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CHAPITRE XXV

Geoffroy de la Chapelle, né dans une condition obscure, parvient àl'épiscopat par sa vertu et sa science. — Mérites de ce prélat. — Affaires diverses. — Pierre de Villaines , évêque d'Auxerre. — Mathurin de la Salle et autres personnages remarquables par leurs qualités. — Le cardinal Pierre de la Forest. — Tombeaux de Geoffroy de la Chapelle et de Pierre de la Forest. — Mort de Geoffroy de la Chapelle. — Vies de la vénérable Marie de Maillé et de Robert, seigneur de Sillé-le- Guillaume. — Légende de la canne de Montfort.

Une ère nouvelle commence pour la France à la fin du xiif siècle : le clergé s'efface, l'action des ordres religieux est contrariée, l'aristocratie tombe en décadence, la royauté et les communes se dégagent peu à peu sur la scène publique. Période stérile, quoique tumultueuse; les hommes semblent y marcher comme en rampant à travers les ruines de l'âge précédent. Le plus grand nombre des personnages dont nous aurons à raconter les actions, se montreront en harmonie parfaite avec leur temps. Les oltices de cour, les emplois dans les parlements et les conseils de la couronne ouvrent la voie à toutes les dignités, même ecclésiastiques.

2 histoire de l'église dc .ma.\>.

Geoffroy de la Chapelle dut son élévation sur la chaire de saint Julien à sa réputation de vertu et à sa science, surtout en droit canonique et civil (1). Né au bourg de la Chapelle- Saint -Aubin (2) de parents peu fortunés, il étudia cependant de bonne heure Jes lettres divines et humaines; mais il s'appliqua surtout à approfondir les difficultés du droit. Avocat, puis chanoine, et enfin officiai du diocèse, il s'acquit une brillante et solide renommée en ces postes divers. Par sa prudence et la sagesse de ses mesures, il mit un ordre meilleur dans la cour épiscopale et dans le tribunal qu'il présidait. Après la mort de Guy de Laval, il fut élu d'une voix unanime par les chanoines, Ied6maid338.

Geoffroy de la Chapelle prit possession solennelle de son siège le dimanche avant la Nativité de Notre-Dame 4339. Guillaume Chamaillart, seigneur d'Anthenaise , occupé à la guerre contre les Anglais, envoya son fils aine pour porter l'évêque dans la cérémonie de l'intronisation ; mais le prélat refusa le service de ce jeune seigneur et d'un autre chevalier, qui se proposa pour tenir sa place. Il y eut dans la suite (1346) un accommodement; et Guillaume Chamaillart reconnut les droits de l'évêque qui exigeait un service personnel (3).

Dans le gouvernement de son diocèse, Geoffroy de la Chapelle montra constamment toutes les qualités qu'il avait fait espérer. Entre tous les prélats de son temps, il parut charitable, content de peu pour lui-même, libéral pour les indigents. Ami de la paix, il la maintint dans le diocèse, rendant une justice égale aux clercs et aux laïques. La juridiction ecclésiastique, en butte à des atta-

(1) Pièces justificatives, n°* I et H. — Mss. de la biblioth. du Mans, n<> 97, fol. 141-143; n° 206, fol. 61 et seq.

(2) Le marquis de la Rougère, eu son Histoire généalogique de la maison de Quatrebaibes, article Cervon, place Geoffroy de la Chapelle daos la maison des seigneurs de la Chapelle-Rainsoin. Les faits que nous raconterons démontreront son erreur.

(3) Livre Rouge, fol. 275.

ques incessantes, fut maintenue d'une main vigoureuse par notre prélat. Geoffroy de la Chapelle aimait les solennités du service divin , et officiait fréquemment dans l'église cathédrale et les autres églises du diocèse. 11 prit un grand soin du temporel de son évèché; mais il consacrait presque tous ses revenus à subvenir aux nécessités des églises, des monastères et des pauvres.

En 4341, du consentement du chapitre, il place un vicaire perpétuel à Andouillé, et unit les gros fruits de la cure à la dignité de doyen du chapitre de Saint-Thugal à Laval (1). 11 conclut un accord avec l'abbé de Saint-Georgesdes-Bois, auquel il remet un des chanoines de ce monastère renfermé dans les prisons de l'officiante du Mans, pourvois et brigandages; l'abbé s'engage à infliger un châtiment au coupable , et à le remettre entre les mains de la justice épiscopale, s'il ne peut prouver l'exemption de sa communauté (2). En effet, l'année suivante (1342) Jean, abbé de Saint-Georges, était contraint de reconnaître la juridiction de l'évèque (3). En même temps Geoffroy de la Chapelle obtenait du parlement des arrêts qui le maintenaient en possession de la juridiction contentieuse sur les abbayes de la Pelice et de Tironneau, soumises à l'abbaye de Tiron (4). Notre prélat permit à l'abbé de Vendôme d'unir à sa mense abbatiale un bénéfice situé dans le diocèse du Mans (5). Quelques monuments parlent de deux conciles célébrés la même année, sous la présidence du métropolitain Pierre Frétault; mais les actes de ces assemblées sont perdus, et les lieux où elles se réunirent demeurent incertains (6). L'année suivante (1343) l'abbâye

(1) Livre Rouge, fol. IZl. — Pouillés du diocèse du Mans, de 1770 et 1772. Mss.

(2) livre Bouge, fol. 98 r.

(3) Ibidem, fol. 99. — Ms. des Bl.-Mant., il" 4, fol. 36 r.

(4) Livre Rouge, fol. 55 r. — Ms. des Bl.-Mant., n°4, fol. 30 v. 36 v.

(5) Gallia Christiana, t. VIII, col. 1373.

(6) Travers, Concilia provinciœ Turonenns. Ms. des Bl.-Mant. , no 81. c. — Gallia Christiana, t. XIV, col. 118.

4 aiSTOIRE DE L EGLISE lu .\i.ws.

de la Couture vit une réunion des abbfoés de la province (1).

En 4344, un clerc du diocèse du Mans, Pierre deVillaines, fut appelé sur le siège épiscopal d'Auxerre. Transféré

après trois ans à Baveux, il y mourut en 1300 (2). Le chapitre diocésain possédait dans ses rangs plusieurs personnages qui ont laissé un souvenir précieux à notre Église : Etienne le Bourguignon, pour sa générosité et sa piété envers le Crucifix; Philippe Suardy, pour la science qui le fit appeler dans les conseils de la couronne ; Guillaume Pantouf, archidiacre de Laval, et le chanoine Martin, pour leurs lumières et leur piété. Gautier Belot, de Montrichart, au diocèse de Tours, Hamelin, de Courdemanche, chantre de Saint-Julien, et Guillaume de Criage, par la sainteté de leur vie, leur zèle infatigable pour le bien de l'Église, leurs aumônes en faveur de la cathédrale, et leur science surtout en droit canonique, selon l'esprit du temps, méritèrent que l'Église du Mans conservât leur souvenir (3). Les grandes aumônes et les connaissances variées de Mathieu de Selle recommandent sa mémoire d'une manière spéciale. Il lut archidiacre de Château-du-Loir et chantre de l'église de Damiette; il se montra toute sa vie le père des indigents, et le promoteur zélé du culte divin (4-). Un simple chapelain de la cathédrale, Gervais de Béton, et un laïque Ascelin le Drapier, prirent rang parmi les bienfaiteurs de l'église de Saint- Julien (5).

Geoffroy de la Chapelle fit aussi de grandes largesses à

(1) Pièces justificatives, n° IV.

(2) Gallia Christiana, t. XI et XII. — D. Liron , Almanach monceau 1728. — L'abbé Le Beuf, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire d'Auxerre, t. I, p. 517, édit. 1855, dit que Pierre de Villaines était de Bayeux.

(3) Martyro'oyium capituli Cenomanensis, fol. -202 r. , 130 r. ,16. 32 r., 33 r. , 41 r. , 64.

(4) Ibidem, fol. 32 v.

(5) Ibidem, fol. 32 r. , 50 r.

GEOFFROY DE LA CHAPELLE. h

son Église. Il acheta de Guillaume de Bures, seigneur du Plessis, le fief de Courfesson, en Placé, et celui de la Villette, en la paroisse de Fiée, et il les légua au chapitre, ainsi qu'une rente perpétuelle assise sur le fief des Fontaines , en Rouessé. Il fonda deux anniversaires à Saint-Julien, auquel il légua des sommes considérables et des ornements d'un grand prix (1). L'église de la Ghapelle-Saint-Aubin fut aussi enrichie des libéralités du généreux prélat; il y fonda pareillement un anniver-^ saire (2). Enfin il dota une chapelle dans l'abbaye d'Évron, et fit des établissements semblables en divers lieux de dévotion (3).

Les fondations de Geoffroy de la Chapelle ne diminuaient rien des aumônes qu'il répandait dans le sein des pauvres. Son épiscopat fut affligé de diverses calamités ; en ces circonstances, il distribua aux indigents toutes ses épargnes, et tout ce qu'il avait en vin, blé et autres provisions de bouche.

Uniquement occupé des devoirs de son ministère, notre prélat prit peu de part aux affaires de l'État (4). 11 aurait pu cependant se produire facilement à la cour, où son neveu Pierre de la Forest occupait un poste important. Cet illustre personnage naquit à la Suze, de Marguerite, sœur de notre évêque, et de Philippe de la Forest. De

(1) Pièces justificatives, n°s I et II.

(2) Ibidem, n° III. — Livre Rouge, fol. 119 v. — Ms. des Bl.-Mant. , n<> 4, fol. 38 v.

(3) Gallia Christiarta, t. XIV, col. 407.

(4) Belleforest, et après lui les anciens historiens du Maine, racontent que lorsque Edouard III, roi d'Angleterre, s'avança jusqu'à Poissy (13*6), l'évêque du Mans fut député par le roi de France pour offrir au monarque anglais de vider la querelle par un combat singulier entre les deux souverains. Mais le continuateur de Guillaume de Nangis et Froissart rapportent le fait d'une manière différente, et l'évêque du Mans n'est pas désigné par eux. Il s'agit probablement dans le récit inexact de Belleforest, du cartel que Edouard III envoya à Philippe VI, au siège de Tournay, et dans lequel l'évêque du Mans n'a aucune place. — V. Rymer, Acta publica, t. II, part. IV, p. 80.

«i HISTOIRE DE l. É6LI8E IX MANS.

bonne heure docteur en l'un et l'autre droit, puis professeur de cette même l'acuité à Orléans, et plus tard à Angers, il attirait par sa réputation des disciples qui venaient l'entendre jusque des pays étrangers. L'évêque Guy de Laval lui conféra la cure de Chemiré-le-Gaudin; mais le jeune et brillant professeur se rendit à Paris, et Philippe VI Téleva promptementà la dignité d'avocat général. En même temps Pierre de la Forest cumulait sur sa tête grand nombre de bénéfices dans le diocèse du Mans : la chapelle d'Athenay, une prébende dans le chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour , la prévôté de Varennes dépendante de Saint-Martin de Tours, le décanat d'Ernée et l'archidiaconat de Montfort-le-Rotrou. Il devint presque simultanément chanoine de Rouen et de Paris, chancelier du duc de Normandie, comte du Maine, et évêque de Tournay. Ces dignités n'étaient que l'acheminement à d'autres plus élevées. Philippe VI le nomma chancelier du royaume ( 14 juillet 1349 ) et évêque de Paris, puis archevêque de Rouen. Jean II, étant parvenu à la couronne, Pierre de la Forest conserva son influence et ses dignités; il fut même élevé au cardinalat par Innocent VI, qui l'envoya depuis légat en Sicile. Il signa, en 1351, la trêve entre la France et l'Angleterre. Après la défaite de Poitiers, Pierre de la Forest assembla les états généraux, pour aviser aux moyens de délivrer le roi. Il fit son entrée solennelle à Paris en 1357, et peu après il encourut la disgrâce du. public par la jalousie des grands et de quelques prélats, spécialement de l'évêque de Laon. Sur la requête des états généraux que dirigeait Etienne Marcel, il fut dépouillé de ses dignités; mais elles lui furent rendues en 1359. Il se retira ensuite à Avignon, où il mourut de la peste le 25 juin 1361. Ce fut un des hommes les plus éminents par l'intelligence, l'énergie et l'intégrité, à cette époque de troubles.

Trois jours avant sa mort, Pierre de la Forest lit un testament par lequel il disposait des immenses richesses qu'il avait acquises, et qui furent l'occasion de ses revers. Il

fonda des anniversaires dans les églises cathédrales de Rouen, du Mans, de Paris et de Tournay; dans les églises paroissiales de la Suze et de Saint-Germain-TAuxerrois , à Paris; dans les abbayes de Saint- Vincent, de la Couture, et dans les autres monastères du diocèse. 11 distingua par un legs particulier Dom Denys Papin, religieux de la Chartreuse du Parc en Charnie (1). Trois chapelles furent fondées par lui dans les cathédrales du Mans et de Tournay, et en l'église de la Suze. Dans ce testament on reconnaît partout un sincère esprit de foi uni à une grande munificence. Pierre de la Forest nomma pour ses exécuteurs testamentaires six cardinaux, et il leur adjoignit Philippe Blanche, archevêque de Tours, Michel de Brèche, évêque du Mans, deux chanoines de notre Église, l'abbé de la Couture, l'archidiacre de Montfort-le-Rotrou, d'autres personnages importants, et Guérin de Clergie, épicier, bourgeois de Paris. Il avait acquis les terres de la Perrière et de Louplande. 11 ordonna encore que son corps serait transporté au Mans, pour être enseveli dans la chapelle de Saint-Fiacre, fondée par lui en l'église cathédrale. Il s'y était préparé longtemps auparavant un tombeau près de celui de Geoffroy de la Chapelle (2).

Celui-ci ayant fondé et élevé un autel, que l'on regardait comme un chef-d'œuvre de sculpture, et qui était appuyé contre l'enceinte du chœur, au côté gauche, l'avait dédié à saint Maur, et avait élu sa sépulture au pied de cet autel. Pierre de la Forest, dès lors évêque de Paris et chancelier de France, y fit élever un magnifique mausolée de marbre et de porpyhre , disposant ainsi son tombeau

(1) En 1343, Pierre Papin, chanoine de l'église du Mans, fonda en la cathédrale la chapelle de saint Sébastien et saint Thibauld. Livre Rouge, fol. 78. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 33 v.

(2) Martyrologium copituli Cenoritanensis, fol. 97 r. — Ms. de la biblioth. du Mans, n° 97, fol. 142. — Froissart, Chroniques, liv. I, part. Il, c. lu, t. I, p. 363, édit. du Panth. litt. — Ciaconius, Vitœ Pontificum, t. Il, p. 536. — Gallia Christiana, t. III, col. 227 ; t. VII, col. 133; t. XI, col. 80. — Le Corvaisier, Histoire des évéques du Mans, p. 573 et suiv.

près de celui de son oncle, qu'il reconnaissait pour son premier bienfaiteur. Ces deux monuments étaient au nombre des décorations les plus remarquables de l'église cathédrale jusqu'à l'année 1562, où ils lurent brisés par les huguenots.

En 4345, Philippe VI visita encore le Maine et s'arrêta quelque temps au prieuré de la Fontaine-Saint-Martin (1). L'année suivante, Chrétien de Bustorotundo ayant appelé d'une sentence rendue par Geoffroy de la Chapelle, cita ce prélat à comparaître devant le Pape à Avignon (2).

Notre prélat signa son testament, le 22 juin 1347; il y assurait les diverses fondations et les legs qu'il avait faits précédemment; enfin, il mourut au Mans le 30 juillet 1347. On grava sur son tombeau l'inscription suivante :

PRIMO CADSIDICUS BONUS , ET POST OFFICIALIS ;

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