‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 8 sur 66 · JEAN DE CRA0N · texte numérisé non relu

JEAN DE CRA0N

S'étaient vu imposer un prélat qu'ils n'avaient point été appelés à choisir, ne devaient pas le recevoir avec bienveillance. Il y eut d'abord un court dissentiment. Ils avaient accordé une dispense de bans dans une des quarante cures anciennes. Clément IV déclara dans une bulle qu'ils ne pouvaient connaître des causes matrimoniales; et le parlement, de son côté, donna récréance à 1 evêque (1).

Voyant le nombre des prêtres et des clercs de la confrérie de Saint-Julien s'accroître de jour en jour, et reconnaissant que la chapelle de Saint-Pierre en l'église cathédrale était trop étroite pour leurs réunions, Jean de Craon les transféra dans l'église paroissiale de Saint- Michel -du- Cloître, où ils célébrèrent leurs offices jusqu'à l'époque où, à la requête de Jean Goupil, la cure fut changée en chapellenie, et la paroisse réunie à celle du Crucifix (2).

Le patronage de saint Julien était alors très-répandu. Primitivement le même personnage était poëte et musicien ; le ménestrel chantait lui-même ses poésies ; mais dans la suite, on distingua le poëte du ménétrier, qui ne fut plus qu'un musicien. Le premier cessa d'aller chanter ses vers de château en château, et le second ne tarda pas à devenir un artiste ambulant, un chanteur et un musicien de carrefour. Dans cette vie errante, les artistes du moyenâge éprouvèrent souvent combien il est difficile au pauvre de se procurer un bon gîte, et ils durent se recommander à saint Julien, le patron des voyageurs. Aussi, lorsqu'au commencement du xrve siècle ils formèrent une corporation (1321), ils n'allèrent pas chercher un autre protecteur que l'apôtre du Maine. Jacques Grure et Hugues le Lorrain dédièrent également à notre premier évêque l'église et l'hôpital qu'ils fondèrent à Paris (1 331) vers le même temps (3).

Durant les ravages de la peste noire et de la famine qui

(1) Livre Rouge, fol. 239 r. etseq.

(2) Histoire des évéques du Mans, p. 244.

(3) Bernhard, dans la Biblothègue de l'École des Chartes, 1" série, t. III. — Histoire littéraire de la France, t. XVI, p. 245; t. XX1L p. 676 et 677.

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la suivit, beaucoup de curés abandonnèrent leurs populations, pour chercher un abri contre les fléaux; les religieux au contraire, et surtout les mendiants, montrèrent un dévouement héroïque; aussi les peuples reconnaissants leur prodiguèrent des aumônes. Le clergé séculier, les prélats en tête, se montra jaloux de cette faveur populaire, et alla jusqu'à demander la suppression de ces corporations, qui avaient si bien mérité du peuple chrétien; mais Clément IV fit voir l'injustice de la requête, et imposa silence. Il est glorieux pour la mémoire de Jean de Craonde n'avoir eu aucune part à la démarche de ses collègues (I).

Le luxe toujours croissant des princes était imité par les seigneurs, qui fréquentaient de plus en plus la cour, centre des honneurs et des plaisirs; mais pour soutenir des dépenses ruineuses, ils cherchaient trop souvent dans les biens de l'Église un supplément à leurs revenus considérablement diminués par les modifications de l'état social et l'affaiblissement du régime féodal. Ayant vu la royauté s'emparer de la dépouille des Templiers, les seigneurs cherchaient à imiter cet exemple. On \it les Hospitaliers de Thévalles obligés de défendre leurs droits contre le sire de Laval, ceux de Chevillé contre le vicomte de Beaumont, et plusieurs abbayes ou prieurés contre des voisins puissants (2).

En 1349, Jean de Craon se trouvant au prieuré de Vivoin avec Marguerite de Poitiers, vicomtesse de Beaumont, et ses enfants, reconnut l'immunité et les droits du monastère (3). L'année suivante, le dauphin Jean, comte du Maine, fut appelé au trône, et réunit à la couronne notre province, qu'il possédait en apanage. Pour la plupart des provinces, cette réunion à la couronne était un malheur; elle les privait de seigneurs puissants et nationaux, dont la présence était une source de vie pour le pays; mais depuis

(1) Continuation de la Chronique de Guillaume deNangis.

(2) Pièces justificatives, n» VI. — Plusieurs chartes aux archives de la Vienne sur la commanderie de Thévalles, et dans le cabinet de M. La Beauluère.

(3) Bilard, Analyse des documents historiques, etc.

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la mort du comte Hélie de La Flèche, le Maine ne pouvait plus être atteint par ce coup.

Jl y avait près de cent ans que l'Inquisition subsistait en France, où Alexandre IV l'avait établie à la prière de saint Louis (1255). Depuis ce temps, Nicolas IV en exempta les comtés du Maine et de l'Anjou, en faveur de Charles, i'rère du saint roi. Lorsque Charles et les princes qui lui succédèrent dans ses prétentions sur la Sicile eurent cessé déposséder nos comtés du Maine et de l'Anjou, les inquisiteurs, qui étaient de l'ordre de Saint-Dominique, demandèrent à Clément IV si nos deux provinces devaient encore jouir de leur privilège. «Il serait très-dangereux, répondit « le Pape, que les hérétiques trouvassent un lieu de refuge « assuré; c'est pourquoi nous donnons plein pouvoir à « Guillaume Chevalier, frère prêcheur, docteur en théolo- « gie, et aux autres religieux du même ordre, inquisiteurs « dans Je royaume de France, d'exercer librement leur « charge en ces deux comtés, comme dans les provinces « de Touraine et de Poitou. » La bulle est du 26 septembre 1351 (1).

Si le pouvoir politique des évêques avait éprouvé un grand affaiblissement, ils tenaient cependant encore un rang considérable dans l'administration de l'État et des provinces. Au temps du roi Jean II, le Maine, l'Anjou et le Vendomois ne formaient qu'une seule assemblée, sous le nom d'États d'Anjou et du Maine. On connaît trois réunions de ces États, à l'époque où Jean de Craon occupait le siège épiscopal du Mans. La première, en 1350, fut vraisemblablement convoquée pour fournir des subsides à la couronne (2). La seconde est de 1352. Les lettres de convocation sont adressées à l'évêque du Mans, à Maurice Chamaillard, doyen de Saint-Martin de Tours, et au seigneur de Montjean, sénéchal du Maine et de l'Anjou. Elles chargent ces commissaires de se rendre successivement

(1) Raynaldi, Annales ecclesiastici, ad an. 1351, u° 1.

(2) Ordonnances des rois de France^ t. III, p. 39.

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dans les diverses sénéchaussées du Maine et de l'Anjou, d'y assembler les prélats, barons et autres notables de la sénéchaussée des anciens et nouveaux ressorts, avec les ecclésiastiques et les habitants des bonnes villes et châtellenies; de leur exposer les besoins de l'État, et de leur demander une nouvelle imposition de six deniers pour livre, payable pendant une année (1). En 1355, il y eut une troisième assemblée des États; ceux du Maine et de l'Anjou accordèrent au roi une aide de deux sous six deniers par feu, à la condition qu'elle serait employée pour la défense de nos provinces contre les Anglais. Six collecteurs nommés par les évêques du Mans et d'Angers, par quatre seigneurs et deux bourgeois, furent chargés de lever ce subside (2).

Les baillis du Maine ayant essayé de porter atteinte à la liberté de notre Église, Jean de Craon déféra ses plaintes au roi, qui adressa à deux reprises, le 28 juin et le 14 juillet 1353, des lettres aux présidiaux d'Angers et du Mans, pour leur faire défense de s'arroger la connaissance des causes qui concernaient l'évêque du Mans, déclarant que toutes les causes réelles des prélats qui occupaient la chaire de saint Julien devaient être portées immédiatement devant le roi ou le parlement de Paris (3).

Après la mort de Jean Bienvenu, abbé de Saint- Vincent (1354), Jean de Graon permit à la communauté d'élire un autre supérieur (4). En même temps Pierre de Laval monta sur le siège de Rennes, qu'il n'occupa que deux ans (5). Jeanne de Laval, sa sœur, fut abbesse de Saint-Georges, dans la même ville.

Au mois de juin 1355, Innocent VI éleva Jean de Graon

(1) Ordonnances des rois de France, t. III, p. 25.

(2) Ibidem, t. III, p. 7. — D. Martène, Thésaurus anecdotorum, t., I, col. 14-12.

(3) Livre Rouge, fol. 159 et 169. — Ms. des Bl.-Mant., n° 4, fol. 40 r.

(4) Ibidem, fol. 91 et 230.

(5) Morice, Histoire de Bretagne, t. II, p. 22. — Maucourl de Bourjoly, Mémoires historiques sur Laval, t. I, p. 267. Ms. de M. La Beauluère.

à là dignité d'archevêque de Reims (I). En cette qualité, il se rendit aux états généraux de 1356, et sacra Charles V et Jeanne de Bourbon, sa femme (1364). Il mourut à Paris, le J3 avril 1374, et fut inhumé dans l'église des Corder liers. Le parlement en corps assista à ses obsèques.

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