SUITE ET FIN DE L'ÉPISCOPAT DE CLAUDE D'ANGENNES
Tableau des lettres ecclésiastiques clans le diocèse du Mans. — Pierre Primet. — Pierre de Ronsard. — Robert Garnier. — Artistes cbrétiens',; Germain Pillon. — Le cardinal Matthieu Cointrel. — Clercs manceaux élevés à l'épiscopat ou à d'autres dignités. — Manceaux bienfaiteurs de l'Église. — Manceaux remarquables par leur piété. — Fondation du collège- séminaire de Saint-Ouen au Mans. — Claude d'Angennes remplit le premier rôle à l'assemblée du clergé de 1595 et 1596. — Correction des livres liturgiques. — Visite du diocèse. — Mort et sépulture de Claude d'Angennes.
On ne vit jamais plus d'ardeur dans les études que durant le xvr siècle. Pour sa part, le Maine fournit à cette époque un abondant contingent d'esprits distingués. Les prélats qui gouvernèrent le diocèse furent des hommes d'un savoir éminent, et protecteurs des études. Aussi vit-on le fameux Ronsard, Michel Bourrée de la Porte, Pierre Crémier, G. Le Blanc et Matthieu de Vaucelles emprunter le langage de la poésie pour faire l'éloge du grand cardinal de Rambouillet. Henri de Sponde lui dédia son ouvrage de Cœmeteriis sacris. Durant l'épiscopat des deux d'Angennes, le décanat de l'église cathédrale fut occupé par des personnages qui joignaient une science profonde à l'éclat de la naissance, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut.
L'Église du Mans possédait à la même époque un ora-
(i) Abomination des abominations , des fausses décodons de ce temps, par le P. Archange Répand, gardien des capucins du couvent de Saint-Jacques, à Paris, p 88, 17:^. -2-20, 790, et passim.
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teur qui pouvait rivaliser avec ce que la chaire chrétienne comptait de plus distingué. C'était Pierre Primet, dont nous aurons à parler plusieurs fois, et sur lequel La Croix du Maine nous donne les notions suivantes : « Pierre Primet, Parisien, docteur en la l'acuité de théologie de Paris, chanoine théologal de l'Église du Mans. Il n'a encore fait imprimer ses sermons ou prédications faites par lui tant à Paris qu'au Mans, à Angers, et autres villes de France : es quelles il a tellement fait paroître son savoir et son éloquence, que ceux qui ont eu le bien d'être ses auditeurs, porteront ce témoignage avec moi qu'il s'en trouve peu ou point du tout qui le passent es choses susdites. Il florit au Mans en cette année 1584. » Primet avait composé plusieurs écrits en latin et en français ; mais il ne les fit pas imprimer (1).
En même temps que le diocèse du Mans s'enrichissait des talents qu'il attirait dans son sein, il produisit lui-même alors plusieurs théologiens et prédicateurs. Nous ne pouvons presque que les nommer, à cause de leur grand nombre, et encore sans vouloir établir aucune prééminence entre eux. Comme prédicateurs et théologiens se distinguèrent Nicolas Coèffeteau, de Saint-Calais, dominicain, évêque de Dardanie, puis de Marseille; Philippe Huart, Mathurin Le Tessier, qui se fit entendre dans un synode au Mans; Jean de Montchâtre, dominicain, Pierre Ragot, dominicain, pour lequel Henri IV témoigna une affection particulière ; Etienne Bauldry, bénédictin, Pierre Pichart, Claude Prieur, de Laval, qui écrivit contre les superstitions; Nicolas Gaultier de Sablé et fondateur des petites écoles de cette ville; Etienne liesnier, ami d'Amyot, Ambroise Legaulïïe, théologien et canoniste, Jacques Viard, poëte et confîoversiste , Uené Leroy, chanoine et théologal du Mans, Dominique Sergent, frère prêcheur, théologien scolastique, Yves Magistri, de Laval, cordelier, célèbre
(1) La Croix du Maine, Bibliothèque françoise, p. 409.— Launoy, Opéra omnia, t. IV, part. 1", p. 749.
comme ligueur et comme prédicateur; Jean Brouard, de Laval, prêtre, controversiste et orateur; Julien Fresneau, deThorigné, dominicain, prédicateur des rois François H et Charles IX, adversaire redoutable des ministres huguenots, et philosophe; Julien Boucher, du Mans, jésuite, qui discuta avec le ministre Pierre Agar divers points de morale; enfin Jean Porthaise, né à Saint-Denis-de-Gastines, provincial des cordelière, théologal de Poitiers, et l'un des controversistes les plus animés du xvie siècle. 11 n'est guère moins connu par sa vie agitée que par ses écrits emprein ts de toutes les colères de son temps. Certaines familles semblaient vouées tout entières aux sciences théologiques: ainsi la famille des Le Pelletier, du Mans, donna Jean Le Pelletier, docteur en théologie et grand maître du collège de Navarre, curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie à Paris. Il accompagna le cardinal de Lorraine au concile de Trente, et il s'y signala. Trois membres de cette même famille, du nom de Jean, se signalèrent dans l'université; puis Alexandre, Julien, Geoffroy, Jacques, Olivier, bénéficierdu Mans (157G), Barthélémy, Charles et Henri. Les de Launay entrèrent aussi en grand nombre dans les rangs du clergé, et s'y distinguèrent par leur science ; on compte dans cette famille Charles, Guillaume, René, deux du nom de Jean, François et Matthieu, qui de prêtre catholique passa dans le camp des hérétiques, et eut enfin le bonheur de revenir à la vraie foi et de réfuter par ses écrits les impostures et les calomnies des ministres calvinistes. Dans la maison du Gué, d'Auvers-le-Hamon,nous trouvons deux Claude, deux Jean, Pierre et Julien. Claude est connu comme théologien mystique et controversée. Il a été aussi l'un des premiers auteurs de la carte du diocèse du Mans. Vers le même temps Matthieu Ogier, prêtre, né dans Ja Champagne du Maine, publia la Carte cénomanique , ouvrage souvent reproduit. Nous ne devons pas oublier non plus Jean de Launay, provincial des carmes et prédicateur, et surtout le bachelier Jean Tanquerel, qui, ayant soutenu dans sa tentative plusieurs propositions favorables au pouvoir du Pape, vit le
parlement s'élever contre lui (1 561 ), et fut obligé de s'enfuir hors du royaume.
Desgentilshommes séculiers écrivirent en faveurde la vraie Église, comme Jérôme de La Vayrie, du pays de Nuz, qui fut à la fois poëte latin et français, orateur, historien, et se servit de ses connaissances en théologie pour défendre la vérité catholique. Il avait deux frères, François et Joachim; ce dernier était prêtre; ils se distinguèrent aussi comme théologiens. Jacques Trouillard, médecin du roi de Navarre, mais catholique, combattit les rêveries des calvinistes; enfin Barthélémy Poullard, de La Ferté-Bernard, avocat, écrivit en faveur du dogme de l'immortalité de l'âme contre les esprits forts très -nombreux à cette époque. Nicolas Davy bénédictin de Saint-Vincent au Mans, et Louis Corbin, prêtre, de Vernie, s'occupèrent de la théologie ascétique et morale, ainsi que Christophe de Cheifontaine, cordelier, archevêque de Césarée, et David Bivault de Flurance, né à La Gropte, plus connu par ses ouvrages sur l'art militaire, l'histoire civile, et surtout l'histoire naturelle, où il a fait d'importantes découvertes. François de Neuf ville, prieur de Saint -Etienne de Bersay, appliqua ses facultés à l'interprétation des livres sacrés. François Le Chat, docteur en droit, chantre de l'Église du Mans, Thomas Gendrot, maître de la psallette, et Pierre Audouyn, célestin, ont laissé des ouvrages sur la théologie, mais principalement sur la liturgie. Des travaux de patristique et des traductions des saints Pères furent publiés par Jean de Lavardin, abbé de l'Estoile au diocèse de Poitiers, et son frère Jacques de Lavardin, nés tous les deux à Lavardin, près de Montoire ; Guillaume Plancius, chanoine de l'Église du Mans, médecin, helléniste très-distingué, traduisit plusieurs ouvrages de Synésiuset de saint Jean Ghrysostôme; Antoine Pichon, de la Ghartre, traduisit les scholies de Nicéphore sur Synésius; Nicolas Le Clerc de Juigné, théologien profond, quoique gentilhomme séculier, traduisit un ouvrage attribué alors à saint Hippoly te.
L'histoire ecclésiastique, et en particulier celle de l'Église
du Mans, fut l'objet des études de plusieurs Manceaux ou attachés au clergé de notre diocèse. Louis de Meanne, Angevin, moine de l'abbaye de Clermont, écrivit L'histoire des seigneurs de Laval. Claude Belot, professeur d'éloquence à Laval, composa un petit ouvrage sur la bataille du Port-Reingeard. On croit que cet écrivain, qui proi les sentiments les plus catholiques, devint quelques années après abbé d'Évron. Simon Fontaine, de Tordre de Saint- François, nous a laissé une histoire de l'état de la religion durant le xvie siècle et d'autres ouvrages. Pierre Le Bret, archidiacre de l'Église du Mans, Jean Brouiller, chanoine de la même Église, remarquable par son zèle à restaurer la cathédrale et à soutenir le parti catholique; Noël Bachelot, curé de la Place à Séez, Michel Garault, chanoine de la collégiale de Trôo, Jean Moreau, chanoine théologal en l'Église du Mans, très-attaché à la Ligue, Jean Richer, chanoine de l'Église du Mans, que son attachement pour la Ligue fit ^exiler sous le gouvernement de Lavardin, Julien Houdayer, né à Noyen, chanoine de l'Église du Mans et curé de Saint-Nicolas, étaient tous non-seulement d'habiles théologiens, et la plupart des canonistes savants, mais encore ils fouillèrent avec assiduité les archives de la province, et composèrent des recueils fort utiles, dit-on, pour l'histoire de notre Église : malheureusement le temps a fait périr la plus grande partie de ces labeurs. Pierre Viel, chanoine de l'Église du Mans, que nous avons vu député du clergé du Maine aux états de Blois (4SÎ6), publia des ouvrages de théologie, de liturgie, d'hagiographie, et traduisit les œuvres de saint Optât, évèquedeMilève. Jean Le Frère, de Laval, ancien principal du collège de Bayeux à Paris, s'associa Paul-Émile Pignerre, conseiller au Mans, mais natif du pays chai train, pour écrire l'histoire des guerres de religion. 11 unit ses efforts à ceux de Pierre Viel et de Tageon, Angevin, pour composer la Vie des Saints; il traduisit la chronique d'Eusèbe et l'historien Josèphe; enfin, il publia des poésies chrétiennes dont il était l'auteur. A aucune période de notre histoire on ne vit un aussi
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grand nombre de poètes ou de versificateurs qu'au temps des quatre derniers Valois. Sous ces princes spirituels et voluptueux, les évêchés et les abbayes e'taient la récompense des poètes les plus habiles à célébrer les talents du prince, et souvent les grâces d'une maîtresse. Bossuet a remarqué quelque part que ces poursuivants des muses profanes furent un fléau pour la patrie. Ils contribuèrent puissamment à amollir les mœurs de la nation et à substituer aux principes chrétiens qui dominaient la société les maximes fausses et dangereuses du paganisme. Mais tous n'usèrent pas aussi mal de leur talent, et nous trouvons dans nos annales provinciales les noms de plusieurs poètes qui ne chantèrent que pour la gloire de Dieu et le soutien de la vérité. Ce sont les seuls dont nous avons à nous occuper ici.
Une nouvelle école de poésie naquit durant cette période, et elle reconnaît pour père un clerc du diocèse du Mans que nous avons déjà fait connaître, Pierre de Ronsard. Il posséda (car il était entré dans le clergé du Mans, mais sans avoir reçu les ordres sacrés) la cure d'Évaillé, qui lui fut donnée par le cardinal Jean du Bellay ou par son successeur, le cardinal de Rambouillet: cette cure étaità la présentation del'évêque du Mans. Ce bénéfice devait être l'un des plus enviés du diocèse; car la seigneurie de la paroisse, qui était une baronnie, y était annexée. Ronsard jouissait encore de l'abbaye de Croix-Val, dans le Vendomois, du prieuré de Saint- Cosmes-lez-Tours, et peut-être de quelques autres revenus ecclésiastiques. C'était, sans doute, beaucoup trop pour un simple clerc; mais, vu les abus du temps, c'était faire preuve d'une modestie remarquable. Dans son château de la Poissonnière, où il vivait habituellement, Ronsard chanta souvent des sujets qui ne répondaient guère, ni à son caractère, ni à ses sentiments profondément religieux. Peut-être sa vie se serait-elle écoulée dans ce loisir studieux, si rempli de dangers pour l'âme; mais à la vue des profanations commises par les religionnaires, le poète poussa un cri d'indignation et publia un Discours sur
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leê miières du temps, adressé à Catherine de Mcdicis, dans lequel il exprime en vers énergiques toute l'horreurdonf son Ame est remplie. Peu après la noblesse du Yendomois prie notre poëte de se mettre à sa tète pour réprimer les cetew des calvinistes qui faisaient des campagnes du Maine un champ de carnage, et il répondit avec empressement à cet appel. Quelques voix amères et discordantes vinrent se mêler au concert unanime de louanges qui environnait le chef de la Pléiade. Les calvinistes, n'osant nier son génie, lui reprochèrent d'être prêtre, d'être athée et de mener une vie licencieuse.
Ainsi que Ronsard, Robert Garnier, né à La Ferté- Bernard, lieutenant criminel au présidialduMans, l'un des hommes les plus considérables de notre province, mit son épée au service delà cause catholique; mais dans les tragédies qui élevèrent si haut sa réputation, il ne traita qu'une seule fois un sujet sacré. Antoine Le Devin, né au Mans, écuyer, élu d'Angers, composa plusieurs tragédies; et toutes celles que nous connaissons sont sur des sujets sacrés. Samson Bédouyn , bénédictin de l'abbaye de la Couture , et Jean Méot, régent au collège de Gourdaine , composèrent également des poèmes qui furent représentés sur la scène au Mans; mais il n'est pas absolument certain qu'ils aient été inspirés par la muse religieuse.
Beaucoup d'autres poètes consacrèrent leur verve à célébrer les vérités objet de notre foi. «RivauclGibon, dit La Croix a du Maine, Parisien, abbé de Saint-Vincent près le Mans a (1564-1572), homme docte es langues, et grand théolo- « gien. Il a écrit tant en prose qu'en vers françois un petit a livre qu'il a intitulé Estrennes, auquel livre sont contenus « quelques vers françois sur la Nativité de Notre-Seigneur « Jésus- Christ et sur autres divers sujets... Exposition sur « le psaume quatre-vingt-quinzième, traduit selon la vérité « hébraïque, et mis en vers françois par ledit Gibon... » Jacques Via rd de La Fontaine, médecin à Pontvallain , défendit les dogmes attaqués par Calvin; René Chartier célébra la conversion de Henri IV ; un grand nombre d'au-
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très composèrent des Cantiques, des Ndels ou autres pièces de poésie de peu d'étendue. Tels furent MadeJon Jarry, seigneur de Vrigné à Juigné-sur-Sarthe, Matthieu de Vaucelles, imprimeur au Mans, François Gêorgeard, bénédictin de la Couture, Claude Nail, de Pirmil , Jean Triguel, cordelier au Mans , Pierre Olivier du Bouchet, avocat au Mans, né à la Suze , René Taron , avocat du roi au présidial du Mans, Guy Peccate, bénédictin de la Couture, ami intime de Ronsard et de La Croix du Maine , Julien Tharen , religieux clans un monastère du diocèse , Guy Pageau, prêtre, né au Mans, Olenix de Montsacre, gentilhomme Manceau, Victor Brodeau, Tourangeau établi au Mans, ami de Méry des Bois, sous- prieur de l'abbaye de la Couture, qui cultivait aussi la poésie sacrée, Michel Bourrée de La Porte, avocat, né au Mans, Roland, seigneur de Buissay, né au Mans, ami du pieux Guillaume de Salluste du Bartas, très-attaché à l'Union catholique, André Meslé, de Laval , Toussaint Le Roy, chanoine du Mans, René Flacé, né à Noyen, curé de la paroisse de la Couture, et directeur d'un collège très- florissant au Mans. Les contemporains de Flacé font le plus pompeux éloge de son zèle pastoral, de son talent comme prédicateur et comme poëte. Il composa aussi au moins une tragédie en vers; mais il est connu surtout pour son catéchisme en mètres, que beaucoup de ses disciples ont célébré par leurs éloges. Sa grande réputation tint peut - être autant à ses vertus comme prêtre, qu'à son talent comme poëte. Nous devons nommer encore Nicolas Denisot, quoiqu'il ait quelquefois consacré sa plume, parait-il, à des sujets trop libres. Nous aurions la même observation à faire à propos de; Marc Papillon, Tourangeau habitant Le Mans, et surtout de Jérôme d'Avoust, né à Laval, dont les ouvrages licencieux permettent à peine de rappeler ceux qu'ils ont consacrés à des sujets religieux.
Si nous ajoutions à ce tableau celui des écrivains purement profanes que produisit notre province dans la seconde moitié du xvie siècle, on verrait qu'à aucune époque les
lettres n'y furent cultivées avec pareille ferveur. Le Maine ne produisit pas moins d'artistes que de savant*; mais Germain Pillon, le célèbre sculpteur, les surpassa tous. Il fut ligueur, et il a beaucoup travaillé pour la décoration des églises; nous ne nous arrêterons pas cependant à mentionner ses œuvres; le caractère chrétien n'y est pas assez marqué. On lui a attribué une large part dans les monuments qui décorent l'église abbatiale de Solesmes; mais cette attribution purement gratuite est démentie par la chronologie et par le sentiment de piété qui respire dans ces admirables chefs-d'œuvre. Quoi qu'il en soit, les monuments de Solesmes inspirèrent à un religieux de Saint- Serge d'Angers le désir d'enrichir son église d'un monument analogue (1594)', et il fît venir un sculpteur nommé Gervais, natif du Mans, qui exécuta «la représentation de la sépulture de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et du trépassement de la Vierge , en figures de relief en terre cuite, les plus belles et les mieux faites qu'on puisse voir. Cet ouvrage, ajoute Barthélémy Roger, passe pour une merveille de sculpture (i). » Le même historien ajoute que Gervais était huguenot, ce qui n'est pas vraisemblable.
Matthieu Cointrel, né aux environs de Sablé, et incontestablement dans le Maine (car les Angevins, qui le réclament pour leur compatriote , n'ont jamais répondu aux raisons par lesquelles Ménage et Le Paige ont prouvé qu'il était Manceau), parvint aux honneurs de la pourpre romaine, uniquement par ses talents. Conduit en Italie par des écarts de jeunesse, il eut ensuite une vie si régulière et si laborieuse, qu'il mérita l'estime des Papes Paul IV, Pie IV, saint Pie V et Grégoire XIII. Ce dernier le créa cardinal du titre de Saint-Étienne in monte Cœlio,en 1583. Un mot de L'Estoile semble indiquer que le cardinal Cointrel se prononça énergiquement contre le parti des politiques durant les guerres de religion. On peut le conclure encore de ce qu'il fut le conseiller le plus autorisé du
(1) Roger, Histoire tV Anjou, p. 135.
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cardinal Alexandrin durant ses légations en Espagne, en Portugal et en France. D'autres clercs Manceaux furent élevés à l'épiscopat : Jean de Vassé, aumônier de Henri III, abbé de Notre -Dame- de-Cormeilles, devint évêque de Lisieux (1580) ; Adam de Hurtelou, natif du Mans, abbé de Lieu-Restauré , fut préposé à l'Église de Mende en 1586, dans un temps où l'hérésie faisait beaucoup de ravages dans le Gévaudan, et il n'oublia rien pour en garantir son troupeau. Il fit rétablir la cathédrale, que les huguenots avaient ruinée, et mourut en 1609. Il eut pour successeur Charles de Rousseau, son neveu, qui avait été son coadjuteur. Il faut encore nommer parmi les personnages ecclésiastiques du diocèse Geoffroy Le Gras, moine de l'abbaye de Saint-Vincent, qui devint abbé de Saint-Martin à Séez , Julien Foucaut, abbé de Saint-Acheul, Jacques de Courtarvel, dePezé, abbé de Saint-Martial de Limoges, et Jean de Reyne> prêtre du Mans, chanoine de Saint-Pierre-dela-Cour, qui devint doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris.
Parmi les bienfaiteurs de l'Église du Mans à l'époque qui nous occupe se rencontrent plusieurs des personnages que nous venons de nommer : le doyen François du Parc, qui légua douze mille livres; et les chanoines Primet, Berthe, de Saint-Prix, Martin, Nuncher, Boudet, Martin Funet, Pierre Hellouen, camérier et ami intime du cardinal de Saint- Eusèbe, vulgairement appelé le cardinal de Constance; Herrault , Trouillet, Etienne Montauban, Nicolas Gehier, Jean Le Vayer, Pierre Gœurot, chanoine du Mans, curé de Marigné, prieur de Taye et Rorzé, et Julien Cartier. Matthieu Durand, doyen de Laval, et abbé deTyronneau, fonda la vigile de la fête de mainte Scholastique en Ja collégiale de Saint-Pierre-de-la-Cour (1583). Ambroise Amy fut le bienfaiteur du prieuré de Patience à Laval; et le célèbre Robert Garnier, le tragique, légua des sommes considérables au couvent des cordeliers du Mans et à l'église de La Ferté-Bernard, sa patrie. Le cardinal Cointrel, dont nous avons parlé, fut le bienfaiteur de l'église de v. 40
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Saint-Louis des Français à Rom©, Trois autres Mnnceaux, Guillaume, Louis et René Le Breton, occupé reni des dignités à la cour pontificale, et laissèrent à diverses églises de Rome des marques de leur pieuse munificence.
Il est juste de rappeler, sommairement du moins, les noms des Manceaux qui se signalèrent à cette époque par une piété éminente. Louise Aubert, née au Mans, religieuse de Y Ave Maria, ordre de Saint-François, à Paris, de la réforme de sainte Colette, puis abbesse de la maison du même ordre à Alençon, montra une grande fermeté dans la foi et un courage héroïque au milieu des premiers troubles suscités par les calvinistes. Pierre Ledin, de Domfront, restaura à ses frais l'église de Notre-Dame-sur-l'Eau, et rendit d'importants services à son pays durant les guerres. Jacqueline Bernoust, clame de La Bavière, remarquable par sa piété et sa charité pour les pauvres, fonda dans l'église cathédrale le chant du répons Homo quidam , des strophes Ecce Panis et Bone Pastor en la fête du Corpus Domini, et fit encore d'autres dons considérables. Thomas Jacob, né à Coulongé, devint (vers 1500) curé de Saint-Gervais-en-Beiin,oùson nom est resté en bénédiction jusqu'à nos jours. Claude du Bellay, clerc du diocèse du Mans, prieur de Cunault en Anjou, et abbé de Savigny après le cardinal de Rambouillet , manifesta surtout sa piété en réparant son abbaye presque entièrement ruinée par les huguenots. Jean Hurtault, de Laval, recommandable par ses talents et une piété éminente, mourut prieur perpétuel de l'abbaye de Saint- Victor à Paris (1585). La mort édifiante de Jeanne de Laval (1587) fut connue dans tout le royaume. Deux chanoines réguliers de l'abbaye de BeauJieu au Mans laissèrent une mémoire bénie au dedans et au dehors de leur monastère : le premier se nommait Laurent Patrice, prieur claustral et prieur-curé de Domfront-en-Champagne et de Marcilly-la- Ville, licencié en droit canonique; il gouverna avec beaucoup de zèle, et releva le spirituel et le temporel de sa maison. Le second fut Jean lluteau, curé de Nuillé, qui lit une fondation dans
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son monastère, où l'office divin se célébrait encore avec assiduité. Pendant que ces personnages édifiaient l'Église , Julien Taboûet, né à Châtenay, procureur général du parlement de Chambéry, jurisconsulte et historien, se laissait emporter à toutes ses passions. A Ja fin les malheurs que lui attira son orgueil le conduisirent à une conversion sincère, et il donna un grand exemple par sa mort chrétienne.
Depuis longtemps on sentait la nécessité de renouveler l'éducation et l'instruction du clergé. Les Gestes de Pierre Faifeu et de Charles de Bourdigné, son légendaire, démontrent assez que notre pays, n'était pas exempt des scandales qui réclamaient une réforme. Aussi le concile de Trente ordonna- 1 -il l'érection d'un séminaire dans chaque diocèse. En 4599, Claude d'Angennes, voyant l'ordre se rétablir partout, résolut de fonder un de ces établissements dans le presbytère de Saint-Ouen-sur-les- Fossés. Par sa bulle du 23 novembre 4599, Clément Vllt autorisa la permutation de la cure de Saint-Ouen, qui était une dépendance de l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers> avec celle de Pringé, qui était à la disposition de l'évèque du Mans; le Pontife érigea la première en séminaire, lui donna le principal pour curé, et permit d'unir trois bénéfices simples à l'établissement (l).
Dans le synode du 2 mai 1600, il fut décidé qu'outre la somme de huit cents écus déjà employée en partie aux bâtiments, il serait encore pris quinze cents écus sur les deniers du clergé, et que si d'autres fonds devenaient nécessaires, il serait levé, pour cette fois seulement, un tiers de ce que l'on percevait de décimes ordinaires* L'évèque donna un jardin qui dépendait de l'évèché; et Michel Aubourg, docteur en tbéologie et curé de Marolles, fut nommé principal, sous la surveillance de l'évèque de deux chanoines et de deux députés du clergé du diocèse (4601 ). C'était l'esprit des décrets de Trente. Henri IV donna des lettres patentes (45 mars 1600) qui publiaient
(1) Cette bulle se lit à la fin du Martyrologe du chapitre du Mans. Ms. à la bibliotbèqucilc la ville, n° 244.
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la bulle du Pape. Le corps de ville offrit six cents livret, et Je chapitre contribua généreusement à l'établissement. Durant plusieurs années les chanoines dorinèrent Vingt charges de blé ou de seigle; ils consentirent aussi à l'union de la chapelle de Saint-Maur, dite de la Gondrière, devie dans l'église cathédrale (10 octobre 1601 et 5 mai 1005 >. Le chanoine Richer, que Ton a vu banni de la ville pour son attachement à la Ligue, demanda à professer le cours d'Écriture sainte au collège - séminaire : ses confrères louèrent hautement son dessein, et l'exemptèrent de la résidence (1er juin 1601). Jacques Pelletier, religieux de Beaulieu, prieur de Brains, et titulaire de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste de la Pohorie à Dom front- en-Champagne, unit à perpétuité, du consentement des abbé et chanoines de Beaulieu, cette chapelle au séminaire, à la condition qu'après sa mort il serait pris sur le bénéfice cent livres de rente pour la pension d'un ou plusieurs religieux à la nomination des abbé et convent dûment assemblés, lesquels religieux seraient mis au collège pour y être instruits. La préférence devait être donnée aux parents du P. Pelletier. Au cas où la pension de cent livres serait insuffisante, le surplus devrait être fourni par qui il appartiendrait, sans que le collège en put être chargé. Le convent, en donnant son consentement, augmenta de vingt livres de rente la pension fondée par le P. Pelletier. Depuis le décès de celui-ci (26 février 1600 ), l'abbaye de Beaulieu eut toujours des religieux au séminaire jusqua l'an 1645, époque à laquelle la réforme de la congrégation de Fiance des chanoines réguliers de Saint-Augustin, établie dans cette maison, ne permit plus d'en envoyer.
Le 20 février 1602, Michel Aubourg céda au collègeséminaire dont il était principal, une métairie et un fief, à la charge de recevoir dans cette maison un enfant de la famille Aubourg, capable d'entrer dans la troisième classe de grammaire, pour y demeurer six ans; et à défaut d'enfant de la famille du fondateur, d'en admettre un de la paroisse de Beaufay, qui serait présenté à l'é-
vaque, conjointement par le curé de Beaufay et les seigneurs de la Patrise ou de la Hupe. Le 4 avril 1604, Michel Aubourg légua au séminaire tous ses livres de théologie et de scolastique, pour être mis en un lieu public et servir aux étudiants en théologie. Eniin, le 12 janvier 1606, il offrit quatre cent cinquante livres de rente constituée, ou six mille livres en argent, pour la nourriture et l'entretien de cinq boursiers; mais ce don ne put être accepté, le revenu n'étant pas en proportion avec les charges. A sa mort, Michel Aubourg (18 janvier 1606) fut inhumé dans l'église du séminaire.
De 1601 à 1625, le collège-séminaire de Saint-Ouen fut dirigé par quatre principaux séculiers, qui gouvernèrent par baux, sous la surveillance de l'évêque, de deux députés du clergé, et de deux chanoines, l'un nommé par le prélat, et l'autre par le chapitre. Telle fut l'origine de cet établissement, dont nous aurons si souvent à parler dans la suite, et qui exerça une si grande influence sur notre diocèse durant un siècle et demi.
Si Claude d'Angennes donna des preuves de son zèle pastoral par la fondation du collège -séminaire de Saint- Ouen, il montra aussi sa fermeté épi scopale à l'assemblée du clergé de 1595 et 1596. 11 fut de toute manière le prélat le plus distingué et le plus considérable de cette réunion; aussi fut-il choisi pour porter au roi les représentations et les demandes du clergé (1). Ne pouvant rapporter tout le discours prononcé par notre prélat dans cette grave circonstance, nous en citerons quelques fragments : « Pour asseurer d'avantage ceux qui se rangent sous son obéissance, dit Claude d'Angennes à Henri IV, nous supplions très-humblementVotre Majesté nous authoriser, permettre et trouver bon que fassions publier en nos diocèses le concile de Trente, pour nous gouverner cy-après en la disci-
(1) Dès la séance pour la vérification des pouvoirs, Claude d'Angennes eut à défendre rassemblée provinciale contre François Le Pelletier, chanoine de Saint-Martin de Tours, et deux ans pins tard (1597) doyen de l'Eglise du Mans Procès-verbaux des assemblées du clergé, t. ï, p. 524 et 5-25.
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pline ecclésiastique selon les constitutions d'iceluy, et ordonner à vos juges nous tenir la main à l'exécution. S'il se trouve quelque chose en cet établissement de police en quoy les droiCts royaux de Votre Majesté soient altérés, nous n'entendons y toucher, non plus qu'aux anciennes libertés et immunités du royaume et de l'Église gallicane, de quoy nous nous asseurons que notre Sainct Père donnera volontiers les déclarations nécessaires, comme aussi pour les privilèges concédés ou en général, ou en particulier, mesmes les exemptions de plusieurs chapitres des églises cathédrales et collégiales et autres communautés, auxquelles ne prétendons préjudicier, attendant les déclarations de Sa Sainteté.
« Il nous cl esplaist beaucoup de découvrir la honte et vergogne de nostre estât; mais il est nécessaire que le mal se cognoisse pour y chercher et apporter remède; et en la cause de Dieu, moins qu'en nulle autre, il ne faut estre prévaricateur. En la bergerie du Fils de Dieu nous avons peu de bons capitaines et vrais pasteurs; il se trouvera les trois quarts des bergeries et troupeaux despourveus de légitimes et vrays pasteurs; de quatorze archevêchés, les six ou sept sont sans pasteurs, et s'en peut remarquer tel auquel, depuis quarante ou cinquante ans, il n'en a été veu aucun. D'environ cent éveschés, on estime y en avoir de trente ou quarante du tout despourvus de titulaires ; et es autres, y regardant de près, il s'en trouveroit aucuns confidentiaires et gardiens, ou parvenus à cette dignité par voyes illicites et réprouvées parles saincts décrets, comme aussi d'autres qui ne se donnent pas grande peine d'entendre, sçavoir et faire leurs charges; en quoy, combien que le mal soit grand, et d'autant plus grand que ces charges estant les principales es principaux chefs, il s'estend plus aysément par tout le corps ; toutesfois le désordre n'y est encores passé si avant comme es abbayes et es troupeaux réguliers, lesquels, anciennement, apportèrent beaucoup de bénédiction et faveur divine à ce royaume, tant par la doctrine et bonne vie de ceux qui s'y rangeoientque par leurs prières et oraisons, lesquels, d'autant que leur
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vie et conversation estoit plus saincte et agréable à Dieu, aussi estoient- elles mieux reçeues et exaucées. A présent ces bergeries, au lieu de bénédiction, nous attirent malédiction et ruyne, estant, la plus grande part, despourvues de pasteurs et légitimes gouverneurs, maniées pour le temporel (car du gouvernement spirituel, qui est toutes^ fois le principal, on ne s'en donne guère de peine) par des personnes laïques qui, du revenu destiné et voué par les fondateurs au service de Dieu s'approprient et en jouissent, et ce, par le moyen de quelque économat, ou sous le nom de quelque mercenaire confidentiaire et excommunié. Le commandement et supériorité sur ces maisons, lequel est de droit divin, hors le commerce des hommes, et pour lequel on devroit choisir des personnages recommendables de piété et doctrine, est vendu à beaux deniers comptant, baillé en mariage, en troque et eschange de choses temporelles, en récompense ou de services, ou d'autre chose, au veu et sceu de Yostre Majesté, et de messieurs de vostre conseil : on ne s'en cache plus. »
L'évêque du Mans continua son discours, en représentant au roi que ce désordre était la première cause des troubles qui agitaient le royaume, et qu'il ne pouvait espérer y voir régner la paix qu'après avoir rétabli l'ordre légitime. Les monastères sont nécessaires pour attirer les grâces du ciel sur un pays ; mais ils ne peuvent remplir leur mission que lorsqu'ils sont confiés à leurs chefs naturels. Le prélat déclare au roi avec non moins de hardiesse que le clergé, qui a demandé à ses prédécesseurs le rétablissement des élections, ne cessera de faire la même demande jusqu'à ce qu'il les ait obtenues. Il réclame avec beaucoup d'énergie l'abolition des économats, « entreprise monstrueuse, dit-il, des magistrats contre les droits les plus sacrés de l'Église. » Toutes les demandes du clergé, formulées en trente-neuf articles, furent ainsi présentées par Claude[d'Angennes avec éloquence et une noble énergie. Il insista surtout, et avec raison, sur l'abus que l'on faisait des bénéfices, et lit voir la nécessité de se conformer aux prescriptions de l'Église.
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Le roi se contenta de protester de sa bonne volonté; et le conseil qui examina le rallier n'accorda aucune dos demandes qui s'y trouvaient formulées. Le clergé s'en |>lnignit par l'organe de l'évoque du Mans dans le discours de congé qu'il adressa au roi. Ce fut encore notre prêtai qui fut chargé de négocier avec le chancelier et les ministres pour les affaires temporelles. En un mot, presque toutes les affaires traitées dans cette longue et célèbre assemblée passèrent parles mains de l'évoque du Mans (1). Ce même prélat conféra à la même époque l'onction épiscopale au nouvel évêque de l'Église de Montpellier (2).
N'ayant pu obtenir la promulgation du concile de Trente dans le royaume, Claude d'Angennes en appliqua plusieurs décrets dans son diocèse. Le concile de la province de Tours de 1583 avait déclaré les ordinaires « obligés de faire imprimer les missels, les bréviaires, les graduels et autres livres nécessaires au culte divin, et de les corriger exactement, suivant la forme prescrite par le Siège Apostolique et la constitution de Pie V de sainte mémoire (3). » En conformité à ce décret, Claude d'Angennes fit imprimer le missel et le bréviaire sous le titre diocésain, avec l'addition ad Romani formam. Dans les lettres épiscopales placées en tête des diverses éditions qui furent publiées jusqu'au changement de la liturgie, nos évêques reconnurent toujours l'obligation de suivre les offices de Rome. Nous trouvons que le 18 février 1600 le chapitre désigna quatre de ses membres pour se joindre a l'évêque afin d'effectuer une réformation du bréviaire; dans cette opération, il s'agissait seulement de revoir les offices et les usages propres à l'Église du Mans.
Claude d'Angennes avait entrepris une visite générale de son vaste diocèse, et les délibérations du chapitre nous
(1) Collection générale des procès -verbaux des assemblées du clergé, t. I, p. 53!, 534, 53G et 537, 549, 577, 626, 630, et passim. — Palma- Cayet.t. I, 722.
(2) Gallia christiana, t. XI, col. 500.
(3) Ubbe, Concilia, \. XV, col. 1021.
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apprennent qu'il se faisait accompagner partout par trois chanoines qui l'aidaient de leurs lumières. En 4598, il visita l'abbaye de Vaas, et répara autant qu'il put le désordre que les guerres précédentes y avaient causé : il y avait alors dix religieux. Ce monastère comme presque tous les autres gémissait depuis longtemps sous le fléau de la commende. Notre évêque soutint deux ans après un procès contre ces chanoines réguliers; l'affaire fut longue et eut un certain retentissement; mais le prélat ne fut pas maintenu dans ses prétentions (1). ,
Le collège-séminaire de Saint-Ouen occupait toujours notre évêque ; il venait d'y fonder six bourses, et rédigeait lui-même les statuts qui devaient régir cette maison, lorsqu'il fut saisi de la maladie qui devait le conduire au tombeau. 11 s'occupait aussi de la réforme de tous les monastères de religieuses. Ayant éprouvé quelque contradiction dans l'abbaye du Pré, il s'échauffa tellement dans une discussion , qu'il fut pris d'une pleurésie. C'était au commencement de mai 1601 . Le 1 1 et le 14 le chapitre fit des processions pour obtenir le rétablissement de la santé du prélat; mais il expira le 15 à six heures du matin. Les chanoines députèrent à Tours Anthime-Denis Cohon, leur confrère, depuis évêque de Nîmes, pour inviter l'archevêque François de la Guesle, cousin du prélat défunt, à venir célébrer les funérailles. Les chanoines d'Angers furent également invités, et envoyèrent une députation. L'archevêque arriva au Mans le 22 juin, et accomplit la fonction le 27. Durant tout ce temps il logea chez le chanoine Cohon, qui dépensa treize écus, quarante-cinq sous et six deniers pour le recevoir. L'oraison funèbre fut prononcée par le célèbre Philippe Cospéan, qui fut ensuite évêque d'Aire, de Nantes, et enfin de Lisieux. Les chanoines qui avaient d'abord désigné leur confrère Primet pour remplir cette fonction , lui firent prononcer son discours un peu plus tard. Le chapitre offrit à l'archevêque de Tours en remerciement douze bougies et douze cierges; à
(1) Mémoires du clcrrjc, t. II, col. 1901, t. Vil, col. 196 et suiv.
son procureur, quatre bougies, et à ses deux aumôniers, chacun deux bougies.
Le corps de Claude d'Angennes i'ut enseveli dans le choeur de l'église cathédrale à main droite, près du trfafl épiscopal, au pied des marches du sanctuaire. Uae grande tombe en cuivre jaune recouvrait le tombeau : le prélat y était représenté en crosse, mitre et chape. Il avait les mains jointes, et ses traits étaient ceux d'un vieillard très* agé. Il portait aussi une longue barbe. On lisait tout autour de la tombe l'inscription suivante en français (I) :