‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 3)Chapitre 9 sur 66 · ÉP1SCOPAT DE MICHEL DE BRÈCHE · texte numérisé non relu

ÉP1SCOPAT DE MICHEL DE BRÈCHE

Michel de Brèche avant son épiscopat. — Entrée solennelle du nouvel évêque. — Le Maine ravagé par les grandes compagnies. — Révolte des Jacques; ravages des Anglais. — Soulèvement des habitants du Mans contre l'autorité royale. — Ruine de l'abbaye de l'Épau. — Michel de Brèche soutient les droits de son siège. — Il donne quatre bénéfices à l'Université de Paris. — L'Université d'Angers et la nation du Maine. — Concile provincial à Angers en 1366. — Fondations diverses. — Érection de la paroisse delà Ferté -Bernard. — Mort de Michel de Brèche.

Aussitôt après la promotion de Jean de Craon à l'archevêché de Reims, le roi désigna Michel de Brèche (2) pour lui succéder dans la chaire de saint Julien. Les bulles d'Innocent VI en faveur du nouveau prélat sont du 1er août 1 355 (3). Michel de Brèche était âgé de cinquante-six ans, docteur en théologie, archidiacre de Châteaudun et premier aumônier du roi (4), au moins depuis l'année 4351 (5). Avant sa

(1) Gallia Christiana, t IX, col. 129 et seq.; t. XIV, col. 408. — D. Marlot, Metropolis Ecclesiœ Remensis historia, t. Il, p. 639-652. — Idem, Histoire de la ville, cite' et Université de Reims, t. IV, p. 74-98. — Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. II, p. 33, etpassim.

(2) Brèche, Bresche ou Brache. — Armoiries : D'azur à une gerbe de blé d'or.

(3) Gallia Christiana, t. XIV, col. 408.

(4) Michel de Brèche ne pouvait être grand aumônier du roi, comme le disent les historiens; ce titre n'est en usage d'une manière positive que depuis Louis XI. Guyot, Traité des Offices, 1. 1, p. 436.

(5) Gallia Christiana, t. VII, col. 232. — Le P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. II, p. 232.

M HISTOIRE DE L'ÉGLISE DLt MANS,

promotion à l'épiscopat, il avait rebâti l'église et l'hôpital

des Quinze -Vingts, fondés par saint Louis (125-4); c'est depuis cette restauration que cet hospice est resté soumis à la juridiction du premier ou grand aumônier (1). Il fut encore le bienfaiteur et le réformateur des Audriettes, connues depuis sous le nom de Dames de l'Assomption (2).

L'entrée solennelle de Michel de Brèche en sa ville épiscopale eut lieu vers la fin d'octobre de la même année. Trois des barons tenus à porter l'évêque en cette solennité, ne purent rendre en personne leur service. Gauguelin, sire de Ferrières, de René et du Breil, représenta qu'il était retenu à la guerre pour le service du roi. ïl se fit remplacer par trois chevaliers, ses cousins, Brisgaud d'Usages, Robert de Loudonet et Robert Pezaz, et par quatre écuyers. Il pria l'évêque de les admettre à sa place et de leur donner le palefroi avec le frein et la selle auxquels il aurait eu droit (3). Le seigneur de Montcloubleau se fit représenter par le sire d'Amboise et par un autre seigneur, son parent (4). Enfin Isabeau de Parthenay, comtesse d'Harcourt, dame de Montfort-le-Rotrou, envoya son cousin, le sire de Vendôme, pour tenir sa place (5). Deux ans plus tard, Michel de Brèche fit donner par Jean l'Archevêque, sire de Parthenay, une reconnaissance portant que le propriétaire de la terre de Montfort était tenu à un service personnel envers l'évêque du Mans, dans la cérémonie de Feutrée solennelle du prélat (6).

Cette même année 1355 le roi adressa des lettres à tous les prélats, gens d'Église, barons, gens de communes et autres du pays du Maine et d'Anjou. Le monarque déclare garantir les privilèges de nos Églises, et prie tous ceux à

(1) Le P. Anselme, loc. cit.

(2) Gallia Christiana, t. VII, col. 232.

(3) Livre Rouge, fol. 273 r.

(4) Ibidem, fol. 276 r.

(5) Ibidem, fol. 274 et seq.

(6) Ibidem, fol. 274 et seq.

qui ses lettres sont adressées de se laisser imposer une nouvelle levée de deniers (1).

L'année suivante (1356) est restée comme une date funèbre dans les annales de la France. La bataille de Poitiers (19 septembre) livra aux Anglais une partie des provinces du royaume et la personne du roi. Les états généraux, convoqués par le dauphin, rêvèrent une sorte de république fédérative. Pierre de La Forest ouvrit cette assemblée, et y succomba sous les intrigues de Robert Lecoq, évêque de Laon. Jean île Craon, qui venait de quitter le siège du Mans, y porta la parole au nom du clergé.

Louis 1er, fils de l'infortuné Jean le Bon, reçut (1356) en apanage les comtés du Maine et de l'Anjou, avec la baronnie de Château-du-Loiret la seigneurie deChantoceaux (2). Il fit peu de chose pour le Maine, et mourut en Italie en 1385. Cependant notre province était en proie à de terribles fléaux. Sous les noms sinistres de cottereaux, brabançons, routiers, tard-venus et malandrins, des bandes armées s'étaient répandues par toute la France, et y commettaient d'effroyables ravages. Ce fut surtout après la paix de Rrétigny (1360) qu'ils mirent la France, pour ainsi dire, en coupe réglée (3). Dès l'année 1357, le Sonnois avait été saccagé par Philippe, roi de Navarre, et les grandes compagnies. Loquet ou Lochet, un des chefs de ces aventuriers, pénétra dans l'abbaye de Perseigne, et mit le monastère à sac. Les religieux se sauvèrent d'abord au château de Saint-Remy-du-Plain. Rentrés dans leurs cloîtres et chassés une seconde fois, ils se réfugièrent à l'hôpital d'Alençon. Pour se garantir contre iesNavarrais et les Anglais,

(1) Biblioth. impér. Ms. des Bl.-Mant., n°. 81, c. p. 141 et seq.

(2) D. d'Achery, Spicilegium, t. XIII, p. 376. — Collection D. Housseai'jïi0 3636.

(3) Froissart, Chroniques, liv. I, part. II, chap. lxi, xcvii, et passim. — Par le traité de Bréquigny, le roi d'Angleterre et le prince de Galles renoncèrent à toutes leurs prétentions sur la couronne de France, et aux droits qu'ils s'attribuaient sur le Maine, l'Anjou, la Normandie, la Touraine et la Flandre.

26 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DU MANS.

Jes habitants de cette ville démolirent l'Hotel-bieu, situé à Montsort (1). L'abbaye de Bellebranche (2) et la plupart des monastères situés à la campagne furent saccagés. En 1357, Je prieur de Ballon, tombé entre les mains des ennemis, était réduit à rester leur prisonnier, n'ayant aucun moyen de se racheter (3). En 1300, Denyse deBaucey et Patrice de Chaource, son fils, obtinrent une chapelle dans leur château de Dangeul, parce qu'on ne pouvait plus se rendre à la messe de la paroisse sans s'exposer à tomber entre les mains des ennemis (4).

En 1358, les paysans indignés de la tyrannie systématique que beaucoup de seigneurs faisaient peser sur eux, se soulevèrent et se livrèrent à d'horribles excès. Après un premier moment de surprise et de terreur, les possesseurs de fiefs prirent les armes et étouffèrent dans le sang la révolte des Jacques. Le Maine ressentit le contre-coup de ces scènes effroyables. D'ailleurs, au mépris de la trêve signée, les Anglais pillèrent cette année l'Orléanais, le pays chartrain, la Touraine, le Maine, l'Anjou et la Bretagne, jusqu'à Nantes (5) .

Les ravages des Anglais et des grandes compagnies ayant redoublé de fureur en 1360, le Pape Innocent VI exhorta (1361) les seigneurs du Maine à se lever tous en armes pour soutenir la société ébranlée (6). Ces exhortations ne suffirent pas pour mettre notre pays à l'abri des pillages. On remarque même à la tête de l'une des bandes les plus terribles un capitaine nommé Foulquesde Laval, qui se signala

(1) Biblioth. irapér., ancien fonds latin, n» 5474.— Odoland Desnos, Mémoires sur Alençon, t. I, p. 399.

(2) Lettre de Charles V, du 4 avril 1364 en faveur de l'abbaye de Bellebranche, aux archives de Mayenne et dans le cabinet de M. La Beauluère.

(3) Bilard, Analyse des documents historiques, etc., part. Il, n° 1085.

(4) Ibidem, loc. cit., n° 1059.

(5) Froissart, Chroniques, c. cxcvn et sniv. — Continuation de la Chronique de Guillaume de Nangis.

(6) D. Martènc, Thésaurus aneedotorum, t. II, col. 854-856.

par des crimes atroces dans la Beauce et le Vendomois (1). En 1364, le duc de Bourgogne s'empara du bourg de Connerré et de la forteresse où s'était cantonnée une bande de brigands des plus nombreuses (2). D'ailleurs le Maine était souvent visité par les compagnies établies dans le Perche et la Beauce (3). Sous la conduite d'un chef nommé Robert Marcault, ils s'abattirent sur Vendôme, Trôo, la Chartre, Montoire, qu'ils occupèrent longtemps. Ils s'avancèrent ensuite pour s'emparer du château de Touvoye ; mais les vassaux de Févèque chargés de la garde, ayant enlevé tous les clous et les chevilles du pont-levis qu'ils laissèrent abaissé,, les chefs et une partie de la bande se noyèrent dans les fossés (4). L'année suivante, Bertrand duGuesclin délivra notre pays d'une partie de ces brigands, en les enrôlant pour une expédition en Espagne (5). Malheureusement ces aventuriers semblaient sortir de terre. Durant plus de vingt ans, de 1357 à 1380, le diocèse du Mans fut saccagé par ces compagnies armées, qui ruinaient les villes, dépeuplaient les campagnes et changeaient les plus fertiles contrées en déserts ; on se croyait revenu au temps des invasions des enfants du Nord.

Au milieu de ces désastres effrayants, les populations n'avaient guère moins à redouter les violences de leurs défenseurs que celles de leurs ennemis. Les communes abandonnées à elles-mêmes et obligées de se garder, commençaient une ère peu rassurante pour la monarchie. Plusieurs villes cherchèrent à déguiser leur révolte; mais les Manceaux levèrent ouvertement l'étendard de l'indépendance. Vers le mois de novembre 1308, Hugues de

(1) Continuation de Guillaume de Nangïs, p. 837 863.

(2) Froissart, Chroniques, t. I, p. 486.

(3) Histoire de du Guesclin, dans les Preuves de l'histoire de Bretagne, par D. Morice.

(4) Guillaume de Nangis , Chroniques, apud D. d'Achery, Spicilegium, t. III, p. 134, in-fol. — Le Corvaisier, p. 593. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois , p. 322.

(5) Chronique de Bertrand du Guesclin, par Guvellier, t. II, p. 393.

28 HISTOIRE BE i/k«LIsk BO MANS.

Chàtillon, grand maître des arbalétriers, s'avança dans le Maine contre les brigands, et laissa au Mans le comte de Dammartin ; à son retour, il trouva que son lieutenant avait été expulsé de la ville , et se vit obligé lui-même de passer lanuit dehors, «à très-grant nécessité de vivres: «car les Manceaux répondirent à ses sommations qu'ils n'avaient rien à « donner à des pilleurs et robeurs. » Enfin, et c'est ce qui achève de montrer l'état du pays, le roi lut obligé d'accorder, le 3 décembre suivant, des lettres de rémission pour un attentat aussi manifeste contre son autorité (1).

On s'empressa partout d'élever des fortifications contre des ennemis qui ne respectaient aucune loi. La plupart des églises de la campagne avec leurs clochers furent disposées pour la défense. On n'était pas rassuré, même dans l'enceinte des villes les plus fortes. En 1358, on fut obligé de murer une des portes de l'église cathédrale du côté de l'évêché, parce que le Mans était menacé (2). En effet, deux ans après (1360), la ville de Châteaugontier et sept ou huit autres aux environs furent prises par les ennemis (3). Tous les faubourgs de la ville du Mans furent détruits et brûlés durant ces guerres (4). Craignant que les brigands ne s'établissent dans l'abbaye de l'Épau, les habitants du Mans la ruinèrent eux-mêmes, et en 1 360 ils firent un don aux moines pour « les aider à rebâtir leur église qui avait été brûlée pendant les guerres civiles, » ainsi qu'il est constaté par une inscription gravée sur une table de cuivre qui était placée près du maître autel de l'église abbatiale de l'Épau.

Voici le texte de cette inscription conservé dans l'ancien Gallia Christiana :

ANNO MCCXXIX GREG0RI0 IX SEDEM APOSTOLICAM ADMINIS- TRANTE, FREDERICO II IN GERMANOS, D. LUDOVICO IN GALLOS ,

(1) Bibliothèque de l'École des Chartes, 1re série, t. V, p. 238.

(2) Livre Rouge, fol. 49 r. — Ms. des Bl.-Mant., n° 'i. fol. 29 v.

(3) Collection D. Rousseau, n° 3672.

(4) Livre Rouge, fol. 180 r.

HENRICO TII IN ANGLOS IMPERIUM HABENTIBUS , BERENGAlUA SANCT1I NAVARBJE ET ARAGONLE REGIS, ET BARCHINONENSIS COMIT1S FILIA, QUiE QUONDAM RICARDO HUJUS NOMINIS PRIMO ( CUI CORDIS LEONIS COGNOMEN FUIT ) ANGLORUM REGI CON- NUBIO JUNCTA FUERAT , NULLIS EX EO RELICTIS LIBER1S , HOC SPALLENSE COENOBIUM (QUOD ALIAS TIETAS DICITUR) EXTRUCTIUS, AUGUSTIUSQUE QUAM NUNC VIDETUR , EXTRUXIT , A DOMINO GAUFRIDO DE LAVAL, CENOMANENSI EPISCOPO, DEIPARjE VIRGINiS, ET S. JOANNIS BAPTISTE NOMINE DEO SACRATUM. QUOD TANDEM CENTUM ET TR1GINTA POST ANNI3 A CENOMANIS C1VIBUS , NE EX EO AB ANGLFS ÏÏRBEM CENOMANENSEM CONCURSIONIBUS URGENT1BUS PROPUGNACULUM FIERET , EXUSTUM , MAGNAQUE EX PARTE DISJECTUM EST, VIDELICET ANNO 1365, BERENGARIA JUSTIS MORE REGIO SOLUTIS , EJUS CORPUS HAC IN uEDE TUMU- LATUM EST (1).

Au milieu du découragement universel, on doit admirer la fermeté des moines de l'Épau, qui se mirent aussitôt à relever leur cloître, comme le prouvent les épitaphes des abbés Nicolas et Jean II (2). Les abbayes de Perseigne, de Bellebranche et les autres montrèrent un zèle semblable.

De son côté Michel de Brèche ne négligeait pas la défense de ses châteaux. En 4358, il obtint du Dauphin, régent du royaume, de pouvoir contraindre tous les hommes qui habitaient à une lieue et demie à la ronde autour de Touvoye, à y venir l'aire la garde et le guet (3). En même temps, il y fit confirmer le droit dont jouissaient les vassaux de levêché, de tuer des animaux et de trafiquer de la viande de boucherie dans les faubourgs du Mans, sans payer aucune redevance (A): dernière trace des droits temporels dont les évêqucs du Mans avaient joui dans la ville jusqu'à la fin du xe siècle.

(1) Voir encore Annuaire de la Sarthe, 1803, p. 82.

(2) Cartularium abbatiœ de Pietate Dei. Ms. de Gaignières, n° 205.

(3) Livre Rouge, fol. 202 r.

(4) Ibidem, fol. 173 v.

Jl) HISTOIRE DE i/ÉGLiSE DU MANS.

Par un acte de 1357, Marguerite de Poitiers, vicomtesse de Beaumont, tutrice de ses enfants, déclare que les deniers levés sur les sujets de l'évèque du Mans pour réparer les murs de la ville de Chàteaugontier, l'ont été avec la permission expresse du prélat, et ne doivent pas tirer à conséquence pour l'avenir (1). Vers le même temps, le jeune vicomte de Beaumont ayant été pris à la guerre, sa mère supplia l'évêque du Mans de laisser imposer ses vassaux pour la rançon du prisonnier; le prélat obtempéra à sa demande, pourvu que cette concession fût déclarée purement gratuite (2). On sent fort bien que ces dons réputésbénévoles n'étaient pas entièrement libres. De même, lorsqu'en 4360 Michel de Brèche remit à Guillaume de Harcourt, seigneur de Montfort-le-Rotrou, l'amende à laquelle celui-ci avait été condamné à Touvoye, pour avoir entrepris sur la juridiction du prélat (3), il est évident que ce dernier avait intérêt à ne pas poursuivre rigoureusement son droit.

En 1361 Michel de Brèche célébra les obsèques du cardinal Pierre delaForest, dans l'église de Saint-Julien. 11 inhuma également dans l'église abbatiale de Perseigne Pierre, Jean et Marie d'Alençon, enfants de Pierre d'Alençon , fils de Charles de Valois (4).

L'année suivante le diocèse du Mans donna un premier pasteur à l'Église de Meaux , en la personne de Jean Le Royer, neveu de Pierre Le Royer (5). Vers le même temps, Michel de Brèche se signala par un trait de générosité envers l'Université de Paris, que les historiens ont enregistré comme un fait unique. Il lui fit don de quatre bénéfices, pour être distribués entre les quatre facultés,

(1) Livre Rouge, fol. 197 v,

(2) Ibidem, fol. 198 r.

(3) Ibidem, fol. 273 v.

(4) Le Corvaisier, p. 593. — Odoland Desnos, Mémoires sur Alençon, tom. 1.

(5) Galîia Christiana, t. VIII, col. 1636. — D. Liron, Almanach manceau, 1728.

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en sorte que chacune nommât à l'un de ces bénéfices un de ses suppôts (I).

En \ 364, Charles établit PUni versité d'Angers à la prière de son frère Louis, comte du Maine et duc d'Anjou. Dès sa fondation cette Université fut divisée en cinq nations. Celle du Maine y tenait un rang distingué (2). Elle reconnaissait pour patron saint Julien, et célébrait avec pompe la fête de ce saint apôtre dans l'église qui portait son nom à Angers (3). L'abbaye de Bellebranche fonda de bonne heure un collège à Angers, pour permettre aux jeunes religieux de suivre les cours de l'Université sans cesser de vivre conventuellement (4-).

Le concile de la province ecclésiastique de Tours, célébré à Angers en 1366, est très-important pour la connaissance des mœurs et de la discipline. Les quatre premiers canons traitent des jugements ecclésiastiques. Quelques personnes, à la faveur de rescrits obtenus en cour de Rome, obligeaient leurs parties à se rendre devant des tribunaux fort éloignés. On régla dans le concile que le terme n'excéderait jamais deux journées de chemin, ou vingt-quatre lieues, pour les diocèses de Tours et d'Angers ; pour ceux du Mans et de Bretagne vingt lieues. On pourvut ensuite à ce que ces rescrits ne fussent pas falsifiés. On chercha à prévenir les fraudes qui avaient lieu trop souvent dans la collation des bénéfices. Le douzième et le treizième canons interdisent aux ecclésiastiques de porter des souliers à la poulaine, des habits ouverts par le haut ou trop courts. Leurs habits doivent descendre au

(1) Du Boulay, Historia Universitatis Paririensis, t. IV, p. 376.

(2) Armoiries de la nation du Maine en l'Université d'Angers : D'or à la croix de gueules, chargé de trois candélabres d'argent, deux en fasce et un en pointe.

(3; Cette église était primitivement dédiée à saint Jean-Baptiste.

(4) Rengeard, Histoire de l'Université d'Angers, Ms. à la bibliothèque du Mans. — Barth. Roger, Histoire de l'Anjou, p. 303-306. — Àlmanach historique d'Anjou, p. 72. — Bodin, Recherches historiques sur l'Anjou, t. II, p. 272, 281-299. — Godard-Faultrier, l'Anjou et ses monuments, t. II, p. 193-199.

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moins jus([u'aux genoux. Le quatorzième canon défend à tous les prêtres de célébrer la messe des morts sans avoir dit l'office. Le quinzième ordonne aux curés de dire l'oflice des morts tous les jours de férié; et à tous les chapitres, tant séculiers que réguliers, de chanter tous les jours l'office de la sainte Vierge, excepté les grandes fêtes, l'Avent, et les jours où l'on fait de Beata. Le treizième marque une rigidité de mœurs que l'on ne devait pas attendre à une époque aussi relâchée. 11 défend à toute personne ecclésiastique, même aux évèques, de se faire servir à table, en quelque temps que ce soit, plus de deux plats. On n'excepte que le cas de la réception d'un prince ou de quelque autre personnage de grande considération. Après avoir recommandé la résidence aux chanoines et aux curés, le concile promulgue des règlements pour les maisons religieuses, les aumôneries, léproseries, hôpitaux et hôtels -Dieu. Les Pères condamnent dans leur vingtdeuxième canon l'usage du beurre et du lait durant le carême, et en font même un cas réservé aux évêqnes. Le concile dressa ainsi trente-quatre canons. Sept évèques de la province se trouvèrent présents à Angers. Il y eut d'abord une contestation pour Je rang entre les évèques du Mans, de Rennes et de Dol. Celui de Dol prétendait siéger le premier après l'archevêque président, en vertu du titre de métropolitain que ses prédécesseurs avaient porté durant quatre cents ans. L'évèque de Rennes avait pour lui la date de l'ordination, il était le plus ancien des évèques de la province. Enfin, Févêque du Mans faisait voir que de toute antiquité ses prédécesseurs avaient été regardés comme premiers suffragants de Tours. Sans préjuger les droits des uns ni des autres, l'archevêque accorda ces prélats en cette manière : il plaça l'évèque du Mans le premier à sa droite, l'évèque de Rennes le premier à sa gauche, et l'évèque de Dol vis-à-vis de lui (I). On

(1) Biblothèquc impér., Ms. des Bl.-Mant. n° 81, c. p. 129, 145. 147 cl suiv.— Collection D. Housseau,n° 8805. — ( artulaire de ^archevêché

verra ces prétentions de l'évêque de Dol se reproduire jusque dans le xvme siècle.

Tandis que d'un côté les prélats s'occupaient à combattre les abus, on voyait de l'autre les violations les plus flagrantes de la discipline. La même année (1366), en l'absence de l'évêque Michel , les grands- vicaires donnèrent dispense à un clerc pour posséder un bénéfice à laChapelle- Saint-Aubin et un autre en l'église cathédrale , « nonobstant, disent-ils eux-mêmes, le canon du concile de Nantes qui défend ce cumul (1). » Les cbanoines reçurent la même année (1 366) une fondation que firent deux de leurs confrères, Guillaume le Paon, ami du cardinal de la Forest, et Denys Clarté, pour augmenter la solennité de la fête de sainte Anne (2). Vers le même temps (1362), Adam de Champaison , prêtre et chanoine , fit une fondation en l'honneur de saint Barthélémy (3), et Louis Tronchay, chanoine et scholastique, une autre en l'honneur de saint Julien (4). Pour Jean de Neuvillette, il donna à l'abbaye de Saint-Vincent une part de l'église de Connée (6 janvier 1359), et l'évêque confirma cette disposition (5). Par des lettres de 1361 et de 1366, les prérogatives que le chapitre de Saint-Pierre-de-la-Gour tenait de sa fondation royale lui furent confirmées (6). Mais le besoin qu'éprouvaient les chanoines de cette collégiale de recourir si souvent à l'intervention royale pour se maintenir dans leurs droits, prouve que ceux-ci étaient souvent violés.

de Tours, Ms. in-4°, aux archives d'Indre-et-Loire, fol. 117. — Maan, Ecclesia Turonensis, part. II, p. 68. — I.abbe, Concilia, t. XI, part. II, col. 1939. — D. Lobineau, Histoire de Bretagne, t. II, p. 531. — Cfr. Launoy, Opcra omnia, t. II, part, il, p. 672. — Thomassin, Disciplina Ecclesiastica, part. IV, lib. I, cap. xxn.

(1) Livre Rouge, fol. 119 v.

(2) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 108 v. — Riblioth. imp., fonds latin, n° 5211. B., p. 83.

(3j Pouillé du diocèse du Mans-, 1 772, fol. 89 v. Ms. aux archives du chapitre.

(4) Martyrologium capituli Cenoman., fol. 80.

(5) liiblioth. imp. Mss. de Ciaignières, no 5445, (<)) Archives de la Sarthe.

Une fondation de la fin de l'épiscopat de Michel de Brèche servira à donner une idée de la discipline vers le milieu du xi\c siècle. La petite ville de la Ferté-Bernard s'était accrue successivement autour du château fondé dans le xe siècle; mais toute cette population ressortissait de la paroisse deCherré, sur le territoire de laquelle la forteresse s'était élevée. C'est ainsi que Sablé fut établi sur le territoire de Solesmes, Ernée sur celui de Charné, Bonnétable sur celui d'Aulaines, et Château-Gontier sur celui de Bazouges. En 1366 seulement, Michel de Brèche érigea une paroisse pour la population de la Ferlé, la sépara de Cherré, et consacra « une chapelle, ou plutôt une basi- « lique (I), dit un titre ancien, construite dès les temps les c plus reculés, et réélifiée depuis longtemps, en l'honneur « de la bienheureuse Vierge Marie (2). o Jusqu'à nos jours la Mère de Dieu n'a pas cessé d'être honorée en ce sanctuaire d'un culte spécial sous le nom de Notre-Dame-des- Marais. En 1375, Jean Croupet, écuyer, y fit une fondation en faveur des moines de l'abbaye de la Pelice.

Michel de Brèche mourut le 13 juin 1366, après avoir fondé son anniversaire dans l'église cathédrale; on l'y célébra, le 10 juin de chaque année, jusqu'en 1790 (3).

(1) Ce mot indique que cette église avait d'abord été desservie par une communauté de moines.

(2) Charles, Description de la Ferté-Bernard.

(3) Martyrologium capituli Cenomanensis, fol. 87 v.

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