SUITE DE L'ÉPISCOPAT DU CARDINAL CHARLES D'ANGENNES
Réconciliation des églises. — Recherches des objets volés à la cathédrale. — Informations contre les auteurs du pillage. — Ravages des protestants dans les campagnes. — Le roi ordonne à l'évêque du Mans de lever des troupes pour protéger la vie des catholiques. — Erreurs de l'historien de Thon et de la foule des écrivains qui l'ont suivi sur la réaction catholique. — Les huguenots attaquent La Ferté- Bernard. — Pierre de Ronsard à la tête des catholiques du Vendomois. — Victimes de la réaction. — Jean de Champagne et Jean de Boisjourdan. — Taxes nouvelles sur le clergé. — Troupes de l'Église. — Charles d'Angennes se rend au concile de Trente. — Richard du Mans et autres docteurs manceaux à cette assemblée. — Pierre Sachespée. — Charles d'Angennes accompagne le cardinal de Lorraine à Rome. — Établissement de la procession de sainte Schola^tique en souvenir de la délivrance de la ville. — Répulsion du peuple pour les religionnaires; discours de Guillaume Chevalier. — Ligue catholique dans le Bas-Vendomois; mort de Philibert de la Curée. — Les huguenots du Maine refusent de se soumettre aux édits de pacification. — Rentrée de Charles d'Angennes au Mans. — Le prélat est chargé de nouveau de la sûreté du pays, et forme une ligue catholique. — Exagération des plaintes des protestants, et leurs prétentions outrées. — La paix est rétablie par le maréchal de Vieilleville.
Les calvinistes ayant évacué Je Mans, les catholiques s'empressèrent d'y rentrer et de rechercher les objets précieux qui avaient été dérobés aux églises; la plus grande partie avait été soustraite longtemps avant le départ par les chefs des factieux. Il fallut aussi s'occuper de purifier les églises pour y rétablir le culte divin; et le 49 juillet suivant, qui était un dimanche, Charles d'Angennes réconcilia solennellement l'église cathédrale. Mais il n'était au pouvoir de personne de relever toutes les ruines accumulées durant trois mois; et notre belle église de Saint- Julien porte encore les traces de ces jours de malheur. C'est depuis lors que les statues des galeries supérieures sont demeurées dans un état de mutilation déplorable, et que les chapelles autour du chœur sont privées de leurs
magnifiques vitraux. L<i 30 mars de L'année suivante 1 qui était le vendredi saint, Charles d'Angennea consacra
de nouveau seize autels que l'on venait <le relever. Le 5 août de la même année et le i" février suivant, les chanoines arrêtèrent que désormais tout nouveau membre admis dans le chapitre paierait à sa réception la somme
considérable de quarante écus d'or, pour la réparation des pertes qu'avais éprouvées l'église. Il parait néanmoins que Ton parvint à recouvrer une partie des ornements légués par le cardinal Philippe de Luxembourg; car on voit qu'en 1G65, le chapitre fit vendre quelques perles et émaux de la mitre de ce prélat, et réserva le reste. On voit aussi que, le 23 mars 15G3, le livre Pastoral ayant été retrouvé et rapporté aux chanoines, ils en témoignèrent une joie particulière, et prirent de grandes précautions pour le conserver sûrement. On faisait, en effet, des recherches dans les maisons des chefs de la faction. Bèze, qui nous apprend cette circonstance, en paraît surpris, et pousse des cris d'indignation de ce que les catholiques avaient l'audace de fouiller les maisons de ceux qui durant trois mois avaient pillé , outragé, et massacré les fidèles attachés à la foi de leurs pères.
Non contents d'apporter tous leurs soins pour réparer les traces des désordres, les chanoines adressèrent une requête au présidial pour faire informer contre les spoliateurs de leur église. Les informations et procédures commencèrent le 5 août et continuèrent avec divers incidents jusqu'au 22 janvier suivant. Mais le 20 septembre, le roi accorda une amnistie à tous ceux qui avaient pris part aux trouhles précédents. Elle fut adressée au duc de Montpensier, gouverneur et lieutenant général du Maine, et au sénéchal (1). Cette amnistie, datée du camp de Saint-Palais, n'exceptait que les chefs et ceux qui avaient pillé les églises. Le procureur du roi du Mans, nommé Le Chcsne, s'opposa à l'enregistrement de ces lettres de grâce, parce
(1) Pièces justificatives, n° XXMII.
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qu'elles ne portaient pas la clause que les rebelles feraient désormais profession d'être soumis^à l'Église romaine ; ce qui était l'intention du roi. Il prouvait aussi que l'on ne pouvait pas étendre cette grâce à ceux qui continuaient de porter les armes et de piller les campagnes (1). Les lettres portaient d'ailleurs'qu'elles ne seraient pas publiées avant qu'il en eût été délibéré avec l'évêque, le clergé, les échevinset six députés de la ville. Le clergé et le présidial s'étaient opposés à leur publication. De nouvelles lettres du roi, datées du camp devant Rouen, le 15 octobre de la même année, ordonnèrent de publier l'amnistie sans en délibérer. Mais Le Ghesne s'opposa encore fortement à l'exécution de cette ordonnance, et représenta les suites fâcheuses qu'elle produirait. Les rebelles, en effet, étaient toujours dans la même intention de ne pas déposer les armes. Leur conduite à Beaumont-le- Vicomte en était la preuve la plus frappante. Après les violences qu'ils y avaient commises, ils menaçaient d'y revenir encore et de livrer la ville à un pillage complet. Au mépris des édits, ils avaient fait des assemblées à Mamers, àGorron, en plusieurs lieux du Bas-Maine et aux environs de Saint-Calais; ils avaient saccagé l'abbaye de Bellebranche et les faubourgs de La Ferté-Bernard, et avaient même massacré plusieurs catholiques. L'état déplorable du Maine était si bien connu du roi, qu'il avait ordonné aux catholiques, et spécialement à l'évêque du Mans, de lever des troupes pour mettre à couvert la vie des ecclésiastiques et les sanctuaires. Les re^ belles avaient soin d'éviter ces troupes, autant qu'ils le pouvaient; mais ils ne laissaient échapper aucune occasion de piller les maisons des catholiques, et surtout les églises. Un des chefs deces brigands n'avait pas craint de se vanter hautement qu'ils couperaient la gorge à tous ceux qui avaient assisté au jugement porté contre eux. Ce n'était même plus seulement désormais aux prêtres « qu'ils déclaroient la guerre, mais aussi aux gentishommes et aux gens de
(1) Pièces justificatives, n° XXIX.
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justice, qu'ils menacoient des mêmes traitements. Û6I troupes si redoutables par leurs foreurs et leur Boîf iu
désordre se composoient d'aventuriers recrutés de toutes parts et de gens de néant : les chefs étoieot fteuééeVl*
gnolles, prévôt îles maréchaux du .Maine. Du Bivuil, son lieutenant, Nouët, son greffier, Hervé de Courbefosee, grei'lier de la ville et du consistoire. Les gentilshommes
qui avoient d'abord pris part à la révolte avoient rejoint lesCondé et les Coligny, chefs du parti huguenot, ou étoieut rentrés dans le sein de l'Église. » Ces remontrances de Le Chesne sont parfaitement conformes au récit de Théodore de Bèze, et elles prouvent combien sont erronés les récits de l'historien de Thou etdes autres qui l'ont suivi. Lorsque la vérité des faits eut été constatée, Charles IX ordonna, le 44 décembre, au sénéchal du Maine, de poursuivre les informations contre les rebelles qui au crime de trahison avaient joint le pillage des églises. Les informations furent faites publiquement, un grand nombre de témoins furent entendus, les accusés furent cités à comparaître et invités à présenter leurs raisons de défense. La conscience de leurs crimes leur avait fait prendre la fuite de bonne heure, et aucun ne comparut. Le 21 novembre 1562 et le 22 janvier de l'année suivante, ils furent condamnés par contumace. Les sentences ne furent exécutées qu'en effigie ; et plusieurs même de ceux qui avaient été condamnés à la peine capitale, rentrèrent au Mans, sans être inquiétés. Il n'y eut que deux scélérats obscurs qui furent exécutés; le premier était domestique de ïaron , avocat du roi , et le second était attaché au service de Boussard, conseiller; ils furent pendus l'un et l'autre. Ces deux sentences se rapportent aux premiers mouvements de la réaction catholique.
On trouve dans presque tous les historiens, depuis Théodore de Bèze et de Thou jusqu'à Pierre Renouard et Julien Pesche, ainsi que dans plusieurs mémoires, un tableau affreux de cette réaction. Selon ces écrivains, aussitôt après la fuite des calvinistes, les catholiques se seraient rués sur les débris de ce parti réduit à l'impossibilité de se défendre ;
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et on aurait massacré un grand nombre de huguenots. Des documents de la plus irrécusable authenticité démontrent la fausseté de ces assertions. Il est constant , par la lettre du procureur du roi Le Chesne , par les registres des délibérations capitulaires des chanoines de l'Église du Mans , par les Discours sur les misères du temps du poète Ronsard, témoin et acteur dans les faits que nous allons rapporter, enfin par les aveux de Théodore de Bèze luimême, que la province était en feu par la guerre civile. Cette guerre avait été allumée par les religionnaires, qui avaient commencé les hostilités, alors même que les catholiques n'avaient aucunes troupes pour les protéger. Sommés au nom de l'autorité royale de déposer les armes, avant que les catholiques les eussent prises eux-mêmes, ils continuèrent de les retenir et d'exercer leurs brigandages dans les monastères, dans les châteaux et dans tout le plat pays. Si les religionnaires comptèrent des victimes dans leurs rangs, les catholiques ne furent pas exempts du même sort; seulement ceux-ci agissaient avec l'assentiment de l'autorité légitime, pour défendre les lois de leur pays, pour protéger leurs autels et leurs foyers. Comme dans toute guerre , il y eut des représailles de part et d'autre ; comme dans toutes les guerres civiles, beaucoup de vengeances particulières furent déguisées sous les couleurs de la cause générale. La terreur avait pesé durant trois mois sur le pays par le fait des calvinistes; il y avait donc nécessairement beaucoup de cœurs ulcérés et beaucoup de querelles à vider. Mais quoique inférieurs en nombre , les religionnaires n'étaient pas désarmés , et ils tenaient la province dans une alarme continuelle.
Le 24 juillet, les chanoines réglèrent que la procession du lendemain se ferait seulement en aubes, parce qu'ils n'avaient plus de chapes, et que l'on parcourrait seulement la rue des Chapelains et la Grande -Rue en rentrant par Saint-PiciTC-lT.nteiTé, parce qu'il n'était pas sûr de franchir les remparts à cause des troupes de rebelles qui parcouraient la campagne. On levait en même temps une taxe