‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 21 sur 66 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Aperçu sur les commendes. — Famille de Luxembourg. — Thibault de Luxembourg, après avoir été longtemps dans le siècle et marié, embrasse la vie monastique à Igny ; il devient abbé d'Igny et d'Orcamp, puis évêque du Mans. — Il est peu fidèle à la résidence, et demeure à la cour. — Réception de Louis XI au Mans. — Ex-Voto offert à saint Julien par le roi. — Louis XI demande le chapeau de cardinal pour l'évêque du Mans, et est refusé. — Thibault de Luxembourg s'empare de l'abbaye de Saint-Vincent. — Chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour; réception du comte du Maine, Charles I", patron et premier chanoine. — Sépulture de Charles Ier dans l'église cathédrale. — Thibault de Luxembourg ambassadeur à Rome. — Pierre de Laval, évêque de Saint-Brieuc, puis archevêque de Reims. — Rénovation de la confraternité entre les chapitres du Mans et d'Angers. — Louis de Beaumont, évêque de Paris. — L'hôpital des Ardents. — Rivalité scandaleuse pour l'abbaye de l'Épau. — Jean de Bourbon-Vendôme. — Bertrand de Beauvau. — Thibault de Luxembourg meurt au moment où il allait être revêtu de la pourpre.

Depuis la fin du xmc siècle et les désordres causés par le grand schisme, l'esprit chrétien semblait s'affaiblir de jour en jour, non-seulement dans les masses, mais même dans le clergé. La fin du xve siècle ouvre une ère de décadence plus marquée encore. C'est l'époque des commendes. On verra bientôt toutes les abbayes et la plupart des prieurés tomber sous ce fléau, et la piété diminuer en même temps dans les peuples. L'évèché du Mans , comme un grand nombre d'autres , deviendra la proie de quelques

prélats déjà gorgés des biens de l'Église. Ceci demande quelques mots d'explication.

Les commendes étaient dans le principe une institution utile. Donner en commende un bénéfice ecclésiastique, c'était le confier , durant un temps assez court , à un gardien en état de le détendre contre la violence des étrangers, ou les abus des possesseurs eux-mêmes. Mais à toutes les époques les revenus ecclésiastiques excitèrent la convoitise des gens du siècle. Charles Martel distribuait à ses leudes les évêcbés et les abbayes; sous Charles le Chauve, un grand nombre de seigneurs se disant abbés, quoique laïques , s'établissaient dans les monastères avec leurs femmes, leurs chiens de chasse et leurs chevaux , conservant, il est vrai, les moines comme des travailleurs utiles, mais prenant pour eux-mêmes le revenu de leur labeur. Cette cupidité brutale, réprimée au xie siècle, avec les abus les plus criants de la féodalité, reparaissait de temps en temps, moins hardie, mais non moins dangereuse. Pour se couvrir d'un prétexte spécieux, elle exagéra le relâchement que les désordres de la société avaient introduit dans les cloîtres. Lorsque les moines étaient chassés de leurs paisibles demeures par les gens de guerre , pouvait-on espérer que tous demeurassent étrangers aux habitudes d'une société dépravée , au milieu de laquelle ils devaient nécessairement résider ? L'étude approfondie de ces temps prouve que la calomnie a été appelée au secours de la cupidité. D'ailleurs au moment où la commende envahissait les cloîtres, les moines, malgré les obstacles qu'on leur suscitait de tous côtés, se réformaient eux-mêmes. On verra bientôt dans cette histoire les admirables exemples de Guy Ju vénal, Michel Bureau , Jean Bougler et autres pieux cénobites. Loin de remplir leurs obligations, les commendataires presque universellement, évèques, seigneurs ou magistrats, ne s'appliquaient qu'à dépouiller les moines de la faible portion des revenus du monastère qui leur était laissée pour leur subsistance. Les commendataires s'efforcèrent souvent de contrarier par toutes sortes de moyens les

intentions de réforme, aussitôt qu'elles se manifestaient chez les religieux. Les rois et les grands encouragèrent ce système déplorable, qui suppléait à l'épuisement de leurs finances, et permettait d'enrichir trop souvent d'indignes favoris. Au xvie siècle, le mal fut porté à son comble : les guerriers, les magistrats, les hommes de cour jouirent à titre d'administrateurs des bénéfices de l'Église , et, tandis qu'ils les faisaient desservir par des clercs appelés custodinos, ils prenaient pour eux-mêmes les revenus. C'est ainsi que Crillon, le compagnon de Henri TV , reçut les archevêchés d'Arles et de Sens, les évêchésde Fréjus, de Toulon, de Saint-Papoul, et l'abbaye de l'Ile- Barbe. Enfin lorsqu'un évêché, une abbaye ou un autre bénéfice était tombé dans quelque famille , il se transmettait comme une sorte d'héritage. Que l'on ne croie pas que nous nous laissons aller à des vues personnelles sur les funestes effets de la coinmende ; les mêmes abus que nous signalons excitèrent les réclamations des prélats les plus pieux et les plus éclairés dans le temps même où ils se manifestaient. Les états généraux de Tours en 1484, Pelvé, archevêque de Sens, Rose, évêque de Senlis, et le grand Génébrard dans les états généraux de la Ligue, en 1593, enfin le parlement lui-même dans ses remontrances à Louis XI, pour le maintien de la Pragmatique- sanction, reconnurent que la ruine de la discipline dans les monastères venait principalement de la commendë.

Ce triste tableau nous a semblé une introduction nécessaire à l'épiscopat de Thibault de Luxembourg. La famille de Luxembourg est l'une des plus illustres de l'Europe ; elle a eu cinq souveraine, dont trois ont occupé le trône de Bohême, et six reines; elle s'est alliée aux principales maisons couronnées. Thibault de Luxembourg, dont nous allons avoir à nous occuper, était delà branche des Luxembourg-Saint- Paul, fils de Pierre de Luxembourg , 1er du nom, comte de Brienne, de Saint -Paul et de Conversons et de Marguerite des Baux-d'Audrie. Il eut deux frères : Louis, l'ainé, fut connétable de France ; Jacques , le plus jeune

]7-i HIS'IOIHJ; DE L'ÉGLISE MJ -MANS.

des trois, eut plusieurs filles, entre autres Isabeau qui épousa Charles Ier, comte du Maine. Le connétable Louis de Luxembourg eut aussi un grand nombre déniants, parmi lesquels Charles, évoque et duc de Laon, mort lt"2.\> janvier 1509, et un bâtard du nom de Robert, qui fut élu ëvèque d'Angouléme en U8I, et mourut en 1492. Thibault de Luxembourg épousa Philippote de Melun , dame de Sottenghien, fille de Jean, seigneur d'Antoing et 'vicomte de Gand. 11 en eut plusieurs enfants; ce qui le rendit chef de la branche des Luxembourg-Fiennes. Ses fils furent Jacques de Luxembourg, seigneur de Fiennes ; Jean, seigneur de Sottenghien; Philippe, qui fut après lui évoque au Mans; François, qui fit la branche des vicomtes de Martigues; et plusieurs filles : Guillemette, qui épousa le comte deBresme; Madeleine, qui se maria à Jacques Chabot, seigneur de Jarnac , et d'autres qui embrassèrent la vie religieuse. Par son mariage, Thibault de Luxembourg était devenu l'oncle du roi Louis XI, dont il fut le favori.

Après la mort de sa femme , il embrassa la vie monastique dans l'abbaye d'igny, au diocèse de Reims. « En ceste année courant MCCCCLVI, dit Monstrelet, messire Thibault de Luxembourg, seigneur de Fiêne, frère du comte de Saint-Pol,.... se rendit moyne de Cisteaux, non obstant ce que en sa jeunesse il eust esté bien mondain (1). »

On voit quelepublic éprouva quelque surprise en apprenant la nouvelle vocation de notre futur évêque. Il fut bientôt pourvu de l'abbaye d'Igny, où il abolit la régularité ; il jouissait en même temps de l'abbaye d'Orcamp , au diocèse de Noyon ; et Martin Berruyer étant venu à mourir au commencement de l'année 1466, il fut élu pour évêque du Mans, par le crédit de Charles Ier, comte du Maine, son neveu (2). Les bulles de Paul II qui autorisent Thibault de

(1) Monstrelet, Chroniques, vol. III, fol. 69 r.

(2) Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France. — Gallia cliristiana, t. IX, col. 303, 304 et 1132. — Bucelin, Annales Bënedictini,p&vt. II, p. 90, ad an. 1474. — D. Marlol, Histoire de

eims,cù franc., t. III, p. 427.— Commincs, Mémoires, éd. Michaud,

Luxembourg à posséder simultanément les trois bénéfices désignés, sont datées du Vatican en l'année 4466 (4). Le nouveau prélat ne s'empressa pas de venir au Mans; il y résida rarement, et s'occupa fort peu des affaires spirituelles du diocèse ; en revanche il parut plusieurs fois dans les assemblées politiques. Le 2 novembre de la première année de son épiscopat, il confirma la fondation de l'hôpital de Saint-Sulpice d'Arquenay, dont il a été parlé; le 24 décembre de la même année, les vicaires généraux préposés aux choses spirituelles et temporelles de l'archevêché de Tours, le siège vacant, rendirent un acte par lequel ils engageaient tous les pré très du diocèse du Mans à exciterles fidèles à venir en aide, parleurs aumônes et bonnes oeuvres, à la maison -Dieu des Ardents du Mans (2). Le 2 août de l'année suivante (1-467), Gérard Bastet de Crussol, archevêque de Tours, tint le concile provincial à Nantes (3).

La ligue du Bien public faisait de nouveaux progrès. Les ducs de Bretagne et d'Alençon étaient à la tête de cette opposition armée. Louis XI envoya d'abord le maréchal de Lohéac pour entraver leurs démarches; puis, assemblant des troupes de toutes parts, il s'avança lui-même à la tête d'une armée de mille chevaux et de vingt mille hommes de pied. Cette armée campa entre le Mans et Alençon, dont le maréchal de Lohéac faisait le siège. Louis XI vint loger au Mans accompagné du roi René , duc d'Anjou , de Charles Ier, comte du Maine , du duc de Nemours, du sei^ gneur d'Albretetde toute la noblesse du Maine, de l'Anjou et de la Touraine (4). Le clergé sortit au devant du monarque paré de ses plus riches ornements, et le conduisit depuis la Vieille-Porte jusqu'à l'église cathédrale, oCi il

(1) Galliachristiana, t. IX, col. 1132.

(2) Archives de l'hôpital général du Mans, A-2.

(3) Bibliôth. imp., Mss. des Bl.-Mant., n° 81. c. p. 370.

('«) Jean de Troycs, Collection universelle des Mémoires, etc., éd. Duchcsnay, l. XIII, p. 1G3 et 1G8. — Chronique scandaleuse. — Philippe de Commines, Mémoires. — Autres nouvelles chroniques à la suite de Monstrelet, vol. III, fol. 27 et suiv.

I7() HISTOIRE DE l' ÉGLISE DU MANS.

descendit de cheval, et adora à deux genoux une relique de la vraie croix, que lui présenta Jean du Breil, chantre de Saint-Julien. Après que Louis fut entré dans l'église, on le revêtit du surplis, de la chape et de l'aumusse, comme premier chanoine, et il vint occuper la première stalle du chœur. On chanta le Te Dcum et les autres prières usitées en pareille circonstance , avec une très -brillante musique. Louis XI logea dans la maison de Jacques Argoujés, archidiacre de Sablé , nommée la maison des Maretz. Elle avait été choisie à cause de sa situation salubre et agréable. Le séjour du roi au Mans fut depuis le 18 novembre 1467 jusqu'au 28 janvier suivant. 11 ne quitta notre ville qu'après la reprise d'Alençon (1).

Durant son séjour au Mans (21 novembre 1467), Louis XI accorda au chapitre des lettres d'amortissement pour quelques propriétés dont ce corps avait fait l'acquisition ou qu'il avait reçues en aumône (2). 11 renouvela aussi des lettres de privilège accordées par Charles VI à la demande de Gontier de Baigneux (1372), et portant que les causes de l'évêque du Mans, des chanoines, du chapitre, et leurs appellations et ressorts, seraient portées directement au conseil du roi (3).

Deux ans après, désirant s'acquitter d'un vœu qu'il avait fait durant son séjour au Mans, Louis XI fit exécuter en argent une image de la ville d'Alençon , pesant au moins deux cents marcs, et la fit présenter avec un cierge du poids de deux cents livres, par le receveur de son domaine , sur l'autel de Saint-Julien. On fit à cette occasion une procession générale, à laquelle assistèrent rëvèqùe et le clergé. Qiiihze ans plus tard, Louis XI se rappelant la fidélité que les habitants du Mans avaient constamment montrée pour le parti français, au temps de l'occupation anglaise, et les

(1) Archives du chapitre, registre B-15.

(2) Ms. de la bibliothèque du Mans, u° 231, fol. 1 r et soij., 10 pages.

(3) Cartutaire Verd de Vévêché du Mans, fol. 80. — Choppin, Police ecclésiastique )è&, franc., p. 143,

pertes qu'ils avaient éprouvées dans ces guerres et dans celle du Bien public, leur octroya certaines libertés, franchises et privilèges dont ils ont joui jusqu'en 1790 (1).

Cependant ce prince était parvenu à déjouer les entreprises des chefs de la ligue du Bien public. Il conclut avec eux deux traités à Conflans et à Saint-Maur. Le roi affecta de s'avouer vaincu, consentit à toutes les conditions que l'on voulut lui imposer, sûr qu'il était de les éluder par sa mauvaise foi : enfin il se dépouilla de la meilleure grâce. Dans cette distribution du pouvoir royal, Thibault de Luxembourg eut sa large part; et l'on peut voir par là de quelle considération il jouissait dans le royaume. Il fut mis à la tète des trente-six commissaires qui , d'après Farticle douze du traité de Saint-Maur, devaient travailler à la réforme du gouvernement. Après l'évêque du Mans venaient les évèques de Paris, de Lisieux, l'archevêque de Reims , l'évêque de Langres, l'évêque d'Orléans et six autres dignitaires ecclésiastiques; puis douze chevaliers et écuyers, et enfin douze gens de conseil, au nombre desquels on remarque Jacques Fournierjjuge du Mans. Au reste, le choix de Thibault de Luxembourg devait être agréable aux deux partis; car c'était lui que le roi avait envoyé vers le comte de Charolais pour négocierla paix (2).

L'année suivante (du 6 au 14 avril 1468), Louis XI ouvrit les états généraux à Tours. La guerre contre le duc de Bretagne y fut décidée. On pense que Thibault de Luxembourg y fut député par le clergé du diocèse. La noblesse du Maine y était représentée par Jean d'Harcourt, sire de Bonnétable, et le sire de Tucé. Enfin le tiers état y envoya

(1) Archives du chapitre, registre B-15. — Le Corvaisier, p. 737. — Renouard, Essais historiques sur le Maine, t. I, p. 339 et 371. — Cau • vin, Statistique du Mans. — Pesche, t. III, p. 323 et 330. — Du Peyret, Antiquitez de la chapelle et oratoire du roi, p. 162.

(2) Mss. de l'abbé Le Grand, à la Biblioth. imp. — Lcnglet-Dufresnoy» Preuves aux mémoires de Philippe de Commines, t. II, p. 519. — Monstrelet , Chroniques, t. III, fol. 112 r. — Collection universelle des Mémoires, etc., éd. Duchesnay, t. X, p. 491-493.

trois députés de notre province. On vit aussi dans cette assemblée Pierre de Laval , qui fut plus tard archevêque de Eteims (I).

Une trahison ourdie par le cardinal Balue, évêque d'Angers, et par Guillaume d'Haraucourt , évêque de Verdun, obligea Louis XI d'envoyer Gousinot et Gruel comme ambassadeurs à Rome, en 1569. Outre l'objet direct de leur négociation, les deux députés étaient chargés de demander au Pape le chapeau de cardinal pour Pévêque du Mans, la légation d'Avignon pour l'archevêque de Lyon, et la légation de France pour le cardinal de Goétivi ; mais aucune de ces grâces ne lut accordée pour lors (2) .

Déjà Thibault de Luxembourg jouissait de l'abbaye de Saint-Vincent, oii il abolit la régularité après la mort de l'abbé Robert de Monthodon, vers 1466. Il gouvernait ce monastère par un vicaire général qu'il choisissait parmi les moines. En 1467 ce vicaire était Jean Morin (3). En I 470, Févêque du Mans entreprit de s'emparer de l'abbaye de Vendôme, dont les droits féodaux et les richesses étaient considérables. Il avait déjà obtenu ses bulles; mais Aymery de Coudun lui intenta un procès devant le parlement, et Thibault consentit à se désister, à la condition que son antagoniste lui paierait la somme énorme de onze mille ducats d'or, pour l'indemniser de ses frais. Durant ce temps, les moines de Vendôme, ceux même des prieurés, s'imposaient les plus grands sacrifices pour élever cette église que l'on admire aujourd'hui comme l'un des derniers chefs-d'œuvre de l'art ogival (4).

Notre évêque gouvernait son diocèse comme ses abbayes par des vicaires généraux. En 1468 ou 1460, il fit faire la visite de l'église de Saint-Pierre-de-la-Gour. Les articles de

(1) Cauvin, États du Maine, p. 90.

(2) Recueils de l'abbé Le Grand sur Louis XI, Mss. de laBibliolh. imp#

(3) Mss.de la bibliothèque du Mans, n°91, p. 244.

(4) Gallia christiana, t. VIII, col. 1376. — L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, t. II, p. 317. — De Péligny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 335.

réforme furent dressés au nom du comte du Maine, Charles l<r. Ce prince les adressa à son fils naturel, qui était sénéchal du Maine. Le juge du Mans et les autres commissaires vinrent les présenter aux chanoines; mais il y eut dans le chapitre de grandes difficultés à ce sujet, surtout pour une répartition nouvelle des gros fruits qui était ordonnée : et plusieurs années après, le règlement n'était pas encore en vigueur (I).

Le lundis fête de saint Martin d'hiver 1474, le chapitre de Saint-Pierre au grand complet, revêtu de ses plus beaux ornements de soie, reçut dans son église, au son de toutes les cloches, le comte du Maine, son patron, suivi d'un nombreux cortège de nobles personnages. Le prince descendit de cheval aux chaînes de Saint-Pierre. Là, maître Matthieu Leveau, doyen du chapitre, lui présenta à baiser la croix d'argent. Charles entra ensuite dans l'église, ayant été revêtu par le doyen et les chanoines d'un surplis et d'une chape de soie brodée d'or. On chanta durant la marche l'antienne de sainte Scholastique : 0 felix commercium gloriosœ virginis Scholasticœ. Arrivé au chœur, le prince entendit la messe occupant la stalle du doyen, puis vint prier devant les reliques de sainte Scholastique, et déposa une offrande. Il prit ensuite l'engagement de veiller sur les intérêts du chapitre. Durant le dîner, il reçut les distributions canoniales, et en témoigna sa satisfaction aux chanoines (2).

La peste se déclara peu de temps après au Mans. Le comte s'étant rendu à la Ferlé-Bernard, y demeura malade. Ensuite il se dirigea sur Chàtellerault, et mourut en la paroisse de Neuvy, en Touraine, le 10 avril 1472. Son corps fut apporté au Mans, et le 14 avril on lui fit de magnifiques funérailles dans l'église cathédrale; tous les collèges ecclésiastiques et les notabilités de la ville y assistèrent;

(1) Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre royal de Saint* Pierre-de-la-Cour. Ms. — Bilard, op. cit., n°« 84G, 852 et suiv.

(2) Bilard, op. cit., n° 865.

Thibault de Luxembourg, oncle par alliance du prince défunt, officia. On lui éleva un monument de marbre et de pierre. Il était appuyé contre la clôture du chœur, en dehors, à droite de Tautel-majeur (i). Il a été transféré en 17C8 dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste ou des fonts baptismaux. Voici l'inscription qui était gravée sur une table de cuivre :

Page 1