ÈPISGOPAT DE MARTIN BERRUYER
Famille de Martin Berruyer. — Sa carrière de professeur et de bénéficier.
— Il se fait remarquer au concile de Bàle et dans la ville de Prague.
— Il est sacré évêque du Mans à Noyon. — Il prépare son tombeau, et fait une fondation en faveur des vicaires et des chantres de l'église cathédrale. — Don gratuit offert par le clergé au comte du Maine. — Conciles de Laval (1455) et de Vannes (1 456). — Martin Berruyer chargé de plusieurs missions de la cour de France. — Procès de quatre sorcières à Vivoin. — Histoire de Jeanne la Féronne. — Projet de croisade. — La noblesse du Maine et de l'Anjou. — Dessein de construire une nef nouvelle à l'église cathédrale. — Établissement des grands pardons de Saint-Julien. — Bienfaiteurs de l'Église. — Fondation de l'aumônerie d'Arquenay par Jean Eschart, depuis évêque de Sisteron. — Olivier de Pennart archevêque d'Aix. — Ligue du bien public. — Mort de Martin Berruyer.
Martin Berruyer , successeur de Jean d'Hierray dans la chaire épiscopale du Mans, tirait son origine du diocèse de Tours (1). Sa famille, qui était très-répandue dans la Touraine et les provinces voisines, produisit vers cette époque un grand nombre d'hommes distingués, surtout dans l'Église. Nicolas Berruyer (1150), Élie Berruyer (1452), et Philippe Berruyer (1457) se signalèrent dans l'université de Paris (2). Un peu plus tard on y voit encore briller Robert Berruyer (1504) , Jean Berruyer (1519), Claude Berruyer (1524-1530), un autre Jean Berruyer (1530),
(1) Legenda aurea episcopovum Cenomanensium , Mss. de la bibliothèque du Mans, n°s 97, fol. 146 r; 206 ct2'i5. — Armoiries de Martin Berruyer : D'azur à trois coupes couvertes d'or, et à un lion de même, mis en co>ur.
(2) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V, p. 905.
Antoine Berruyer (4533), Jacques Berruyer (1547), Jean Berruyer (1573), et enfin Claude Berruyer (1583), religieux de l'ordre de Saint-Benoit (1). On croit que saint Guillaume Berruyer, archevêque de Bourges, et le bienheureux Philippe Berruyer, qui occupa le moitié siège, étaient de cette famille (2).
Martin Berruyer était entré de bonne heure dans l'université de Paris; étant déjà licencié, il commença à professer (1413) dans la faculté des arts, il s'acquit quelque célébrité dans la chaire des belles-lettres; il occupa bientôt après celle de théologie, et fut associé au collège de Navarre (3). Il jouissait en outre, selon l'usage abusif du temps, d'un canonicat dans l'Église du Mans, et de la cure de Coulans (4); il résigna cependant ce dernier bénéfice. Martin Berruyer posséda aussi durant quinze ans la dignité de doyen dans l'Église métropolitaine de Tours; et Mathieu Monet ayant entrepris de lui disputer cette dignité, le concile de Baie jugea en faveur de notre futur prélat (5). Enfin on ajoute qu'il jouissait de la dignité de trésorier du chapitre de Saint -Martin de Tours (6).
Distingué comme professeur, Martin Berruyer le fut aussi comme écrivain ; mais on ne connaît de ses ouvrages qu'un fragment rapporté par Du Boulay (7). Il ne prit cependant que les premiers grades académiques, empêché vraisemblablement par les troubles qui agitèrent le pays à cette époque (8). Durant son professorat, il lia une amitié
(1) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. IV, p. 925, et passim.
(2) Launoy, Opéra omnia, t. 1, part. I, p. 713. — Fileau, Vie de saint Louis, t. II, p. 392. — Le Corvaisier, p. 732.
(3) Du Boulay, op. cit., t. V, p. 903. — Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. I, p. 713.
(4) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., n« 603, 711 et 712.
(5) Maan, Ecclcsia Turonensis, p. 173, n° 5. — Launoy, loc. cit.
(6) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 245, fol. 62 v.
(7) Du Boulay, op. cit.. t. V, p. 909.
(8) Launoy, loc. ciL
très-intime avec le célèbre Gérard Machet. Représentant de l'évêque du Mans au concile de Baie, Martin Berruyer iïït député par les Pères de cette assemblée vers les hérétiques de Bohême pour les porter à la soumission envers l'Église, et il prononça devant tout le clergé et l'université de Prague un discours dont l'histoire a conservé le souvenir.
Après son retour de Bâle, Martin Berruyer fixa son séjour à Tours. La manière dont il remplit ses fonctions attira encore sur lui l'attention, et au commencement de l'année 1452 il fut désigné pour l'évêché du Mans. Son sacre eut lieu le 2 avril de la même année à Noyon, par Jean de Mailly, évêque de cette ville, assisté des évêques d'Amiens et de Soissons (1). L'archevêque de Tours avait donné son consentement.
Dès la première année de son épiscopat, Martin Berruyer fit préparer son tombeau dans l'église de Saint-Julien; puis il rédigea son testament tout rempli de legs pieux. Pour plus de solennité, il voulut le signer dans l'église sur sa tombe même. Il fit une fondation importante en faveur des douze vicaires et des chantres de l'église cathédrale; il leur donna une métairie et des rentes en blé et en argent, afin de suppléer à leurs revenus déjà reconnus insuffisants, et exciter leur zèle pour l'office divin. Il exigea d'eux, en reconnaissance, de célébrer tous les ans pour lui un service solennel et quatre messes basses (2). Cette fondation a été fidèlement desservie jusqu'à la spoliation de l'Église.
Martin Berruyer unit aux deux dernières semi-prébendes fondées en 1420 d'autres petits bénéfices, et fit approuver cette disposition par le cardinal Guillaume d'Estouteville,
(1) Gallia christiana, t. IV, p. 41 G. — Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France , t. II, p. 41G. — Ces deux ouvrages se trompent en rapportant cette consécration à Tannée 3 464. L'erreur a été produite par le titre d'une des chartes contenues dans le Livre Blanc, mais le texte même de la charte doit corriger le titre.
(2) Archives du chapitre du Mans, registre B-25, fol. 70 v. et seq. — Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 245, fol. 44 r. et seq.
160 HISTOIRE DE b'é&LlSB DU MANS.
légat en Fiance (1). Il ratifia aussi l'accord passé entre ses prédécesseurs et le chapitre par rapport aux repas dus par Jes évoques, et autres droits réciproque? (2). Pour se mettre en état de soutenir les droits de la dignité qui lui était confiée> il fit extraire des registres du conseil, des greffes du parlement et de la chambre des comptes grand nombre de lettres patentes, arrêts, transactions, donation?, aveux et autres pièces dont il fit composer deux cartulaires (3). Il veilla avec soin à se faire rendre les devoirs qui lui étaient dus comme seigneur temporel (4), et par des acquisitions il augmenta le fief de Touvoye (5). Jean de Favières, nouvellement élu abbé d'Évron, fut obligé de venir prêter serment à Tévêque, qui le confirma dans sa dignité (6). Cet abbé conclut en 1459, dans un chapitre général, un accord avec Tévêque (7). Ayant obtenu ensuite du Saint-Siège l'usage des ornements pontificaux, il fit une nouvelle convention avec l'ordinaire (8). Dès le 10 mars 1452, notre prélat reçut aussi l'hommage de Jean , abbé de Bellebranche (9). Jean Le Pelletier, commandeur de Guéliant, ayant été mis en prison par ordre de l'official de Martin Berruyer, ne put se soustraire à la juridiction du prélat, ni par un appel au lieutenant de Touraine, ni en vertu des privilèges de son ordre (10).
En même temps la fiscalité des princes devenait de plus en plus pesante pour l'Église. Depuis longtemps déjà , comme nous l'avons dit, les rois demandaient presque
(1) Archives du chapitre, registre B-25, fol. 90 r. et scq. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 245, fol. 62 v.; n° 254 fol. 45, et seq; n° 252, fol. 4 v. et seq. — - La confirmation du légat est datée de Bourges, 145G.
(2) Livre Rouge, fol. 288.
(3) Le Corvaisier,p. 733.
(4) Bilard, op. cit., n° 535.
(5) Livre Rouge, fol. 291.
(6) Cartulaire Verd de l'éveché du Mans, fol. 32.
(7) Ibidem, fol. 60 et seq.
(8) Cartuloirc Verd de Véoêché du Mans, fol. 6».
(9) Gallia christiana, t. XIV, col. 411.
(10) Pesche, t. II, p. 534.
chaque année des subsides au cierge' : en 4454, 1457 et 1460,1e comte Charles 1er obtint du roi de lever sur son comte une nouvelle taille. Les pertes qu'il avait éprouvées dans la guerre contre les Anglais servaient de prétexte à ces impôts. Les biensdes Églises en étaient de droit exempts ; mais Pevêque engagea les chapitres, les abbayes et les autres communautés à prendre une partie de la charge commune. Toutefois on spécifia, selon l'usage, que cette concession était gratuite, et ne créait pas d'obligation pour l'avenir (1 ).
En 1457 l'archevêque de Tours convoqua le concile de la province; il indiqua la ville de Laval pour le lieu où il devait se célébrer, et fixa l'ouverture au samedi avant le quatrième dimanche de Carême (^) . Les actes de cette assemblée nous sont inconnus. La même année le comte Charles donna la terre d'Athenay, au pays du Maine, à l'Église d'Angers (3). Martin Berruyer unit par un décret les paroisses de Luché et de Mansigné (4).
L'année suivante (1456), le prélat se rendit au concile de Vannes présidé par le cardinal légat, Alain de Coétivi, à l'occasion de la translation ducorpsde saint Vincent Ferrier. Une indisposition ayant empêché l'archevêque de Tours de s'y trouver présent, il commit l'évêque du Mans pour y tenir sa place, en qualité de premier suffragant (5).
En 1457, Callixte III ayant ordonné une levée de décimes sur le clergé de France au profit de la chambre apostolique* le cardinal d'Avignon, Alain de Coétivi, fut chargé d'imposer cette diine et d'en faire opérer la perception. Le motif de cette levée était la crainte que les Turcs faisaient subir à l'Italie et au reste de l'Occident. 11 y eut d'abord quel-
(1) (Jartulaire Verd de l'évéché du Mans, fol. 37, et passim. — Cfr. Tliomassin, Discipline de l'Église, part. III, liv. I, chap. 43, § 13.
(2) Bibliolli. imp., Ms. des Bl.-Mant., nw 81. c. p. 349, et passim.
(3) Collection D. Housseau, n™ 8806 et 8831.
(4) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, Tnst., p. 94.
(5) Biblioth. imp., Mss. des Bl.-Mant., n» 81, c. p. 351-359. — D. Morice, Histoire de Bretagne, t. II. -- Idem, Vie des Saints de Bretagne, t. III, p. 206. — Le Corvaisicr, p. 73 1.
Iu2 HISTOIRE de l'église lu ma.ys.
ques difficultés dans le diocèse du Mans à ce sujet; cependant la perception s'accomplit d'une manière régulière (1). En même temps (1 457) plusieurs seigneurs de Bohême et de Hongrie vinrent à Tours de la part de Ladislas, leur roi, pour demander à Charles VII Madeleine de France en mariage. Le roi députa au devant d'eux le duc d'Orléans, les comtes de Vendôme, d'Anjou et de la Marche ; et comme les chefs de cette ambassade étaient des ecclésiastiques, il choisit l'archevêque de Tours, l'évêque de Coutances et celui du Mans pour aller les recevoir, avec le chancelier, chargé des négociations (2). Après cette honorable mission, Martin Berruyer obtint un arrêt qui lui permettait d'imposer une taille sur tout son diocèse pour les réparations de quelques églises paroissiales (3). Il eut l'honneur de présider, à Rouen (juillet 1456), la séance solennelle dans laquelle fut prononcée la réhabilitation de Jeanne d'Arc. L'archevêque de Reims, lesévêques de Paris et de Coutances étaient au nombre des juges, ainsi que le dominicain Jean Brehal, inquisiteur général du royaume de France (4).
L'esprit de superstition se répand toujours dans les masses en proportion de l'affaiblissement de la foi. Dès l'épiscopat d'Adam Chastelain,Fofficialitéfut obligée de réprimer les progrès des sorciers; malheureusement le succès ne fut pas complet, et les dangereuses spéculations de l'art magique ne firent que se propager de plus en plus. En 1457 quatre femmes, Jeanne Foro, de Teille , Jumelle, de Doucelles, Agathe, de Meurcé, Jeanne, de Aronio Bruandi, arrêtées par le bailli de Beaumont-le- Vicomte, comparurent le vendredi, 17 juin, devant Martin Berruyer, qui était alors au prieuré de Vivoin. Convaincues, après un interrogatoire qui dura deux jours, d'avoir exercé des
(1) Cavhdaire Verd, fol. 50 etseq.
(2) Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 69 v. et suiv.
(3) Carlulairc Verd, fol. 48.
(4) Mémoires pour servira l'histoire de France, éd. Michaud, t. III, p. 177-179.
sortilèges et maléfices, d'avoir même évoqué le diable, elles eurent d'abord les cheveux coupés. Le lendemain , dimanche, on conduisit ces malheureuses à Beau mont, où plus de vingt mille personnes étaient accourues pour être témoins du spectacle, et on les plaça devant les halles, sur un lieu élevé, d'où la multitude pouvait les apercevoir. Le prélat revêtu de ses habits pontificaux, et la mitre en tête, adressa un discours à ces infortunées, les fit renoncer au démon , leur enjoignit d'implorer le secours de Dieu, de l'aire un acte de foi, de demander pardon publiquement de leur crime, et de promettre de n'y plus retomber; puis il les bannit de son diocèse , les condamnant cependant à subir préalablement la pénitence qui leur serait imposée par des prêtres désignés à cet effet (1). L'Anjou et d'autres provinces voisines étaient attristés parle même fléau (2).
Malgré sa science, son âge vénérable et une carrière constamment irréprochable, Martin Berruyer tomba alors dans un piège que lui tendit une fille profondément pervertie, nommée Jeanne la Féronne. Cette malheureuse trouva le moyen de tromper le prélat en affectant une grande piété. L'illusion fut si complète, que Martin Berruyer en écrivit aux princes, aux prélats et aux communautés du royaume, leur recommandant cette femme comme étant douée d'une sainteté extraordinaire. Mais l'illusion ne pouvait durer toujours. «Audit temps, dit Jean de Troyes, furent grandes nouvelles partout le royaume de France et autres lieux, d'une jeune fdle de dix-huit ans ou environ , qui est en la ville du Mans, laquelle fit plusieurs folies et grandes merveilles, et disoit que le diable
(1) Pièces justificatives, n° XVI. — Archives municipales de la ville du Mans, no 21, t. II. p. 203 et 809. — Gfr. Chronique de Vivoirt, Ms. — Cauvin, Statistique de l'arrondissement de Mamers, p. 21. — Léon de la Sicotièrc, Excursions dans le Maine, p. 117. — Pesche, Dictionnaire de laSarthe, t. I, p. 137, t. VI, p. 591.
(2) Collection D. Rousseau, n° 4020. — Raynaldi, Annales eccle^ siastici, an. 1459, n° 30.
la tourmentoit, et sailloiten Pair, crioit et escumoit, et faisoit moult d'autres merveilles, en abusant plusieurs personnes qui l'alloient voir : mais enfin on trouva que ce n'étoit que tout abus, et qu'elle estoit une méchante fille (prostituée) , et faisoit lesditès folies et diableries par l'énhortement, conduite et moyen d'aucuns des officiers de l'évesque dudit lieu du Mans, qui la maintenoient et en faisoient tout ce que bon leur sembloit, et qui auxdites folies faire l'avoient ainsi duicte (1). » En effet, après que la vie honteuse de cette malheureuse fut découverte, elle ne craignit pas d'accuser l'évêque qui avait été son bienfaiteur, de l'avoir ensorcelée, et elle voulut faire passer pour des effets diaboliques les fausses extases et les ravissements simulés qu'elle avait invoqués comme des preuves de sa sainteté. La vérité fut clairement manifestée; et Jeanne la Féronne fut condamnée à être liée au pilori par la main du bourreau, en signe d'infamie. Jean Bernard, archevêque de Tours, confirma la sentence le 24 décembre 1460. L'éclat que produisit cette méprise de la part de l'évêque lui causa une profonde douleur; il voulut résigner son siège et s'ensevelir dans la retraite. Ce projet reçut même un commencement d'exécution (2). Mais on le détourna de suivre cet avis, et il neperdit rien de l'estime que ses Vertus et ses talents méritaient.
Cependant, le prélat accomplissait la dédicace de l'église de Saint-Michel à Laval (1458); il concluait un accord (9 juillet 1460) avec Jean Gavestin touchant les droits de justice sur une terre nommée Fretahon; il passait un nouveau concordat avec les chanoines de Saint-Julien. Il leur abandonnait deux rentes, l'une de soixante-quatre livres tournois, et l'autre de deux livres dix sous, qu'ils lui de-
• (1) Mémoires de Jean de Troyes, dans la Collection universelle des Mémoires, éd. Duchesnay, t. XIII, p. 11.
(2) Chronique scandaleuse, t. II, p. XI, éd. 1714. — Échard, Bibliothèque des frères prêcheurs, l. I, p. 85'». — Bourdigné, Histoire iiggrégative..., t. H, p. 212.
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vaient chaque année (I). De leur coté, les chanoines le tenaient quitte des trois repas qu'il devait chaque année h tous les chanoines, à leurs officiers et à leurs serviteurs. Le prélat restait obligé de donner à manger aux clercs qui l'avaient servi à Fautel chaque fois qu'il avait officié, et de fournir comme par le passé dix sommes de vin à la sa^ cristie. Les chanoines s'engageaient à lui prêter foi et hommage, sous réserve de leur exemption (2). Martin Berruyer n'attaquait pas cette prérogative des chanoines ; il y eut cependant un différend entre eux au sujet de la bulle d'Eu^* gène IV (1436), qui établissait deux nouvelles semi-prébendes et proclamait l'immunité du chapitre (3). Se trouvant à Paris au commencement de l'année 1458, Martin Berruyer officia au collège de Navarre , en la fête de saint Guillaume Berruyer, l'une des principales solennités de l'université (4).
En 1459, notre évèque ayant célébré la messe le jour de la fête de saint Julien, à l'autel des saints Gervais et Protais, le chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour se plaignit du dommage qu'il en éprouvait; parce que, d'après l'accord passé avecl'évêque Avesgaud, lesoblations offertes ce jourlà sur cet autel lui appartenaient par moitié avec l'abbaye de la Couture. Martin Berruyer s'excusa sur ses infirmités, et promit de respecter dorénavant les droits des chanoines de Saint-Pierre (5).
Dans le même temps, Pie II convoqua à Mantoue tous les princes de l'Europe , pour préparer une expédition contre les Turcs, qui menaçaient l'Occident. Parlant au nom de Charles VII, les ambassadeurs français y firent un pompeux éloge de la noblesse du Maine et de l'Anjou , qui
(1) Sous Charles VU la livre tournois équivalait à 27 fr. 34 c. de notre monnaie.
(2) Livre Rouge, fol. 287 v.
(3) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 258, fol. 30 v.
(4) Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. 1, p. 713.
(5) Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre royal de Saint' Pierre-de-la-Cour, p. 158, Ms.
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avait, disaient-ils, mérité le premier rang dans tout le royaume. Ils ajoutèrent qu'après les services éminents que cette noblesse avait rendus au pays, et dans une entreprise aussi considérable qu'une croisade, on ne pouvait rien arrêter avant d'avoir pris son avis (I). Cependant, au nombre des seigneurs qui signèrent la protestation contre le discours que Pie II prononça en cette assemblée , et dans lequel il infligeait un blâme trop mérité aux tentatives schismatiques du roi de France , on rencontre un nom manceau, celui du célèbre maréchal André de Laval- Lohéac(2).
A cette époque, l'église cathédrale était achevée et dans l'état où on la voit aujourd'hui; mais les Manceaux désiraient élèvera la place de sa nef romane un vaisseau plus en harmonie avec le chœur et le transsept. On n'était déjà plus à ces époqnes de ferveur religieuse où il suffisait à un évêque, à un religieux vénéré pour son caractère et ses vertus, d'élever la voix au milieu d'une réunion nombreuse, pour trouver aussitôt une foule d'ouvriers bénévoles. Le trône de France était occupé parle faible et voluptueux Charles VII, et il allait bientôt passer à Louis XI; les mains royales avaient désappris à conduire la brouette pour élever des demeures à Dieu et à ses serviteurs. Dès lors il fallait recourir à d'autres moyens. Pour encourager les fidèles à de nouvelles offrandes, Tévèque et le chapitre demandèrent au Souverain Pontife l'établissement des pardons en l'honneur de saint Julien. Par ses bulles données à Saint- Pierre le d2 février 1460 (a. s.) Pie Iloctroya leur demande. De cette époque datent les développements de la confrérie de saint Julien et les grands pardons , qui attiraient au Mans une multitude considérable, non-seulement du diocèse, mais encore des diocèses voisins (3).
(1) D. (KAcliery, Spicilegium, t. IX. — Labbe, Concilia, t. XIII, col. 1796.
(2) Dupuy, Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. I, p. 502- 508, la-fol,
(3) Pièces justificatives, n0s XVII et XVIII. — Mss. de la bibliothèque
MARTIN BERRUVER. 167
La suite fera voir d'autres efforts tentés à diverses reprises pour la réalisation du projet qui préoccupait Martin Berruyer et les chanoines. Mais à cette époque notre province était menacée de nouveaux malheurs, et d'ailleurs dans un état déplorable (I). Nous avons cependant à signaler quelques généreux bienfaiteurs, comme Jean Hémery, seigneur de Pruillé et prieur du prieuré conventuel de Saint-Clément de Craon, qui fit un don d'argent en faveur de la cathédrale, et légua au chapitre sa bible et sa légende dorée (2). Un peu plus tard, Jean Véron (1466), marchand au Mans, et Denise Lamye (1468), femme de Thomas de Hires , imitèrent l'exemple du pieux prieur (3). Etienne Moreau , chanoine de Saint-Julien, laissa des fonds à ses confrères (1459) pour augmenter la splendeur du culte divin (4). Jean Bouju, d'une ancienne famille du Maine , qui occupa la dignité de doyen dès le temps d'Adam Chastelain, et durant Fépiscopat de ses deux successeurs, fonda deux chapelles à l'autel de la Trinité (5).
A la même époque (1460), Jean Esquenart (6), docteur en médecine, chanoine du Mans, sénéchal du chapitre de Saint-Martin de Tours, notaire et secrétaire du roi Charles VII et de la reine, fit une fondation importante dans le prieuré d'Arquenay, dépendant de Marmoutier, lieu de sa naissance. Il y établit un hôpital pour loger les pèlerins qui venaient visiter la chapelle de Saint-Sulpice, située dans le cimetière de cette paroisse (7). La fondation fut
du Mans, n° 245, fol. 141 r. et seq.; n° 251, fol. 48 v. et seq.; n° 252, fol. 7 r. et seq. — Cfr. Lochet, Recherches sur l'histoire des confréries e'tablies dans le diocèse du Mans avant 1791, p. 1 56-1 GG.
(1) Dupuy, Histoire des templiers, p. 476. — Idem, Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. II, p. 875, in-fol.
(2) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n° 773.
(3) Idem, ibidem, n08 774 et 776.
(4) Martyrologium capituli Cenomanensis.
(5) Pouillé du diocèse du Mans de 1 772. — Gauvin, Géographie, etc.,
(6) Esquenart, Echart, Eschart, Echivart et Esquevart.
(7) Pièces justificatives, n° XIX.
J68 Histoire de i/égusk do mans.
oonflrrpéej le 2 novembre 1-468 (n. s.), par Thibault de Luxembourg, successeur de Martin Berruyer (I). Le fondateur confia l'administration de cet hospice à l'alné de sa famille. Dans le xviue siècle, les pèlerinages à Saint-Sulpice étaient beaucoup moins fréquents; et la famille Esquenart étant éteinte, les propriétés de l'hospice furent réunies à l'hôpital de Saint-Louis, que l'on venait de fonder à Laval (1682). Jean Esquenart monta plus tard sur le siège épiscopal de Sisteron. Il édifia son peuple par de grands exemples de vertu, et mourut au Mans vers 1 492. Sa dépouille reposa dans l'église paroissiale de la Couture, sous un marbre sans ornement (2). Ce prélat était fils d'un médecin, et avait un frère nommé Michel, qui était le conseiller et le ministre fidèle de Martin Berruyer pour les affaires les plus importantes.
D'autres clercs manceaux obtinrent à la même époque des postes élevés dans l'Église. Le plus remarquable de tous fut Olivier de Pennart , d'abord chanoine régulier en l'abbaye de la Roë, puis coadjuteur de Robert Rogier, archevêque d'Aix , et enfin son successeur. Il n'est connu dans le diocèse qu'il a gouverné que par des œuvresde piété, de zèle et de générosité (3). Enfin Richard [« et Richard 11 de Laval devinrent successivement abbés de la Luzerne (4).
Le roi René , qui avait épousé en secondes noces Jeanne de Laval , fut le bienfaiteur des frères mineurs de cette ville. Ami passionné des arts, ce prince cultivait la peinture avec une ardeur digne d'un plus heureux succès. En 1-465, il envoya au couvent des franciscains de Laval un tableau qu'il avait peint lui-même et qui représentait Notre-Seigneur portant sa croix (5).
(1) Livre Blatte, n° 671. — Bibliothèque imp., fonds lat., n° 5211 B,
(2) D. Briant, Cenomania, JMs. — Le Paige, t. 1, p. 28. — Cunïn, Recherches sur les établissements de charité, etc. — Gallia christiana (nova), t. I. col. 499.
(3) Gallia christiana, t. I, col. 327, 468, et Instr., col. 70.
(4) Ibidem, t. XI, col. 500.
(5) Archives de l'Art français, t. I, p. 321-32»;.
Après une longue suite d'intrigues et de disgrâces, Jacques d'Espinay, évêque de Rennes, se trouvait de nouveau soumis à une accusation de conspiration contre l'État, et de maléfices contre la vie de Gilles de Bretagne. L'affaire fut déférée au Pape, qui nomma, en 1461 . l'archevêque de Tours et l'évêque du Mans pour faire les informations nécessaires. Jacques d'Espinay trouva moyen de se tirer de ce mauvais pas; mais il succomba enfin dansune troisième accusation, et ses crimes furent clairement prouvés (1).
Guillaume de Malestroit, ancien évêque de Nantes, puis archevêque de Thessalonique , le même dont nous avons parlé au sujet de l'abbaye de la Couture , étant venu au Mans pour y terminer des différends qu'il avait avec Martin Berruyer pour le prieuré d'Oizé, qu'il possédait en commende, y mourut le 17 août 1462. tl fut enseveli au Mans, dans l'église paroissiale de Saint-Nicolas. Son tombeau a été détruit par le marteau des Vandales de 4793 (2).
Un nommé H. Baillard avait été frappé d'excommunication par l'ofïîcial de l'évêque du Mans ; après avoir demandé humblement l'absolution et l'avoir obtenue , il porta sa plainte à l'ofïîcial métropolitain (1461). Dans ses lettres, ce dernier s'étant servi d'expressions contrairesaux usages reçus, et qui semblaient lui attribuer des droits nouveaux, Martin Berruyer crut devoir protester contre cette entreprise (3).
A peine Louis XI se fut-il assis sur le trône (1461), qu'il provoqua la révolte des grands. Elle prit le nom de Ligue du Bien public, quoiqu'elle n'eût pour but réel que de soutenir les dernières assises du régime féodal prêt à s'écrouler. Le diocèse du Mans en fut troublé durant les der-
(1) D. Morice, Catalogue historique des évêques et abbés de Bretagne, p. 9. — D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. H, p. 71.
(2) L'inscription et le dessin du tombeau de Guillaume de Malestroit se trouvent à la Bibliothèque impériale, collection de Dangeau, t. III, fol. 70. — Voir D. Morice, Catalogue historique des évêques et abbés de Bretagne, p. 19. — Le Gorvaisier, p. 738.
(3) Cartulaire Verd de l'évéché du Mans, fol. 86.
nières années de l'épiscopat de Martin Berruyer. Ce prélat, épuisé par la vieillesse et de longues souffrances, résidait habituellement, ainsi que ses prédécesseurs, au château de Touvoye. Il y mourut le jeudi 23 avril 1 406, au commencement de la douzième année de son épiscopat. Son corps fut apporté au Mans, et inhumé le samedi suivant devant l'autel majeur de l'église cathédrale, du côté droit, près d'Adam Chastelain (i).
(1) Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent, Ms., t. II, à la Biblioth. imp., fol. 3. — La Chronique de Saint-Florent de Saumur et d'autres documents rapportent la mort de Martin Berruyer ù l'an 1468, et ils sont suivis par D. Bondonnet,D. Liron,Guyard de la Fosse et Launoy. Le cartulaire de Saint-Vincent que nous venons de citer et les autres documents que nous alléguerons sous l'épiscopat suivant feront connaître clairement l'erreur de la Chronique de Saint-Florent et de ceux qui l'ont suivie.