favorise les Anglais qui infestaient le pays. — Châtiment d'un carme magicien et hérétique. — Travaux de construction à la cathédrale. — Bienfaiteurs de l'Église. — Le cardinal Guillaume Fillastre. — Guillaume Fillastre, évêque de Verdun. — Jacques Fillastre. — Jean Relard, évêque de Fréjus. — Guillaume et Raoul de Lucé, successivement évoques de Maillezais. — Henri d'Avaugour, archevêque de Bourges. — Robert de Roumes, évêque de Séez. — Thibault Le Moine, évêque de Séez, puis de Chartres. — Jean-Michel, évêque d'Angers. — Clercs Manceaux remarquables par leur science. — Les deux Gréban. — Louis de Bourbon-Vendôme fonde le couvent des augustins de Montoire. — État des monastères dans le dio:èse du Mans. — Ruine des biens de l'évêché et du chapitre — Procès entre les curés et leurs populations pour les dîmes \ertes et les sépultures. — Adam Chastelain députe au concile de Baie. — Mort de cet évêque.

Le long épiscopat d'Adam Chastelain ne présente que confusion dans l/Église et dans la société ; la guerre désole la province, le désordre des mœurs devient plus général,

(1) Décisions capitulaires, 18 avril 1404. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p. 12.

,(2) Gallia Christwno, loc. cit.

même dans le sanctuaire. Adam Chastelain saisit le gouvernement d'une main ferme, et entreprit de réformer tant de désordres; mais l'opposition qu'il éprouva fut peut-être cause qu'il porta quelquefois ses entreprises trop loin. On Je prit pour un esprit inquiet et contentieux; les historiens ont répété ces accusations jusqu'à ce jour; toutefois ses intentions paraissent avoir été droites.

Nous ne sortirons pas de notre sujet en rappelant sommairement les événements militaires dont le Maine fut alors le théâtre; les intérêts de l'Église s'y rattachent trop intimement. Dès l'année 1408 un enfant monstrueux étant né dans le Maine, la terreur se répandit dans la province, et de là dans tout le royaume (1). Le pays en effet ressentait tous les maux que peuvent produire deux factions puissantes acharnées l'une contre l'autre. Pierre d'Alençon, attaché au parti des Armagnacs, avait placé des garnisons dans les châteaux de Dômfront, de Saint-Cénery et de Saint-Rem y-du-Plain, et selon l'usage du temps elles vivaient de pillage. Le comte du Maine, qui tenait alors pour les Bourguignons, envoya Antoine de Craon et La Heuse pour reprendre ces places. Ils se rendirent maîtres de Beaumont et de quelques châteaux voisins. Us prirent aussi Dômfront; mais la forteresse se défendit longtemps. Le roi envoya à leur secours le connétable de Saint- Paul, qui mit le siège devant Saint-Remy-du-Plain ets'enempara par composition, le 10 mai 1412. Bientôt après ce château fut repris par le duc de Richemont , au nom du duc d'Orléans. Richemont venait de se rendre maître de Silléle-Guillaume, de Beaumont et de quelques autres places, malgré les efforts du connétable et du comte du Maine , qui de leur coté soumirent Bellème. Durant ces expéditions (1410-! -413), qui allumèrent une rivalité implacable entre les maisons d'Anjou et d'Alençon , il y eut plusieurs autres combats livrés sur notre territoire; l'un des plus

(1) Chronique du religieux de Saint-Denis , t. IV, p. 1. — Le Laboureur, Histoire de Charles VI, t. Il, p. 637.

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mémorables eut lieu près de l'étang du Gré -de -la-

C haussée (I).

Les divisions qui régnaient en France encouragèrent les vues ambitieuses de Henri V, roi d'Angleterre. Bientôt la funeste bataille d'Azincourt (25 octobre \ il ri) lui livra la Normandie. Feu après, le meurtre de Jean Sans-Peur, duc de Bourgogne, lui ouvrit Paris , et ses armées envahirent toutes les provinces en deçà de la Loire. Elles entrèrent dans le Maine en 1-417, et durant trente années consécutives elles y portèrent le ravage. Dès son entrée en France, le roi d'Angleterre avait déclaré qu'il n'en sortirait pas, si on ne lui rendait le Maine et les autres provinces qu'avaient possédées ses ancêtres (2). On prenait des précautions de toutes parts : Yolande, tutrice du jeune comte du Maine, Louis III, permit la même année à l'évêque du Mans d'élever à ses frais une tour pour garantir le manoir épiscopal, du côté des fossés de la ville, au devant de l'église des cordeliers, et le prélat s'empres?a d'exécuter ces travaux (3). Dès le mois d'octobre de la même année (1417), les troupes anglaises s'étaient rendues maîtresses de Fresnay, de Ballon, de Thoiré , de Nouans, de Loué, de Rouessé, d'Assé, de Saint-Aignan, de Saint-Paul, de Saint- Remy, de Mamers, de Dangeul, de Beaumont et de quelques autres places. Yolande conclut le 16 novembre une trêve avec le roi d'Angleterre (4); mais les garnisons, sans égard pour la trêve, commirent des excès dans les environs des places qu'elles occupaient. Brandelis de Tucé, gouverneur du Maine , se plaignit des violences et dusbri-

(1) Chronique du religieux de Saint-Denis , t. IV, p. 613, 675 cl suiv. — Jean-Juvénal des ;Ursins, Histoire de Charles VI, coll. Miehaud t. II, p. 473, 475, 477. — Histoire d'Artus III, même coll., t. 1 II! p. 186. — Monstrelet, Chroniques, vol. 1. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 451. — Idem, Preuves, etc., t. II, col. 871.

(-2) Monstrelet, Chroniques, vol. I, fol. 221 .

(3) Livre Rouge, fol. 192 r. et seq.

|4) Rymer, Acta publica,t. IV, part. III. — D. Morice, Preuve? de l'histoire de Bretagne, t. II, col. 951 et suiv.

gandages commis; il signalait entre autres manquements de foi, la prise de Sillé-le-Guillaume et de Thorigné, qui n'avaient point été conquis avant la trêve, et qui par conséquent y étaient compris (1). Les brigandages n'en continuèrent pas moins, et les Anglais s'emparèrent de Ballon, de Tonnère et de quelques autres places au mépris de la foi jurée. D'ailleurs la trêve conclue ne comprenait pas toute la population du Maine , et les gentilshommes attachés au duc d'Alençon , en particulier, n'y avaient aucune part. Aussi les hostilités ne furent guère interrompues. Le bâtard d'Alençon, André de Laval, seigneur de Lohéac , né au château de Montsûrs , et Ambroise de Loré, jeune écuyer, né au Grand- Oisseau en 1396, soutinrent le courage de nos compatriotes et firent éprouver plus d'un revers aux ennemis. Durant ce temps (1418), Isabelle de Bavière ordonna au bailli de Touraine et des ressorts et exemptions d'Anjou et du Maine, de confisquer, au profit de la guerre, les biens des partisans du dauphin son fils (2). D'autre part, Yolande ordonnait des levées de deniers sur les biens du clergé pour la défense de not? provinces de l'Anjou et du Maine (3). La trêve expirait en 1419, et l'Anglais ne voulut pas la renouveler. Le bâtard d'Alençon entreprit de reconquérir Domfront, et ne réussit pas. Il surprit Fresnay et quelques petites places aux environs. Il avait éprouvé un échec devant Beaumont-le- Vicomte ; mais Ambroise de Loré et le seigneur de Fontaines enlevèrent cette place (1419) et d'autres voisines (4). Loré fut établi capitaine de Fresnay, et chargé du commandement dans le pays reconquis sur les Anglais, où se trouvaient douze ou quinze forteresses. La même année (1419) les Manceaux essuyèrent une défaite à Villaine-la- Juhel , et s'en vengèrent bientôt après par une victoire

(t) Odolant Desnos, Mémoires sur Aiençon, t. II, p. 6.

(2) Collection D. Rousseau, n° 3832.

(3) Lettres du 12 mai 1419, collection D. Housseau, n° 3839.

(4) Monstrelet, Chroniques, vol. I, chap. clxxxui-clxxxix. — ,f.-Juvénal des Ursins, foc. cit., t. II, p. 505, 539, 455, 556, et passira.

qu'ils obtinrent sur Jos bords de la Sarthe. Loré, pour prix de sa victoire, fut fait chevalier (1). Nos Manceauxse couvrirent encore de gloire à la bataille de Baugé , où les Anglais furent défaits le 2 mars H20. Le duc de Clarence, qui éprouva cet échec, venait de traverser le Maine , et y avait commis beaucoup de violences (2). Le comte de Salishury recueillit les débris de l'armée anglaise, et arriva au Mans , avec quatre mille fugitifs, qui cherchaient à gagner la Normandie. Ils brûlèrent une partie des faubourgs, passèrent l'Huisne à la faveur d'un stratagème , et s'éloignèrent après avoir massacré les paysans qu'ils avaient trompés (3). L'abbaye de la Couture et les autres monastères furent en partie détruits (4). Au commencement de Tannée 1421 le dauphin, régent du royaume, vint dans le Maine avec une armée. Les routes étaient si dangereuses, que beaucoup d'ecclésiastiques n'osèrent pas se rendre au synode (12 mai), et leur excuse fut admise (5). Le prince s'avança jusqu'à Sablé, où il conclut un traité avec le duc de Bretagne (0). Il établit Jean de Harcourt, comte d'Aumale, lieutenant du roi au Maine, en Anjou, enTouraine et en Normandie, et lui donna le commandement de douze cents hommes d'armes et de cinq cents hommes de trait , pour guerroyer contre les Anglais (7). Le seigneur de Fontaine-Guérin fut établi capitaine du Mans (8). Durant ce temps, Évron, Vallon, Ballon, Fresnay furent délivrés, puis repris par les Anglais. Le château et la petite ville de

(1) J.-Juvénal des Ursins, loc. cit.

(2) Monstrclet, Chroniques, vol. I, fol. 306.

(3) J.-Juvcnal des Ursins, loc. cit., p. 564 et 565. — Journal d'un bourgeois de Paris, même collection, t. II, p. 667. — Monstrclet, Chroniques, vol. I, chap. ccxl.

(4) Historia Culturœ, Ms.

(5) Archives du chapitre, registre B-15, p. 26.

(6) D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 486. — Idem, Preuves, etc., t. II, col. 1091.

CI) La Roque, Histoire de Harcourt, col. 1G8» ei suiv. (8) Collection D. Housseau, n° 3845.

Montfort-le-Rotrou furent livrés à l'incendie ; Montrnirail fut pris par le régent en personne, ainsi que plusieurs forteresses des environs. Le pays, parcouru sans cesse par les divers partis, était entièrement ruiné (1).

Le comte d'Aumale et le duc d'Alençon s'emparèrent de Ballon après dix jours de siège. Le maréchal de Rieux, qui commandait au Mans , se laissa surprendre dans une embuscade aux portes mêmes de la ville, et fut fait prisonnier. Les Anglais défirent, près de Sillé-le-Guillaume, Jean du Bellay ; ils éprouvèrent à leur tour une défaite à Neuville-Lalais parla bravoure du seigneur de Fontaines, qui leur fit encore essuyer un second revers près de la ville du Mans. Ces événements sont de Tannée 4422 (2).

L'année suivante, lord Poil, frère du comte de Suffolk, ayant ravagé l'Anjou, traversait le Maine pour regagner la Normandie. Loré en donna avis au duc d'Alençon et au comte d'Aumale; ils rassemblèrent toute la noblesse de notre province au Bourgneuf-la-Forèt , et défirent entièrement les Anglais sur la lande de la Bressinière. Le général anglais fut fait prisonnier. Jacques de Montenay, Louis de Trémigon, Pierre Le Porc , Jean de la Naye , les seigneurs de Charnacé, de la Grandière, de Chambellay, des Barres, de Quarqueron , et d'autres encore eurent grande part à cette victoire. André de Laval, depuis maréchal de France sous le nom de Lohéac, se distingua dans cette journée. Il n'avait encore que seize ans, et il y mérita d'être armé chevalier. Sa mère Anne de Laval lui avait donné le commandement de ses troupes, et son aïeule Jeanne de Laval lui avait ceint l'épée de Du Guesclin, lorsqu'il vint prendre

(1) J.-Juvénal des Ursins, loc. cit. t. II, p. 564. — Charte citée dans la Revue de l'Anjou, t. II, p. 37. — Mélanges historiques, Ms. de l'abbé de Belin, p. 99. — Hume, Histoire des Plantagenet, édit. in-4°, t. II, p. 431. — Gérault, Notice sur Évron, p. 35. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alencon, t. II, p. 17. — D. Morice, Preuves, etc., t. II, col. 1086.

(2) J.-Juvénal des Ursins , loc. cit t. II, p. 567. — D. Montfaucon, Monuments de la Monarchie, t. I p. 194 et 195. — Odolant Desnos, loc. cit., t. II, p. 19.

congé (Toile. En action de grâces du courage que son iils avait montré dans la bataille , Anne de Laval donna une châsse d'argent pour les reliques de Saint-Thugal, et fonda la chapelle du château de Laval (I).

Les Anglais se relevèrent bientôt de cet échec à la hataille de Verneuil au Perche, le 17 août 1423. Cependant plusieurs de nos chevaliers, de Loré, et les seigneurs de Songé, de Montenay, de Beauveau et d'autres se battirent avec leur bravoure ordinaire. Après cet avantage, le duc de Bedfort, qui commandait pour le jeune roi d'Angleterre, envoya Salisbury pour achever la conquête du Maine. Pierre Le Porc, capitaine de Mayenne, fit subir aux Anglais une perte assez considérable dans cette marche; mais le Mans n'en fut pas moins assiégé par des forces importantes et de l'artillerie (2). Voici en quels termes Monstrelet rapporte ce siège. «Item, après que le comte de Salsebery eut conquis la forteresse de Rambouillet, il alla mettre le siège entourla ville du Mans Sainct-Julian, où il fut certaine espace de temps combattant ceux qui dedans estoient de toutes parts à force de ses enjins , et tant que

1) Monslrelet, Chroniques, vol. II, loi. 4. — Jean Chariier, Histoire de Charles VU, p. a. — Mémoires concernant la Pucelle d'Orléans, collection Michaud, t. III. — Le Beau, Histoire de Bretagne, p. 463. — Hiret, Antiquités d'Anjou. — Maucourt de Bourjoly, Mémoires sur Laval, t. I, p. 351-354. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 491. — Bodin, Recherches sur l'Anjou, t. I, p. 543. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 125.

(2) Les historiens ne sont point d'aeccord sur la date précise de la prise du Mans. Le Corvaisier dit qu'elle capitula le 20 juillet; d'autres, le 10 août; le P. Daniel, le 10 ; D. Morice, Histoire de Bretagne^ t. I, p. 493, fixe cette date avant la bataille de Verneuil, qui se donna le 17 août ; Polydore Virgile recule la prise du Mans au 15 août l'»25. cl c'est à peu près le sentiment de Monslrelet; Chroniques, vol. IL 27 r. Pour nous, nous pensons que le Mans se rendit en l'année 1'i25, d'après les Délibérations capitulaires du chapitre de Saint-Julien que nous citons plus bas, et d'après le Cartulaire de Saint- Vincent, Bibliotb. imp. De plus, d'après ce dernier monument, le siège commença le 20 juillet, et la place se rendit le 10 août, (bidem, p. *. 11 ne faut pas oublier que L'année commençait à Pâques.

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les habitans iTicelle ville et cité non espérans avoir secours commencèrent à traicter avec ledict comte de Salsebery. Et mesmement pour ledit traicté avoir, allèrent par devers luy l'évesque de la ville, et avec lui aucunes gens d'Église: et en grande humilité supplièrent audit comte, qu'il les voulsist prendre à mercy pour eschever l'effusion du sang chrestien. Et lors iceluy comte s'inclina à leurs prières et requestes, et conclud avec eux par tel si, qu'aubout de huict jours ensuivans , ils rendraient leur ville en son obéissance avec tous les habillemens de guerre que dedans avoient, au cas qu'à ce jour n'avoient secours du roy Charles, ou de ses commis : et ceux qui vouldroient faire serment, et demourer en l'obéissance du roy Henry , auroient franchement tous leurs biens : et sur ce baillèrent bons hostages d'entretenir ledict traicté: mais pourtant qu'au jour dessusdit ne furent secourus , rendirent ladicte ville en la main du comte de Salsebery, lequel la garnit très-fort de ses gens : et puis retourna à Rouen par devers le duc de Bethfort (1). » Le Mans avait alors pour capitaine le seigneur Jean de Tucé , qui y commandait au moins depuis l'an 1411 (2). Salisbury accorda volontiers des lettres de protection et de sauvegarde aux abbayes et chapitres qui en demandèrent (3). Néanmoins la domiuation de ces étrangers porta de vives atteintes aux immunités et à la liberté du clergé. Par une délibération du 7 janvier 1426, les chanoines de Saint-Julien déclarèrent que les membres du chapitre qui s'étaient absentés à raison du siège perdraient leur droit au double cierge, et qu'ils ne seraient point nommés aux bénétices vacants (4). Les chapitres de Saint-Pierre -de -la -Cour et de Saint-Michel furent inquiétés au sujet de la garde des murs de la ville à

(1) Monstrelel, Chroniques, vol. II, fol. 2b et 27.

(-2) Lettres (Je Charles VI à Patry Le Yayer, seigneur de Peschèrc , en date du 25 mars 1411. BiblioLh. iuip., collection Dangcau, t, III, fol. 191.

(3) Bibliotli. inip., ancien fonds latin, n» 5475. p. 28.

(•4) Délibérations capitUlaires, au 7 janvier 14M.

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laquelle on voulait les astreindre. Le chapitre de Saint- Julien lui-même ne fut pas à l'abri de ces vexations; le 13 de la même année ses biens furent saisis, parce qu'il avait défailli à la garde, et les chanoines résolurent de se pourvoir par monitoire contre les détenteurs. Enfin, au mois de mars de Tannée suivante, le clergé proposa de fournir deux hommes chaque nuit pour la garde, et il paraît que cette condition fut acceptiV.

Après la prise du Mans , les Anglais s'emparèrent successivement de Sainte-Suzanne défendue par Arnbroise deLoro, de Mayenne défendue par Pierre Le Porc, de la Ferté-Bernard, où commandait d'Avaugour, et d » • quelques autres places. Fastrol, capitaine anglais, prit les châteaux de Tennie, de Beaumont-le-Vicomte, deSillé-le-Guillaume et le fort de Saint-Cénery. Quoique la province lut tombée presque tout entière sous le joug des ennemis , chacun de leurs avantages avait été chèrement acheté, et tout en succombant, nos guerriers se couvrirent de gloire.

Le duc de Bedford, oncle et tuteur du jeune Henri VI, se fit donner les titres de régent du royaumede France, de duc d'Anjou et de comte du Maine. Il reçut encore le vicomte de Beaumont, le comté de Mortagneet le duché d'Alençon(l). Thomas de Montaigu , comte de Salisbury , prenait la qualité de comte du Perche (2). Ainsi les Anglais se regardaient comme maîtres de notre pays; il y avait cependant encore quelques chevaliers pour leur disputer cet avantage. Arnbroise de Loré leur fît essuyer une défaite près d'Ambrières. Il prit d'assaut le château du Lude, Ramefort, et contribua à la prise de Malicorne et de quelques autres places. Ce furent surtout les seigneurs de Beaumanoir et de Retz qui enlevèrent Malicorne , dont ils passèrent la garnison au fil de l'épée (3). Ces événements

(1) Otlolant Desnos, Mémoires sur Alençon, t. II, p. 23.

(2) Biblioth. imp. Cartulaire de l'abbaye de Perscigne, fonds latin, n« 5475, p. 28.

(3) Mémoires sur la Pucelle d'Orléans. — Histoire d'Artus III. —

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s'accomplirent de 1423 à 4425. Sablé, encore au pouvoir des Français , était devenu l'un des centres de la province (I). Les châteaux de Saint-Ouen-des-Toits, de Montsûrs, de Meslay et de la Gravelle furent pris par Fastrol et Bedfort, qui y exercèrent de cruelles représailles (2).

Les habitants du Mans s'étant entendus avec les seigneurs deLavardin, d'Orval,deLucé,deMallidor, de Montfaucon, duBoulay, de Mondan, de l'Espinay, de Beauvais, de Créance, de Saint-Aignan, deTucé, de la Roche-Talbot, de la Freslonnière, de Thouars, et autres, introduisirent des Français dans la vilJe. Le comte de Suffolk se retira dans le château. N'ayant des vivres que pour trois jours, il fît avertir de sa situation Talbot, qui commandait à Alençon. Celuici, le plus grand homme de guerre des Anglais à cette époque , rassembla toutes ses forces , pénétra par la porte Saint-Vincent , qui était restée aux Anglais, et fondit inopinément sur les Français. Ceux-ci furent chassés du Mans aussi promptement qu'ils s'en étaient rendus maîtres. Un auteur contemporain dit qu'ils exercèrent de grandes violences dans la ville, et que la population qui les avait appelés se tourna contre eux. Quoi qu'il en soit, le comte de Suffolk fit une exacte recherche des auteurs de la conspiration, et leur fît couper la tète devant une porte de l'église cathédrale, sur une grande pierre dont les fruitières et les laitières se servaient pour exposer leurs denrées , et que l'on nommait la pierre au lait. Introduits au Mans le mardi de la Pentecôte 14-28, les Français en furent chassés le vendredi suivant (3). Dans le même temps, Ambroise de Loré emporta d'assaut la Ferté-Bernard et Nogent-le- Rotrou (4). Voulant entreprendre le siège d'Orléans (1428),

Jean Chartier, Histoire de Charles VII, p. 12, 14, 732 — Dom Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 501. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alençon, t. H. p. 24.

(1) Histoire d'Ar lus III, p. 197, collection Michaud.

(2) Ibidem, p. 195.

(3) Journal d'un bourgeois de Paris, p. 250, collection Michaud. — Bonrdigné, Chronique aggrégative d'Anjou et du Maine, fol. 138.

(4) Odolant Desnos, Mémoires sur Alençon, l. Il, p. 25.

92 HISTOIRE l»i; [/ÉGLISE WJ MANS.

Salisbury lit raser les fortifications de Mamers, de Saint- Paul- le-\'ic<>mte et d'autres places du pays, dont les garnisons pouvaient l'inquiéter (1).

Retz et Beaumanoir tâchèrent de surprendre de nouveau h1 .Mans; mais ils furent vivement repoussas par Talbot, qui commandait en l'absence de Sufïblk. Peu après (2), Talbot prit Laval par escalade le 0 mars 1 428. Le château se rendit par composition six jours après , et André de Laval se trouva au nombre des prisonniers. Cette ville fut reprise l'année suivante par les Français, sous la conduite de Uaoul du Bouchet, de Bertrand des Ferrières, et des seigneurs du Hommet, de la Haye et de Tucé. Ils y pénétrèrent par la connivence du meunier de Bellaillé, Jean Fouquet. En action de grâces de cette délivrance, arrivée le 25 septembre 1429, on célébrait tous les ans une procession très-solennelle, passant sur les lieux qui avaient été le théâtre des événements. Cette procession n'a pas été rétablie depuis les troubles de la fin du xvme siècle (3). Durant le temps qu'ils étaient maîtres de Laval, les Anglais brûlèrent les châteaux de Saint-Ouen , de La Gravelle et de Montjean, au mépris d'une trêve conclue.

Ce fut alors que Jeanne d'Arc fut envoyée par le ciel pour le salut de la France , et Ambroise de Loré reçut ordre du roi d'accompagner l'héroïne. Il s'attacha à ses pas, et se fit remarquer a ses côtés dans les faits d'armes les plus glorieux. Guy XIV de Laval, qui avait aussi secondé les exploits de la vierge de Domremy, rendit un témoignage célèbre à sa mémoire, et attribua à un miracle la délivrance d'Orléans (i). Jean Armange , lieutenant de Loré, et Henri Blanche, Breton, défendirent vaillamment

(1) Otlolant Desnos, op. cit., t. II, p. 27.

(2) Selon le Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent, h la Biblioth. imp., Laval fut pris le 20 mars 1427.

(3) L'art de vérifier les dates, t. XIII, p. 126. — Gouanier de Launay, Histoire de Laval, p. 164 et suiv.

(4) Mémoires sur la Puce/le d'Orléans, p. 11, 113, 120, 140, et passim., collect. Michaucl.

le château de Saint-Cénery (1). Richemont entreprit d'enlever Fresnay-le-Vicomte, et lut repoussé. Loré ayant été instruit que les Anglais accumulaient leurs forces autour de Saint-Cénery, accourut pour délivrer la place avec le seigneur du Bueil. Pendant qu'il était logé à Beaumont et à Vivoin, les Anglais tombèrent inopinément sur les troupes qui étaient à Vivoin, et il s'y livra un des combats les plus mémorables de cette guerre par le courage que Ton déploya de part et d'autre. Enfin la victoire demeura aux Français (2) .

C'était l'usage à cette époque de planter un grand arbre à la porte de ses amis le premier jour de mai. Cinq cents hommes de la garnison de Fresnay vinrent planter le mai à la portée du canon de Saint-Cénery. Dès que Loré en fut informé , il sortit à la tête d'une partie de sa garnison, fit arracher l'arbre, et donna ordre à quelques coureurs d'aller le planter devant Fresnay. Il les suivit de près , attira les ennemis dans une embuscade, et leur lit subir un rude échec. Enfin après une lutte héroïque , n'étant plus qu'un monceau de ruines, le château de Saint-Cénery se rendit (1434) (3). Le comte d'Arundel, qui reçut sa soumission, conduisit aussitôt son armée devant Sillé-le-Guillame. Il enleva cette place par surprise, emporta Beaumont et se retira au Mans. Peu après il se mit à parcourir la campagne à la tête d'une nouvelle armée , prit le château de Meslay, pénétra jusqu'en Anjou, assiégea le fort de Saint-Laurentdes-Mortiers, et ne se retira en Normandie qu'après avoir promené partout le ravage et l'incendie. Il y eut en même temps un grand nombre d'engagements entre les deux partis qui parcouraient la province , comme à Sillé-le- Guillaume, à Sablé, à Lassay, à Ambrières, à Château-du-

(1) Mémoires sur la Puce/le d'Orléans. — Histoire (VArtus III. — Jean Chartier, Histoire de Charles VII, p. 37 et suiv.

(2) Histoire d'Artus III, p. 200 ot suiv. — Blondeau, Portraits des hommes illustres du Maine, p. 37. — Le Gorvaisier, p. 693. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alençon, t. II, p. 41 et suiv.

(3) Monstrclet, Chroniques, vol. II, fol. 100.

«Il HISTOIRE DE L*É H.ISI D

Loii , à Hennés , à Loupfou gères , h Sainte-Suzanne et en d'autres Lieux. D'ailleurs tes mêmes places étaient ordinairement prises et reprises plusieurs fois , sans que les historiens aient marqué distinctement ces événements dont

la succession est difficile à établir.

Pour obéir aux ordres de Charles VII, André de Laval et Ambroise de Loré durent porter leurs épées en d'autres provinces. Ambroise de Loré mourut prévôt de Paris en J -446. On dit qu'il remplit avec zèle les fonctions que lui avait confiées Charles VII; mais un historien, dévoué au parti contraire, il est vrai, l'accuse d'avoir favorisé par son exemple et sa connivence la dépravation des mœurs si universelle à cette époque (1). Quant à André de Laval, nous aurons occasion d'en parler de nouveau; car les Anglais demeurèrent maîtres de la province durant longtemps encore.

Au milieu de bouleversements si continuels, la religion souffrit beaucoup. Accoutumés à vivre de brigandage, les hommes d'armes contractèrent des habitudes de dépravation. Le Maine vit trop longtemps dans son sein l'indigne Gilles de Laval , maréchal de Retz , dont le souvenir est demeuré dans la mémoire des peuples (2). Les excès commis par les routiers, écorcheurs, rotondeurs, et en général par les troupes irrégulières qui composaient encore la majeure partie des armées, ne sont guère moins effrayants (3). On vit au Mans les troupes royales exercer des vexations que l'on ne pouvait attendre que des ennemis (4-). Grand nombre d'églises furent profanées, ruinées,

(1) Journal d'un bourgeois de Paris, collect. de Michaud, t. III, p. 297.

(2) Biblioth. imp., fonds Saint-Germain, n° 572, Ms. in-fol.de 308 p., contenant le procès de Gilles do Retz. — Armand Guéraud, Notice sur Gilles de Retz; Nantes, 1855. — De Girardot et Vanakère de Stalins, Procès de Gilles de Retz, publie' d'après le manuscrit original, etc. Nantes, 1856.

(3) Pierre Clément, Jacques Cœur et Charles VII, t. I, p. 107-133 » t. Il, p. 193-265.

(4) Journal d'un bourgeois de Paris, collect. Michaud, t. III, p. 250.

livrées à l'incendie. Dès 1364 l'abbaye de Saint-Calais avait été saccagée par les Anglais, qui en avaient fait estable , usitation de pilliars et autres mauvais gens , selon l'expression des lettres de Charles V. Pour se mettre à l'abri de nouveaux désastres , les moines entourèrent leur monastère de fossés. Le comte de Dammartin, seigneur de Saint-Calais , ne voulait pas endurer une forteresse audessous de son château , et menaçait de faire abattre les remparts déjà élevés, lorsque le roi prit heureusement la défense des religieux. Malgré ces précautions, l'abbaye fut incendiée une seconde fois, et en partie détruite. L'abbaye de Lonlay et presque toutes les églises du Passais furent saccagées à diverses reprises; la Couture , Saint-Vincent, le prieuré de Solesmes, et presque tous les monastères situés à la campagne subirent le même sort. Le chapitre de Mayet, l'une des plus importantes prévôtés de Saint- Martin de Tours , fut détruit et ne se releva jamais depuis (1).

Le Maine faisait encore partie de l'apanage de Louis II en 1398. En 1417 , il passa à son fils aîné Louis III , et en 1434 il échut à René, duc de Lorraine et de Bar, second fils de Louis II. Au comté du Maine, ces princes réunissaient le duché d'Anjou , le comté de Provence et la prétention aux royaumes de Naples, de Sicile et de Jérusalem. De ces vues ambitieuses, ils ne retiraient que la fatigue d'expéditions sans résultats et la ruine de leurs provinces. Louis H surtout est connu par ses exactions. Après avoir été chassé du royaume de Naples en 1399, il parcourut le Maine, l'Anjou et la Provence, enlevant tout ce qu'il pouvait, dans le but de tenter une nouvelle conquête (2). Sept ans plus tard, il s'empara par violence de l'argent des

(1) Bibliotb. imp., résidu Saint-Germain, n° 5. p. 101, 102. — Ibidem, n° 583. — Bibliot. du Mans, nos 91 et 91 bis. — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 34. — Caillebotte, Essai historique sur Domfront, 4e édit., p. 18 et 19. — Le Paige, t. II, p. 4, et passim.

(2) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. II, p. 749.

96 HrSTOIRE DE L'ÉGLISE DU >■ ■■

tailles dans le Maine et l'Anjou (1). En 1431, le roi René ayant été l'ait prisonnier à la bataille de Bulgné ville, leva deux cent mille florins d'or sur nos provinces pour racheter sa liberté (2).

Notre pays se trouvait dans les circonstances pénibles que nous venons d'esquisser, lorsqu'Adam Chastelain en reçut le gouvernement spirituel. On ne connaît ni la famille de ce prélat (3) ni le lieu de sa naissance. Les historiens le font naître à Laon (4), à Lyon (5), à Noyon (6) et au diocèse de Bayeux (7). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il possédait la prébende dite de Cessy en l'église cathédrale de Bayeux, et la dignité de sous-chantre lorsqu'il fut appelé sur le siège de saint Julien (8).

L'affaire du grand schisme préoccupait tous les esprits au moment où le bâton pastoral fut remis aux mains d'Adam Chastelain. Afin de contraindre les compétiteurs à rendre la paix à l'Église, Jean de Courtecuisse proposa, en 1397, la soustraction d'obédience, moyen auquel s'attacha, dès 1308, Marie de Blois , qui gouvernait le Maine au nom de son fils mineur (9). Bientôt après elle reconnut Benoît XIII pour Pape légitime (10).

Dans les réunions nombreuses du clergé de France qui eurent lieu à l'occasion de ce? troubles, Jean de Courte-

(1) J.-Juvénal des Ursins, Histoire de Charles VII, p 443.

(2) Bodiu, Recherches historiques sur l'Anjou, t. I, p. 553 et 556.

(3) Armoiries d'Adam Chastelain : D'azur au château d'argent, couvert et girouette de trois girouettes de même. — Le sceau d'Adam Chastelain représente cet évêque, en habits pontificaux, à genoux devant saint Julien, et recevant sa bénédiction.

(4) Ms.de la bibliothèque du Mans, nos 97, 206 et 245. — Le Corvaisier, p. 631. — Hermant, Histoire du diocèse de Bayeux, p. 368. — Ms. de Gaignières, n° 170. — Gallia Christiana. t. XIV, col. 409.

(5) Renouard, Essai historique sur le Maine, t. I. p. 384.

(6) Archives du chapitre du Mans, registre B-25, fol. 72 r.

(7) D. Denys Briani, Cenomania.

(8) Hermant, loc. cit.

(9) Dupuy, Histoire des Templiers et du grand schisme, p. 299.

(10) Idem, ibidem, p. 307.

cuisse et surtout Guillaume Fillastre remplirent des rôles principaux. Quant à Adam Chastelain, il s'occupait à réformer la discipline dans son diocèse. Ses tentatives à ce sujet et ses prétentions, poussées quelquefois un peu trop loin, lui tirent entreprendre des procès presque contre tous les chapitres, monastères et corporations du diocèse , souvent même contre de simples particuliers. C'était d'ailleurs l'esprit du temps. Les détails de ces différends seraient fort utiles pour la connaissance des mœurs ; mais ils sont en si grand nombre, que nous nous contenterons d'indiquer les traits principaux. Dès la première année de son épiscopat, Adam Chastelain lit intimer l'archevêque de Tours par devant le parlement de Paris, se plaignant que ledit archevêque connût en première instance des causes pendantes dans l'officialité du Mans(l). Le différend dura sept ou huit ans, et l'évèque du Mans obtint en 1399 et 1406 des rétractations de l'official de Tours, et même de l'archevêque en personne (2). En 1-400, Gervais de Firal, vicomte de Domfront-en-Passais, lut contraint de remettre entre les mains cle l'évèque du Mans les biens du curé de Juvigné, qui s'était homicide lui-même (3). Afin de se maintenir en possession de la juridiction sur l'abbaye de Saint-Vincent et sur les prieurés qui en dépendaient , notre prélat soutint un procès qui dura seize années. Il y eut à diverses reprises des concordats arrêtés de part et d'autre ; mais enfin Adam Chastelain fit rendre par le parlement un arrêt qui lui donnait gain de cause (i). En 1401 , l'archidiacre de Montfort fut obligé à reconnaître qu'il n'avait aucune juridiction dans son archidiaconé , mais qu'il avait seulement le droit d'en faire la visite et d'adresser son rapport à l'évèque (5). Une cause de même

(1) Livre Rouge, fol. 50 v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 30 v.

(2) Ibidem, fol. 53 v. — fol. 58 r.

(3) Ibidem, fol. 160. v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 40 r.

(4) Ibidem, fol. 92 r. 94 v, 95 v, 9G, 245 v, et passim. — Ms. de la bibliothèque du Mans.

(5) Ibidem, fol. 4fi v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 28 r.

! S I1I8T0IUE i'L [/.ÉGLISE l»l MAhi.

nature fut terminée L'année suivante (1-402) : le grand

archidiacre André convint qu'il n'avait aucune juridiction dans son arcliidiaconé, et d'autre part l'évêque consentit à ne plus donner aucune provision d'églises dans le ressort de ce dignitaire sans sa présentation (1). Cette multitude de procès éveillait les soupçons. Adam Chastelain s'étant présenté à l'abbaye de Clermont (1402), monté sur sa mule, et accompagné de sa famille et d'un certain nombre d'hommes à cheval, les moines, l'abbé étant absent, refusèrent de lui ouvrir les portes, quoiqu'il les eut fait prévenir de sa visite. L'évêque protesta ; mais il ne parait pas qu'il ait rien obtenu contre ces religieux, qu i étaient probablement exempts (2). Adam Chastelain fut plus heureux dans quelques différends (1402) avec les baillis du comte Louis II, au sujet des péages qu'ils vou laient exiger des officiers du prélat et des vassaux de l'évêché (3). Louis 11 reconnut aussi (1408) les droits de revécue sur l'hôpital de Coëffort, en lui présentant un sujet pour les fonctions de maître de cet hospice (4). En l'année 1402, l'évêque avait été obligé de désavouer devant le parlement quelques-uns de ses officiers qui avaient entrepris sur les droits du chapitre (5).

L'année 1103 ne vit pas éclore un moindre nombre de débats semblables. Le doyen ayant élevé des prétentions à la juridiction sur tous les clercs séculiers ou réguliers de la banlieue du Mans (6), par provision et à raison de son décanat et de son archidiaconé, il fut convenu entre les parties de regarder comme non avenues les procédures commencées par le doyen (7). Par un second

(1) Livre Rouge, fol. 45 v.— Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 28 v.

(2) Ibidem, fol. 220, 223 v. — Ms. des Bl.-Mant, D . 4, fol. 42 v.

(3) Ibidem, fol. 159, 170 p. — Ms. des Bl.-Mant., ofi 4, fol. 40 v.

(4) Ibidem, îol. 255 p.

(5) Arrêté du 4 août 1402. Livre Rouge, fol. 31 r. — Ms. des Bl.- Mant., il0 4, fol. 26 r.

(G) Il s'agissait du prieur -curé de Milesse de Tordre de Saint- Benoît.

(7) Livre Rouge, fol. LI42 r.

ADAM CT1ASTELAÏN. 99

concordat, le même dignitaire renonça à ses prétentions sur les causes matrimoniales (1). Pierre de Chastillon, abbé du Gué-de-Launay, fut obligé à reconnaître la juridiction de l'évêque du Mans (2). Ce prélat (1407) fit la visite du monastère (3), et l'abbé n'ayant pu se rendre au synode (440n),fit agréer ses excuses (4). Par un accord homologué au parlement de Paris (1404), l'évêque du Mans et la comtesse de Vendôme convinrent d'anéantir les poursuites laites entre eux au sujet des clercs soumis à la comtesse «'ans la seigneurie de Savigné-sur-Braye, qui avaient été emprisonnés par le prélat (5).

Aux assises tenues au Mans l'année suivante (4406), le procureur du comte du Maine se désista de son opposition à l'exercice de la juridiction du prélat sur l'hôpital des Ardents (6). Un arrêt rendu au nom de Charles VI maintint l'évêque du Mans en la. possession de faire visiter ies lépreux ou mêsels. Un cordelier nommé Yvei, maître de rhôpitai Saint -Ladre, au faubourg Saint -Gilles, s'arrogeait ce droit de visite, et exigeait une rétribution de vingt-cinq sous tournois, tandis que l'évêque n'en prenait que cinq, c'est-à-dire environ treize francs de notre monnaie actuelle. On étendait les malades que Ton visitait ainsi sur une table de marbre conservée dans une maison de la rue Dorée, et qui appartenait à l'hôpital. L'évêque on son officiai pouvait séquestrer dans toute L'étendue du diocèse celui que les médecins avaient reconnu être vraiment atteint de la lèpre. Il pouvait aussi condamner à une amende celui qui avait faussement accusé un autre d'être atteint de cette maladie. A la fin, les frères qui desservaient l'hôpital Saint-La Ire etlemaitrelui-même reconnurent la juridiction de l'évêque. Commencée en 1399, cette affaire

(1) Livre liouge, fol. 24 ! p.

(2) Cartulaire Verd de ïévéché du Man\ fol. 24.

(3) D. Denys Briant, Cenomania.

(4) Idem, ibidem. — Le Corvaisier, p. 637.

(5) Livre Rouge, fol. 274 v.

(6) Ibidem, fol. 192 r.

se termina en 1405 (1). Par différents arrêts rendus au parlement ( I 400 , 1-ilO) et après des procédures qui durèrent au moins douze ans, l'abbaye de la Couture et les prieurés qui en dépendaient (2) furent condamnés à reconnaître la juridiction de l'évéque (3), et l'abbé dut assister aux synodes diocésains (4). Adam Chastelain eut un long procès contre l'abbaye de Marmoutier pour la nomination à la cure d'Ahuillé, dont il voulait s'emparer. La cause fut plaidée au Mans, à Tours et à Avignon, et il obtint gain de cause (5). Il passa un accord (1410) avec le prieur-curé de Louvigné, membre de Marmoutier, au sujet du droit de procuration, qu'il porta jusqu'à dix sous tournois (6), c'est-à-dire vingt-deux ou vingt-trois francs au pouvoir actuel des monnaies.

Adam Chastelain soutint contre le chapitre de Saint- Pierre-de -la-Cour, un procès qui dura vingt- deux ans au moins. Il prétendait obliger le chapitre à assister à toutes les processions générales ordonnées par lui ou son vicaire, et à le reconduire jusqu'à l'église cathédrale. Les chanoines de Saint-Pierre alléguaient leur exemption, qui remontait jusqu'à l'origine de leur Église, leur titre de chapelle royale, enfin les conventions arrêtées en 1229 avec l'évéque Maurice. L'affaire fut portée aux Requêtes, puis au parlement, où l'évéque obtint, en 1413, une sentence favorable à ses vues. Cependant Adam Chastelain ayant indiqué une procession générale pour rendre grâces à Dieu de la paix du royaume, et le clergé s'étant rendu à l'église de Saint-Pierre , avec la relique du vêtement de

(1) Livre Rouge, fol. 220 v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 42 v. — D. Briant, Cenomania. — Le Corvaisier, p. 634-636. — Cauvin, Recherches sur les établissements de charité, p. 54.

(2) 11 s'agissait surtout des prieurés de Fontenay et de Cossé-cn-Champagne.

(3) Livre Rouge, fol. 81 r. 96 v, et 246. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 34 r.

(4) Ibidem, fol. 96 v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 36 r.

(5) Ibidem, fol. 36. — Ms. des Bl.-Mant. n° 4, fol. 26 v.

(6) Ibidem, fol. 237 r.

Notre-Seigneur donnée depuis peu de temps à l'église cathédrale par le cardinal Guillaume Fillastre, les chanoines de Saint-Pierre n'obéirent pas à l'arrêt du parlement. Enfin en 4 431 et 4435 il y eut une transaction. Le chapitre de Saint-Pierre s'obligea à assister aux processions générales et à accompagner l'évêque à la Fête-Dieu et le jour de Ja Translation de saint Julien, mais seulement jusqu'à l'église des Ardents (4). En 4433, un huissier de Saint-Pierre-de-la-Cour ayant été pris hors des chaînes, fut renfermé dans les prisons de l'évêque; les chanoines commencèrent d'abord des procédures , puis ils se désistèrent et.- l'évêque fit remise de l'amende (2).

Après une procédure qui avait duré plus de vingt ans, l'évêque du Mans et Jean II, duc d'Alençon, passèrent un accord (4415-4435) par lequel le vicomte de Domfront fut absous ad cautelam de l'excommunication lancée contre lui par l'otïicial du Mans, pour avoir retenu en prison un clerc que l'évêque réclamait, et que le vicomte refusait de relâcher à moins qu'on ne lui payât les frais du cri de haro (3). En 4423, Charles VI permit à l'évêque du Mans de faire assigner au premier parlement l'archidiacre de Sablé, qui voulait disposer de la cure de Fromentière (4). En 4432, Adam Ghastelain obligea encore l'archevêque de Tours à désavouer certains actes arbitraires de ses officiers , qui avaient entrepris sur la juridiction de notre prélat et violé quelques formes de chancellerie (5). L'année suivante (1433), Adam Ghastelain contraignit les chanoines de Château-lHermitage à se soumettre à sa juridiction, malgré une bulle d'Eugène III qui leur accordait l'exemption (6). Il soutint en même temps des procès

(1) Livre Rouge, fol. 296 r. — Mémoires pour servir à l'Histoire du chapitre royal de Saint-Pierre-deda-Cour,Ms.,f. 157. — D. Briant, Cenomania.

(2) Ibidem, fol. 237 v.

(3) Ibidem, fol. 40 r. et 224 r.

(4) Ibidem, fol. 244.

(5) Ibidem, fol. 224 v. et 232 r. — Ms. des Bl.-Mant., fol. 43 v. (<•>) Ibidem, fol 238 r.

î(>2 HISTOIRE DE L ÉGLISE Dl MANS.

contre le duc rTAlençon pour la présentation aux cures «Je Sauvagère etdeSaint-Mars-dë-Graine; contre l'ahbaye de Vézelay pour le prieuré d'Oizé; contre les moines de Saint- Victeurj l'abbaye de Beau lieu et autres communautés. Nous ne nous y arrêterons pas; ces détails nous entraîneraient trop loin; d'ailleurs il s'y agit souvent d'intérêts parement temporels ({).

Les débats entre A dam Ghastelain et le chapitre de l'église Saint-Julien offriraient matière à de curieuses révélations : contentons-nous d'indiquer les principales phases de ces débats. En 1401, (es chanoines furent obligés d'agir juridiquement contre le prélat, parce que l'un de ses appariteurs était venu citer un particulier dans une maison de 'a régale du chapitre* Après une année de procédures, révoque désavoua devant le parlement les entreprises de ses officiers {%. Il n'y eut pas uniformité dans la manière de voir ou au moins d'agir de noire évèque en ce qui regarde la juridiction du chapitre. En 1404, il la reconnut ouvertement, et il envoya son officiai et son promoteur demander aux chanoines de faire publier et fulminer solennellement, à l'aigle, dans leur église, un monitoire contre un particulier qui avait maltraité son secrétaire (3). Cinq ans plus tard, l'évoque et les chanoines portaient devant le parlement un différend qui existait entre eux au sujet de la juridiction et de l'administration de l'hospice d.es Ardents , et autres intérêts. En 1440, ils convinrent d'un compromis. L'évêque céda les droits qu'il prétendait sur les Ardents; il fit une remise entière des deux cents livres de cire que les chanoines étaient obligés de lui payer tous les ans. De son coté le chapitre céda au prélat

(1) Livre Rouge, fol. 85 v, et passim. — Ms. des Bi.-Mant., u° I . '• v, et passim.

(2) Délibérations capitulaires du h novembre 1401, du 1er février 140-2 : u. s ) — Archives du chapitre du Mans, registre lî-îo, p. 10 et 11. — Livre Rouge, fol. 31 r. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 26 r.

(3) Délibëratio • .. faires du 16 et du 28 novembre 1404. — Archifes tre B-15, p

un ancien bâtiment voisin de son palais et nommé le Vieux-Chapitre; il reconnut Adam Chastelain et ses successeurs quittes des dîners et repas nommés pastinations et potations, et qui étaient dus aux vigiles de Pâques, de la Pentecôte, de la Toussaint et de Noël, lorsque cette solennité arrivait le dimanche; aux fêtes de saint Julien., de la Translation de saint Gervais et saint Protais, de la Dédicace, les mercredi et jeudi de la semaine sainte, et les jours où le prélat officiait pontificalement en l'église cathédrale (I). Le 17 janvier 1420, les chanoines passèrent un compromis avec Adam Chastelain pour terminer tous les différends qui existaient entre eux (2). Cet accord n'obtint pas des résultats bien sensibles; car en 1422 on ne trouve que procès entre le chapitre et l'évêque. Les chanoines alléguaient divers griefs : Pévêque avait officié au chœur, et n'avait pas donné le dîner auquel il était tenu en pareille circonstance ; il s'était permis en plusieurs circonstances de porter atteinte à la juridiction du chapitre. Au mois d'août 1422, l'affaire était portée devant le parlement de Poitiers; le 27 novembre de l'année suivante, on convint de surseoir toutes les procédures durant la vie de l'évêque, et les exploits commencés devaient être considérés comme non avenus. Cette convention eut le sort des autres. Vers le mois d'avril suivant le procès avait repris son cours. Enfin l'évêque proposa de lui-même de demander au parlement l'autorisation d'en finir par un concordat (3). En même temps (1423} un huissier délégué par le roi fit l'inventaire de tous les titres de l'évêché, que le prélat avait transportés au Mans, parce qu'ils n'étaient plus en sûreté au château de Touvoye, depuis que les Anglais s'étaient rendus maîtres de Fresnay. En conséquence de

(1) Original aux archives du chapitre. — Ibidem, registre B-15, p. 25. — Cartulaire Verd, fol. 6-8.

(2) Archives du chapitre, registre B-15, p. 25.

(3) Délibérations capitulaires, 20 juin, 1G août et G uovemhre 1422, 27 novembre 1423, et passim. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p 28, 29, 32.

1W4 histoire de l'église du Mi

cet ordre du roi, on rédigea le cartulaiie nommé le Livre Hovge de Uèvfohé. Il est dit dans le préambule que l'évèque Adam craignait qu'à sa mort les chanoines ne détournassent les titres du trésor des chartes de l'évêché, attendu qu'il s'y trouvait beaucoup de transactions entre les évoquée et le chapitre (I). La même année le chapitre fut obligé de reconnaître au prélat le droit de prévention pour la juridiction dans le cloître de Saint-Julien (2).

Sans doute Adam Chastelain, dans toutes les procédures qu'il entreprit, croyait de bonne foi soutenir des droits qui lui appartenaient légitimement, et il était poussé par un zèle louable de réforme ; mais il n'est pas moins certain que plusieurs de ses prétentions n'étaient pas fondées en droit. Du moins on doit reconnaître qu'il n'était pas ennemi systématique des exemptions. En 1402 (4 mars) et 1416 (24 juillet), notre prélat fut reçu à la Chartreuse du Parc; il y administra le sacrement de confirmation et y conféra la tonsure; mais il donna une déclaration qu'il n'avait aucune juridiction sur la communauté, et qu'il ne pouvait y réclamer le droit de past (3).

Au reste, le rôle de réformateur n'était pas facile à remplir à l'époque d'Adam Chastelain, surtout pour deux raisons : le grand schisme, en rendant l'autorité incertaine, relâchait les liens de l'obéissance, et d'autre part les troubles de la société favorisaient les désordres des mœurs. Quoique plus retenus dans leur conduite, les clercs séculiers, et même les réguliers, imitaient trop souvent les désordres des laïques, avec lesquels ils étaient mêlés par suite des agitations incessantes de la vie (4). Afin de ne pas trop multiplier les exemples de ces tristes aberrations, conten-

(1) Livre Rouge, fol. 2! 8.

(2) Ibidem, fol. 239 r.— Les Mss. n<> 252, fol. 15, et 253, fol. 15 v, delà bibliothèque du Mans, parlent d'un procès entre l'évèque et le chapitre au sujet de la bulle d'exemption, procès né en 1430; niais cette date est sûrement erronée.

(3) Ms. des Bl.-Mant.,nû 45, fol. 521.

(4) Livre Rouge, fol. 224 r, 218, 40 r, 274 v, 31 r, 242 r, 92, 94 v, 95 v, 245 v, et passim.

ADAM CHASTELA1N. 105

tons-nous de voir quelques règlements de discipline portés par le chapitre de Saint-Julien. En 1400, défense à tous les ecclésiastiques de garder dans leurs maisons des concubines, sous aucun prétexte, sous peine de su?pense, excommunication et perte de tous les fruits de leurs bénéfices ou fonctions. En 1405, on poursuivit un moine de Saint-Vincent pour une irrévérence commise dans lechœurde l'église cathédrale, et un chanoine pour vol. En 1418, les chanoines réunis en chapitre général font de nouveau défense de garder des concubines à tous les prêtres soumis à leur juridiction. Deux ans plus tard, on procède contre un nommé Legras, chapelain du Gué-de-Maulny, libertin public. L'année suivante ce fut un chapelain de l'église cathédrale, qui se trouvant dans le même cas, encourut la même flétrissure. En 1422, les chanoines en chapitre général commirent deux d'entre eux pour avertir plusieurs clercs concubinaires de faire cesser le scandale dans huit jours, sous peine du statut. En 1425, on fut encore obligé de procéder contre un chanoine qui donnait le même scandale (1). Si les exemples de corruption des mœurs étaient alors fréquents et publics, le vice qui semble cependant avoir eu plus d'empire sur le clergé, c'était le vol et le brigandage (2). On constate les mêmes désordres dans le chapitre de Saint-Thugal à Laval. Dès le début de son épiscopat, Adam Chastelain faisant la visite des églises de cette ville, reçut des plaintes de la part des principaux habitants , contre les chanoines de la collégiale. Il crut qu'il suffirait de promulguer quelques règlements de discipline; mais faisant de nouveau la visite le 14 juin 1407, il constata que le temporel, aussi bien que le spirituel, étaient dans un complet désordre, et il établit un règlement

(1) Conclusions capitulaires, 1er juillet 1405,2, 3, G, 13 et 17 juin 1420, 18 octobre 1421, et passim. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p. 23, 28, et passim.

(2) Conclusions capitulaires, 6 décembre 1420, et passim. — Archives du chapitre, regiMre B-15, p. 25, et passim. — Bi\ard, Analyse des clo- '■uments historiques, etc. ; part. II, n°s 598, 607, 838, et passim.

|()i; HISTOIRE DE l/ÉGLISE DU MANS.

plus sévère. Les chanoines eux- mûmes firent des statuts par lesquels ils défendent de venir à l'église <in habits trop courts ou trop longs, avec des collets découpés et autres superfluités; de se servir de chaussures rouges, vertes, ou blanches; de porter des souliers à bec ou à la poulaiue; de laisser croître leurs cheveux, et d'avoir au doigt des anneaux, à moins que leur olïice ne le demande; d'aller boire au cabaret, et d'acheter de la viande ou du poisson avec leur habit de chœur. Enfin le dix-huitième article révèle que plusieurs chanoines, chapelains et prêtres attachés à l'église de Saint-Thugal entretenaient dans leurs maisons des concubines, et vivaient en pères de famille au milieu de leurs enfants (1). En 1431, le concile de liai e chargea l'abbé de Beaulieu de mettre Tévèque du Mans en droit de déposer et d'instituer à sa volonté le doyen du chapitre de Saint -Thugal (2).

A côté de la dépravation dont on vient de parler, on voyait cependant encore de grands exemples de vertu dans tous Les rangs du clergé. D'ailleurs il ne faut pas oublier que la société laïque était tombée dans un état de corruption beaucoup plus profond encore. Quelques résolutions capitulaires fournissent la preuve du zèle du chapitre. Dans le synode général de 1418, les chanoines recommandent aux quarante curés l'œuvre de la forge de l'église cathédrale , les Maisons-Dieu des Ardents et de Coéffort, les jacobins et les cordeliers du Mans, et les chapelains de Saint-Michel-du-Gloître. Ils déclarent révoquées toutes les dispenses de résidence accordées antérieurement. Us invitent les curés à exhorter leurs paroissiens à venir au moins une fois Tannée visiter l'église de Saint-Julien (3). Le chapitre établit (17 septembre 1427) un chapelain perpétuel pour gardien de l'église durant la nuit (4). Cette sage précaution ne suffit pas toujours, et plusieurs fois des

(1) Ms. do M. la Bcauluère.

(2) Livre Rouge, fol. 251 v.

(3) Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p. 23.

(4) Ibidem, p. 34.

ADAM CHASTEU.1N. 107

brigands s'y introduisirent. Le vieil usage de laisser les malades durant la nuit dans l'église était toujours en vigueur au Mans, et le chapitre eut même l'attention d'établir des gardiens pour en avoir soin (1). En 1405, les chanoines firent un règlement pour la fête des Innocents (2); mais nous reviendrons sur ce sujet sous l'épiscopat de Louis de Bourbon. Convaincus de la nécessité de la résidence, les chanoines établirent (1 -400) qu'ils n'auraient que quarante jours de liberté par an et douze autres jours au temps des vendanges, du 18 septembre à !a Toussaint (3). Presque chaque année, au chapitre général, les chanoines promulguaient de nouveau les anciens statuts contenus dans le Pastoral (4). Mais les efforts du chapitre ne pouvaient toujours prévaloir sur certaines tendances du siècle. Ainsi, Adam Chastelain, le prélat réformateur, donna en commende pour six mois la dignité de scholastique (5); les princes retenaient près de leur personne, en qualité de conseillers, des chanoines qui jouissaient des fruits de leurs bénéfices, quoique non résidants (6). Au temps d'Adam Chastelain, deux cardinaux, au moins, jouissaient du titre et des droits de chanoines capitulans en l'église de Saint-Julien (7). Ainsi c'était la commende avec ses conséquences qui devenait le fléau des églises séculières, comme elle commençait à l'être, mais d'une ma-

(1) Custodes infirmorum in ecclesia jaeeutes. Délibérations eapitulaires^O février 1404. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 13.

(2) Délibérations capitulaires, 18 février 1405. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 19.

(3) Archives du chapitre, registre B-15, p. 8.

(4) Délibérations capitulaires, 5 juillet 1400, et passim. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 7, et passim. — Ms. delà Bihliothèque du Mans, n° 252, fol. 19 r, 46 v, 65 r, et passim.

(5) Délibérations capitulaires, 26 mai 1401. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 10.

(6) Délibérations capitulaires, î 9 septembre 1400. — Archives du chapitre, registre B-Î5, p. 9. — Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. Il, n° 561, et passim.

(7) Délibérations capitulaires, 7 mai 1422, 25 mai 1405 — Archives du chapitre, registre B-15 p. 14, 29, <>t passim.

ï os histoire hé l'église lh. .m ans.

nière plus désastreuse encore, des abbayes et de toutes les maisons régulières.

Le mélange de bonnes intentions et d'actes contradictoires se retrouve dans l'ensemble des laits que nous avons à signaler. En 1400, le 8 février, llameJin de Maillé, archevêque de Tours, ouvrit le concile de la province, à Angers (I). Peu de temps après (30 juin) le môme prélat vint au Mans, et occupa une maison située en la paroisse de Saint-Jean et qui dépendait de la régale du chapitre. Il y jugea une cause qui avait été portée à son tribunal par appel. Les chanoines virent en cet acte une atteinte à leurs libertés ; ils lui firent leurs représentations ; et le prélat leur donna une déclaration par laquelle il reconnaît leur exemption, et constate que l'acte qu'il a fait ne doit nullement leur porter préjudice (2). L'abbé de la Pelice étant venu à mourir (14-01 ), Adam Chastelain permit de lui élire un successeur (3). Pour donner un encouragement aux études , les chanoines déclarèrent que ceux d'entre eux qui assisteraient aux thèses qui se soutenaient aux jacobins et aux cordeliers, le lundi et le mardi qui précèdent immédiatement le Carême, seraient tenus présents au chœur (4).

Comme les biens du chapitre étaient encore considérables, chaque partie du service divin avait une mense spéciale pour ses dépenses; ainsi la fabrique, la sacristie, Je luminaire, la psallette étaient dotés en biens-fonds qu'ils administraient eux-mêmes sous la surveillance peu inquiète du chapitre. La confrérie de Saint-Michel, qui formait le bas-chœur et était nombreuse, possédait une dotation plus riche que les autres : les clercs qui la composaient étaient tenus de prêter à leur réception un

(1) Biblioth. imp. Ms. des Bl-Mint., n° 81, c. p. 224, 228 et suiv. — Collection D. Housseau, n° 8805. — D. Lobineau, Histoire de Bretagne* t. II, col. 878. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 430.

(2) Pièces justificatives, n° X.

(3) Livre Rouge, foL 87. — Ms. des Bl.-Mant., n° ',. fol. 36 v

(4) Archives du chapitre, registre B-15, p. 10

ADAxM CHASTELAIN. 109

serment, qui prouvait leur entière dépendance du chapitre ; ils continuèrent même de faire ce serment jusqu'à Ja fin du xvjne siècle. Nous avons rapporté comment cette confrérie s'était successivement développée sous les évoques Hugues de Saint-Calais, Maurice et Jean de Craon. Le premier de ces prélats lui abandonna les offrandes faites à l'église le jour de l'octave de Saint-Julien, lui permit de tenir le chœur le même jour, d'ordonner le service et de prendre les clefs des troncs, privilèges dont elle a joui jusqu'en 4790. Les prêtres étant devenus plus nombreux, et les biens ayant augmenté, la confrérie de Saint-Michel forma un collège auquel les évêques et le chapitre assignèrent l'autel de Saint-Pierre dans l'église cathédrale pour acquitter les fondations dont elle était chargée. Jean de Craon la transféra, d'accord avec le chapitre, de l'autel de Saint-Pierre dans l'église paroissiale de Saint-Michel-du-Cloître. En 1401, les confrères de Saint- Michel voyant Adam Chastelain en procès avec le chapitre au sujet de la juridiction, essayèrent de se rendre indépendants des chanoines. Le prélat entra dans leurs vues, et rendit un premier décret en cette année ; mais l'affaire ne pouvait se terminer ainsi. Après plusieurs protestations et divers exploits, l'évêque porta le 4 avril 1404 un arrêt par lequel il prononça l'indépendance de la confrérie de Saint- Michel vis-à-vis du chapitre, lui abandonna entièrement l'église de Saint-Michel, et se réserva à lui seul toute juridiction sur les confrères. Malgré ces avances, Adam Chastelain ne put cependant rendre la confrérie entièrement libre vis-à-vis du chapitre, et une partie des confrères demeurèrent obligés à certains offices du bas-chœur. Par l'acte du prélat, la paroisse de Saint-Michel fut réunie à celle du Crucifix. Le chapitre ne pouvait se laisser dépouiller en silence ; il protesta et commença des procédures qui n'étaient pas terminées après trois cents ans de poursuites (1).

(1) Précis pour le chapitre de la cathédrale du Mans... contre la confrérie de Saint-Michel et les maires et eschevins de la même ville. Paris, 1772, in-A».

] |() HISTOIRE DE L EGLISE hl .Y .

Les confrères de Sajnt-Mjchel alléguaient en faveur de leur cause qu'Adam Chastelain, en consacrant leur indépendance, n'avait fait <{ue ratifier un fait; que le prélat avait suivi scrupuleusement les prescriptions d'un cérémonial rédigé dès le commencement du xve siècle, par un nommé Peilde, et dont un exemplaire sur vélin, de cent feuillets, demeurait attaché à un pilier du revestiaire par nue chaîne de 1er; que ce cérémonial exprimait avec le plus grand détail les services que les chapelains avaient à rendre au chœur , services dont l'évêque ne les avait point exemptés, et qu'ils continuaient de rendre (I). Toutes ces raisons et l'autorité du cérémonial de Peilde, qui fut consulté en 1 179 par Michel Perrot, juge du Maine, ne prouvent pas cependant que la confrérie de Saint-Michel pût, avant l'acte d'Adam Chastelain, se gouverner elle-même indépendamment du chapitre, et qu'elle fût exempte de sajuridiction.

Les Anglais ayant incendié et ravagé tous les faubourgs du Mans, les chanoines du G ué-de-Maulny furent obligés de se réfugier dans la ville, ainsi qu'il a été rapporté. En 1403, Louis II, comte du Maine, leur fit don de remplacement sur l'Huisne où avaient été les moulins du G uéde-Maulny, avec droit d'y rétablir des usines [2), Les chanoines obtinrent du Saint-Siège la confirmation de leurs privilèges, en quelque lieu qu'ils fussent obligés de se transporter (3). Enfin, en 1425 avant Pâques , Adam Chastelain leur octroya des lettres par lesquelles il reconnaît formellement qu'en vertu de leur fondation et des privilèges Apostoliques, ils sont exempts de la juridiction de L'évêque, si ce n'est pour le cas d'hérésie (4).

En 1405, le cardinal Jean Flandrin, archevêque d'Auch, et ensuite évêque de Sabine, fut reçu, par procureur,

(1) Mémoires à consulter pour les confrères de. Saint - Michel. Paris, 1735, in-4°, p. 33.

(2) Archives municipales de la ville du Mans, n° 884.

(3) Livre Rouge, fol. 69 v. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 33 r.

(4) Ibidem, fol. 86. — Ms. des Bl.-Mant., n» 4, fol. 34 v.

AUA M CH A STJ2LA IN. 111

chanoine de l'Église du Mans et archidiacre de Laval (1). Il mourut peu de temps après, et nous ne voyons pas par quels services il avait mérité ces deux bénéfices (2). Adam Chastelain et le chapitre déposèrent (1405) d'accord le maître de l'hôpital des Ardents, et nommèrent des commissaires pour réformer certains points de l'administration intérieure de ia maison (3). Enfin la même année le comte du Maine, Louis II, envoya, conformément aux intentions de la reine Yolande, sa mère, un précieux reliquaire pour le chef de saint Julien. La translation se fit très-solennellement le 30 juin, par Adam Ghastelain, en présence de i'ahbé de la Couture, du doyen Jean Solas, du chapitre, d'un clergé et d'un peuple nombreux (4).

L'un des faits les plus importants de Tannée 1406 fut l'assemblée de tous les prélats du royaume et des députés du clergé que le roi convoqua à Paris, pour aviser aux moyens de rendre la paix à l'Église, en mettant fin au schisme (5). L'évèque du Mans s'y rendit en personne, et le chapitre députa Jean Belard, chanoine qui, quelques années plus tard, devint doyen (H). Notre prélat assista avec Yves, évêque de Vannes (1406), au mariage de Jean de Montfort, dit Guy XIII, avec Anne de Laval (7). Il éprouva à cette époque une petite contradiction de la part du chapitre. L'abbé de Saint -Vincent ayant été nommé par le Pape commissaire pour inspecter quelques bâtiments que l'évèque voulait faire démolir, fut récusé par les chanoines, attendu que l'évèque avait été le com-

(1) Délibérations capitulaires, 25 mai et 5 juin J405. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 14.

(2) Giaconius, Vitœet res gestœ Pontifîcum Romanorum , etc., t. II, col. 688, 748, et 1677.

(3) Archives du chapitre, registre B-15, p. 14.

(4) Délibérations capitulaires, 4 décembre et 30 juin 1405.

(5) Monstrelet, Chroniques, vol. I, fol. 26.

(6) Délibérations capitulaires, c20 novembre 1406. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 15.

(7) Maucourt de Bourjoly, Mémoires historiques sur Laval, t. I, p. 326.

missaire de l'abbé pour quelques réparations (4). Ainsi la isede L'Église avait pondéré les pouvoirs, et rien n'était laissé à l'arbitraire des prélats. Malheureusement ces lois si vénérables, et parleur sagesse, et par leur antiquité, n'étaient plus assez respectées.

L'année suivante (1407), Adam Ghastelain visita les églises de Laval, consacra celle des cordeliers de la même ville, etî établit un règlement pour le chapitre de Saint- Thugal (2). Avec son approbation, Jean Pèlerin, capitaine de Ghàteau-du-Loir, fonda deux chapelles dans la chàtellenie de Louplande (3j.

Sur la demande du doyen de Saint-Julien, maître Jean Solas, docteur en l'un et l'autre droit, et du chapitre, Adam Chastelain unit un canonicat et une prébende à l'office simple de sous-chantre, fondé sous Geoffroy Freslon. Le prélat détermina les fonctions de celui qui occuperait cet office : il devait être prêtre, instruit dans le chant, diriger le chœur en l'absence du chantre, et tenir rang après les dignités. Tels étaient les changements survenus dans la nature des biens ecclésiastiques , que ceux qui avaient été assignés, il y avait un peu plus d'un siècle, à la sous-chaatrerie, ne suffisaient plus pour faire vivre le titulaire. En 1412, Jean XXÏIf, à la requête du chapitre du Mans et du cardinal Guillaume Fillastre, chanoine du Mans et archidiacre de Laval, commit l'abbé de Saint- Vincent pour informer au sujet de cette union. Deux ans plus tard, l'abbé homologua la bulle et consomma l'union de la prébende à la sous-chantrerie (4). Louis II, roi de Jérusalem et de Sicile , accorda de nouveaux privilèges au

(1) Délibérations capitulaires, 11 février 1406. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 16.

(2) Mnucoui t de Bourjoly, loc. cit.

(3) Pouillé du diocèse du Mans, 1772.

(4) Archives du chapitre, registre B-25, fol. 72 r, et seq. — Livre Rouge, fol. 233 r, 234 r, et 276 r. — Ms. des Bl.-Mant., n» 4, fol. 43 v, 44 r. — Mss. de la bibliothèque du Mans, nos 251, fol. '16 y, 252, fol. 5 r, 6 v, 9 r, 46 v.

prieuré de Solesmes (I). Adam Chastelain promulgua un nouveau règlement de réforme pour la Maison-Dieu de Coëffort (2), qui obtint quelques années plus tard (1422) des lettres patentes du roi Charles Vil (3). Enfin notre prélat assista (4408) en personne à une nouvelle assemblée du clergé de France à Paris (4).

Le concile de Pise ayant été convoqué dans le but d'éteindre le schisme (1409), les abbés des ordres de Saint- Benoît et de Saint-Augustin, dans le diocèse du Mans, manifestèrent l'intention de ne pas s'y rendre. Adam Chastelain les assembla à Touvoye, pour les faire contribuer aux frais de la députation. Les abbayes de la Pelice et du Gué-de-Lauvay se prétendirent exemptes comme membres de l'abbaye de Tiron ; mais Févêque fît reconnaître sa juridiction (o). Adam Chastelain se fit représente^. à Pise par un procureur (fi). Jean, abbé de Saint-Oa^jg Guillaume Patry, abbé de la Couture, Jean Frein, %&fcéde Saint-Vincent, Simon, abbé d'Évron, Pierre, ab^é <j[u Gue- de-Launay, Jean, abbé de la Pelice, Jean, e!obé de Saint- Georges-des-Bois, Jean, abbédeVaas?Ger vais, abbé de Beaulieu, prirentlemèmeparti. Le prieur et les moinesdeLonlay députèrent aussi en leur oom ; car leur abbé était absent et loin du royaume, Enfin le chapitre de la cathédrale se donna aussi un procureur (7). Dans Fassemblée préliminaire que tinrent (6 novembre) les provinces ecclésiastiques de France, sous la présidence du chancelier,, pour élire leurs députés au concile général, celle de Tours désigna Farchevêque, les évêques de Dol, Rennes ou Nantes, Saint-Malo et Tréguier ; trois abbés de Fordre de Saint-Benoit ; le doyen du Mans>

(1) Pièces justificatives, n» XI.

(2) Livre Rouge, fol. «55.

(8) Archives de l'hôpital général du Mans.

(4) Gallia Christiana, t. XI, instr., col. 44 et 47.

(5) Cartulaire Verd, fol. 29.

(«) D. d'Achery, Spicileginm, t. VI, p. 363.

(7) D. d'Acbery, Spkilegium, t. VI, p. 365, 366 et 374. — Ms. de* Bl.-MantMn<» 81, c. p. 255.

M i histoire de l'église du mans.

Jean Salas, six docteurs et le provincial des cordeliers (l). Le concile déposa Grégoire XII et Benoit XIII, et élut Alexandre V ; mais celui-ci n'ayant pas été universellement reconnu, l'Eglise se trouva divisée en trois obédiences, au lieu de deux.

Après s'être signalé en diverses circonstances , mais surtout dans la guerre d'Italie (2), Guy XIII de Laval partit, en 1413, pour le pèlerinage de la Terre-Sainte. A son retour, il mourut en l'île de Rhodes, le 12 août 1414. Les chevaliers de Saint-Jean lui firent des obsèques magnifiques, et Anue de Laval, veuve de Guy, accorda de nouveaux privilèges à la commanderie de Thévalles (3).

En même temps, saint Vincent Ferrier ébranlait nos contrées par ses prédications. U parcourut à plusieurs reprises la Bretagne, la Normandie, la Touraine, l'Anjou et le pays chartrain. Quelques auteurs assurent qu'il a prêché au Mans; mais nous ne trouvons pas que les contemporains aient parlé de ce voyage (4).

Le concile de Constance (1414-1418) fit concevoir de nouvelles espérances à l'Église. Quatre ecclésiastiques du diocèse du Mans s'y tirent remarquer : le cardinal Guillaume Fillastre, Guillaume, abbé de Fontaine-Daniel, que nous verrons encore au concile de Baie, Jean Comitis, curé de Bazougers, et Jean Dolier, chanoine et archidiacre dp Sablé. Ce dernier était un personnage recommandable à plusieurs égards. En le députant à Constance en leur nom, les chanoines lui accordèrent comme indemnité de ses dépenses la faculté de jouir de sa prébende entière ; mais quelques-uns réclamèrent contre cette disposition contraire aux anciens statuts (5).

(1) D. Martène, Amplissima collectif), t. VII, col. 885.

(2) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. IV, passim.

(3) Maucourt deBourjoly, toc. cit., t. I, p. 343 et 344. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 124.

(4) ActaSanctorum, ad diem V. aprilis ; Vitasancti Vimentii Fererii. — Dayle, Vie de saint Vincent Ferrier.

(5) Délibérations c api Maires, 8 mai 1419. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15, p. 23. — Ms. des Bl.-Mant., n° 81, c. p. 254.

Afin de subvenir aux frais de la guerre, qujL devenait de plus en plus pressante, on fut -obligé d'imposer les biens du clergé, qui consentit volontiers et reçut de la reine Yolande l'assurance que cette concession ne nuirait point à ses prérogatives (1). Cette princesse retenait près d'elle Jean Belard, doyen du chapitre du Mans, son conseiller. Elle lui obtint le privilège de jouir de toupies fruits de sa prébende, quoique absent du chœur (2). Enfin les travaux que l'on fit pour fortifier la ville du Mans fournirent occasion aux chanoines de faire constater qu'une partie des murs avait été faite à leurs dépens, et qu'elle leur appartenait (3).

Afin d'apporter quelque remède à l'ignorance du clergé, l'évêque et le chapitre établirent (7 août 1420) une prébende théologale. Elle ne devait être confiée qu'à un docteur en théologie, ou au moins à un bachelier formé ; et si l'on ne pouvait trouver ni Fun ni l'autre, on devait la confier à un théologien habile, chargé de faire au moins tous les cinq jours une leçon sur l'Écriture sainte, dans l'église cathédrale (4). L'ancienne dignité de scholastique, autrefois si brillante, subsistait toujours; mais son éclat avait pâli, et il ne restait plus guères à celui qui en était décoré que le soin des écoles de grammaire dans la ville du Mans et une partie du diocèse (5). L'étude de la théologie était alors très-négligée ; tous les clercs désireux de s'instruire tournaient leurs efforts vers la jurisprudence, qui ouvrait la voie aux dignités. Les études théologiques ne

— D. Martène, Thésaurus anecd., t. II, col. 1543. — Labbe, Concilia, t. XII, col. 1537, 1538, 1691, 1852. — Bourgeois du Ghastelier, Nouvelle histoire du concile de Constance, p. 199, 407 et 420.

(1) Collection D. Housseau, n° 3839.

(2) Délibérations capi tul aires , 29 novembre 1419. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 25.

(3) Délibérations capitulaires, 20 octobre 1419. — Archives du chapitre, loc. cit.

(4) Pièces justificatives, n° XII.

(5) Délibérations capitulaires , 1425. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 33.

HO IllSTOlKE DE l'kgmse DC M AXS.

se conservaient plus guères que dans les cloîtres, surtout Jes dominicains et des franciscains; ceux du Mans fixaieul l'attention par des thèses publiques (lj; encore faut-il convenir que la scholastique d'alors n'était plus celle des grands théologiens du xnic siècle.

La chapelle du cimetière-Dieu de Laval reçut à époque une nouvelle existence. A peine de retour d'un pèlerinage au tombeau du Sauveur , Jean Ouvroin périt à. la bataille de Baugé, et ses biens passèrent à Jeanne, sa sceur, veuve d'Olivier de Feschal, de la famille des Roches. Se voyant elle-même sans héritiers directs, et d'ailleurs pressée par les prescriptions testamentaires de son père et de son frère , Jeanne Ouvroin transforma en collégiale l'église de Saint-Michel. Elle fit bâtir huit maisons pour l'habitation des chanoines, qu'elle obligea à la résidence et à célébrer l'ofïice divin comme à la cathédrale. Adam Chastelain (22 novembre 1421) sanctionna ces dispositions. La fondatrice paya deux cents écus d'or au roi pour droits d'indemnité. Au moment de la transformation dont nous parlons, il y avait au cimetière-Dieu de Laval, outre les cinq chapelleries établies pari'évèque de Rennes en 1347, deux autres bénéfices fondés par Pierre Ouvroin, évêque de Saint-Pol-Léon, et un dernier créé par la dame des Roches : en tout, huit chapelains. Quinze métairies d'un revenu annuel de sept à quinze livres composèrent la dotation du nouveau chapitre (2). L'année suivante, Jeanne Ouvroin fonda une chapellenie à Saint-Michel pour l'office de sacristain, et fit des dons aux chapitres de Saint-Thugal et des Trois-Maries de Montsûrs, aux prieurés de Sainte-Catherine , de Notre-Dame d'Avesnières, de Saint-Mélaine, de Saint-Martin, aux chartreux du Parc, aux frères mineurs de Laval, aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, aux églises de la Trinité, de Bonchamp, de Saint-Jean-de-l'Hôtellerie.

(1) Délibérations capituiaires, 1420. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 10.

(2) Armoiries du chapitre de Samt-Michel ; D'azur à un saint Michel terrassant un diable, le tout d'or.

de Saint-Étieane, de Saint-Nicolas, et enfin à la chapelle du Saint-Sépulcre, ce curieux monument connu sous le nom de la Cassine, en la paroisse de Bonchamp. Nous citerons textuellement deux articles du testament de Jeanne Ouvroin : a Item, je ordonne que mon bréviaire, qui est à l'usage de Rome, soit mis et attaché en la nef de l'église de monsieur saint François de Laval, pour s'en aider qui en aura besoin. — Item, je donne à laditte église du cimetière -Dieu un bréviaire à être attaché et •enchaisné en ladite église. »

Le chapitre de Saint-Michel compta jusqu'à la fin du xvnie siècle huit chanoines prébendes , y compris le curé de Saint-Vénérand, à la cure duquel une prébende était annexée, et quatre chanoines semi-prébendés. Les quatre semi-prébendes furent créées dans la première moitié du xvme siècle (1737-1751), par la réunion de plusieurs chapellenies. Il y avait aussi dans l'église de Saint- Michel cinq chapellenies. Toutes les prébendes étaient à la présentation du seigneur de Poligné, en Bonchamp. L'église de Saint-Michel fut dédiée par l'évêque du Mans, le dimanche 28 mai 1458 (I).

En même temps que le chapitre de Saint-Michel, fut fondé le prieuré de Saint-Mars- du-Désert, par Olivier Després, seigneur deBeaussay (2). La même année le dauphin, régent du royaume, qui fut depuis Charles VII, se trouvant au Mans, voulut assister à une messe solennelle (19 mai 1421) en l'église cathédrale, et fit inviter Félix Faint, docteur en droit, abbé de Beaulieu, à la célébrer.

(1) Pièces justificatives, n° XIII. — Collection D. Rousseau, n» 3846.

— Maucourt de Bourjoly, Mémoires historiques sur Laval, t. I, p. 345.

— Mémoire pour le chapitre de Saint-Michel de Laval, par Pierre Touschard, juge royal à Laval (mort le 18 avril 1739), et divers autres mémoires Mss. dans le cabinet de M. La Beauluère, t. I, p. 1 et suiv. ; t. VI, p. 144, et passira. — Fouillé du diocèse du Mans, 1772. — Registres des Insinuations ecclésiastiques, juillet 1737, décembre 1751, juillet 1782, et passim. — Gouanier de Launay, Histoire de Laval, p. 137.

(1) Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 223.

11$ HISTOIRE DE l/ÉCLlSE T>U MANS.

Le chapitre consentit par respect pour le prince à laisser l'abbé officier à l'autel de Saint-Gervais et Saint-Protais; privilège qui était réservé aux évêques du Mans et aux chanoines (1).

Malgré l'état de guerre, le chapitre maintenait rigoureusement la régularité dans la célébration de tous les offices ; mais lorsque les ennemis serrèrent la ville de plus près , il devint nécessaire d'apporter quelques modifications. Le 29 mars 1423, les chanoines décidèrent qu'ils ne feraient plus de processions hors des murs de la ville. La procession des Rameaux elle-même , depuis cette époque jusqu'à l'expulsion entière des ennemis hors du territoire, au lieu de se rendre à l'abbaye de Saint-Vincent, se fit à la collégiale de Saint-Pierre-de-la- Cour (2).

L'un des membres les plus actifs du chapitre à cette époque fut Jean de Bussy, qui fut élu doyen en 14-22 (3); mais son action ne fut pas toujours heureuse. Le 21 juillet 1423, Baudoin de Tucé, capitaine de la ville du Mans, vint au chapitre se plaindre de ce que le doyen avait introduit secrètement des Anglais dans la ville. Les chanoines témoignèrent leur indignation de cette conduite. Ils se plaignaient déjà de ce dignitaire qui envahissait leur juridiction, qui ne remplissait pas les fonctions de la prébende serve qu'il avait conservée. On inquiétait encore le doyen sur son défaut de soumission envers le Saint- Siège (4). C'était d'ailleurs un homme de capacité, qui avait été archidiacre de Montfort et officiai de l'évêque. Aussitôt qu'il eut atteint sa soixantième année, il le fit signifier au chapitre, afin de n'être plus astreint à assister

(1) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n° 605.

(2) Archives du chapitre, registre B-15. — Bilard, op. cit., n° 705, cof. n«> 627.

(3) Archives du chapitre, registre B-15, p. 28. — Délibérations capitulâmes, 22 mai 1422. —Bilard, op. cit., n« 635.

(4) Délibérations capitulaires, 21 juillet 1424. — Archives du chapitre, registre B-15, p. 31. — Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n°« 635, 714. 715, et pastini.

ADAM CBASTELATN. 119

à l'office des matines tons les jours. Vers le même temps N. de i'Épervier fonda le prieuré de Fessard, à Yvré-le- Pôlin, en faveur du monastère de Château-rHermitage (1).

Le prise du Mans par les Anglais (1425) fournit au clergé l'occasion de montrer son dévouement, ainsi que nous l'avons raconté ; mais elle produisit dans le pays une plus grande confusion encore. L'erreur en profita. Cn carme anglais, prêtre, nommé Blibargh, enseigna à Mayenne et en d'autres lieux du diocèse des doctrines hétérodoxes ; il pratiqua des sortilèges, et fit beaucoup de mal. A la fin, l'autorité ecclésiastique s'en émut, et par sentence de l'official le carme anglais fut emprisonné pour le reste de ses jours (2). Les différentes classes de la société s'étaient éprises alors d'une vive passion pour les sortilèges elles maléfices. Le maréchal de Retz, qui habita si longtemps le Maine, s'abandonna aux arts diaboliques avec fureur (3). Nos campagnes furent promptement infestées de ces détestables pratiques , qui eurent deux centres principaux : le mont Margan tin, près de Domfront-en-Passais, et les ruines de l'antique cité des Arviens, où l'on découvre encore les traces des réunions de sorciers.

Ni l'occupation du pays par deux et trois armées ennemies, ni la peste qui sévit à plusieurs reprises dans la province , rien n'arrêta les travaux de l'église cathédrale. Le 30 décembre 1420 le chapitre fait demander un saufconduit aux Anglais pour se procurer les matériaux nécessaires (4). Le 29 janvier de l'année suivante, il afferme la quête de Saint- Julien dans la ville et le diocèse de Chartres (5), pour dix livres tournois par an, environ deux

|1) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 221.

(2) Livre Rouge, fol. 279 v, et suiv.

(8) Monstrelet, Chroniques, vol. II, fol. 85 et suiv. ; vol. ITÎ, fol. 83 et suiv. — Raynaldi, Anna/es Ecclesiastici, ad; an. 1445, n° 26. —Conci. Hum Rothomag., an. 1445, apn'd Labbe, Concilia, t. IX, col. 1295 et seq.

— Voir le Procès du maréchal de Re(z cité plus haut.

(4) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n° 593.

— Cfr. n«s 670, 071, 679, 680, 701, 713, 730, et passim.

(5) Archives du chapitre du Mans, registre B-15,p. IV.

120 HJfrTOlïtJK DE L'ÉGLISE BU MANS.

cent cinquante francs de notre monnaie. Le 1er février suivant, Adam Ghastelain publie une lettre circulaire pour annoncer les indulgences accordées à ceux qui contribueront à l'œuvre de l'église cathédrale. Le 9 février, un fait un emprunt pour continuer les travaux, et on affecte à cela l'argent que Ton espère trouver dans les troncs à la Saint Pierre. Le 17 février 1402 l'archidiacre de Sablé pose la première pierre de l'aile de gauche, et donne six écus d'or pour cette œuvre. Les travaux sont poubsés avec la plus grande activité, par ordre exprès du roi, du 23 août 1412 à l'année 1418 (1). Le 12 mars 1404 Adam Chastelain envoie au chapitre une somme de cent livres tournois, qu'il donne pour la forge de l'église. Le 18 mai 1405, on publie une indulgence de sept ans et sept quarantaines accordée par Benoit X1I1 à ceux qui contribueront à l'œuvre entreprise. Le 27 novembre 1406, les chanoines résolurent que tous les membre» du chapitre présents ou absents paieraient désormais pour la continuation des travaux la dixième partie du revenu du gros de leurs prébendes. Le 22 décembre l'évêque lit proposer un projet d'union au profit des travaux. Enfin le 27 septembre 1421, le régent envoya mille livres, monnaie courante, pour l'œuvre de la forge. Il parait que les travaux étaient achevés, et les fenêtres garnies de leurs vitraux vers 1439; car on reconnaît dans la grande rosaee de droite un duc de Bourbon, le cardinal Guillaume Fillastre, Louis Ier, roi de Sicile, comte du Maine, Louis II, son iils et son successeur, Marie de Bretagne, femme de Louis Ier, et Yolande d'Aragon, femme de Louis IL Ces personnages ne furent pas les seuls bienfaiteurs de notre église à cette époque si douloureuse et si remplie d'intérêt . Outre les noms que nous avons mentionnés au temps de Pierre de Savoisy, il faut en rappeler d'autres qui ont un droit semblable au souvenir de la postérité. Nous recommandons les suivants : Jean Lottin, chanoine de Saintci) Archives du chapitre, registre B-15, p. 12.

ADAM dUSTELÀIN. *2l

Pierre-de -la-Cour et du bas-chœur de la cathédrale (1) ; Pierre des Forges, chanoine et archidiacre de Château-du- Loir (2), les chanoines Gilles Lefèvre (3) , Jean Jacquemin (4), Jean Breviscope (5), Jean de Saint-Samson (6), Guillaume Souriau et GuillemetteLabelle, sa femme, qui donnèrent trois métairies et deux moulins (7) ; Guillaume Riquentays, archidiacre de Château- du-Loir (4418), qui donna cent cinquante livres pour l'ancien ouvrage de la forge, et cent livres pour l'augmentation du service divin (8); enfin l'orfèvre Eudes Lempereur (9). En 1422, André Suûleau, grand archidiacre du Mans, et Philippe de la Chasserie, chanoine, entre lesquels existait un débat au sujet de la propriété d'un manuscrit contenant les Lettres de Hilàebert, en firent don au chapitre avec d'autres livres provenant de l'héritage de Jean Muret (10). Vers le même temps, Jean delà Forest, chanoine et archidiacre de Chàteau-du-Loir, fit un don considérable pour augmenter le culte rendu à la Mère de Dieu, à saint Julien et aux saints Gervais et Protais (4 1). Louis de Bourbon, comte de Vendôme, fonda richement son anniversaire (12). Jean de Baugé, prêtre du Mans , chanoine de Rouen et curé vie Sainte-Osmane dans notre diocèse, fit plusieurs fondations (13). Pierre et Jean Beussart, et la femme de ce der-

(1) Arehiresdu chapitre, registre B-15, p. 24.

(2) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, nos 556 et 559.

(S) Idem, No» 610 et 653.

(4) Idem, No 578.

(5) Idem, N° 587.

(6) Martyrologium capituli Cenomanensis. — Biblioth. nnp., fonds latin, n° 5211 B.

(7) Archives du chapitre, registre B-15, p. 34.

(8) Délibérations capitulaires , 16 décembre 1429.

(9) bilard, loc. cit. n° 614.

(10) Ibidem, op. cit., n° 644.

(11) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 166 et 167. — Bilard, op. cit., n°55G.

(12) Martyrologium, etc., fol. 205 r. — L'Art de vérifier les data, t. XII, p. 503-500.

(13) Martyrologium, etc., fol. 46 v.

nier, bourgeois du Mans, furent des bienfaiteurs signalés du chapitre (1). Un prêtre recommandable par sa science et la sainteté de sa vie, Louis Boufu, archidiacre de Château-du-Loir, est aussi l'auteur de plusieurs fondations, une entre autres qui impose l'obligation de chanter la séquence composée par Abailard, Mittit nd Virginem (2). En 1404 la veuve et le neveu de Pierre, comte d'Alençon et de Chartres, fondèrent son anniversaire en l'église de Saint-Julien (3). Mais personne ne fut plus généreux envers notre cathédrale que l'évêque Adam Chastelain : on a vu qu'il donna une somme considérable pour l'ouvrage de la forge ; d'autres documents nous apprennent qu'il fit édifier à ses frais la partie supérieure de la grosse tour (4) ; on lui attribue aussi la reconstruction de ia salle synodale, remarquable par sa magnificence (5); enfin il laissa à l'église cathédrale plusieurs ornements de prix.

Au mois d'avril J407, l'infortuné Charles VI, «mû d'une grande dévotion envers le glorieux saint Julien du Mans, » transporta définitivement et amortit au chapitre de son Église la terre de Connerré, la métairie de Villepéau, les bois de Chaunoye, la terre de la Bosse et la métairie de la Vallée avec toutes leurs dépendances, pour asseoir la rente de cent livres tournois, dont il avait fait don à l'Église du Mans, fondée, dit-il, par ses prédécesseurs les rois de France, et dont il est chanoine, à la charge de dire chaque jour une messe à l'autel de Saint- Julien, à l'intention des rois de France, et de célébrer son anniversaire (G). C'est alors que l'on éleva derrière le maître-autel

(1) Martyrologium, etc ., fol. 46 v.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 46 v.

(3) Ibidem, fol. 51. — Cfr. Odoland Desnos, Mémoires sur Alençon, t. I, p. 449-452.

(4)... Turrim seu portam sonitoriam vel campanarum propriis sumptibus extruxit. Charte de Tannée 1433. Livre Rouge, fol. 230 r.

(5) Pesche, t. III, p. 360.

(6) Archives de l'Empire, layette Fondations, II, n° 59. — Bilard, op^cit. , n° 540.

de l'église cathédrale, celai 'que Ton nommait autel du roi.

Nous devons une sérieuse attention au cardinal Guillaume Fillastre, déjà nommé à diverses reprises, et l'un des bienfaiteurs les plus signalés de notre Église. Né à la Suze, d'une famille considérable (1), Guillaume Fillastre fut Tune des plus grandes figures de l'Église au xvc siècle. 11 était versé dans les mathématiques, la géographie, les belles-lettres et la jurisprudence. D'abord professeur de droit à Reims, il devint successivement doyen de l'église collégiale de Saint-Symphorien de la même ville, puis de l'église métropolitaine. Il fit don aux chanoines d'une bibliothèque très-riche en manuscrits précieux et d'une mappemonde dont on vante la beauté extraordinaire. La fondation d'une école de théologie et le don d'une chasse magnifique pour les reliques de saint Rigobert prouvèrent encore aux habitants de Reims la générosité de Guillaume Fillastre. Député à l'assemblée qui se tint à Paris en 1406 pour travailler à l'extinction du schisme, il encourut la disgrâce du roi par la manière indépendante dont il parla des prétendues libertés gallicanes (2). Il se retira ensuite près de Jean XXIII. Après des démarches d'une soumission extrême pour regagner les faveurs de la cour, il obtint du Pontife Romain l'archevêché d'Aix et l'évêché de Saint-Pons-de-Tommières, qu'il possédait simultanément; il fut en outre créé cardinal-diacre (1411), et enfin cardinalprêtre du titre de Saint- Marc. U unit durant assez longtemps à ces éminentes dignités celle d'archidiacre de Laval et la qualité de chanoine capitulant en l'Église du Mans (3).

(1) Etienne Fillastre, frère du cardinal Guillaume, est qualifié juge ordinaire et sénéchal du Maine et d'Anjou. Livre Rouge, fol. 170 r. — Us. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 40 v. — Collection D. Housseau, n° 3760.

(2) Chronique du religieux de Saint-Denis, t. III, p. 469 et suir. — J.-Juvénaldes Ursins, Histoire de Charles VI, p. 440 et 441, collée. Michaud. — Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V, p. 133 et seq.

(3) Livre Rouge, fol. 233 r. — Archives du chapitre du Mans, registre B-l 5. — Gallia Christiana, t. I, col. 326. — Héméré, Augusta

J24 histoire de l'église du mans.

Ce fut par son conseil que le Pape unit une prébende de Saint-Julien à l'office de sous-chantre. Au concile de Constance, il fut remarqué par son éloquence, et ce fut lui qui fit décider la déposition des concurrents à la papauté et l'élection de Martin V (l). LenouveauPapel'envoya légat en France pour travailler à l'extinction du schisme. De retour à Rome, et créé archiprêtre de la basilique de Latran, il fit rebâtir le palais de Saint-Chrysogone, et mourut en 1428, à l'âge de quatre-vingt-un ans. Dan? les derniers temps de sa vie , il s'acquit une considération à laquelle ses mœurs longtemps répréhensibles ne lui avaient pas permis de prétendre jusqu'alors. Son tombeau se voit encore dans l'église de Saint-Chrysogone, avec l'inscription suivante :

SRPULCHRIM

GUILLELMI TITULI SANCTI MARC1, PRESBITERI CARDINALE

CiENOMANENSIS DIÛECESIS,

M1NISTRI EGGLESLE SANGTl CHRVSOGONI ,

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