ÉPISCOPAT DE JEAN DE CRAON
Puissance de la maison de Craon. — Peste noire, famine et guerre. — Court démêlé entre l'évêque et le chapitre pour une cause matrimoniale. — Confrérie de Saint-Julien. — Saint Julien patron des ménestrels. — Jean de Craon se montre favorable aux religieux mendiants. — Commandcries de Thévalles et de Chevillé. — Le Maine réuni à la couronne. — L'inquisition rétablie dans le Maine. — États de l'Anjou et du Maine. — Atteinte à la liberté de l'Église du Mans. — Pierre de Laval, évêque de Rennes. — Jean de Craon passe sur le siège de Reims.
Tandis que les parlements envahissaient les droits du clergé par l'appel comme d'abus, les rois s'emparaient de la nomination aux sièges épiscopaux , dans la crainte qu'elle ne revînt au Souverain Pontife. Us donnaient même les bénéfices inférieurs à des laïques pour prix de services séculiers (1). Après Ja mort de Geoffroy de la Chapelle, Philippe VI désigna pour l'évêché du Mans Jean de
(!) Froissart, Chroniques, t. I, p. &42, 373, 394, et passiui., édit. du Panth. litt.
Craon, d'abord trésorier de Saint-Martin de Tours, et alors chanoine de l'Église de Paris. Dans les actes consistoriaux, la nomination de notre prélat est datée du 27 septembre 1348. La famille de Jean de Craon était l'une des plus puissantes du royaume. Il était fils d'Amaurylll, seigneur de Craon , et de Béatrix de Roucy , sa seconde femme (4). L'un de ses frères, Pierre de Craon, jouit d'une célébrité sinistre dans les annales de la France , par l'assassinat du connétable de Clisson et le désastre de l'armée d'Italie, dont il fut la principale cause (2).
L'épiscopatde Jean de Craon se rencontre avec l'une des époques les plus désastreuses de la monarchie française; aussi est-il stérile en actes de quelque importance. Dès l'année 1348, la peste noire commença à désoler l'Europe, et elle ne cessa ses ravages qu'en 1351 (3). Bientôt après, la famine vint y ajouter ses ravages. On a cependant constaté que la province ecclésiastique dont Tours est la métropole, eut moins à souffrir que la plupart des autres contrées (4). Mais en retour, la guerre qui régnait en Bretagne , et celle que les Français avaient à soutenir pour repousser l'invasion anglaise , faisaient ressentir à notre diocèse leurs terribles effets (5).
Dans son administration, Jean de Craon se montra constamment ami de la justice, soutenant ses droits avec vigilance, et respectant ceux des autres (6). Il fit ses efforts pour améliorer le sort de son clergé. Les chanoines qui
(1) Armoiries de Jean de Craon :Écartelé, au premier et quatrième, losange d'or et de gueules, qui est de Craon ; au deuxième et quatrième d'or au lion de sable, qui est de Flandres.
(2) Mémoire sur Pierre de Craon, par M. le baron Pichon, dans les Mélanges de littérature et d'histoire, t. I, Paris, 1857.
(3) Symon de Covino, poëme sur la peste noire, dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, lre série, t. II, p. 501 et suiv. — Froissart, Chroniques, t. 1, p. 289, et p.issim. — Continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis , apu.l D. d'Achery, Spicilegium, t. XL
(4) Revue de l'Anjou, t. 111, p. 82-96.
(5) Froissart, Chroniques, t. I, p. 87, 168, 176, 290, 393, et passim.
(6) Ms. de la Bibliothèque du Mans, n° 97, fol. 143 r. n<> 206.