‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 29 sur 66 · M HISTOIRE HH · texte numérisé non relu

M HISTOIRE HH

protestation, inspirée par la justice même à l'intègre Pontife* ne devait cependant pas arrêter l'abbaye dans sa ruine.

Martin deBeaulne étant mort en 1.V27, François Ier, sans égard aux protestations d'Adrien VI, lui donna pour .successeur Adam Fumée, déjà titulaire d'un évêcbé m partibus. Ce prélat embrassa le protestantisme, et remit en 1 5 \ \ l'abbaye à son neveu Nicolas Fumée, évêque de Béarnais, qui fut agréé par le roi François Ier. La condition de cette résignation fut une pension qu'Adam se réserva sur la mense abbatiale. Heureuse l'abbaye de la Couture, si Adam Fumée se fut du moins retiré; mais il continua d'y faire sa demeure, et comme il aimait les lettres et qu'il cherchait à imiter les grands seigneurs de son temps, il attirait près de lui les poètes et les philosophes. Son palais ressemblait à une académie, où les savants trouvaient une splendide hospitalité. Malheureusement les doctrines qu'on y professait, et qui étaient celles du prélat apostat et de son frère Antoine Fumée, qui vivait aussi habituellement à la Couture, étaient le scepticisme et le sensualisme le plus prononcé, avec une admiration exclusive pour l'antiquité païenne. Cette société, dont l'etfet moral dut être des plus funestes sur le diocèse du Mans, se maintint jusqu'en 1575, époque de la mort d'Adam Fumée (1).

Nicolas était abbé de la Couture au moment de la mort de Jean Bougler. Sous un commendataire, les moines de Solesmes ne pouvaient espérer d'avoir un prieur qui fût nommé par voie régulière. Nicolas Fumée leur imposa, sans doute avec le consentement du roi, Jacques Fouin , qui fut le premier prieur commendataire de Solesmes. On

(1) Mss. de la bibliothèque Un Mans, n° 91. — Essai historique sur /'abbaye de Solesmes, p. 53. — La Croix du Maine, Bibliothèque françoise. — Galtia christiana, t. XIV, col. 132, et seq. — Congrès scientifique de France, 1839, t. II, p. 315. — Nous lisons sur un ouvrage qui a appartenu à Adam Fumée, Scipionis Cupicii de principiis rerum libri duo, Venetiis, Aldi filii , 15'»6, l'inscription suivante de sa propre main : Adam Fumée, sic erat in fatis. C'est la devise d'un philosophe fataliste.

doit du moins lui rendre cette justice qu'il soigna le temporel du monastère, et obtint même divers arrêts du parlement de Paris pour contraindre à la restitution des rentes et dîmes plusieurs des vassaux du prieuré, que la mort de Jean Bougler semblait avoir émancipés. Jacques Fouin ne vivait plus en 1564. Nicolas Fumée obtint un bref pour conserver le prieuré de Solesmes avec l'abbaye de la Couture, et il jouit des revenus de l'un et de l'autre jusqu'en 1575 (1).

François Ier, qui respectait assez peu les droits de l'Église, accorda (1522) cependant à tout le diocèse du Mans des lettres d'amortissement qui lurent regardées comme un bienfait considérable par le clergé, quoiqu'il les achetât au prix de seize mille cent soixante-dix-sept livres, seize sous, dix deniers. Une ordonnance précédente avait enjoint à tous les membres du clergé de se dessaisir des seigneuries, terres nobles et autres possessions de semblable nature dont ilsjouissaientsans avoir payé de droits d'amortissement. Le clergé n'obéit pas, et celui du Mans demanda et obtint un amortissement général (2). Le chapitre diocésain obtint aussi un avantage auquel il mettait avec raison une grande importance. L'archevêque de Tours étant venu au Mans pour prendre possession de l'abbaye de la Couture (1522), annonça l'intention de visiter l'église cathédrale ; le chapitre lui lit représenter les privilèges dont il était en possession, et l'archevêque les confirma en déclarant qu'il ne voulait pas y porter atteinte (3).

Le Maine fut en proie à la disette durant l'année 1523, par suite d'une tempête qui dura dix jours (4). Mais un fléau beaucoup plus redoutable encore pour les provinces d'Anjou et du Maine fut la présence de ces troupes de francs-

(1) Essai historique sur l'abbaye de Solesmes, p. 54.

(2) Livre Blanc du chapitre du Mans, fol. 222 v. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 56. — Ghoppin, Police ecclésiastique, p. 450.

(8) Pièces justificatives, n°» XXV et XXVI.

(4) Labbe, Uiblinthcca manuscripiorum, t. 11, p. 147.

Xil niSTOliiK DK l'AGLISI Dt ÙARÀ,

archers dont nous avons parlé. Elles répandaient en tout lieu le pillage, le sacrilège et la terreur. La cour envoya le maréchal de Montmorency pour rétablir Tordre (1823); mais après son départ les mêmes maux reprirent leur cours. Enfin en 1526, tandis qu'une nouvelle famine sévissait dans nos deux provinces, le seigneur de Ghandiou poursuivit vigoureusement ces brigands, les battit et en lit pendre un grand nombre (I).

Les religieuses de Sainte-Glaire, dont nous avons déjà parlé, furent définitivement établies dans le couvent de Patience à Laval, par Guy XVI et Anne de Montmorency, sa femme (1524). En même temps naquit au château de la Poissonnière, paroisse de Gouture, Pierre de Ronsard, qui occupera tant de place dans la suite de nos récits. Christophe de Ghauvigné, évêque de Léon, consacra l'église de Notre-Dame-de-Gourdaine. Gomme ce prélat n'avait pas voulu recevoir de vacations pour cette fonction, la fabrique lui fit présent pour son dîner de sept sous, six deniers de gibier; d'un rognon et d'une poitrine de veau, valant onze sous; d'une douzaine de pains, valant quatre sous; d'un pot d'hippocras, de seize sous ; de cinq pintes de vin d'Orléans, de quatre sous six deniers; de quatre petits plats de métier, valant quatre sous ; et à ses vicaires, un rognon de veau, avec un coq d'inde, un chapon, le tout estimé dix sous; au clerc, pour avoir dressé le procès-verbal de la dédicace, on solda vingt-deux deniers (2). Cette même année vit publier un processionnal selon l'usage du Mans, et naître, à Lonlay , Jacques Goyon de Matignon , depuis maréchal de France, l'un des guerriers les plus fameux qu'ait produits notre pays, et dont nous devrons bientôt parler pour la part active qu'il prit aux guerres de religion. Du reste les hérétiques faisaient chaque jour de nouveaux progrès dans notre contrée, et ils manisfestèrent leur présence dans le diocèse d'Angers, de manière à inquiéter

(1) Bourdigné, t. II, p. 335 et 353.

(2) Almanach manceaudc 1760, p. 84.

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vivement l'autorité (1). C'est de ce côté désormais que se tourne le grand intérêt de notre histoire.

L'année suivante (1526) fut témoin de la mort édifiante de François du Parc, chevalier, seigneur de Chemiré-en- Charnie. Il était neveu de Guy Ier du Parc, abbé de Beaulieu-lès-le-Mans (UM), et frère de Guy II du Parc, dernier abbé régulier du même monastère (2). Le collège du Mans fut définitivement établi par les soins des exécuteurs testamentaires du cardinal Philippe de Luxembourg (3). Le 9 avril , le snffragant du cardinal Louis de Bourbon consacra l'église abbatiale de Saint-Vincent, sous le patronage de l'illustre martyr de Sarragosse, de saint Laurent, de saint Domnole et de saint Aldric. Il y dédia en même temps un autel à saint Pierre et saint Paul. C'est cette dédicace dont les moines de l'abbaye célébrèrent l'anniversaire jusqu'à leur suppression (4). Le diocèse fut pourvu en cette même année d'une nouvelle édition du bréviaire.

Jusqu'en l'année 1527, V Hôtel-Dieu de la Ferté-Bernard relevait de la maison deCoëiFortduMans; il était, pour le revenu de son aumônerie, le plus considérable des quatre qui dépendaient de cet établissement. Sous le prétexte que les biens étaient mal administrés, le bailli de Claude de Lorraine, duc de Guise, seigneur de la Ferté, fit saisir toutes les dépendances de IHôtel-Dieu ; il s'ensuivit une longue série de procès, à la fin desquels l'administration de l'Hôtel- Dieu resta entre les mains de la communauté de ville, et une indemnité fut payée chaque année aux frères de Coëffort et à leurs successeurs les prêtres de Saint -Lazare, chargés d'acquitter les fondations pieuses. En 1687, une communauté de sœurs hospitalières de Mortagne, se chargea du soin des malades et remplaça les serviteurs à gages auxquels il était confié depuis longtemps.

(1) Preuves des libertés de l'Église gallicane, t. II, p. 1090, n° 4 et suiv.

(2) Pesche, t. II, p. 8.

(3) D. Felibien, Histoire de Paris, t. III, p. 585-595.

(4) Bibliothèque impér., Mss. de Gaignières, n° !H'i5,

35<i HISTOIRE DE l/ÉGLISE M MA58.

Le grand événement qui signala pour notre Église l'année 1528 fut le concile qui s'ouvrit le 22 juin à Tours. Antoine de La Barre, nouvellement nommé au siège de Tours, envoya son vicaire pour présider l'assemblée; le cardinal Louis de Bourbon se lit représenter par Jean Corbin , officiai du Mans. Jean Cartier, chanoine de notre Église, fut le député du chapitre; la plupart des abbés et des prieurs du diocèse ne comparurent aucunement; deux ou trois seulement envoyèrent des procureurs: les commendes produisaient cette éclipse de l'ordre monastique. A l'ouverture des séances, Jean Gorbin protesta au nom du cardinal de Bourbon et de l'Église du Mans contre ce qui avait été exprimé dans les lettres de convocation, où Ton avait nommé l'évêque de Dol avant l'évêque du Mans, contrairement aux droits reconnus de toute antiquité. Le concile mit à la tête de ses délibérations celles qui concernaient l'Église et la conservation de la loi catholique. Tout le monde commençait à ouvrir les yeux sur les desseins des nouveaux hérétiques, qui s'annonçaient déjà par leurs violences comme voulant renverser la religion ancienne de la France (1).

Durant ce temps-là François Ier demandait au clergé et à tous ses sujets la somme énorme de deux millions d'écus d'or, pour être livrée à Charles- Quint en place de la province de Bourgogne, que le roi de France avait promis de céder par le traité de Madrid. Leduc de Vendôme, président delà noblesse, répondit au monarque, qui s'était montré si dur à son égard : « Sire, la noblesse vous offre la moitié de ses biens; si la moitié ne suffit pas, la totalité, avec nos épées et tout notre sangj usqu'à la dernière goutte ; maisje ne puis m'engager que pour les gentilshommes qui sont ici et qui environnent votre trône. Qu'il plaise donc à Votre Majesté

(1) Biblioth. impér., Mss. des Bl.-Mant., n<> 81. c, p. 597-626. — Cfr. Maan, Ecclesia Turofiensis, part. II, p. 190. — D. Felibien, Histoire de Parit, t. III, p. 982. — Du Boulay, Historia universitatis Parisiensis , t. VI, p. 209 et seq.

d'ordonner aux baillis d'assembler la noblesse de leurs districts; et j'ose lui répon Ire qu'il n'y a pas un seul Fran* çais, honoré du titre de gentilhomme, qui ne se fasse un devoir sacré de suivre notre exemple. » 11 était assuré de n'être pas démenti. L'évêque du Mans, frère du duc de Vendôme, et président du clergé , donna les mêmes assurances au nom de son corps (1). Mais lorsque le roi, en conséquence de ces offres généreuses, demanda aux corps ecclésiastiques un double décime, le chapitre du Mans envoya au lieu d'argent des représentations, qu'il adressa au cardinal de Bourbon pour les faire valoir auprès du trône (2). A la même époque, D. Jean de Montmajeur, abbé régulier de Saint- Vincent, convoqua et présida le synode diocésain , selon l'ancienne prérogative de sa dignité. Il en usa de même l'année suivante , l'évêque n'étant pas présent dans le diocèse (3). Un Manuel ou Rituel à l'usage de l'illustre Église du Mans fut publié la même année à Paris (A). C'était en effet toujours aux presses de la capitale ou de quelque autre ville du royaume que le clergé manceau était obligé de s'adresser pour ses livres liturgiques. L'imprimerie ne fut introduite que très-tard au Mans, probablement vers 4529 ou 1530. Les statuts synodaux et deux éditions nouvelles du Missel, de 1530 et 1531, furent encore publiés à Paris.

Quelques faits relatifs au chapitre diocésain méritent d'être mentionnés comme témoignage des mœurs et usages du temps. Le 14- janvier 1529, les chanoines, considérant que les femmes de mauvaise vie et les hommes qui les fréquentent attirent la colère de Dieu sur une cité, donnèrent vingt sous au bourreau de la ville du Mans pour qu'il les chassât des lieux voisins de l'église cathé-

(1) VArt de vérifier les dates, t. XII, p. 511.

(2) Délibérations capitulaires, 7 octobre 1528. Archives du chapitre du Mans, registre B-15.

(3) Mss. de Gaignières, n° 5445.

(4) Manuale ad usum prœclarœ Ecclesiœ Cenomanensis,Vnv\sustOip\id Nicolaum Prévost, 1528, in-8°.

.hali'i) La -1\ juillet, Christophe de Cbauvigné, évêque de Léon et chanoine du Mans, lut reçu et installé dans le chapitre connue chanoine, archidiacre de MoDlfort, nonobstant L'opposition du chanoine Tahureau. Le 4 août suivant, Christophe de Chauvigné se présenta en personne et fit les serments accoutumés, Ouelques jours après, Tahureau trouva moyen de se faire recevoir pour la même dignité. De là un procès, qui se termina par un accord. L'évêque de Léon resta en possession de J'archidiaconat, et il fut réglé qu'il ne tiendrait que son rang de chanoine.

Le 27 octobre on présenta au chapitre de la part du roi quatre lettres que le monarque lui adressait pour faire ratifier par le clergé, la noblesse et le tiers-état, les deux traités de Madrid et de Cambray. Le clergé fut convoqué pour le 14 décembre suivant, et le chapitre donna sa ratification le 1 5, jour où devait s'assembler la noblesse. Enfin, Marin de Broc, dernier abbé régulier de Saint-Calais, ayant envoyé ses excuses de ne pouvoir assister à la fête de saint Julien, la compagnie lui fit signifier qu'il eût à comparaître à Favenir. Le 27 avril de l'année suivante (1530), il fut résolu, en chapitre général, d'ajouter un nouveau degré de solennité à l'anniversaire du Pape Jules II, qui avait accordé à l'église cathédrale les indulgences des stations quadragésimales. Le 3 juin, un clerc s'étant présente" avec des provisions du roi pour être reçu à un canonicatetà l'archidiaconat de Châtcau-du-Loir, vacant en régale, le 13 du même mois les chanoines déclarèrent qu'ils n'admettraient pas le protégé du roi, « parce que personne n'avait encore été reçu dans l'Église du Mans, en vertu de la régale (2). » Le 4 juillet, sur l'avis de la prochaine arrivée au Mans du cardinal de Bourbon, leur évèque, les chanoines ordonnèrent de tendre la grande tapis-

(1) Archives du chapitre, registre B-15. — Mss. de la bibliothèque du Mans, n<> 257.

(2) Quia nullus fuit receptus in prœsenti Eeclesia in vim regalire. Ibidem.

série dans l'église, de mettre le parement d'autel qu'il avait donné, de sonner toutes les cloches : et ils résolurent en outre de lui faire présent de deux busses de vin clairet d'Orléans. Le 16 juillet, le cardinaUévêque ordonna de célébrer une procession générale. En 1 529 et 1535 ce furent les vicaires généraux, en l'absence du prélat, qui ordonnèrent des processions; mais dans ces divers cas, ce fut le chapitre qui, selon son ancien droit, régla le cérémonial qu'on devait y observer. Le 14 août, les chanoines firent don au duc de Guise, qui se trouvait au Mans, d'une image en or de saint Julien, et on lui présenta le pain du chapitre. Chaque fois qu'un évêque, un prince, ou quelque autre grand personnage visitait le Mans, les chanoines lui offraient le pain du chapitre, une certaine quantité de vin et des bougies. Le cardinal officia solennellement le jour de l'Assomption; et le chapitre fît exposer les reliquaires donnés par le comte du Maine, Louis III, et qui étaient vraisemblablement es plus beaux que possédât le trésor. Comme les chanoines étaient en procès avec Félix de Brie de Serens, protonotaire apostolique, abbé de Saint-Évroul et doyen du Mans, le cardinal se rendit au chapitre (19 août) pour exhorter les parties à la paix. Ce différend, commencé en 1527, ne fut terminé que par l'arrêt du 11 avril 1540, qui déclarait le doyen justiciable du chapitre. Durant ce voyage dans son diocèse , le cardinal de Bourbon exerça en plusieurs circonstances les fonctions de sa dignité : il consacra à Lassay la chapelle de Boisthibaut, qui appartenait à Louis du Bellay, grand archidiacre de Paris (1). Il administra le sacrement de contirmation dans l'église de la Guierche (2).

(1) Le Paige, t. I , p. 462 et 463.

(2) Papiers de la fabrique de la Guierche. — Selon Le Blanc de la Vignolle, Mss. de M. LaBcauluère, t. T, p. 278, le cardinal Louis de Bourbon présida aux obsèques du comte de Laval Guy XVI ; mais suivant Le Doyen, qui fut témoin oculaire de la funèbre cérémonie, qu'il a décrite avec toutes ces circonstances, ce fut l'évêque de Rennes qui officia. Ces funérailles furent très-pompeuses; mais le cardinal-évêque du Mans n'y était pas présent. On y voyait les évoques de Rennes et de Saint-Malo, et les abbés de Saint-Aubin d'Angers, de Glairemont et de Bellebranche.

La présence des ennemis de l'Église , toujours prêts à saisir les moindres occasions pour déverser le blâme sur ses pratiques, même les plus saintes, obligeait les chanoines à réprimer avec grand soin les moindres infractions à la discipline. Depuis longtemps déjà ils recommandaient sans cesse au clergé placé sous leur autorité de porter l'habit clérical, et défendaient d'en porter d'autre (1). Le chapitre dut aussi étendre sa sollicitude sur un usage fort ancien au Mans, comme dans tout le reste du monde chrétien ; nous voulons parler de la fête des Innocents ou des fous. Il est probable que cette solennité remonte à une haute antiquité (2). Quoiqu'il en soit, il est certain que la piété si sincère de nos pères des xne et xiif siècles n'y avait vu qu'une récréation permise et convenable même à des hommes d'Église, bien que cette fête ne fut jamais célébrée que par les enfants d'aube et les clercs du bas-chœur. Depuis le 18 février 1405 jusqu'au 31 janvier 1531 , nous trouvons chaque année les chanoines de Saint-Julien réglant d'avance ce qui concerne la fête des Innocents; ils conservaient la crosse , la mitre et les autres ornements pontificaux qui devaient servir à l'enfant de chœur que son rang appelait à remplir le rôle d'évêque dans cette fête. Chaque chanoine, la première année de sa réception, devait fournir une somme assez considérable pour les frais du repas des Innocents. Cette fête se renouvelait plusieurs fois dans le cours de l'année ; mais elle se solennisait avec un éclat particulier de Noël à l'Epiphanie. Au Mans, ce n'était pas un usage particulier à l'église cathédrale ; mais il existait aussi à la collégiale de Saint-Pierre-de-la-Cour, à l'église paroissiale de Sainte-Croix, et probablement dans les autres chapitres et paroisses. On l'a vu supprimer précédemment dans la collégiale de Saint-Thugal.

Ces fêtes destinées à satisfaire un besoin de gaieté expansive que les générations plus actives et plus naïves du

(1) Archives du chapitre, registre B-15 ( 15 juillet 1530).

(2) Voir Cherest, Nouvelles recherches sur lu fête des Innocents , p. 5 et suiv.

moyen âge ressentaient plus impérieusement que nous, n'avaient pas le caractère de dérision qu'on leur attribue généralement. Il est certain du moins que durant de longs siècles il ne s'y passa rien de repréhensible aux yeux des esprits les plus sérieux. Nous voyons pratiquer ces fêtes dans l'église de Saint-Julien durant tout l'épiscopat du pieux cardinal Philippe de Luxembourg, à une époque où l'exemple de ce grand prélat maintenait la plus exacte régularité dans le clergé; et pas une plainte ne s'élève contre cette coutume ancienne. Une seule lois, sous l'épiscopat d'Adam Ghastelain (1398-1139), un enfant d'aube paraît dans l'église de Saint-Pi erre-de-la-Cour vêtu d'une peau de veau, et il en est aussitôt sévèrement châtié. Mais le xve siècle amena un dangereux relâchement dans les mœurs générales de la société; aussi dès 1506, quelques diacres et vicaires demandèrent à ne pas assister à la fête des enfants (!). En 1528 le chapitre accordait, selon la coutume, quarante pintes de vin et l'argent ordinaire à Yévêque des Innocents y pour le festin qui terminait la solennité. Les diacres, les vicaires, les clercs et les sergents de l'Église seulement y étaient admis; car c'était proprement la fête des enfants d'aube. On donnait à ce jour de récréation le nom de fête des enfants, des innocents et des fous ; expressions qui dans le langage du temps avaient à peu près le même sens. Les chanoines défendirent aux vicaires, surtout à ceux qui étaient prêtres, de paraître masqués ou avec des habits de baladins et messéans,dans l'église et dans la ville, à l'occasion de cette réjouissance. Au chapitre général tenu à la Saint-Julien, les chanoines défendirent de jouer publiquement à la fête des Innocents aucune comédie ou farce, sans les avoir préalablement soumises et fait approuver par le chapitre. Le 31 janvier de la même année, les chanoines firent un beau statut, pour défendre toutes les irrévérences qui se commettaient à la fête des Innocents, dans l'église, durant la célébration de l'office divin. Les

(1) Archives du chapitre du Mans, registre B-J5, p. 38.

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abus qui attirèrent surtout ce règlement sévère consistaient en des déguisements et des danses : ces déguisements avaient pris leur origine probablement dans les scènes dont la fête était accompagnée depuis un certain laps de temps; et quant aux danses, tout porte à croire qu'elles n'étaient qu'un souvenir dégénéré des mouvements rhytmiques qui ontpresque toujours dans l'origine faitpartieducultedivin. En 1531, les chanoines supprimèrent le repas de la fête des Innocents, et ordonnèrent de distribuer entre tous ceux qui avaient droit d'y assister la somme ordinaire de quarante livres. Pour comprendre la sollicitude du chapitre de Saint-Julien, il suffit de se rappeler qu'à cette époque même, Angers était le théâtre des faits qui ont fourni la matière à la légende de Pierre Faifeu, et que ces excès d'une gaieté extravagante et sans frein étaient chantés par Charles de Bourdigné, originaire du Maine, qui dédiait son poëme scandaleux à maître Jean Alain , prêtre, dont il se dit l'humble chapelain (1).

Par le règlement dont nous venons de parler, le chapitre de l'église cathédrale n'avait pas entendu supprimer entièrement la fête des Innocents. On le voit en effet, le 4er février et le 23 décembre de l'année 1538, s'occuper à établir des dispositions pour lui maintenir son véritable caractère. D'abord on délivrerai l'enfant de chœur élu par ses confrères pour évêque des Innocents la somme accoutumée; les semi-prébendés , vicaires et sergents n'auront pas le droit d'assister au festin ; ce qui était trop onéreux aux parents des enfants d'aube, qui étaient ordinairement pauvres. Comme le maître de p.-allette et les vicaires évincés de ce repas, avaient pris leur revanche en faisant un festin, probablement aux dépens du chapitre, les chanoines leur défendirent d'en agir ainsi désormais. Enlin cette fête, réduite à l'état de simple jour de récréation et à un repas plus ou moins splendi le que les cha-

(1) Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au xvie siècle, t. I, p. 52.

LOUTS DE BOURBON. 363

noines donnaient aux enfants de chœur, et depuis longtemps devenue étrangère aux offices divins , ne fut définitivement supprimée que le 13 avril 1644. En d'autres églises, à Sens en particulier, la fête des Innocents ne, disparut entièrement qu'avec la tempête qui renversa l'ancienne société à la fin du xvme siècle.

Durant ce temps-là les chanoines poursuivaient les embellissements de l'église cathédrale, et firent des dépenses considérables pour les grandes orgues (1). Ils soutinrent aussi le droit d'asile île l'église de Saint-Julien, et ne permirent pas au geôlier de Ja ville de reprendre des prisonniers qui, s'étant évadés des prisons publiques, s'y étaient réfugiés (2). Le cardinal Louis de Bourbon autorisa (1 532) au Mans l'usage des messes sèches; abus contre lequel l'Église s'est prononcée plus d'une fois (3). Du reste le pays était loin d'être calme; car Michel Don, prêtre, docteur en théologie et vicaire général du cardinal de Bourbon , évêque du Mans, permit (1532) à Pierre de la Goupillière d'assister à la messe en une autre église que celle de sa paroisse, parce que les troubles lui en interdisaient l'approche (4). Ce fut peut-être pour remédier à ces désordres que les grands-jours pour le Maine furent tenus à Tours (1533), sans produire de résultats bien sensibles (5). Les magistrats s'occupaient aussi des choses de notre Église, et un arrêt du parlement ordonna (1533) une nouvelle répartition des biens du chapitre diocésain, pour établir une égalité parfaite entre toutes les prébendes (6). En même temps un incendie réduisit en cendres (octobre 1533) l'abbaye de Lonlay. Tout ce qu'elle possédait de plus précieux, même ses chartes et ses titres, devint la proie des flammes. Elle était alors au pouvoir du célèbre Jean Le Veneur, car-

(1) Délibérations capilulaires, 26 octobre 1531 et 20 octobre 1535.

(2) Ibidem, 27 et 28 septembre 1531.

(3j Thiers, Traités des superstitions, t. II, p. 328.

(4) Biblioth. inip. Collection Dangeau, t. III, p. 9.

(5) Ghalmel, Histoire de Touraine, t. Il, p. 331.

(6) Ghoppin, Police ecclésiastique, p. 340, trad. franc.

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dinal, évêque de Lisieux, grand aumônier de France, dont la famille possédait de grands établissements dans le Passais et dans le diocèse du Mans (I).

En cette môme année 1533, la Providence vint miséricordieusement an secours de la foi de nos populations, que l'hérésie ne cessait d'inquiéter. Un grand nombre de grâces miraculeuses furent répandues dans le sanctuaire d'Avesnières sur les clients de la Mère de Dieu. C'est ainsi que le raconte Guillaume Le Doyen, qui était témoin de ces prodiges.

En ce présent an , sans mentir, Je veux parler, sans alentir, Des miracles qui, chascun jour , Se font de part Dieu cy en tour, Par les requestes et prières De Nostre-Dame d'Avesnières.

Car toutes gens de loingtain pais , Sont guaries de leurs maladies, Quelque langueur, quelque douleur, S'envont tretous ô joyeulx cœur, Gens malades de fièvre et goucte Et mesme gens qui ne voient goutte, Faisant leur prière et requeste Sont exemptez de faire queste (2).

Tandis que le cardinal Louis de Bourbon se rendait à Rome pour le conclave qui plaça Paul III sur le trône pontifical (1534), ses vicaires généraux préparèrent et publièrent le recueil des statuts synodaux du diocèse (3). Nous avons assez peu de chose à en dire; car ce sont plutôt des

(1) Caillebotte, Essai historique sur Dom front, 4« éd., p. 64.

(2) Annales et chroniques du pays de Laval, par Guillaume Le Doyen, p. 282.

(3) Statuta Sijnodalia auctoritate reverendissivii domni Ludovici de Borbonio, miseratione divina tituli sanctœ Sabinœ S. R. E. presbyteri cardinalis , episcopi Cenomanensis , per venerabiles ejusdem domini vicarios confecta. Exewd. Dionysius Gaignot, 1535, in-8° Goth. — 11 faut comparer à cet ouvrage rarissime un autre petit livre presque introuvable : Stile et règlement pour la cour épiscopale et officialite' de la ville du Mans. Petit in-8» de 15 p. (L. M).

traités de morale que des décisions disciplinaires. Ce n'est guère qu'une réimpression, avec quelques changements, des statuts de 1189. Il est nécessaire néanmoins de remarquer que les pénitences imposées dans la confession étaient généralement beaucoupplus longues et plus austères qu'elles ne le sont présentement. Les lépreux ne devaient pas vivre errants à leur volonté; chaque paroisse devait pourvoir à la nourriture et à l'entretien de ceux de son territoire ; et si elle y manquait, ils étaient autorisés à adresser leur plainte aux doyens de leurs ressorts. — La résidence était instamment recommandée à tous ceux qui avaient charge dames. On ne devait employer que des clercs pour sacristains, autant que possible. Les blasphémateurs devaient être dénoncés à l'official. Défense de faire des repas aux processions des rogations et de la saint Marc. Les ordonnances sur les testaments font voir combien l'Église entrait encore intimement dans la famille. Il faut exhorter les paroissiens de tout le diocèse à faire des aumônes à l'église cathédrale et à la visiter, surtout durant le carême, à la saint Julien, à la saint Philippe et saint Jacques, et pour les indulgences stationnales. On renouvelle un statut synodal du cardinal Philippe de Luxembourg qui défendait aux femmes, sous peine d'excommunication, de se placer dans les églises parmi les hommes. Et il faut remarquer que cette défense avait été approuvée par l'autorité apostolique. Les règlements touchant les confréries sont nombreux: les repas que les membres de ces associations étaient dans l'usage de se donner sont défendus, ainsi que les cérémonies qui se pratiquaient pour la transmission du bâton. En principe général, on ordonne de réviser les statuts de toutes les anciennes confréries existant dans le diocèse; et l'on réserve à l'évêque le pouvoir d'en ériger de nouvelles dans la suite.

Il faut observer que ces assemblées se tenaient très-régulièrement deux fois chaque année, le jeudi d'après la Pentecôte et le jeudi d'après la saint Luc. Elles furent presque toujours présidées par l'abbé de Saint-Vincent, l'évêque

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étant continuellement absent (lu diocèse, et l'abbaye de Saint-Calais ayant été envahie par la commande.

En recevant la bulle tjui assurait leur exemption de F«hv dinaire, les chanoines du Mans s étaient engagés à payera la chambre apostolique un florin d'or chaque année. H y avait vingt-sept ans qu'île avaient négligé de s'acquitter de ce devoir, lorsque, par nu souvenir un peu tardif, ils résolurent en 1535, de solder cette dette et de payer les arrérages (1). La même année le cardinal Louis de Bourbon fut pourvu de l'archevêché de Sens, que la mort du célèbre cardinal Antoine du Prat laissait vacant (2). Il se trouvait alors pourvu de sept éxêchés et de huit ou neuf abbayes. Il songea à se démettre du siège du Mans en faveur de René du Bellay de Langey. Le cardinal de Bourbon possédait de grandes qualités; si son rang de prince ne l'eût appelé sans cesse, soit à la cour de Rome, soit à la cour de France, et si le relâchement de la discipline en ces temps n'avait accumulé sur lui un si grand nombre de dignités, son gouvernement eu tété très-avantageux à l'Église. Mais il négligeait tellement ses devoirs sous le rapport de la résidence, que la Sorbonne se crut obligée de lui adresser des représentations sous ce rapport. Il fut généreux envers notre cathédrale, à laquelle il donna entre autres présents deux magnifiques parements d'autel (3). Il avait gouverné durant seize ans l'Église du Mans. 11 mourut à Paris, le 13 mars 1556, âgé de soixante-trois ans. Son corpr fut enseveli dans le chœur de la cathédrale de Laon, et son cœur sous l'aile gauche de l'église abbatiale de Saint-Denis, au lieu où Ton voyait l'image de ce cardinal à genoux sur une colonne de porphyre, décorée de ses armes (4).

(1) Délibérations capitulaires, l"Ct54 février 1535.

(2) Galliachristiana, t. XII, col. 91 et 92.

(3) Délibérations capitulaires, -25 juillet 1530.

(4) Armoiries : D'azur à trois fleurs de lis d'or, au bâton de gueules péri en bande.

Haule position de la famillo du Bellay. — René du Bellay est destiné à l'Église et devient évoque de Grasse. — Il se démet de ce siège et ad ministre le diocèse de Paris en l'absence de son frère. — Il est pourvu de l'évêché du Mans. — Son entrée solennelle et son intronisation. — Ses goûts pour les sciences et le luxe. — Pierre Belon. — Jacques et Jean Pelletier.— François de Laval, évoque de Dol. — François de Maulny,évêque de Sainl-Bricux, puis archevêque de Bordeaux. — Goût général pour la poésie et les arts. — Affaires du chapitre. — Atteintes portées à la discipline.— Propagande protestante. — Propositions hérétiques du chanoine Boissel; poursuites dirigées contre lui. — L'inquisiteur Matthieu Ory à Laval. — Exécutions d'hérétiques. — Leçons de théologie données par le scolastique du Mans. — Formulaire de foi opposé aux hérésies du temps, promulgué par René du Bellay. — Plusieurs prédicateurs avancent des propositions suspectes d'hérésie. — Discussion pour la juridiction. — Jacques du Pré, prédicateur catholique. — Anne de Saint* Berthevin. — Charles Hemard, évêque de Màcon et d'Amiens, meurt au Mans. — Funérailles de Guillaume Langey du Bellay. — Calamités publiques; guerres. — René du Bellay se rend à la cour pour obtenir l'éloignement des troupes qui désolaient le pays. Il meurt et est enseveli à Paris.

Au moment où l'Église du Mans fut confiée aux soins de René du Bellay, elle avait besoin d'un évêque qui voulût se livrer tout entier à son troupeau. Malheureusement, au lieu de ce pasteur vigilant, elle reçut un grand seigneur, très-savant et très-ami des lettres et des beaux-arts, mais qui ne voyait guère dans son bénéfice qu'un riche domaine où il pouvait vivre au milieu d'Unie cour de littérateurs et d'artistes. La famille du Bellay prétendait remonter jusqu'au berceau de la monarchie féodale, et descendre des anciens ducs souverains d'Aquitaine. Quoi qu'il en soit de cette origine, il est certain que sous le règne de François Ier elle occupait l'un des premiers rangs à la cour et dans le royaume. Il est vrai qu'elle produisit alors trois hommes d'un génie supérieur. Ils étaient tous les trois fils de Louis du Bellay de Langey et de Marguerite de La Tour-Landry.

368 HISTOIRE DE L 1 .« ■ 1.1 -K M M \ rg.

L'aîné, nommé Guillaume, fut vice- roi du Piémont, et s'acquit une brillante réputation dans les guerres d'Italie et dans les ambassades dont il fui chargé. & mémoires témoignent encore de la vaste portée de son esprit. Le second, appelé Jean, cardinal du Bellay, et qui occupa le siège du Mans, ne le cédait à aucun de ses contemporains en science et en capacité. Le troisième, nommé Martin, prince d'Yvetot, fut aussi gouverneur du Piémont, puis de la Normandie, et a laissé des mémoires importants. René, notre évêque, fut le quatrième de cette illustre famille. Doué sans doute de facultés moins distinguées que celles de ses aînés, il vécut presque constamment dans la retraite. Us avaient encore trois autres frères, Jacques, colonel de deux mille hommes, tué en Sicile, Louis, dont il sera parlé plus loin, et Nicolas, chevalier de Malte, dont la vie s'est écoulée sans éclat. Anne du Bellay, sœur de tous ces personnages, devint abbesse d'Étival-en-Charnie. Ce fut dans la paroisse de Glatigny, près de Montmirail, au diocèse du Mans, que naquirent ces illustres frères. Kené, destiné dès l'enfance à la cléricature, fut d'abord pourvu de l'abbaye de Saint-Laurent du Gué-de-Launay, au diocèse du Mans, et il fut placé à Paris, près de son frère Jean, chargé de le produire dans le monde et de le rendre habile à de plus hautes dignités. Après avoir exercé durant quelque temps les fonctions de conseiller-clerc du parlement de Paris, il fut nommé le 8 juin 1532 à l'évèché de Grasse (l). Il confia le soin de son diocèse à un vicaire général, et ne quitta pas la capitale. En 1533 ou 1534, il se démit de cet évêché lointain en faveur de Benoit Taillecorne, précepteur des enfants de France et abbé de Nanteuil-en- Vallée, au diocèse de Poitiers. Durant ce temps-là, et tandis que son frère le cardinal Jean du Bellay, évoque de Paris, était pour la seconde fois ambassadeur du roi de France en Angleterre, il administrait le diocèse de Paris. Les circonstances étaient dilliciles; car les propagateurs du protestantisme

(1) Gai lia christiana, t. III, col. 1174.

commençaient à se répandre, et l'autorité ne parvenait pas à les réprimer. Il faut dire à la louange de René du Bellay qu'il s'occupait avec activité a seconder les mesures du légat. Il ne négligeait pas non plus les affaires temporelles de son frère, et il joignait à ses dépêches les plus graves des renseignements sur ses vins de Barbeau et de Saint-Cloud, sur le louage de ses maisons, son fauconnier, et autres affaires de semblable importance.

Toutefois cette position ne pouvait convenir à un ecclésiastique d'aussi grande maison ; et Ton peut croire avec fondement que lorsqu'il résigna son évêché de Grasse, il y avait des arrangements pris relativement au siège du Mans. Ses frères désiraient le voir à la tête de cette province, dans laquelle ils possédaient de magnifiques terres, et où ils étaient très-puissants. Le cardinal Louis de Bourbon ayant été promu à l'archevêché de Sens, se démit donc de l'évêché du Mans en faveur de René du Bellay. Après que celui-ci eut obtenu ses bulles de la cour de Rome, il prêta lesermentauroià Fontaine-Française le27 septembre 1535, ' et le 8 octobre suivant Christophe Peret, seigneur de Pescoux, sénéchal du Maine, lui donna mainlevée du temporel de l 'évêché. Nous allons transcrire les détails de son entrée au Mans; on y verra plus d'un trait de mœurs digne de fixer l'attention.

« Le 7 octobre 1535, noble et de grande considération maître juouis du Bellay, licencié en droit, chanoine et grand archidiacre de l'Église de Paris, et conseiller du roi au parlement de la même ville, se présenta à messieurs de Saint-Juhen,capitulairement assemblés, et leur exposa qu'il était porteur de bulles du Saint-Père le Pape Paul III, portant provision de 1 évêché du Mans en faveur de M. René du Bellay, moyennant la résignation et la cession qu'en a faite M. Louis de Bourbon, cardinal de Sainte-Sabine, dernier évêque du Mans; et en conséquence il requit et demanda, au nom de procureur dudit révérend René du Bellay, son frère, à être reçu et admis en qualité de pasteur et évêque du Mans, suivant la coutume. Messieurs du

:]7<) HISTOIRE Dl l'ÉGLISI DU HAAS.

chapitre renvoyèrent l'examen des bulles qui leur étaient présentées à une commission choisie parmi eux.

« Le lendemain, le rapport de la commission fut communiqué, et le chapitre, après en avoir délibéré, décida qu'il recevrait pu* procureur M René du Bellay en qualité d'évèque, sauf tous leursdroits, privilèges, exemptions, etc., et pourvu <pie préalablement le procureur fit le serment de conserver purs et intacts tous ces droits, privilèges, etc. Après quoi trois de messieurs les chanoines furent nommés pour mettre en possession ledit procureur, en observant toutes les solennités requises en pareil cas.

« M. Louis du Bellay fut alors introduit dans le sein du chapitre; le président lui donna lecture des conclusions cidessus énoncées, et lui énuméra les droits, libertés, privilèges et exemptions de l'Église; il prêta, en qualité de procureur, les serments accoutumés sur l'âme de révérend (père) en Jésus-Christ l\I. René du Bellay. Le serment prêté, M. Louis du Bellay fut reçu par les députés, et au sortir du chapitre, ils le mirent en possession de l'évêché du Mans par le baiser des grands autels des bienheureux saint Julien et des bienheureux martyrs Gervais et Protais, ensuite par l'installation en la chaire épiscopale, au son de toutes les cloches de l'église; les chantres et les enfants de chœur avec les orgues chantant alternativement en musique le Te Deum laudamus. A la fin du cantique, M. le chantre dit, au pupitre, le verset et l'oraison de saint Julien.

« Gela étant fait, ledit proureur prit également possession du manoir épiscopal, par l'entrée de la grande cour et de la chapelle épiscopale, dans laquelle il baisa l'autel, ensuite par son introduction dans l'auditoire épiscopal et son action de s'asseoir sur le siège de la juridiction spirituelle (1). »

René du Bellay ne prit possession en personne de son évêché que vers la fin de l'année suivante , et voici quelques détails sur cette cérémonie. Le 6 septembre 1536,

(1) Congrét scientifique de France, xv ses»., t. Il, p. 2S8

un grand" vicaire se présente devant les chanoines assemblés capitulairement, et donne avis que M. du Bellay, évêque du Mans, veut faire son entrée solennelle pour prendre possession le dimanche 17 septembre , pour lequel jour il a obtenu du Pape un bref accordant riudulgence du jubilé à tous ceux qui assisteraient à la cérémonie. Le grand vicaire qui donne cet avis invite tous ces messieurs au dîner solennel. On commet quatre députés pour tout voir et pour tout préparer. — Le II suivant, il est rapporté au chapitre que dans rassemblée de ville ou a résolu de faire présent à M. l'évêque d'une coupe de vermeil doré de quatre à cinq marcs, et de quatre busses de vin blanc et clairet. On lit dans le chapitre les cérémonies ordinaires dans tels cas pratiquées , et on ordonne qu'on se conformera à ce qui a été fait pour Philippe de Luxembourg. On fera présent au nouveau prélat de deux bassins pesant ensemble quatorze marcs, dont le prix est arrêté à dix-huit livres tournois pour chaque marc. — Le 43, on ordonne que les officiers de la juridiction seront présents pour dresser le procès-verbal, particulièrement du serment que doit faire le nouvel évèque à son entrée. — Le 15, on nomme ceux qui doivent officier extraordinairementà la cérémonie. L'évêque doit chanter la grand'messe. On tendra les grandes tapisseries. On ornera le devant des chaires de Messieurs (les chanoines); celles du grand archidiacre, de l'archidiacre de Sablé, et quelques-unes des plus voisines seront réservées pour les prélats, et l'on disposera des sièges couverts de tapis aux deux côtés du grand autel pour

les personnes de qualité — Le 4 octobre suivant, le

doyen, le chantre et quatre chanoines sont députés pour présenter à l'évêque les deux bassins dont il a été parlé. Et le 6, M. l'évêque descend au chapitre, y fait un discours latin fort éloquent, et témoigne le vif désir qu'il a de vivre dans une parfaite intelligence avec les chanoines. Le doyen le remercie pour la compagnie (1). Telle fut, aux termes

(1) Archives du chapitre, registre B- 15.

372 HISTOIRE DE L BOLWE Dl ma 18,

des registres eapitulaires, l'intronisation de René du Bellay;

Après cette inauguration solennelle, René du Bellay se retira au château de Touvoye, où il méfiait une vie louer et tranquille, s'appliquant surtout à L'agriculture et au jardinage. Il faisait venir de toutes parts des plantes étrangères qu'il acclimata le premier dans le royaume ; un lui doit la culture de l'ébénier, du pistachier et de la plante à tabac, nommée alors ia nicotiane. Au rapport de Gessner, le jardin de Touvoye était alors le plus beau, le plus riche, non-seulement de la Fiance, mais encore de l'Allemagne et de l'Italie. A ce goût René du Bellay joignait celui des beaux chevaux, et il entretenait des haras qui jouissaient d'une grande réputation. Mais ces goûts sont dispendieux; et d'ordinaire les membres des familles même les plus puissantes et les plus riches qui entraient dans l'Église étaient obligés par leurs parents à renoncer à leur patrimoine; d'ailleurs les revenus d'un évêché comme celui du Mans ne pouvaient suffire à tant de dépenses; il fallait donc avoir recours aux abbayes, et même aux prieurés, que la commende livrait en proie aux courtisans les plus avides. Outre son évêché, René du Bellay possédait depuis longtemps l'abbaye du Gué-de-Launay et quelques autres moins importantes. Il fit tous ses efforts pour s'emparer de celles de Saint-Martin de Séez et de Saint-Vincent du Mans; mais il échoua après de longues procédures (1).

René du Bellay aurait menti à son sang, s'il n'avait été un protecteur des gens de lettres et des artistes. Lorsqu'il arriva au Mans, il y trouva bon nombre d'esprits adonnés, soit à l'étude des lettres et des sciences, soit à la culture des arts, mais surtout de la poésie. Il fut lui-même le protecteur de beaucoup de ces amis de l'étude. Au nombre des Manceaux lettrés qui jouirent de sa faveur, il faut signaler Pierre Belon, le célèbre naturaliste voyageur; Jean LeYoyer,

(I) Galliachristiann, t. Xf,col. 716. — Fïélyn». Histoire <1cs ordres monastiques, t. VI, p. 303.

qui dédia ànotreévêque son livre sur l'éloquence, et à dom Jean Cheval son traité de logique; Guillaume Bigot, à la fois poète, médecin et philosophe chrétien ; enfin Jacques Pelletier, le plus renommé des grammairiens, des médecins, des mathématiciens de son temps, et l'un des poètes les plus exercés et les plus diserts de l'académie fondée par la reine de Navarre. C'était par amour des nouveautés, par haine du joug, cependant assez doux, de son frère Jean, que Jacques Pelletier avait recherché cette société, dans laquelle les choses les plus saintes étaient tournées en dérision. Bientôt les hardiesses de notre jeune Manceau et de ses amis éveillèrent l'attention des sages gardiens des traditions; et Marguerite de Navarre se vit ohligée d'interdire l'entrée du Louvre à ces esprits téméraires, à ces agitateurs qui voulaient tout réformer, la langue, les mœurs, l'état et la religion même, pour y substituer une fausse imitation de l'antiquité païenne, unique objet de leurs études et de leurs aspirations. Jacques Pelletier se vit donc obligé de quitter Paris et de revenir dans le Maine. Ce fut alors que René du Bellay l'appela près de lui dans son château de Touvoye, et s'attacha comme secrétaire ce léger personnage. Le commensal de l'évêque du Mans resta le même pour l'esprit que le familier de la sœur de François Ier. Le frère dont Jacques Pelletier fuyait la salutaire surveillance, était d'un caractère bien différent. Il se nommait Jean ; il fut docteur de la faculté de théologie de Paris, grand maître du collège de Navarre, et curé de Saint- Jacques- dela -Boucherie. Il fut envoyé par Charles IX en qualité de théologien au concile de Trente. On vit d'autres Manceaux commencer à se faire un nom dans les lettres sacrées : Julien Tabouet, né à Chantenay, fut un canoniste et un jurisconsulte distingué. Macé Ogier, prêtre, né dans la Champagne du Maine, vers le commencement du xvie siècle, maître de la maison des Ardents , s'occupa avec succès de la géographie du diocèse du Mans. Mais c'était surtout la poésie que l'on cultivait alors chez nous de préférence. Le célèbre Nicolas Denisot, poète et peintre, né au Mans,

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