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Voilà le nVil véritable et toutes les circonstances de cette émeute, dont l'histoirea été entièrement défigurée dane l< écrits moderne*. Noua ajouterons seulement les renaeigne»
monts que présentent les registres du consistoire. La malheureuse victime de la collision se nommait Jacques ponin,
sieur des Marais; et cette qualité semble indiquer qu il n'appartenait pas à la classe laborieuse, dont il avait eu la lâcheté de provoquer l'indignation, en insultant publiquement sa croyance. Un autre huguenot était resté mourant sur la place; il se nommait Jean Richard ; il l'ut transporté dans la maison de Gervais Lebarbier , et lut bientôt rendu à la santé. Cette sanglante collision jeta l'alarme dans les esprits. Ceux des notables habitants de la cité qui étaient restés jusqu'alorsétrangers aux affaires des deux partis, se prononcèrent contre les calvinistes, avec lesquels ils comprenaient qu'il était impossible de vivre en paix. Le ministre Poisson fut forcé de quitter le Mans, et alla se réfugier à Alençon; les conférences des religionnaires furent suspendues; et le bruit se répandit que cent hommes d'armes allaient venir châtier ces agitateurs. Effrayé par cette menace, le conseil des protestants s'empressa d'envoyer vers le duc de Montpensier Gervais Lebarbier, son ambassadeur habituel. Celui-ci prit au nom de l'Église réformée du Mans un engagement qu'elle n'était nullement disposée à observer , et il promit qu'il n'y aurait désormais aucune prise d'armes dans la province, au sujet de la religion. Soit par crainte, soit par fidélité à la parole donnée , les chefs des protestants cherchèrent durant deux mois à maintenir la paix. Poisson avait quitté la province; Henri de Salvert avait été envoyé à Angers. Les exhortations furent interrompues. Mais restaient les fanatiques du parti, qui n'épargnaient ni outrages ni voies de fait contre les catholiques et les objets de leur vénération. Deux mois seu-
Mémo/res; les délibérations capitulaires du chapitre du Mans et les registres du consistoire s'accordent pour prouver qu'elle est de tannée précédente.
CHARLEo 1) ANCIENNES. 429
lement après l'émeute dont nous avons parlé, les chanoines de l'église cathédrale furent obligés de constituer un de leurs chapelains, nommé Jean Pennard, comme agent et même comme capitaine pour défendre les catholiques que Ton continuait d'opprimer. Ils lui donnèrent de pleins pouvoirs et tout l'argent qu'il jugerait nécessaire pour remplir sa mission. Ils députèrent en même temps^à 1 evêque, pour lui demander un secours efficace contre les troubles que les huguenots ne cessaient d'exciter (I). Cette démarche des chanoines prouve combien en ont imposé les historiens qui représentent Charles d'Angennes comme un provocateur de mesures violentes. Du reste la lettre que nous avons rapportée démontre aussi la sagesse et la modération de ses vues.
Douze jours plus tard, les inquiétudes des chanoines redoublaient en voyant l'insolence des hérétiques et l'oppression qui pesait sur les catholiques. Le commissaire royal envoyé pour informer au sujet de l'émeute du faubourg Saint-Jean était arrivé au Mans; et neuf chanoines, le doyen en tête, étaient allés lui recommander les libertés de l'Église et les intérêts des catholiques. Du reste, telle était la situation, que les chanoines chargèrent leurs confrères d'emprunter de l'argent là où ils pourraient en trouver (2). L'agitation redoubla au mois de mai, à la suite de l'amnistie accordée aux conjurés d'Amboise; les assemblées recommencèrent au Greffier, au Grenouiller et sur la place des Halles. Il n'y avait pas de prêche, puisqu'il n'y avait plus de ministre; mais on chantait des psaumes, on récitait les prières de la liturgie huguenote, on lisait des passages de l'Écriture.
Ces nouveaux rassemblements amenèrent bientôt de nouveaux désordres par suite de l'exaltation que concevaient les calvinistes dans ces réunions. Le 26 ou 27 juin, l'image de saint François qui était au-dessus de la porte du couvent
(1) Archives du chapitre, Délibérations capitulaires du 31 mars 1560.
(2) Ibidem, 11 avril 1560.
430 histoire le l'église du mans.
des cordeliers, et qui avait déjà été renversée dès les temps du cardinal du Bellay, fut encore jetée à terre et brisée avec toutes sortes d'outrages. Durant le mois suivant des troupes de forcenés, au sortir des réunions de la secte, se rendirent au couvent des mômes religieux, cassèrent les vitres, et firent entendre les vociférations les plus atroces contre la vie même des disciples de saint François. Les chanoines de Saint-Julien, qui exercèrent toujours une sorte de protectorat sur ces religieux, prièrent l'éveque et les magistrats de réprimer promptement de si graves désordres.
L'église cathédrale elle-même fut menacée , et vers le mois de septembre, le chapitre dut prendre de nouvelles précautions pour la faire garder jour et nuit. Dans toutes ces circonstances l'éveque montra un zèle qui excita l'admiration et la reconnaissance des chanoines. La conduite de ceux-ci n'est pas moins belle : la cour demandait sans cesse de nouvelles levées de décimes sur le clergé, sous le prétexte des guerres de religion; et les chanoines s'imposèrent les derniers sacrifices, en exprimant qu'ils les faisaient de bon cœur, puisqu'il s'agissait de soutenir les intérêts de la religion. Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans le détail de ces contributions du clergé tout entier; nous y verrions les chapitres et les abbayes du diocèse se charger de dettes, aliéner une grande partie de leurs plus beaux domaines pour défendre la cause catholique (I). Ce fut le second coup porté à la puissance financière de l'Église dans notre pays : le premier remontait aux guerres
(I) Voir à la bibliothèque impériale quatre gros volumes manuscrits portant le titre : Aliénation du bien de l'Église. Diocèze du Mans. — Pièces inventoriées et quottées A. B. G. D. Ces quatre volumes contiennent une foule de renseignements curieux el des titres originaux en parchemin. — Deux de ces volumes sont des états dressés d'après les actes de vente, c'est-à-dire une espèce d'inventaire des biens vendus avec indication des acheteurs. — Tous ces titres sont postérieurs à Tannée 1563. — Les archives du département de la Sarthe, celles de la municipalité et celles du chapitre contiennent aussi quelques renseignements sur les aliénations des biens du clergé du Mans.
CHARLES d'aNGEMÉS. 431
des Anglais; car nos établissements ecclésiastiques possédaient une partie de leurs revenus en la Grande-Bretagne, et ils les perdirent alors complètement; le second se rapporte au ministère de l'Hospital et aux guerres de religion; il n'en fallait plus qu'un troisième poUr anéantir totalement la fortune du clergé, et rassemblée constituante le porta, ouvrant ainsi la porte au socialisme (1789).
D'autres soins plus importants encore sollicitaient l'attention du clergé. Le 11 novembre au soir, un cordelier prononça dans l'église cathédrale un discours qui excita des murmures; on crut y reconnaître quelques traces de la nouvelle doctrine. Il paraît que ce religieux prouva son orthodoxie; mais des faits analogues.se reproduisirent plusieurs fois; et l'on voit aussi que l'on prenait de grandes récautions pour se procurer des prédicateurs dont la doctrine et la vie fussent irréprochables. Les chanoines donnèrent au théologal l'autorisation de prêcher tous les samedis, dimanches et fêtes de l'année, au lieu de la leçon de théologie qu'il devait faire, vu le besoin que le peuple avait d'être instruit ( 2 janvier J562 ).
Le 13 décembre de cette année 1560 s'ouvrirent les étatsgénéraux à Orléans. Ils furent présidés par Charles IX, âgé de dix ans, et conduits par l'Hospital et Catherine de Médicis. Les députés du clergé du Maine étaient Charles d'Angennes , qui se fit accompagner par quatre chanoines, par Nicolas Duchemin, archidiacre de Sablé, chanoine de l'Église du Mans et officiai de l'évêque, et de Quincé, aussi chanoine de notre Église. Toute l'influence dans la chambre ecclésiastique fut exercée par Simon de Maillé, archevêque de Tours, et Gabriel Le Veneur, évêque d'Évreux. La province de Tours avait nommé l'évêque du Mans pour rédiger ses cahiers; mais plus tard la cour ayant exigé qu'il n'y eût qu'un seul cahier général pour toutes les provinces, ce fut De Bois-Aubry qui en fut chargé (1).
(1) Collection des procès-verbaux des assemblées générales du clergé de France, t. 1, p. 4-14.
432 ttfflom di liaua du ma.vs.
Les tergiversations de Catherine de Médicis et l'influence qu'exerçait l'Jlospital rendaient les protestants de plus en plus agressifs. Quoique une ordonnance rendue parle roi, et plusieurs fois renouvelée dans le cours de l'année 1561, défendit les assemblées des sectaires au Mans, à Laval, Baugé, Saumur, La Flèche, Chateangontier , Sablé et Mayenne, à raison, est-il dit dans L'arrêt du parlement, des séditions que causent ces réunions illicites, les huguenots ne laissèrent pas de se réunir au Mans; afin de braver plus ouvertement l'autorité, et d'imposer aux catholiques, ils se rendaient en armes à ces conventicules. 11 s'ensuivit de nouvelles rixes, mais moins sérieuses que celles du mois de mars de l'année précédente, et les calvinistes, qui avaient pour pratique constante de se poser en victimes, députèrent, vers le mois d'août de Tannée 1561 , Gervais Lebarbier, pour porter leurs plaintes devanl Antoine de Bourbon et les princes du sang, chefs du parti huguenot. Les requêtes que le député calviniste était chargé de présenter sont remarquables : il demandait l'exécution de Tédit de juillet qui réservait aux évêques la connaissance du crime d'hérésie, et ne renvoyait devant les tribunaux civils que les sectaires fauteurs de séditions.
Tandis que Lebarbier remplissait cette mission, l'agitation augmentait au Mans. Le consistoire de Paris venait d'y envoyer Jean-Raymond Merlin, l'un des plus fameux apôtres de la réforme, et l'un des douze ministres députés au colloque de Poissy. C'était un apostat qui vivait publiquement avec une religieuse qu'il avait arrachée de son cloître. Dès son arrivée au Mans, il fut décidé dans une réunion consistoriale tenue chez Antin, qu'un prêche public aurait lieu trois fois par semaine , sur la place des Halles, à trois heures après midi. Ces réunions commencèrent le 10 août. Les succès du prédicateur répondirent à la confiance de ceux qui l'avaient envoyé dans le Maine. Il y fît de nombreux prosélytes. La renommée de Merlin lui attira des auditeurs de toutes parts. Bèze rapporte qu'aux jours les plus solennels il réunissait sous les halles environ
CÈARLES d'aNGENNES. 433
trois ou quatre mille personnes, et il ajoute que plusieurs étaient de qualité. Mais Bèze semble n'avoir pas eu de très-bons mémoires sur les calvinistes clu Mans; car il dit que ce fut alors qu'eut lieu l'émeute du faubourg Saint- Jean, et qu'elle fut excitée par Gbarles d'Angennes, tandis qu'il est constant par les actes même du consistoire du Mans, que l'émeute est antérieure de dix-huit mois, et qu'elle fut la suite d'une rencontre fortuite et des provocations des calvinistes.
L'action de Merlin fut secondée par d'autres apôtres de l'erreur. Honoré du Colombier fonda une réunion considérable à Mamers. Un ministre nommé Gosson, envoyé par le consistoire de Paris, prêcha dans le Perche et les parties de notre diocèse qui en étaient voisines,, et fonda une église réformée importante à Bellême. D'autres ministres en créèrent à Château-du-Loir, à Lassay, à No yen, à Fresnay-le-Vicomte, et en d'autres lieux. D'ailleurs Merlin ne renfermait pas son zèle tout entier dans la ville du Mans, et il parcourait souvent le diocèse, pour y semer ses doctrines d'erreur.
Théodore de Bèze, énumérant les églises réformées qui furent fondées alors dans le diocèse du Mans, cite celles de Bellême et de Vendôme, parce que les ministres de ces deux villes prêchèrent souvent dans notre province, et y exercèrent autant qu'ils le purent leur propagande. Il nomme aussi la ville de Laval comme ayant eu alors une église réformée dans son sein.
Les circonstances dans lesquelles le calvinisme s'y introduisit méritent d'être rapportées. Renée de Rieux, fille de Catherine de Laval et de Claude de Rieux, comte d'Harcourt, possédait le comté de Laval. Elle avait épousé Louis de Sainte-Maure, marquis de Nesle et comte de Joigny. Jamais alliance ne fut plus mal assortie. Après douze années de procédures et de divisions, Louis de Sainte-Maure rappela sa femme auprès de lui; orgueilleuse et vindicative, elle refusa d'obéir. Dénoncée au Pape par son mari, et frappée d'excommunication, au
lieu d'en appeler à l'autorité qui l'avait condamnée, cette femme emportée par sa colère embrassa l'hérésie, vers laquelle la poussaient à la fois un caractère indocile et les sollicitations de Dandelot, son beau-frère , qui était en même temps frère de l'amiral de Coligny. Usant de l'influence que lui donnaient son nom et ses grands biens, Dandelot pervertit une partie de la Bretagne, par le ministère de Fleury et de Loiseleur, deux ministres qu'il conduisait à sa suite, les couvrant de sa protection. On dit que Fleury prêcha aussi dans les environs de Laval. L'édit de juillet 1561 ayant permis aux sectaires l'exercice privé de leur nouveau culte, les calvinistes que l'influence de Renée de Rieux avait attirés à Laval, voulurent avoir un ministre. Ils s'adressèrent à Merlin, qui leur envoya l'un de ses collaborateurs. Il est probable que celui-ci exerça ses fonctions dans quelque maison privée; mais la population dans son ensemble demeura toujours fortement attachée au catholicisme. Longtemps ce fut pour les Lavallois une gloire qu'ils aimaient à réclamer, de s'être constamment opposés à tout exercice public du culte protestant, et ils se vantaient de n'avoir « jamais souffert prêche dans leurs murs. »
Durant ce temps , la cour, qui espérait toujours se rendre maîtresse de la situation par des concessions et des menées politiques, avait convoqué à un concile national tous les prélats du royaume. Ce fut le fameux colloque de Poissy , qui dura du 9 au 26 septembre 4561 . Il n'y eut pas la moitié des prélats à répondre à l'appel; mais l'évèque du Mans s'y rendit des premiers. Presque toutes les provinces du royaume y avaient député un ou deux ministres calvinistes; et l'on remarque que le Maine n'en avait envoyé aucun. Cette assemblée, sur laquelle on avait fondé tant d'espérances, ne produisit aucun résultat, si.ee n'est que le clergé s'imposa encore de très-grands sacrifices pécuniaires pour soutenir l'État. Les tailles qui furent levées à cette occasion rencontrèrent de la résistance dans le Maine , et le chapitre de la cathédrale en particulier protesta avec énergie.
Après le colloque de Poissy, Charles d'Angennes resta quatre ou cinq mois à la cour. Catherine de Médicis prêtait l'oreille aux ennemis de la maison de Gaise, qui avait l'honneur de représenter la cause catholique; Je prince de Condé, chef des huguenots, recevait les députés que ses coreligionnaires lui envoyaient de toutes les parties du royaume, et négociait presque de puissance à puissance ; au milieu de tout cela, plusieurs évêques conseillaient de prendre le parti le plus modéré à l'égard des réformés. Les liaisons de l'évêque du Mans avec les princes Lorrains ne laissent aucun doute sur les avis qu'il put donner en cette circonstance; mais l'esprit étroit et sans conviction de la reine mère était incapable de les goûter. Durant ce temps-là, Gervais Lebarbier, que les calvinistes du Mans avaient envoyé porter leurs plaintes à Paris, avait de fréquentes conférences avec Théodore de Bèze. Échauffé et instruit par ce commerce de plusieurs mois, il revint au Mans dans les premiers jours de novembre. Pendant son absence, il avait conservé le titre de surveillant du canton de Justice, et, de retour au Mans, il occupa son siège dans le consistoire. Comme les réformés craignaient que Merlin ne fût rappelé à La Rochelle, Lebarbier employa son influence pour le conserver au Mans, où sa présence importait aux intérêts de la secte. Lebarbier présidait, dès le 9 novembre, une réunion de confédérés à Château-du- Loir, et le A décembre, il reçut l'ordre de se rendre à Paris, où il était attendu par les chefs du parti.
Au moment où les calvinistes, enhardis par les concessions précédentes, mais non satisfaits, liaient de plus en plus leurs intrigues, Catherine de Médicis, conseillée par le chancelier de l'Hospital, fit publier l'édit de janvier 1562, qui accordait l'exercice public du culte réformé dans les faubourgs des villes. Cet édit mémorable, que l'on présentait comme devant mettre fin aux discordes civiles, fut le signal des plus grands malheurs. Les historiens protestantsetceux qui favorisent davantage le parti, conviennent qu'à dater de cet édit, les huguenots se montrèrent dis*
43() HISTOIRE LE L'ÉGLISE tN MANS.
posés à ne plus vivre en paix avec les catholiques, et les provoquèrent chaque jour par de nouvelles offenses. Aussi la trêve ne dura qu'un mois.
Vers la fin de lévrier, le duc de Guise passait dans la petite ville de Vassy, sur les frontières de la Champagne; ses gens se prirent de querelle avec des huguenots qui assistaient au prêche , et il s'ensuivit une lutte dans laquelle les sectaires, qui étaient moins nombreux, ne furent pas épargnés. La nouvelle en étant apportée à la cour, les catholiques applaudirent, et les calvinistes annoncèrent hautement l'espoir de se venger. C'était au fond une occasion qu'ils désiraient. Néanmoins Bèze et Lebarbier firent retarder l'exécution. Ils furent tous les deux chargés, Bèze au nom de l'Église, Lebarbier au nom de la noblesse, de porter devant le roi de nouvelles plaintes contre les Guises. Leur négociation n'ayant pas réussi à leur gré, il fut décidé entre le prince de Condé et les deux représentants du parti que l'on prendrait les armes (1).
Dès que l'évêque du Mans avait eu connaissance des mouvements qui se préparaient, il s'était hâté d'accourir dans son diocèse. Il y fut promptement suivi d'un messager du prince de Condé, qui venait donner le signal de l'insurrection; les préparatifs des hérétiques n'avaient pu se couvrir d'un voile si épais, que la connaissance n'en parvint aux oreilles des catholiques, qui se préparèrent à faire résistance. Dès lors les ministres ne se rendaient plus au prêche qu'avec un nombreux cortège de gens de leur secte, armés de hallebardes, de pertuisanes et de bâtons ferrés. Ils affectaient d'ailleurs des airs de triomphe qui exaspéraient les catholiques. La plus grande agitation régnait dans la ville du Mans, lorsque l'on y reçut la nouvelle du massacre de Vassy et les lettres du prince de Condé qui ordonnait une prise d'armes générale.
(t) De Thou, Historia sui temporis, liv. XIX. — Bèze , Histoire ecclésiastique, liv. VI. — De Serres], Recueil des choses mémorables, à l'année 1562.
Charles d'Angennes a été accusé d'avoir essayé d'arrêter l'effervescence des calvinistes par l'emploi de mesures extrêmes, et d'avoir, en répandant le sang, exaspéré les esprits. Ces assertions sont entièrement fausses-, le silence de Théodore de Bèze en est la preuve ; et l'on ne saurait alléguer aucun document à l'appui d'un fait aussi grave. Ce qu'il y a de certain, c'est que les chefs des calvinistes du Mans, réunis chez Jean de Vignolles, lieutenant particulier de police, dans son hôtel nommé le Louvre, situé sur la petite place du Gué-de-Mauny et sur la petite rue de l'Écrevisse, après avoir lu les lettres du prince de Condé, résolurent de s'emparer de la ville. La chose leur était facile, puisque les magistrats étaient les chefs du complot. Ils crurent donc avec raison qu'il leur suffirait d'un coup de main pour occuper la cité. Néanmoins, pour n'être pas surpris, ils appelèrent à leur aide les miliciens cantonnés à Mamers et à Bellême. Cette circonstance semble infirmer le récit des historiens protestants, qui prétendent que l'on voyait jusqu'à trois et quatre mille hommes, et beaucoup de gens qualifiés, assister au prêche qui se faisait sous les halles, tous armés et disposés à soutenir la nouvelle secte. Il faut croire qu' une partie de ces hommes étaient des curieux, qui venaient à ces réunions comme à un spectacle. Quoi qu'il en soit, Charles d'Angennes n'ayant aucune force à sa disposition, et sachant qu'on en voulait spécialement à ses jours, courut au château de Touvoye, où se trouvait son cousin Pierre de Thouars, chevalier, seigneur de Thouars, près de Ballon, et gouverneur du Mans en l'absence du duc de Montpensier, pour chercher à réunir des soldats, et s'opposer à la trahison des officiers et des magistrats de la ville. Les chanoines eurent aussi le temps de transporter dans cette forteresse une partie du trésor de la cathédrale et de leurs archives. Malheureusement les mesures du prélat furent prévenues par celles des huguenots.
Le 3 avril, jour du vendredi saint, de Vignolles, Thibault Bonju, seigneur de Verligny, lieutenant criminel, René Taron, premier avocat du roi, tous trois membres du
présidial, François Boussard, sieur des Granges, officier de l'élection, Euphraise Flotté, procureur du roi à la prévôté, et Jean du Brcil, receveur des domaine-, h- mirent à la tête des conjurés. Tout semblait favoriser leur coupable dessein : le sénéchal du Maine, le lieutenant général et le procureur du roi étaient absents » le la \ille; la population se pressait dans les églises pour les offices si pieux de ce jour. Réunis en conciliabule chez le sieur de Vignolles, et après plusieurs expédients proposés pour empêcher l'effusion du sang, et pour neutraliser l'action des catholiques, les chefs arrêtèrent de s'emparer des clefs de la ville et d'établir aux portes des postes commandés par des capitaines de leur parti. Le moment paraissant opportun, ils voulurent en profiter, et vers une heure après midi, de Vignolles et Bouju, avec une escorte de gens armés, se rendirent chez le connétable Louis Dagues, dépositaire des clefs de la ville. Ce fonctionnaire était absent; sa femme, Renée de Landisson, fut obligée de livrer les clefs, ne pouvant essayer une résistance vaine.
Le capitaine Mauny, de Montbizot, eut la garde du Pont- Perrin ; le fils du seigneur de Saint-Pavace eut celle du Pont-Ysoir; et le baron de Noyancomman la au Pont-Neuf. La place du marché Saint-Pierre, voisine de l'hôtel de Vignolles et du Palais Royal, devint la place d'armes et le quartier général d'où partaient les nombreuses patrouilles destinées à réprimer les catholiques dans les parties les plus éloignées. On établit aussi, dans les quartiers éloignés, bon nombre de soldats dans les maisons des catholiques. Les principaux chefs des troupes religionnaires étaient René d'Argenson, seigneur d'Avesnes, Germinemir, seigneur de Buffes, La Mothe Thibergeau, René de Champagne, seigneur de la Suze et de Pescheseul. et Boisjourdan, seigneur de Bouère, son lieutenant. Les seigneurs de Lavardin, de Basoges, du Mortier, Tahureau, de l'tèpichelière, de la Fuye, de Passet, de Penchera) , de Monthéardj Souvigné, Fréart et plusieurs autres, vinrent se joindre aux chefs des conjurés, dès qu'il connurent que leur entreprise avait réussi.
Les religionnaires maîtres de la ville, la prudence faisait une loi aux catholiques de ménager ces hôtes incommodes. Mais la douceur n'apprivoise pas les tigres; et les milices qui s'étaient emparées du Mans, comme les chefs qui les commandaient, étaient des hommes sans aucun frein de conscience ni d'honneur. Il ne faut pas croire qu'ils agissaient par un motif de religion ; ils n'en suivaient aucune, et nous les verrons changer de parti, selon que la victoire se tournait d'un côté ou de l'autre. Véritables successeurs des routiers du moyen âge, ils n'obéissaient qu'à la soif du pillage, Néanmoins les magistrats qui s'étaient joints à ces aventuriers, désiraient mettre toutes les apparences du droit de leur côté. La chose était difficile; et voici l'expédient dont ils s'avisèrent. Une assemblée fut convoquée à l'hôtel de ville ; quelques catholiques et quelques membres du clergé furent invités à s'y rendre, et ils obéirent. On exposa que le roi était captif des Guises, et que le prince de Condé demandait de l'argent et des troupes pour le délivrer. Soit crainte, soit politique, les catholiques promirent de contribuer aux frais de la guerre. Les chanoines s'engagèrent pour une somme considérable, et désignèrent l'un d'entre eux, nommé Ruille, frère du procureur du roi au Mans, nommé Le Chesne, pour verser les fonds. Mare et Montréal, deux gentilshommes de la faction desreligionnaires, furent envoyés pour toucher l'argent : Ruille les reçoit poliment; mais ils étaient accompagnés d'une troupe de miliciens, qui se montrèrent avides de pillage et prodigues d'injures. Le chanoine leur ordonne de se retirer, et leur déclare qu'en cas contraire il sera obligé de se défendre. L'un des gentilshommes feint de prendre ces paroles pour un outrage, et se dispose à frapper le chanoine de son épée; mais il est prévenu et tombe atteint d'un coup de pistolet (1). Aussitôt son compagnon s'enfuit en poussant
(1) Suivant une autre version, les huguenots seraient venus assiéger le chanoine Ruille dans sa maison, uniquement parce qu'il était riche; et le coup de pistolet aurait été tiré par la fenêtre; dans tous les cas l'agression venait des huguenots.
\\() HISTOIRE DE l/ÉGLISI Dl MANS.
des cris. Le chanoine Raille est saisi, garrotté et conduit au château; sa maison est livrée au pillage. L<*s brigands se portent à l'église cathédrale, où l'on célébrait la messe solennelle; on chantait VAgnus Dei. Ils vociféraient toutes sortes de blasphèmes et de menaces, et voulaient m.i crer aussitôt tout !<■ clergé. Quelques-uns des meneurs obtinrent qu'on laissât achever la fonction ; mais aussitôt après, tous les chanoines furent saisis, encore revêtus de leurs ornements, liés et garrottés, et conduits dans leurs maisons pour y livrer tout ce qu'ils possédaient de précieux. Durant ce temps on leur prodiguait et l'injure et les mauvais traitements. Enfin on les renferma tous dans le château, et Ton voulait les traiter comme autant de complices de Ruille. Pour celui-ci, il fut condamné à mort par le lieutenant criminel Thibault Bouju, et pendu le 40 du même mois d'avril, c'est-à-dire le lendemain du pillage. Beaucoup des membres du chapitre appartenaient aux familles influentes du pays, et même plusieurs étaient alliés de très-près aux chefs des factieux; c'est ce qui leur fit rendre la liberté. Mais des scènes d'horreur se poursuivaient de toutes parts. Les brigands ayant une fois trempé leurs lèvres dans le sang, ne pouvaient s'en rassasier. A partir de ce fatal jour du 9 avril, le clergé fut obligé de se tenir caché ou de fuir de la ville, pour se soustraire à une mort certaine. Au Mans, dit Claude de Saintes, contemporain de ces événements, « les huguenots ressemblent aux autres contre les églises et le clergé, et firent un cas fort énorme : ils prinrent un vieil moyne en son logis, luy coupèrent sa nature, la fricassèrent. et puis (la lui) firent avaller par violence : et enfin lui fendirent l'estomach vif, pour veoir ce que cette partie honteuse estoit devenue (I). » A la vue de pareilles horreurs, on conçoit
(1) Claude do Saintes, Discours sur le saccagement des églises, cic. Paris, 15G3, fol. 72 r. et v. — On montre encore au Mans la maison où cette scène de cannibales s'accomplit. Gomme elle est située près de l'ancienne église Saint-Pierre , on croil généralement que ce moine était un chanoine de la collégiale.
CHARLES d'aNGENNES. AA[
la désertion du clergé, et même de la plupart des catholiques; néanmoins l'official et plusieurs chanoines ne voulurent jamais abandonner leur poste (I). Mais leur dévouement ne put empêcher le pillage des églises, des monastères, des maisons canoniales et de tous les lieux où les brigands espéraient rencontrer quelque butin.
Les couvents des jacobins et des cordeliers attirèrent des premiers les fureurs des calvinistes (2). Charles de Langlée, seigneur de la Ménardière , suivi de cinquante miliciens, étant entré dans le premier de ces monastères par la chapelle de Notre- Dame-de-Lorette, se saisit des clefs de la maison, qu'il arracha au portier. Les calvinistes avaient déjà traîné à la queue d'un cheval le père Jean Triger,qui avait prêché le carême à Mamers. Lorsqu'ils furent maîtres de la maison, ils firent subir les plus mauvais traitements aux religieux, qui s'échappèrent aussitôt qu'ils purent en saisir l'occasion; il ne resta que de pauvres vieillards qui attendaient le martyre. On les enferma dans leurs cellules, et tandis que les arquebusiers buvaient le vin du monastère et enlevaient les autres provisions, ces tristes captifs furent laissés sans nourriture. Le couvent fut dévasté des caves aux greniers; l'église ne fut pas plus épargnée que le reste; les brigands enlevèrent jusqu'aux cuivres des tombeaux et aux épitaphes qui consacraient le souvenir des ancêtres. Les portes, les fenêtres, les tables, tout fut mis en pièces; on regrette en particulier une bibliothèque riche de précieux manuscrits. Lorsqu'il ne resta plus rien dans la maison que les vieillards dont nous avons parlé, les gens de la Ménardière voulurent y mettre le feu; mais les habitants des maisons voisines , craignant les suites d'un incendie, et Vignolles lui-même ayant dessein de s'emparer d'un très-beau jubé pour le placer dans sa maison, pré-
(1) Bèze dit que de tout le clergé du Mans il ne resta dans la ville que l'official ; c'est une assertion erronée, comme le prouvent des procèsverbaux authentiques. Voir Pièces justificatives, n° XXVII.
(2) Archives de la Sarthe, 'n° —
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vinrent par leurs remontrances l'exécution de ce nouveau crime. Le P. Bernardin, lecteuren théologie, et sous-prieur du couvent, qui avait été arrêté par une bande de religionnaires, à la Fontaine-Saint-Martin, l'ut mis à la torture pour être forcé de déclarer où étaient cachés les objets précieux du monastère.
Le couvent des cordeliers fut plus maltraité encore. Jean et Christophe Prieur, venus de Manière avec deux compagnies d'infanterie , avaient un frère religieux dans cette maison; outrés de ce qu'il avait échappé à leurs violences par le soin de son supérieur, ils mirent le feu à l'infirmerie, d'où il se communiqua aux cloîtres et aux dortoirs, puis enfin aux lambris de l'église. On voyait des hommes et des femmes du peuple s'élancer au milieu des flammes pour ravir les objets qu'elles allaient dévorer. Du haut des tours de la ville, la dame de Vignolles, à la tête de quelques femmes de son parti, assistait à cet affreux spectacle, encourageant les incendiaires du geste et de la voix.
Des cordeliers on se porta sur la riche collégiale de Saint-Pierre-de-1 a-Cour, où tant de trésors avaient été accumulés depuis nos premiers comtes; rien ne put échapper à la fureur des rebelles, et l'église royale demeura dépouillée de tous ses ornements. Toutefois ils ne purent mettre la main sur la châsse de sainte Scholastique, qui avait été cachée à temps.
De bonne heure des catholiques zélés et quelques chanoines avaient prévu que l'église cathédrale n'échapperait pas plus que les autres à l'avidité des religionnaires, et ils avaient enlevé secrètement les reliques des saints, et quelques objets précieux. Mais il en restait encore assez pour tenter les chefs calvinistes, qui partout s'enrichirent des trésors des églises (1). L'absence du sénéchal et des autres officiers qui commandaient dans la ville avait laissé toute l'autorité entre les mains de Vignolles, de Bouju et de René Taron. Ce triumvirat, disposant souverainement de loutj
(1) Pièces justificatives, n° XX VU.
imagina de s'emparer des richesses que renfermait la cathédrale du Mans, sous le prétexte hypocrite de les conserver, prétexte que les chefs calvinistes alléguèrent partout pour se réserver les dépouilles des principales églises. L'avocat du roi Taron, qui remplissait les fonctions de procureur du roi , s'étant concerté avec les principaux religionnaires , fit intimer l'official du chapitre, Nicolas Chesnay, et deux chanoines Guillaume Gouaslier et Denys d'A venelle, pour le jeudi 7 avril, à dix heures du matin , dans la chapelle du Chevet , à la cathédrale, afin de donner leur avis sur quelques affaires importantes concernant le public et la religion. A l'heure indiquée, Vignolles, Bouju et Taron , revêtus de tous les insignes de la magistrature, sortirent du palais pour se rendre au lieu désigné. Gomme ils passaient dans la Grande-Rue, ils rencontrèrent Dominique Leroy, conseiller au présidial, qui était catholique; ils l'entraînèrent avec eux, espérant que sa présence faciliterait leurs projets. Us trouvèrent à la cathédrale l'official et les deux chanoines : alors Taron, qui aimait à faire montre de la faconde héréditaire dans sa famille, exposa que la ville étant remplie de miliciens pillards, et les magistrats ne jouissant plus d'aucune autorité, la dévastation de la cathédrale était à redouter; qu'il n'y avait qu'un seul moyen de tout sauver, qui était de déposer entre les mains de citoyens riches et probes tous les objets précieux renfermés dans le trésor.
Malgré l'éloquence de Taron, le piège n'était pas difficile à découvrir; aussi l'official et les chanoines s opposèrent-ils vivement à l'exécution du projet. Chesnay représenta que les richesses de Saint- Julien ne pouvaient être nulle part plus en sûreté que dans le lieu où depuis six cents ans elles avaient été à l'abri de tout danger; qu'il était plus facile de s'emparer d'une maison particulière que de l'église, dont les portes étaient doubles et assujetties par de fortes barres de fer; enfin, qu'un corps de garde de cinquante soldats avec des sentinelles placées à divers lieux en dehors de l'édifice suffiraient pour intimider les pillards les plus
44i HISTOIRE DE LéftLfftl 1>C MANS.
détermines. Le lieutenant criminel Bouju se joignit à Taron, et, malgré l'opinion contraire du conseiller Leroy, Vignolles, qui présidait comme remplaçant le sénéchal , ordonna le dépôt de toutes les richesses de l'église entre les mains de Jean du Breil , receveur des domaines, après qu'il en aurait été dressé inventaire. Cette ordonnance fut aussitôt mise à exécution : deux orfèvres calvinistes descendirent les statues d'argent, et dressèrent un état de leur poids et de leur valeur, et ils en remplirent cinq grands colfres. Ainsi furent enlevés le 'grand crucifix d'argent exposé sur le jubé à l'adoration des fidèles, et sa croix revêtue de lames du même métal; l'image de la sainte Vierge toute en vermeil, du poids de quarante-huit mai es, avec une couronne enrichie de pierres précieuses, et qui était placée au-dessus de l'autel des saints Gervais et Protais, nommé encore de Sainte-Marie; les deux statues des deux martyrs Milanais, placées de chaque côté de cet autel, et dont les têtes et les mains étaient en vermeil ; enfin deux riches châsses , posées sur des piédestaux et renfermant des reliques des deux patrons. Tout fut soustrait sous prétexte de conservation. Il est probable que les douze statues d'argent des Apôtres qui décoraient le chœur de Saint- Julien disparurent de la même manière; l'affectation avec laquelle les historiens calvinistes ou ceux qui favorisent la même cause en attribuent la soustraction à Charles d'Angennes, semble un argument très-fort en faveur de ce sentiment. Imputer d'ailleurs ce vol à notre prélat est un mensonge dont l'absurdité est rendue manifeste par tout Fensemble de sa conduite, et par la générosité avec laquelle il contribua à réparer les désastres qu'avaient causés les calvinistes (4).
(1) Les douze statues des Apôtres enlevées en lot>-2 de IVtrlise cathédrale ont donné lieu à beaucoup de recherches. Nous ne pouvons eu parler plus longuement; mais on peut consulter In Mosaïque de l'Ouest ; la Province du Maine, ISio, n° 41, p. 1 et Biliv. ; Pescbe, Dietionnaire de In Sart/.e, t. II, p. 286, et t. V, p. Mi. — DcThou, dans sa grande histoire, liv. XXIX, t. Il, p. 379, a reproduit tous les propos
CHARLES 1/aNGENNES; 445
L'ouverture du trésor fut remise au lendemain ; Vignolles, qui n'avait pas jugé l'établissement d'un corps de garde suffisant pour protéger l'église contre les pillards, pensa que cette mesure serait utile pour favoriser )a spoliation, et il fit établir un poste pour la garde de l'église durant la nuit. Le jour étant venu, les croix, les châsses et les vases sacrés, tous d'un travail précieux et enrichis de rubis et d'émeraudes, furent enlevés après un rapide inventaire, pour être confiés au receveur des domaines et restitués par lui après la cessation des troubles; ce qui n'eut jamais lieu, malgré la pacification d'Amboise. Cette lucrative opération accomplie, les chefs du parti huguenot livrèrent l'église de Saint-Julien à la fureur brutale de leurs bandes. En peu d'instants ce sanctuaire vénéré devint un lieu de désolation; les images des saints furent brisées, les autels renversés , les tombeaux des plus illustres personnages et des bienfaiteurs de la contrée furent profanés, et leurs cendres sont restées depuis sans honneurs ou dispersées. Il ne faut pas croire du reste que ces bandes ignobles amenées au Mans par les frères Prieur et autres furent seules à profiter de ces dévastations; car on trouva chez Vignolles la plus grande partie de la magnifique balustrade en cuivre qui fermait le chœur, le bassin des fonts baptismaux et le tombeau de l'évêque Gontier de Baigneux, qui avait été enlevé de la chapelle du Chevet. Tout ce qui pouvait satisfaire la cupidité des religionnaires fut emporté, jusqu'au plomb des couvertures et des gouttières. Un inventaire des richesses perdues dans ce désastre (1), dressé par Jacques Taron, lieutenant général en la sénéchaussée du Maine, assisté d'habiles experts, fait monter la somme totale à deux cent cinquante-six mille cinq cent trente-sept livres, six
des protestants à ce sujet. — Selon Renouard*, Essais historiques sur le Maine, t. II, p. 49, Charles d'Angennes avait caché de bonne heure ces statues dans le château de Touvoye; mais cette forteresse ayant été prise par les calvinistes, ce trésor disparut avec le reste. (1) Pièces justificatives, n» XXVIII.
44(> histoire i»e l'église du mans.
sous en monnaie de l'époque (1): somme énorme, puisque d'après l'évaluation la plus généralement reçue, la livre tournoie sous Charles IX, équivalait à quatre francs cinquante centimes de notre monnaie. Cette perte n'a jamais été réparée; mais un dommage plus irréparable encore fut la destruction de tant d'objets d'art d'un mérite inappréciable. De tous les monuments funèbres que possédait notre église, celui de Guillaume du Bellay de Langey fut seul respecté, parce que ce célèbre diplomate s'était opposé à la funeste expédition contre Cabrières et Mérin loi (4545); ce qui lui attira l'aiFection des religionnaires. Mais les tombeaux des Luxembourg, du cardinal de la Forest, de Confier de Baigneux, et autres non moins remarquables, les verrières qui ornaient les chapelles, une bibliothèque composée de grand nombre de manuscrits, une partie des archives du chapitre, et une multitude d'objets précieux furent détruits ou enlevés. Les auteurs du pillage ne se contentèrent pas de ce qu'ils rencontrèrent dans l'église ; toutes les maisons des chanoines et des ecclésiastiques furent fouillées, et la plupart pillées. Les huguenots découvrirent dans les caves du chanoine Oudineau beaucoup de reliquaires de la cathédrale, qui y avaient été cachés, et ils s'en emparèrent comme de tout le reste. Us commirent les mêmes excès dans les autres églises de la Aille , et les dépouillèrent de tous les objets précieux que la piété de nos pères y avaient accumulés.
Durant trois mois, la ville du Mans fut chaque jour le théâtre de nouveaux forfaits de la part des brigands qui la dominaient. A des scènes d'une atroce cruauté se joignaient souvent de sacrilèges bouffonneries. Les reliques de saint Bertrand, du vénérable Jean Laurent, de sainte Adnette, une partie du chef de saint Julien renfermée dans une chasse très-précieuse, et d'autres encore furent profanées, et beaucoup livrées aux flammes. Lorsque tous les sanctuaires de la ville et un grand nombre de maisons privées
(1) Pièces justiiicatives, n<> XXVIII.
CHARLES DANGENNES.
eurent été saccagés,' les bandes de pillards se répandirent dans les campagnes, et y portèrent la même ardeur pour la rapine et la même soif du sang des catholiques. Leurs premières tentatives se tournèrent du côté du château de Touvoye; mais ses fortes murailles et la garnison que Charles d'Angennes y avait réunie mirent la tête du prélat à l'abri de leurs coups. Tout le pays aux environs fut souvent ruiné perces milices qui ne respectaient aucune loi. Dans une seule course qu'ils firent à Sa vigne- l'Évêque, où ils espéraient surprendre i'évèque, auquel ils avaient juré d'arracher la vie, ils rencontrèrent Souche, sonneur de l'église cathédrale, et Baudouin, « notaire en cour d'Église, » deux paisibles citoyens, qu'ils massacrèrent sans autre motif que l'attachement de ces hommes à la foi catholique. Il n'est guère de bourgs ou de paroisses dans les environs du Mans qui n'aient eu à souffrir de leurs pilleries et de leur cruauté* A Spay, ils volèrent les cloches, renversèrent les autels et brisèrent les vitres; l'église de Trôo fut entièrement saccagée, l'église de Boëssay détruite. Quelquefois leurs courses s'étendaient fort loin de la ville; ainsi ils s'avancèrent jusqu'à la chartreuse du Parc, qu'ils pillèrent entièrement. D'autres bandes de huguenots rivalisaient de zèle avec celles du Mans, pour saccager les autres parties du diocèse. Une compagnie de ces brigands se porta surVivoin; ils s'emparèrent du petit château du Bois-Richard, et s'y étant fortifiés, ils désolèrent tout le pays voisin. On y voit encore le temple qu'ils construisirent; un champ porte encore le nom de Cimetière aux huguenots.
Les hérétiques insurgés s'emparèrent encore du Grand- Courchaton et du château de Villiers. Le Passais, la ville de Domfront, et l'abbaye de Lonlay en particulier, furent ravagés à plusieurs reprises. Mais l'un des chefs calvinistes les plus féroces dans le Maine et l'Anjou fut Bressault de la Rouvraye. C'est lui qui, dans le Theatrum crudelitatis hœreticorum (I) , est représenté avec un baudrier composé d'une
(1) Anvers, 1588, in-4», p. 53.
4M HISTOIRE LE i/ÉGLISE DU MA*S.
chaîne d'oreilles de prêtres et de moines. Il ne connut pas de repos durant les trois premières guerres de religion, et fut enfin décapité au pilori d'Angers le 10 septembre lo72. Hercule Saint-Aignan des Marais ne le cé<la guère à Bressault de la Rouvraye en fureur fanatique contre les catholiques. Quelques-uns pensent qu'il prit part au pillage du Mans; quoi qu'il en soit, il est certain qu'il se trouva présent à la réunion clandestine que les seigneurs protestants de l'Anjou, et notamment des environs deCraon et de Chàteaugontier, tinrent à Angers au commencement de 1 562, et où ils formèrent une sorte de ligue. Il en revint plus animé contre les catholiques, et répandit la terreur dans toute la partie du diocèse du Mans qui touchait à celui d'Angers. A la tête d'une troupe aussi féroce que son chef, il s'avançait même quelquefois assez avant sur notre territoire; car durant cette première guerre, il tomba à l'improviste sur l'abbayed'Évron,qui fut entièrement saccagée, ainsi que la petite ville bâtie à l'ombre de son clocher. Selon quelques historiens, on doit rapporter à cette première invasion la destruction des archives de l'abbaye; mais d'autres pensent qu'elles ne furent détruites qu'à la seconde invasion en 1577. Il est d'ailleurs certain que les huguenots étaient animés d'une haine aveugle, non-seulement contre les saintes reliques et les images des bienheureux, mais encore contre les titres anciens, dont ils anéantirent une immense quantité. Après de nombreuses violences, des Marais, tombé vif entre les mains du duc de Montpensier, expia sur la roue les dévastations sans nombre dont il s'était rendu coupable.
On regrettera toujours que les écrivains catholiques contemporains de ces déplorables événements ne nous aient pas transmis les noms des généreux chrétiens qui furent mis à mort en haine de leur foi. De ce nombre furent les moines de l'abbaye de Bellebranche, que les protestants pendirent dans leur église, avant de livrer le monastère au pillage. Comme cette abbaye était riche et nombreuse, elle dut envoyer un grand nombre de victimes au ciel; mais,
CHARLES DANGENNES. 449
ainsi que beaucoup d'autres, elle ne se releva jamais entièrement de ce désastre. On connaît du moins avec quelques détails la fin glorieuse de César de Brancas, abbé de Savigny, qui s'était retiré dans son prieuré de Mantilly, où il fut mis à mort, et son trépas fut marqué de tous les caractères d'un vrai martyre. Ses cendres reposent encore dans l'église de cette paroisse. Ce fut à Charles d'Angeunes que Charles IX donna l'abbaye de Savigny, après la mort de César de Brancas.
Effrayés de voir le royaume en feu de tous les côtés, Catherine de Médicis et Charles IX tentaient de négocier avec les chefs des huguenots; mais ceux-ci n'y voulaient pas entendre. « Nous ne serons jamais bons amis avec ces gens-là (les catholiques), disait Dandelot, frère de Coligny , que nous n'ayons un peu escrimé ensemble. » C'était la pensée du parti tout entier; il voulait se rendre maître du pays, pour lui imposer sa croyance. Les huguenots du Mans obéirent fidèlement au mot d'ordre des chefs de la faction. Le 20 et le 21 avril, Charles ÏX et Catherine de Médicis écrivirent àVignolles; mais les messagers ne furent pas même reçus dans la ville; seulement Vignolles vint leur parler par un pertuis de la porte du Pont-Neuf, et au moment où ils se retiraient, on tira sur eux de dessus les tours voisines. Après cet outrage à la majesté royale, lesfactieux crurent nécessaire de se justifier auprès du roi; et le 29 du même mois d'avril, ils lui adressèrent une longue lettre remplie de calomnies contre les catholiques. Ils commencent à se donner pour les habitants du Mans, tandis qu'ils n'étaient qu'une réunion de factieux et de brigands aecourusde tous les côtés, alléchéspar l'espoir dupillageetde la licence. Us se plaignent de Du Mortier qui leur avait imposé silence sur les raisons pour lesquelles ils s'étaient emparés du château du Mans. S'ils se sont soulevés sans avoir les ordres du roi, c'est uniquement parce que le duc de Guise avait commandé à ses sujets du Maine (de Mayenne), de La Ferlé-Bernard et de Sablé, de se saisir de ces trois villes et d'en chasser tous ceux qui étaient suspects de la
religion : ce qui s'est exécuté. La vie de tous Jes réformés, disent-ils, était très-menacée dans toute la province par les catholiques qui ont pris les armes; « le chef* et guidon desquels, ajoutent-ils, estoitet est levesquede ceste \ill<-, qui de longtemps avoit conspiré s'emparer du chasteau et forces de cette dicte ville, enrollé hommes, et l'ait amas de toutes sortes d'armes, munitions et provisions à cette iin. Et depuis peu de jours, à main armée, s'eslant mis aux champs, accompagné, entre autres gens de bien, de tous les séditieux, qui l'an dernier exécutèrent les cruels meurtres es faux-bourgs Saint-Jean de cette ville, fait saccager en sa présence, voire piller les maisons des gentilshommes qui lui sont suspects, fait lever potences de son autorité privée. Et comme un prevost des mareschaux, garny de pisotelles, va de marché en marché, avec une canaille ramassée, pour prendre prisonniers tous ceux qu'il luy plaist. Ce qu'il fist encore samedy dernier au marché de Montfort, où luy-mesme armé prit l'un de voz sergeants en ce pays et comté du Mayne, tant en haine de la religion, que pour l'avoir exécuté de la somme de deux cents livres, pour le payement de voz décimes. Et pour le bon mesnage et ausmones qu'il fait en telles entreprises, estant réduit en nécessité extrême, impose (comme si vous luy aviez, Sire, résigné votre dignité royale) en ce pays tribut sur les ecclésiastiques : continuant ce qu'il fist un peu auparavant les estats tenus a Orléans , par un impost général sur tout le clergé, contre votre ordonnance expresse : prend à toutes mains la marchandise des pauvres gens, à laquelle il impose prix à son appétit. Et finalement, comme il est bon zélateur de nostre salut, et amoureux du repos de cette patrie, fait magazin de toutes pièces d'artillerie pour venir (comme il se vante ) prescher en peu de jours icy l'Évangile à coups de canon. »
Ils finissent leur lettre en déclarant qu'ils conservent le château du Mans, jusqu'à ce que le roi ait banni le duc de Guise, l'auteur de tous les désordres, et qu'il ait rappelé le
prince de Condé et les autres princes du sang, qui doivent former son conseil (1).
Les calomnies que contient cette lettre contre Charles d'Angennes, quoique répétées par la plupart des historiens protestants et indifférents, ou même catholiques, se réfutent d'elles-mêmes. Si ce prélat avait fait des dispositions de guerre, comme on l'en accuse, comment ne se trouvat-il pas en mesure d'opposer la moindre résistance au moment de l'invasion? Ce fut le 3 avril que les huguenots s'emparèrent du Mans, et, selon leur propre aveu, ce ne fut que vers le 29 du môme mois que Charles d'Angennes put essayer une réaction. Ainsi, au moment même où les huguenots se rassemblaient en armes pour assister au prêche sous les halles, lorsque seize ministres ne cessaient de souiller le feu de la révolte dans la ville, le clergé du Mans, et son évêque en tête, ne mettaient leur confiance que dans les moyens de persuasion. Ce fut seulement lorsqu'ils se virent poursuivis par des troupes de brigands qui ne respectaient aucune loi, qui pillaient et brûlaient les églises, qui violaient les sépultures les plus vénérables, qui mutilaient et massacraient les prêtres et les religieux tombés entre leurs mains, ce fut alors, et alors seulement, que quelques-uns, et Charles d'Angennes le premier, recoururent aux armes. Ajoutons que le parlement de Paris avait mis les huguenots hors la loi et ordonné de leur courir sus. Personne ne fut surpris à cette époque de voir un évêque prendre les armes pour la défense commune ; loin de là, les catholiques se plaignaient que Charles d'Angennes eût tant tardé à recourir à la force pour protéger son troupeau. On a vu les chanoines du Mans élire pour chef de la garde un chapelain de leur église. Dans une ville voisine, le 4 avril 1569, le chapitre d'Angers élut pour capitaine du clergé René de Lespronière, archidiacre d'Outre -Loire et clianoine de l'église cathé-
(1) Mémoires de Condé, t. III, p. 184, édit. de Londres.
\rl HISTOIRE DE I
tlralc (1). Au reste, la conduite de Charles d'Àngennes s'explique aisément: la campagne et. ut parcourue par des troupes de partisans huguenots, qui étaient venus [tins d'une ibis pour le prendre jusque dans son château de Touvoye; les fanatiques qui occupaient la ville, des tommes même, demandaient hautement sa tète, il <1«'\ ait donc se condamner à rester prisonnier dans sa forteresse, sans pouvoir remplir les devoirs de son ministère, ou se l'aire accompagner d'une garde assez forte pour mettre ses jours en sûreté. Ses démarches furent hautement approuvées par le clergé le plus éclairé; et le poète Pierre de Ronsard, témoin oculaire des événements, prit chaleureusement la défense de notre prélat, lorsque les huguenots entreprirent de flétrir sa mémoire. Dans l'un de ses discours sur les malheurs du temps, il se fait gloire de suivre la doctrine et les exemples de l'évèque -du Mans, son prélat, qu'il représente comme la gloire et le modèle du clergé français.
On dit que l'évèque du Mans s'avança plusieurs fois à la tête de sa petite troupe jusque près des murs de la ville; mais la garnison huguenote qui l'occupait était trop forte pour craindre une aussi faible attaque, qui du reste ne fut pas même tentée. Mais la délivrance du Mans ne fut pas due aux moyens humains : ses habitants furent redevables du bienfait de leur liberté à la sainte patronne en qui ils avaient placé depuis longtemps leur confiance. Le 1 1 juillet, fête de sainte Scholastique, la garnison protestante, composée de douze compagnies de gens de pied, et de six cornettes de cavalerie, en tout huit ou neuf cents hommes, saisie de panique, s'enfuit précipitamment par la porte du Pont-Ysoir. Les désordres qui régnaient dans la
(1) Collection D. Housscau , n° 8803. — Voir aussi Apologie pour mess ire Henry-Louys Chastaignier de la Roc/iepezay, evesque de Poitiers, contre ceux qui disent qu'il est défendu aux ecclésiastiques d'avoir recours aux armes en cas de nécessité. S. L. 161 5, in-8°. A la fin de ce livre rare et curieux se trouve une liste des prélats qui ont pris les armes.
CHARLES D ANC-ENNES. 453
ville, dit Théodore de Bèze par un remarquable aveu, effrayaient les gens de bien ; pour y apporter quelque remède, deux jours déjeune furent publiés, et la cène célébrée une fois; mais rien ne changea. « Par quoi étant venu le temps du jugement de Dieu, ajoute l'historien protestant, le 12 juillet ( c'est-à-dire le 11) la ville fut abandonnée confusément et à la hâte... La sortie en fut fort honteuse, à huit heures du soir, sans qu'on fût pressé de personne, et la plupart n'en ayant été avertis que trois heures devant : de sorte que bien peu eurent le loisir de tirer quelques meubles hors la ville, et ceux qui en purent tirer ne les purent faire amener plus loing qu'en leurs métairies, où tout fut pillé bientôt après. Plusieurs qui s'étoient retirés des champs en la ville pour leur sûreté, n'eurent seulement le loisir de faire un tour en leurs maisons, ni de faire aucune provision d'argent ni de montures pour leur retraite. Hommes, femmes et enfants sortirent tous ensemble pesle mesle et sans ordre, excepté qu'il y avoit quelque compagnie (une) d'arqnebuziers à pied qui alloient devant, et ceux qui avoient des chevaux suivoient le bagage avec quelques autres arquebuziers. Il y avoit de sept à huit cents hommes portans armes, non pas que tous eussent délibéré de suivre la guerre, mais d'autant qu'au sortir chacun s'étoit chargé des armes qu'il pouvoit avoir (I). » D'autres écrivains ajoutent que la terreur qui s'était subitement emparée des huguenots était telle, que plusieurs se précipitaient du haut des remparts, et quelques-uns périrent de leur chute ou blessés par leurs propres armes. Dans leur fuite, ils oublièrent jusqu'aux papiers les plus capables de les compromettre, comme les registres du consistoire, que possède encore la bibliothèque publique. On a cherché à expliquer cette fuite par l'approche du duc de Montpensier et par d'autres raisons tout aussi peu vraisemblables; car au rapport de Bèze lui-même, Montpensier était encore au delà de Blois. Les catholiques de l'époquo,
(1J lièze, Histoire ccclcsiastique, ù l'an 15G3.
4,Vi HISTOIRE DE [/ÉGLISE DC M
le clergé et les laïques, témoins de l'événement, l'attriforèrent à une cause miraculeuse, ei pour témoigner do
leur reconnaissance envers sainte Scholastique, à laquelle
ils rapportaient leur délivrance, ils fondèrent une procession solennelle en son honneur, comme nous le dirons I >. Le capitaine Goupilières abandonna la troupe des fuyards au sortir de la ville (2); il rentra ensuite dans l'Église catholique, et fut assassiné par des protestants, auprès de La Ferté-Bernard.Son collègue, le capitaine de La Barre rentra également dans l'Église, mais parvint à se soustraire au poignard des huguenots. Il n'y eut donc que le capitaine La Mothe Tibergeau à commander la bande confuse des fuyards. Après avoir marché toute la nuit en grand désordre, ils arrivèrent le matin aux portes de Beaumont-le- Vicomte. Les habitants refusèrent d'ouvrir; les religionnaires parvinrent néanmoins à pénétrer dans la place à l'aide de huit pièces de canon, qu'ils avaient tirées du château du Mans. Beaumont n'avait presque aucune garnison; les huguenots livrèrent la ville au pillage, massacrèrent huit habitants, outragèrent et blessèrent grièvement plusieurs personnes; et les chefs eurent soinïle mettre les plus riches citoyens à rançon. Après avoir passé un jour et une nuit à commettre toutes sortes de violences et de débauches; après avoir brûlé l'église, les halles et plusieurs maisons de catholiques, fondu les cloches, et entièrement pillé beaucoup d'autres maisons, les rebelles se mirent en
(t) Voir François Bondonnet, Le Triomphe de sainte Scholastiquc, p. G6, 135, et passim. C'est un ouvrage solide, auquel on n*t pas répondu. D'ailleurs le miracle de la fuite des huguenots est attesté pir une tradition constante; par Jean Morcau, Simon Martin, religieux minime de la province de Paris, par Trouillart, l'historien des comtes du Maine, Le Corvaisicr, D. Bondonnet, et le chanoine Houdayer, qui a\ ait laissé des Mémoires sur l'histoire du Maine.
(2) Bèze, qui cherche toujours à mêler quelque mot licencieui à mm récit, dit que Goupilières se retira à l'abbaye du Pré, « tenant bonne compagnie à l'abbesse. »Or, cette abbesse était Catherine de Chaources, dont la vie entière fut celle d'une dame sainte. Par ces mots, Bèze ne nuit qu'à sa propre réputation.
CHAULES I) ANCIENNES. • " 455
marche pour Fresnay. Les habitants, craignant le sort qui était arrivé à ceux de Beaumont, ouvrirent leurs portes. Ce bon accueil n'empêcha pas les huguenots de dévaster les églises et de briser toutes les statues, les tableaux et les clo^ ches. Les chefs avaient donné eux-mêmes l'exemple du pillage : aussi une partie considérable d es troupes qui les suivaient, profitant de la liberté que leur offrait cette fuite, abandonnèrent leurs drapeaux et formèrent des bandes qui parcouraient la campagne et la ravageaient à leur propre bénéfice. Le 9 août 1562 , Pierre de Thouars , gouverneur pour Sa Majesté des ville et château du Mans en l'absence du duc de Montpensier, fit savoir à René de Baigneulx, seigneur de Courci val en Saint-Mars-sous-Bailon, « qu'ayant été advertis que au lieu et viJlaige de Challe et es environ , il y avoit plusieurs séditieux et rebelles contre Sadicte Majesté , qui pillent le plat pays et font plusieurs aultres cas contrevenans aulx esditz de Sadicte Majesté , mesme que plusieurs desdicts rebelles qui estoient de la compagnie de ceulx qui ont tenu de force notre dicte ville contre ladicte Majesté, mesme les seigneurs de Grue, La Bataillère, et aultres, lesquels ont faict et font plusieurs sacagements d'églises et de mesons; » le gouverneur enjoint à René de Baigneulx de poursuivre ces brigands et de les conduire dans les prisons du Mans. Ce capitaine réunit vingt-six hommes d'armes et passa « la monstre » devant les commissaires du roi, Pierre de Thouars, de Banquemar et Pisonary; puis il partit pour combattre les rebelles, dont les brigandages ne s'apaisèrent un peu qu'après la pacification d'Orléans, du 7 mars 1503. En arrivant à Àlençon, La Mothe Tibergeau ne comptait plus qu'un petit nombre de soldats ; mais il lui restait encore une assez forte troupe de femmes, d'enfants et de ces gens sans aveu que l'espoir du désordre réunit toujours. Les uns allèrent rejoindre le comte de Montgommery , les autres le duc de Bouillon ; et Théodore de Bèze fait remarquer que dans cette escouade se trouvait un grand nombre de filles perdues qui s'étaient attachées à l'armée des austères huguenots; elles s'en
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allèrent rejoindre les autres troupes réformée au Havre, i
Dieppe, à Rouen; et même plusieurs passèrent <-n Angleterre. Le capitaine de La Barre étant rentré clans le parti catholique, se trouva au siège de Rouen, qui l'ut repris le 2G octobre 1562, et où notre compatriote Ambroise Paré , par un effort de génie qui fait sa plus grande gloire, découvrit un traitement pour les blessures des armes à feu. 0 trois capitaines qui avaient commandé dans Le Mans, il n'y eut que La Mothe Tibergeau qui s'attacha jusqu'à la fin au parti protestant. Il fut fait prisonnier par les catholiques à la prise de Vire, où la plupart des Alanceaux qui lavaient suivi périrent. Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre, l'un des braves généraux de cette époque, voulut venger sur les religionnaires manceaux l'outrage fait au cardinal de Luxembourg et à ses autres parents dont la sépulture avait été \iolée dans notre cathédrale. Les calvinistes les plus compromis dans le pillage du Mans s'enfuirent d'abord; mais ils revinrent plus tard. Jean de Vignolles continua à combattre à la tête des huguenots, où nous le retrouverons au temps de la Ligue : mais sa famille n'en continua pas moins à occuper des places importantes au Mans dans la magistrature, et même dans le clergé.
CHARLES p'ANGENNES. 457
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