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et trop lié à la société <le Marguerite de Navarre, composa plusieurs poëmes sur l'avènement du Sauveur et un li\re de prières. .Malheureusement on croit, et avec fondement, qu'il eut part, ainsi que Jacques IV Letier, S la rédaction des
Nouvelles récréations et joyeux devis de Bonaventure des Perrière. Jean Daniel, dit Miton, organiste au Mans , publia un recueil de Noëls. Plusieurs de ceux qui ont déjA été
nommés, comme Matthieu de Vaucelles, le panégyriste infati gable de tous les illustres Manceaux, continuaient à fleurir. Nous ne parlerons pas des poètes ou des savantdont les travaux sont purement profanes; mais nous devons citer deux ecclésiastiques du diocèse du Mans qui furent élevés à l'épiscopat. François de Laval , fils naturel de Guy, comte de Laval, et d'Anne d'Espinay, trésorier de la Madeleine de Vitré, abbé de Painpont et du ïronchet, fut nommé en 1528 à l'évêché de Dol. Le chapitre fit beaucoup de difficultés pour accepter cette nomination, trèsconforme néanmoins à la pratique de cette époque. Le prélat soutenu du roi vainquit enfin les oppositions, et se fit même aimer des chanoines. Il administrait son diocèse par un suffragant, Charles Pineau, dominicain, célèbre prédicateur et abbé de Montfort. Pour lui, il résidait plus ordinairement en son prieuré de Sainte-Catherine de Laval. où il mourut le 2 juillet 1556. Jean de Bieux s'étant démis en 1544 de l'évêché de Saint- Brieux, pour épouser Béatrix de Jonchère, François de Maulny. originaire du Maine, fut pourvu de ce siège. Il fut transféré, d'abord à Tréguier(1 545), ensuite à Bordeaux en 1553, et mourut en 1558 (I). Peut être la naissance de ces deux prélats eut-elle autant de part à leur élévation que leur mérite personnel. Quoiqu'il en soit, d'après ce que l'on vient de voir, il y avait ordinairement deux évèques résidants dans le diocèse; mais l'un n'y jouissait d'aucune juridiction, et l'autre s'occupait plus d'études profanes et de la culture des arts que de son troupeau. Il faut cependant reconnaître qu'il officiait assez ré-
(1) Biblioth. imp. Mss. des Bl.-Mant., w 45, fol. 357 r.
gulièrement dans Péglise cathédrale aux jours des grandes solennités; on cite même une église rurale, celle d'Avezé, qui lut, dit-on , dédiée par lui; enfin il eut soin d'attirer dans le diocèse quelques ecclésiastiques de mérite, comme d'Argentré, auquel il donna l'office de théologal. Son goût pour les arts ne fut sans doute pas indifférent au développement qu'ils prirent à cette époque dans le Maine. La musique était cultivée avec prédilection; et l'on vit Julien Belin acquérir une réputation fort étendue pour son habileté sur le luth. Il paraît aussi que la musique religieuse avait dans le Maine des praticiens remarquables; les chapitres de Saint- Julien et de Saint-Pierre-de-la-Cour en particulier favorisaient cet art qui donne tant d'éclat aux solennités de l'Église. Les moines de Saint- Vincent bâtissaient Pélégante église de Souday dans le style de la renaissance; et des verriers flamands, que dirigeait leur compatriote Simon Hérasse, ornaient de très-beaux vitraux l'église des dominicains de Laval et le cloître des franciscains de la même ville. Dès lors aussi la famille de La Barre du Mans , commençait à décorer nos églises, et même nos places publiques, de sculptures empreintes d'un véritable cachet religieux. L'influence de cette génération d'artistes s'étendit jusqu'aux extrémités de la Bretagne, où l'un d'eux produisit des œuvres remarquables.
Malgré l'entraînement général vers les idées et les arts de l'antiquité païenne , les anciennes mœurs se conservaient encore dans les masses populaires. Si nos ancêtres prenaient plaisir à des fêtes publiques, c'était à celles que la religion consacrait. Le 5 septembre 1539, le chapitre de Saint-Julien permit de jouer le dimanche et le lundi suivant le miracle de Théophile sur la place devant l'église des Jacobins (1). Le chanoine Pierre Curet, dont nous avons déjà parlé, continuait àcultiver les lettres religieuses. D'autres chanoines rendirent leur mémoire recommandable par
(1) Voir nos Recherches sur les mystères qui ont été représentés dans le Mairie y p. 37.
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les dons qu'ils Brenl â L'église cathédrale; tels furent maître Fiorimond Ogier (1544), Jean Tahureau (1538), Martin Funel (1538), Cartier 1 537), Véron, archidiacre de Châteaudu-Loir (\ 538), Dugé, chanoine et curé delà 8uze(1538). Il fallait que le chapitre jouit d'une grande autorité dans la ville, car non? voyons qu'un différend -'étant élevé entre la cité et les faubourgs, ils remirent d'un commun accord le jugement à l'arbitrage des chanoines -21 février 1542). Le chapitre éprouva cependant quelques difficultés pour maintenir les immunités de l'Église. Ainsi le lieutenant de la ville, Bouju, ayant l'ait tirer de l'église de Saint-Julien un criminel qui s'y était réfugié, et ayant violé le droit d'asile , les chanoines adressèrent des réclamations au conseil du roi et au parlement; mais on ignore quelle lut l'issue de cette affaire ( 10 et 44 juillet 1530 ). Peu après le chapitre du Mans prenait pour conseiller et chargé de ses affaires à Paris le célèbre Christophe de Thou. alors avocat au parlement (7 septembre 1541 ). Les chanoines qui tenaient aux règles canoniques durent s'attrister de voir les atteintes qu'elles reçurent en quelques circonstances. Ainsi une bulle de Paul III (1538) créa Eustache du Bellay chanoine du Mans et de Paris ad effectwn, pour obtenir en ces deux Églises toutes dignités, personnats et offices, même électifs.
Le chapitre de Saint-Julien en corps montra une grande fermeté pour résister à l'hérésie, qui prenait chaque jour de nouvelles forces dans notre pays. A la suite du mouvement que le réveil des lettres antiques avait introduit dans les esprits, on avait vu un désir insatiable de nouveautés pénétrer dans toutes les intelligences cultivées : soit complicité, soit légèreté, soit faiblesse de jugement et désir de se signaler, de toutes parts la foi catholique se trouvait attaquée. Déjà sous les cardinaux de Luxembourg et de Bourbon les protestants avaient essayé de répandit' leurs dogmes à Laval. Vers le même temps (en 1530), la reine de Navarre lit un voyagea Aleneon, La Flèche, Beaumont, Fresnay , Vendôme et autres lien\ qui Lui appartenaient
Elle était suivie à l'ordinaire de cette cour brillante au milieu de laquelle elle se complaisait, mais où les doctrines les plus hardies, les plus téméraires, étaient les plus applau" dies. A Lavai, François de Coligny, connu sous le nom de d'Andelot, à Vendôme et dans le pays voisin, Antoine de Bourbon, la femme de Guillaume du Bellay de Langey elle-même, tous ces personnages et autres, si puissants dans notre pays, favorisaient ouvertement les nouvelles erreurs. D'Andelot introduisit même dans le Maine le ministre Cormel, qui fît de nombreux prosélytes à sa secte (1545). Dès la première année de 1 episcopat de René du Bellay, les inquisiteurs de la foi avaient commencé à procéder contre les novateurs de notre diocèse. On lit dans les registres manuscrits du parlement, sous la date du 4 décembre 1535: « La cour a ordonné et enjoint aux juges délégués par le Saint-Père Pape sur le fait des hérésies , de procéder au jugement du procès fait par l'oiïicial de l'évêque du Mans, à rencontre de Hené Colas, religieux, le plus tôt que faire se pourra. » Cet officiai était Jean Jourdan, chanoine de l'église cathédrale.
Au synode de la même année, le chanoine Boissel prononça un discours qui renfermait plusieurs propositions hérétiques ou inspirées par Jes nouvelles erreurs. Le 25 octobre suivant, le doyen du chapitre, Félix de Brie de Serens, et le théologal Jérôme d'Hangest firent une correction à ce prédicateur téméraire. Le 6 décembre les chanoines se réunirent et nommèrent des commissaires pour examiner le moyen de réparer le scandale causé par Boissel. Le 15 janvier de l'année suivante (1537), le chapitre fit informer contre lui; et le 31 du même mois on adressa à la faculté de théologie de l'université de Paris treize propositions extraites du discours synodal. La faculté s'assembla tout exprès aux Mathurins, le 7 mars suivant^ et censura ces propositions (I).
(1) Archives du chapitre du Mans, registre B-15. — D'Argentré, Collectio judiciorum de novis erroribus, t. 11, p. 126 et suiv.
.'{7.X BI8<r0IRE DE l 'ÉGLISE DC M UfS.
La première était conçue en ces terme? : « Quand on demanda pardon à Dieu de ses péchés, il les pardonne, et quant à la peine, el quant à la coulpe. J'entends, quand d'une affection aus.~i sincère on demande rémission de la
peine, aussi bien quede la coulpe, parce que c'est plus de remettre la coulpe que la peine.» La faculté 'lit que la proposition ainsi énoncée en termes généraux est hérétique, tendante à détruire le purgatoire et la prière pour les morts; qu'elle abolit les œuvres satisfactoires. La seconde était ainsi conçue : « Quand le père et la mère se proposent de faire baptiser leur enfant, et font des prières pour lui, si par accident il meurt sans baptême, je ne voudrais pas dire qu'il fût damné, parce que Dieu est plein de miséricorde, et ne se lie point par les lois qu'il a établies. » La censure dit que Dieu est tellement miséricordieux, qu'il est juste en même temps, et ne laisse pas les péchés impunis, et qu'ainsi c'est par un juste décret qu'il punit de la damnation les enfants qui meurent sans baptême; ce qui est conforme à l'Écriture et aux saints Pères. C'est pourquoi la proposition est téméraire, impie, opposée à la loi divine. La troisième portait : « Il ne faut pas entre les chrétiens établir des règlements humains , parce qu'ils sont régis par la doctrine évangélique. » Cette proposition est hérétique, dit la censure, et anéantit la police chrétienne en voulant oter la vigueur des lois humaines : elle est aussi contraire à l'Écriture, et n'a été puisée que dans les erreurs des aétiens, des vaudois et de Luther. La quatrième était ainsi formulée : « C'est judaïser que de prêcher et d'observer les dix commandements de Dieu ; ce que j'entends quand on ne prêche point les articles concernant Jésus-Christ. » Cette proposition est condamnée connue fausse et contraire à L'Évangile, où Jésus-Christ enseigne que pour obtenir la \ie éternelle, il faut observer les commandements, lesquels n'excluent pas ce qui concerne Jésus-Christ. La cinquième portait ceci : «Dans la chrétienté il y a plus de judaïsme que de christianisme. » La censure dit que cette proposition , en tant qu'elle désigne que les saintes lois de l'Église appar-
tiennent au judaïsme, est fausse, impie, ennemie delà religion , ouvertement luthérienne et schismatique. La sixième était ainsi formulée : « Le salut de l'âme ne consiste pas dans les cérémonies, et on ne gagnerait pas le ciel par elles. » Cette proposition est censurée comme impie, schismatique, conforme aux erreurs de Wiclef et de Luther, parce que les cérémonies contribuent à la piété, au culte divin, à la pureté de Tanne, et à faire accomplir plus facilement les préceptes. La septième était en ces termes : « Comme un double ( petite monnaie de cuivre de la valeur de deux deniers ) vaut son prix , et un écrit son prix, aussi les cérémonies valent leur prix. » La censure dit que cette proposition, relativement à la précédente dont elle est la suite, semble ne tendre quà inspirer du mépris pour les cérémonies. La huitième était ainsi conçue : « Du temps de Jésus-Christ on ne disait point d'heures; ayez, si vous le voulez, un bréviaire, mais ne le dites pas. » Cette proposition, dit la faculté, enseignant que les heures canoniales ne doivent pas être récitées , et qu'elles ne servent de rien aux fidèles, ne tend qu'à introduire un schisme dans l'Église; elle est hérétique et conforme aux erreurs de Wiclef et de Luther; parce qu'il est certain que l'Église inspirée par le Saint-Esprit a établi ces heures qui viennent de Jésus-Christ, des Apôtres et de leurs premiers successeurs. La neuvième portait : «C'est bien fait de prier les saints; mais nous n'y sommes pas obligés, et il suffit de s'adresser à Dieu. » Cette proposition est censurée comme fausse, impie, privant les chrétiens d'un grand avantage, tirée de l'hérésie de Vigilance, des vaudois et de Luther, enfin opposée à la tradition de l'Église fondée sur l'Écriture sainte. I.a dixième s'exprimait ainsi : «Nous devons prier Dieu pour saint Julien, mais c'est seulement pour accélérer le dernier jugement, et faire plus tôt reprendre à ce saint son corps glorieux. » Cette proposition est qualifiée fausse, injurieuse aux saints, et avancée avec témérité et scandale. Voici la teneur de la onzième : « La sainte Vierge, Mère de Jésus-Christ, n'a pas mérité de le porter en son sein. »
Cette proposition est traître d'erronée, de scandaleuse, d'injurieuse a la très-sainte Mère de Dieu, de contraire à L'ni de l'Église, et déjà condamnée par la faculté. La douzième
s'exprimait en ces termes : » La Vierge Marie portant Jésus-Christ dans son sein était comme un vase rempli de pierres précieuses, qui ne demeure pi us que vase dès qu'elles en sont dehors. Ainsi la Vierge, 'lès qu'elle eut mis Jésus- Christ au monde, n'était pas plus qu'une autre femme. » La censure condamne cette proposition comme hérétique* remplie de biasphèmeseontre Jésus-Christ et sa sainte Mère ; la sainte Vierge Mère de Dieu ayant toujours été vierge . très-pure, pleine de grâce, reine du ciel, bénie entre toutes les femmes, devant et après son enfantement, en sorte qu'aucune ne l'a égalée. La treizième proposition était ainsi conçue : « Il y en a qui croient queJoaehira est le père de la Vierge; non , et saint Augustin tient le contraire. » Cette proposition est fausse, dit la censure, et on ne l'appuie de l'autorité de saint Augustin que parce qu'on entend mal ce saint docteur.
Les chanoines qui avaientdénoncé ces propositions étaient Bordier, Jérôme d'Hangest, Dubois, procureur du chapitre général, Gordain et Ogier, tous députés du chapitre. La censure arrêtée le 7 mars fut reçue avec une grande joie par les chanoines le 1G du même mois.
Après cette censure, le chapitre voulut procéder contre le chanoine Boissel comme hérétique; mais ses procédures éprouvèrent une grande difficulté; car l'évèque réclama la connaissance et le jugement de l'affaire , prétendant qu'il n'appartenait qu'à lui seul de connaître des questions de la foi. Il y eut plusieurs pourparlers à ce sujet; le prélat vint plusieurs fois au chapitre : on convint eniin de nommer des commissaires arbitres du différend. Plus tard René du Bellay consentit à un arrangement; l'évèque et le chapitre nommèrent la même personne leur \icaire pour juger le chanoine Boissel , sans préjudice de la question générale . qui serait terminée plus tard. Après un an de débats, au reste assez, pacifiques, entre le prélat
et le chapitre, deux conseillers au parlement f tirent chargés de juger Boissel. On ignore la fin de cette affaire (1). Toutefois il est permis de penser par analogie que Boissei subit un jugement sévère, mais juste : car voici ce que rapporte sous cette année 1537 Guillaume Le Doyen :
Au regard des luthériens,
Hz ont vuidé de nos lyens,
Par l'inquisiteur de la foy,
Et envoyé de. part le roy,
Nommé Marc Ory (*2), comme on dict,
Bien savant, qui sans contredict,
Luy et frère Françoys Verdier (3),
Les ont fais tretous évader:
Et qui est prieur du couvent
Des frères prescheurs, vroyment ;
Estimé estre de sçavoir
Docteur, grant prescheur, pour tout voir,
Lequel a mys moult grant payne
A les tirer de ce Bas-Mayne ;
Tellement que leur revenu,
Quel qu'il soit, et grox et menu,
A esté mys es mains du roy ,
S'ilz n'y pourvoient par autre arroy (4).
Il faut convenir que les nouveaux hérétiques n'épargnaient rien pour exciter l'indignation des défenseurs de l'ancienne croyance. En 1535,, un nommé Benoit Picher ayant commis un acte sacrilège dans l'église de Saint-Pierre de Montsort (le 18 décembre 1535), son procès lui fut fciit; et le 23 du même mois, il fut pendu à la potence placée devant l'église. Après sa mort, on lui coupa le bras, qui demeura attaché à l'instrument du supplice , et tous ses biens furent confisqués. Ainsi des malheureux, excités par les prédications furibondes des ministres de la nouvelle
(1) Archives du chapitre, registre lî- 15.
(2) De Thou le nomme Malhurin, il se nommait Matthieu. (H) François Verdier, prieur des jacobins de Laval.
\ Guillaume Le Doyen, Annale* et chroniques du pays de Ldval ,
382 HrSTOJfiK DE L ÈGLISI D> M kVS.
hérésie, se portaient déjà à des voies de fait, el lesju effrayés de voir ces actes d'un aveugle fanatisme m propager chaque jour et répandre les germes d'une guerre civile tjui ne pouvait tarder à déchirer le Rein de la patrie, sévissaient contre ces malheureux. Il parait, tout. -loir, que les procédé? des organes de la justice furenl trop a 5i en quelques circonstances, puisque le Pape Paul III écrivit au roi pour recommander d'user de [dus de mansuétude à l'égard de ces esprits aveuglés par l'erreur.
L'Église du Mans perdit alors l'un des plus fermes appuis de la foi et l'une de ses gloires, parla mort de Jérôme d'Hangest, qui mourut le 8 septembre 1538 et lut enseveli dans la chapelle du Sépulcre. 11 était scolastique ou théologal de notre Église, et il lut remplacé par Des Aubiers. Celui-ci se montra moins exact que son prédécesseur dans l'accomplissement de ses devoirs; et le chapitre, jugeant que ce n'était pas dans un moment aussi rempli de périls que Ton pouvait négliger l'instruction du clergé, lui lit signifier qu'il eut à l'aire des leçons de théologie dans le chapitre, à une heure après midi, trois fois la semaine. De son côté, René du Bellay promulgua un formulaire contre les nouvelles erreurs, et tous les membres du clergé Curent obligés de le souscrire.
Ces précautions ne doivent pas surprendre en présence des apostasies qui se multipliaient, et des pronostics sinistres qui faisaient pressentir de grands malheurs. Le 1er septembre 1536, plusieurs personnes tirent rapport au chapitre de l'église cathédrale qu'elles avaient vu trembler à plusieurs reprises, et sans aucune cause naturelle, la fameuse statue de la sainte Vierge dont il a été plusieurs fois parlé, Les chanoines ordonnèrent de célébrer une procession à l'église paroissiale de Saint-Vincent. Le 11 mai 1541) on dénonça au chapitre un cordelier de Vendôme qui avait prêché contre les indulgences de l'église Saint-Julien ; la compagnie s'adressa aux grands vicaires de l'évèque qui avaient été invités à se rendre au chapitre, et les pria d'eu faire informer. Le 1(> novembre 1544 . le lieutenant cri-
minel communiqua au chapitre un arrêt des grands-jours dont l'exécution lui était renvoyée, arrêt par lequel Louis Nicole, qui avait parlé contre la religion, était condamné à faire amende honorable, après avoirassistéàlagrand'messe de la cathédrale et entendu un sermon sur le sujet, le tout à genoux et la torche à la main. Augustin More , religieux du couvent de Mon toi re, ordre de Saint-Augustin, ayant avancé dans le sermon qu'il prêcha en l'église cathédrale le premier dimanche de l'Aventde l'année 1542, plusieurs propositions erronées et scandaleuses, l'évêque écrivit au chapitre pour la punition du coupable et la réparation du scandale. Les chanoines ordonnèrent que l'on ferait le dimanche suivant une procession solennelle pour réparation, et qu'il y aurait sermon prêché par le théologal Des Aubiers. Quanta la répression du délit , on nomma trois dignités pour faire les informations. Durant ce temps on apprit que l'évêque faisait faire de son côté une enquête, et la compagnie fit ses protestations. L'évêque consentit alors, en faisant réserve de ses droits, que les chanoines connussent de cette affaire . Le chapitre pria le prélat de faire transférer Paugustin de ses prisons en celles des chanoines; ou s'il n'y consentait pas, qu'il trouvât bon de nommer d'accord un vicariat pour agir au nom des deux, comme dans l'affaire de Boissel. Les choses en étaient là, lorsque le 30 et 31 janvier suivant, le célèbre inquisiteur Ory, vint se présenter au chapitre pour connaître de cette nouvelle cause. Le chapitre, en vertu de son droit émané du Saint- Siège et d'après son exemption, nomma trois commissaires de son sein pour juger et punir, conjointement avec l'inquisiteur, le prédicateur hérétique. Durant ces débats, More parvint à s'échapper de prison , et on se contenta de condamner les propositions erronées (1).
Il y eut alors beaucoup d'apostasies parmi les esprits ardents et portés vers les nouveautés. Le célèbre Ambroise
1) Archives ci n chapitre, registre B-15. — Archives municipales de la ville du Mans, ti • 21, t. I, p. 553.
;„Si lliSTUlRi: DE l. ÉGLISE M M
Paré abandonna la foi de ses pères et se lia intimement avec Bèze; mais il eut dans la suite Le bonheur de reconnaître et de réparer sa faute. La famille de Lavardio presque tout entière passa au parti huguenot; la famille si savante et si distinguée du Troucha y suivit la même erreur; des savants comme Ahel Foullon , Guillaume Girard el <luillaume Bigot, embrassèrent les mêmesdogmes; ce derniei se montra même un ardent propagateur de sa nouvelle croyance religieuse , et il réussit par son talent à corrompre une partie de la ville de Nîmes. Dans le Maine, la Providence suscita plusieurs prédicateurs pour défendre la foi ancienne; le plus fameux fut Jacques du Pré. Il y eut aussi dans ce temps des personnages d'une sainteté éminente, comme Anne deSaint-Berthevin,damede Montechar. Elle se signala surtout par un grand zèle pour l'ornement des églises et le soulagement des pauvres et des malades. Après sa mort, qui n'arriva qu'en 1587, son corps fut inhumé dans l'église de Saint-Pierre de Bretigny, où cette servante de Dieu fut toujours en vénération sous le nom de sainte Anne de Bretigny; et, vers la fin du xvme siècle, un grand nombre de miracles éclatèrent à son tombeau.
Nous venons de rapporter les événements les plus importants de l'épiscopat de René du Bellay; il ne nous reste plus que des faits d'une valeur secondaire. La première année, on fit dans l'abbaye de Saint -Vincent une nouvelle translation des reliques de saint Domnole (1535;. L'année suivante, une demoiselle, nommée Jeanne Guillois, fit à cette abbaye don d'une terre considérable située à Guerteau, diocèse de Chartres. L'abbé Ladvocat, qui gouvernait l'abbaye de Champagne, s'était plaint au Saint- Siège que certains hommes d'iniquité, abusant de titres que leur avait donnés l'abbé Lancelut de Beaumanoir. s'emparaient des bois et autres biens du monastère. Paul III enjoignit à Jean Jourdan, chanoine et officiai du Mans, de s'opposer à cette injustice.
Le pays n'était pas tranquille, et l'on craignait beaucoup que les ravages de la guerre ne s'étendissent jusque
dans le Maine. Sur la proposition de Bouillier, vicaire général, le chapitre ordonna de célébrer une procession générale et de faire des prières publiques (2 septembre 1536); puis, sur la demande des officiers de ville, il lit percer de meurtrières la tour de la Forge, qui lui appartenait, pour fortifier la cité (23 juillet 1537).
Les représentations scéniques appelées Mystères continuaient encore d'attirer la même foule, et en 1539 et 1556, le mystère de la Conception fut représenté au Mans avec l'approbation, et même le concours du chapitre et du clergé. Il y eut en 1538 et durant les trois années suivantes une disette de pluie si complète et des chaleurs si excessives, que les rivières de la province restèrent presque sans eau. A ce fléau s'ajoutèrent des maladies contagieuses, auxquelles on donnait le nom de peste, et qui désolèrent certaines parties du diocèse, et en particulier le Passais. La misère du peuple devint extrême.
Le 21 juillet 1540, les cardinaux Jean du Bellay, évêque de Paris, et Charles Hemard, évêque de Màcon et d'Amiens, arrivèrent au Mans et furent reçus fort honorablement par le clergé et la ville. Charles Hemar l appartenait à notre province par la famille de sa mère; il était allié aux du Breil, aux de Maulny et autres maisons de la haute magistrature. Il fit quelques dons à l'église de Saint-Julien, et mourut au Mans le 23 août suivant, dans la maison d'un chanoine nommé Funet. Il avait demandé que Ses entrailles fussent inhumées dans l'église cathédrale, mais sans cérémonie. René du Bellay voulut néanmoins officier à ses funérailles. Le prélat fut enseveli près du vicomte de Luxembourg; mais plus tard son corps fut transporté dans l'église cathédrale de Saint-Jean d'Amiens. On laissa néanmoins une épitaphe sur cuivre au pilier près duquel il avait reposé. Les chanoines prétendaient que ses entrailles y étaient restées; et toutefois LeCorvaisier, dont la famille était alliée à celle du prélat, soutient qu'elles furent déposées en l'église de Saint-Benoit du Mans.
Deux ans plus tard, la cathédrale du Mans vit des funé-
raille* beaucoup plus magnifique». Guillaume de Langey du Bellay étant mort le 9 janvier IM3, sur la montagne
de Tarare, à Saint-Symphorien,en revenant d'Italie, comblé de gloire, mais chargé d'infirmités, de chagrins et de dettes, René du Bellay fit apporter son corps au Mans, et lui fit faire des obsèques de la plus grande magnificence. L'illustre guerrier fut enseveli dans la chapelle de Notre- I)ame-du-Chevet, et son frère se proposait de lui élever un riche mausolée, lorsqu'il fut surpris par la mort. Ses autres frères, Jean et Martin, firent exécuter le magnifique tombeau dont on admire encore les débris dans la chapelle des fonts. Sur le socle de ce monument, l'un des chefsd'œuvre de la sculpture au xvie siècle, et qui est dû au ciseau de Germain Pilon, on lit ces deux vers de Macé de Vaucelles :
CY G1ST LANGEY, QUI DE PLUME ET d'eSPÉE, A SURMONTÉ CICÉR0N ET POMPÉE.
Clément Marot composa aussi cette mauvaise octave, qui se lit encore sur le monument :