ÉPISCOPAT DU CARDINAL LOUIS DE BOURBON
Naissance et premières années du cardinal Louis de Bourbon. — Nombreux bénéfices accumulés sur sa tête. — Christophe de Chauvignéj évêque de Saint-Pol-de-Léon. — Jérôme d'Hangest; il combat les hérétiques à Laval. — Jean Le Maignen et Geoffroy Boussart. — François de Sagon, adversaire de Clément Marot. — Jacques Hamelin, chanoine du Mans et évêque de Tulle. — Le P. Mathurin Le Bret. — Pierre Corbelin. — Michel Foucqué. — Le P. François de Domfront.
— D. Samson Bédouin. — D. René Beaudrier. — Julien de Baïf. —
— Jean Dugué. — Jean Ronssard. — - Autres clercs distingués du diocèse du Mans. — Charles de Gui lard. — Guillaume Lesrat. —
— Pèlerinages de Grefin Arfagart. — Mathurin de Vaucelles. — Insurrection et désordres dans le Maine et l'Anjou. — Envahissement de la commende ; les Fumées. — Lettres d'amortissement pour le diocèse du Mans. — Privilèges du chapitre confirmés par l'archevêque de Tours. — Les Francs-Archers mettent le pays au pillage durant six ans. — Consécrations de l'église de Gourdaine et de l'église abbatiale de Saint-Vincent. — Hôtel-Dieu de la Ferlé-Bernard. — Concile provincial de Tours en 1528. — Le chapitre proteste contre la levée des doubles décimes. — Affaires intérieures du chapitre propres à faire connaître les idées de l'époque. — Fête des Innocents ou des fous a l'église cathédrale et à l'église de Saint-Pierre-de-la-Cour. — Prodiges à Notre-Dame d'Avesnièrcs. — Statuts synodaux. — Démission et mort du cardinal Louis de Bourbon.
Louis de Bourbon, qui fut appelé à succéder à Philippe de Luxembourg en qualité d'évêque du Mans , était fils de François de Bourbon -Vendôme et de Marie de Luxembourg, comtesse de Saint-Paul, de Marie et d'autres lieux. La mémoire vénérée de ces deux princes dut faire bénir
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des peuples L'avènement de leur fils sur l<i trône épiscopal. Tarses qualités, Louis de Bourbon pouvait combler les vœux des Manceaux; malheureusement il \i\ait en un temps où des préjugés funestes avaient prévalu, et finissaient par éteindre les vraies notions dans les esprits du plus grand nombre. On regardait comme un privilège d'une haute naissance d'accumuler sur Ja même tête les dignités ecclésiastiques. Delà, la nécessité pour les prélats d'administrer leurs divers bénéfices par des vicaires, qui n'ayant qu'une autorité précaire, ne pouvaient maintenir la vigueur de la discipline. L/épiscopat de Louis de Bourbon va offrir l'exemple des malheurs que peut engendrer un tel oubli des règles de TÉglise.
Ce prince était né dans la ville de Ham, en Picardie, le 2 janvier U93 (1). Il fut élevé au collège de Navarre, en la compagnie de plusieurs clercs du diocèse du Mans dont nous aurons bientôt occasion de parler (2). Le cardinal légat, George d'Amboise, lui donna la tonsure cléricale, et bientôt après il l'ut pourvu de nombreux et importants bénéfices. Les abbayes de Saint-Corneille de Compiègne, de Saint-Faron de Meaux, de Sainte-Marie de Coulons, au diocèse de Chartres, de Saint-Léonard de Ferrières, de Lerins, de Saint-Vincent de Laon, du Ham, diocèse de Noyon, de Saint- Amand en Tournaisis et de Saint-Serge d'Angers, ne furent qu'un acheminement pour s'emparer ensuite de l'abbaye royale de Saint-Denis. Forts de leur droit, les religieux de Saint-Denis s'opposèrent à l'introduction de la commende, source infaillible de ruine p< mile spirituel et le temporel; mais tout l'effort de la puissance royale se tourna contre eux, et Louis de Bourbon put jouir en paix des revenus de ce gros bénéfice (3). Il
(1) Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison royale de France, t. Il, p. 114.
(2) De Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. I1, p. '. 96-501.
(3) t). Félibien, Histoire de l'abbagc royale de Soi/it-Dc/n/s, p. 3S-2 et 383. - Gallia christiana, t. III, col, 1207 ; t. VII, col. 409 ; t. IX, col. 586 et 1124 ; t. X, col. 12S7, et pas.sim.
jouit aussi de plusieurs sièges épiscopaux : de Sens , de Laon,du Mans, de Luçon, de Palestrine, et enfin de celui de Tréguier; il succéda à Charles de Luxembourg, évêque de Laon,son grand-oncle, qui était mort le 24 novembre 1509, et cependant il ne fut sacré qu'environ huit ans après, le 3 mai 1517, clans l'église de Sainte-Catherine du Val-clee- Écoliers, à Paris. La cérémonie, qui fut accomplie par le cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans et cousin du jeune prélat, offrait une réunion imposante : les évèques de Lisieux, de Castres et de Lodève remplissaient les fonctions de diacres, ceux d'Avranches et de Mégare celles de sous-diacres ; toute la cour était présente avec le cardinal de Boisy, évêque de Coutances, puis archevêque d'Albi, grand aumônier de France, et vingt-deux évoques (1).
Deux mois après avoir reçu l'onction pontificale, Louis de Bourbon fut élevé à la dignité de cardinal par Léon X, et reçut le titre de Saint-Silvestre au Champ de Mars. Il n'avait encore qu'environ vingt-quatre ans. Il reçut la barrette dans l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, où il fit son entrée monté sur une mule, accompagné de l'archevêque de Reims, des évêques de Beauvais, de Noyon, de Châlons, de Soissons, d'Amiens, et de plusieurs abbés; de Charles de Bourbon , duc de Vendôme , de François de Bourbon, comte de Saint-Paul, et du duc d'Estouteville, ses frères; de son beau -frère Claude de Lorraine, duc de Guise, et d'une nombreuse noblesse.
Le cardinal de Luxembourg étant mort en 1519, le cardinal de Bourbon fut appelé à lui succéder sur le siège du Mans, et vint en prendre possession. Dans la suite, le cardinal de Lorraine, qui dès l'âge de vingt ans jouissait de la pourpre, et accumula sur sa tête sept évêchés, deux archevêchés et un grand nombre d'abbayes des plus impor-
(1) Le P Anselme, ouv. cit., t. Il, p. 114. — Gatlta Christian a, t. VI, col. 5t»4, t IX, col. 653-555. — Simon, Histoire de Vendôme, t. 1,
p. -293 otsuiv.
;;.{S h i- roi ni: Di 1/ église DO m an-.
tantes, comme Cluny, Marmoutier, Fécamp, se démit ea faveur de Louis de Bourbon de 1 e vécue de Luçon (1534). Notre cardinal ne conserva ce siège que trois ans, et il le permuta avec (Ta utres bénéfices (1). Plus tard, Clément VU changea son titre de Saint-Silvestre en celui de Sainte-Sabine, et eniinle pourvut de l'évêché de Palestine.
Avec plusieurs évècbés, un grand nombre d'autres bénéfices et l'assiduité que son rang exigeait de lui à la cour, il était impossible que Louis de Bourbon exerçât une grande action sur le diocèse du Mans. Son influence personnelle se fit à peine sentir; mais il avait délégué ses pouvoirs à trois ecclésiastiques, qui s'occupèrent avec activité du ministère qui leur était confié. Nous avons déjà parlé du premier, qui était Christophe de Chauvigné, originaire de la paroisse de Sept-Forges, dans le Passais. Il s'attacha de bonne heure à Philippe de Luxembourg, qui lui conféra un canonicat de Saint-Julien et l'archidiaconat de Montfortle-Rotrou. Quoiqu'il eût été pourvu de l'évêché de Saint- Pol-de-Léon, il habitait presque continuellement le Maine, et il exerçait les fonctions épiscopales par délégation de nos prélats. Il conserva jusqu'en 1555(12 octobre) son canonicat et l'archidiaconat de Montfort, et il résigna alors en faveur de son neveu Jean de Chauvigné. En 1525, il consacra l'église de Gourdaine au Mans ; en 1539 (19 janvier) il fonda richement son anniversaire en l'église cathédrale. Enfin il mourut au Mans, comme nous le rapporterons en son temps (2). Le second personnage chargé de suppléer le cardinal Louis de Bourbon dans l'évêché du Mans était un religieux dominicain, nommé dean Tisserat, évêque in partibus. Il n'est mentionné que rarement^ quoiqu'il portât le titre du suffragant del'évêque du Mans. Ce fut lui qui consacra, en 152-1, l'église de Saint- Vé-
(1) Gallia christiana, t. II, col. 1412.
(2) Archives du chapitre du Mans, registre D 15. — Martyrologium capituli Cenomanensis, in fine. — Le Paige, t. 11, p. 176 et 495.
nérand de Laval (I ), et en 1 526 l'église abbatiale de Saint- Vincent (2).
Un personnage beaucoup plus important pour notre Église, à laquelle il rendit d'immenses services, fut Jérôme d'Hangest. Né à Compiègne, d'une famille déjà illustre au xnc siècle, et qui a produit dans tous les temps un grand nombre d'hommes célèbres, Jérôme d'Hangest lut l'un des plus fameux docteurs de l'université de Paris au xvie siècle. 11 y professa longtemps là théologie ; et le cardinal Louis de Bourbon voulant confier le soin de l'Église du Mans à un homme capable de la gouverner au milieu des difficultés qui se préparaient de toutes parts, le nomma chanoine , scholastique et officiai du diocèse, et l'établit son vicaire général au spirituel et au temporel. Le savant docteur fut vraiment l'âme du gouvernement ecclésiastique de notre diocèse durant tout cet épiscopat. De grands dangers menaçaient la foi; l'hérésie protestante à peine éclose essaya d'envahir nos populations. Selon sa coutume, elle ne s'adressa pas d'abord à la ville du Mans, où se trouvait un clergé nombreux qui comptait beaucoup de membres distingués par leurs lumières ; mais elle espéra s'implanter plus facilement à Laval, où les fabriques de toiles attiraient une population étrangère. Jérôme d'Hangest se transporta sur les lieux, et par son zèle et sa fermeté ra-. mena le plus grand nombre des esprits égarés, et fit punir ceux qui s'obstinaient dans l'erreur. C'est ce que nousapprendGuillaume Le Doyen, témoin oculaire des faits (1526).
Lucteriens furent mal à point, Car le Pape, par gens lectrés, Fist prescher el mal atiltrer, Déclairer mauldits, hérétiques , Excomlnunie^ et fantastiques Tous ceux qui croyoient en Lucter.
(1) Guillaume Le Doyen, Annales et Chroniques du pays de Lavul, envers, à l'an 1521, p. 181, 361, et passim. — Maucourt de Bourjolj , Mémoires historiques, t. I, p. 417. Ms.
(i) Bibliothèque imp. Mis. de (iaigiiiiM 'e»f u° o'»4j.
Estoient tous au grand Lucifer Donnez et bien recommandez, Et pour leur vie amendes ; Et qu'en Paris, villainement, Estoient punis cruellement.
Mais notre évesque cardinal , Loys de Bourbon pastoral , Nous envoya son bon vicaire , Ihérosme de Hangest, pour faire Mectre Lucteriens en feu , Lequel leur nonna le neu De la science de Lucther, Qui deust la bouillir en enfer.
Il fist es halles maints sermons Et belles prédications ; Car il est docteur aulentique, Bien sçavant et fort magnifique , Autant que clerc deçà les monts, Comme chacun scest bas et monts (1).
Jérôme d'Hangest ne cessa jusqu'à sa mort de combattre les erreurs des nouveaux hérétiques, et il composa dans ce but plusieurs écrits de controverse et de morale. Dans un traité des Académies, il se propose de défendre contre les traits satiriques, et souvent bouffons, de Luther, les universités et l'usage d'y prendre des degrés. Il fait voir l'utilité des arts et des sciences , défend la théologie scholastique, qu'il définit « la science des Écritures divines, suivant le sens que l'Église approuve, en se servant des interprétations des docteurs orthodoxes, et sans mépriser le secours des autres disciplines. » Jérôme d'Hangest réfuta aussi les erreurs de l'hérésiarque d'Eisleben dans son ouvrage du Libre arbitre. Il y prouve, surtout par l'Écriture sainte, que l'homme peut avec le secours spécial de la grâce de Dieu observer ses commandements, et il réduit à néant les objections de son adversaire. Il défendit ensuite la croyance de l'Église touchant le sacrement de l'Eucharistie, dans un traité intitulé : Lumière évangélique sur la sainte Eucharistie; il publia une Antilogie contre les faux Christs, et lit impri-
(1) Le Doyen, op. cit. p. 206,
mer à Paris en 1521 un recueil de divers ouvrages de morale.
A des travaux si utiles, Jérôme d'Hangest unit les exemples d'une vie édifiante, et lit des dons considérables en fa^ veur de l'église cathédrale. Il contribua aussi à l'érection du collège du Mans à Paris, et en approuva les statuts. Il mourut le 8 septembre 1538 au Mans, et fut enseveli dans la chapelle du Sépulcre ou des saints Apôtres Pierre et Paul (1). L'inscription que l'on voyait sur sa tombe jusqu'à la fin du siècle dernier, le louait d'avoir été grand philosophe et profond mathématicien ; son éloge le plus beau consiste dans les services qu'il a rendus à l'Église, et dans son zèle contre les hérétiques.
Deux ans avant sa mort, Jérôme d'Hangest eut la douleur de voir la propagande anticatholique faire de nouvelles victimes à Laval. Le roi y envoya Matthieu Ory, religieux dominicain, inquisiteur général en France et pénitencier du Pape (1536); celui-ci s'adjoignit François Verdier, prieur du couvent de son ordre à Laval, et chassa, non sans peine, tous les huguenots, de quelque rang ou état qu'ils fussent. Leurs biens furent confisqués (2). Trop heureux, si la paix avait été rendue à l'Église après ces justes châtiments ! Mais le venin de l'hérésie continua de se répandre par l'attrait des passions auxquelles il ôtait les freins les plus puissants, et de la cupidité à laquelle la nouvelle secte promettait de livrer les biens de FÉglise.
(1) Le 25 mai 1530 le chapitre du Mans accepta 240 livres que lui donnait Jérôme d'Hangest pour fonder une messe qui devait se célébrer le 30 septembre de chaque année. Délibérations capitulaires.— Archives du chapitre du Mans, registre B-15. — Mss. de Gaignières, n° 170, p. 301 . — Le P. Anselme, Histoire généalogique, etc., t. VI, p. 737 et suiv. — D. Félibien, Histoire de Paris, t. Il, p. !>74. — La Croix du Maine et Du Verdier, Bibliothèque françoise. — Guil. Le Mire, De Scriptoribus sœculi xvi. — Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis, t. VI. — Ellies du Pin , Histoire de l'Église et des auteurs ecclésiastiques du xvie siècle, t. IV, p. 540.
(2) De Thou, Histoire de son temps, t. I, p. 444, et passim. — Gouanier de Launay, Histoire de Lavul, p. 296,
'A'rl HISTOIRE DE L'ÉGLISE I>r MANS.
A la môme époque, l'Fglise du Mans fit deux pertes considérables; deux hommes célèbres par leur doctrine, leur éloquence et leurs vertus lui lurent ravis par la mort. Le trépas simultané de Geoffroy 13 tussanl et de Jean Le Maigneu l'ut un coup sensible pour les catholiques, ainsi que le raconte Guillaume Le Doyen.
Es troys ans si avoit presché
En bonté, beauté et science ,
En esprit, en voix, en loquence,
S'estoit maître Jehan le Maignen,
Qui du Mans vray cytoyen,
Chanoine, docteur authenticque,
De Passais archidiacre unique ;
Lequel mist tout en général
En paix le peuple de Laval ,
Par ses tant belles remontrances
Et délibérez ordonnances,
Devant luy n'eust si grand pécheur
Que ne mist de son faict asseur,
Faisant deue confession
Et vraye satisfaction.
Mais Atropos à son convay
Invita septième de may
Ensuyvant, par moult grant audace,
Et l'ousta de si noble place
Au Mans où estoit à repous,
Et luy tist-il perdre son propous.
Si fist à monsieur Boussard ;
Tous deux docteurs, print de sa part
En celuy moys par infortune,
Eulx pourvus d'or et de peccune (1).
Toutes les lumières du clergé manceau ne furent pas éteintes par le trépas des savants hommes dont nous avons parlé. François de Sagon, né à Rouen, mais attaché à notre diocèse en qualité de secrétaire de Félix de Brie de Serens, fut le premier qui éleva la voix contre les licences hétérodoxes de Clément Marot. Il employa la poésie pour attaquer le poète licencieux qui avait mis son talent au service
(1) Guillaume Le Doyen , Annales et chroniques du pays de Laval, p. 178 et 195. — Un Jean Le Maignen était curé de la Trinité à Laval.
LOUIS DE BOURBON. 3 i 3
de la prétendue réforme. Ma rot était absent lorsque Sagon lança contre lui son Coup d'essay contenant la réponse à deux êpistres. Les amis du poète huguenot, Charles Deslbntaines et Bonaventure Desperriers, prirent sa défense. A son retour, JVlarot ne daigna répondre à Sagon que sous le nom de son valet Fripelipes. 11 est vrai que le valet Fripelipes ne se montre guères délicat dans ses expressions : de Sagon il fait sans difficulté Sagouin, comme Sagon à son tour fait Maraud de Marot. Cette discussion fît éclore plusieurs écrits de part et d'autre ; car François de Sagon, aussi bien que Marot, avait de nombreux amis qui cultivaient aussi la poésie, et il n'y eut peut-être jamais d'époque plus féconde en vers de toute nature que les commencements du xvie siècle. S'il ne s'agissait pour nous que de décerner une couronne poétique, il est probable que nos lauriers seraient pour le valet de chambre de François Ier ; mais il s'agit d'intérêts bien plus élevés; et Sagon faisait assurément acte de courage en attaquant un poète, autrefois son ami, qui avait renié la foi, mais qui conservait encore de puissants protecteurs. Il est vrai qu'on regrette de trouver parmi les œuvres de Sagon un opuscule d'un genre trop léger; mais ce ne sont pas les panégyristes de Marot qui ont le droit de s'en montrer scandalisés, et d'accuser le secrétaire de Félix de Brie d'hypocrisie et de jalousie, d'autant plus que les preuves qu'ils allèguent sont dépourvues de fondement (1).
(1) Œuvres de Clément Marot, revues sur plusieurs manuscrits et plus de quarante éditions, et augmentées tant de diverses poésies véritables que de celles qu'on lui a faussement attribuées, avec les ouvrages de Jean Marot son père, ceux de Michel Marot son fils, et les pièces du différend de Clément avec François Sagon, etc. La Haye, 1731, 6 vol. in-12. — La Croix du Maine, Bibliothèque française, et les observations de la Monnoye. — L'abbé Goujet, Bibliothèque française. — D. Liron, Almanach manceuu, 1767, p. 17.— Le Paige, Dictionnaire historique du Maine , t. II , p. 260. — Gustave Brunet, dans le Supplément à la Biographie universelle , t. LXXX, p. 274. — Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvie siècle , t. I, p. 24, 38, 63 et suiv. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine , t. II, p. 347.
3U histoire de l'église du mans.
Ce l'ut aussi par les brillantes qualités de s^n esprit et ses connaissances littéraires que Jacques llamelin gagna la confiance et l'amitié de François Ier, qui le choisit pour son premier aumônier et son confesseur, et iinit par l'élever sur le siège de Tulle. Jacques Hamelin était né dans la paroisse de Mené ; on croit qu'il était bâtard de Jeannot Le Vasseur, seigneur de René, et de Jacqueline llamelin, servante d'un cabaret qui portait pour enseigne la Croix- Verte. Protégé par les princes, il obtint d'abord un canonicatdans l'église cathédrale du Mans, et il le conserva même après qu'il eut été pourvu de bénéfices beaucoup plus importants, comme l'abbaye de Jumiéges et autres (1).
Nous ne savons si Jacques Hamelin travailla beaucoup dans le diocèse du Mans ; mais Mathurin Le Bret, religieux de l'étroite observance de Saint-François du couvent de Laval, se fit remarquer dans cette ville par ses prédications. Il eut encore la réputation d'un savant théologien, et il professa d'abord dans diverses maisons de sou ordre, puis dans l'université d'Angers, où il publia quelques écrits et des commentaires sur les livres de Scot (2).
Lié d'amitié avec Jérôme d'Hangest et Geoffroy Suet, abbé de Beaulieu, Pierre Corbelin, né dans le Maine, employa la science théologique qu'il avait puisée au collège de Navarre à réfuter les nouveaux hérétiques (3). Un
(1) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 351, p. 31. — Gallia christiana, t. XI, col. 982 et 983. — La Province du Maine, 1848, p. 207.
(2) Mathurini Lebret, ordinis minorum, Lectura in primum et secundum librum sententiarum Scott, dicta Parvus Scotus Lavallensis ; Andegavi, Clem. Alexandre, 1528, in-4°. — Lectura in quartum librum sententiarum Scoti, in-4°. — Wadding, Annales fratrum minorum. — Le Doyen, Annales et chroniques du pays et comte' de Lacal, à l'an 1523. — Desportes, Bibliographie du Maine, .p. 362.— Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II, p. 382. — Couanier de Lauuay, Histoire de Laval, p. 263.
(3) Pétri Gorbelini, Cenomanensis, Adagialcs Flosculi. Parisiis, Chevallon, 1520, in-4°. — De divino missœ sacrificio. — De hœreticorum confutatis opinionibus libellus, etc. Tolosa.', Maréchal, 1523, in- 4°. — Launoy, Regii Navarrœ Gymnasii historia. t. IV, paît. 1, p. 601, des
autre prêtre manceau, Michel Foucqué, vicaire perpétuel de Saint-Martin de Tours, employa le langage de la poésie pour traduire les saints Évangiles, les Actes des Apôtres, le Cantique des Cantiques, la vie de saint Martin, et d'autres ouvrages, soit des saintes Écritures, soit des Pères de l'Église. Quoique les vers de notre compatriote soient supérieurs à beaucoup d'autres de la même époque, pour lesquels la critique de notre temps s'est montrée prodigue d'éloges, ils n'ont pas reçu, même à leur apparition, l'accueil qu'ils méritaient (1). D'où pouvait venir cette indifférence pour un poète d'un talent remarquable dans un siècle si épris de l'amour de la littérature? Des sujets mêmes qu'il chantait. A tous ces esprits fascinés par les poètes de la Grèce et de Rome tout devait paraître suranné dans le poëmes de Michel Foucqué. Il faut cependant convenir qu'il eût été mieux inspiré dans ses vers, s'il ne se fût pas attaché à une traduction littérale.
Le P. François de Domfront, capucin, né dans la ville dont il porte le nom, publia vers le même temps un livre intitulé la Science du Prince, dans le but de réfuter les doctrines païennes qui commençaient à prévaloir, et qui devaient amener la séparation de plus en plus complète du pouvoir temporel et de l'Église. Combien de malheurs pour les princes et pour les peuples auraient été prévenus, si les principes du pieux disciple de saint François avaient trouvé créance dans les cours !
Nous emprunterons à La Croix du Maine sa notice sur dom Samson Bédouyn, religieux de la Couture : car nous ne pourrions rien y ajouter, puisque les œuvres de cet écrivain semblent avoir péri. «F. Samson Bédouyn, religieux en l'abbaye de la Couture, près du Mans, natif du pays et comté du Maine. Il a escrit un petit livre, qu'il a institulé les Ordonnances et statuts de M. de VAflac et du jeu du Trois,
Œuvres complètes. — Desportes, Bibliographie du Maine, p. 262. — Du Verdier de Vauprivas , Bibliothèque françoise. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. III, p. 281.
(1) Hauréau, ouv. cit.y t. III, p. 226 et suiv.
imprimé au Mans, par HiérosmeOlivier, l'an 1565. Il a composé plusieurs chansons, et entre autres la Réplique sur les chansons des Nuciens ou IVutois, qui autrement sont appelez ceux de Nuz... Il a escrit plusieurs tragédies, comédies et moralitez,et quelques coqs A i/asne et autres semblables satyres, lesquelles il faisait jouer par les lieux publics de la ville et fauxbourgs du Mans, par aucuns escoliers de laditte ville. Il a escrit plusieurs cantiques et Noëls... Il a recueilli et compilé le Catalogue des paroisses du Maine... Il mourut en laditte abbaye de la Cousture, l'an 1 563, ou environ. » Comme D. Samson Bédouyn fit profession à la Couture le 12 janvier 1525, son action sur la province dura environ trente ans. On doit vivement regretter la perte des drames qu'il avait composés, moins peut-être pour leur mérite propre que pour les lumières qu'ils nous auraient fournies sur l'état des esprits et la situation de la scène religieuse à cette époque dans le Maine (1).
Un autre religieux de la Couture, D. René Beaudrier, rendit son nom recommandable en contribuant à fonder la dévotion envers sainte Anne dans le sanctuaire de la Guierche. Entre autres marques éclatantes de la protection de cette aïeule du Sauveur sur la contrée qu'elle sembla alors adopter , on doit signaler l'éloignement des guerres de religion à une époque toute voisine de celle que nous parcourons (2). Le même religieux signala encore sa piété en fondant la chapelle de la Bellengerie, en la paroisse de Joué-1'Abbé (3).
Au nombre des chanoines de Saint-Julien qui firent honneur à l'Église par leurs vertus et leurs talents, nous devons compter Julien de Baïf, que nous avons déjà vu parmi les exécuteurs testamentaires de Philippe de Luxem-
(1) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n°96. —Desportes, Bibliographie du Moine, p. 212.— Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II , p. 29ti. — Voir aussi nos Recherches sur les mystères qui ont été représentés dans le Maine.
(->) La Province du Maine, 1846, p. 33'». et suiv.
(8) Gauvin, Statistique de l'arrondissemerit du Mans, p. 25.
bourg. Voici la notice que lui consacre La Croix du Maine : «Julien de Baïf, gentilhomme du Maine, prothonotaire du Saint-Siège apostolique, chanoine en l'Église du Mans, seigneur d'Espineu-le-Chevreuil , au Maine, parent de Lazare de Baïf, sieur des Pins en Anjou. Ledit Julien de Baïf estoit homme docte et de grand jugement. Je ne sçay si c'est celuy duquel il se voit un discours de son voyage en Hiérusalem; car cettuy-cy chanta sa première messe au saint sépulcre dudit lieu ; mais pour ce qu'ils ont été cinq frères de ce nom de Baïf qui ont voyagé en Hiérusalem, je ne puis asseurer si çà esté cettuy-cy qui a composé ledit voyage. Et faut encores noter icy une chose très-admirable et bien digne de remarque; c'est qu'il y a eu cinq frères de cette maison de Baïf, lesquels se trouvèrent en Hiérusalem, sans que pas un d'eux eust donné avertissement de partir pour y aller, et tous s'acheminèrent sans le sçeu l'un de l'autre. J'ai entendu qu'il y avait en l'abbaye de Saint-Calais et autres lieux un tableau faisant mention de cette histoire, mais elle ne s'y voit plus, à cause que les troubles et séditions advenues pour la religion ont causé ces ruptures et brisemens d'églises, et par conséquent ce qui estoit de beau et de mémorable en icelles. Or, pour revenir au propos du sieur d'Espineu, Julien de Baïf, je n'ay point cognoissance d'autres de ses escrits ; toutefois j'ay opinion que ce voyage de Hiérusalem aye esté composé par iceluy. Il se voit escrit à la main chez monsieur de Malicorne, messire Jean de Ghourses, son parent, en sa terre de Mengé, au Maine et autres lieux et seigneuries qu'il
possède » Il faut ajouter à ces curieux détails, que Julien
de Baïf, voulant fonder la procession du jour de l'Ascension , donna au chapitre de Saint-Julien (16 décembre l 524 ) une somme de six cents livres, et cent livres à celui de Saint-Pierre-de-la-Cour, où il possédait aussi un bénéfice , pour une fondation analogue. On sait au reste que Jean et Lazare de Baïf (ce dernier était abbé de la Grenetière, diocèse de Poitiers), frères de notre chanoine, rendirent encore le nom de leur famille, déjà connu dans la chevalerie du
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royaume, plus illustre encore. Il est désormais l'un de ceux qui se rattachent intimement au réveil des lettres classiques en Europe (1).
A la même époque ( 1534-) Jean bugué, licencié en droit, chanoine de notre Église, que nous avons déjà nommé parmi les clercs qui jouirent de la confiance du cardinal Philippe de Luxembourg, fonda la fête de la Présentation, et, dit-on, le collège de Saint-Benoit, dans la ville du Man- -2 .
Jean de Ronsart, de la famille du poète fameux dont nous parlerons bientôt, prêtre, archidiacre de Laval, chanoine de l'Église du Mans, et curé de Bessé; un autre Jean de Ronsart, de la même famille et abbé régulier de Saint- Galais; Louis Quéleine, René Le Roy, François Laize, d'une famille distinguée de Saint-Mars-sur-la-Fustaye, Bertrand et Pierre d'Argentré, successivement chantres du chapitre de Saint-Thugal à Laval, N. d'Averton, fils de Jean d'A verton, sire de Belin, grand chantre de l'Église du Mans et légat du Saint-Siège, Jean de Montesson , abbé de Saint - Sauveur de l'Étoile, Guillaume de Launay, principal du collège du Mans à Paris et recteur de l'université, René Deschamps, né à Fresnay, recteur de l'université ; Georges, Christophe et Jean de Vassé ; François de Vendôme, prévôt de Saint-Georges de Vendôme et curé de Lunay ; N. Lancelot , Jean de Lavardin, de la maison de Ranoy, Matthieu Loriot, curé de Vibraye , Michel Bourrée et François de Laval, qui fut élevé en 1323 sur le siège épiscopal de bol, firent tous honneur au clergé du Mans par leurs vertus et leurs lumières.
(1) Martyrologium cupituli Cenomanensis , sub fine. — Biblioth. imp., fonds latin, n° 5211, B p. 103. — La Croix du Maine, Bibliothèque française, p. 38. — Bibliothèque de Poitiers, collection D. Fonteneau , t. II, p. 415. — Le P. Anselme, Histoire des grands officiers de la couronne, t. II, p. 59; t. IV, p. G90; t. IV, p. 62; t. VU, p. 385; t. IX, p. 58, 381, et passim. — Le P. Lelong, Bibliothèque historique de lu France, t. IV, p. 45, n° 29921 . — Le Paige, t. II, p. 556. — Desportes, ouv. cit., p. 205. — Hanréan, ouv. cit., t. III, p. 1, 17 et 151.
(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 189 v. — Cauvin, Recherches sur les établissements de charité, p. 103, 116, et passim.
Plusieurs laïques méritèrent par leur piété la vénération des âges suivants. De ce nombre fut Charles de Guillard, d'une famille qui faisait remonter son origine jusqu'à saint Hubert, et qui s'était établie au château des Épichelières, à Souligné-sous- Vallon, dans le cours du siècle précédent. Après avoir rempli avec honneur une place de président au parlement de Paris, et s'être acquitté à l'applaudissement universel de missions diplomatiques importantes, Charles de Guillard se retira au château des Épichelières où il était né, et y vécut dans une grande piété. Il fréquentait beaucoup la chartreuse du Parc, et était uni d'amitié avec le vénérable D. Pierre Cousturier, qui en était prieur. Celui-ci lui dédia son Antapologia. Ce fut le président de Guillard qui obtint, en 1529, pour la chartreuse une côte de saint Bertrand. 11 eut un fils, Louis de Guillard, qui fut évêque de Tournay, de Chartres, de Chàlons et de Senlis. Charles de Guillard, neveu du président, fut doyen de l'Église duMans et évèque de Chartres (l). Guillaume Lesrat, né à Villiers- Charlemagne, fut d'abord abréviateur des lettres de chancellerie sous le pontificat de Clément VII, ensuite président et lieutenant général au siège présidial d'Angers, et se signala aussi par une piété éminente (2).
On a vu par l'exemple des trois frères de Bail' combien les pèlerinages des Lieux-Saints étaient encore fréquents pour les habitants du Maine. Greffin Arfagart, sieur de Gourteilles en Normandie et de Courteilles au Maine, dont les descendants existent encore parmi nous dans la famille Le Clerc de Juigné, accomplit trois fois le voyage de Jérusalem et du mont Sinaï. Il a laissé une relation de son pèlerinage
(1) Archives du chapitre du Mans, registre B-15. — Blondeau, Portraits des hommes illustres de la province du Maine. — Blanchard, Généalogie des maîtres des requêtes , p. 233 et 234. — La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, p. 43. — Goujet, Supplément de Moréri. — Le Paige, t. H, p. 514. — D. Liron, Singularités historiques , etc., t. III, p. 422-438. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine , t. IV, p. 196.
(2) Ménage, Histoire de Sablé, part. II. — Le Paige, t. II, p. 584.
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lait en 1533, en la compagnie «lu P.Bonaventure Bochard, de Tordre des frères mineurs, do la province de France «' du couvent de Bernay. Ce religieux était, lui aussi, un enfant du Maine, et il a écrit une Ckronograpfrie de la Syrie
et des deux Arabies. Quant au voyage deGreffin Arfagart, il est dicté par les sentiments de la foi la plus vive et digne d'un fils des croisés (1).
Nous devons encore mentionner parmi les poètes religieux de Fépoque Jean Daniel , dit maître Miton, organiste au Mans; mais surtout Matthieu de Vaticelles, qui entreprit, fort jeune encore, de combattre Clément Marot, et employa son talent poétique à réfuter les dangereuses doctrines du poète huguenot. De Varicelles se joignit encore au P. Edmond Auger, jésuite, pour soutenir la vérité catholique; il composa des Noëls qui obtinrent un juste succès , et il unit ses regrets à ceux de tous les vrais catholiques du Maine pour pleurer la mort du pieux et savant Jérôme d'Hangest, en 1538 (2).
Si nous avons eu à constater les efforts que fit l'hérésie pour s'implanter dans notre diocèse durant l'épiscopat du cardinal Louis de Bourbon, les noms que nous venons de faire connaître prouvent que la vérité ne restait pas sans défenseurs dans notre province. C'est ce qui ressortira plus clairement des divers événements que présente la suite des années. Ce fut le 8 août 1519, que Louis de Bourbon, déjà évêque de Laon et cardinal, fut nommé au siège du Mans. Il prêta le serment de fidélité au roi le 21 du même mois (3). La même année on établit un grenier à sel pour le Maine et l'Anjou. Les populations chargèrent Julien de Baïf, cha-
{■[) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise. — Wadding, Bibiioiheca fratrum minorum. — Ansart, Bibliothèque littéraire du Maine.
— D. Liron, Singularités historiques et littéraires , t. III, p. 45o-45S.
— Hauréau, Histoire littéraire du Maine s t. I, p. 56, el t. IV, p. 395. d) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise. — Hauréau, Histoire
littéraire du Maine, t. IV, p. 293.
(3) Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. I, p. 636, éd. in-fol*
— Gallia christiana, t. XIV, col. 413.
Louis de bourbon. 35 \
noine du Mans, et Pierre Fournier, seigneur de Lanxerre ) de réclamer contre cette institution; mais leurs remontrances ne produisirent aucun effet. Alors le peuple se souleva, et la cour envoya clans nos provinces le seigneur delà Loupe, delà maison d'Angennes de Rambouillet, avec une compagnie d'archers, pour soumettre les rebelles. On leva ensuite dans le Maine et l'Anjou une compagnie de francsarchers, qui causèrent de grands désord res dans les campagnes (1521). Charles de Coësmes, seigneur de Lucé, fut établi capitaine de ces francs-archers, et ne put remédier au mal (I).
Les envahissements de la commende faisaient de plus en plus sentir les inconvénients auxquels cette institution exposait les maisons religieuses. Les pauvres en ressentaient le fâcheux contre-coup; les moines, dépouillés subitement d'un tiers, et souvent des deux tiers de leurs revenus, ne pouvaient plus soulager les infortunés avec la même générosité que par le passé. Les religieux d'Évron s'opposèrent de tout leur pouvoir à ce fléau ; mais ils ne parvinrent pas cependant à l'écarter de leur abbaye (1522). La cour avait trop d'intérêt à se former des créatures aux dépens des biens des églises; elle donna l'abbaye d'Évron à Nicolas de Chateaubriand (2). La Couture devint vacantela même année (1522) par la mort deJeanColluaut, évoque de Senlis; Françoise nomma aussitôt pour le remplacerMartindeBeaulne, archevêque de Tours. Celui-ci se hâta de prendre possession de ce riche bénéfice, et dès le mois de février il prêta le serment au vicaire général du cardinal Louis de Bourbon. Adrien VI gouvernait alors l'Église. Ce Pontife ayant pris connaissance des motifs si peu légitimes que le roi avait d'étendre la commende à l'abbaye de la Couture, consentit* il est vrai, à conférer l'institution à l'archevêque de Tours > mais à la condition que les moines, à la mort de ce prélat* rentreraient dans le droit d'élire un abbé régulier. Cette
0) Annales d'Anjou, p. 198. — Bourdigné, t. II, p. 325-330.
(-2) (ieruult, Notice historique sur Èvr on, p. 47.