‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 22 sur 66 · HIC JACET CAR0LUS , COMES CENOMANLE · texte numérisé non relu

HIC JACET CAR0LUS , COMES CENOMANLE

OBI1T X APRILIS MCCCCLXX11.

(i) Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison royale de France, t. I, p. 236. — Bilard, ouv. cit., n° 882. — Collection D. Housieau, n°8831.

Le comte Charles proposa aux chanoines du Mans de choisir entre la rente des trois cents livres dont il est parlé dans l'épitaphe et la seigneurie d'Athenay. Ils préférèrent le premier lot, et laissèrent le second aux chanoines d'Angers, qui recueillirent tout l'avantage de ce choix; car les monnaies ayant perdu beaucoup de leur valeur au bout d'un demi-siècle, la rente de trois cents livres devint peu considérable. Charles tl succéda à son père dans le comté du Maine. Durant son séjour au Mans, en 1471, Charles Ier avait donné un emplacement aux habitants de la paroisse de Saint-Benoît, au Mans, pour accroître leur église (1).

Peu de temps après la funèbre cérémonie dont on vient de parler, Thibault de Luxembourg partit pour Rome avec le titre d'ambassadeur du roi de France. Il était chargé par ses instructions de demander la convocation d'un concile général, dont l'objet serait de rétablir la paix parmi les princes chrétiens. Cette demande n'eut aucun effet : le Pape redoutait , avec raison , les agitations d'une semblable assemblée ; il répondit simplement que les maux de la chrétienté exigeaient des remèdes plus prompts et plus efficaces. Thibault devait encore solliciter la légation du comtat Vénaissin et le chapeau de cardinal pour Charles de Bourbon, archevêque de Lyon. La légation fut accordée ; mais le chapeau de cardinal ne vint qu'en 1476* Enfin l'évêque du Mans eut l'honneur de parler dans le consistoire , comme le rapporte l'évêque de Pavie (2).

La même année 1472, Pierre de Laval, fils de Guy XIV, monta sur le trône épiscopal de Saint-Brieuc (3). Enfin la confraternité entre l'Église du Mans et celle d'Angers, qui était antérieure à l'année 1256 (1), fut renouvelée

(1) Biblioth. imp., collection de Dangeau, t. 1, p. 237 v.

(2) Rainaldi, Annales ecclesiastici, ad. an. 1472, n>s 14 et 15. — Vitœ et res gestœ Pontificum Romanorwn, t. III, col. 5G et 88.

(3) D. Morice, Catalogue des évâques et abbés de Bretagne, p. 71 et 102. — Guimart, Histoire des évéques de Saint-Brieuc, p. 100.

(4) Livre Blanc, fol. G5.

1S2 histoire de l'église du Mans.

d'une manière très-solennelle le 21 novembre 1471 et le 13 avril 14-72. On convint des articles suivants : 1° à la mort de l'évoque ou d'un chanoine on célébrera aussitôt l'office des morts pour 1 aine du défunt dans l'Église associée : 2° si un chanoine est obligé de quitter la ville où il doit résider, pour mettre ses jours en sûreté, il pourra se retirer dans l'Église associée, où il aura entrée au chœur, voix au chapitre, et occupera le même rang qu'il avait dans sa propre Église ; 3° l'assistance aux offices de l'Église où il se sera réfugié, lui donnera droit aux distributions canoniales de son Église, en produisant l'attestation du pointeur. Il y avait encore d'autres articles convenus de part et d'autre (1). La contagion, désignée sous le nom de peste selon l'usage du temps, s'étant déclarée à Angers vers le mois de juillet, du Rocher, chanoine d'Angers, vint au Mans réclamer le bénéfice de cette confraternité (2). Les registres des deux chapitres montrent que les chanoines usaient souvent de ce privilège (3).

La ville du Mans ne fut pas plus épargnée que celle d'Angers par le fléau delà contagion. En 1472 et 1473, le chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour accorda à ses membres dispense de la résidence (4). Les moines de la Couture se retirèrent au prieuré de Saint-Martin de Pezé , où les offices divins se célébrèrent avec la même solennité et la même régularité que dans l'abbaye (5). En même temps, l'Église de Paris fut confiée à un prélat qui appartenait à la nôtre par son origine. C'était Louis de Beaumont, surnommé de la Forest. Son père, nommé éga-

(1) Pièces justificatives, n° XX. — Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 50. — Le Horeau, Cérémonial, etc. Ms. de la bibliothèque de l'évêché d'Angers, t. II, liv. II, p. 113. — Ac.ta Sanctorum, ad diem XXIII julii, p. '.00.

(°2) G juillet 147-2, et 27 octobre, même année. Le Horeau, op. cit., 1. 11^ liv. II, p. 118.

(3) Le Horeau, loc. cit. — Archives du chapitre du Mans, registre B-15.

(4) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n° SSj.

(5) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 91.

lement Louis de Beaumont, était de Poitou; mais il exerçait au Mans les fonctions de vice-roi. Louis de Beaumont fut un prélat magnifique , protecteur généreux des lettres (1). Pierre de Laval, qui était monté Tannée précédente sur le siège de Saint-Brieuc, passa en celle-ci sur celui de Reims, et fit tous ses efforts pour conserver simultanément ces deux riches bénéfices (2).

Les guerres précédentes n'avaient laissé que trop de traces dans toute la province; tout y était encore dans la confusion. L'hôpital des Ardents, malgré les efforts tentés sept ans auparavant pour le relever, présentait encore un spectacle affligeant. Le 9 octobre 1473, les chanoines promulguèrent un long règlement pour le remettre en meilleur état. On n'avait pas cessé cependant d'y recevoir des malades et d'y donner l'hospitalité aux voyageurs pauvres. Un des derniers articles du nouveau règlement porte que le maître de l'hôpital veillera à ce que les frères placent dans les bourgs un peu considérables et ailleurs un ou deux porcs, au cou desquels on attachera une sonnette pour les distinguer, et qui seront nourris par les fidèles, selon l'ancien usage (3).

Au reste, les chanoines de Saint-Julien promulguaient tous les ans dans leurs chapitres généraux de très-beaux règlements pour le maintien de la discipline; ils rappelaient les anciens statuts et prenaient de nouvelles mesures pour la décence du culte (A). Ils obtinrent aussi plusieurs bulles de Sixte IV : l'une relative aux diacres et sous-

(1) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V, p. 903. — Gallio. christiana, t. VII, col. 152-156.

(2) Bibliothèque imp., Ms. des Bl.-Mant., n°45. — D. Morice, Catalogue historique, etc., p. 71.

(3) Archives du chapitre du Mans, registre B-25, fol. 14S r., 1657. — Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 258, fol. 56 r. et scq. — Arrêt du parlement qui confirme ce règlement, ibidem, fol. 63 r. et scq. — Livre des privilèges de l'Église du Mans. Ms.

(4) Archives du chapitre, registre B-25. — Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 245, fol. 66 r. et scq. fol. 92 r. et seq.

diacres de l'Église du Mans (1476) reconnaît que la collation des cures du Crucifix appartient au chapitre de plein droit (1). Par une autre bulle le Souverain Pontife ratifie divers concordats conclus entre l'évêque et les chanoines pour des intérêts matériels (2).

Cependant la soif insatiable de la commende produisit un scandale déplorable en l'abbaye de l'Épau. Nous ne connaissons les faits que par les récits, sans doute exagérés, de [l'une des parties. Jean de la Jaille, abbé de Chaloehé, venait d'obtenir l'abbaye de l'Épau en commende, après la mort du dernier abbé régulier, Jean V. iMacé Petiot prétendit avoir des droits pour lui disputer ce bénéfice : élection des moines, nomination royale ou provision apostolique. Sur la fin de juillet 1474, de la Jaille pensant que le moyen le plus sur de consolider ses prétentions sur l'abbaye était de s'y installer , vint s'y établir avec trois religieux de Chaloché et quelques serviteurs. Ils y demeuraient depuis peu de temps, lorsque le monastère fut cerné, au milieu de la nuit, par trois corps de gens armés. Les assaillants brisèrent fenêtres et portes ; frappèrent , dépouillèrent et mutilèrent les trois religieux de Chaloché, et enfin les contraignirent à fuir en chemise dans les bois voisins du monastère. Les envahisseurs revinrent ensuite, assaillirent de la Jaille dans son lit, et lui brisèrent deux côtes ; et comme ils ne pouvaient le faire marcher dans l'état de souffrance où il se trouvait, ils le laissèrent dans sa chambre. « Le lendemain , il fut habillé et pansé par chirurgiens et barbiers. » Durant trois jours, les affidés de Petiot arrêtèrent les vivres que de la Jaille se faisait apporter du Mans. Ces violences étaient commises, dit la plainte, à [l'instigation de Macé Petiot, qui payait et recevait dans sa maison au Mans les auteurs de ces attentats. Ces hommes étaient déguisés et masqués ; de la

(1) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 258, fol. 75 r. et seq. — Archives du chapitre, registre B-25, fol. 192 r. et seq.

(2) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 845, foi. 136 et seq.

Jaille prétend, mais ne prouve pas, qu'il y avait dans la troupe dom Pierre Bizeau , sous-prieur de l'abbaye , un autre religieux nommé Patry et plusieurs domestiques de la maison. Dès le lendemain, Jean de la Jaille demanda que l'on fit information; mais la justice du Maine et de l'Anjou étant sourde à ses plaintes, il eut recours au parlement (■]). On ne connaît pas positivement la fin de ce démêlé. Il parait que plusieurs prétendants s'élevèrent à la fois pour se disputer ce bénéfice, et qu'ils s'arrogèrent le titre d'abbé. Un personnage du nom de Jean signait en cette qualité en 4476. Que pouvait devenir la régularité dans les cloîtres, quand de semblables excès y étaient encouragés par l'autorité du prince ?

A la même époque, Jean de Bourbon- Vendôme donnait au diocèse du Mans des exemples bien contraires à ceux de ces clercs cupides. Craignant le caractère ombrageux de Louis XI, Jean de Bourbon renonça à la cour, et se retira dans son château de Lavardin. 11 s'y livra entièrement aux œuvres de la piété, et fut le père des pauvres du voisinage. 11 visitait souvent les augustins que son père avait établis à Montoire. [1 affectionna aussi les bénédictins de Lavardin, et les choisit pour ses aumôniers. On prétend qu'il fut empoisonné dans sa retraite par une lettre de Louis XL Jean de Bourbon avait eu une jeunesse qui se ressentait trop de la licence de son temps, et à sa mort il laissa un grand nombre d'enfants illégitimes (2). Bertrand de Beauvau, seigneur de Sillé-le-Guiilaume, de Précigné et autres lieux, donna dans sa vie trop d'exemples d'une semblable faiblesse ; mais il expia ses péchés par la pénitence sur les derniers jours de sa vie, et il fit don à l'église cathédrale du Mans de quatre magnifiques volumes con-

(1) Cartularium abbatiœ de Pietatc Dei. Us. de Gaignières, n° 205. — On nous a cité un document inédit qui porte que l'un des concurrents assassina son compétiteur, et resta paisible possesseur de l'abbaye. Mais dans l'état où la France se trouvait en 1475, un crime semblable ne serait pas resté impuni.

(2) L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, t. I, p. 242.

tenant le Graduel complet. C'est encore aujourd'hui l'une des plus grandes richesses du chapitre (1). Anne de Laval « finit ses jours pleine d'années et de bonnes œuvres, » le 28 janvier 14GG, et l'ut inhumée dans le chœur de l'église de Saint-Thugal, par Thibault de Luxembourg (2). Gênais Thairault, moine de l'abbaye d'Évron, obtint la confiance de Louis XI, qui l'honora de missions importantes (3). Le même prince fit ériger une cure sous le titre de l'Immaculée Conception (1477), dans la chapelle de Saint-Amieu, près de Domfront-en-Passais (4-). Gilles des Aunaïes, clerc du diocèse du Mans, professeur au collège de Bayeux, devint recteur de l'université de Paris en 1468 (5). Dom Jean de Tucé, qui était devenu abbé paisible de la Couture par la résignation de Guillaume de Malestruit, se rendit recommandante par toutes les qualités d'un grand supérieur. Il reçut de son ancien compétiteur, l'archevêque deThessalonique, une somme d'argent considérable, sa bibliothèque et l'anneau de saint Thomas de Cantorbéry. L'éclat de ses vertus en se répandant au loin lui attira des respects de toutes parts (6). En 1476, Marguerite de Bouille, d'une très-illustre famille du Maine, abbesse d'Est ival-en-Charnîe, obtint pour elle et son monastère des lettres de sauvegarde

(1) XV lui. oct. (1474), obiit nobilis polensque dominiis Bertrandus de Beauveau, miles et temporalis dominus de Precigneio, in Thuringia et Andegavia, et Siliaco in Genomania, et présidons cainere. compiitorum Parisius, qui vita functus est, atque insigne graduale pro nostra ecclesia ceptum complevisset,cui suecedens Anloninsde Beauveau, naturalis ejus filins legitimus opus completum in quatuor voluininibus nostre Ecclesie tradi fecit. Martyrologe du chapitre du Mans. — Gfr. Bourdigné, t. II, p. 217.

(2) Maucourt de Bourjoly, Mémoires, etc. — Couanier de Launay, Histoire de Laval, p. 204.

(3j D. Huynes, Histoire de l'abbaye de Saint-Florent , près de Sanmur. Ms., fol. 329 et suiv.

(4) Caillebottc, Essai historique sur Dom front, p. IV.

(5) Du Boulay, Historia universitatis Pariensis, t. V, p. SG3.

(6) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 91. — Collection D. Housseau, n° 4053.

royale ou gardiatoire(l), puis e\ie abdiqua en faveur de Jeanne de Laval, fille de Guy XIV.

Le chapitre poursuivait toujours son plan de recouvrer ses droits sur la confrérie de Saint-Michel-du-Cloître, ainsi que nous l'avons exposé. En 1 476 il avait obtenu un bref de la cour de Rome qui ordonnait cette réunion; mais les confrères de Saint-Michel, protégés par les magistrats de la ville et les personnages les plus influents de la province, s'opposèrent à ce bref, et par un arrêt du parlement l'exécution en fut arrêtée (2).

Enfin, sur les instances réitérées de Louis XI, Sixte IV avait désigné l'évéquedu Mans pour le cardinalat, dès l'année 1474, disent quelques historiens; mais il ne l'avait pas déclaré (3). Il parait que Thibault de Luxembourg n'eut aucune part à la disgrâce de son frère le connétable, qui eut la tête tranchée à Paris le 19 décembre 1475; car Louis XI continua ses instances pour lui obtenir les honneurs de la pourpre. En 1477, notre prélat allait être préconisé, et il se disposait à partir pour l'Italie, lorsqu'il mourut le lei septembre de la même année. Il avait occupé le siège épiscopal durant onze ans. Son corps fut inhumé sous le jubé de l'église cathédrale, du côté droit en entrant dans le chœur. On lit encore l'inscription suivante sur un marbre encastré dans le premier pilier du bas-côté du chœur, à droite :

HIC SITA SUNT OSSA REVEREND1SSIMI THEOBALDI A LUCEMBURGO. M. CC.CC. LXXVH.

Le petit monument que l'on voit aujourd'hui est tout moderne. Le tombeau primitif était aussi fort simple et

(1) Archives municipales de la ville du Mans,n° 712.

(2) Mémoire pour le chapitre du Mans contre les chapelains de Saint- Michel-du-Cloitre, 1772, p. 14, in-4°.

(3) Voir une dissertation sur ce point dans les Vitœ et res gestœ Pouti/icum Romanorum, t. III, col. 88, éd. 1677, in-fol.

dans le goût de la renaissance. Il a dû disparaître avec le jubé, comme nous le rapporterons (I).

Philippe de Luxembourg, fils et successeur de Thibault, fonda l'anniversaire de celui-ci, qui avait fait don de quelques ornements précieux à la cathédrale (2). L'adulation contemporaine composa Tépitaphe suivante pour Thibault de Luxembourg, qui fut peut-être un vaillant chevalier, un prince magnifique et un habile politique selon le monde, mais assurément un très-médiocre évêque.

HOC GOLITUR TE3IPLO, LEGITUR SIMUL AUREA VIRTl'S, CLARA LUCEMBURGI SOBOLES , NITIDISSLMA MERCES ORBIS ET UNUS HONOS MORTALI CORPORE, CCELUM TRANSFERTUR MERITIS PECTUS, INTER NUMINA Nl\MEN ; ANNIS MILLE DENIS SEPELITUR, SICQUE TRECENTIS BIS SEPTEM JUNGENS OCTOGINTA SUPER ADDES SEPTUAGENTA TRIBUS POLLENS VIRTUT1BUS ALTIS, ASSIDUO POPULO YENERATUR QUOLIBET ANNO (3).

(1) On en voit un dessin dans le Ms. de Gaignières, n° 170.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 137.

(3) Ms. de la bibliothèque du Mans, n° 97, fol. 148 r.

Philippe de Luxembourg succède à son père dans l'évêché du Mans et ses autres bénéfices. — Gilles de Laval-Loué, doyen de l'Église du Mans, évêque de Séez. — États généraux à Tours; rôle brillant de Philippe de Luxembourg. — Établissements religieux à Laval. — Avesnières. — Patience. — Révolte du duc d'Orléans ; Charles VIII au Mans et à Laval. — Violation des libertés de l'Église. — Statuts synodaux. — Impression des livres liturgiques du diocèse du Mans. — Pierre Hennier. — François Le Chat. — Philippe de Luxembourg bienfaiteur des gens de lettres. — Christophe de Chauvigné, évêque de Léon. — Geoffroy Boussard, scolastique du Mans. — Julien de Baïf. — Charles Fernant. — Pierre Couturier et autres savants en grand nombre.

Aussitôt après la mort de Thibault de Luxembourg, l'évêché du Mans et les abbayes d'Igny et d'Orcamp passèrent à Philippe de Luxembourg, son iils, selon Fabus du temps. Philippe était déjà chanoine et archidiacre du Mans (I). Il ne tarda pas à se transporter au Mans. Son épiscopat fut très-long et l'un des plus remarquables dont nous ayons à faire le récit. Ce fut une ère de restauration; car de toutes parts les ruines accumulées par la guerre des Anglais attristaient encore notre province. Les dernières traces du moyen âge disparurent, et Ton vit surgir les temps modernes. Déjà le xive et le xve siècle doivent être considérés comme des époques de transition, qui avaient rompu avec les âges passés; mais le xvie siècle ouvre une ère toute nouvelle. A une agitation fiévreuse succède une soif inextinguible de toutes sortes de jouissances et de nouveautés.

En 1478, Gilles de Laval-Loué, doyen du chapitre du Mans, devint évêque de Séez (2). Il ne fut cependant con-

(1) Archives municipales de la ville du Mans, n° 21, t. I, p. 22.

(2) Charte originale de l'abbaye de Solesmes du 7 mars 1479. — Galîia christiana, t. XI, col. 383, 700 et 810. — L'Art de vérifier les dates,

sacré qu'en 1481, son siège lui ayant été disputé par un

compétiteur. Il conserva sa dignité de doyen du .Mans jusqu'à sa mort, arrivée en 1502. Il lut remplacé dans le décanat par Lezin Cheminart, dont nous parlerons dans la suite. Philippe de Luxembourg contera à Cilles les pouvoirs de vicaire général pour le spirituel et le temporel, et celui-ci remplaça souvent notre prélat dans l'administration du diocèse, même après avoir été mis en possession du sien. Il dut surtout son élévation à la faveur de Jean de Daillon, seigneur de Lude, son beau-frère, et favori de Louis XI.

Cependant Philippe de Luxembourg travaillait activement lui-même clans le diocèse. En 1478, étant à Laval, il donna la tonsure cléricale à Jean de Mathefélon, qui fit ensuite profession dans l'ordre de saint Benoit, devint prieur de Cossé-le-Yivien, puis abbé de Saint-Florent de Saumur (1504), et se montra un prélat des plus distingués (I). Philippe réforma le chapitre de Saint-Julien de Pruillé; il fit une partition par laquelle il se retint et à ses successeurs le droit de nommer à trois prébendes, laissant au seigneur de Lucé la présentation aux deux autres. La même année (2 juin), Guy de Beaumanoir lit son testament dans lequel il légua des sommes considérables au chapitre de l'église cathédrale, à l'abbaye de Champagne, où il élut sa sépulture, aux couvents des cordeliers et des jacobins du Mans, et à plusieurs églises paroissiales (2).

En 1480, le cardinal Julien de la flovère, qui devint ensuite Pape sous le nom de Jules II, vint en France en qua-

t. XIII, p. 106. — Histoire de la maison de Montmorency, p. 602. - Journal des états généraux de France en 1484, p 728. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 164. — Laurent, Histoire de Marguerite de Lorraine, p. 30 et suiv. — D. Bessin, Concilia Rôtît. prov., p. 427. — Odolant-Desnos, Mémoires sur Alencon, t. II, p. 202.

(1) D. Huynes, cité par Marchegay, Archives de l'Anjou, t. II, p. 141, 3t passim.

(2) Mss. des Bl.-Mant., n° 36, p. 69 et suiv. — Mss. de Gaignières, n» 194.

PHILTPPE DE LUXEMBOURG. 191

lité de légat. La plupart des évêques se rendirent à Paris pour le saluer; mais on remarqua surtout Philippe de Luxembourg, qui avait été autrefois condisciple et ami du représentant du Saint-Siège (1). L'année suivante (12 décembre '14-81), Charles II, comte du Maine, mourut sans laisser d'enfants, et après avoir institué le roi Louis XI son héritier universel. En conséquence, le comté du Maine fut réuni à la couronne, et ne fut plus dans la suite que le simple apanage de quelque prince (2). En même temps la terre et baronnie de Laval fut érigée en comté, pour récompenser les services que son seigneur avait rendus à la couronne (3). Ce nouveau comté fut distrait de celui du Maine ; ce qui produisit une sorte de rivalité entre ces deux parties du diocèse. Le corps de Charles II fut apporté d'Aix au Mans, et enseveli près du maitre-autel, sous un tombeau d'albâtre. Ce monument fut transporté dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste en 1770. Le roi accorda aussitôt des privilèges à la ville du Mans, en récompense de la fidélité qu'elle avait montrée à Charles VII, lorsque les Anglais s'en emparèrent. En 1485, sur les représentations des habitants, le monarque restreignit et expliqua ces privilèges, qui furent confirmés dans la suite par Louis XII (1498), et par François Ier (1515).

Les années 1482 et 1484 furent signalées par des épidémies, que les chroniqueurs comme le peuple désignent sous le nom de peste. A Laval, trente religieux du couvent des cordeliers en moururent. On recueillit à l'hôpital Saint- Julien de cette ville et clans une infirmerie établie à la Vallette-Saint-Martin de nombreux pèlerins qui , en se rendant à Saint-Méen en Bretagne, furent arrêtés par la maladie régnante. Plus de deux cents y succombèrent, beaucoup d'autres demeurèrent morts sur les chemins.

(1) Jean de Troyes, Coll. univ. desMém.y l. XIII, p. 4-11 . — Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 91, p. 245.

(2) L'Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 106.

(3) Registres de là chambre des comptes, janvier 1481. — Collection D.IIousseau, n° 4079.

La ville du Mans ne fut pas non plus épargnée par le fléau.

Toute la France attendait la mort de Louis XI comme une époque de délivrance : elle arriva enfin en U8.'3, et son fils Charles VIII lui succéda. Il fut sacré l'année suivante par Pierre de Laval, archevêque de Ueims, assisté de Gilles de Laval, évèque de Séezfl). Avant de mourir, Louis XI avait désigné Mmc de Beaujeu, sa fille, pour gouverner l'État durant la minorité de Charles VIII, et perpétuer sa politique. Les prévisions du vieux roi ne furent pas trompées. Pour se défendre des prétentions des ducs d'Orléans et de Bourbon qui réclamaient la régence, la princesse convoqua à Tours les états généraux. Jamais ces assemblées n'avaient donné de plus grands signes d'autorité. Le clergé du Maine députa pour Je représenter l'évèque Philippe de Luxembourg, l'abbé de Saint-Calais, Jean de Ronsard, et un chanoine de Saint-Julien, Jean Bordier (2). Le clergé y réclama en faveur de ses libertés, et demanda l'observation entière de la pragmatique sanction, sans préjudice des droits du Saint-Siège. L'évèque du Mans remplit une grande place dans cette assemblée ; il prononça dans les circonstances les plus graves des harangues qui produisirent une profonde sensation (3). 11 fut d'abord le représentant des ducs d'Orléans et d'Alençon, des comtes d'Angoulème, de Foix, de Dunois etde plusieurs autres auprès du clergé, et chargé de négocier en leur nom. Ayant rencontré un rival envieux et calomniateur en la personne du président de la chambre ecclésiastique, il le confondit en présence de tout le monde, et s'acquit des titres solides à l'estime universelle.

La maison de Laval avait droit à des égards particuliers : elle était Tune des premières du royaume, et elle se mon-

(1) Gallia christiana, t. XI, col. 700.

(2) Journal des états généraux de France tenus à Tours e« 1484, p. 725. Coll. des doc. inéd.

(3) Ibidem, p. 20, 70, 80, 90, 116, 118, 511, et passim.

trait constamment empressée à favoriser les établissements religieux. Le maréchal André de Laval-Lohéac étant mort en 44-85; Philippe de Luxembourg se rendit à Laval pour célébrer ses funérailles. L'année suivante, Guy XIV mourut, et l'évêque du Mans lui rendit aussi les devoirs funèbres. Enfin, en 4500, notre prélat remplit les mêmes fonctions pour Guy XV. Tous ces personnages reçurent la sépulture dans l'église de Saint-Thugal, qui avait succédé à l'abbaye de Clermont, et était devenue le lieu de sépulture de cette illustre maison (i). Les seigneurs de Laval se plaisaient à enrichir ce sanctuaire et à lui obtenir de nouvelles faveurs. Guy XIV légua deux mille livres de rente annuelle affectées aux travaux entrepris à Saint- Thugal par Jeanne sa fille , veuve du roi René, jusqu'à l'achèvement définitif; malheureusement ses intentions ne purent être remplies. François de Laval ou Guy XV seconda les vœux des habitants de sa ville pour l'érection de la paroisse de Saint-Vénérand, que l'accroissement de la population rendait nécessaire. Il fit apporter de l'abbaye d'Acquiny les reliques du saint martyr qui en devint le patron. Il se lit une translation très-solennelle, et Dieu voulut récompenser la piété des habitants de Laval par plusieurs guéri sons miraculeuses. En 1512, Philippe de Luxembourg bénit le cimetière de cette paroisse.

Par une clause de son testament Isaheau de Bretagne, première femme de Guy XIV, avait appelé à Laval les religieux de saint Dominique. Mais ses intentions n'avaient pas été remplies, et depuis ce temps, les frères prêcheurs de Rennes sollicitaient le comte de Laval de les établir dans les faubourgs de sa ville. Le père François Mallet, Breton, du couvent de Rennes, se procura une bulle , des lettres du roi et de l'évêque du Mans, et en 1 485 il vint les présenter au comte de Laval- François Mallet ne trouva de lieu convenable pour son établissement que celui de la

(1) Le Blanc de la Vignolle, Mss.de M. La Beauluère, n° l,p. 277 j 278, et passim. — Couanier de Launay, p. 220.

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Trinquerie, occupé aujourd'hui par l'hôtel de la prélecture; les habitants du quartier l'avaient, acquis et se disposaient à y bâtir leur église paroissiale, mais ils consentirent à le céder aux dominicains. Le nom de Trinquerie fut remplacé par celui de Notre-Dame-de-Bonne-Renconlre. Le comte convoqua tous les collèges de la ville, les religieux de Saint-François et les paroisses des environs; on fit une procession très-solennelle sur le lieu destiné au nouveau monastère; les saints mystères y lurent célébrés; et le P. Berthier, dominicain, y prononça un discours qui ravit l'auditoire d'admiration. Tandis qu'on bâtissait le couvent, les religieux habitaient une petite maison voisine, où ils avaient disposé un oratoire; et pour appeler le peuple aux oflices, ils avaient suspendu une petite cloche à un poirier qui était à côté. En 14-89, le comte de Laval posa la première pierre du chœur de l'église. Il fut bâti aux frais de Jean Courte. Celui-ci avait voyagé longtemps sur mer pour le commerce, et avait réalisé de grands profits. A cinquante ans, il renonça au monde, se consacra à Dieu dans l'ordre de saint Dominique, et fut ordonné prêtre. Après sa mort, il fut enseveli dans le chœur de l'église qu'il avait fait construire. Antoine Coulonneau, Robin Touillon, marchand de toile et seigneur des Ils, et Jeanne Rousseau, sa femme, furent les principaux bienfaiteurs de cet établissement. Jeanne de Laval, veuve du roi René, fit élever le portail qui correspondait à l'église de Saint- Vénérand. Les murs du couvent et de l'église, ainsi que les vitraux de celle-ci, portèrent les noms des principaux bienfaiteurs. Le couvent de Saint- Dominique de Laval passait pour l'un des plus beaux de Tordre en France. Enfin toutes les constructions, sauf le réfectoire, étant achevées, Philippe de Luxembourg célébra la dédicace de l'église le 2 juillet 1499 (1).

(1) P ouille du diocèse du Mans de 177:>. — Le Blanc de la Vignolle, Mss. de M. La Beauluèrc, n° 1, p. 258 et suif. — Maucourt de Bourjoly, 1. 1, p. 437-442. — Mémorial de la Mayenne, 18 12. — Couanier de Lauîiay, p. 227-233. — Cauvin, Géographie, etc., p. 277.

La construction de l'église de Saint-Vénérand, et celle de Saint-Thugal, des augmentations à celle de la Trinité et au couvent des franciscains , se poursuivaient en même temps; et le chanoine André Legay , par une munificence rare , faisait reconstruire l'église de Saint-Michel à ses frais. Depuis la guerre des Anglais, le prieuré d'Avesnières était resté désert. Perrine de Montbron, qui en était titulaire, fit une tentative près de Guy XV pour relever son monastère. Les pardons qu'Innocent III avait accordés à cette église attiraient la foule des pèlerins; môme de nos jours les pieux voyages du vendredi à Avesnières sont encore très-fréquents. Malheureusement les circonstances ne permirent pas cette restauration si utile pour la piété (1). En 1484, Guy XV et Catherine d'Alençon , sa femme, fondèrent un couvent de minimes, nommé les Châtelliers, en la paroisse de Neufchàtel. Cet établissement fut réuni en 1670 à celui du Mans du même ordre (2). Un autre cloître s'éleva, à la même époque, à Laval, fin 1492, la vénérable Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, établit à Château-Gontier un couvent de religieuses urbanistes, qui fut transféré plus tard dans sa terre du Buron, en la paroisse d'Azé. En 1494 (26 juillet), Guy XV et Catherine, sa femme, fondèrent le couvent du Clos de Paradis ou de Patience, dans le faubourg Saint-Martin de leur ville. Ils y appelèrent d'abord des femmes du tiers-ordre de saint François, que les cordeliers avaient fort propagé dans le pays; mais elles ne furent astreintes ni à des vœux ni à une clôture régulière. En 1521, ces pieuses associées désirant embrasser sérieusement la vie religieuse, firent supplier Marguerite de Lorraine, qui venait ellemême de se consacrer à Dieu dans le monastère d'Argentan, de venir les former aux observances qu'elle avait

(1) Mémoire de Perrine de Montbron, publié dans la Province du Maine, t. II, p. 399 et suiv.

(2) Pouillé du diocèse du Mans de 1772. — Le Gorvaisier, p. 752. -* Histoire des évéques du Mans, p. 305. — LePaige, t. Il, p. 508.— Cauvin, Géographie, etc., p. 228.

p. m; histoire de l ÉGLISE DU MANS.

établies dans son couvent. La princesse ?e mit en voj

pour se rendre à Laval; mais la maladie dont elle était atteinte l'arrêta à Aleneon; elle fut transportée à Mortagne, et y mourut le 2 novemljre 1521. Les nombreux miracles opérés à son tombeau, et les héroïques vertus qu'elle pratiqua durant sa vie, ont attesté la sainteté de cette a'feule de Henri IV. Les religieuses de Patience n'en poursuivirent pas moins l'érection de leur monastère en maison régulière. Elles obtinrent à cet effet des bulles de Léon X (10 décembre 4519) et de Paul III (4536). Le cardinal Louis de Bourbon rendit des ordonnances à ce sujet en 1526 (26 mai) , et leur couvent fut définitivement constitué en 4536. Ces religieuses suivaient la règle de sainte Glaire avec les mitigations autorisées par le Souverain Pontife. Outre les seigneurs de Laval , il faut encore compter parmi les bienfaiteurs de Patience, les bénédictins du prieuré de Saint -Martin, le cardinal de Lorraine et Marie de Thorigné. En 1633, Cbarles de Beaumanoir, évêque du Mans , fit la visite du monastère, et approuva l'observance. Une grande pauvreté régna toujours dans cette maison, qui ne subsistait guère que du travail des religieuses; et néanmoins on a conservé le souvenir des bienfaits que ces pieuses filles répandaient dans leur quartier et des services qu'elles rendaient à la population qui les avoisinait (4).

(1) Registre 4e des fondations, fol. 96, 103 et 114. — Pouillé du diocèse du Mans, 1772, fol. 31 r. — Mss. divers de M. La Beauluère. — Choppin, Monasticon, p. 233. — Bouiller, Recherches sur la Trinité, p. 273 et suiv. — Gouanier de Launay, p. 249-259, et passim. — Cauvin. Géographie, etc., p. 207.

Nous donnons ici la liste des abbcssesqui ont gouverné le monastère de Patience, d'autant plus volontiers que nous l'avons vainement cherchée dans le Gallia christiana. Marguerite de laRoë, 1517, 1535,1542. — Anne de Cotte.— Blanche, 15 13, 1556, 1557, 153 S. —Philippe de Laval, 15G0, (fille de Guy de Laval, seigneur de Lezay, du Puy, de Panycvrcs, de Meuillcbat, de Chenay et du Manoir, et de Claude de la Jaille. — Guy de Laval, soigneur de Lezay, était fils de Pierre de Laval et de Philippe de Beaumout. {Histoire de la maison de Montmorency, p. 619). —Renée Berault,

Cependant la grande féodalité était humiliée au point de ne pouvoir plus désormais contester les droits de la couronne. Résister en armes semblait un acte de démence, et la révolte du duc d'Orléans, bien qu'appuyée par le duc de Bretagne, fut nommée « la guerre folle. » Cette guerre folle n'en inquiéta pas moins nos frontières du côté de la Bretagne. La première tentative de révolte eut lieu en 1487 ; elle fut soutenue par l'empereur, les rois d'Espagne et d'Angleterre; mais elle ne réussit pas (1). La seconde tentative eut lieu en 1488. Leduc d'Orléans, depuis Louis XII, se retira en Bretagne, près du vieux duc François. Il fut vaincu et fait prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du- Cormier. On le transporta d'abord à Sablé, puis à Bourges. La paix fut conclue à Sablé le 20 ou le 21 d'août de la même année (2). Par suite de ces mouvements, Charles VIII

1562. — Philippe de Laval, 1562. — Marie de Lysore, 1565. — Philippe de Laval, 1570, 1571. — Marie de Lysore, 1578, 1579. — Marguerite de Vassé, 1581, 1583. — Philippe de Laval, 1584, 1596. — Anne de Verrier, 1604, 1608. — Anne Le Clerc, 1609. — Perrine Davost, 1619, 1620.

— Marie Chapelle, 1624, 1625. — Jeanne Hardy, 1629. — Renée Chimineau, 1630. — Louise de Meaulne (?). — Françoise de Veaulx, 1638. — Renée Chemineau, 1641. — Jeanne Lucas, 1648. — Jacquine Le Maistre, 1654, 1655. — Renée Chemineau, 1657.— Françoise Baillé, 1659.

— Elisabeth d'Andigné, 1665. — Françoise Baillé, 1669, 1670. — Elisabeth d'Andigné, 1671. — Françoise Baillé, 1675. — Barbe Gigault, 1677, 1679. — Agnès Chasteigner, 1680, 1681, 1682. — Barbe Gigault, 1682, 16S3. — Claire Chevalier, 1692. — Jeanne d'Andigné, 1706 —Claire Chevalier, 1709. — Jeanne d'Andigné, 1711, 1713, 1714. — Renée* Thérèse Beuscher, 1719, 1723. — Renée Périer-Bizardière, 1725, 1798.

— Anne-Urbaine Jossc, 1728. — Renée-Thérèse Beuscher, 1736, 1740.

— Anne-Urbaine Josse, 17't0. — Renée-Thérèse Beuscher, 1747. — Perrine-Jeanne Beuscher-Poupardière, 1752, 1764. — Anne Salmon, 1765. — Perrine-Jeanne Beuscher-Poupardière, 1766, 1767. — Anne Salmon, 1770. — Marie-Anue-Louise Le Duc, 1770, 1763, 1776. — Anne Salmon, 1779, 1785*.

' La Beauluèrc, V. 29 et 50.

(1) D. Taillandier, Histoire de Bretagne, t. II, p. 171.

(2) "Procès du divorce de Louis XII. Ms. à la Bibliothèque impér. franc., n« 5974. — D. Taillandier, ouv. cit., t. II, p. 171 , 173 et 182.

198 HISTOIRE DE i/ÉGLISE LU MANS.

se rendit à deux reprises à Laval, et y séjourna durant tout le mois de mai ; mais la présence des troupes fut une source de désordres et de misères dans la ville et les campagnes (1). En passant au Mans, le roi se conforma aux usages de ses prédécesseurs : il porta dans la cathédrale le surplis et l'aumusse, et occupa la stalle du premier chanoine (2).

Les droits de l'Église éprouvèrent à cette époque plusieurs atteintes de la part de l'autorité séculière. Philippe de Luxembourg ayant été contraint d'excommunier les officiers du roi qui résidaient au Mans, fut condamné par le parlement à lever sa sentence (1485), et l'arrêt portait qu'il devait y être contraint parla saisie de son temporel (3). On a vu qu'un évêque avait obtenu le privilège de francsalé pour les habitants du Mans; ce privilège fut révoqué par une ordonnance du roi (26 mai 1479), portant que « toutes manières de gens prendront leur sel au grenier du roy, tant prélats et autres gens d'église, nobles, non nobles et autres, tant au pays d'Anjou , du Maine que Touraine (4). »

En 1487, Tévêque du Mans fut chargé par le roi de France de recevoir l'ambassade solennelle que le roi de Bohème lui adressait. Il la conduisit à Paris, et lui fît visiter les reliques de la Sainte-Chapelle, puis il l'accompagna à Angers et à Laval, où se trouvait la cour (5). Cette ville fut témoin, en 1489, d'une solennité imposante. Les récollets y tinrent leur chapitre général, et toute la population

(1) Autres nouvelles chroniques à la suite de Moustrelet, Chroniques, vol. III, fol. 80 v. — Maucourt de Bourjoly, t. I, p. 443 et suiv. — Couanier de Launay, Histoire de Laval, p. 238 et suiv.

(2) Almanach manceau, 1758, p. 36 et 37.

(3) Dupuy, Preuves des libertés de VÈglise gallicane, t. I, p. 173.

(4) Guillaume Oudiu, publié dans la Revue de l'Anjou et du Maine, t. I, p. 132.

(5) D. Félibien, Histoire de Paris, t. IV, p. 610. — Guill. Oudiu, loc. cit., p. 144. — Marchegay, Revue de l'Anjou, t. — Guillaume Le Doyeu, Chronique, p. 37.

prit part à cette fête : tant les intérêts religieux tenaient encore de place dans les habitudes de la vie sociale (1). Introduite dans toutes les villes voisines, l'imprimerie ne l'était pas encore au Mans; on publia cependant cette an* née même (1489), dans une autre ville, les statuts syno? daux du diocèse, en un petit volume in-4° très-plat (2). Les dispositions disciplinaires qu'ils contiennent sont presque semblables en tout à celles promulguées en 1247, et que D. Martène a données au public (3). Cette similitude est d'autant plus remarquable, que les mœurs avaient éprouvé de plus profondes modifications. Ce furent aussi des presses étrangères à la province qui fournirent les premiers livres indispensables; ainsi parurent successivement le Missel du Mans, Missale Cenomanense, fîdeliter ac diligent er emendatum, secundum usum modernum Ecclesie Cenomanensis, cum additione festorum de novo institutorum ac suis in locis positorum , nonnullarumque missarum ad devotionem dicentium prout patere potest in tabula in principio kalendarii posita insertarum,per me Guillelmum Le Tailleur, ftothomagi cornmorantem, ad instanliam Pétri Henniei\ ejusdem Ecclesiœ Cenomanensis canonici, rectorisque parochialis Ecclesiœ sancti Pétri de Curia Cenomanensis diœcesis. 1489, petit in-fol. (4). Quelques imperfections ayant été signalées dans ce Missel, Pierre Hennier s'adjoignit plusieurs théologiens et liturgistes, et ils préparèrent ensemble une seconde édition : Missalia ad usum Ecclesiœ Cenomanensis, de novo per Petrum Hennier, cum consilio et auxilio plurimorum etiam doctorum fîdeliter emendata; Parisiis, apud Johannem Hygman, 1498, in-fol. vél. goth. Cette seconde édition fut

(1) Mss. de M. La Beauluère.

(2) Mss. des Bl.-Mant., n° 81, c., p. 516.— Statuta synodalia Ecclesiœ Cenomanensis, 1 vol., très petit in-4°. Ce volume, imprimé en go^ thique, est très-rare; nous n'en connaissons qu'un seul exemplaire à la bibliothèque de l'évêché du Mans. — Clï. Petit-Radet, Bibliothèques anciennes, p. 206.

(3) D. Martène, Ampli ssima collectio, t. VIII, col. 1370.

(4) D. Guéranger, Institutions liturgiques, l. W, p. 334..

réimprimée à Rouen, 1503, in-8°, 1504, in-iol., et 1510, in-fol ; à Paris, 1517, in-Ibl., 1520, in-8°, 1530, 1541, in-8*; au Mans, 1546, in-fol.; à Paris, 1548, in-8°, 1559, in-fol. Le Bréviaire, Breviarium secundum usurn venerabilis Ecclesiœ Cenomanensis, fut imprimé en 1489, 1494, 1500, 1505, 1507 et années suivantes, à Paris. En 1490 parut le premier Rituel à l'usage du diocèse. Il contient beaucoup de choses dignes de remarques : aux baptêmes des garçons, il y avait deux parrains et une marraine; et aux baptêmes des filles, il y avait un parrain et deux marraines. Le jour du mariage, le curé allait bénir le lit nuptial à la maison, puis le pain et le vin qu'il présentait aux nouveaux mariés. Les temps où il était défendu de se marier étaient plus étendus qu'ils ne Je sont présentement. La bénédiction des fonts le samedi saint offrait plusieurs particularités notables; de même la cérémonie du mercredi des cendres. Enfin on donnait l'extrême-onction aux moribonds avant le saint viatique. En 1510 parurent les Heures intitulées: Les présentes Heures à l'usage du Mans, au long, sans rien requérir, avec les miracles de Notre-Dame et les figures de l'Apocalypse des triomphes de César. Paris, in-8°, gothique, avec figures. En 1515 fut publié le Graduel; en 1529, l'Antiphonaire et le Psautier. Plusieurs de ces éditions, qui se multipliaient si rapidement, mériteraient des remarques particulières pour la beauté de l'exécution et la richesse des ornements qui les décoraient.

Le Missel et le Bréviaire de 1507 portaient pour titre : Missale ou Breviarium ad usum insignis Ecclesiœ Cenomanensis. L'exergue du sceau du chapitre était celleci : Capitulum insignis Ecclesiœ Cenomanensis ; et c'est en considération de ces précédents que Pie IX a confirmé à l'Église du Mans ce titre d' Insignis. Il faut aussi remarquer que jusqu'à cette époque on honorait saint Julien comme Apôtre, au moins dans l'église cathédrale et dans les quarante églises qui dépendaient du chapitre; et ce culte était de précepte. Dans les autres lieux du diocèse, il était laissé à la disposition libre de chaque clerc tenu à la récitation

de l'office, de prendre le rite d'un Apôtre ou celui d'un Confesseur; mais celui qui se servait du rite d'un confesseur, devait néanmoins à la messe réciter la préface des Apôtres (J). C'est aussi en vertu de ces titres respectables et des autres arguments qui prouvent démonstrativement Fapostolicité de notre Église, que Pie IX l'a autorisée à honorer saint Julien du culte propre aux Apôtres.

Ces premiers livres liturgiques furent imprimés, comme il vient d'être dit, sous la direction du judicieux et infatigable Pierre Hennier, chanoine de l'Église du Mans, avec le concours de plusieurs savants versés dans la connaissance des rites sacrés. Pierre Hennier était né à Laval d'une famille de bourgeoisie; il possédait en même temps que son canonicat de Saint-Julien, la cure du Grand-Saint- Pierre au Mans. Ami de la science et de la régularité cléricale, Philippe de Luxembourg honorait ces qualités dans notre chanoine. Tout le clergé du diocèse ne lui montrait pas moins de respect et de confiance, tl fonda dans l'église cathédrale son anniversaire et une chapelle. L'un de ses plus beaux titres à la reconnaissance de tous les habitants du Maine, est d'avoir rédigé un Cérémonial qui a conservé le souvenir de plusieurs usages tombés depuis en désuétude (c2). L'un de ces usages consistait à donner du vin à boire à tous ceux qui avaient fait la communion pascale : cette coutume est constatée par le cérémonial de Pierre Hennier, par les comptes des fabriques de beaucoup d'églises et par des fondations. Ainsi nous la retrouvons à Sougé-sur-le-Loir(1494),àÉpineux-le-Séguin,àlaBazouge-

(1) Officia propria insignis Ecclesiœ Cenomancnsis , etc., in-4°, p. 45 et 46.

(1) Martyr •ologium capituli Cenomanensis, fol. 185 r. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 351, p. 86 et 87. — Le Paige, t. II, p. 252.— D. Colomb, p. 303. — Desportes, Bibliographie du Maine, p. 335. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. IV, p. 48. — Couanier de Launay, Histoire de Laval, p. 264. — Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. II, n° 897. — La bibliothèque de la ville du Mans possède un exemplaire du Cérémonial de Pierre Hennier, en 1 vol. in-4°.

de-Chemeré et clans d'autres églises (I). En H59, révoqué du Mans reconnaît devoir une certaine quantité de vin à la sacristie de Saint- Julien, pour la communion pascale des paroissiens du Crucifix (2). Jean du Plessis-Chastillon et Jeanne des Aubiers, sa femme, firent une fondation per pétuelle de quinze pots de vin, mesure de Mayenne (1478), en faveur de la sacristie de Chustillon-sur-Colmont, pour le même effet. Enfin, par son testament du 8 mars 1587, Jacques Bouthier, curé du Bignon, assura à perpétuité quinze sous de rente au fabricien du Bignon pour acheter le pain et le vin destinés à la communion du jour de Pâques. Cette fondation est remarquable par sa date (3).

La science liturgique était aussi cultivée alors quelle est négligée de nos jours. François Le Chat, né au Mans, docteur endroit et chantre de l'église cathédrale, écrivit « un juste volume, dit La Croix du Maine, touchant les coustumes, cérémonies et observances, lesquelles doivent être gardées entre messieurs de l'église de Saint-Julien du Mans, et autres prestres et chapelains de ladite église. Ce livre n'est encore imprimé, dit notre auteur. Il florissait au Mans en i520. o La suite nous fournira l'occasion d'ajouter de nouveaux détails sur François Le Chat (4).

Comme la plupart des princes de son époque, Philippe de Luxembourg favorisa les lettres et ceux qui les cultivaient avec quelque succès. Il apporta de Térouanne au Mans la Chronique de Morinie, par Baldric(5). Il fonda en notre ville le collège de Saint-Benoit. Il le fit bâtir avec sa magnificence ordinaire; « et ne sais pourquoi, dit La Croix du Maine, ses armes n'y sont comme es autres lieux qu'il

(1) Papiers de la fabrique. — Biblioth. imp , collection de Dangeau, t. I, p. 220.

(2) Livre Rouge, fol. ^87 v.

(3} Testament original dans les papiers de la fabrique du Bignon.

(4) La Croix du Maine, Bibliothèque française. — Blou leau, Portraits des hommes illustres du Maine. — Le Paige, t. Il, p. 24:2. — Hauréau, ouv. cit., t. II, p. 43 ; t. IV, p. 399.

(5) Galliachristiana, t, X, col. 1543.

ÏHIL1PPE DE LUXEMBOURG. 203

a édifiés, sinon que ses exécuteurs de testament ont voulu avoir la gloire après sa mort des choses qui devraient être en commémoration dudit cardinal... (1).» Tous les lettrés auxquels Philippe de Luxembourg accorda sa confiance, étaient dignes de cet honneur (2). L'un des principaux fut Christophe de Chauvigné, d'une noble famille de Bretagne établie près de Ballon. Il lui donna un canonicat dans le chapitre diocésain, et lui témoigna toute sorte d'estime. En 1521, Guy le Clerc, évêque de Léon, ayant donné sa démission pour se retirer dans l'abbaye de la Roë, où il mourut deux ans plus tard, Christophe de Chauvigné le remplaça. Plein d'affection pour l'Église du Mans, l'évêque de Léon la visita souvent, et en 1529 il fit la dédicace des églises de la Ferté-Bernard et de Bessé. Guillaume Querlavoine, d'une famille de magistrature de Laval, professa d'abord avec distinction la théologie et le droit en l'université d'Angers; il fut ensuite pourvu d'un canonicat de Saint-Julien, de l'archidiaconé de Laval, et enfin devint officiai sous Thibault et Philippe de Luxembourg. Il moir rut en 1488, après avoir fait une fondation en l'église cathédrale (3). Dans le même temps mourut Jean du Breil (4), qui obtint fort jeune le degré de licencié en l'un et l'autre droit; il fut ensuite chanoine du Mans, et exerça avec l'applaudissement universel la juridiction de l'évêque et du chapitre. Dans les temps de disette, il répandit d'abondantes aumônes, et fonda son anniversaire dans l'église cathédrale (5).

(1) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, p. 500.

(2) C'est à lort que les Mémoires pour servir à l'histoire de l'abbaye de Saint- Vincent , p. 246, Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 91, accusent Philippe de Luxembourg d'avoir donné la charge d'official à Guillaume Coquillard, poète fameux et chanoine de Reims, mais dont les œuvres sont trop souvent un outrage à la morale. Le Guillaume Coquillard qui fut officiai sous Philippe de Luxembourg était prieur-curé deVernie. — Bilard, Analyse desdocuments, etc., part. II,noS 1043-1052.

(3) Marlyrolouium capituli Cenomanensis,îo\. 190 v.

(4) Joannes de lirolio, du Breil, de Belgéard ou du Bois.

(5) Martyrologium capituli Cenoma?iensis, fol. 164 v. — Bibliothèque imp., Mss. lat.,n° 5211-B, p,96.

A la même époque, Pierre de Couthardy, dont nous parlerons bientôt, attira au Mans Michel Langlois, né à Beaumonten Hénault, et le présentai Philippe de Luxembourg, qui lui donna une cure. Langlois était professeur en droit, possédait une érudition variée et cultivait avec succès la poésie latine. 11 a laissé quelques poèmes assez peu connus, un entre autres adressé à Geoffroy Boussard(l). Philippe de Luxembourg protégea encore Gabriel Tamot, avocat au Mans, qui a écrit des Recherches sur les antiquités de la ville et cité du Mans, et composa quelques poésies dans lesquelles il se plaint de sa pauvreté, et se range modestement parmi les esprits médiocres. Notre évêque légua dix livres tournois pour aider à marier la fdle de Tamot (2). Un autre avocat du Mans, Jean Orry, né à Courcité, se livra pareillement à la recherche des antiquités du Maine, et à la culture de la poésie française (3). L'esprit français touchait à l'une de ses périodes les plus brillantes; toutes les branches des connaissances humaines étaient cultivées avec ardeur; et l'on n'aurait qu'une idée incomplète de l'état de la société dans notre diocèse, sous le rapport religieux, si nous n'indiquions pas les hommes qui s'acquirent un nom dans les lettres. Quoique l'université de Paris fût beaucoup déchue de l'éclat dont elle avait joui avec justice au commencement du xve siècle, il était encore glorieux d'y obtenir des succès, comme le firent plusieurs clercs manceaux. De ce nombre furent Jean Le Pelletier, recteur en 1504, Nicolas Quelain, recteur en 1510, et Jean de Goùé (1405), d'une noble famille du Bas-Maine, ainsi que deux autres mera-

(1) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 331, p. 212. — D. Liron, Singularités historiques, t. 111, p. 67, 25G et 257.

(2) La Croix du Maine, Bibliothèque française. — Goujet, Bibliothèque françoise, t. XI, p. 134. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine. — Testament de Philippe de Luxembourg, à l'appendice à la fin du volume.

(3) La Croix du Maine, loc. cit. — Hauréau, ouv cit., t. IV, p. 222.

bres de la même maison , Marin de Goiïé (1571), et Louis deGoùé(l).

L'Église cl u Mans n'avait point eu depuis plusieurs siècles un scolastique aussi propre à répandre sur elle un grand éclat que Geoffroy Boussard, qui obtint cette dignité au temps de Philippe de Luxembourg (2). Né au Mans d'un père et d'une mère qui lui laissèrent un nom honoré et de la noblesse, mais peu de fortune, Boussanl se distingua de bonne heure clans l'université de Paris. Il fut élu recteur en 1487, et devint plus tard doyen et chancelier. Comme il avait la réputation d être l'un des hommes les plus savants et les plus éloquents de son siècle, il parut souvent dans les circonstances importantes. Il demeura huit ans en Italie(1504-1512), et eut l'honneur de prêchera BologneenprésencedeJuîesII. En 1512,11 assista au concile de Pise, alors transféré à Milan, et il fut chargé par cette assemblée de présenter à la censure de l'université de Paris le traité de Thomas Cajétan, de Auctoritate Papœ. Il agit ensuite activement dans les affaires du concordat de 1516, et il fut chargé de haranguer la reine Claude à son entrée dans Paris. Sa nomination à la dignité de chancelier (1514) ayant souffert contradiction de la part du docteur Jean des Fossés, en attendant la fin du procès, les fonctions de cette dignité furent confiées à un autre clerc du diocèse du Mans, dont nous aurons encore à parler, et nommé Jean Le Maignen. Geoffroy Boussard permuta (1518) sa dignité de chancelier avec Nicolas Dorigny, conseiller au parlement, pour une cure du diocèse du Mans (3). Ce Nicolas Dorigny avait joué un rôle important clans l'affaire de la

(1) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. VI, p. 952, et passim. — D. Liron, Almanach manceau, 1728.

(2) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. V, p. 776, 874; et passim. — Launoy, Opéra omnia, t. IV. part. I, p. 405, 495, 501, 584, 599, 730, 731, et passim. — D. Liron, Singularités historiques, t. III, p. 51 et suiv. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. I, p. 57 et suiv.

(3) Auximensi$i — Launoy, Œuvres complètes, t. IV* part. î, p. 731.

2fw histoire de l'église du mans.

réception du concordat (I). Après cette permutation, Boussard se retira au Mans, où il mourut vers 1526. Il jouissait depuis longtemps de l'office de scolastique en notre Église, et il y faisait de longs séjours, puisqu'il raconte lui-même que ce fut pour l'utilité particulière du clergé du Mans qu'il composa son traité De divinissimo Mîssœ sacrificio, et qu'il le prit pour thème de ses leçons du soir. Ce traité fut imprimé en 1511. Boussard s'y montre, comme dans ses autres ouvrages, savant et profond théologien. La pureté et l'élégance de son style confirment les éloges que ses contemporains ont donnés à son éloquence, qui se rapprochait cependant plus de celle de Sénèque que de celle de Cicéron. Quoiqu'il ait été comblé de louanges par tous ses contemporains, Boussard s'est plaint avec amertume de leur ingratitude et de la parcimonie de ceux qui exploitèrent trop souvent ses talents. Une édition de Y Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, revue sur plusieurs manuscrits; une Explication des Ê pitres de saint Paul, attribuée à saint Augustin et à Bède le Vénérable, mais qui est de Florus;» un Traité de la continence ou plutôt du célibat des clercs ;le Traité du sacrifice de la Messe, que René Croisard, prêtre du Mans, recueillit durant les leçons de notre scolastique; enfin une Interprétation des sept psaumes de la pénitence, publiée en 1519; tels sont les titres sur lesquels s'appuie la renommée de Geoffroy Boussard, comme savant théologien et écrivain rempli d'élégance. A la tête du dernier ouvrage mentionné se trouve une confession de l'auteur, où l'on reconnaît l'accent d'une véritable piété. Aussitôt que ce livre parut, l'archevêque de Sens et 1 evêque de Paris intentèrent un procès à l'auteur devant le parlement, prétendant qu'il les avait offensés en censurant la pluralité scandaleuse des bénéfices. Cette affaire tourna à l'avantage du scolastique du Mans ; car l'ouvrage fut réimprimé à Paris en 1521 , sans aucune modification. La Croix du Maine cite un écrit français de Geoffroy Boussard, resté

(1) Pinsson, Histoire de la Pragmatique et du Concordat.

manuscrit, et qui vraisemblablement n'existe plus; il était intitulé : Le régime et gouvernement pour les dames et femmes de chacun état qui veulent vivre au monde selon Dieu. Geoffroy Boussard fut enseveli dans l'abbaye de Saint- Vincent.

Ce docte scolastique eut un neveu, nommé Félix Boussard, qui se fit un nom dans le clergé du Mans par ses talents divers et son éloquence (1). Jean Le Maignen, qui remplit les fonctions de chancelier en l'université de Paris, et jouissait de la dignité d'archidiacre de Passais en i'Églisedu Mans, fut l'un des premiers prédicateurs deson temps. Sa piété égalait ses autres qualités, et il fut lié avec la vénérable Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon. Il eut deux frères, Charles et Guillaume; tous les trois furent d'illustres académiciens, et firent beaucoup d'honneur à l'Église du Mans (2).

La famille de Baïf, si célèbre dans les lettres au commencement du xvie siècle , était originaire de l'Anjou. Elle habitait plus habituellement le château des Pins, près de la Flèche, et possédait, dans le Maine, les terres seigneuriales de Verneil-le-Chétif et de Mangé. Julien le Baïf, protonotaire apostolique, seigneur d'Épineu-le-Chevreuil, et chanoine du Mans, commença à se signaler vers 1515. Il eut quatre frères célèbres par leur science, et fut oncle de Lazare le Baïf, père de Jean le Baïf (3). « Julien de Baïf, dit La Croix du Maine, estoit homme docte et de grand jugement. Je ne sçay si c'est celuy duquel il se voit un discours de son voyage en Hiérusalem; car cettuy-cy chanta sa première messe au saint Sépulcre dudit lieu : mais pour ce qu'ils ont été cinq frères de ce nom de Baïf qui ont voyagé en Hiérusalem, je ne puis assurer si c'a esté cettuy-cy qui a composé ledit voyage. Et faut encore

(1) Launoy, loc. cit. — L'abbé Gougct, Supplément à Moréri.

(2) Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. I, p. 729 et 730. — Du Boulay, Histovia univcrsitatis Parisiensis, t. V, p. 874; t. VI, p. 926. — Laurent, Histoire de Marguerite de Lorraine, passira.

(3) Du Boulay, op. cit., t. VI, p. 945.

208 IIISTOTRE DE l'ÉGLTSE DU IfJ N -.

noter icy une chose très-admirable et bien digne de Remarque ; c'est qu'il y a eu cinq frères de celte maison de liait', lesquels se tiouvèrent en Hiérusalem sans que pas un d'eux eust donné advertissement de partir pour y aller, et tous s'acheminèrent sans le sçeu l'un de l'autre. J'ai entendu qu'il y avait en l'abbaye de Saint-Calais et autres lieux un tableau faisant mention de cette histoire ; mais elle ne s'y voit plus, à cause que les troubles et séditions advenues pour la religion ont causé ces ruptures et brisemens d'églises, et par conséquent ce qui estoit de beau et de mémorable en icelles. Or pour revenir au propos dudit sieur d'Espineu, Julien de Baïf, je n'ay point connaissance d'autres de ses écrits; toutefois j'ay opinion que ce voyage de Hiérusalem aye esté composé par iceluy. Il se voit escrit à la main chez monseigneur de Malicorne, messire Jean de Chaourses, son parent, en sa terre de Mengé, au Maine et autres lieux et seigneuries qu'il possède... Il florissait en l'an de salut 1519» (1). Julien Le Baïf eut part à la conliance de Philippe de Luxembourg, qui Je nomma l'un des exécuteurs de ses dernières volontés. Quant à Lazare Le Baïf, il était entré jeune dans l'état ecclésiastique. Toutefois, il ne s'occupa jamais que de diplomatie, ayant été nommé ambassadeur à Venise par François Ier, de poésie et de recherches sur l'antiquité profane. Il fut récompensé de ses services par la jouissance de deux abbayes, celles de Gharroux et de Grenetière. Il eut un fils naturel , nommé Jean-Antoine Le Baïf, qui cultiva aussi les muses , avec plus de succès que son père (2). Jean Le Baïf fit consacrer (1492) une chapelle dans sa terre de Mangé, en Verneil-le-Chétif ; et Pierre de Vaiges (3) composa (1502) à cette occasion une pièce de

(i) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise.

(2) Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. III, p. I et suiv.

(3) Pierre de Vaiges, seigneur du Plessis, de Vaiges (on Noyen-sur- Sarthe),de Fontenay.et du Moulin, était allié à plusieurs familles trèshonorables de notre Maine, comme Le Clerc de Juigné, d'Andigné, de Lestang, etc, etc.

vers où Ton reconnaît l'accent de la piété (1). Ambroise Sergent, du Mans, pronotaire apostolique, publia, en 1516, la traduction en vers français d'un traité de la peste (2).

Ainsi le goût de la poésie était très-répandu dans notre province; il s'unissait souvent à celui des recherches érudites, comme le prouvent les exemples de Gabriel Tamot et de Jean Orry. Guillaume Le Doyen , notaire, inspecteur économique et paroissien de Saint- Vénérand à Laval, commença vers cette époque (1480-1537) à écrire une chronique rimée de ce qu'il avait vu se passer à Laval et dans le pays voisin. A sa mort il la laissa au trésor de l'église de sa paroisse. Le caractère religieux de son travail recommande la mémoire de ce chroniqueur, qui prit du reste un part très-active dans la construction de l'église de Saint-Vénérand et du couvent des dominicains de sa ville (3). Laval eut à la même époque un historien dont, le nom a obtenu plus d'attention de la postérité. Pierre Le Beau, né à Saint-Ouen-des-Toits, d'une famille considérable , fut chanoine de la Madeleine de Vitré , chantre, puis doyen de Saint-Thugal à Laval, administrateur de l'hôpital de Saint-Julien, chef de la chambre des comptes de Laval, et enfin aumônier de Guy XV, a la demande duquel il écrivit ses Chroniques de Vitré. Devenu dans la suite conseiller et aumônier de la reine Anne, il fut chargé par elle de travailler à l'histoire de Bretagne. Son travail a mérité les éloges de la postérité : aussi Anne le récompensa magnifiquement, et le fit élire évoque de Rennes; mais il mourut à Laval (11) septembre 1505), avant d'avoir reçu ses provisions de Rome (4). Le clergé

(1) Collection de Dangeau, t. III, p. 38.

(2) La Croix du Maine, p. 7. — Haurcau, ouv. cit., t. lit, p. 170. — Desportes, Bibliographie du Maine, p. 474.

(3) Cette Chronique vient d'être publiée avec de savantes notes par M. La Beauluère.

(4) Montfaucon, Monuments de la monarchie, t. III, p. 36'», planche 68, donne un beau portrait de Pierre Le Beau. — Voir D. Lobincau et D. Morice, passirn. — llauréau, ouv. cit., t. II, p. 165; t. IV, p. 3(J9. —

210 HTSTOIRK DE t'ÉGUSB Jt'. .ma.v.

tl<' Laval a fourni de tout temps des hommes studieux et appliqués à recueillir les faits intéressants de leur pa\ -. M nous suffira de mentionner Ambroise Piau, prêtre, souschantre de l'église de la Trinité, généalogiste de la maison de Laval ; Olivier Cueilly, dominicain, qui outre des ouvrages fie morale, a laissé des notes chronologiques sur sa ville natale; Antoine Berset, vicaire àSaint-Vénérand, qui a écrit un obituaire intéressant pour Laval, surtout pour le xvne siècle; Pierre Cerisier, chanoine de Saint-Thugal et de Saint-Michel, homme de mérite, qui n'a laissé que des notes; Le Lièvre, prêtre de Laval, qui est auteur d'une généalogie de la famille Le Lièvre , et probablemeut aussi d'additions considérables à l'histoire de Laval par Maucourt de Bourjoly. Nous mentionnerons plus tard les hommes honorables qui de notre temps ont recueilli les souvenirs de leur pays, et continué la tradition de ces utiles travaux. Il faut peut-être nommer aussi plusieurs séculiers du même pays, auxquels nous sommes redevables de beaucoup de renseignements sur notre province, et que leur esprit religieux recommande à notre souvenir. Tels sont Guillaume Le Doyen, dont on vient de parler ; Jean Gesland, avocat fiscal ; Charles Marest, syndic de Laval; Vincent Queruau du Sollier, avocat au siège de Laval; Jacques Le Blanc de la Vignolle; Le Clerc du Flècheray , avocat fiscal à Laval; Pichot de la Graverie, juge à Laval ; Charles Maucourt de Bourjoly, né à Saint-Ouen-des -Vallons; -Serveau, né à Évron , juge à Laval , petit-neveu de Bourjoly ; Léon Le Clerc de Beaulieu, ancien député de la Mayenne ; enfin Du Chemin de Villiers, ancien président du tribunal civil de Laval.

Sous Philippe de Luxembourg les recherches historiques jouissaient déjà d'une faveur générale. Le roi René

Desportes, p. 360. — Couanier de Launay, p. 262. — De Quafrebarbes, Œuvres choisies du roi René', t. I, p. 109 et suiv. — Mss. de M. La Bcauluère sur Saint-Thugal. — Boullier, Recherches sur la Trinité, p. 222. — Vies des Saints de Bretagne, éd. Tresvaux, t. III, p. 303. — le 1\ Albert Le Grand, p. 535 et 53Ô.

lui-même, dépossédé par Louis XI, écrivait dès 1478 aux gens de la chambre d'Angers, pour obtenir des renseignements historiques sur l'Anjou et le Maine (1). De tous les chroniqueurs de cette époque, celui dont Je nom est resté le plus populaire clans notre province est Jean de Bourdigné. Il était né en Anjou, mais d'une maison originaire de Bernay, près de Conlie. Plusieurs de ses parents se consacrèrent à Dieu clans l'abbaye de Saint- Vincent. Pour lui , ii. était docteur en droit et chanoine de l'Église d'Angers. Il publia en 1529 Hystoire agrégative des annales et croniques d'Anjou [et du Maine), contenant le commencement et origine, avec partie des chevaleureux et martiaux gestes des magnanimes princes, consuls, comtes et ducs d'Anjou, etc. Paris, 1529, in-fol., gothique ($). On ne saurait parler de Bourdigné sans rappeler Jean Hiret, curé de Ghallain, au diocèse d'Angers, et chapelain de l'Église de Paris. Il publia en 1605 les Antiquités d'Anjou, et en 1618, il donna une nouvelle édition de son ouvrage, dans lequel le Maine occupe une place considérable.

Le 17 juin 1517, mourut en l'abbaye de Saint- Vincent D. Charles Ferrand , l'un des savants les plus extraordinaires de ce temps-là. Il était né à Bruges en Flandre. Quoiqu'il eût perdu la vue dès son enfance, et qu'il n'eût pas pu même apprendre à lire, il ne laissa pas d'acquérir des connaissances variées : il fut poète, musicien, philosophe et orateur. Il enseigna longtemps les humanités dans l'université de Paris, où il fut attiré par les libéralités de Louis XI, qui lui avait alloué une pension considérable; mais ayant reconnu la vanité du inonde, notre nouveau Didyme se fit religieux en l'abbaye de Saint- Vincent (14-75), où ses éloquentes prédications attiraient

(1) Marcheguay, dans la Revue de l'Anjou, 185'», p. 318 et suiv.

(2) Une nouvelle édition a été donnée en 1842, en 2 vol. grand in-8°, par M. le comte de Qualrebarbeset M. Godard-Fanltricr. — Voir La Croix du Maine, p. 209. — Compendium historiœ abbatîœ sancti Vincentii\ Mss. de Gaignières.

212 HISTOIRE DE LÉGLISE Dl) MANS.

plus de monde encore autour de sa chaire que n'avaient pn le faire ses leçons si éruclites d'autrefois. Aussi fervent dans l'observance de la règle qu'il l'avait été dans l'étude des lettres humaines, il a écrit deux livres de la tranquillité de l'âme; deux de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge ; quatre de conférences monastiques ; et un discours sur l'observation de la règle de saint Benoît (I). Gaguin désigne Charles Ferrand comme Je restaurateur de la belle latinité dans l'université de Paris. Il était lié avec Geoffroy Boussard et avec Jean Roulin, autre professeur célèbre, qui gouverna longtemps le collège de Navarre, et se revêtit en même temps que lui de l'habit de saint Benoit, mais en l'abbaye de Gluny. Pour celle de Saint-Vincent, elle était habitée à la même époque par Simon Haie- Neufve, né à Château-Gontier, vers 1 450. «Il était curé de Saint-Pater, rapporte La Croix du Maine, et enfin se fit prêtre , et faisait sa demeure ordinaire en l'abbaye de Saint-Vincent es faux-bourgs du Mans, auquel lieu il véquit par longues années, qui fut cause que plusieurs l'ont appelé en leurs œuvres maître S y mon du Mans.... ; entre autres Genfroy Thory de Bourges l'appelle ainsi en son livre intitulé le Champ- F leur y, auquel endroit il lui donne tant de louanges pour le grand savoir qui était en lui, et surtout pour la portraicture et architecture, et encore pour l'écriture, qu'il ne craint point de le comparer à Albert Durer, Michel-Ange, etc. Il se voit de lui plusieurs beaux édifices bâtis de sonindustrie, tant clans la ville du Mans que d'autres lieux,.. Il n'a point fait imprimer ses œuvres...; mais il a laissé un nombre infini de portraits achevés... » Il avait voyagé en Italie, en Allemagne et autres contrées,

(1) Mémoires pour servir à Vhistoire de V abbaye de Sa int- Vincent, Mss. Je la bibliothèque du Mans, u° 91. — Histoire littéraire de ta congrégation de Saint-Maur,\>. 761. — Bucelin, Benedictus Redivivus,p. 17. — D. François. Bibliothèque des écrivains de l'ordre de Saint-Benoit, p. 321. — D. Galmet, Commentaire sur la règle de Saint-Benoit, t. I, p. 78, 594, et passim. — Du Boulay , Historia unirersitatis Parisiensis, t. V, p. 869. — Coquebert de Taizy, Biographie universelle de Michaud. — D. Liron, Les aveugles savants. Ms.

PHILirPE DE LUXEMBOURG. 213

et s'était retiré à Saint-Vincent en l'année 4500; il y mourut le 11 juillet 1546, et y fut enseveli (1). Lorsque des hommes d'un aussi grand mérite se retiraient dans les monastères pour y mettre leur salut en sûreté, ils donnaient la preuve la plus irrécusable que le relâchement n'y était pas aussi grand que la cupidité et la mauvaise foi l'ont prétendu.

Du fond d'un petit village du Maine sortit alors l'un des plus illustres écrivains de l'ordre de saint Bruno. D. Pierre Cousturier , Sutor , était né à Chemeré-le-Roy. Il brilla d'abord en Sorbonne et dans les écoles de Paris par son enseignement ; puis ayant embrassé la règle des chartreux, il occupa dans son ordre les premières dignités; il fut même durant assez longtemps prieur de la maison du Parc; mais il se fit surtout connaître par ses ouvrages apologétiques de la vie monastique, et par ses controverses avec Érasme et Lefebvre d'Estaples (2).

Les travaux du vénérable Guy Jouanneaux, de D. Michel Bureau , de D. Jean Bougler et de plusieurs autres dont nous aurons bientôt occasion de parler, prouveront encore quelle activité intellectuelle régnait alors dans nos vieux cloîtres. Le Maine produisit aussi d'autres savants hommes, comme Pierre de Bouhère, humaniste très- distingué, et Janson, professeur en l'université de Paris. Mais ces doctes personnages étaient probablement laïques, et leurs écrits ne portent aucun caractère qui les rattache à l'ordre religieux. Nous nous contenterons donc aussi de nommer Guillaume, Jean et Ambroise de Montesson, qui devinrent successivement abbés de l'Étoile (3). Jean Ferrault, né à Angers, exerça au Mans les fonctions de procureur du roi au siège présidial de cette ville. 11 se fit recevoir en 1501 dans la confrérie de Saint- Jean-Baptiste, en l'église

(1) La Croix du Maine, Bibliothèque française, p. 457.

(2) D. Liron, Singularités historiques et littéraires, t. III, p. 224-437. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. Il, p. 231-239.

(3) Gallia christiana, t. VIII, col. 1403, n'* 22-24,

de Saint-Nicolas. Beaucoup de personnages importants étaient associés à cette confrérie. Ferrault publia un traité De juribus et privilegiis regni Francorurn., dans lequel il s'eiïbrce de l'aire passer pour lois et coutumes légitimes toutes les atteintes portées par le pouvoir séculier aux prérogatives de l'Église et du Siège Apostolique. Cet ouvrage fut dédié par son auteur au roi Louis XII, et il a été souvent depuis invoqué par les jurisconsultes gallicans (I). 11 fut applaudi par Michel Dubreuil, né au Mans. Ce personnage « faisait, dit-on, les délices de la cour de Louis XII et de François Ier, par sa politesse, l'agrément de sa conversation et ses œuvres poétiques. » Il passa les dernières années de sa vie au Mans, où sa famille occupait un rang considérable dans la magistrature. Le diocèse du Mans produisit d'ailleurs, à la même époque, Jean Sauquet, qui se fit remarquer dans l'université de Paris par les mêmes doctrines que Ferrault promulguait au Mans (2). Ainsi notre société participait activement au mouvement littéraire et artistique qui se faisait jour sur de plus grands théâtres. La poésie enchantait le château féodal comme le vieux moùtiers; les recherches de l'antiquité passionnaient l'homme du monde comme celui qui habitait la solitude; les plus hauts problèmes de la philosophie et de la jurisprudence préoccupaient les esprits; heureux si de fausses doctrines n'avaient pas déjà cherché à s'y implanter !

(1) Le truite de Ferrault a été réimprimé par Dumoulin, au t. III de ses œuvres, éd. 1612, et par Ziletti, Jus Gregorianum, t. XVI, p. 174 et suiv. — Voir D. Liron, Singularités hist. et litt., t. III, p. 389. — Ménage, Histoire de Sablé, part. II. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II, p. 384. — Desporles, Bibliographie du Maine, p. 286. — Dupuy, Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. I, p. 13, et passim. — Choppin, Police ecclésiastique, p. 66, et passim. — Registre de la confrérie de saint Jean-Baptiste, de 1380 a 1501. Mss.

(2) Du Boulay, Historia universitatis Parisiensist t. V, p. 805, et passim.

PHILIITE DE LUXEMBOURG. 215

ni

SUITE DE l'ÉPISCOPAT DE PHILIPPE DE LUXEMBOURG. — (1452-1466.)

Impulsion donnée aux arts religieux par Philippe de Luxembourg; ses travaux pour la décoration de l'église cathédrale. — Travaux d'utilité publique. — Fondations dans l'église cathédrale. — Martin Guerrande.

— Zèle pour l'ornement et la décoration des églises — Introduction de la musique dans le service divin. — Jacques et Pierre de Courthardy. — Prieuré de Solesmes. — Abbaye de la Couture ; Michel Bureau. — Jean et François de Bourbon-Vendôme , successivement curés de Lunay. — Le vénérable Jean Laurent. — René de Valois et Marguerite de Lorraine. — Marie de Luxembourg. — Synode. — Visite des archidiacres. — Sépulture de Thibault de Luxembourg. — Représentations de mystères à Laval, au Mans et dans le diocèse. — Philippe de Luxembourg créé cardinal. — Il s'empare du siège épiscopal de Térouanne. — Divorce de Louis XII. — Le roi et Anne de Bretagne au Mans. — Jacques Hamelin, chanoine du Mans et évoque de Tulle. — La congrégation de Chezal-Benoît et l'abbaye de Saint-Vincent. — Guy Juvénal. — Jean Bodier. — Entrée solennelle de Philippe de Luxembourg. — Chapitre de Sainte-Barbe à Saint Ulphace.

— François de Rohan, primat de Lyon, confirme l'exemption du chapitre. — Abbaye du Pré. — Suppression de la fête des Innocents à Saint-Thugal de Laval. — Geoffroy Boussard employé à combattre les hérétiques. — Bonne harmonie entre le cardinal de Luxembourg et les chanoines. — Droit d'asile défendu par le chapitre. — Projet d'élever la nef de l'église cathédrale et travaux de décoration.

Tant de noms plus ou moins connus que nous venons de rappeler, et plusieurs autres que nous pourrions évoquer, si nous ne devions nous tenir rigoureusement dans les limites des faits qui concernent l'Église, prouvent qu'un grand mouvement était imprimé aux esprits. Cette heureuse impulsion se reconnaît également dans les travaux des arts, qui se produisirent avec une remarquable fécondité clans toute la province du Maine. Philippe de Luxembourg lit exécuter un crucifix d'argent d'un poids trèsconsidérable, et douze statues des apôtres de la même matière, pour l'ornement de la cathédrale; il lit placer dans le croisillon de gauche un grand buffet d'orgues, et

un autre, d'une dimension moindre, entre deux piliers, pris du chœur. Il donna des fonts baptismaux de cuivre, ornés de ses armoiries, et soutenus par trois lions. Il fit fondre une grosse cloche, nommée Julienne , et fit fabriquer cette belle horloge que l'on admirait auprès de la porte septentrionale, et qui servit de modèle, dit-on, à celles de Lyon et de Strasbourg. Il fit élever un jubé en avant du chœur, et enrichit le trésor d'une grande quantité de vases sacrés, de reliquaires et d'ornements précieux, aussi remarquables par le talent des artistes que par la valeur des métaux ou des matières qui les composaient (4). Le maître-autel fut rétabli plus magnifique que par le passé ; des tombeaux, de dix pieds de hauteur et ornés de sculptures très-remarquables, furent construits des deux côtés du chœur, pour les personnages de la famille de Luxembourg ensevelis dans l'église cathédrale. Le généreux prélat entreprit d'élever la nef de l'église-mère à la hauteur du chœur; les chanoines désiraient vivement voir l'accomplissement de cette œuvre. Le 6juin 4500 et le 8 juillet de la même année, ils en conférèrent avec le cardinal, et déjà ils regardaient les travaux comme près d'être commencés (2); cependant, justement effrayés de la responsabilité qui allait peser sur eux si le prélat, déjà âgé et d'une santé caduque, venait à mourir avant l'achèvement complet des travaux, ils crurent devoir lui demander caution pour l'accomplissement d'une entreprise à laquelle ils ne pouvaient faire face avec leurs seules ressources. Philippe, sensible à cette remontrance, tourna ses projets d'un autre côté : il répara et augmenta Je château de Touvoye, dont les dernières traces ont disparu de nos jours, et il reconstruisit en entier celui d'Yvré-1'Évêque. Depuis longtemps, Touvoye avait été le séjour presque habituel des évoques du Mans; à partir

(1) Martyrologium capituli Cenomanensis , fol. 61 r.

(2) Délibérations capitulaires, 6 juin et 8 juillet 1506. — Archives du chapitre, registre B-15. — Mss. de la bibliothèque du Mans , n° 257,

PHTLÏPPE DE LUXEMBOURG. 217

de cette époque, ils résidèrent plus fréquemment au château d'Yvré. Pour Philippe de Luxembourg, il faisait sa demeure dans le manoir épiscopal de la ville du Mans. Les autres parties du domaine épiscopal reçurent des augmentations plus ou moins considérables. A l'exemple des grands évoques ses prédécesseurs, qui furent les pères et les bienfaiteurs de la ville et du pays, Philippe entreprit d'importants travaux d'utilité publique. Par ses générosités , les fontaines de la ville furent réparées et augmentées; et les routes, à une grande distance de la cité , reçurent un pavage qui a conservé jusqu'à nos jours le nom de pavé du cardinal Philippe. L'un des travaux les plus remarqués du magnifique prélat fut la chapelle de l'évêché, construite dans le style le plus pur de la renaissance. Au-dessus s'élevait un dôme, qui se transformait toutes les nuits en une espèce de phare, afin de guider les courriers qui venaient de tout le royaume pour obtenir des expéditions durant la légation de Philippe de Luxembourg. Cette chapelle, monument d'un grand évêque et d'une époque remarquable, a été détruite en 1795, par sordide spéculation et fanatisme anti-religieux (1). Philippe ne pouvait se contenter d'un simple monument d'architecture : il fonda, dans ce nouveau sanctuaire, une chapellenie sous le titre de Sainte -Catherine, la patronne des écoles, et il en donna la présentation au chapitre (2) .

Le 13 avril 1507, Philippe de Luxembourg fit d'autres fondations beaucoup plus considérables en faveur du chapitre du Mans. Un acte qui paraît avoir été écrit par notre prélat lui-même, débute à peu près par ces mots : « Philippe de Luxembourg, cardinal -piètre de la sainte Église Romaine, du titre des saints Pierre et Marcellin, évêque de Boulogne, de Térouanne et du Mans, à nos très -chers

(1) Renouard, Essai sur le Maine, t. I, p. 389. — Congrès scientifiques du Mans, t. I, p. 311 ; t. II, p. 167. — Archives municipales de la ville du Mans, n° 21.

(2) Fouillé du diocèse du Mans, 1772. Ms. in-fol.

218 histoire de l'église du m a

frères en Jésus-Christ et intimes amis, nos seigneurs le doyen et les chanoines de notre Eglise du Mans, félicité parfaite et fraternelle dilection (1). » Après avoir parlé de la nécessité des bonnes œuvres et invoqué l'autorité de saint Paul, d'Ezéchiel , de saint Augustin, dans son traité de la discipline ecclésiastique , et même du poète païen Servira, le pieux cardinal déclare vouloir fonder certains services religieux pour son père, Thibault de Luxembourg, autrefois évèque du Mans, enseveli dans notre église cathédrale, et pour lui-même, qui veut aussi y être enseveli, et où il a déjà fait préparer son tombeau. 11 détaille ensuite tous les services qu'il entend établir; il règle avec précision les processions et les stations qu'il veut que l'on fasse; il parle du luminaire, et spécifie les distributions manuelles qui reviendront à l'évèque et aux chanoines qui seront présents à ces services. Il donne ensuite au chapitre, pour dot de ces fondations , la métairie du Perrin , dans la paroisse de Neuvy-en-Champagne (2), et le bordage des Cannes, en Saint-Corneille, libres de tous droits. Bien que ces deux terres fussent plus que suffisantes pour doter les services exigés par Philippe, il ajouta cependant une somme de trois mille livres tournois (3), et signa cet acte dans son manoir épiscopal , au Mans, le 13 avril 1507, après Pâques (4). A la demande de Philippe, N. du Bou-

(1) S'ensuit Testât des fondations faites à l'église du Mans par trèrrévérend Père en Dieu et seigneur Philippes, cardinal de Luxembourg

japiecza évesque du Mans. Philippus de Luxemburgo dilectissimis

in Domino Jhesu fratribus atque intiniis amieis nos tris doininis decano et capitulo nostre Ecclesie Cenomanensis summam folicitatem ac fat. rnam caritatem. Memoria repelens, fratres, etc.

(2) Philippe de Luxembourg avait acheté la métairie du Penin le 1er juin 1504, pour la somme de 950 liv. Archives du chapitre du Mans, H" 19,3, fol. 5G r. Cfr. Ibidem, n<> 107.

(3) En 1507, la livre tournois valait encore 3-2 fr. 5-2 c. de noire monnaie.

(4) Archives du chapitre du Mans, n° 123, fol. 49 r. à 55 r. Cfr. M/rr. tyrologium capituli Cenomanensis, fol. 61 r. — Archives de la munieicipalité du Mans, n« 810.

chet, seigneur de Sourches, Jean Giroys, seigneur de Neuvy-en-Champagne, et Pierre Coasnon, seigneur de la Roche-Coasnon, concédèrent l'indemnité (I). La vénérable Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, accorda le même privilège par ses lettres du 6 juillet 1509 (2). Philippe lui-même gratifia aussi de l'indemnité les chapelains et clercs de son Église, pour quelques possessions qu'ils avaient dans son fief, et à la seule condition d'avoir part à leurs prières (3).

Le chapitre fit exécuter deux grandes balustrades en cuivre; l'une entourait le maître-autel, et l'autre le chœur entier. Ces deux beaux ouvrages, d'une masse considérable, furent sauvés au temps des guerres civiles du xvie siècle, mais ils disparurent dans les réparations entreprises par

(1) Archives du chapitre du Mans, n° 123, fol. 60 r. Cfr. La Coutume du Maine, part. I, art. 41 , et les commentaires de Bodreau, éd. in-fol., 1 675, p. 61 et suiv.

(2) Marguerite de Lorraine, duchesse d'Alençon, contesse du Perche et vicontesse de Beaumont et dame de Sainte-Suzenne. A tous ceulx qui ces présentes verront salut. Oye par nous la supplicacion de notre très-cher seigneur et cousin monseigneur le cardinal de Luxembourg contennant que meu de devocion pour le salut et remède de l'ame de luy, ses prédécesseurs et successeurs et à la charge de certains services divins, il a puis naguères donné et octroyé aux doyen et chappitre de l'église de monseigneur siinct Julien du Mans plusieurs beaux héritaiges à luy appartenant à titre de son acquest, Desquelz entre autres y a deux nommées de tenue et mouvans de nous au regard de notre dite seigneurie de Saincte- Suzenne. Nous suppliant avoir agréable red...., et quant a admortir et indempner ausdits doyen et chappitre iceulx deux nommées de pré luy impartir noz grâces. Savoir faisons que nous voulions favorablement traicter iceluy mondit cousin, desirons aussi le bien et augmentation desdits doyen et chappitre, et à ce que nous, nos prédécesseurs et successeurs soyons à toujours participais et associez cz prières et oraisons qui se font en ladite église, iceulz deux nommées de pré avons audit doyen et chappitre admortiz et indampnez, admortissons et indampnons, et leur avons donne congé deuirye. Sans ne que ores ne pour le temps advenir eulx ne leurs successeurs par nous ou les nostres puissent estre contraincts à les mettre ne vuyder hors de leurs mains....

Donné à Alençon le 6e jour de juillet 1509. Signé Marguerite, et le sceau. Copié sur l'original. Archives du chapitre du Mans, n° 107.

(3) Bilard, Analyse des docu??ients historiques , etc., part. II, n° 899.

220 HISTOIRE DE l' KG LISE DU MANS,

Louis de Grimaldi, en 1769. Philippe de Luxembourg avait fait élever au rite double la fête de saint Philippe et de saint Jacques; Julien de Baïf, chanoine du Mans (1500-1555), fit porter aussi à un degré supérieur la fête de l'Ascension (1). Le chanoine Jacques Bahis fit don d'ornements précieux et d'une somme d'argent pour augmenter la solennité de la Dédicace (2). Matthieu le Veau, doyen de Saint-Pierre-de-la- Conr et chanoine de Saint- Julien, fît un don à l'église cathédrale pour racheter des dîmes à Sainte- Jame- le- Robert (3). Jean du Breuil, chantre et chanoine, dont il a déjà été question, fonda (1497) la chapelle de Saint-Denis en l'église cathédrale. Le chapitre conférait ce bénéfice au dernier maître sorti de la psallette (4). Il est juste de s'arrêter un peu plus longtemps sur les pieuses libéralités de Martin Guerrande (1509). 11 était né en Anjou, licencié en droit civil et versé dans la connaissance des canons. Durant vingt-sept ans, il remplit les fonctions de secrétaire auprès de Philippe et de François de Luxembourg, et s'assura l'estime et l'affection de ces deux prélats. Il fonda très-richemeut son anniversaire en l'église cathédrale; et, réglant les distributions manuelles, il crut devoir prendre des précautions contre certains actes d'intempérance auxquels ses générosités pouvaient donner occasion. Il donna aussi à l'église Saint-Julien deux tapisseries très-précieuses : sur l'une était représentée la vie et le martyre des saints Gervais et Protais; sur l'autre on voyait les douze Apôtres, les quatre docteurs de l'Église, les quatre vertus cardinales et les douze sibylles. Se dépouillant véritablement pour l'Église, Martin Guerrande donna à Saint-Julien son

(1) Savare, Mémoires, etc., p. 178. — Martyrologium capit. Cenom.

(2) Martyrolog. capit. Cenom., fol. 84.

(3) Ibidem, fol. 109 r.

(4) Revenus 120 liv. Registres des insinuations ecclésiastiques, février et octobre 1562; janvier 1707; septembre 1722; août 1749. — Pouillé du diocèse du Mans, 1772, fol. 161 r. — Biblioth. imp. Mss. fonds latin, u<> 5211, p. 96. -Pour les fondations du diocèse, de 1508 à 1520, voir aux Archives du chapitre, registre A-2.

mobilier, qui montait à une somme de six cent quarante livres tournois. Enfin il légua ses livres } qui étaient nombreux, aux pauvres étudiants (1).

Le zèle pour orner les églises semblait universel à cette époque. On a vu déjà ce qui se pratiquait à Laval. Les moines de Saint-Vincent firent exécuter des travaux considérables dans leur magnifique basilique, et Philippe de Luxembourg voulut y contribuer. Les chanoines de Saint- Pierre-de-la-Cour ayant fait fabriquer une châsse tres-précieusepour les reliques de sainte Scholastique, Philippe en accomplit la translation avec une grande solennité. Il n'y avait encore que des bancs dans les églises du Maine, pour le clergé aussi bien que pour les fidèles; le plus grand nombre même se tenaient debout, quelle que fût la longueur des offices. Les chanoines de Saint-Julien furent les premiers à orner leur chœur de stalles, et peu de

(1) Hic. Martinus (GuerranDe) donavit et eidem nostrae ecclesia? quam- (làm speciosam et pretiosam tapiceriam, ad ornatum chori, in qua pulchre depingitur vita et historia beatorum martyrum Gervasii et Prothasii, in quorum mernoriam dudum haec pra?sens nostra ecclesia primitus exstitit fundata. Quae tapiceria in cathedris chori, a tergo canonicorum , in illis sedentium, cerlis anni solemnitatibus, explicabitur, extendetur et ostendetur. Addidit et aliara minorern tapiceriam, in qua XII. Apostoli, quatuor Ecclesiœ doctores, quatuor virlutes cardinales, cum XII. Sibyllis, magnifiée depinguntur : quae desuper, et in cristis dictarum cathedra" rum, et ad operimentum earum, pariformiter explicabitnr.

Màrtyrologium capituli Cenomanensis, fol. 180 r.

Voici l'inscription qui se lit sur la tapisserie des saints Gervais et Prôtais.

axxo domini millesimo quingentesimo nono , magister martinus guerrande, presb1ter , natione ândegavus , cenomanen. ecclesie canonicus, Revehrendissimorumque Patrum, de illustri prosapia

NATORUM, DOMINORUM PHILIPPI CaRDINALIS DE LUCEMBURGO , HUPEB ,

necnon francisci de lucemburgo, e.ius nepotis, moderni, episcoporum cenomanen . secretarius, donavit eid. ecclesie cenomanensi hanc tapiceriam , pro ornatu chori , ad laudem dei , beatorumq. martyrum Gervasii atque Prothasi, ac tocius Cirie Celestis. Eidkm Donatori parcat Dets. Amen.

222 HISTOtâE DE l. ÉGLISE D\ M

temps après (4507), ceux de Sairit-Pierre-de-la-Cour les imitèrent. Ces premières années du xvie siècle virent une innovation beaucoup plus considérable dans le service divin, et dont l'appréciation sera diverse; on ne connaissait encore que le plain-chant et la musique de l'orgue dans nos églises; la musique des voix et celle des instruments fut introduite dans l'église cathédrale d'abord, et peu après dans celle de Saint- Pierre- de- la-Cour, et elle se répandit promptement dans le reste du diocèse (1). Dans son goût pour les arts, Philippe encourageait ce mouvement. Il contribua (1498) à la construction de l'église de Chimay (2); dans un vitrail de la belle église abbatiale de Jumièges, on voyait le portrait de notre cardinal à coté de saint Benoît (3). Ses armes subsistent encore sur le vitrail de la Madeleine, dans l'église de Sablé. En 1495, il accorda des indulgences pour hâter la réparation des églises de Vouvray - sur - Loir (4), de Saint- Pater (5), de Sainte- Suzanne, et même de la chapelle de la Madeleine de ce dernier lieu (6). Le cardinal d'Amboise, légat du Siège Apostolique, renouvela, en 1504, cette dernière concession (7). La piété des deux frères Jacques et Pierre de Courtkardy leur suggéra le dessein de fondations importantes. Jacques, qui fut scholastique de l'Église du Mans, puis archidiacre de Montfort, accomplit le pèlerinage de Saint- Jacques de Compostelle , fit reconstruire en partie le prieuré de Saint-Hippolyte de Yivoin, dont il était titulaire, et restaura l'église de ce monastère. En 1635, dom François Marpeau, religieux du même prieuré, décora de nouveau cette église, qui est l'un des plus beaux monuments

(1) Savare, ibidem, p. 176.

(2) Acta Sanclnrum, ad diem Ujulii; dû sancta Monegunde, n° 17.

(3) Bulletin des comités historiques, sept, et oct. 1831, p. 25!.

(4) De Pétigny, Histoire archéologique du Yendomois , p. 336. — Bilard, op. cit., part. I, n° 1058.

(5) Bilard, ibid., n<> 1040.

(6) Mémorial de la Mayenne, t. I. p. 154.

(7) Mémorial de la Mayenne, t. 1, p. 154.

religieux de notre province. Notre archidiacre fit encore construire la maison canoniale dite des Morets, et son tombeau se voyait dans l'église de Vivoin (J). On peut dire que Pierre de Courthardy, premier président au parlement de Paris, seigneur de Chemiré-Je-Gaudin, de Brûlon et de Belle- Fille, remplit le Maine de monuments, témoignages de son goût pour les arts, et souvent de sa piété. Il accomplit le pèlerinage de Notre- Dame-de-Lorette, et y offrit un présent magnifique au nom du roi de France. A son retour il fit construire dans le couvent des dominicains, au Mans, une chapelle sur les mêmes proportions que la Sainte- Maison, et il voulut que son cœur y fût déposé après sa mort. Le monastère des frères prêcheurs eut les plus grandes obligations à ce pieux magistrat : il répara les bâtiments et augmenta l'église; le plafond de cet édifice était semé partout des armes de cette famille puissante (2), qui s'est fondue dans celle des Taron, plus célèbre encore (3).

Mais aucun de ces monuments n'égalait en importance et en beauté ceux dont s'enrichit à cette époque l'église du prieuré de Solesmes. En 1495, Guillaume Cheminart, qui avait rempli avec beaucoup de zèle la charge de prieur, se démit de la prélature. Il s'était occupé à décorer l'église du prieuré; mais son successeur, Philippe Moreau de Saint- Hilaire, accomplit de plus grandes choses encore (4). Il fit

(1) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 331, p. 218. — L'abbé Rcnaudeau, Notice sur Vivoin, Ms. in-4°, p 210. — Le Corvaisicr, p. 759. — LcPaige, t. II, p. 589.

(2) De sable, à deux épées d'argent posées en sautoir, les pointes en bas.

(3) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 351, p. 218. — Le Corvaisier, p. 756. — D. Liron, Singularités historiques. — Le Paige, t. 1, p. 197, et passim. — D. Colomb, p. 309. — Sur les registres de la confrérie de Saint-Jean-Baptiste, au Mans, on trouve, en 1499 : Guillaume de Courthardy, prêlre; et en 1500 : Jean de Courthardy, prêtre. L'abbé Belin, Mélanges historiques, Ms., p. 95 et 9(5.

(4) Mss. de la bibliothèque du Mans, nos 91 j 241.-— Bibliothèque imper. Mss., fonds Saint-Germain, latin, n° 583.

±21 HISTOIRE DE L'ÉGtJSE DO If AN».

exécuter en sculpture la sépulture du Christ, avec les accessoires propres à donner à cotte grande scène toute la majesté dont elle est digne. Les cathédrales du Mans et de Moulins, les églises abbatiales de Fécamp, de Jumièges et de Saint- Mihiel, et les églises paroissiales de Marolles-les-Braulx, de la Chapelle- Rainsoin, de Saint-Nicolas et de Saint-Pantaléon, àTroyes,de Saint-Jean-Baptiste dcChaumont,de Montargis et un grand nombre d'autres possèdent des monuments analogues à celui que fit élever Philippe Moreau de Saint- Hilaire; mais ils restent tous à une grande distance audessous de celui de Solesmes, qui leur est supérieur par tout l'ensemble, et surtout par l'admirable statue de la Madeleine. Conformément à un usage de l'époque , les moines firent représenter l'un de leurs bienfaiteurs parmi les principaux personnages de la scène de la mise au tombeau : c'est Jean, duc de Nemours, bâtard d'Armagnac, et qui était en possession de la seigneurie de Sablé en 1 496 ( 1 ) . Placé en face de Joseph d'Arimnthie, il porte un des côtés du linceul sur lequel est étendu le Christ; il est vêtu du costume du temps de Louis XI , et décoré du collier de quelque ordre de chevalerie. Deux femmes placées à sa droite et offrant des parfums, semblent aussi être des portraits.

Philippe Moreau de Saint-Hilaire mourut en I50&, et fut remplacé dans sa dignité par Jean Bougler, dont le nom rappelle les jours les plus florissants du prieuré de Solesmes. Né au Mans, élevé de bonne heure en l'abbaye de la Couture, docteur de l'université de Paris; puis prieur successivement de Conlie , de Prez-en-Pail et de Tengannes auprès de Sainte- Suzanne, Jean Bougler fut pourvu , par l'abbé de la Couture, du prieuré de Solesmes. Le nouveau prélat s'appliqua à fortifier l'observance de son monastère, employant comme moyen efficace de maintenir la régularité, le grand secours des études monastiques. Il fit rebâtir le cloitre, la sacristie et l'aumônerie, et disposa une salle

(1) Pièces justificatives, n° XIV.

Philippe m Luxembourg ; 225

commode pour la bibliothèque, qu'il eut soin de pourvoir de bons livres. Il y faisait lui-même des cours d'Écriture sainte, de Théologie, de la science des Pères et des Conciles. Prédicateur distingué, Jean Bougler fit admirer son éloquence au Mans et à Solesmes. 11 eut aussi plusieurs fois l'occasion de signaler sa fermeté en défendant les droits de son monastère. Un jour, passant sur le pont de Sablé, il rencontra le seigneur de cette vilie, contre lequel il avait plus d'une fois été contraint de soutenir les privilèges de son prieuré. Sa vue ayant réveillé dans le puissant châtelain les sentiments qu'une ferme opposition lui avait inspirés : « Moine, dit-il à Jean Bougler, si je ne craignais Dieu, je te jeterais dans la Sarthe. » — « Seigneur, répondit le prieur de Solesmes, si vous craignez Dieu, je n'ai rien à craindre. » Cette réponse calme apaisa l'émotion du seigneur (1).

Jaloux de marcher sur les traces de ses prédécesseurs immédiats, Jean Bougler entreprit d'ajouter à l'église de son monastère d'importants embellissements. Son œuvre capitale est le somptueux monument à la Mère de Dieu que l'on admire depuis trois siècles dans la chapelle de gauche de cette église. On ignore, il est vrai, les noms des artistes qui ont exécuté ces groupes vraiment admirables; mais il est certain que l'ensemble fut conçu par le prieur de Solesmes; qu'il donna tous les plans et dirigea les travaux. « Élevé dans l'université de Paris à une époque où les traditions mystiques y florissaient encore, il traça, dans le génie des Chlictoùe, des Whimpheling et des Cochlée, derniers échos de la théologie du moyen âge , un vaste plan de sculpture historique et dogmatique qui comprend la mort, la sépulture, l'assomption et la glorification de Marie, le tout accompagné d'inscriptions destinées, plutôt dans le goût du xve siècle que du xvf, à compléter l'idée que le ciseau des artistes aurait ébauchée (2). » Un groupe détaché

(1) Bibliothèque impériale. Saint-Germain, latin, n° 583.

(2) Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 105, 108 etsuiv. — Selon une tradition recueillie par Gilles Négrier de la Crochardière, D.Jean

de l'ensemble représente Jésus retrouvé par Marie et Joseph au milieu des docteurs dans le temple de Jérusalem. Dans ce magnifique monument, sans égal en France, et conservé comme par miracle à travers (outes nos commotions politiques, on retrouve plusieurs portraits; les plus intéressants pour nous sont ceux de D. Jean Bougler lui-même et de D. Michel Bureau, dont nous parlerons tout à L'heure;

Après avoir si splendidement décoré la chapelle de gauche de son église, Jean Bougler commençait déjà des travaux destinés à compléter les ornements de celle de droite, lorsque la mort vint l'arrêter dans son œuvre. Déjà la renaissance de la seconde période avait commencé d'étaler son luxe, un peu païen , près du tombeau du Christ et dans le voisinage de cette Madeleine d'une naïveté si chrétienne, qui en est le principal accessoire. Une suite de scènes empruntées sans doute à la vie du Sauveur, allait remplir cette étroite enceinte, si Dieu n'eût appelé à lui notre prieur en 1553. On dit qu'il avait dépensé jusqu'àla somme décent cinquante mille livres, ou un million environ de notre monnaie. La tradition ajoute qu'il fut généreusement aidé par les seigneurs de Sablé, Claude de Lorraine, ducd'Aumale, et le magnanime François de Lorraine, duc de Guise.

A une époque où les arts recevaient de si puissants encouragements dans le Maine, il n'est pas surprenant d'y voir paraître des artistes du premier mérite, comme Germain Pilon (1), Symon du Mans, l'un des plus grands peintres de ce temps-là (2), et Robert Courtois avec toute sa

Bougler aurait lui-même manié le ciseau et activement travaillé à l'exécution du monument de Solesmes. Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 351. La tradition invoquée par ce compilateur ne nous paraît pas plus fondée que celle qui attribue à Germain Pilon une partie des statues de Solesmes. Toutefois nous pensons que les Saints de Solesmes ont été exécutés par des artistes du pays, libres des influences de la cour et de la capitale.

(1) F. de Guilhermy, Musée de sculpture du Louvre.

(2) De Pointel, peintres provinciaux, t, I, p. 276.

famille, qui peuplèrent nos églises de leurs brillantes verreries (I).

Le goût des arts ne marchait pas seul; les lettres étaient cultivées avec zèle et succès. La maison de Laval, si magnifique dans les l'êtes (2), aimait les savants et les livres (3). Guy XIV, chef de cette illustre famille, unissait à ces nobles penchants une piété véritable qui se manifesta par les fondations que nous avons mentionnées, et par d'autres encore, en particulier en faveur de l'abbaye d'Évron (4).

Les vieux cloîtres se montraient dignes de la protection que les âmes chrétiennes leur accordaient. L'abbaye de la Couture était gouvernée par Jean de Tucé, ainsi que nous l'avons raconté ; ce prélat fut remplacé en 1 486 par Matthieu de la Motte, prieur de Solesmes. Cet abbé rendit d'importants services à son monastère, et ajouta aux ornements de l'église abbatiale; mais ayant éprouvé quelques contradictions, il résigna en faveur de Guillaume Herbelin (1492), son vicaire. Ce prélat n'est connu que par son administration paisible et par sa grande piété (1192-1496). Il fut remplacé par Michel Bureau, l'un des plus célèbres abbés de la Couture, et l'Un des hommes les plus remarquables de l'Église du Mans dans le xvr siècle.

Né à Champgeneteux, Michel Bureau entra de bonne heure en l'abbaye de la Couture (1480) ; il fut reçu docteur à Paris, professa l'Écriture sainte en son monastère, dont il devint ensuite prieur claustral, et fut enfin élu abbé le 9 juin 1496. Sa prise de possession ne s'accomplit pas sans difficultés. A la nouvelle de la mort de Guillaume Herbelin, Alexandre YI conféra l'abbaye à Jean de Villiers, cardinal

(1) Léopold Charles, La Fer té-Bernard. — De la Borde , dans le Bulletin du comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 1853, p. 86.

(2) Collection universelle des mémoires sur l'Histoire de France, t. XVI, p. 9 et 328.

(3) P. Paris, Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, t. II, p. 241, 331} t. III, p. 9 et 05.

(4) Gérault, Notice sur Evron, p. 4.

228 in- H'iKK DE LÉGLtSE Dl .MANS.

de Sainte-Sabine, évoque de Lombez et abbé do Saint- Denis ; mais Michel Bureau lit valoir les droits de l'élection, et le Pape y accéda En 1.505 il lit faire une nouvelle châsse pour les reliques de saint Bertrand, dont la translation s'accomplit plus tard (1512) avec une grande solennité : Philippe de Luxembourg y présidait, et Michel Bureau, Jean Durand, abbé de Saint- Vincent, Geoffroy Suet, abbé de Beaulieu,et Jean Aubinière, abbé de l*Épau,y assistaient. Deux ibis durant sa prélature, Michel Bureau vit la ville du Mans dévastée par la contagion et la lamine, et il pourvut avec autant de sagesse que de charité à la conservation de ses religieux et au maintien de l'observance. Par ses soins la régularité la plus exemplaire fut maintenue dans l'abbaye de la Couture et dans les prieurés qui en dépendaient . On en trouve une preuve remarquable dans un règlement promulgué par ce grand prélat, et dans divers écrits qu'il a laissés et qui ont pour but d'éclairer les religieux sur les devoirs de leur état. Michel Bureau écrivit aussi un traité De libertate ecclesiastica , un travail sur les Évangiles, et enfin un livre qui avait pour objet des questions de casuistique et était intitulé : De generibus ciborum, ou De esu carnium. Gilles d'Auzonville l'ut chargé par lui de dresser l'état des revenus de l'abbaye, dont il défendit toujours avec autant d'habileté que de courage les droits et les prérogatives. Ce zèle pour la justice lui attira quelques difficultés avec le cardinal Philippe de Luxembourg, quoiqu'ils fussent liés ensemble par l'estime la plus sincère. On dit même que, dans une entrevue entre ces deux prélats, l'abbé s'échappa jusqti adiré assez impertinemment : « Bureau est aussi tin qii'écmiate; » et il le prouva en gagnant sa cause. « En quoy, dit La Croix du Maine, l'on voit l'équivoque de son nom de Bureau pour blanchet et drap non teint, avec une allusion sur l'habit de cardinal, qui est d'escarlate, estimée la plus riche couleur ou teinture en draps de laine (1). » Cette pointe, qui devint une sorte de proverbe

(1) La Croix du Maine, Bibliothèque française.

dans le Maine, n'altéra pas l'amitié qui existait entre le cardinal et l'abbé de la Couture; Philippe de Luxembourg, qui était lui-même très-vif dans les conversations, donna de sincères regrets à la mort de Michel Bureau.

Cette mort eut lieu dans une circonstance qui la rendit plus amère encore. On était arrivé au 6 juin 1518, fête de saint Bertrand, jour où tous les prieurs et officiers des divers monastères de la dépendance de la Couture étaient réunis à l'abbaye, suivant l'usage, en un chapitre général. Ce fut au milieu des regrets et de la désolation de cette nombreuse famille que Michel Bureau rendit son âme à Dieu. Les témoins de cette triste scène en ont laissé un récit lamentable, et plusieurs amis de cet illustre abbé l'ont pleuré dans des compositions poétiques.

Michel Bureau avait été, on ne sait à quelle date, élevé à la dignité épiscopale par le Pape, avec le titre d'évêque d'Hiérapolis in partibus. Il avait fait plusieurs fondations dans l'université de Paris et en faveur des docteurs de Sorbonne. Ses funérailles eurent lieu au milieu d'un concours immense de clergé et de peuple. Geoffroy Suet, abbé de Beaulieu, y officia, en présence du cardinal Philippe de Luxembourg (I).

Il s'agissait maintenant de donner un successeur à l'illustre défunt, et des difficultés redoutables s'opposaient à ce que les moines pussent librement se choisir un chef. Il y avait deux ans que le concordat avait été conclu à Bologne entre Léon X et François Ier. Une des clauses de ce pacte portait que la commende ne serait point étendue aux monastères du royaume dans lesquels elle n'avait pas encore été introduite. On aurait pu appliquer favorablement cet article à l'abbaye de la Couture, puisque ce monastère n'avait eu qu'un seul commendataire, et que les quatre

(1) Mss. de la bibliothèque du Mans, n«" 91, 27, 115, 220, 238 et 241 » fol. 48 v. — La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, — Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 42 et suiv. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t, I, u. 248 et suiv. ; t, IV, p. 397.— Mss. de Gaignières, n° 199.

derniers abbés avaient été réguliers. La cour, qui ne devait plus s'arrêter dans son système de spoliation, ne l'entendit pas de la sorte, et à peine la mort de Michel Bureau lutelle connue, que François I" nomma pour lui succéder JeanColluaut,évèque de Senlis.

Cependant, les moines de la Couture tentèrent un dernier effort pour sauver L'existence de leur abbaye, et ils élurent pour abbé Jean Dougler, prieur de Solesmes. Celui-ci eut le courage d'accepter le périlleux honneur d'assumer la défense de la liberté monastique ; mais dans une lutte aussi inégale, il devait succomber. Après diverses tribulations, qu'il supporta avec pa tience, et qui allèrent même jusqu'à l'emprisonnement, il rentra dans son prieuré de Solesmes, qu'il devait gouverner durant près de quarante ans encore, entièrement occupé du soin de sanctifier les âmes qui lui étaient conliées et de la culture des arts.

Opprimés par la cupidité des puissances, les monastères continuaient à exciter l'intérêt des personnages les plus pieux. Guy, seigneur de Laval, fit une fondation en faveur del'abbaye d'Évron. Guy deBeaumanoir, baron deLavardin, seigneur d'Assé-le-Riboul, qui mourut le 15 juin 4486, encouragea la piété des religieux de Champagne par les dons qu'il leur fit, et voulut être enseveli dans ce sanctuaire avec ses ancêtres (1). Jean de Ronsard, d'une famille alliée à la maison royale de France, était abbé régulier de Saint-Calais, et tenait en commende le prieuré de Tuffé. Par ses soins, il releva son monastère qui avait beaucoup souffert des guerres précédentes; il procura de grands avantages à la ville de Saint-Calais, et se fit estimer de toute la province par ses lumières et ses vertus, en sorte que le clergé l'élut pour son représentant aux états-généraux ternis à Tours en 1465; mais lorsqu'il mourut, Je 25 août 1515, la liberté et la prospérité de son abbaye furent ensevelies avec lui dans la tombe, et l'ère funeste

(1) Cartulaire del'abbaye de Champagne, Ms. deGaignières. — D. Montfaucon, Monuments de la monarchie, t. IV, plan. 7f n° 3.

de la commende s'ouvrit (i). Quoique l'abbaye de Bellebranche fût gouvernée par un prélat d'un haut mérite, et considéré comme l'un des premiers personnages de son ordre, elle ne put non plus éviter ce fléau (2). Nous verrons bientôt quelle heureuse exception fut faite en faveur de l'abbaye de Saint-Vincent. En attendant, notre diocèse donna encore à l'ordre monastique un homme qui lui fit beaucoup d'honneur en la personne de Jean de Mathefélon. Quatre-vingt-quatre religieux de l'abbaye de Saint- Florent-le-Vieil l'élurent pour leur abbé en d504, et il con~ duisit cet illustre monastère jusqu'à sa mort, en 1518, avec les talents d'un homme supérieur. Il possédait depuis 1-482 le prieuré de Cossé-le-Vivien (3).

Le clergé séculier de notre diocèse comptait aussi des hommes de mérite, et nous en avons signalé plusieurs ; il nous en resterait encore beaucoup d'autres à faire connaître ; mais nous ne pouvons nous dispenser de parler de Jean et de François de Bourbon-Vendôme, qui ont occupé successivement la cure de Lunay. Durant sa captivité en Angleterre, Louis de Bourbon, comte de Vendôme, eut de Sibylle Bostum un fils nommé Jean, qui devint seigneur de Préaux, Vaussel et Bonneval, et qui fut légitimé par lettres du roi de 1449 et 1469. Ce seigneur eut de Gillette Perdriel, sa seconde femme, Jean de Vendôme, qui fut curé de Lunay et conseiller au parlement, et François de Vendôme, curé de Lunay, après la mort de son frère, chanoine et prévôt de la collégiale de Saint-Georges à Vendôme, mort en 1540 (4). Malgré leur illustre naissance, il paraît que ces deux curés ne dédaignaient pas de résider

(1) D. Alexandre Duval, Mss. de la Bibliothèque impériale , résidu Saint-Germain. — Procès-verbaux des états- généraux tenus h Tours en 1465. — Gallia christiana,l. XIV, col. 451.

(2) D. Félibien, Histoire de Paris, t. III, p. 168, 180.

(3) D. Huynes, cité par Maichegay, Archives d'Anjou, t. II, p. 141, 151, et passim. — Roger, Histoire de V Anjou, p. 80.

(4) Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison royale de France, t. I, p. 39.3.

2'ï2 HISTOIRE DE L ÉGLISE DU MANS.

dans leur modeste bénéfice de campagne. Us firent reconstruire une partie de l'église paroissiale ; le dernier lit bâtir le beau portail de cette église; on y voyait ses armes remplacées aujourd'hui par une rosace (i).

En 1492 mourut le saint prêtre Jean Laurent, docteur en théologie, chanoine de L'Église du Mans. Ses vertus et son insigne piété l'avaient rendu l'objet de la vénération de tout le diocèse. Philippe de Luxembourg voulut célébrer lui-même ses funérailles ; il fut enseveli d'abord près de la porte du chœur en l'église cathédrale; mais après la mort de notre prélat, on fut obligé de transporter les restes de ce vertueux prêtre dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, Philippe ayant choisi sa sépulture à côté de son père. Témoins des éminentes vertus de notre chanoine, les populations vinrent prier sur son tombeau aussitôt après son trépas; et ce concours encouragé par de fréquents miracles, ne cessa qu'en la funeste année 1562. Les huguenots, maîtres un moment du Mans, renversèrent le tombeau du pieux chanoine, et brûlèrent ses restes vénérables (2).

La même année 1-492, Philippe de Luxembourg rendit encore les honneurs funèbres à un prince, qui jouit longtemps d'une puissante influence sur le diocèse du Mans. C'était René de Valois, duc d'Alençon, comte du Perche, vicomte de Beau mont et de Domfront , seigneur de La Flèche, de Château-Gontier, de Fresnay, de Saint-Rem ydu-Plain, du Perray, de Sainte-Suzanne et de plusieurs autres terres situées en notre diocèse. Durant les dernières années de sa vie, René de Valois n'eut point de désir plus constant que de seconder les vues de la vénérable Marguerite de Lorraine, sa femme. Celte illustre et sainte princesse, dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, eut avec le diocèse du Mans des rapports si intimes, que nous devons nous y arrêter un moment. Elle jouissait de la seigneurie de Mayenne de son propre chef, et secondait son

(1) L'abbé Simon, Histoire de Vendôme. — J. de Pctigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 329.

(2) Le Corvaisier, p. 750. — D. Bondonnet, p. 645.

mari dans l'administration de ses états. Elle profita de son influence pour lui inspirer beaucoup de fondations pieuse?, entre autres du tiers-ordre (1 184) et des cordeliers de La Flèche (1488).

Le duc René, son mari, étant tombé malade, elle appela Philippe de Luxembourg et Gilles de Laval, qui occupait le siège de Séez, après avoir été doyen du Mans; ils assistèrent le prince à son lit de mort, et lui rendirent les honneurs funèbres. Devenue veuve à trente ans, Marguerite de Lorraine prit en main l'administration des domaines de ses fils ; elle fit réformer la justice, répandit d'abondantes aumônes sur toutes ses terres, fit donner l'instruction à tous les enfants, et en fit élever un grand nombre pour la vie religieuse. Elle se lia de plus en plus avec sainte Jeanne deValois, saint François de Paule, Philippe de Luxembourg, Gilles de Laval, évêque de Séez, et son successeur Jacques de Silly, les cardinaux Jean Le Veneur, évêque deLisieux, et René de Prie, évêque de Bayeux, D. de Sainte-Marie, abbé de Perseigne (1), qui fut nommé par Alexandre VI (41 mars 1496) visiteur des clarisses que Marguerite avait établies à Alençon; enfin avec Jean Le Maignen, son aumônier et son confesseur, curé d'Alençon et l'un des docteurs les plus éminents sortis du diocèse du Mans à cette époque. Elle eut néanmoins un procès avec Philippe de Luxembourg, qui prétendait jouir de la seigneurie de Nogent-le-Rotrou, ne relevant que de la couronne et sans aucun hommage envers le duc d'Alençon. Par deux sentences, l'une de la chambre du Trésor (4506), l'autre du parlement (1512), Marguerite obtint gain de cause. Par l'amitié qu'elle forma avec Anne de Bretagne, et le respect qu'elle imposa à tout le monde, la duchesse d'Alençon contribua puissamment à réformer la cour de France; elle introduisit les religieuses élisabéthines à l'hôpital de Saint- Joseph de Château-Gontier, qui lui dut de grandes amélio-

(1) Le nom de cet abbé ne se. trouve pas sur les listes des abbés de Perseigne, ni dans le Gallia christiana, ni dans la Géographie du Maine ; mais les documenta qui nous le fournissent sont incontestables.

rations. Lorsque Philippe de Luxembourg entreprit d'introduire la réforme de Chezal-Benoit en l'abbaye de Saint- Martin de Séez, elle le seconda de tout son pouvoir; elle eut aussi une part considérable dans la réforme que Botoe évêque établit en l'abbaye d'Almenèches. Plus ses années augmentaient, plus les exemples admirables de sa piété prenaient d'empire. S'étant retirée dans L'Hôtel-Dieu de Mortagne, où elle avait fondé une communauté de religieuses sous la règle de saint François, elle s'y lia d'une étroite amitié avec Jeanne Geslin, de Laval, qui avait été longtemps dame d'honneur de la comtesse de Laval, et qui était aussi une âme d'élite, digne de la familiarité de notre sainte princesse. En 1516, Marguerite de Lorraine entreprit de se consacrer entièrement à Dieu sous l'habit de sainte Glaire, et dans un monastère à Argentan; elle éprouva de grandes difficultés, qu'elle ne parvint à vaincre que par le concours puissant de Jean Glapion, né à la Ferté- Bernard, et l'homme le plus remarquable de l'ordre de saint François à cette époque en France. Marguerite de Lorraine se rendait à Laval pour y établir les observances du monastère d'Argentan dans celui de Patience, lorsqu'elle fut atteinte de sa dernière maladie, et mourut le 2 novembre 1521. Les nombreux miracles qui éclatèrent à son tombeau, et la renommée de ses héroïques vertus firent commencer Je procès de sa canonisation sous Urbain VIII; malheureusement les troubles qui survinrent en France au temps de la minorité de Louis XIV, firent interrompre cette cause. Cette princesse, à laquelle le diocèse du Mans eut tant d'obligations, était l'aïeule du roi Henri IV. Sa fille, Françoise d'Alençon, épousa Charles de Bourbon, duc de Vendôme, et obtint au mois de septembre 15i3 l'érection des baronies de Saonnois, Beaumont-le- Vicomte, Chàteau-Gontier, et La Flèche en duché non pairie, sous la dénomination de Beaumont (I).

tl) Le Corvaisier, p. 730. — D. Bondonnet, p. 649. — OdoUal-Desnos, Mémoires sur Alençon, t. II, p. 205 et suiv. — Laurent, Histoire de Marguerite de Lorraine^ duchesse d* Alençon,

Tandis que Marguerite de Lorraine répandait ses bienfaits sur une partie notable du diocèse du Mans, une autre aïeule de la famille des Bourbons, Marie de Luxembourg, duchesse de Vendôme, faisait bénir son nom dans les états de son mari. De 1487 à 1546 qu'elle habita nos contrées, les maisons religieuses n'eurent point de protectrice plus zélée et plus désintéressée, les pauvres d'amie plus inépuisable en secours, et Philippe de Luxembourg de coopératrice pour les bonnes œuvres plus infatigable que cette illustre princesse. François de Bourbon, son mari, qui, suivant la poétique expression d'André de la Vigne, était « l'escarboucle des princes de son temps en beauté, bonté, humanité, sagesse, douceur et bénignité, » secondait généreusement toutes les pieuses vues de son épouse. Après la mort de son mari, quoique jeune et belle encore, Marie de Luxembourg se voua à une chaste viduité ; elle prit le gouvernement des vastes domaines de sa maison pendant la minorité de son fils, et les régit avec une sagesse qui a laissé de longs souvenirs^lans le pays témoin de ses vertus. On ne peuténumérer sansétonnement tous les grands travaux entrepris dans le Vendomois sous son administration (1). Le portail de l'église paroissiale de Saint-Calaisfut bâti en partie paivles générosités de Marie de Luxembourg et de son cousin le cardinal évêque du Mans. Les noms de Marguerite de Lorraine et de Marie de Luxembourg ne doivent être prononcés par les habitants du diocèse du Mans qu'avec respect et reconnaissance ; car on ne saurait compter tous les bienfaits qu'elles répandirent sur notre territoire durant plus de cinquante ans.

L'année même où Philippe de Luxembourg rendit les derniers devoirs à René d'Alençon (1492), Jean Esquevart, évêque de Sisteron, dont il a été précédemment parlé, mourut au Mans. Il fut enseveli dans l'église paroissiale de la Couture; et, par une exception assez singulière, on ne

(1) Simon, Histoire deVendôme. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 333, et passim. — Archives curieuses de l'histoire de France, \TC sér., I. I, p. 168, VI 9 cl suiv.

lui érigea jamais aucun monument (1). En même temps, notre prélat, sur les instances de Louis de Crevant, ce digne abbé qui soutenait avec une si noble énergie la dignité «le l'ordre monastique, se rendit à l'abbaye de Vendôme, et y accomplit la translation solennelle des reliques de saint Eutrope. II se rendit ensuite au prieuré de Villedieu, et donna des encouragements aux religieux qui, malgré les embarras que leur suscitait L'ambition des prélats qui tentaient de s'emparer de leur abbaye, relevaient l'église paroissiale et leur église conventuelle. Dans cette dernière se trouvait une statue de la Vierge, regardée comme un chefd'œuvre, et à laquelle les paysans de la contrée attachaient tant de prix, que, lorsque les religieux de la congrégation de Saint-Maur voulurent la transporter dans l'abbaye de Vendôme, il y eut émeute, le sang coula, et la statue resta à Villedieu. Quant à l'édifice lui-même, on n'en voit plus aujourd'hui que des débris, qui inspirent encore l'admiration par la hardiesse et l'élégance qu'ils attestent. Au reste, ce ne furent pas là les seules marques d'affection que Philippe de Luxembourg donna à l'abbaye de Vendôme (2).

Dans le synode diocésain célébré cette année (U92), selon la coutume invariable, on promulgua des décrets remarquables à plus d'un titre. Les plus caractéristiques sont ceux qui déterminent les meubles et ustensiles dont devait être pourvue toute maison presbytérale du diocèse du Mans. Ils sont une preuve authentique que la simplicité et la frugalité faisaient encore l'ornement de notre clergé (3). Ces assemblées se tenaient deux fois chaque année, à la Pentecôte et à la Toussaint. De même les archidiacres fai-

(1) Le Corvaisicr, p. 751. — Gallia christiana, t. I.

(2) Gallia christiana, t. VIII, col. 1377. — L'abbé Simon, Histoire de Vendôme, l. IL p. 336 ; t. III, p. 229. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 330. — Notice sur saint Eutrope et son tombeau. La Rochelle, 1845, |> 29.

(3) Pièces justificatives, n° XXII.

saient régulièrement la visite des paroisses de leur ressort deux fois par an, au printemps et à l'automne, et à chacune ils recevaient une rétribution assez forte. Ainsi l'archidiacre de Chàteau-du-Loir, dans ses visites à Sougé- sur- Loir, reçoit sept sous six deniers au mois d'avril, et quinze sous au mois d'octobre ( I ) .

Enfin cette même année 1492, Philippe de Luxembourg célébra solennellement (15 avril) les funérailles de son père et prédécesseur Thibault de Luxembourg, mort il y avait quinze ans. Sa dépouille mortelle, apportée d'Italie, avait été déposée dans l'abbaye de Saint-Vincent (2) ; elle fut ensevelie dans l'église cathédrale.

A la mort de Jacques Ier de Luxembourg, son frère aine, seigneur de Fiennes et chevalier de la Toison d'or, Philippe de Luxembourg l'ensevelit aussi dans notre église cathédrale, et lui éleva un monument digne de sa magnificence et de son goût pour les arts (3).

L'année suivante 1493 vit la mort de Pierre de Laval, archevêque de Reims (4). En même temps le goût des représentations scéniques qui s'était manifesté de bonne heure dans le Maine, ainsi que nous l'avons rapporté, ne perdait rien dans l'esprit des populations. On en peut juger par les données que fournit la chronique rimée de Guillaume Le Doyen pour la ville de Laval et le pays voisin (5). Nous allons le citer dans son naïf et souvent incorrect langage. En l'année 1493, Guillaume Le Doyen lui-même composa

(1) Registres des comptes de la fabrique de Saint-Martin de Sougc-sur- Loir, années 1499-1494. —Bibliothèque impériale, collection Dangeau, t. I, p. 220 r.

(2) Bilard, Analyse des documents historiques, etc. part. I, n° 917.

(3) Mss. de Gaignières, n° 170, fol. 279. — Etoc-Demazy, Essai sur les sépultures de la ville du Mans, p. 43.

(4) D. Marlot, Histoire de la ville, cité et université de Reims, t. IV. p. 227,251.

(5) Les annales et chroniques du pays dé Laval viennent d'être publiées, accompagnées de notes fort utiles par M. La Beauluère (1859).

et fit représenter la Moralité du bon et du mauvais Larron.

Celluy an, à la Penthecouste,

Je fis jouer, quoy qu'il ine couste,

Le papier du Bon Pèlerin

Et Maulvais, qui esloit aiïîn

D'esmouvoir tous ceulx de la ville,

Qui, entreprinse très-utile

Avoient faict du très-beau mystère

De Barbe; (mais fut vitupère

Par compagnons entrepreneurs

Qui se voulurent faire outrageurs;

Tellement que tout à nyent

Demoura). Mais incontinent,

Entreprins cedit Pèlerin,

Que je mys moy-même à fin

Et enjoué le personnaige

Devant Sainct-Vénérand, ce croi-je.

Revenant à leur premier dessein, Jes habitants de Laval représentèrent le Mystère de sainte Barbe , au hameau de Botz, aux portes de la ville.

Et ce voyant, ceux de la ville, Que tout le monde les avilie, - Et que mutiner se voulurent, Après brief temps, tous s'apparurent, Au moins le plus devant monsieur (1), Qui leur commanda par honneur Reprendre ce beau mystère, Et leur bailla pour commissaire Troys ou quatre bourgeoys moult saiges, Pour départir les personnaiges A gens qui sauraient bien jouer, Afin d'en être mieux louez.

Ce qui fut fait en grand honneur, Sans y acquérir déshonneur; Nul n'étoit abillié de toille:

Monsieur en fit caner la vayle.

Cent joueurs abilliez do soye, Et de velours à pleine voye$ Au moins les compagnons d'enfer; Si estoit le grand Lucifer;

() Le comte de Laval, Guy XV.

Puis y avoit une voilée,

Qui fust soudainement trouvée,

Laquelle décora le jeu ;

Plusieurs personnaiges du lieu

Y voloienl d'ung bout juc en l'autre.

Puis y avoit une beste autre,

Qui estoit de faç.zon orrible,

De grandeur et grosseur terrible,

Et par Jehan Hennier corapousée ;

Lequel dessus enchevauchée

Venait chacun pour rendre homaige

A Lucifer et son mesnaige.

Elle gectoit le feu par sept lieux,

Par ses nazeaux et par ses yeux,

Qu'elle avoit fort épouvantables;

Ses gestes étoient merveillables,

Et fut joué pour dire amen,

Par maistre Pierre Le Maignen,

Jeune, avocat mais bien lectré,

Qui de tous fut bien atiltré,

Et puis se rendit cordelicr ;

Car sa feme, sans peu tarder,

Se mourut tout ensuyvant.

Et puis Dioscorus le Grand

Fut joué par René Hubert,

Sergent du roy, moult bien expert ;

Et le grand diable infernal

Fut par André le Sénéchal.

Monsieur et sa noble comtesse

Furent présents sans faire presse.

Au long de six jours, leurs trompettes,

Clairons sonnoient en chose faictes, ■

A foutes les belles entrées,

Et pauses qui furent bien notées ;

Tellement que à mont et à val

Il n'étoit honneur qu'en Laval.

Monsieur, par commandement >

De Paris sieurs du parlement,

Fist venir à ses propres mises,

Pour de Barbe voir les divises.

Tel pavillon avait au pré

Où cent hommes eussent entré.

Sous l'année suivante, notre ingénu chroniqueur nous ipprend qu'il fit représenter le Mystère de la Nativité, l'un

2i() ni>ïniHi, DK [/JBGLIBB lu MANS.

do ceux qui obtinrent le plus de faveur au xv« siècle. Voici ses propres paroles :

«La Nativité jouée à Saint-Dominique par moy, composée et assemblée à quarante personnaiges. »

En cellny an, pour vérité,

Fut jouée la Nativité,

Le beau premier jour de janvier

Et des troys roys, sans y muser,

Par moy eteeulx île Sainct-Melaine,

Dont ne perdismes notre painc :

Car du bien il nous fut donné,

Argent et vin agau (1) donné

Qu'ilz nons donnoient à leurs mains joincles,

Dont payâmes toutes nos fainctes.

Le lecteur peut maintenant se faire une idée'de ces spectacles auxquels la piété et le désir d'une louable recréation attiraient nos pères; il nous suffira d'énumérer les autres mystères dont Guillaume Le Doyen fait mention(2).En 1498, la Bourgeoise de Rome fut représentée à Pissanesse, hameau de la paroisse d'Avesnières; en 1504, V Enfant prodigue par Le Doyen, fut joué au cloître de Saint-Dominique ; en 1507, le Sacrifice d'Abraham représenté sur le Grand-Pavé; en 1509, le Martyre de saint Etienne représenté près du village de Hautbourg, en la paroisse du Genest; en 1540, le Mystère de saint Blaize, à Pissanesse ; en 1511, l'Invention de la Croix, à Saint-Céneré; en 1520, le Mystère de saint Sébastien, à Botz; en 1524, la Cène, au cimetière de Saint- Vénérand; en 1527, la Passion, à Vautorte; la même année, les Sept Rolles , à la Morinière, près de la Goconnière; en 1530, la Passion, à Montsùrs; la même année, les Peines de l'Enfer, à Andouillé; en 1532, V H ermite meurtrier, composé par Guillaume Ravault, représenté à la Morinière; en 1533, le Mystère de la Sainte Hostie, devant le cimetière Dieu de Saint-Michel; enfin en 1534, le Mystère de saint

(1) Abondamment.

(2) Voir nos Recherches sur les Mystères qui ont été représentés dans le Maine. Angers, 1858, in-3°.

Vénérand, composé par Guillaume Ravault, fut joué à Barbé. Ajoutons à cette longue nomenclature, que Guillaume Le Doyen vit toujours une foule empressée accourir à ces spectacles qui se donnaient en plein vent, et qui duraient quelquefois six et sept jours.

La ville du Mans, comme celle de Laval, montrait un vif attrait pour les drames hiératiques. A cette époque même vivait le chanoine Pierre Curet qui publia à Paris, en 1537, en deux volumes in-fol., le Triomphant Mystère des Actes des Apôtres, composé par les frères Gréban, et dont il avait revu légèrement la poésie. La même année ce mystère fut représenté au Mans, avec un déploiement extraordinaire de luxe, de décorations et de pompe. En J 528, les chanoines de l'Église du Mans, réunis en leur assemblée générale de la Saint- Julien, firent défense aux enfants d'aube et aux clercs du bas-chœur, qui avaient coutume d'assister à la fête des Innocents, d'y jouer publiquement aucune comédie ou farce, sans les avoir préalablement fait voir et approuver. Ainsi le chapitre, même à cette époque, maintenait encore la distinction rigoureuse entre les mystères dont il favorisait la représentation, comme nous allons le voir tout à l'heure, et ces farces et comédies qu'il ne tolérait qu'avec méfiance. En 1539, les chanoines accordèrent l'autorisation déjouer le Miracle de Théophile sur la place située devant l'église des jacobins, et tirent donner six livres au receveur des jeux publics. En 1556, les chanoines autorisent encore la représentation du Mystère de la Conception de la trèssainte Vierge', ils permettent aux enfants de la psallette d'y chanter; ils changent les heures des offices du jour, etautorisent trois des habitués de Saint-Julien à y remplir des rôles, pourvu que ce soit sans scandale. Mais en 1559, le protestantisme, qui cherchait à s'implanter par tous les moyens dans l'esprit des populations, donna de justes alarmes à nos chanoines. Le 23 février, ils députèrent le scholastique, deux chanoines et l'archidiacre de Sablé, qui était en même temps grand-vicaire, pour aller faire des représentations aux magistrats de la ville> au sujet du scan-

2'r2 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DU MANS.

dalc que causaient des comédiens par l'abus qu'ils Taisaient de l'Konture sainte. 11 est évident que dès l<»rs le théâtre venait de se séculariser, et que L'Église ne pouvait plus à elle seule arrêter les déplorables excès auxquels il s'est porté par la suite (1).

Malgré les progrès trop rapides que faisait dans toutes les classes de la société cette prétendue sécularisation, le drame hiératique ne disparut pas entièrement de notre pays; il en resta des débris aussi longtemps que dura l'ancienne monarchie. A l'époque où les théâtres mondains n'entendaient plus que des accents païens, souvent impies ou obscènes, les populations pieuses de nos campagnes se réunissaient encore fréquemment de plusieurs paroisses voisines, pour écouter avec recueillement quelques scènes religieuses composées par un vicaire de village, et débitées avec simplicité parles enfants de l'école du lieu. Ces souvenirs, on le sent bien, ont dû être omis par les chroniqueurs qui aimaient les noms retentissants dans l'histoire; mais de tels faits tiennent à la vie d'un peuple; ils peignent ses idées et ses goûts. Dans plusieurs localités du diocèse, des vieillards se souviennent avoir assisté dans leur enfance à la représentation de quelques-uns de ces mystères rustiques, spécialement à ceux de la Nativité de Notrc-Seigneur et' de la Passion, représentés sous la direction du clergé. Ces détails nous ont été racontés particulièrement dans le Bas-Maine, au Bourgneuf, à Saint-Ouen-des-Toits, à la Baconnicre et àCliailland. Nous avons même rencontré des personnes qui avaient rempli elles-mêmes des rôles dans le mystère de la Passion représenté à Mayenne au commencement de ce siècle, dans l'église de l'ancien monastère des calvairiennes, aujourd'hui petit séminaire pour le diocèse de Laval.

Nous avons anticipé sur l'ordre des temps pour présenter sous un seul coup d'œil ce qui regarde les mystères. Il ne

(1) Voir nos Recherches sur les Mystères qui ont été 'représentés dans le Maine, p. 39 et suiv.

faut pas oublier non plus qu'à l'époque dont nous parlons, Pierre Hennier décrit, dans VOrdinarium novwn secundum usum Ecclesiœ Cenomanensis, plusieurs usages liturgiques qui se pratiquaient en l'église de Saint-Julien, et qui formaient de véritables mystères, comme la cérémonie des Trois Maries aux matines du jour de Pâques (I). Nous avons déjà signalé des usages analogues pour les processions des Rameaux et de la Fête-Dieu au Mails, à la Ferté-Bernard, à Laval, à Mayenne, à l'abbaye de la Couture. Le cérémonial de Pierre Hennier à lui seul nous en fournirait d'autres exemples pour l'église cathédrale; mais il n'y avait guère d'église dans le diocèse, môme de simple paroisse, qui n'eût conservé jusqu'à la fin du dernier siècle quelques-unes de ces cérémonies chères à la piété des peuples.

Le vif intérêt qu'excitaient dans toutes les classes de la société les représentations dramatiques dont on vient de parler, ne détournait pas les esprits d'objets plus sérieux. En 1494 se termina un procès entre l'évèque du Mans et le prieur commendataire de Fontaine-Géhard. Nous le passerions sous silence, comme un grand nombre d'autres affaires litigieuses, s'il ne contenait plus d'un trait caractéristique du temps. Le prieuré de Fontaine-Géhard était toujours considérable par son personnel nombreux et ses revenus. L'official de l'évèque et autres officiers du prélat entreprirent d'exercer la juridiction spirituelle dans le monastère; Je prieur commendataire s'y opposa; Philippe de Luxembourg soutint ses officiers, l'affaire s'envenima, le prélat employa les censures. Le prieur porta sa cause aux requêtes du palais à Paris, et une sentence de ce tribunal (0 septembre 4494) mit à néant toutes les procédures de l'évèque, et le condamna aux dépens (2).

Au moment où tant de dissolvants altéraient l'esprit des

(1) Voir nos Recherches sur les Mystères qui ont été représentés dans le Maine, p. G et suiv.

(2) Inventaire des titres de Fontaine-Géhard, n° 102, aux Archives de la Mayenne.

2 il HISTOIRE DE i/ÉGLISE DU MANS.

Ages de foi, lo ciel donna à notre province un nouveau gage de sa protection; ce fut le sanctuaire de Notre-Dame du Chêne, dont l'origine se rapporte à cette année 1 194 (1 ). L'expédition quele roi de France, Charles VIII, entreprit cette année même en Italie, pour faire valoir ïe^ droits que le comte du Maine avait transmis à Louis XI sur le royaume de Naples, devait hâter les progrès de l'esprit nouveau, déjà si vivement accéléré par la découverte de l'imprimerie et d'autres circonstances. Conduit et aveuglé par son ambition juvénile, Charles se voyait déjà maître de l'Italie entière, possesseur de Constantinople et fondateur d'un nouvel empire. Il sacrifia tout à ce rêve, et la manière dont Lucques, Pise, Florence et Sienne le reçurent augmenta encore son ambition et son orgueil. Charles parut sous les murs de Rome; la terreur qui l'avait devancé ne permit pas de résistance; il entra de nuit et à la lueur des flambeaux dans la capitale du monde. Le Pape Alexandre VI s'était réfugié au château Saint- Ange; il capitula. Le notaire qui rédigea les conventions au nom du roi, fut le seigneur Olivier Yvan, clerc de l'Kglise du Mans, et notaire, c'est-à-dire secrétaire du roi. Charles V III et ses chevaliers se conduisirent en vainqueurs; Alexandre VI eût désiré se venger des injures qu'il recevait, en refusant au monarque français les faveurs qu'il demandait; mais les périls de sa position lui conseillaient de dissimuler ses sentiments. « Cédant aux instances importunes du roi, dit Burchard, cérémoniaire de la cour pontificale, il nomma cardinal le révérendissime seigneur Philippe, évêque du Mans. » Cette promotion eut lieu le 21 janvier 1495; mais le Pape qui n'avait accordé cette faveur qu'à une dure nécessité, différa la préconisation de Philippe de Luxembourg jusqu'au 21 janvier 1497 (2).

(1) Voir notre ouvrage intitulé : La Miraculeuse chapelle de Notre- Dame-du-Chêne. Angers, 1859, 2t! édit.

(2) La promotion de Philippe de Luxembourg au cardinalat a été un sujet d'embarras pour les historiens. La difficulté se trouve résolue par tiotre récit. Cfr. Ciacconi, Vitœ Ponïificum Romanorum, t. III, col. 184,

Alors il donna pour titre à notre prélat l'église des saints Pierre et Marcellin. Cependant l'évéque du Mans n'attendit pas cette dernière formalité pour se revêtir des insignes de sa nouvelle dignité; trois mois après ia nomination, le 29 avril, il fit une entrée très-solennelle au Mans en qualité de cardinal (1).

A partir de cette époque, Philippe de Luxembourg se trouva dans l'obligation de paraître plus souvent à la cour, où le roi devenait de plus en plus le centre autour duquel se réunissaient tous les grands du royaume, à mesure que les restes de la féodalité s'effaçaient. Chacun de ces voyages entraînait pour les corps ecclésiastiques la nécessité d'offrir des dons réputés gratuits, mais que l'usage rendait obligatoires. Lorsque Philippe de Luxembourg lit son entrée solennelle en 1495, le chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour lui offrit une pipe de bon vin blanc, deux poinçons de vin d'Orléans, et douze torches de cire, de deux livres chacune. En 1496, au retour du prélat d'un nouveau voyage en cour, G. Pellisson, prêtre, chanoine de l'Église du Mans, et chancelier de l'évéque, vint entretenir le chapitre de Saint-Pierre du voyage que le cardinal venait de faire, à ses frais, à la cour, et de la subvention que le clergé de la ville et de la Quinte du Mans, joyeux de son retour, se proposait de lui offrir. Les chanoines de Saint-Pierre décidèrent de contribuer à cette subvention pour la somme de dix écus (2).

Philippe de Luxembourg reçut dans le cours de la même année une marque nouvelle de l'affection que lui portait Charles VIIL Antoine de Croy, évêque de Thérouanne et cousin de notre prélat, étant mort le 21 septembre 1495, le roi fit aussitôt connaître au chapitre qu'il voulait donner le siège vacant a l'évéque du Mans, et qu'il eût à le postuler

•— Gallia christiana, t. III. col. 3.— Le Corvaisier, p. 751. — D. Bondonnct, p. 649. — Bilard, Analyse des documents historiques , etc., part. Il, nos 927, 932, 933, 1058, et passim. — Archives curieuses de l'histoire de France, i™ série, t. I, p. 279, 287 et 297.

(1) Bilard, Analyse des documents historiques, part. (I, n*» 927, 932, 933, et passim.

(2) Bilard, op. cit.} n°* 947 et 948.

21!) niSTOIRE DE L*ÉÛU8E DO il ANS.

auprès du Siège Apostolique. Les chanoines s'empressèrent d'obéir à ces ordres; dès le 4 lévrier suivant, le doyen de Thérouanne et quelques-uns de ses confrères vinrent au Mans présenter leur requête à notre évoque. Mais Alexandre VI rejeta la postulation du chapitre, et donna le siège vacant au cardinal Frédéric de Saint Séverin, créé évèque de Maillezais en 1481, cardinal du titre de Saint-Théodore en 1489, archevêque de Rouen en 444)3, et plus tard archevêque de Vienne (I). Philippe de Luxemhourg, soutenu de l'autorité du roi, se mit peu en peine de l'opposition que lui faisait Frédéric de Saint-Séverin, non plus que des prétentions de Charles de Gréqui, qui disait avoir été élu par le chapitre. Notre prélat commença par se mettre en possession du temporel, pour lequel il rendit hommage au roi le 8 mai 1497 et le 4 mai de l'année suivante. Alors (1498) AlexandreVI autorisa le chapitre de Thérouanne à postuler de nouveau Philippe de Luxembourg; le cardinal de Saint- Théodore donna une cession en forme, et l'évêque du Mans fut confirmé dans son nouveau siège le 12 novembre 1498. Par un arrêt du 24 janvier de l'année suivante (1499), les prétentions de Charles de Créqui furent mises à néant. Ainsi Philippe de Luxembourg se trouva en possession de deux évêchés. Celui deThérouanne lui apportait des revenus trois fois plus considérables que celui du Mans; il était d'ailleurs si vaste que ceuxde Boulogne, de Saint-Omer etd'Ypres en furent formés, après que la ville eut été rasée en 1552 par Charles-Quint. On pouvait craindre que Philippe de Luxembourg ne négligeât son premier diocèse pour le second, qui le rapprochait d'ailleurs d'un pays où sa famille était puissante : il n'en fut rien; il continua de résider presque habituellement au Mans, et les mémoires du temps le désignent presque toujours par le nom de cardinal du Mans. Charles VIII mourut la même année où il avait procuré levêché deThérouanne à Philippe de Luxembourg, qui présida aux obsèques du monarque. Elles eurent lieu, selon

(!) Gallia christiana, t. II, col. 1374 ; t. X, col. 15GS et 1509. — Giac. coni, Vitœ Pontificum Romanorum, t. III.

PHILTPPE DE LUXEMBOURG, 247

l'usage, dans l'abbaye de Saint-Denis; mais elles furent d'une magnificence extraordinaire (1). Charles VIII avait accordé des lettres patentes en faveur de l'hôpital de Coëffort, et son successeur Louis XII en accorda également au même établissement (2).

Durant ce temps, Philippe de Luxembourg, qui avait obtenu du Saint-Siège la faculté d'accorder des grâces spirituelles extraordinaires, en usait en faveur de ses diocésains, et pour hâter la construction ou la restauration des églises, comme on le voit pour celle de Saint-Martin de Vouvray-sur-Loir (3). Il établit aussi que la translation de sainte Scholastique serait fêtée désormais et à perpétuité dans la ville et dans les faubourgs (&f. Il s'occu pait de donner de nouveaux développements aux fonctions sacrées ; et on Je voit toujours assidu à y présider, avec une grande édification pour son peuple (5).

Mais des soins plus difficiles allaient lui être imposés. Charles VIII étant mort sans enfants, le duc d'Orléans, premier prince du sang royal, fut appelé au trône, et prit le nom de Louis XII. Anne de Bretagne était rentrée en possession de son duché depuis la mort de son royal époux. Le nouveau roi était marié à Jeanne de France, seconde fille de Louis XI, princesse sans agréments naturels, et qu'il avait épousée malgré lui. Son ancienne inclination pour Anne et le désir de rattacher le duché de Bretagne à la couronne, le portèrent à demander au Pape l'annulation de son premier mariage. Jeanne déclara devoir à sa conscience de plaider contre le divorce. Il s'ensuivit une longue et épineuse procédure; le Saint-Siège expédia coup sur coup

(1) D. Félibicn, Histoire de l'abbaye royale de Saint-Denis. — Du Perray, Antiquités de la Chapelle du roi, p. 381.

(2) Archives de l'hôpital général du Mans.

(3) Bilard , Analyse des documents historiques , etc. , part. If, n° 1058.

(4) Idem, ibidem, n° 952.

(5) Archives du chapitre du Mans, Registre B-15. — Bilard, op. cit., nos 9'i9,950, 951 et suiv.

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