‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 19 sur 66 · ÉPISCOPAT DE JEAN D'HIERRAY · texte numérisé non relu

ÉPISCOPAT DE JEAN D'HIERRAY

Après trente-huit ans d'occupation, les Anglais sont chassés du Maine.

— Procession comméniorative de cet événement. — Jean d'Hierray devient évoque du Mans. — Concile de la province de Tours à Angers, 1448. — Serment de Jean d'Hierray au roi de France. — Bienfaiteurs de l'Église. — Clercs Manceaux distingués parleurs lumières.

— Chapitre de Saint-Thugal. — Construction de l'église de la Ferté- Bernard. — Mort de Jean d'Hierray.

Durant la période qui s'étend de 1 439 à 1468, une profonde révolution s'accomplit en France : le pays est délivré des Anglais, la puissance des seigneurs est abaissée, la monarchie et le tiers- état prennent un essor nouveau. D'autre part, l'action de l'Église se fait de moins en moins remarquer; et cependant un grand nombre d'édifices sacrés furent reconstruits, surtout dans les campagnes, et beaucoup de fondations se rapportent à cette date. Il faut aussi constater que le sanctuaire ne brillait plus par un aussi grand nombre de prêtres éminents parleur sainteté et leurs lumières.

En 1438, date funeste où la famine, la guerre et la peste s'unirent pour ravager notre pays] (1), le roi d'Angleterre était encore maître du Maine; mais la province était profondément agitée. Le monarque anglais fit

(1) Monstrclcf, Chroniques, t. IF, fol. 155 v.

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publier une déclaration portant qu'il rendrait les terres et autres biens aux habitants qui le reconnaîtraient pour leur souverain. Plusieurs sacrifièrent généreusement à leur patriotisme toutes leurs propriétés, se retirèrent dans les provinces voisines sous l'obéissance de la France, et continuèrent à inquiéter les Anglais par des courses incessantes. En 1439, le seigneur du Beuil ménagea des intelligences avec un Anglais de la garnison de Sainte-Suzanne, et se rendit maître de la place. L'année suivante, les ducs de Bourbon et d'Alençon, les comtes de Vendôme et de Dunois formèrent une conspiration connue sous le nom de Praguerie ; mais la noblesse du Mans courut se ranger sous les étendards royaux en Poitou (1). En 1-441, les garnisons anglaises du Mans, de Fresnay, de Mayenne, et autres places de leur parti, firent une course jusqu a Saint-Denis-d'Anjou, qu'ils prirent d'assaut. Les Français des garnisons de Lava!, Sablé et Sainte-Suzanne , les seules places qui leur restaient alors dans le Maine, tombèrent sur les ennemis et les défirent entièrement. Deux ans plus tard (1413), les ravages des Anglais recommencèrent (2). En 1414, Henri VI, roi d'Angleterre, épousa Marguerite d'Anjou, fille du roi René, comte du Maine. Par contrat de mariage, il fut convenu que le roi d'Angleterre rendrait au comte la ville du Mans et toutes les autres places dont il était le maître dans l'étendue de la province. Ce traité souleva une vive opposition en Angleterre; le ministère qui l'avait conclu fut renversé; trois ans après, les conventions n'étaient pas encore mises à exécution, et des garnisons anglaises occupaient encore Le Mans et Fresnay. Deux mille hommes de troupes anglaises venaient même d'entrer dans la capitale de notre province.

Charles VII envoya six a sept mille hommes pour faire le siège du Mans. Ils étaient commandés par le comte de

(1) Histoire d'Àrtus III, p. 2*1, éd. Michaud. - Monstrelet, Chroniques, t. II, fol. 167 et suiv.

(2) Idem, p. 2-20. —Idem, Chroniques, vol. II. fui. US.

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Dunois, l'amiral de Coëtivi, le maréchal de Leheac, Pierre de Brezé, Jean Bureau, maître de l'artillerie, et quelques autres capitaines. Le roi, avec la cour, vint se poster à Lavardin, pour couvrir le siège. La place fut attaquée vivement, et elle aurait été emportée d'assaut, si l'évêque de Glocester n'eût obtenu que la garnison sortît vie et bagues sauves. Il fut stipulé, par le traité de capitulation, que la trêve ne serait point censée rompue par cet acte d'hostilité, et que les Anglais rendraient Mayenne, Beaumont-Je- Vicomte et les autres places du Maine qu'ils occupaient encore (1). Malgré cette conventionnés Anglais se maintinrent à Fresnay durant près d'une année entière, et pour les en déloger il fallut faire le siège de la ville (2). Mayenne (3), Lassay (4), Château -du -Loir (5) et les autres places se rendirent successivement; et Louis de Beaumont fut établi gouverneur du Maine (6). Les Anglais, entrés dans notre province en 1417, en furent définitivement chassés en 1449. La reddition du Mans eut lieu le 46 mars 1448. Pour conserver la mémoire de ce grand événement, on célébrait tous les ans une procession générale ; cet usage s'éteignit vers le milieu du xvir3 siècle (7). L'évêque de Lisieux, Thomas Basin, qui fut témoin des événements que nous venons de raconter, trace un tableau effrayant de l'état auquel le Maine se trouvait réduit à la fin de ces guerres (8) .

Adam Chastelain étant mort en 1439, Jean d'Hierray, qui était officiai de cet évêque, devint son successeur, sans

(1) Histoire d'Artus lll, p. 221. — Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 5. — Leibnitz, Codex diplomaticus, fol. 91.

(2) Cartulaire de Saint-Vincent, Ms. de la Bibliothèque impériale, fol. 3. — Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 26 r.

(3) Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 71.

(4) Idem, ibidem, fol. 15 v.

(5) Histoire d'Artus III, p. 226.

(6) Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 16 r.

(7) Almanach du Maine, 1763, p. 169. — Le Corvaisier, p. 725.

(8) Cité par P. Clément, Jacques Cœur et Charles Vil , t. I , p. 182.

doute avec Fassentiment du gouverneur anglais (I). \Si\ petit nombre de laits remplissent cet épiscopat, qui dura onze ans (2). Vers 1-440, Eugène IV révoqua, par une bulle datée de Rome, toutes les grâces expectatives qu'il avait accordées dans le diocèse du Mans (3). En 1445, un Anglais s'étant réfugié dans l'église de Saint- Julien, et un officier de cette nation l'ayant fait enlever au mépris du droit d'asile, l'évêque et le chapitre jetèrent l'interdit sur toute la ville ; le prisonnier fut remis au prélat et aux chanoines, qui levèrent l'interdit quatre jours après qu'il avait été prononcé (4). On continuait à exécuter de nouveaux travaux à l'église cathédrale. Jean Davezé, bourgeois du Mans, fit un don au chapitre à cette intention (5). Le 18 août 1447, Jean d'Hierray rendit un décret portant que les administrateurs de l'hôpital du Sépulcre n'étaient point tenus à reconstruire les bâtiments de cette maison incendiée par le fait de la guerre (6). Un grand nombre d'autres établissements religieux et charitables disparurent par l'effet des mêmes désordres; plusieurs prieurés qui avaient conservé la conventualité furent réduits à l'état de prieurés simples; c'est ce qui arriva en particulier pour le prieuré de Jouéen-Charnie, membre de la Couture (7).

Les Pères du concile de Bâle avaient fait une recommandation pressante pour la tenue des conciles provinciaux, et la Pragmatique-sanction était entrée dans les mêmes vues (8). Jean Bernard, archevêque de Tours, convoqua le

(1) Joannes de Asseio,de Anscriis, et de Yeraio. Jean de Jérian, Jean d'Ansières, Jean d'Hiéran et Jean d'Hierray. — Armoiries de Jean d'Hierray : D'argent au chevron de gueules, accompagné de trois grappes de raisin d'azur.

(2) Mss. de la biblothèque du Mans, nos 97, 206 et 245. — Bibliothèque impériale, Mss. de Gaignières, n° 170.

(3) .Livra Rouge, fol. 284 v.

(4) Cariu/aire de Saint-Vincent, Ms. de la Biblioth. imp., fol. 3.

(5) Bilard,o^. cit., n°* 770 et 772.

(6) Archives de L'hôpital-général du Mans, c. i. 1.

(7) Biblioth. du Mans, Mss., n» 91.

(8) Labbe, Concilia, t. IX, col. 1341.

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concile de la province à Angers, pour le 17 juillet 1448. Outre le métropolitain, les évoques du Mans, d'Angers, de Saint- Malo, de Nantes et de Rennes s'y rendirent. Les prélats furent placés selon Tordre de leur ordination; mais on déclara préalablement que cette disposition ne préjudiciait point aux droits de l'évêque du Mans, ni même de celui de Rennes, qui se disputaient la préséance (1).

L'assemblée fît dix-sept décrets, dont nous signalons ceux qui peuvent le plus nous éclairer sur l'état de la société. Les clercs qui auront obtenu des rescrits apostoliques ne traîneront point leurs parties au delà d'une journée hors du diocèse; ceux qui auront été pourvus de quelque dignité dans les chapitres seront tenus de prendre les ordres sacrés, au moins le sous-diaconat, dans l'année, sous peine de la perte de leur bénéfice. Les prêtres réciteront l'office des morts aux jours qui ne sont pas solennels. On recommande la résidence et l'observation du silence durant les offices du chœur. On condamne la fête des fous, celle du 4 e? mai, les charivaris que l'on faisait aux secondes noces, les mariages clandestins, les jeux de hasard, le concubinage, tant chez les clercs que chez les laïques.

Les prédicateurs ne feront point dresser des échafauds sur les places publiques pour y prêcher; ils éviteront les grands éclats, les cris excessifs, en instruisant le peuple fidèle. Défense aux abbés et aux prieurs qui ont d'autres monastères sous leur dépendance, de les dépouiller à la mort des titulaires. Défense encore aux laïques d'usurper la juridiction de l'Église. Les sentences d'excommunication doivent être publiées selon les règles; elles seront nulles, si le coupable prévient le terme assigné par les monitions. On ne distribuera point dans la province de nouvelles reliques, ni on ne publiera de nouvelles indulgences sans la permission de l'ordinaire ou de son grand vicaire.

(I) Ms. dos Bl.-Mant. n° 81, c, p. 335 et seq., p. 355 et seq. — Col leclion D. Housscau, n° 8805. — Labbc, Concilia, t. XIII, col, 1350. — Maan, Ecclcsia Turonensis, part. Il, p. 108.

152 histoire he l'église jj«; ma.nv.

Lorsque le roi de France fut remis en possession du Maine, l'évèque et beaucoup de bénéficier conçurent des inquiétudes; mais Charles VU et le comte du Maine, Charles Ier, se hâtèrent de les confirmer dans la jouissance de leurs bénéfices (1). Jean d'Hierray, qui n'avait pas été des derniers à prendre ses précautions, se rendit, en 1450, à Tours, où se trouvait la cour, et y prêta le serment de fidélité au roi, s'engageant à lui révéler le6 complots que les ennemis pourraient former dans le diocèse (2).

Jean d'Hierray se montra très-actif pour soutenir ses droits ou ses prétentions. Assuré des sympathies du parlement, il attaqua les privilèges les plus légitimes d'un grand nombre de communautés. En 1440, il entreprit de faire la visite du prieuré d'Oizé, qui dépendait de l'abbaye de Vézelay ; les religieux lui en contestèrent le droit; 1'atFaire fut portée devant plusieurs tribunaux; enfin en 1442 des commissaires apostoliques rendirent une sentence favorable au prélat (3). L'année suivante (1443), il conclut une convention avec Jean, abbé de Saint-Calais, pour la juridiction que celui-ci exerçait sur les paroisses de Notre- Dame de Saint-Calais, de Saint -Jean de Montailler, de Marolles et de Rahay (4). En 1451 , Jean Rochet, abbé de Bellebranche , fut obligé de venir à Sablé rendre hommage à Jean d'Hierray, et de lui promettre obéissance, sauf les droits de son ordre (5). L'évêque du Mans voulut s'attribuer le jugement et la punition des moines d'Ëvron, et il s'ensuivit un long procès. Jean d'Hierray mourut avant qu'il fût terminé; et Etienne, abbé d'Évron, résigna en faveur de Jean de Favières. Celui-ci transigea avec

(1) Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre royal de Saint- Pierre-de-la-Cour, Ms. aux Archives de la Sarthe. — Bilard, op. cit., il» 844.

(2) Dupuy, Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. I, p. G29, in-fol. — Mémoires du clergé, éd. in-4°, t. XI, col. 252, 263.

(3) 10 décembre 1442, Livre Verd, fol. II. 14 et seq.

(4) 7 juin 1443. Livre Rouge, fol. 287.

(5) 10 mars 1451. Livre Rouge, fol. 283 et 286 v.

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Martin Berruyer, successeur de Jean d'Hierray, et convint que les fautes commises dans l'intérieur du monastère seraient jugées et punies par l'abbé seul, et que celles commises à l'extérieur donneraient lieu à la prévention, pourvu toutefois qu'elles ne fussent pas de nature à mériter la destitution ou la dégradation; car alors l'évêque seul s'en réservait la connaissance.

En 1449, 1 evêque et le chapitre renouvelèrent les conventions faites précédemment touchant les repas que le prélat devait aux chanoines à certaines fêtes et chaque fois qu'il officiait pontificalement en l'église cathédrale. Les chanoines firent abandon de leurs droits, et Jean d'Hierray renonça à deux rentes qu'ils lui devaient, l'une de soixantequatre livres, et l'autre de cinquante livres, aux synodes annuels de la Toussaint et de la Pentecôte. Cet arrangement fut [renouvelé sous Tépiscopat de Martin Berruyer (1).

Au temps de Jean d'Hierray, le prieuré de Saint-Victeur était gouverné par un religieux d'un grand mérite nommé Jean Gonaut. Les moines du Mont-Saint-Michel l'élurent pour leur abbé, en 1445; mais le cardinal Guillaume d'Estouteville, soutenu du roi de France, obtint l'abbaye en commende, et Jean Gonaut resta attaché à la conduite du prieuré de Saint-Victeur, où toutes les vertus monastiques continuaient de fleurir (2). D'autres personnages méritèrent bien de l'Église : le comte Charles confirma (1450) les donations faites par ses prédécesseurs, seigneurs de Mayenne, au prieuré de la Fontaine-Gehard, de la dîme de la prévôté de Mayenne, et de sa grande foret du même nom ; du droit d'herbages, pasnages et houssage dans cette forêt; de la moyenne justice en son fief, et enfin du droit de prendre trois cents boisseaux de froment , mesure de la Barre, sur la recette de son grenier de Mayenne, pour

(1) Acte du 20 décembre 1469. Livre Rouge, fol. 288.

(2) Cartularium sancti Victoris Cenom.y Ms. de Gdignièrcs.— Gallia christiana, t. XI, col. 528 ; Inst., col. 119 et 120.

i3ï HISTOIRE DE LÉOLÏSB DU MANS.

faire l'aumône aux pauvres passant par le prieuré (1). Jean de Gaignon, seigneur de Villennes en Chemiré-le- Gaudin, lit deux fondations (1 450), Tune dans l'église cathédrale, l'autre aux jacobins du Mans. Il avait épousé Marguerite d'Angennes, d'une famille qui commençait à devenir puissante dans le Maine (2). Isabelle de Lorraine, première femme du roi René, montra une particulière piété envers saint Julien, et fit des dons considérables à son église (3). Simon de Blavet, chanoine et scholastique, fonda par ses générosités la fête de saint Martial (4). Jean Blanchard, curé de Sargé , Jean Boussard et Jeanne sa femme, d'une famille bourgeoise du Mans, firent des dons considérables à la cathédrale (5). Nous ne devons pas oublier les bienfaits de Foulques du Rocher, seigneur de Valtrot à Saulges, en faveur des chartreux du Parc (6).

Deux clercs du diocèse du Mans, Gervais de Mellot et Nicolas de Bellême, se distinguèrent par leurs talents (7). A Laval, Laurent Pichot, chanoine de Notre-Dame du Bourg-Chevreau, et l'un des premiers pourvus d'un canonicat de Saint-Michel, commença à faire briller ses talents dès l'aimée 1420. Il travailla très-activement à Rome, à Paris et au Mans, pour la réunion des chapitres des Trois- Maries de Montsûrs et de celui de Notre-Dame du Bourg- Chevreau. Il eut grande part à la construction de l'église de Saint-Thugal, et laissa plusieurs écrits et des mémoires qui témoignent autant de sa science que de son zèle (8). Ce

(1) Inventaire des titres de Gehard, n° 94, acte du 26 mars 1450,

(2) Le Paige, t. I, p. 535.

(3) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 51. — Gfr. Le Paige, t. II, p. 305.

(4) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 210 et 217.

(5) Ibidem, M. 31, 158 et 159.

(6) D. Piolin, Ex-voto monumental de l'église de Saulges.

(7) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V. — Le Paige, 1. 1, p. 49. — Raoul Le Jolivet, chanoine du Mans, acquit mvefuncste renommée. Bibliothèque de l'école des Chartes, l'® série, t. III, p. 332-

(8) Pichot de la Graveiie, Mémoires, Ms. — Recherches historiques, etc., t. XV, p. 172. Mss. de M. La Beauluère.

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lut en 1444 que fut accomplie la réunion du chapitre des Trois-Maries à celui de Saint-Thugal. Eugène IV accorda une bulle à cet effet; Jean d'Hierray consentit à certains accommodements, et dressa les statuts du nouveau chapitre : il fixa à dix-huit le nombre des prébendes, et établit un doyen qui jouissait de la cure d'Andouillé. La dignité de chevecier, la première du chapitre de Montsûrs, ne fut conservée qu'en faveur de Pierre Henry, et seulement sa vie durant. Le seigneur et la dame de Laval lui accordèrent les privilèges dont jouissait le trésorier de la Madeleine de Vitré, entre autres celui de manger à leur table lorsqu'ils faisaient leur résidence à Laval (1).

On connaît déjà par nos récits précédents Anne de Laval. Cette femme d'un si grand esprit et d'une si haute piété eut la principale part à la fondation du chapitre de Saint-Thugal ; elle avait résolu d'y élever une église qui fût des plus belles du diocèse ; elle assigna même des fonds considérables pour cela ; mais l'édifice ne fut jamais achevé (2). Guy XIII, son fils, qui avait hérité de ses grandes qualités, supplia le chapitre du Mans de célébrer désormais sous le rite semidouble la fête de la Visitation de la Vierge, et lui assigna à cet effet une rente de vingt livres tournois, environ quatre-vingt-deux francs de notre monnaie, sur le château de Vaiges (3).

La petite ville de Lassay n'avait pas encore d'église paroissiale, mais seulement une chapelle dépendant de la

(1) Cartulaire du chapitre des Trois-Maries de Montsûrs et divers mémoires mss. dans le cabinet de M. La Bauluère. — Pouillé du diocèse duMans, 1772. Ms.— Boullier, Recherches historiques sur la Trinité de Laval, p. 266 et suiv. — Gfr. Insinuations ecclésiastiques du diocèse du Mans, novembre 1676, mai 1702, juin 1704, mai 1707, décembre 1716, juillet 1585, novembre 1586, février 1605, octobre 1674, septembre 1704, novembre 1708, mai 1743, juillet 1567, juin 1569, janvier 1665, et passim, et le Sixième livre des fondations, fol. 217.

(2) Maucourt de Bourjolly, Mémoires historiques sur Laval, t. I, p. 398, et passim.

(3) Martyvolorjium capituli Cenomanensis, fol. 91 r.

cure deSaint-Fraimbault-de-Lassay. Elle commença, sous Jean d'Hierray, à s'alïVanchiL' de ce patronage. A la même époque, la foi des habitants de la Ferté-Bcrnard et leur reconnaissance envers la Mère de Dieu les portèrent à lui élever un sanctuaire des plus remarquables du diocèse du Mans. Commencée vers 1450, cette église ne l'ut achevée que sur la fin du siècle suivant. Saint-Julien du Mans et Notre -Dame -des- Marais de la Ferté sont l'histoire vivante et non interrompue de l'art dans notre province, depuis les temps reculés de l'architecture romane, jusqu'à la renaissance ; car la construction delà seconde de ces églises commence précisément à l'époque où celle de la première fut terminée. Afin d'aider les habitants de la Ferté dans leur généreuse entreprise, Charles VII, Louis XI, Charles VIII et Louis XII leur accordèrent la moitié de l'octroi des boissons, et leurs successeurs confirmèrent ce privilège. En 1533 la construction languissait, lorsqu'une impulsion nouvelle fut donnée aux travaux. François Ier sollicita du Saint-Siège des indulgences, et le Pape les accorda à perpétuité en faveur des confrères de saint Sébastien et des bienfaiteurs de l'église de la Ferté. Un enfant du Fertois, Jean Lunel, moine de l'ordre de Cîteaux, devint vers le même temps abbé de Saint-Sébastien à Rome. Ayant visité son pays natal peu de temps après, on tient qu'il donna de puissants encouragements aux travaux de ses compatriotes. Les princes de la maison de Lorraine, seigneurs de la Ferté-Bernard, contribuèrent aussi à la construction de cette intéressante église. Elle fut ornée de vitraux, dont les plus anciens dataient de la fin du xve siècle, et étaient l'œuvre de Robert Courtois, le premier membre d'une famille d'émailleurs qui habitaient la Ferté, et s'acquirent un certain renom au xvic siècle.

Jean d'Hierray eut occasion d'approuver les fondations d'un grand nombre de chapelles, prestimonies, écoles et autres sortes d'établissements ecclésiastiques plus ou moins importants. Il visitait souvent son diocèse, et pouvait espérer encore de longs jours, lorsque la mort vint brus-

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quëment mettre un terme à ses travaux sur la fin de Tanne'e 1451 . En visitant les ouvrages qu'il faisait exécuter au château de Touvoye, il tomba d'une terrasse, et né survécut que peu de jours. IL fut enseveli dans le chœur de l'église cathédrale.

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