‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 36 sur 66 · UIST01RH M L ÉGLISE M H INS · texte numérisé non relu

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de six mille livres sur la ville pour la pourvoir (Tune garde capable île la protéger; et le chapitre s'engageait à payer seul le tiers de cette imposition; Qoeiques jours seulement après | les chanoines empruntent quatre rents livres pour ajouter encore à la première somme (27 juillet). Deux jours plus tard , les chanoines voulant s'associer au zèle que montrait Charles d'Angennes pour repousser les ennemis, lui firent un don de deux mille livres, destiné à contenir sa petite armée. 11 paraît que Tévêque eut bientôt nettoyé les environs de la cité; car dans les premiers jours du mois d'août, nous le voyons célébrer une procession solennelle qui fit le tour de la ville; il y présida, et au retour à l'église cathédrale, il monta en chaire et prêcha avec son éloquence et son zèle ordinaires. Les chanoines lui offrirent un calice d'or. On les voit aussi contribuer, presque chaque mois, pour des sommes considérables à la défense de la ville, et obligés de faire coucher leurs sergents dans Tégl ise pour la protéger au besoin. Les comptes des dépenses de cette année 1562 et de Tannée suivante parlent souvent des soldats enrôlés sous le drapeau de l'Église, ainsi que de l'armée que le clergé tenait à sa solde. C'était sans doute à la tète de ce corps que Charles d'Angennes parut plusieurs fois, comme ses ennemis le lui reprochèrent si souvent. On avait senti, jusque dans les conseils du roi, la nécessité de réprimer la révolte dans le Maine; et de Thouars, cousin de notre prélat, avait levé deux cents arquebusiers pour la garde de la ville; les capitaines de Champagne et des Roches commandaient chacun cent hommes pour la garde du plat pays; de Borderie commandait aussi cent hommes destinés à protéger le duché deBeaumont, qui appartenait à Antoine de Bourbon, roi de Navarre ; Lancelot de Urée, seigneur de Fouilloux, avait sous ses ordres cinquante arquebusiers à cheval et cent hommes de pied pour la conservation du comté et élection de Laval. Les habitants de la ville firent fondre des coulevrines en fonte verte pour combattre les huguenots. Des Chapelles était capitaine de Domfront, et de la

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Poulinière était son lieutenant. Mayenne, Sablé, La Ferté- Bernard , qui appartenaient à la famille de Lorraine , ainsi que les autres terres considérables de la province, avaient également chacune leurs milices et leurs capitaines; et, ce qui est important à remarquer, ces troupes étaient reconnues par l'autorité légitime et agissaient au nom du roi (1). Les rebelles, au contraire , avaient dès le principe de la guerre appelé les Allemands et les Anglais à leur aide. Il y avait de ces bandes étrangères dans le Maine dès le mois de mai 1562. Au mois d'octobre le sieur de Cavau fit une entreprise sur La Ferté-Bernard. Ses gens, qu'il avait habillés de livrée, dit Théodore de Bèze, ayant trop parlementé à la porte , et ayant par là donné occasion de les reconnaître, furent contraints de se retirer; et on les poursuivit à coups d'arquebuses. Le capitaine qui commandait les Écossais fut blessé et mourut au bout de quelques jours, ainsi qu'un autre gentilhomme de la même bande. Malgré cela, ces étrangers pillèrent le faubourg, et tuèrent tous ceux qui se mirent en défense (2).

L'une des contrées les plus exposées aux entreprises des huguenots était le Vendomois, parla présence de Jeanne d'Albret, qui avait appelé près d'elle une troupe de Suisses et de Gascons protestants. Les excès auxquels ils se portèrent excitèrent une indignation générale. Théodore de Bèze lui-même écrivit à Jeanne pour blâmer sa conduite, et le parlement de Paris fut plus sévère ; car par un arrêt du 27 juillet suivant , il déclara « rebelles, ennemis du roy « et de la couronne de France , séditieux et perturbateurs « du repos public, criminels de lèze-majesté divine et hu- « maine, tous ceux qui avoient, en forme d'hostilité, pris « les armes contre le roy, tant es villes d'Orléans, Mans, « Bloys, Tours, Vendosme, que autres, pillé, saccagé et « desmoly les églises et monastères, attenté contre les

(l) Pièces justificatives, n« XXX, XXXI, XXXII cl XXXItl. (-2) Mss. de la bibliothèque du Mans, n° 5'i. — Théo l. de Bè-ce, Histoire ecclésiastique, liv. VI.

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« saints sacrements, brûlé les reliques et ossemen^ « corps saincts , abbattu les croix et images, ra\ i et dérobé « les croix , callices, ornements, joyaux et meubles préa cieux desdites églises et monastères, violé lessépulchres « des prédécesseurs roys, princes, ducs, comte-, -• 1- « gneurs (1). »

Cet arrêt mettait en quelque sorte hors la loi les envahisseurs du Mans, qui avaient brisé les belles tombes métalliques de Saint-Pierre-de-la-Gour et des autres églises, et qui s'étaient livrés aux violences sacrilèges dont nous avons parlé. La noblesse du Yendomois, suivie de toute la population des campagnes, prit spontanément les armes contre les auteurs de tant de dévastations. Ils se donnèrent pour chef le célèbre poète Pierre de Ronsard qui, à la tête d'une troupe nombreuse de gentilshommes, parcourut la province, poursuivant et châtiant avec une juste rigueur les pilleurs d'églises.

Pierre de Ronsard est l'une des plus intéressantes figures de notre histoire à cette époque. Sa famille était originaire d'Allemagne, et avait été si puissante, qu'elle avait contracté des alliances avec la maison royale de France. Notreillustre poète naquit au château de la Poissonnière, en la paroisse de Couture, dans la charmante vallée du Loir, le 10 septembre 1524. Son enfance et sa jeunesse furent singulièrement actives (2). Dégoûté à neuf ans du collège, il devint page de cour, passa trois ans en Ecosse au service du roi Jacques; puis de retour en France, suivit Lazare de Balfà la diète de Spire, et notre célèbre capitaine Langey du Bellay en Piémont. Des naufrages, des guerres, des aventures galantes, la connaissance des hommes et des langues, furent les événements de ses pérégrinations. 11 ne versifiait pas encore; mais on le surprenait parfois dans les écuries du roi un Marot ou un Jean Lemaire à la main. Cette vie dura jusqu'à dix-huit ans, et eût continué sans

(1) De Pctigny, Histoire du VcnUcmois.

(-2) Ch. Sainte-Beuve, Tableau de la poésie au xvie siècle.

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doute, si tout à coup le jeune courtisan n'était devenu sourd. Cette surdité, que les contemporains ont proclamée bienheureuse, valut Ronsard à la France. Ayant connu chez Lazare de Baïf le savant Dorât, il se fait aussitôt son élève, et même s'enferme avec le jeune Baïf au collège Goqueret, lorsque Dorât en est nommé principal. Là il rencontre Rémi Belleau, futur poète, Antoine Muret, déjà érudit, ses condisciples alors, et bientôt ses commentateurs. Tous sont frappés de ses progrès et de l'audace de son esprit; en entendant ses leçons, le laborieux, mais pesant Baïf s'électrise et ne rêve plus qu'innovations. Un autre de nos compatriotes, Du Bellay, que Ronsard a rencontré un jour en voyage, est de prime abord séduit à ses idées, et s'associe avec transport aux études communes. Dorât et Turnèbe eux-mêmes s'étonnent de leur propre admiration pour un disciple, et pour un poète français né d'hier, et ne savent que le saluer, dès ses premiers essais, des surnoms d'Homère et de Virgile. Cette forte discipline de collège se prolonge sept ans entiers; et quand ensuite l'ancien page reparaît à la cour, sa renommée l'y a déjà précédé.

Cne fois Mellin de Saint-Gelais réduit au silence, le succès est rapide, unanime, et ressemble à un triomphe. Proclamé clans les jeux floraux le prince des poètes, Ronsard devint bientôt le poète des princes. Marguerite de Savoie, sœur de Henri II, est pour lui quelque chose de plus qu'une admiratrice. Marie Stuart l'accueille durant le règne si court de son époux ; plus tard elle se souviendra de lui sur le trône d'Ecosse, et plus tard encore elle le lira dans sa captivité. Charles IX, meilleur poète et moins jaloux que Néron, chérissait Ronsard, le comblait d'abbayes, de bénéfices; et un jour de belle humeur, il lui adressa des vers pleins d'élégance, où il abjurait gaiement devant lui son titre de roi.

A ces faveurs royales se joignaient les hommages non moins enivrants d'un peuple d'admirateurs. «Nul alors, nous dit Pasquier, ne mettoit la main à la plume qu'il ne

'il,'» ni ST0IBE DB LÉGL1 ... i

le célébrât par 866 vers. Sitôt que les jeunes gens s'étoient frottés à sa robe, ils se faisoient à croire d'être devenue poètes (1). » C'était un hymne continuel, un véritable culte. Par une sorte d'apothéose, Ronsard imagina une pléiade poétique, à l'imitation des poètes grecs qui vivaient sous les Ptolémées; il y plaça auprès de lui Dorât bob maître, Amadis Jamyn, son élève, Joachim du Bellay, René Belleau, ses anciens condisciples, et enfin Etienne Jodelle et Pontus deTiaril, ou pour variante Scévole de Sainte- Marthe et Muret. La vénération du siècle s'empressa de consacrer cette constellation nouvelle. Tous les choix, sans doute, n'emportaient pas égale faveur; mais sur Ronsard l'accord était universel, et Montaigne parlait comme de Thou, l'Hospital, du Perron, Muret, Pasquier, Passerat, Jules-César Scaliger, Lambin, Galland, Sainte-Marthe, lorsqu'il proclamait d'une seule ligne la poésie française arrivée à sa perfection, et Ronsard l'égal des anciens. Hors de France, et dans toute l'Europe civilisée, le nom de Ronsard était connu et révéré comme un de ces noms désormais inséparables de celui de la nation qu'ils honorent. La reine Elisabeth envoya un diamant de grand prix à celui qui avait célébré sa belle rivale sur le trône, et qui la charmait encore dans les fers. Le Tasse, venu à Paris en 1571, s'estima heureux de lui être présenté et d'obtenir son approbation pour quelques chants de la Jérusalem dont il lui fit lecture. 11 y eut un poëme italien composé par Sperone Speroni à la louange de Ronsard ; et ses œuvres étaient publiquement lues et expliquées aux écoles françaises de Flandre, d'Angleterre, de Pologne, et jusqu'à Dantzick. Ce concert de louanges dura cinquante années pleines; et loin de s'alfaiblir, il allait croissant avec le temps. Tl est vrai qu'à la mort de Charles IX, Ronsard, vieux et malade, s'était retiré à son château de la Poissonnière, et que Je poète Desportes jouissait de toute la faveur de Henri III; mais Desportes, aussi bien que Rertaut et tous ceux de

(1) Recherches de la France.

son âge , admirateur , élève, et non pas rival du vieux poète, s'était produit sous son patronage et formé sur son exemple. Lorsque Ronsard mourut, la France entière le pleura; des oraisons funèbres, des statues de marbre lui furent décernées ; et sa mémoire, revêtue de toutes les sortes de consécrations, semblait entrer dans la postérité comme dans un temple. On sait que la brillante étoile du poète ne tarda pas beaucoup à perdre de son éclat, que deux tentatives postérieures ne sont pas parvenues à lui rendre.

Tel était l'homme que le clergé du Maine était fier de posséder, et lui-même se trouvait honoré de cette fraternité. Outre un grand nombre de bénéfices qu'il tenait en diverses parties du royaume, on assure qu'il jouissait de la cure d'Évaillé, l'une des plus considérables du diocèse du Mans, et la seule qui conférait à son titulaire la qualité de baron [i). Cette baronnie, qui comprenait toute la paroisse, relevait de Touvoye, siège de la féodalité de l'évêque du Mans. Ronsard devait ce beau bénéfice à l'estime et à l'amitié de Charles d'Angennes. Quoique revêtu de plusieurs dignités ecclésiastiques, notre poète n'était pas prêtre, et probablement n'était pas même entré dans les ordres sacrés (2). D'autres lui font son plus beau titre de gloire des poésies au moins légères qu'il composa dans sa jeunesse; nous prisons beaucoup plus les discours en vers sur- les misères du temps, qu'il adressa dès 1560 à la reine Catherine de Médicis. Il y dépeint, avec un accent de foi audessus de tout éloge, les calamités que l'hérésie répandait de toutes parts sur la religion et sur la patrie. Les ministres calvinistes avaient senti de bonne heure de quel poids était l'autorité d'un homme entouré d'une telle considé-

(1) D'autres cures, comme celle de Neau, donnaient au curé primitif, moine de l'abbaye d'Evron, la seigneurie de la paroisse.

(2) Bèzc dit positivement que Ronsard était prêtre; mais notre poète le nie positivement, et tous les historiens sont d'accord sur ce point. — Les arebives du chapitre parlent d'un Pierre de Ronsard archidiacre de Châtcau-du-Loir vers le même temps.

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ration, 6t cherchèrent à le gagner; mais il reconnut de bonne heure le piège que lui tendaient leur.- artiBces. Lorsqu'il eut flétri avec une noble indignation les sacril profanations des religionnaires, plusieurs ministres s'éie-

YÔrent contre lui avec amertume. Florent Chrétien luimême se joignit à l'attaque. Ils lui reprochèrent vivement le houe immolé en l'honneur de Jodelle, reproche que lui avaient lait déjà de fervents catholiques. Ronsard, qui était le plus doux des hommes dans l'habitude de la vie, ne crut pas devoir laisser sans réponse des attaques qui allaient à jeter des doutes sur sa foi ; et c'est dans l'une de ses répliques aux ministres qu'il nous donne ce tableau de ses exercices pieux durant la dernière partie de sa vie.

Mais quand je suis aux lieux où il faut faire voir

D'un cœur dévotieux l'office et le devoir,

Lors je suis de l'Eglise une colonne ferme ,

D'un surpelis onde les épaules je m'arme,

D'une haumusse le bras, d'une chappe le dos ,

Et non, comme lu dis, faite de croix et d'os :

C'est pour un capelan (1), la mienne est honorée

De grandes boucles d'or et de frange dorée,

Et sans toi, sacrilège, encore je l'aurois

Couverte des présens qui viennent des Indois :

Mais ta main de harpye et tes griffes trop hâves

Nous gardent bien d'avoir les espaules si braves ,

Riblant (2), comme larrons, des bons saincts immortels

Châsses, et corporaulx, calices et autels.

Je ne perds un moment des prières divines;

Dès la poincte du jour je m'en vais à matines,

J'ay mon bréviaire au poing, je chante quelquefois ,

Mais c'est bien rarement , car j'ay mauvaise vois :

Le devoir du service en rien je n'abandonne ,

Je suis à Prime, à Sexte, et à Tierce, et à Nonne :

J'oy dire la grand'messe, et avecques l'encent

(Qui par l'église espars comme parfum se sent)

J'honore mon prélat, des autres l'outrepasse,

Qui a pris d'Agenor (3) son surnom et sa race.

(1) Qui vit du revenu d'une chapelle.

(2) Riblant, pillunt, brigandant.

(8) Ronsard fait descendre la maison d'Angennes d'Agenor.

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Après le tour fini je viens pour me r'assoir : Bref, depuis le matin jusqu'à retour du soir Nous chantons au Seigneur louanges et cantiques , Et prions Dieu pour vous qui estes hérétiques.

Du haut de sa chaire apostolique, saint Pie V adressait des encouragements aux hommes lettrés qui prenaient un rang honorable dans la mêlée des intelligences. Ronsard « ayant armé les muses au secours de la religion, » dit Claude Binet dans sa Vie, le Pape l'en remercia hautement par un bref; et ce bref est mentionné comme un événement illustre dans l'éloge du poète par l'éloquent du Perron, qui prononça son oraison funèbre en 1586, devant le parlement, la maison du roi, et une afïluence innombrable d'auditeurs.

Malheureusement, ni l'épée ni la plume de Pierre Ronsard ne rétablirent la paix dans le diocèse. Le Bas-Vendomois lui-même vit encore de nouveaux excès de la part des religionnaires. Se connaissant les moins forts, ils demandèrent du secours au Mans, d'où l'on fit sortir des lansquenets, qui occupèrent Saint-Calais, se logèrent clans l'abbaye, et y commirent les excès et les profanations qui marquaient partout leur passage. Poussés à bout, les moines s'entendirent avec le peuple de la ville et de Conflans pour se débarrasser de ces soldats étrangers (28 mai ). La cloche des vêpres de la Fête-Dieu fut le signal d'une insurrection générale; les huguenots surpris tombèrent presque tous sous les coups des habitants ameutés, et la ville se crut délivrée par ces nouvelles vêpres siciliennes; mais elle ne jouit pas longtemps de sa victoire. Jacques Levasseur, seigneur de Cogners, gentilhomme calviniste, réunit ses amis, rallia les soldats échappés au massacre, et rentrant à Timproviste dans Ja ville, fit à son tour égorger tous les moines ; deux d'entre eux furent pendus dans l'église à la corde de la cloche qui avait donné le signal de l'insurrection. Selon une autre relation, trois moines furent pendus à la grande croix de l'église. Quoi qu'il en soit, voici les noms des religieux qui moururent dans cette

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sanglante exécution : Jacques (fayot, prieur, Christophe Le Proust, infirmier, Marguery de Ranty, sacristain, François Proust, curé" de Rahay, Pierre Villeheuse, prêtre, Guillaume Gardereau , Jacques Frangeai , Julien Coussin, Pierre Coussin, Mathurin Rurson, Gilles Fiston, et plusieurs autres. Ce fut pour ainsi dire le derniei coup porté à cet antique monastère; presque tout ce qui avait échappé du trésor et des archives, a l'incendie allumé par les Anglais en 1429, périt dans ce sanglant désastre. Au reste, Fabbaye était tombée sous le fléau destructeur de la commende dès Fannée 1533. Le même jour où les huguenots succombaient à Saint-Calais, ceux de Savigny-snr-Loir éprouvaient le même sort.

La guerre n'était pas moins vive dans les autres parties du diocèse; et des vengeances particulières, couvertes du prétexte de la religion, ensanglantaient tout le pays. On compte environ deux cents victimes de ces premières hostilités. Plusieurs qui s'étaient signalés dans les désordres précédents, furent condamnés par les tribunaux; un sergent nommé Clément, fait prisonnier par Févêque dans la ville de Montfort, fut de ce nombre. Au moment où on allait le pendre près de l'église cathédrale, il demanda à y entrer; on l'y conduisit aussitôt, espérant qu'il se rétracterait et mériterait sa grâce; mais, après avoir fait le tour de l'édifice, il dit de le conduire au supplice; qu'il mourait heureux, puisqu'il voyait détruits tant d'objets de superstition. Le Mercier, ancien curé de Saint-Calais et apostat, fut brûlé vif. Un prêtre de Noyen, couvaincu du même crime, futpendu. On compta sept victimes à Connétable, deux à Fresnay-le-Vicornte, trois aux landes de Chadenières, en la paroisse de Saint-Jean-d'Assé, une àCourcemont, autant àBriosne, à Saint-Mars- d'Ousti lié, à Courcebeuf, à Parce, à Sainte-Gemme-le-Robert, et à Chevillé ; à Neau périrent les deux frères Sauvagères.

On compte encore parmi les victimes les plus remarquables René d'Argenson, sieur «VA vaines ; les deux iilles de la dame d'Isaac, qui étaient catholiques, mais dont les

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maris étaient calvinistes; un sieur des Fougerays, qui, après avoir obtenu des lettres d'abolition de Charles IX, s'était retiré dans sa terre de Marcilly , avec trois de ses domestiques; à Chahaignes, un sieur de Fontaines avec sa femme; à Pruillé-l'Éguillé, le sieur de la Ripe, lieutenant du prévôt de la province; à Saint-Georges-de-la-Couée, une dame de la Guinaudière , son fils âgé de douze ans, ses deux filles et deux servantes; à Gréez, Mathurin Chassebœuf, sa femme et sa fille; au Mans, un libraire nommé JeanBusson, et Mesnil-Barbé , le fils d'un gentilhomme qui dès l'âge de dix-sept ans avait déjà signalé ses mauvais instincts par plusieurs crimes, dit Théodore de Bèze; dans ces exécutions privées, il est souvent arrivé que la religion était le moindre motif. Les écrivains calvinistes se sont surtout élevés contre trois officiers publics, Taron, lieutenant civil, l'élu Dagues et Parence. Us accusent ce dernier d'un zèle réactionnaire si outré, qu'il ne distinguait pas toujours à quel parti appartenaient ses victimes. Ils ne ménagent pas plus Marin Chalopin et son fils, qui s'étaient emparés d'une autorité presque absolue dans la ville, et un cabaretier nommé Tréguin, créé capitaine du château. Mais les deux personnages contre lesquels ils ont élevé les plaintes les plus vives, sont Jean V de Champagne, sire de Pescheseul, seigneur d'Avoise, de la Perrigne-au-Jeu, Parce, le Bailleul, Martigné-Briant et Vallon, et Jean de Boisjourdan, son lieutenant , qui fut aussi capitaine du château de Sablé. Ils avaient été l'un et l'autre à la tête des brigands qui désolèrent la ville du Mans; mais lorsqu'ils virent que les chances de la guerre tournaient du côté des catholiques, ils s'empressèrent de changer de drapeau. Jean de Champagne faisait jeter dans la Sarthe, au bas de son château, ses anciens coreligionnaires dont il pouvait se rendre maître. Sa femme Anne de Boisdauphin resta attachée à la réforme; Jean obtint un arrêt du parlement pour la contraindre à faire abjuration avec trois demoiselles ses domestiques; plus tard, elle quitta son mari, se réfugia chez son cousin, l'amiral de Châtillon, et redevint

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calviniste. En 1571, au mois de novembre, Jean de Champagne reçut à Pescheseul Charles IX. Catherine de Médicis et toute la cour durant deux semaines. Le roi lui demandant un jour combien il avait fait boire de huguenots dans son grand godet , c'est le nom qu'il donnait à la Saillir. «A mauvais meubles, sire, dit Champagne, on ne l'ait point d'inventaire.» Malgré ce mot cruel, Théodore de Bèze dit seulement que des pécheurs retirèrent neuf corps morts dans le port de Solesmes. Le sieur de Chantepied exerça des poursuites contre Jean de Champagne et de Rabaudanges, bailli d'Alençon. La culpabilité du premier ne fut pas constatée, et le second fut exécuté , mais seulement en effigie, parce qu'il ne put être saisi. Boisjourdan était plus cruel encore, raconte Bèze; on disait qu'il avait jeté de cinquante à soixante huguenots dans deux fossés près de son château. On lui reprochait en particulier la mort de la femme , et celles du fils et de la fille du receveur de Lassay. Son procès lui fut fait au parlement; mais les juges ne lui infligèrent aucune peine. Quelques soldats de Pierre de Thouars, ajoute Théodore de Bèze, conduits par François Crovesse , prêtre, tuèrent Fabian Melun de Rutain, à Courgain; et ce même Crovesse fut tué par des soldats à Mamers. «Quanta Borderie, étant en la ville de Fresnay, il se contenta d'emplir sa bouche, à quoi il ne se montra lâche , n'ayant pas même épargné les gentilshommes...» Des réactions semblables eurent lieu à La Ferté- Bernard,à Sablé, à Mayenne, à Chàteau-du-Loir,à Bellème et à Martigné. Quelques historiens calv inistes rapportent un trait de cruauté inouïe de la part de Jean Le Yaver; selon leur récit, ce vieillard nonagénaire aurait fait étrangler son fils Julien Le Vayer, de Saint-Pavace, par ses domestiques, et jeter le cadavre dans la rivière, parce que Julien avait été l'un des chefs des huguenots qui avaient pillé la ville du Mans. Il est certain que Julien Le Yaver commandait les milices qui gardaient le Pont - lVrrin durant l'occupation de la ville du Mans par les religionnaires; mais le récit de sa mort est tout à fait invraisem-

OH AU les d'angennes. 473

blabie, et ne repose que sur le témoignage des auteurs du crime, qui avaient trop d'intérêt à se couvrir du nom et de l'autorité d'un vieillard qui n'existait plus. Si le fait était vrai, il prouverait que la culture de l'esprit n'adoucit pas toujours les mœurs; car cette famille Le Vayer, l'une des plus influentes du Mans , était en général très-letttée. Nous aurons occasion de parler de plusieurs membres de cette maison, et Jean Le Vayer lui-même était un savant distingué. Philibert Le Vayer, sieur de Lignerolles, chevalier de l'ordre du roi, passait pour l'un des gentilshommes du Maine les plus recommandables; il fut employé par Charles IX en plusieurs ambassades.

Outre le? violences dont le clergé était la victime ordinaire de la part des huguenots, et les pertes que lui causait une guerre aussi vivement allumée, il éprouvait chaque jour des vexations de la part des officiers du roi pour le paiement d'impositions nouvelles. Les chanoines de l'église cathédrale réclamèrent l'exemption de la taille que leur assurait un arrêt du 1er mars 1463; ce fut en vain. Le duc de Montpensier, gouverneur du Maine , et Le Roy de Chavigny, de Ballon, son lieutenant, étaient venus au Mans au commencement de décembre, et avaient rétabli quelque tranquillité; mais le reste du pays était encore parcouru par les corps francs des religionnaires; et il était indispensable d'entretenir des troupes pour les repousser. Le 43 janvier 1563 , quatre chanoines furent députés par leurs confrères pour visiter les armes , passer la revue et conduire sous le drapeau de l'Église les soldats que le clergé entretenait. Le 29 du même mois, on établit une capitation sur le clergé pour le paiement des décimes. Le 8 février, quatorze mille livres furent imposées sur le clergé du diocèse pour sa part de la contribution aux paiement et entretien des troupes qui gardaient le pays. Ces sacrifices ne suffisaient pas; et le 2 avril la ville députa vers le roi pour le prier de la garder des courses des lansquenets et partisans anglais dont elle était environnée, et dont le pays était entièrement infesté. Charles d'Angennes n'épargnait

174 mrrotaja db l'Aolisi m. uab*.

néanmoins ni ses fatigues ni sa fortune pour maintenir la paii en repoussant les bandes qui désolaient la province l

cour, pour témoigner sa reconnaissance, lui conféra deux très-riches abbayes, celle de Savigny (I) et celle de Saint- Martin de Pontoise (-2). Enfin, quelques années plus tard

(1574), le roi lui donna encore l'abbaye de Saint-Vincent* des-Bois, qui apporta aussi un revenu notable dans la cassette (3).

Après le siège et la prise de Rouen par les catholiques, la mort d'Antoine de Bourbon, la sanglante bataille de Dreux, où le prince de Condé fut fait prisonnier, le siège d'Orléans et l'assassinat du duc de Guise, pour lequel le chapitre du Mans célébra aussitôt un service solennel, les deux partis avaient perdu leurs principaux chefs, et ils conclurent enfin la paix le 19 mars i :>G3. Far cette paix, les choses lurent laissées dans l'état où elles étaient, et le Mans fut Tune des villes où l'exercice du culte calviniste fut interdit, même dans les faubourgs (4).

Vers ce temps-là, Charles d'Angennes s'éloigna du diocèse pour se rendre au concile de Trente.

Réunie en 1545, par les soins du Pape Paul III, cette mémorable assemblée avait déjà vu dans son sein plus d'un enfant du Maine, et quelques-uns s'y étaient signalés par leur doctrine et leur éloquence. L'un des premiers fut le cordelier Richard du Mans, qui se fit applaudir en plusieurs circonstances, mais surtout lorsqu'il réfuta l'opinion singulière de Jérôme Seripandi , général des augustins (\i octobre 1546). Cet Italien voulait associer la justice imputative à la justice inhérente, faisant un amalgame impossible du dogme catholique avec les opinions des protestants. Richard montra que l'homme en état de grâce possède une justice interne, qui est l'effet des mérites île

(1) Mss. de Gaignières, n° 156, p. 49, 157 et 170.

(2) Gallia cliristiana, t. XI, col. 2G0.

(3) Ibidem, t. VIII, col. iWt.

(4) Mémoires de Condé, t. IV, p. 333.

Jésus-Christ, par qui elle est produite et conservée. Cette explication, la seule vraie, lut adoptée par le concile qui couvrit l'orateur de ses éloges (1). Le second fut Jean Pelletier, né au Mans, docteur en théologie, grand maître du collège royal de Navarre, curé de Saint -Jacques-de-la-Boucherie, «homme des plus recherchés pour la théologie scolastique qu'autres de sa faculté; ce qui fut cause, dit La Croix du Maine, qu'il fut envoyé au concile de Trente dernier (2). » Ce personnage était le frère de Jacques Pelletier, célèbre par ses poésies, et qui était, ainsi que nous l'avons dit, dans la familiarité del'évêque René du Bellay. 11 composa aussi lui-même plusieurs écrits en latin et en français, mourut à Paris le 28 septembre 1583, et fut inhumé près du tombeau de sainte Geneviève (3),

En arrivant à Trente, Charles d'Angennes trouva les pères du concile dans une vive agitation; plusieurs d'entre eux refusaient de reconnaître au Siège Apostolique des prérogatives qui lui appartiennent légitimement; mais le cardinal de Lorraine, avec ce tact que donnent les grandes affaires, comprit tout d'abord les dangers de la situation, et soutint vigoureusement les droits de la chaire de saint Pierre. L'évêque du Mans, déjà lié avec le cardinal depuis longtemps, fut de tous les prélats français celui qui appuya le plus fortement l'opinion du cardinal. Aussi Lansac, ambassadeur de France, écrivait-il à Catherine de Médicis au sujet de ces discussions où nos évêques s'acquirent beaucoup de réputation : « Je vous puis assurer, Madame, qu'ils ont tous fort bien et pertinemment satisfait à leur devoir : tellement qu'ils ne font point déshonneur à la nation, et singulièrement MM. d'Amiens (de Pelvé), d'Évreux, de Metz (Beaucaire), de Verdun (Ni-

(1) Pallavicini, Histoire du concile de Trente, t. II, col. 80, 256, n° 8, 2G0, n° 4, 2G2, n° 8, 811, n° 2. — Sarpi, Histoire du concile de Trente, p. 145. — Faure, Histoire ecclésiastique, t., XXIX, p. 98. — Mss.de la bibliothèque du Mans, n° 351, p. 50.

(2) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, p. 256.

(3) Ibidem.

171 HISTOIRE !)!•: L'ÉGLISE \>r MA

colas Psaume) et «lu Mans, qui, AU jugement de ceux qui s'y entendent mieux que moi , ont dit les plus savants et éloquents vœux qu'on ait encore ouï en ce concile : et faut que je confesse que tous ont grandement surmonté l'expectation que j'avois de leur suffisance et acquis en cette compagnie une grande imputation. » Cette, lettre est du 8 décembre 1562 (I). Peu après l'évèque du Mans était de retour dans sa ville épiscopale (2); il y fut reçu avec honneur par le chapitre, y célébra les solennités de Pâques, et repartit immédiatement après pour le concile. 11 se iit accompagner dans ce second voyage par Pierre Sachespée, religieux dominicain du couvent du Mans, né à Vallon (vers 1 518), et qui venait de prêcher dans la chaire de Saint-Julien la station quadragésimale. Au concile , Sachespée se fit remarquer par son éloquence. Ce don uni à une profonde doctrine lui valut un rang distingué dans son ordre après son retour en France; il mourut en 1593, théologal de l'Église de Saint-Brieux. 11 faut dire cependant qu'avant d'être admis au degré de licencié en Sorbonne en 1560, il eut à rétracter trois propositions hétérodoxes qu'il avait d'abord voulu soutenir, et qu'il eut à se défendre même à Rome. De ses nombreux écrits il ne reste plus rien (3).

Au mois de septembre 4563, le cardinal de Lorraine partit du concile pour visiter Rome ; il se fit accompagner des six évêques avec lesquels il était le plus intimement uni ; et de ce nombre se trouvait l'évêque du Mans. L'absence des prélats ne dura que peu de temps, et ils se trouvèrent présents à la conclusion du concile au mois de décembre 1563.

Le jour de la fête de sainte Scholastique étant armé, les habitants du Mans, par l'organe de leurs magistrat-.

(1) Pallavicini, op. cit., liv. XIX, chap. vi. — Mémoires pour sen.ir à l'histoire du concile de Trente, décembre 1562.

(2) Délibérations- cn/n'tulaires, mars 15G3.

(3) Échard, Scrtptores ordinis prœdicutoruin, t. Il, p. 309.

chaules d'anciennes. 477

prièrent les chanoines d'établir une procession générale en témoignage de leur gratitude pour la délivrance de la ville l'année précédente. Le chapitre s'empressa d'acquiescer à la demande des habitants (9 juillet 1563); et il fut réglé que tous les corps ecclésiastiques et religieux et toutes les paroisses se réuniraient désormais pour cette procession, qui aurait lieu le 11 juillet de chaque année et ferait le tour de la ville. Les chanoines de Saint-Pierre-de-la-Cour portaient la châsse de sainte Seholastique, et les échevins tenaient des flambeaux ; car tous les corps de magistrature devaient assister à cette fête religieuse et patriotique. On célébrait déjà au Mans deux processions générales avec la même solennité : celle de la Fête-Dieu, et celle de la Translation de saint Julien, le 25 juillet. Celle-ci avait été établie seulement au xve siècle. De cette époque aussi date une reconnaissance nouvelle et plus solennelle de sainte Scholastique comme patronne de la ville du Mans. Jusqu'alors, en effet, il y avait eu tous les ans une procession en l'honneur de la sainte protectrice; mais il n'y avait que le chapitre de Saint-Pierre- de-la-Gour et l'abbaye de la Couture à la célébrer. C'est de l'année 1563 qu'elle devint générale (1).

Ce qui prouve à quel degré de perturbation et de malheur notre pays fut en proie peu après l'institution de cette commémoration, c'est que vingt-quatre ans ne s'étaient pas encore écoulés, et la procession ne se célébrait plus; seulement les chapitres de Saint-Julien et de Saint-Pierre -dela-Cour et l'abbaye de la Couture faisaient chacun une procession particulière et peu solennelle. Enfin en 1587, au plus fort de la huitième guerre religieuse et civile, à la veille de la bataille de Coutras, les échevins et le procureur de la ville présentèrent une requête au chapitre

(t) Délibérations capilulaires du chapitre du Mnns, 9 juillet 1563. — Savarre, Mémoires pour servir à l'histoire du chapitre de Saint- Pierre-de-!a-Cour, Mss. — François 13ondop.net, Li Triomphe de sainte Scholastique.

.\ix hïstôuus D'iù l'é<jli>k do mams.

dans le but d'obtenir une procession générale pnur diverses nécessi tés, et spécialement pour Le triomphe de la cause catbolique. Les cbanoines profitèrent de la circonstance pour rétablir dans toute sa grandeur l'ancienne solennité. L'année suivante, ils s'entendirent aWJ Claude d'Angennes nouvellement nommé au siège du Mans, pour régler l'ordre de la procession. Il fut statué que le coi 1 s'arrêterait à la Vieille-Porte pour y chanter un motet, comme on le pratiquait à la Fête-Dieu (4). Cette procession a subsisté sans interruption jusqu'à l'année 1790; elle n'a pas été rétablie depuis.

Durant ce temps, les chanoines se voyaient dépouillés du quart du temporel qui leur restait encore, et le domaine de la Mue lui-même était mis à l'encan, comme le reste, par le sénéchal, et au nom du roi. C'était le triomphe de la politique de l'Hôpital. A l'exemple des chanoines de Paru et de Chartres, ceux de notre Église dressèrent une formule de foi que devraient souscrire tous ceux qui désormais seraient admis dans leur corps. Ils statuèrent que nul hérétique ou suspect d'hérésie ne serait autorisé à occuper aucune de leurs terres ou de leurs maisons, ou même à y demeurer. Ils nommèrent six d'entre eux commissaires avec pleins pouvoirs , chargés d'exécuter tout ce qu'ils jugeraient nécessaire pour le maintien de la foi. Enfin ils réclamèrent pour le paiement des repas que leur devait l'évêque (2).

Le cardinal Charles de Bourbon, abbé de la Couture, vint visiter son abbaye, et donna aux chanoines le bois nécessaire pour refaire les stalles de leur église et cette belle boiserie qui les surmontait, et que nous venons de voir disparaître (1850). Les travaux de sculpture qui la décoraient ne se recommandaient pas par un mérite artistique supérieur; mais on y voyait quelque intention de tournef en ridicule les prêches des huguenots.

(1) Conclusions Cdpitulaires, 10 juillet 1587 et 5 juillet 1588.

(2) Archives du chapitre du Mans, registre B-15.

Charles d'angennes. 479

Une sentence du présidial, de la même date, coniisqua au profit du roi les biens de plusieurs religionnaires auteurs des troubles de l'année précédente. Ces biens furent appliqués à l'hôtel-Dieu de Coëffort (1). Du reste cette sentence n'atteignit qu'un bien petit nombre des coupables, puisqu'on les vit presque tons rentrer paisiblement dans leurs foyers. On a prétendu que plusieurs des magistrats qui avaient trempé dans la spoliation des églises en 1 562, furent remis en possession de leurs charges; il est cependant certain que plusieurs furent à jamais bannis du Mans; mais leurs familles ne continuèrent pas moins à y occuper un rang plus ou moins distingué. La population était fortement attachée à la foi catholique, et elle n'eût pas souffert une telle injure faite à la magistrature. Ces sentiments et la répulsion que les hérétiques lui inspiraient parurent manifestement dans l'assemblée tenue au palais du Mans, le mercredi 28 avril 1563, pour la publication de la paix. Il était ordonné aux habitants de désarmer : maître Guillaume Chevalier, portant la parole au nom des habitants de la paroisse de Saint-Jean-de-la-Cheverie, dit « que le mau- « vais vouloir que ont toujours eu lesdits rebelles contre « lesdits paroissiens, qu'ils ont exécutés par diverses fois, « si bien qu'ils ont abandonné leurs maisons et biens : « encore le peu qu'ils en avoient pu sauver, l'avoient « employé en armes, pour quoi faire, ont vendu la plu- « part de leurs biens. Davantage que depuis quinze jours « près, seroit arrivé aux barrières dudit Saint-Jean une « troupe desdits rebelles, qui se seroient efforcés forcer c< les barrières, ce qu'ils eussent fait, sans qu'ils en furent « empêchés par les gardes; de sorte que, de laisser aujour- « d'hui les armes, ni auroit propos. Si ainsi étoit, lesdits « habitants dudit Saint-Jean, par crainte qu'ils ont, vide- « ront plutôt et abandonneront leurs maisons. » L'évêque, le chapitre, et toutes les paroisses comparantes, chacun par ses députés, avaient conclu à ce qu'il plût au roi

(i) Archives de l'hôpital- général du Mans, I., nM 2, 5.

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leur laisser leurs armss, pour être en état de se défendre contre les incursions dos huguenots « rebelles et ennemis de la paix (I). » Ce témoignage authentique et irrécusable est du plus grand poids pour faire apprécier la conduit.- des religionnaires durant le temps qu'ils étaient les mettre* du Mans, et depuis la conclusion de la paix. Kn fait cette paix n'existait guère dans notre province; des bandes de huguenots, renforcées d'Allemands et d'Anglais, continuant à parcourir le pays, tenaient nécessairement les catholiques en éveil.

Un homme qui avait joué l'un des premiers rôles au commencement de ces troubles au Mans, Gervais Lebarbier deFrancourt, était toujours l'un des principaux instigateurs de l'insurrection. Il ne se tenait plus néanmoins habituellement dans le Maine; par son habileté et son audace, il était parvenu à l'un des emplois les plus considérables de son parti. Il résidait près de Jeanne d'Albret,dont il était de\ eau le conseiller, avec la dignité de chancelier du royaume de Navarre. Cette princesse habitait souvent^dans le château de Vendôme, d'où elle pouvait plus facilement correspondre avec tout le parti. Jeanne remplit le château de Vendôme de lansquenets hérétiques, et confia tous ses pouvoirs dans le duché à deux gentilshommes protestants. Jacques Levasseur, seigneur de Cogners, le meurtrier des moines de Saint-Calais, fut gouverneur du Vendomois, et eut pour lieutenant Philibert de la Curée. Les catholiques supportaient impatiemment le joug d'une minorité oppressive. Dès 1563, voyant que le plan arrêté et hautement manifesté par les hérétiques était de détruire la religion catholique en France, et d'imposer la doctrine de Calvin, ils formèrent une association secrète par laquelle ils s'engageaient à défendre la religion, le clergé et les églises contre les violences des hérétiques, et à se porter réciproquement secours pour tirer vengeance, soit par les voies ordinaires de la justice, soit par la force des armes, de tout dommage ou

(I) Archives municipales de la ville du Mans, n°*21, t. II, p. 175.

tort qui serait fait à un des membres de l'union. Ces associations partielles devinrent les éléments de la grande ligue qui couvrit toute la France en 1576, sous la direction du duc de Guise. Les principaux chefs de l'union catholique, dans le Vendomois, furent Paul de Chabot, seigneur du Fresne, René du Bellay, seigneur de la Flotte, notre fameux Ronsard, seigneur de la Poissonnière, et Jean de Maillé, seigneur de Bénéhart, tous puissants par leur position à la cour, leurs richesses et l'illustration de leur naissance. Philibert de la Curée, lieutenant du gouverneur, leur était devenu odieux, parce qu'il annonçait l'intention de poursuivre avec vigueur les « voleurs et assassineurs publics qui se retiraient dans le Bas-Vendomois, » c'est-àdire les hommes armés que les seigneurs catholiques étaient obligés d'entretenir pour protéger leur religion et leurs familles contre les bandes calvinistes, dont on avait tout à craindre, ainsi qu'on vient de le voir par le rapport de Guillaume Chevalier. Les associés jurèrent sa mort, et choisirent pour cet exploit le château de la Poissonnière, que dans des temps plus heureux, Ronsard avait consacré aux Grâces. Le 16 août 1564, Philibert de la Curée chevauchait paisiblement en chassant à l'oiseau à travers la plaine de Couture, lorsque trois hommes armés sortirent de la Poissonnière, et lui barrèrent le chemin. Surpris de se voir ainsi entouré, il leur demanda ce qu'ils voulaient. — Ta vie ! répondit l'un d'eux; et en même temps il lui tira un coup de pistolet qui ne l'atteignit pas. Le malheureux lieutenant piqua son cheval, et galopa vers la rivière, essayant de la passer à gué; mais il vit sur l'autre bord huit cavaliers sortis du château de la Flotte, qui l'attendaient au passage. Alors, désespérant de se sauver, il fît tête aux assaillants, et tomba mort d'un coup de pistolet, qui lui fut tiré, presque à bout portant, dans l'œil. Ayant réussi à se débarrasser de ce personnage ennemi, l'association, ou du moins Paul de Chabot, proposa de soulever la population des campagnes au son du tocsin, pour attaquer la reine de Navarre, dont on annonçait l'arrivée à Vendôme, lleureuv. 3i

189 BUTOiai DE l'ÈÛLlSÉ DQ M

Bernent le duc de Montpensier, à qui il confia son projet, à Blois, en arrêta l'exécution (1).

Les protestants tirent beaucoup de bruit de ce triste événement; et il est juste de faire observer que de Thou etlesautres historiens qui L'ont rapporté, ont tous copié le récit de Gervais Lebarbier, témoin très-passionné el suspect, puisqu'il est convaincu d'avoir, en d'autres circonstances, falsifié des laits. Quoi qu'il en soit de celui-ii, si les huguenots se plaignaient d'être en Lutte aux vexations des catholiques, ceux-ci, à leur tour, avaient lieu d'accuser les religionnaires de ne leur laisser aucun repos. Guillaume Chevalier, dont nous avons rapporté le témoignage plus haut, ne parle pas autrement que Michel de Gaslelnau, dont tout le monde s'accorde à reconnaître l'esprit de mesure, de sagesse et d'impartialité. Or, ce témoin si respectable assure que la province du Maine fut Ja première où les huguenots commencèrent à remuer, malgré les édits de pacification (2). La cour avait néanmoins envoyé, dès le commencement, les deux conseillers Charlet et Seguier pour faire exécuter les édits; ils furent bientôt remplacés par Brissonnet etLavau, également conseillers au parlement de Paris. Les huguenots n'ayant pas trouvé ces derniers assez favorables à leurs vues, les accusèrent de partialité. Ils s'élevèrent avec la même audace contre Jean et Marin Chaloppin, surnommés Pezats, juges ordinaires ; contre Trequin, gouverneur du château, et surtout contre François Le Roy, sieur de Chauvigny, gouverneur. Ils J "accusèrent de concussion, et prétendirent qu'il empêchait leurs remontrances de parvenir jusqu'au duc de Muntpensier. Gabriel Myron et le président Boucher, qui furent aussi envoyés, à diverses époques, pour essayer de pacifier le pays, quoique connus par une certaine affinité de sen-

(1) Advertissement des crimes horribles commis }>ar les séditieux catlioliques romains es pays et comté du Maistie, par G. Lebaibkr clans les Mémoires de Condé, t. VI, p. 3-J7 à 408.

(2) Collection universelle des Mémoire*, etc., t. XL1V , p 121 et 153.

timents avec les novateurs, ne purent parvenir à satisfaire leurs exigences; sans doute parce qu'ils ne punissaient pas aveuglément tous ceux que leur vengeance dénonçait. On croirait au récit que l'ont la plupart des historiens, que les catholiques se livrèrent impunément à des actes de représailles de la nature la plus grave ; c'est néanmoins le contraire qui est la vérité. Ainsi Jean duChesne, accusé d'avoir pris part à la mort de Pierre Viel le jeune, expira sur la roue à Vendôme, par sentence du prévôt Genton. Jacques Taron, ditTouran, lieutenant général de la police, contre lequel les huguenots n'avaient pas assez d'anathèmes, fit cependant faire le procès à Sivet et à Chevau, capitaines catholiques.' Un serviteur de l'abbaye de la Perrigne fut exécuté à Vendôme, pour avoir trempé dans le meurtre du sieur d'Avoine. Nous pourrions encore citer d'autres exemples de cette impartiale justice, en suivant seulement un libelle violent contre les catholiques, composé parGervais Lebarbier, l'un de leurs plus fougueux adversaires. Nous remarquons à ce propos que les catholiques n'ont pas pris la peine d'écrire le récit de ces événements; en sorte que nous sommes réduits à rechercher la vérité au milieu des accusations dressées par leurs ennemis. Si lesreligionnaires s'étaient contentés d'une justice égale pour les deux partis, ils ne se seraient pas portés à une émeute contre les juges, qu'ils forcèrent à quitter leurs sièges à coups de boules de neige (I). Ils n'auraient pas exigé dès le commencement le bannissement de Charles d'Angennes et de Jean et Marie Ghaloppin; ils n'auraient pas sollicité la réintégration de Jean de Vignolles, de René Taron et de Simon Le Gendre; ils n'auraient pas regardé comme suspect Gabriel Myron, qui faisait enlever par René de Richot, prévôt provincial, les cloches de l'église de Vallon.

Lorsque Charles d'Angennes revint du concile de Trente, il fut reçu au Mans avec une joie universelle. Son entrée fut un véritable triomphe; depuis la porte de la

(l) Mémoires de Condé, loc. cit.

48i HISTOIBE PI lÏ.ci.im; Dl .MANS.

ville jusqu'à L'église cathédrale et jusqu'à son palais* il fut accompagné d'une foule immense, d'une musique brillante et de toute la pompe que l'on déployait alors à L'entrée $es princes et des grands personnages. Tue colombe blanche descendit sur sa tête à L'une des portes de la ville; et l'on traînait devant lui un dieu Bacchws, assis sur un tonneau, selon le goût assez bizarre de cette époque de renaissance païenne. Les huguenots tirèrent de là un»; source de récriminations, comme s'ils n'avaient pas été accoutumés à voir dans toutes les fêtes publiques de l'époque et dans tous les monuments, ces usages empruntés à une mythologie désormais inolïénsive. Mais les attaques et les menaces des religionnaires n'étaient pas sans danger; et Charles d'Angennes se vit obligé de ne plus sortir de la ville sans une escorte de cent cinquante hommes. Son jeune frère, le sieur de Rameru, arriva pour le seconder. Une partie de la noblesse du diocèse vint se ranger auprès de lui. Il aida Tiercelin, seigneur de la Chevalerie, à lever des soldats pour protéger les catholiques de Chàteau-du-Loir. D'accord avec Je duc d'Aumale, il parcourut les manoirs de tous les gentilshommes qui étaient restés attachés à la religion de leurs pères, dans le but de les enrôler dans une ligue mancelle. Le clergé, et un grand nombre de gentilshommes et de bourgeois entrèrent dans les vues du prélat. A la tète de l'association se placèrent les deux frères Funet, chanoines, et Martin Oudineau, aussi chanoine, puis le sieur de Maupertuis, 'un des officiers du clergé. Des associations semblait1' formèrent dans diverses parties du diocèse, comme nous l'avons rapporté pour le Bas-Vendomois. On ajoute que l'évêque obligea tous les curés du diocèse à lui fournir la liste des personnes dont la foi était suspecte, et qu'il réunit de grandes munitions d'armes. 11 est constant aussi, par une lettre de Charles IX à Lancelot de Brée, seigneur de Fouilloux, que notre prélat avait reçu commission de la part du roi de veiller à la sûreté du pays. C'est donc à tort que les huguenots lui reprochaient et les levées de troupes

CHARLES d'angennes. 485

et les provisions d'armes qu'il pouvait faire. Trois ou quatre assassinats qui eurent lieu à cette époque, et que les partis se rejetèrent, mirent le comble à l'effervescence publique. Pour essayer de conjurer l'orage, la cour désigna pour commissaires dans le Maine et l'Anjou, à l'effet d'y procurer l'observation des édits de paix, François de Scépeaux, maréchal de Yieilieville, et deux conseillers au parlement de Bordeaux. Le maréchal de Vieilleville s'était illustré sur les champs de bataille, et passait en outre pour un homme d'état distingué. Vrai type du grand seigneur des meilleurs temps, il se plaisait à réunir dans son château de Durtal la plus brillante société des deux provinces du Maine et de l'Anjou, où il exerçait une très-grande influence. Il craignit néanmoins d'abord d'accepter la commission qui lui était confiée, et représenta au roi qu'il éprouverait de graves difficultés à punir les coupables dans deux provinces où sa famille était très-répandue. Tout d'abord aussi, les calvinistes du Maine, désirant le prévenir en leur faveur, lui adressèrent un libelle très-violent contre les catholiques , rédigé par Gervais Lebarbier. « Vous êtes, disait-il vers la fin au maréchal, dans le pays qui vous a porté et nourri, et où vos vertus doivent être à jamais spécialement consacrées, pour y avoir mis le repos, par la punition des méchants et la conservation des bons. » Il l'assure qu'il ne trouvera d'obstacle à ses vues de pacification que dans l'obstination de Chauvigny, de l'évêque du Mans et des officiers catholiques. Ce n'est pas assez encore , Lebarbier pousse l'insolence jusqu'à dire au maréchal que Gautier et Maluin, ces deux conseillers du parlement de Bordeaux qui lui ont été adjoints pour l'instruction des procès, sont deux séditieux, qu'on lui adonnés pour collègues à la poursuite du comte de Villars, et sans la participation du chancelier (L'Hospital). «11 faut, dit l'avocat calviniste en finissant, il faut... qu'ayant mis le repos en plusieurs autres provinces, vous fassiez le semblable en votre patrie, qui pour cela ne vous chérira plus comme son enfant, mais vous honorera comme son père et

480 arsTûiBE m; L'ÉOLlfl£ do uà

son protecteur. » Nous avoni insisté sur ce langage des religionnaires de notre province, pour faire voira quel point ils portaient leurs exigences. Ce qui prouve aussi combien leurs plaintes étaient exagérées, c'est qu'aucun de ceux qu'ils dénonçaient avec le plus d'insistance □ trouva compromis avec les commissaires royaux, tandis que les séditieux que les huguenots avaient essayé de blanchir furent contraints de rester dans le bannissement, où. la conscience de leurs crimes les avait d'abord relégués. Grâce à la sagesse du maréchal de Vieiileville, l'effervescence des esprits qui était prête à éclater en guerre ouverte s'apaisa peu à peu; et notre pays put jouir encore du repos environ deux années. Ce fut le 8 juillet 1565 que le maréchal de Vieiileville fît son entrée au Mans.

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