ÉPISCOPAT DE GERVAIS
Naissance de l'évêque Gervais , son portrait. — Rivalité entre l'évêque Gervais et le comte Herbert Baccon. — Guerre entreprise par Gervais contre Geoffroy Martel. — Gervais fait restituer des biens à la cathédrale. — L'abbaye de Saint-Vincent ; fondation de prieurés dépendant de Saint-Vincent et de la Trinité de Vendôme. — Prieuré de Villedieu; saint Eutrope. — L'abbaye de Saint-Georges-des-Bois. — Collégiale de Saint-Martin de Troo. — Prieurés de Lavardin , Cohémon, Notre-Dame d'Avesnières , Saint-Martin de Laval, Notre- Dame de Priz, Auvers-le-Hamon. — Multiplication des établissements religieux dans le Bas-Maine. — Prieuré de Rouessé. — Pèlerinage de Notre-Dame à Pont-Aubray.
Aussitôt après la mort de l'évêque Avesgaud , les compagnons de son pèlerinage s'empressèrent d'en apporter la triste nouvelle au Mans. Le prélat défunt avait un neveu nommé Gervais, destiné par sa famille à occuper le siège de saint Julien , selon un abus trop universel à cette époque (1). Gervais était dans la maturité de l'âge, étant né le 2 février 1007, au château de Cohémon, paroisse de Vouvray-sur-Loir. Il avait pour père Haimon (2), seigneur de Ghâteau-du-Loir, et pour mère Hildeburge, fille d'Yves Ier,
(1) L'histoire de l'évêque Gervais est rapportée d'une manière succincte dans les Gestes des Évêques du Mans, de Gervasio Cinomanensi episcopo. D. Mabillon, Vetera analecta , t. 111, p. 304. — D. Bouquet, t. XI, p. 135. Un grand nombre de chartes émanées de cet évêque ou de ses contemporains ajoutent beaucoup de traits à sa vie. La plupart des chroniqueurs de son temps fournissent des détails sur ce personnage. Nous avons été grandement aidé par les historiens de la ville de Reims, surtout par D. Marlot, le Gallia christiana, t. IX, et la Patrologie, édit. Migne, t. GXLIII, col. 1397; mais principalement par Y Histoire littéraire de la France, t. VII , p. 572 et suivantes. Les savants auteurs de cette histoire citent à plusieurs reprises des mémoires manuscrits, qu'ils ont malheureusement négligé d'indiquer plus clairement.
(2) Haimon, Aimon, Hamelin, Amelin. — Ce personnage portait plusieurs noms, comme beaucoup de ses contemporains. Gfr. Nouveau traité de Diplomatique, f IV, p. 565.
seigneur de Delléme, et sœur de l'évêque Avesgaud. Sa bisaïeule paternelle, qui se nommait Roranse, avait eu pour dot la terre d'Argentré, près de Laval, et elle y faisait son séjour habituel, comme on le verra par la suite. Gervais avait trois frères, Bouchard, Robert et Ursio. Bouchard fut aïeul de Mathilde, qui épousa Hélie, comte du Maine. De leur mariage sortit Eremburge, femme de Foulques le Jeune, roi de Jérusalem et comte du Maine et de l'Anjou. Robert épousa Elisabeth, qui lui donna au moins un iils nommé Gervais comme son oncle , et dont nous aurons bientôt à parler. L'évêque Gervais eut encore une sœur nommé Rotrude, qui devint la seconde femme de Guy II, baron de Laval , et donna le jour à Guy, Gervais, Hildelingue, Hildeburge et Agnès, que l'on verra bientôt prieure de Notre-Dame cl'Avesnières (1).
Gervais avait reçu de la nature les qualités les plus brillantes et les plus solides, et il les avait heureusement développées par une culture assidue dans l'école de l'église cathédrale , sous la conduite des maîtres habiles dont nous avons parlé, et la haute direction de son oncle Avesgaud. Il parut dès sa jeunesse doué d'un esprit subtil, élevé et capable des plus grands desseins ; orné de savoir, d'éloquence, de goût pour les beaux-arts, il cultiva même quelquefois la poésie. Lorsqu'il fut élevé aux dignités ecclésiastiques, et il y a apparence que son oncle lui en
(1) Cette généalogie est dressée sur des écrits laissés par l'êvêque Gervais et le premier de ses neveux, du même nom. 11 ne faut donc pas s'en rapporter à une autre généalogie décrite par D. Mabillon, Annales 0. S. B.t lib. LV11, num. 2, et reproduite par D. Bouquet, t. X, p. 359, et t. XI, p. 135, 136, 443. Suivant ces auteurs, Gervais aurait eu pour père le vénérable Bouchard le Vieux, comte de Paris, Corbeil, Melun et Vendôme, et mort en odeur de sainteté sous le froc monastique dans l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, l'an 1012. Bouchard le Jeune, vicomte de Melun, et Renaud, évêque de Paris, auraient été ses frères, et il aurait eu pour sœur Grécie, Elisabeth ou Adèle : car on donne ces trois noms à cette princesse, femme de Foulques Ncrra, comte d'Anjou. D. Rivet, loc. cit. — VArt de vérifier les dates. — De Pétigny, Histoire du Vendomois . —Cariularium Deatœ Mariœ Caritatis Andet/avensis, n° 258, 393, 394.
ouvrit l'entrée de bonne heure , on vit briller en lui le zèle,, la vigilance, et la vigueur qui conviennent à un évêque. Du reste, de mœurs irréprochables, issu d'une famille puissante , destiné à jouir d'une fortune très-considérable, et sachant en user avec une magnificence bien entendue; telles sont les qualités qui brillaient dans l'évêque Gervais de Château-du-Loir (1). Elles auraient fait de notre évêque le prélat le plus accompli de son siècle , s'il n'avait conservé, sous son habit clérical , toute la rudesse des mœurs paternelles. Gomme la plupart des barons de son temps , il aimait avec passion les exercices de la chasse et revêtait volontiers la cuirasse et le casque. Ces goûts peu convenables au caractère ecclésiastique dont Gervais était revêtu, n'étaient pas regardés, au xie siècle, comme incompatibles avec les dignités les plus élevées du sanctuaire. Notre évêque rencontra dans sa carrière des ennemis qui l'attaquèrent avec violence, qui le déchirèrent de leurs calomnies, et le donnèrent pour le type du tyran revêtu des insignes de l'épiscopat; mais jamais ils ne lui reprochèrent comme un crime d'avoir déposé par moments la mitre et la crosse pour se revêtir de l'armure du soldat. Au reste, dans leurs invectives les plus arrières, les adversaires de Gervais reconnurent les lumières dont il était doué , et les grandes qualités de son caractère (2).
Gervais ayant été élu par le clergé et le peuple, aussitôt après qu'on eut connu la mort de l'évêque Avesgaud, fut sacré à Tours , par l'archevêque Arnoul , allié à sa famille, le 18 décembre de la même amiée 1035, quarante-deux
(1) On nomme ordinairement notre évoque Gervais de Châleau-du- Loir, parce que le château de Cohémon est très-voisin de Château-du- Loir, que son père était seigneur de l'un et de l'autre, et qu'il les posséda lui-même à son tour. Cependant Garnie Robert le nomme Gervais Barbet ou de la Roche-Guyon; Du Boulay le nomme aussi Gervais Barbet. Ilistoria Universitatis Parisiensis, t. I, p. 424.
(2) D. Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B.y t. IX, p. 572. — Idem, Vetera analecta , t. I, p. 256. — D. Bouquet, t. XI. p. 443, et passim.
1 U) HISTOIRE DE L ÉGLISE bl MANS.
jours seulement après le trépas de son prédécesseur. Il accepta , dit-on, cette redoutable charge avec \\\\ sensible plaisir, qu'il ne chercha pas même à dissimuler (1) ; mais il ne tarda pas a éprouver combien de peines y étaient attachées.
Presque en môme temps que Pévêque Gervais recevait le gouvernement spirituel du diocèse du Mans, Hugues II, lils d'Herbert Éveille-Chien , jeune prince que notre prélat avait tenu sur les fonts du baptême , succédait à son père dans le comté du Maine. Hugues II n'était encore qu'un enfant . incapable de tenir lui-même les rênes du gouvernement de la province; Herbert , surnommé Baccon , son grand-oncle paternel, exerçait l'autorité à sa place (2). Herbert ne vit pas sans un cruel déplaisir l'élévation du nouveau prélat : les anciennes rivalités menaçaient dès lors de se réveiller; d'ailleurs Gervais était plus riche et plus puissant que le tuteur du jeune comte ; et il jouissait, dit-on, d'un ascendant plus grand que lui sur l'esprit de la population. Les partisans de l'évêque ont accusé Herbert Baccon d'avoir voulu dépouiller son neveu au profit de son ambition personnelle ; ils ont même prétendu qu'il avait porté des vues sacrilèges sur le trésor de l'Église (3) : mais ces accusations semblent dénuées de fondement et contredites par la conduite entière du comte Herbert , dont la vie et les mœurs étaient sans tache. D'ailleurs, s'il avait formé les voeux criminels qu'on lui attribue, comment n'essayat-il pas de les réaliser pendant le temps qu'il tenait Ger\ ais éloigné du diocèse , et que lui-même était maître absolu dans le Mans? Mais Herbert succomba dans sa lutte contre Gervais; et il a dû, comme tout chef d'un parti vaincu, subir les calomnies des vainqueurs. Telle est la justice de tous les temps ! Il est d'ailleurs certain que le comte Herbert
(1) ... Sedem Avcsgaudi avunculi sui gaudenter suscepit. Veteraanalecta, t. III, p 304.
(2) D. Bouquet, t. XI, p. 631, 632.
(3) D. Mabillon, Vetera analecta* t. III, p. 30*. - D. Bouquet, t. XI,
ai,RYAis. 141
voyait avec peine Févêque Gervais prêt à s'emparer de l'autorité la plus absolue sur l'esprit des habitants de la province et du jeune comte Hugues. Déjà les créatures et les partisans du prélat semaient des bruits propres à redoubler les alarmes du comte. Pour faire l'éloge de leur chef et lui assurer de nouvelles sympathies, ils répandaient la nouvelle que Févêque était plus riche et bien autrement brave que le comte Herbert (1) : trait de mœurs qui fait comprendre quelle idée les masses se formaient des chefs de la hiérarchie sacerdotale en ce temps-là.
La rivalité qui devait régner entre Févêque et le comte Herbert Baccon, pendant tout le temps que dura le gouvernement de celui-ci , se manifesta donc aussitôt. On ne nous a pas transmis le détail des circonstances qui la firent éclater ; mais il résulte du récit des annalistes que ce fut à propos de quelques-uns de ces droits si multipliés à l'époque féodale. Quoi qu'il en soit, pendant deux années Herbert Baccon interdit à Févêque Gervais l'entrée de la ville épiseopale. Le prélat, avec Factivité d'esprit et les facultés brillantes que tous les contemporains lui reconnaissent, ne passa pas un temps aussi long dans l'oisiveté et dans l'attente d'un dénoûment à cette affaire. Il employa ses moyens pour faire reconnaître ses droits, et visita à cet effet les cours de plusieurs puissants suzerains du voisinage. Il se rendit d'abord à la cour du roi de France Henri Ier ; mais les rivalités d'un grand nombre de hauts feudataires divisaient l'attention et les forces du monarque, fléchiraient le royaume dans tous les sens, et ne permettaient pas au prince d'intervenir d'une manière assez efficace en faveur du prélat qui implorait son secours. Cependant, iidèle à la marche politique qui fut si avantageuse à sa race , le prince laissa espérer à Gervais une aide qu'il n'était guère en son pouvoir de lui donner. Pendant son séjour au palais du roi de France, notre évoque signa avec d'autres
(1) ... Eo quod rébus ditior, vel mclior illo diceretur a multis... Vêlera analecta, t. III, p. 304.
prélats et plusieurs barons un privilège pour les chanoines de Sainte-Croix, c'est-à-dire de la cathédrale d'Orléans (1).
Cependant l'évèque exilé du Mans s'aperçut combien les promesses du roi Henri iui offraient peu de garantie, et il tourna ses regards d'un autre coté. Il trouva eniin dansGeoffrôy Martel, fils rie Foulques Nerra, et comte do Vendôme, un ai lié qui parut d'abord plus disposé à servir ses intérêts. Mais il lui en coûta bien cher pour s'assurer le secours de ce puissant suzerain : l'évêque du Mans se vit obligé d'offrir un acte de vasselage usité en ce temps-là, et qui donnait une grande autorité à celui qui le recevait (1). D'un autre, côté, Herbert Baccon avait pris les devants, il avait fait solliciter Geoffroy Martel de se déclarer pour lui. Le comte de Vendôme, à qui les offres de Gervais semblaient peu sincères, s'était en effet déjà allié secrètement à Herbert (2).
Notre prélat fut plus heureux dans d'autres démarches. Soit par un accommodement, soit par le secours de quelque puissant allié, il contraignit enfin le comte Herbert aie laisser en paix résider au Mans. Son intronisation se fit avec le plus magnifique appareil (3); et c'est vraisemblablement à cette époque que l'on doit rapporter l'établissement définitif de la pompe qui accompagnait la prise de possession des évoques du Mans , ainsi que nous la décrirons dans la suite. Les institutions féodales prenaient leurs formes définitives ; et les héritiers des puissants suzerains, en s'asseyant sur les chaires épiscopales , y portaient quelques-unes des coutumes qui tenaient au système alors en vigueur. Les anciens rites de l'Église n'en étaient pas essentiellement modifiés, ils recevaient seulement dans leurs parties variables et extérieures des accessoires propres à frapper les peuples, et en harmonie avec les mœurs publiques.
(1) Gai lia christiana, t. VIII, col. 1552.
(2) De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois , p. 166.
(3) Ille vero in cathedra gloriosissime repositus... Vetera anaîecta .
t. in, p. 304.
Vainqueur dans la lutte qu'il avait eue dès le début avec le comte Herbert Baccon , l'évêque Gervais songea à tirer vengeance du dédain avec lequel ses propositions avaient été accueillies par le comte de Vendôme. Il leva une armée, se mit à sa tête et envahit le Bas-Vendomois , ancienne possession de l'Église du Mans , que Sigefroy avait aliénée entre les mains de Bouchard Ratepilate, comme nous l'avons rapporté. Loin de pouvoir prévenir les coups de son ennemi, Geoffroy Martel était alors à peine en état de les repousser : car il avait en même temps sur les bras un adversaire beaucoup plus redoutable en la personne de son propre père. Foulques Nerra n'avait pas vu sans jalousie l'accroissement rapide des états de son fils. Celui-ci, après avoir défait en bataille rangée le duc d'Aquitaine Guillaume VI, l'avait fait prisonnier, et avait exercé l'autorité sur toutes ses provinces pendant le temps qu'il l'avait retenu en captivité. Il n'avait consenti à briser ses chaînes qu'à la condition de recevoir une rançon considérable d'argent et la cession des comtés de Saintes et de Bordeaux. Enflé de sa puissance , il irritait son père par le dédain qu'il affectait pour lui. Le vieux Foulques, malgré les glaces de l'âge, ranima son courage et déclara la guerre à son fils en l'année 1038 (1). L'occasion de ces hostilités prouve bien que ces deux rivaux ne cherchaient qu'un prétexte pour s'attaquer. Foulques avait fondé l'abbaye de Saint- Nicolas d'Angers, et y avait placé des moines de Marmoutier , sous l'abbé Regnauld , habile architecte." Geoffroy Martel attira secrètement cet abbé à Vendôme, dans le désir d'employer sa science pour la construction de l'abbaye de la Sainte -Trinité. Il n'en fallut pas davantage pour faire éclater aussitôt les ressentiments de Foulques contre son fils, et allumer l'incendie d'une guerre acharnée. Ce fut peu de temps après, et pendant que les hostilités se poussaient avec la plus grande ardeur, que l'évêque du Mans attaqua le comte de Vendôme.
l I). Bouquet, t. XI, p. 137, 180
Cependant, celui-ci ayant deux ennemis en tète daas le même temps, ne pouvait faire face ni à l'un ni à l'autre; s étant cassé une cuisse, il était retenu sur un lit de douleur dans son château de Vendôme (I). De là il voyait ses provinces tombées successivement entre les mains de ses ennemis, et ravagées par eux; il ne pouvait pas même se promettre de conserver sa liberté et redoutait de se voir chargé de fers par Gervais ou par Foulques Nerra. Réduit à cette extrémité , Geoffroy Martel fut contraint d'abaisser son orgueil et de s'humilier devant ses adversaires. Il se détermina à traiter avec Gervais; mais il éprouva alors de la part de l'un de ses vassaux , Nihard de Montoire, un trait de fourberie bien digne du caractère que la tradition encore vivante attribue à ce seigneur (2). Nihard se présenta devant son suzerain réduit à l'inaction et presque au désespoir : «Je sais, lui dit-il, que vous êtes forcé de céder une partie de votre seigneurie à vos ennemis; mais je vous suis trop fidèlement attaché pour que rien puisse me séparer de vous. Proposez donc à l'évêque Gervais de lui abandonner mon fief; je refuserai ensuite de lui prêter le serment d'allégeance; je me défendrai contre lui dans mon château, et je vous le réserverai pour des temps meilleurs, sans qu'on puisse vous accuser de mauvaise foi. » Geoffroy Martel loua beaucoup la fidélité de son vassal et promit de suivre son conseil. Mais, en sortant de Vendôme, le traître alla trouver l'évêque du Mans , et après lui avoir dit qu'il savait de source certaine que le comte Geoffroy avait l'intention de lui céder une partie du fief de Montoire : « Je pourrais m'y refuser ,
(1) ... Quando pacem fecit G. cornes cum Gervasio episcopo, post invaletudinem illam qua ex fractura coxas apud Vindocinium decubuerat , coactus est donare illi aliqua suorum bominum casamenta : haec est Salomonis de Lavarzino... D. Martène, Thésaurus novus anecdotorum , t I, col. 159. — D. Bouquet, t. XI, p. 535.
(2) Cum ergo cuperet episcopus inter alia etiam de terra Nihanli rîonum sibi fieri, prœsciens idipsum Nihardus, accessit secreto ad comitem... D. Martène, ibidem.
GERYATS. 14r>
continua-t-il , mais si vous me promettez d'ajouter à mes possessions quelques terrains dans la forêt de Gastines, je passerai volontiers sous votre suzeraineté. » On accuse Févêque Gervais d'avoir conseillé toutes ces démarches au feudataire félon (1); ce qu'il y a de certain, c'est que le marché conclu entre eux fut tenu secret de part et d'autre. Geoffroy , abusé par de perfides promesses , céda à Gervais le fief de Nihard, et fut très-étonné de se voir pris au mot par son infidèle vassal (2). Nous verrons dans la suite Févêque Gervais devenu à son tour la victime du perfide Nihard (3).
Par Je traité conclu entre Févêque du Mans et Geoffroy Martel, celui-ci reconnut le premier comme chef spirituel du diocèse du Mans, et lui abandonna une partie des fiefs du Bas-Vendomois. Le plus important de ces fiefs était celui qu'occupait alors Salomon de Lavardin. Des conditions plus dures encore lui furent imposées par son père. Ce fut avec une selle sur le dos qu'il implora à genoux le pardon de l'implacable Foulques Nerra : «Te voilà donc enfin vaincu, » lui cria le comte d'Anjou, en lui mettant le pied sur la gorge. — « Oui, répondit Geoffroy Martel , vaincu par mon père, jamais par un autre (4-). » Cette réponse, qui flattait l'orgueil de Foulques, amena une réconciliation définitive entre le père et le fils. Cette guerre se termina en 4039, après avoir duré près de deux ans (5).
(1) ... Sed G. (Gervasius) versuto Nihardo ipse versutior, non ignarus morum hominis... D. Martène , Thésaurus novus anecdotorum , t. I, col. 159.
(2) Esto, inquit, cornes, si Nihardus asscnscrit, securus scilicet ex anteriorc promissione sui lîdclis... Ibidem.
(3) D. Martène, ioc. cit.
(4) Willelmus Malinesburiensis, lib. 111, p. 97. — D. Bouquet, t. XI, p. 170.
(5) V Art de vérifier les dates, t. XIII, p. 486, d'après Guillaume de Malmcsbury, indique l'année 1039 comme celle où fut conclue la paix entre Geoffroy Martel et son père d'une part, et avec l'évêque du Mans d'une antre. M. de Pcligny la rapporte à l'an 1036, Bréquiguy à 1037 ; les chroniques de Saint-Florent de Saumur, de Saint-Maurice d'Angers (apud
liG HISTOIRE DE [/BOUSE DU .MANS.
Dans cotte campagne, Gervais commandait lui-même ses milices, et suivait, sans scrupule, les luis de la guerre alors en usage, s'emparanl des biens des va6saui pour
punir un suzerain réduit à l'impuissance de se défendre lui-même. Une noble dame du Vendomois, nommée Hersinde, présenta en 1038 , à Geoffroy Martel et à Agnès son épouse, une supplique pour implorer leur protection contre l'évêque du Mans, Gervais, qui lui avait enlevé son fief: «Je vous ai déjà porté ma plainte, dit-elle à Geoffroy; mais vous étiez alors occupé de la guerre de votre père , et vous n'avez pu me secourir (1). »
Il est évident que dans toutes ces hostilités l'évêque (Servais se proposait de recouvrer les possessions de l'Église que Sigefroy avait concédées à Bouchard Ratepilate. Les conventions simoniaques du traité l'avaient rendu nul ; il est vrai que les moyens employés par Gervais pour recouvrer ces héritages peuvent paraître assez peu en harmonie avec le caractère ecclésiastique; mais ils étaient dans les mœurs du temps. Après avoir terminé cette guerre , dont il avait rapporté de si brillants avantages, notre évêque s'appliqua avec son ardeur ordinaire au bien spirituel et temporel de son Église. Cette année même 1039, Guy II de Laval, qui venait d'épouser en secondes noces Rotrude de Ghâteau-du-Loir, rendit au chapitre de l'église cathédrale tous les droits que ses ancêtres avaient surpris depuis longues années sur la terre d'Asnières, ancien domaine de Saint-Julien. Touché d'un vif repentir, il partit peu de temps après pour les lieux saints , dans
D. Bouquet, t. XI), assignent la date de 1036. Toutes ces autorités se concilient facilement; la guerre commencée en 1036 ou 1037, se termina, après plusieurs suspensions d'armes, en 1039. En effet, L'évêque Gervais ne fut élu qu'en J035, au mois de décembre; il ne fut délivré de ses démêlés avec le comte Herbert Baccon , qu'en 1038. Ajoutons que la charte où se trouvent relatés tous ces faits, prouve évidemment que la paix avec révoque du Mans fut conclue postérieurement à celle avec Foulques Nerra.
(1} Pièces justificatives, n° xv.
l'espoir d'y expier ses péchés (l). L'église de Saint-Aubin de Maule, aujourd'hui dans la paroisse de Saint-Pierre-la- Pôté, avait été usurpée sur le clergé; Herbert, qui en était le détenteur/ la restitua au saint confesseur Julien et aux saints martyrs Gervais et Protais, à la persuasion de l'évêque (2). Il amena l'un de ses vassaux nommé Herbran
(1) Cum priscorum pia necnon et sequenda monslrentur benefacta virorum, nostrorum videlicet antecessorum, qui Dcum timentes ecclesias ipsius de suis facultatibus pro suarum animarum redemptione honorasse videntur, Nos hujus seculi divites appellati, qui sanctis nihil concessimus, sed etiam sua abstulimus ; iram Dei pro peccato incurrimus, nisi pénitentes iu hac vita cmendare studuerimus. Quapropter ego Guido, de Dei misericordia non diffidens, sed ipsius indulgentiam consequi desiderans, Hierosolimam peregre profecturus, omnes consueludines quas in terra sancti Juliani quam Asinerias nominant, injuste quidem quorumdam perverso consilio miseram , pro mei animi salute, necnon domini Gervasii episcopi et bcati Juliani canonicorura deprecatione, faventibus nostris fdiis atque fidelibus cunetis , amodo relinquo, ea videlicet ratione quod nullus videlicet meorum succedentium aliquando earum quemlibet repetereaudeat. Siquis autem quandoque,noxio cupiditatisardoreinflammatus, hujusce nostre auctoritatis testamentum violare presumpserit, ab omni electorum societate segregatus, cum ipso mortis principe inferni pena perhenniter cogitur solvere. Quatenus vero hujus nostre devotionis scriptura permaneant inconvulsa, eorum qui adfuerunt subnotata sunt nomina : Gervasius episcopus, Raginaldus , Inguinus, Hisbortus , Hubertus, Geroyus , Hyldebertus , Ebrardus , Nato, Raherius , Halbcrtus, Lonus, Yvo de Cripta, Fulcolinus , Tesselinus , Gauzbertus.
Actum hoc apud Gaslrum Lith, Hainrico rege, Gervasio Cenomannorum pontifice, Herbcrto locum comitis obtinente , m idus novembris , die festivitatis sancti Martini, luna xxi. Hujus etiam testamenti cartulam corroboravit postea atque in perpetuum stabilem et inconvulsam permanere concessit hance suprascripti Guidonis filius, et uxor ejus Hersendis, filiique eorum Guido scilicet atque Hugo , bis audientibus et videntibus quorum nomina hujus paginae in memoriam subnotavimus : Yvo Francus, Lysiardus de Arqueneyo , Ynianus de Montefrotinerii, Fulcodius Ilufus, Geffridus de Roseto , Hugo Crispus , Araldus Losa, Hugo frater ejus, Ysembardus Ragottus, Rychardus filius Goscelini senescalidi , Vivianus de Fougcrolis , Guarinus de Briscia, Hugo de Orenga , Odo de Boz , Guandinus de Valereio , Rosdelinus frater ejus , Fulcherius de Asinariis, Robertus filius Erchenulphi, Hugo vicarius, Rannulphiis vicarius. — Livre Jaune, fol. 6, r., et fol. 7, v. — Livre Blanc, n° 48.
(2) Quicumque fidelium... Ego Herbcrtus ecclcsiam in mca potestale îitam, «ni vocabulura est Marna, sancti dlbini titnlo conseoratam, quam
148 histoire i»t; l'église m .mas-.
à déposer sur l'autel de Saint-Julien , en présence de beaucoup de seigneurs, l'acte par lequel cet Herbran restituait
l'église de Moncé et les droits qui y étaient attaches. L 'évoque donna alors un canonicat au iils d'Herbran, nommé Hélinaud (I), et investit les chanoines de cette église (2). Ces exemples suffisent pour faire comprendre l'ascendant que Gervais avait su prendre sur les esprits. Il donna lui-même des marques insignes de sa générosité par. la fondation de plusieurs établissements de piété. Avec le concours de ses parents , il fonda à Château-du-Loir l'église de Saint-Guingalois (3) , et il y établit une collégiale de onze ou douze chanoines (4).
L'abbaye de Saint-Vincent eut une large part aux pieuses générosités de l'évêque Gervais (5). La famille de Bellème portait assurément une affection particulière à ce monastère. On a vu plusieurs de ses membres relever l'église abbatiale, les bâtiments claustraux, et lui donner des terres
pater mens Albericus aliquandiu vivens injuste tenuerat, faventibus meis fratribus , Ivone scilicet alque Roberto, necnon et Alberico, sororibus quoque , sancto Juliano, annuente Gervasio episcopo relinquo. Actuni in die raei patris obitns, octabis scilicet sancti Jobennis evangeliste. — Biblioth. imper., fonds latin, n° 5211 B. — Livre Blanc , n° 182. — Cfr. Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 393.
(1) In nomine... Ego Gervasius Genomanensis episcopus, notum fieri volo quod quidam mens homo , Herbrannus nomine , meo mcorumque consilio,reliquitecclesie BeatiJuliani ecclesiam deMonciaco, cuin decimis et primiciis. Hoc etiam concessit uxor ejus Ricbeldis, annuente Hclinando filio suo , quem propter boc nostre matris Ecclesie canonicum feci. S. Girardns decanus, Ebrardus cantor , Giroius de Luciaco, Frogerius de sancto Karileffo, et plures alii canonici; Guido Excoriavillauum, Hugo Espinardus , Engelbaldus de Legduno et frater ejus Albericus , Gilbertus de Belino , Guido cornes... Ego Gervasius divina auctoritate maledico omnes qui eam donationein temerare temptaverint , liant fil i i eorum orphani et uxores eorum vidue , et babeanl partem cum diabolo et angelis ejus et pereant in eternum. Amen. — Bibliolbèque Imper., fonds latin, n° 5211 B. — Livre Blanc, n° 179.
(2) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 305 \
(3) Sanclus Guingaloeius.
(4) D. Luc d'Achery , Spicilegium , t. XI. p. 206.
(5) Pièces justificatives, nos xvi et xvm.
au temps de l'évèque Avesgaud. Celui-ci aurait sans doute achevé son œuvre de restauration et rendu au monastère de Saint-Vincent toute son ancienne importance , si les revers dont l'ut traversée sa carrière n'avaient arrêté la réalisation de beaucoup de ses desseins. Gervais reprit et continua l'œuvre de son oncle. Après avoir consulté les chanoines de l'église cathédrale et ses principaux vassaux , il acheva le rétablissement complet de l'abbaye (1) 11 n'y avait encore dans ce monastère qu'un petit nombre de moines pour y célébrer l'office divin; le prélat y réunit une communauté florissante , et en confia la direction à un abbé nommé Frédéric , qui occupa le siège abbatial de 1040 à 1048. Ce prélat est loué pour le zèle avec lequel il établit et maintint l'observance régulière, et pour les biens qu'il acquit à son monastère (2). Après la mort de ce grand supérieur, Avesgaud , de la maison de Château-du-Loir et des princes de Bellême, proche parent de Gervais, fut appelé à occuper la dignité abbatiale. Il trouva dans sa naissance même des facilités pour procurer l'avantage de son monastère , et il remplit entièrement les espérances qu'il avait fait concevoir. Sous sa conduite , l'abbaye de Saint-Vincent prit de nouveaux accroissements. Lui-même s'acquit une brillante réputation , et s'attira les respects et l'admiration de tout le monde (3).
Jaloux de contribuer au rétablissement d'une maison qui répandait tant d'édification , l'évèque Gervais s'en déclara hautement le protecteur. Il lui transmit plusieurs terres de son patrimoine ; puis il arracha des mains d'Herbert de Milesse la vigerie de la paroisse de Sarcé ,
(!) Eo tempore quo Cenomanenscm pontifex regebam Ecclesiam , restaurarc laboravi , communi consilio canonicorum atquc casatorum nostrorum monasterium... D. Martène, Ampliss. collect. t. 1, col. 473.
(2) Compendium historiœ abbatiœ sancti Vincentii, Ms. — Cet abbé Frédéric, omis sur plusieurs listes des prélats qui ont gouverné Saint- Vincent, est nommé dans le Nécrologe du ebapitre de Ut cathédrale.
(3) Insignis et prœclaras abbas, dit un manuscrit de l'abbaye de Vendôme, en parlant d'Avesgaud.
qui avait fait partie de L'ancien domaine de l'abbaye , et il
la lui restitua. 11 donna aussi ledroil de chasse aux religieux
dans le bois nommé de Saint-Vincent. On sait que ce droit était très-avantageux aux moines, parce qu'il leur offrait le moyen de multiplier les manuscrits de leurs bibliothèques. Après la mort de l'évêque Gervais , son neveu , qui portait le même nom, ratifia ses donations (1).
Les moines de Saint-Vincent rétablirent aussitôt à Sain* le prieuré déjà ancien qu'ils y avaient sous le vocable de saint Martin , patron de la paroisse (2). L'évèque Gervais acheta encore l'église de Saint-Corneille-de-Bagnole (3) , et la rendit aux religieux de Saint-Vincent, auxquels elle avait appartenu autrefois (4). 11 donna pour cela à Herbert, frère du prêtre Falcuin, la somme de cent sous (5), et une prébende dans l'église cathédrale à son fils Robert (6).
(1) Notum fieri volumus sancte ecclesie fidelibus tam presentibus quam futuris, quotl postquam Gervasius archipresul excussit Herberto de Miletia terram de Sarciaco, et reddidit eam sancto Vincentio... Post mortem autem ipsius domni Gervasii confirmavit et corroboravit oranino Gervasius ipsius nepos donum hoc , id est vicariatam predicte terre de Sarciaco... et Venationem totius bosci sancti Fincentii, quam abbas et monachi sancti Vincentii ibi capi facient... Cartularium sancti Vincentii, Ms. Bibliotb. du Mans. — D. Martène, Âmpliss. coliect., t. I, col. 473.
(2) Le prieuré de Saint-Martin de Sarcé, la cure et la seigneurie de la paroisse sont restés entre les mains de l'abbé de Saint-Vincent jusqu'à la fin du xvme siècle. Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 48i. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe , t. VI, p. 2 et suiv. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 225, 495.
(3) Ou Bagnolais , aujourd'hui Saint-Corneille , près de Montfort-le- Rotrou.
(4) Ampliss. coliect., t. I,col. 197.
(5) En monnaie actuelle , 2320 fr.
(6) De ecclesie sancti Cornelii de Banniolo conccssionc facta a Gervasio Cenomanensi episcopo monasterio sancti Vincentii. D. Martène, Ampliss. coliect., t. I, col. 438. — Herbert de La Guierchc ( Wirchia). pour avoir approuvé cette donation, reçut des moines 30 sous de deniers, qui équivalent en monnaie actuelle à 840 fr. — D. Martène , Ampli.**, rollcct.. t. I, col. 439.
&ERVMS. 151
Gervais fonda encore en laveur de l'abbaye de Saint- Vincent le prieuré de Saint-Vincent-du-Lorouer , près du Grand-Lucé , sur les bords de Ja Veuve (!). En 1096 , les chanoines de Saint-Quilinic ou Saint-Zilinien ayant revendiqué la possession de ce prieuré, le procès fut plaidé devant la cour de Févêque du Mans , qui était alors Hoël. Cette cour se composait de Geoffroy, doyen ; Hildebert et Geoffroy Mulot, archidiacres, et de tous les chanoines de FÉglise du Mans, en présence de Févèque diocésain, des abbés de Saint-Calais, de Saint-Aubin d'Angers et de Saint-Maur-sur-Loire , et de quatre seigneurs laïques dont était Geoffroy de Vezot. Les religieux de Saint-Vincent furent maintenus dans la possession de ce prieuré (2). Parmi les principaux bienfaiteurs de cette maison , on compte le chevalier Guillaume de L'Hommeau (3) , vers Fan 1200 , et Geoffroy Ribole , seigneur de Gourcillon , qui donna en 1219 tonte la dîme qu'il possédait dans la paroisse du Lorouer, et de plus quatre sous de cens sur le village de Foine (-4). Ce prieuré, réduit à la fin en bénéfice simple, fut réuni à la charge de chambrier de Fabbaye (5) .
Ces dons furent suivis d'un autre beaucoup plus considérable encore. Gervais remit aux moines de Saint- Vincent ses droits de synode, visite etrelévation d'autels. Il excepta seulement de cette remise générale de ses droits épiscopaux sur les églises dépendantes de Fabbaye, ceux qui lui
(1) Lorouer, Loroer , Lorroir : Laboratorium , sanctus Vincentius de Oratorio. — Le Lorouer, petit pays dans le doyenné de Chàteau-du- Loir , au sud de Lucé. Il se compose de deux paroisses arrosées par la Veuve, Saint-Pierre et Saint-Vincent , qui étaient autrefois réunies. Voyez Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 359 et passim.
(2) D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 562.
(3) De Ulmis. — Cfr. Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 530.
(4) In vico de Foina.
(5) Le revenu du prieuré de Saint- Vinccnt-du-Lorouer était estimé 1640 livres. — Pesclic , Dictionnaire de la Sarthe , t. V, p. 648. - Cauvin. Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 226, 55'».
revenaient pour la réconciliation des églises. Non content d'avoir assuré ces franchises à L'abbaye de Saint- Viocenl . pendant la durée de son épiscopat, notre prélal l'en fit jouir encore après même qu'il fut passé sur Le siège archiépiscopal de Reims. A sa prière, Vulgrin, son successeur, confirma aux moines de Saint-Vincent les mêmes exemptions. Cet intérêt persévérant de Gervais pour l'abbaye de Saint- Vincent;, prouve à quel degré il portait son affection pour cette sainte maison. Les chanoines de la cathédrale et beaucoup de seigneurs laïques témoignèrent également de leurs sympathies pour ce monastère, non-seulement en approuvant les dons faits par Gervais et Vulgrin , mais en y choisissant leur sépulture , et offrant à cette occasion des aumônes considérables. La fiscalité féodale avait établi des redevances au profit de l'évèque, jusque sur ces offrandes de la piété, mais Gervais exempta les cénobites de Saint- Vincent de cette sorte de tribut (1). Notre évèque encourageait de tout son pouvoir les dons que d'autres personnes faisaient à l'abbaye des saints martyrs (2).
Leur monastère était depuis longtemps le lieu ordinaire de la sépulture des évêques et des chanoines du Mans (3). Désireux de resserrer encore davantage les liens qui les unissaient à une communauté aussi vénérable , 1 evêque Gervais et le chapitre assurèrent à l'abbaye la jouissance à perpétuité d'une prébende dans l'église cathédrale. Cette manière d'associer les monastères aux chapitres devint assez commune vers le xie siècle; ainsi Gluny possédait des prébendes à Chartres, à Orléans et en d'autres lieux encore ; Saint-Serge d'Angers jouissait des mômes droits dans l'église cathédrale de Saint-Maurice, et l'abbaye de Saint- Calais possédait également une prébende au Mans (i).
(1) Notitia de synodalibus, exactionibus et aliis ecclesiarum consuctudinibus monasterio Ccnomanciisi sancti Vincentii a Gervasio et Vulgrino episcopis dimissis. — D. Martène, Amplis s. collect.. t. j, col. 436.
(2) Pièces justificatives, n° xviu.
(3) Pro eo quod ibidem episcopalis et cauonicalis habetur sépulture.
(4) D. Mabillon, Annales 0. S. £.. lib. LVHI, tiiim. 22: lil». L1X.
Robert le Grammairien (1) donna à l'abbaye de Saint- Vincent une bibliothèque divisée en plusieurs parties, c'est-à-dire le corps complet des saintes Écritures (2) ; il donna aussi les écrits de Smaragde, probablement le Commentaire sur Donat (3) ; car le livre n'est pas désigné plus clairement ; un Passionnai ou recueil des actes des martyrs, et plusieurs autres ouvrages d'un grand prix à cette époque (4).
L'abbé Avesgaud , pendant sa longue administration de dix-huit à dix-neuf ans , vit s'augmenter beaucoup la prospérité de sa maison. Outre les dons et les restitutions dont on vient de parler, il recouvra encore l'église de Coulongé (5), ancienne propriété de son monastère; puis il reçut les églises de Noyen, Doucelles et Nouans. Celle de Noyen, dédiée à saint Pierre, lut donnée par un chevalier nommé Odon, avec la moitié d'une chapelle dédiée à la sainte Vierge, et plusieurs droits et revenus assez
nura. 17; lib. LX, nura. 64; lib. LXI, num. 44 et passim. — Choppin, Monasticon, édit. 1709, p. 172, 173. — La prébende que le monastère de Saint-Vincent possédait dans l'église cathédrale, avait droit à une rente annuelle de 15 sous mansais, le jour de la Pentecôte (ce qui équivaudrait en monnaie actuelle à 420 fr. ). Le chapitre se déchargea de cette redevance, environ l'an 1223, et donna en échange une portion de dîme de vin, dans la paroisse de Nouans. Le Paige, t. II, p. 357.
(1) Plusieurs personnages qui fleurirent vers cette époque dans l'Église du Mans, ont mérité la qualité de grammairien, qui signifie dans le langage de ce temps, un homme érudit et versé dans L'art de bien dire.
(2) ... Dédit... unam bibliothecam per partes divisam, Smaragdum, Passionale et alia non nulla. — D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LX, num. 65. — Cfr. D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 575.
(3) Cependant l'auteur des Mémoires pour servir à l'Histoire de l'abbaye de Saint-Vincent prétend qu'il s'agit i\\\ commentaire sur la Règle de saint Tendît.
(4) Sur la valeur des livres au moyen âge on peut consulter Leber, Essai sur /'appréciation de la fortune privée au moyen âge, p. 177- 1*6, 2' édit. - D. Mabillon, Annales 0. S. Il, lib. LXI, num. 6, >■: passim.
l 'olong acus.
154 HffiTOIRE DE LÉÔLI8E DU Mi
considérables (1). La seconde fu( transmise par Hervé de Doucelles; die était dédiée à saint Martin (2). Pour la troisième, qui était aussi sous I" vocable du sainl évoque de Tours, Gauthier de Montmirail et Richilde, sa femme , la donnèrent et la vendirent en partie (3). On pense, que la fondation des prieurés de Noyen et de Nouans remonte à cette époque, et il est probable que les religieux de Saint- Vincent fondèrent un établissement semblable à Doucelles; mais il avait disparu avant les autres (4).
Enfin vers le même temps Yves de Bellême , évêque de Séez , acheta de ses deniers l'église de Saint-Pierre de Courgains, et la remit à l'abbaye de Saint-Vincent (5). Roger de Montgommery et Mathilde sa femme confirmèrent en 1076 les dispositions de leur oncle (6). On voit quel vif intérêt portait toute la famille de Bellême à augmenter la prospérité de Saint-Vincent.
Les moines de cette abbaye fondèrent encore dans le même temps le prieuré de Mézières-sous-Ballon. Cet établissement dut son origine aux libéralités de Robert de Sardonico; il fut aussi redevable d'une partie de sa dotation à Herbert de La Guierche, qui était déjà bienfaiteur de l'abbaye , et lui assura la possession de l'église de Mézières
(1) ... Dono ecclesiam sancti Pétri de Noviomo, cum decimis et sepullura... uecimam molendinorum mcorum... D.Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 419.
(2) Ego Herveus de loscella,... ecclesiam de Docella... dono atque concedo. Ibidem, t. 1, col. 421.
(3) Gauîerius de Monte Mirabiliet uxor ejus Richildis... partira dono, partira pretio contulerunt Deo et sancto Vincentio ecclesiam sancti Martini de Noento. D. Marlène, loc. cit., 1. 1, col. 454.
(4) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine , t. II, p. 351. — Cauviu, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 224.
r5) Annuit ecclesiam de Curia laboris cum terra altaris illias ecclcsie quam émit sex libris nummorum cum orationibus suis. D. Martène, loc. cit., t. I, col. 420. —Voir les observations d'Odolant Desnos sur cette charte, Mémoires sur Alençon, t. I, p. 134.
(6) D. Martène, loc. cit., t. I, col. 493.
dédiée à la sainte Vierge (1). Enfin Payende Moritdoubleau lui fit de riches aumônes , comme la suite le fera voir (2) .
L'abbaye de Saint-Vincent était redevable de tous ces bienfaits aux vertus et aux lumières de ses pieux habitants. Parmi tous ceux-là se distinguait à ce double titre Witcherus, que ses qualités éminentes tirent élever à la dignité d'abbé dans un monastère dont on ne connaît pas le nom (3). Ce religieux doit occuper un rang distingué parmi les hommes illustres qu'a produits notre province. La piété des moines de Saint-Vincent leur fit contracter des liens de fraternité avec le monastère de Saint-Flaceau , dans la ville du Mans (4). Ces liens se resserrèrent toujours de plus en plus , et sous l'épiscopat d'Hoël les religieux de Saint-Flaceau furent soumis à ceux de Saint-Vincent (5) .
Il se lit encore à ]a même époque un grand nombre d'autres fondations monastiques dans le diocèse du Mans ; témoignages incontestables de la sainteté des moines, des services qu'ils rendaient , et de la foi qui animait nos populations. Quelques-uns de ces prieurés durent leur origine à la puissante abbaye de la Sainte-Trinité de Vendôme. Geoffroy Martel, poursuivi par les remords de sa conscience, qui lui reprochait son mariage incestueux avec Agnès, veuve de Guillaume le Grand, comte de Poitiers, jeta vers l'an 1036 les fondements de ce monastère , qui fut terminé en 1040. La dédicace s'en fit à cette époque avec la plus grande solennité. Les populations entières des diocèses du Mans et de Chartres furent mises en mouvement par une fête aussi splendide que pieuse. Ce fut pour Geoffroy Martel une occasion favorable de se
(1) ... Conccssit etiam ecclesiam de Maceriis, quam Robcrtus de Sardonico eis dederat. D. Martène, loc. cit., t. I, col. 440.
(2) D. Martène, loc. cit., col 535.— Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p . 223.
(3) D.Mabillon, Annales 0. S. B.. lib. LI, num. 50; elAppendix,t. IV, n° 14.
(4) Pièces justificatives, n° xix.
(5) l>. Martène, Ampliss. collecta t. I, col. 531 .
156 histoire de l'église di ma .
réconcilier avec ses anciens ennemis. Aussi parmi les prélatsqui s'y rendirent, et que quelques historiens portenl jusqu'au nombre de soixante-six (1), on distingue l'évêque du Mans, qui voulut sans doute par là donner au comte de Vendôme une preuve de la sincérité de sa réconciliation. L'abbé Éhrard de Saint-Calais, Hugues, abbé de Lôftlay , et Hermentus, abbé de Notre-Dame de Tuffé , s'y rendirent également. On y voyait aussi l'élite de la chevalerie des provinces voisines et du Maine; Salomon de Lavardin, Nikard deMontoire, Guillaume de Château-du-Loir, frère de l'évèque du Mans, Geoffroy de Pruillé, Ardouin des Roches-l'Évèque (2). Tous ces hauts personnages, appartenant au diocèse du Mans, signèrent la charte de fondation. Les prélats apposèrent aussi leurs noms au privilège par lequel Thierry, évèque de Chartres, exempta la nou\elle abbaye de la juridiction de l'ordinaire , et lui accorda d'autres faveurs (3).
Afin de peupler promptement son monastère d'un grand nombre de religieux, Geoffroy Martel invita de tous côtés les moines à y venir, et il les engagea par des bienfaits à se rendre à ses désirs. La plupart de ceux qui répondirent aux exhortations du comte de Vendôme étaient du diocèse du Mans, et surtout de l'abbaye de Saint-Richmirsm-le-Gondré. Dédiée primitivement aux Apôtres saint Pierre et saint Paul, cette abbaye prit plus tard le nom de son fondateur , par suite de la vénération des peuples pour ce saint religieux, et des miracles opérés à son tombeau. L'observance régulière s'y était maintenue au milieu des
ri) Simon, Histoire de F'endôme.
(2) D. Mabillon, Annales 0. S. £., lib. LV1II, ruim. 20, 21. Le texte de la charte de fondation se lit dans VAppendix an t. IV, no 56. et dans Launoy, Inquisitio in privileyiis monasterii Vindocinensïs, p. 1, 36, 71. — Gfr. Simon, Histoire de Pendante, t. II, p. 15, 20; t. III, p. 222 — Bibliotheca maxima Patrum (edit. Lugd.), t. XXI, p. 86. — Labbe, Concilia, t. IX, p. 938, 939. — D. Bouquet, t. XI, p. 505, 635. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois , p. 176. — Salmon, Chroniques de Tourainc, p. 183, 122.
(H) Goffridi abbatis Vkidocinènsis Opéra, p. 402. — Simon, loc. cit.
innombrables vicissitudes de Ja société , depuis les premières années du Yiue siècle. Charlemagne , en 802, et Louis le Débonnaire, en 832, assurèrent à l'Église du Mans la jouissance du tiers des revenus de ce monastère (1). En 1040, la plupart de ses religieux ayant été habiter l'abbaye de Vendôme, le monastère de Saint-Richmir-sur-le- Gondré demeura presque désert, et ne tarda pas à s'éteindre entièrement. Par suite de ce malheur , le souvenir du saint abbé, fondateur de cette pieuse retraite , disparut peu à peu de la mémoire des Manceaux. A la place de l'ancienne abbaye s'éleva une très-petite paroisse nommée Saint-Rimé (2). Dans les derniers temps, la cure appartenait à Tordre de Prémontré; elle était à la présentation de l'abbé de Saint-Georges-des-Bois (3). C'était encore un souvenir de sa première origine.
En vertu du titre de sa fondation , l'abbaye de la Trinité posséda une partie notable de sa donation dans le diocèse du Mans (4). Geoffroy Martel , ayant fait une enquête de tous les défrichements opérés dans la forêt de Gastines, y trouva beaucoup de désordres. Ce vaste territoire, autrefois tout couvert de bois, et qui forme quinze paroisses actuelles, avait été livré par Renault Ier, comte
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 248, 250, 264. - Raluze, Miscellanea, t. III, p. 28.
(2) Sanctus Richmirus, sanctus Rigomerus.
(3) La cure de Saint-Rimé était estimé 700 livres. — Cette paroisse a été réunie au diocèse de Blois, en 1801. — Son nom s'écrit présentement Saint-Rimay,
(4) In saltu Vastine ecclesiam quse dicitur Ileremitarum, cum duobus mansis terre... In pago Cenomanico tucc sunt que concessimus : apud Villam Dei ecclesiam sancte Marie cum inlcgritate sua, cum terris cultis et incultis, aquis et aquarura decursibus, silvis, pascuis, exitibus et reditibus et vicaria cum universis consuetudinibus. Silvam de Hulsedo totain ad extirpandum et colendum quiète cum vicaria et omnium redituum suorum plenitudine. Medictatem ccclesie de Toreio, cum omnibus ad eara pertinentibus. Apud Hispaniacum de terra mansos quatuor, cum toto terragio et decimis. Medictatem denariorum de pasnatico totius forestis Vastine, et lotam terrain ejusdera silve, profuturam videlicet in luminaria ecclesie, Charta fundationis abbatiœ $anctœ Trinitatis.
de Vendôme et évêque de Paris, aux mains des cultiver leurs. Il avail encouragé les travaux par de larges con sionsde terre; mais, malgré cette générosité , il se trouva un grand nombre de colons qui s'emparèrent de terrains
plus ou moins considérables dans la forêt, l<-s défrichèrent et les cultivèrent comme leur propriété. Par suite des mesures prises par Geoffroy Martel, toutes les terres pour lesquelles les détenteurs ne purent justifier une légitime possession furent attribuées à l'abbaye de la Trinité. Les colons ne se virent pas pour cela dépouillés de leurs champs, mais ils furent soumis à l'autorité des religieux devenus leurs seigneurs. « Cette autorité, dit M. de Pétigny, était beaucoup plus douce et plus éclairée que celle des seigneurs laïques. Les vassaux de la Trinité surtout trouvèrent de grands avantages dans les privilèges de cette abbaye. Participant à toutes ses immunités, ils étaient à l'abri des exactions qui pesaient sur le reste de la population rurale ; le gouvernement des abbés était en général sage et paternel; la justice se rendait dans leurs cours avec équité et à peu de frais; toujours attentifs à protéger leurs sujets, ils les défendaient contre les vexations des hommes puissants et les brigandages des gens de guerre. Dans les temps de calamités, ils venaient au secours des cultivateurs, les nourrissaient dans les famines et les soignaient pendant les épidémies. L'infirmier et l'aumônier du monastère avaient la charge spéciale de parcourir les villages , de s'informer des besoins , de secourir les pauvres et de soulager les malades. Aussi la condition des vassaux de l'abbaye était-elle préférable à celle des hommes libres d'une classe inférieure : et c'est pourquoi l'on trouve à cette époque tant de chartes par lesquelles les hommes, renonçant à une liberté onéreuse, se constituaient volontairement serfs d'un monastère. Pour cela, ils se présentaient dans l'église de l'abbaye , ayant au cou une corde dont ils remettaient le bout dans les mains de L'abbé, en signe de sujétion, et ils déposaient sur l'autel l'acte d'asservissement... Ils se donnaient, eux, leur femme, leur
postérité, et tout ce qu'ils possédaient, sous la seule condition qu'on leur assurerait pendant leur vie le vêtement et la nourriture comme aux serfs de l'Église (i).
« Ne soyons donc point étonnés si la population accueillit avec reconnaissance les mesures prises par Geoffroy Martel, pour mettre la plupart des colonies de la forêt de Gastines sous la dépendance de l'abbaye de la Trinité. C'était le meilleur moyen d'assurer l'œuvre de civilisation et de défrichement commencée par les évêques du Mans et continuée par le prélat Renault. Dans ce but, on fonda plusieurs prieurés sur divers points de ce vaste territoire... Les prieurés étaient les chefs-lieux des exploitations rurales dont se composaient les domaines monastiques; ce sont ces établissements qui ont porté la culture jusque dans le fond des vieilles forêts de la Gaule; beaucoup de nos villages, et même de nos villes, doivent leur existence à un prieuré (2). » Ces sages réflexions du savant historien du Vendomois doivent s'appliquer non-seulement aux établissements fondés par l'abbaye de la Trinité, mais encore à tous ceux qui durent leur origine aux autres abbayes de notre pays : Saint-Calais , Saint-Vincent, la Couture, Lonlay, Marmoutier, Saint - Aubin , Saint- Serge, et les autres. C'est parce qu'elles mettent dans tout leur jour la position des colons et des serfs dépendant des monastères, c'est-à-dire d'un tiers environ de la population du Maine , que nous les avons rapportées dans toute leur étendue.
L'abbaye de la Trinité fonda cinq prieurés dans la partie de la forêt de Gastines qui lui fut attribuée ; un à Prunay, dans la colonie fondée par l'évêque Renault, sous le nom de Villo-l'Évêque; un à Houssay, un à Monthodon, un aux Hernùtes et enfin un à Ville-Dieu. De ces cinq prieurés, deux étaient situés dans le diocèse de Chartres, Monthodon et Prunay ; les trois autres étaient compris
(1) Do Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois p. i 79. — Cfr. Simon, Histoire de Vendôme, t. II, p. 37 à 48. - D. Mabillon, Annales 0. s. />'., !il». LXI, num. 5.
-i) De Pétigny, ibidem, p. 180.
dansle territoire de l'Église du Mans. Celui de Houssay (l |
n'a pas laissé beaucoup de souvenirs; on sait qu'il était fondé avant l'année 1130 (2). On ne possède pas plus de renseignements sur celui des Hennîtes (3), qui était dédié à saint Benoît. Mais son nom et l'église ancienne, antérieure môme aux moines ^enus de Vendôme, font voir que la vie érémitique , qui florissait à la même époque dans les déserts et les forêts du Passais, n'était pas non plus stérile dans les solitudes du Bas-Vendomois. Tout porte même à croire que les imitateurs de saint Paul et de saint Hilarion y étaient très-nombreux, puisque la forêt de Gastines, dont on a vu l'étendue considérable, portait le nom de forêt des Hermites (4). La forêt de Concise , près de Laval , était aussi habitée par des solitaires qui s'adonnaient aux exercices propres à la vie érémitique. 11 s'y forma , à la même époque , un prieuré qui porta le nom de Saint-Étienne-des-Hermites. 11 était situé dans la paroisse d'Ahuillé (5), et il fut donné, peu de temps après, à l'abbaye de Vendôme. Enfin ce fut aussi vers la même époque, que le prieuré de Notre-Dame-de-1'Hermitage, sur le territoire d'Hardanges (6), dans le Passais, fut fondé et soumis à l'abbaye de Saint-Faron de Meaux, qui florissait alors par un grand nombre d'hommes d'un haut mérite (7). Nous pourrions nommer encore d'autres
(1) Houssay , Housse, Husseium. Paroisse réunie au diocèse de Blois, en 1801.
(2j Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 221.
(3) Eremitœ; Ermites. — Paroisse réunie au diocèse de Blois, en 1801 . — Cauvin a omis ce prieuré ; Le Paige, qui ne parle pas de celui de Houssay, indique l'existence de celui-ci , Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 410. — Cauvin commet une erreur quand il dit, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 306, que la paroisse des Hermites représente l'ancienne Capella Hugonis in foresta Gastinœ: la charte que nous avons citée plus haut prouve le contraire.
(4) Cauvin, Géogrophie ancienne du diocèse du Mans. p. 306.
(5) Hilliacus , Aliuilleywn.
(6) Hardangia, Ilardengia.
(7) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, l. 1. p. 399.— Cauvin.
solitudes dans le Maine , dans lesquelles la vie érémitique était pratiquée; toutefois, il faut le reconnaître, elle semblait être dans une période d'affaiblissement; beaucoup de ceux qui- l'avaient embrassée d'abord passaient à la vie cénobitique. Cette décroissance alla toujours en augmentant jusque vers les dernières années du xie siècle; alors, à la voix d'un puissant thaumaturge , la discipline des ermites reprit un nouvel éclat dans le diocèse du Mans, comme nous le rapporterons. Revenons aux fondations de l'abbaye de Vendôme dans notre province.
Le plus considérable de ces prieurés fut celui de Villedieu, sous le patronage de saint Jean. Il était situé au milieu d'un vallon solitaire, sur l'extrême limite du Bas- Vendomois, près de la petite ville de la Chartre. Frappé, sans doute, des beautés de ce site alpestre, Geoffroy Martel y avait bâti dès l'année 1035 une chapelle sur un mamelon qui domine l'étroite vallée. Le comte avait donné au groupe d'habitations qui se forma promptement autour de l'humble sanctuaire, le nom de village de Dieu (1). Par un acte du 5 novembre 4039, l'évêque Gervais, faisant la paix avec lui, céda à l'abbaye de la Trinité tous les droits de cure sur la nouvelle paroisse et sur l'église que l'on venait de construire (2). Cependant les évèques du Mans, propriétaires de toute cette contrée avant la cession faite par Sigefroy à Bouchard Ratepilate, avaient déjà fait dans ce riant désert quelques tentatives de colonisation , et élevé des digues pour contenir le ruisseau; par un nouvel acte du 25 juin 1040, Gervais abandonna aux
Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. tSl. — D. Mabillon , Annales 0. S. //., lib. LXIV, num. 27, et passim.
(1) Villa Dei.
(2) ... Hujus altaris vicarius , sive persona, est Fulco monachus. S. Gervasii presulis, qui hoc scriptum fieri fecit et firmavit. S. Yvonis archidiaconi. S. Willelmi decani. S. Odonis thesaurarii. S. Rainoldi cantoris. S. Girardi archidiaconi. S. Gausberti arcbipresbyteri. S. Benedicti arcbipresbyteri. S. Frogerii arcbipresbyteri. S. Arnoldi grammatici et diaconi. S. Ingelberti canonici et diaconi. D. Martène, T/iesaur. iiov. anecd., t. T, col. 158.
moines de Vendôme le cours d'eau et les digues pour former deux étangs au-dessous du mamelon près duquel leur prieuré était bâti (1).
Ainsi la fondation du prieuré de Villedieu fut due primitivement au comte Geoffroy Martel; mais l'évèque Gervais contribua puissamment à sa dotation. Sur les terrains qu'il avait donnés pour établir des étangs , Gervais s'était réservé douze deniers de cens (2); dans la suite Hugues le Long, seigneur de ChAteau-du-Loir et de Cohémon, neveu de Gervais et l'un de ses héritiers, avec sa femme Alexandrine, fille d'un seigneur de Bouloire (3) , voulurent reprendre Je don l'ait par leur oncle; mais, pour prévenir les embarras d'une procédure, les moines leur donnèrent en 4072 douze sous tournois (4) , et un Psautier de la valeur de dix sous (5), qu'ils exigèrent, et enfin, à chacun de leurs quatre enfants, deux deniers (6). Après cela, Hugues et sa femme ratifièrent le don fait par leur oncle ,
(1) Donatio Gervasii Cenomanensis episcopi stagnorum Ville Dei.
Gervasius... suggerentibus comité Gosfredo et Agnete comitissa, dat Vindocino ripariura quoddam torrentis apud Villam Dei , cujus aqua ex fonte Roissoni procedens in Leuro flumine derivatur, dextra levaque duos contra se retinens suos riparios, ex quibus superiorem riparium sub tali ratione confort ut monachi de eodem loco stagna ibi faciant copiosa, xii denarios in festivitate sanctorum Gervasii et Protbasii , id est, idus decembris annualiter persolventes. Auctoritate autem pontificali sub gravi anathemate probibemus ne quis unquam ipsa stagna présumât invadere. S. Gervasii praesulis qui boc scriptum fieri precepit et propria manu firmavit. — S. Guillelmi fratris ejus. — S. Racherii de Bolaria. — S. Hugonis de Genea. — S. Burchardi Rufi. — S. Gualteri de Razen. — S. Lisoï Bocel. — S. Bertranni Forestarii. — S. Rainaldi. — S. Ricbardi filii Avani. — S. Humberti vicarii. — S. Gilduini capellani. — S. Fulconis monachi. — Episcopaliter actum sive roboratum apud Luciaci Gastrum vu0 kal. julii anno incarnationisDomini MXXXVII1, indict. vi, régnante Henrico rege.— Cartularium Vindocinense , Ms., et Biblioth. Impér., collection D. Housseau, n° 4 43.
(CT) En monnaie actuelle, 28 fr. 16 c.
(3) Boni idus.
(i) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 338 fr.
(.*>) Soit, en monnaie actuelle , 1^1 fr.
(S) Soit 4 fr. 69 c.
et y ajoutèrent des terrains pour y bâtir des moulins et des maisons (1).
Outre le motif religieux qui porta l'évèque Gervais à user de cette générosité envers la communauté de Villedieu, il avait sans doute aussi l'intention de se concilier la faveur de Geoffroy Martel, dont il avait été naguère encore le plus mortel ennemi. Voyant la fortune toujours croissante du comte de Vendôme , notre prélat laissa voir souvent ce dessein de s'attacher ce prince. 11 craignait avec fondement que Geoffroy Martel, vainqueur de ses principaux adversaires, ne voulût reprendre les parties du Bas-Vendomois qu'il avait été contraint par des circonstances malheureuses de lui céder à contre-cœur. Mais les récits suivants montreront combien cette politique réussit peu à l'évèque du Mans.
Quant au prieuré de Villedieu , il prit en peu de temps de nouveaux accroissements , par les dons qui lui furent offerts. Ainsi Gauthier, fils d'Hamelin de Langeais (2) , ayant tué dans une rencontre un cousin de Geoffroy Martel, nommé Maurice, donna à ce monastère deux moulins pour apaiser la colère du comte de Vendôme (3).
Mais tous les biens temporels dont ce prieuré fut comblé dès sa fondation, n'auraient pas répandu sur lui Féclat dont il jouit pendant plusieurs siècles, s'il n'avait joint à une grande existence féodale l'ornement des vertus religieuses, et surtout la gloire de posséder pendant plus de quatre cents ans le corps de saint Eutrope , martyr. Peu de temps après sa fondation , l'abbaye de la Trinité obtint le corps du glorieux témoin de Jésus-Christ que nous venons de nommer. On connaissait alors dans toutes
(1) Biblioth. Impér., collection D. Housseau, n° 44t.
(2) Alingaviensis , Landegavis, Legiacum. Langeais, Indre-et-Loire.
(3) Cartularium V indocinense . Ce manuscrit de la riche bibliothèque de sir Thomas Phillipps, baronnet, à Middlehill, comté de Worcester, contient plusieurs chartes relatives au prieuré de Villedieu; on en trouve quelques-unes dans la collection D. Housseau , Biblioth. Impér.
les Églises d'Occident la vie , l<'s travaux et Ja mort triomphante de saint Eutrope, envoyé par Paint Clément, au premier siècle de L'ère chrétienne, pour évangéliser le
pays de Saintes. Depuis l'époqne de son martyre , le pontife n'ava t pas reparu aux yeux des chrétiens; sa dépouille mortelle restait dans le sépulcre où la piété des fidèles l'avait enseveli aussitôt après son trépas. Le saint martyr manifestait cependant sa puissance par des miracles, aliments continuels de la foi et de la piété envers l'apôtre de la Saintonge. Il parait néanmoins que l'abbaye de Vendôme possédait dès lors quelques parcelles des restes précieux de cet illustre pontife. Mais aussitôt qu'un saint, un martyr du nom d'Eutrope commença d'être honoré dans l'abbaye de la Trinité , et qu'il y fit éclater sa présence par des pro liges , le peuple de nos contrées , les religieux eux-mêmes , tous crurent naïvement être favorisés de la présence des cendres précieuses de l'apôtre de Saintes; et l'on commença dès lors, ou peu après, à les honorer en cette qualité. Elles furent transportées ensuite dans le prieuré de Villedieu ; elles y demeurèrent plus de quatre cents ans, et les grâces miraculeuses qu'elles y répandirent en grand nombre y attirèrent un prodigieux concours de peuple; le prieuré de Villedieu était devenu l'un des sanctuaires les plus fréquentés du diocèse du Mans. Les reliques de saint Eutrope furent ensuite reportées dans l'abbaye de Vendôme, où elles furent honorées jusqu'au renversement des antels. Il était réservé à nos jours de constater que ces glorieuses dépouilles n'appartenaient pas au fondateur de l'Église de Saintes, mais à un saint martyr du même nom , dont les actions ne sont pas encore connues (i).
(1) Simon, Histoire de Vendôme, t III, p. 231. — D. Mabillon , Annales 0. S. B., lib. LXIII, num. 60; lib. LXVIl. - Recueil des pièces relatives à la reconnaissance des reliques trouvées dans réglise souterraine de Saint-Eutrope de Saintes, le 19 mai 18V3, lre part., p. 82 à 89; 2e part., p. 11 à 26, 49. — Briant, Histoire de l'Église de Saintes , t. I, p. 6 et suiv. — Gallin christiana, t. II, col. 1054.
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Cependant les moines de Villedien durent craindre de se voir dépouiller de leurs possessions dans la foret de Gastines. Les seigneurs voisins s'étaient approprié une partie considérable des nouveaux défrichements, et les colons eux-mêmes. Ceux-ci à leur tour prétendirent se rendre indépendants : s'unissant les uns aux autres, ils prirent les armes et se crurent assez forts pour braver l'autorité de leur puissant suzerain, en sorte que la guerre civile fut sur le point d'embraser cette partie de notre diocèse. Mais la fermeté de Geoffroy Martel eut bientôt contraint les rebelles à rentrer dans le devoir (I). Le prieuré continua pendant plusieurs siècles à tenir un rang important dans le diocèse; il était desservi par un nombreux chœur de moines, mais dans les derniers temps il était devenu prieuré simple (2). On ne voit plus aujourd'hui, à la place qu'il occupait, que des ruines; il ne reste plus des constructions du xie siècle que la nef de l'église à moitié renversée, des caves et des galeries souterraines dont la colline semble être percée en tous sens, et quelques arceaux des vieux cloîtres à demi-enterrés sous des monceaux de décombres (3) .
Geoffroy Martel avait donné à l'abbaye de la Trinité les seigneuries des Hermites, de Houssay, de Gastineau ou Chemillé, et de Villedieu. Ingelbault le Breton lui donna peu de temps après l'église et la seigneurie de la paroisse de Saunières', près de Montoire, dans le Bas-Vendomois (4). Au reste, les dons du comte Geoffroy Martel envers les églises du diocèse du Mans situées dans son fief de Vendôme , ne se bornèrent pas à ceux que l'on vient
(1) Simon, loc. cit. — Ce soulèvement des colons de la forêt de Gastines doit se rapporter un mouvement communal , dont nous parlerons bientôt.
(2) Estimé 2,000 livres. — La cure, à la présentation de l'abbé de Vendôme, estimée 400 livres.
(3) De Pétigny , loc. cit., p. 181.
(4) Sarneriœ , Sannerùe. — Gallia diristiana. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du, Mans, p. *36. 635.
d'énumérer (1); sa piété dota encore notre pays d'autres monuments.
L'antique abbaye de Snint-Georges-des-Bois, tombée au milieu des bouleversements du ixe et du xe siècle , l'ut relevée par lui en Tannée 1045. On doit déplorer la perte du plus grand nombre des documents concernant cette royale abbaye ; il nous suffira de rappeler ici en substance quelques souvenirs échappés à ce naufrage, nous réservant de l'aire connaître dans la suite un petit nombre de faits épars qui se rattachent à d'autres événements. Geoffroy Martel se montra très-généreux à l'égard de ce sancluaire; il lui donna la seigneurie des paroisses de Saint-Pierre et de Saint-Martin-des-Bois , Saint-Genest-de-Lavardin , Saint- Jacques -des-Guérets, Saint-Arnoul , Villefranche, Saint- Bimé, Mon treuil; il lui donna aussi Fosse-Poudreuse et autres lieux voisins (2). Le restaurateur de l'abbaye y établit des chanoines réguliers à la place des moines qui l'avaient d'abord habitée au vie siècle. Il leur céda le droit de justice sur leurs sujets et celui de chasse dans la forêt qui avoisinait le monastère. On a vu combien ce droit de chasse était avantageux aux religieux qui s'adonnaient à l'étude. Au reste, les chanoines réguliers, pas plus que les moines, ne se livraient eux-mêmes à cet exercice défendu par les canons; mais ils l'exerçaient par leurs serfs et leurs colons. Ce droit avait encore un avantage très-considérable pour les moines; il éloignait de leurs demeures les bruyantes sociétés des seigneurs féodaux,
(1) Nous ne prétendons pas énumérer tout ce que l'abbaye de Vendôme possédait dans le diocèse du Mans, comme des terres et des moulins à Thoré et autres lieux. Ces recherches pour cette abbaye , comme pour les autres , nous entraîneraient hors de notre sujet.
(2) Armoiries de l'abbaye de Saint-Georgcs-des-Bois : Tiercé en bande d'argent, de vair et d'or. — Cauvin fait observer que ces armoiries sont probablement celles données par le traitant , qui pour le Vendomois avait généralement adopté le tiercé en bande. L'abbaye de Saint- Georges devait en avoir d'autres. Supplément à In statistique de laSarthe, p. 55.
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toujours suivis de meutes nombreuses et de grands inconvénients pour les paisibles habitants du cloitre. Les religieux de Saint-Georges jouissaient encore du privilège de prendre leur bois de chauffage dans cette forêt. D'autres barons s'unirent à Geoffroy Martel pour relever l'abbaye fondée par la reine Ultrogothe et saint Innocent. Bouchard de Lavardin (J), comte de Vendôme , petit neveu de Geoffroy, lui accorda l'une des prébendes de la collégiale de Saint-Genest à Lavardin , en 1188, sous l'épiscopat de Renault (2).
Les chanoines réguliers de Saint-Georges-des-Bois fondèrent en peu de temps sept prieurés dans le diocèse du Mans, et quatre dans l'archidiaconé de Vendôme, qui faisait alors partie du diocèse de Chartres, Épiais, Saint- Firmin , l'ïsle , Saint-Lubin. Les prieurés situés dans le diocèse du Mans, et auxquels les soins de la paroisse étaient toujours unis, étaient: Saint-Arnoul (3), Saint- Jacques-des-Guérets (4) , Lavardin , sous le patronage de saint Genest (5), Sain t-Martin-d es-Bois (6), Saint-Rimé , destiné d'abord à remplacer l'ancienne abbaye de Saint- Richmir-sur-le-Gondré, Villefaux (7), sous le patronage de saint Etienne , et enfin Saint-Pierre-des-Bois (8). Les sept paroisses que nous venons de nommer étaient voisines de Troô et de l'abbaye, qui se trouvait clans le territoire de Saint-Pierre-des-Bois. Ces prieurés-cures subsistèrent jusqu'à la suppression du monastère, toujours à la présentation de l'abbé de Saint-Georges, et desservis par ses religieux. L'abbaye ne conserva pas son domaine féodal aussi
(1) Lavardinum.
(2) Burcardus de Lavarzino, cornes Vindocinensis,... unam prebendarum suarum ecclesie sancti Genesii de Lavarzino abbatie sancti Georgii de Nemore dédit in perpetuum. Livre Blanc.
(3) Sanctus Arnulphus.
(4) Sanctus Jacobus de Garetis.
(5) Sanctus Genesius de Labricino.
(6) Sanctus Martinus de Bosco.
(7) Villa Faudi.
(8) Sanctm Petrus de Bosco,
108 UIsTOlIŒ DE L'ÏOLISE DC MANS.
entier : dans les derniers temps de son existence elle avait aliéné les seigneuries de Saint-Genestrde-Lavardin ei de Saint-Arnoul ; celle de Saint-Pierre-des-Bois appartenait par indivis à l'abbé de Saint-Georges et à M. deMarizi.
La liste des prélats qui gouvernèrent ce monastère n'est pas parvenue jusqu'à notre temps. Un religieux nommé Bricele dirigeait en 1187, im autre nommé Jean, en i .31 S ^ et un troisième appelé Matthieu , en 1466. François Dubourg, évêque de Rieux , de 1530 à 1564, reçut cette abbaye en commende. GeoiFroy Gliarlet , bachelier es droits, y fut nommé en 1565, et Jean-Baptiste le Bossu , en \ 7 1 3 ; Dominique-François Hamon des Roches, en 1 7f>.3, et de Pujols, nommé en 1763. Les Prémontrés réformés y furent introduits en 1726 (1).
En restaurant cette abbaye, Geoffroy Martel obéit aux impulsions qu'il recevait de sa femme, qui éleva en même temps une collégiale dédiée à saint Georges près de son château de Vendôme (2) . Le comte déploya dans cette fondation une grande générosité, non-seulement par la dotation qu'il assigna , mais encore par la magnificence des édifices claustraux. Il y construisit une église, dont on peut encore admirer les voûtes élégantes et hardies , soutenues par des colonnes à chapiteaux richement sculptés. Ces constructions , dont le caractère se rapproche déjà du grand style architectural du xne siècle , datent probablement des dernières années de la vie du fondateur, de 1050 à 1060(3).
(1) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t II, p. 415 , et passim. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. II, et passim. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 209, 635, et passim. — La Province du Maine, 1847, p. 23.
(2) Gesta consulum Andegavensium, apud (TAchery, Spicilcgium , t. X, p. 4S2, 483. — Salmon, Chroniques de Touraine, p. 122.— Simon, Histoire de Vendôme, t. III. — De Pétigny , Histoire archéologique du Vendomois, p 169. — Cartularium abbatiœ de Pietate Dei, Ms. de Gaignières à la Bibliolh. Tmpér., n° 205.
(3) De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois,pAT&, 198. Voir
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Toutefois, Geoffroy Martel, pour donner à ia collégiale de Saint-Georges de Yendùme une plus grande importance, lui avait annexé l'abhaye de Saint-Georges-des-Bois avec toutes ses dépendances. Mais cet état de sujétion ne dura pas longtemps pour notre abbaye, qui fut bientôt rendue à sa liberté première. Les successeurs de Geoffroy Martel dans le comté de Vendôme , lui continuèrent leur protection : outre Bouchard de Lavardin , dont nous avons parlé, Geoffroy de Preuilly , sous l'épiscopat d'Hildebert, en augmenta les revenus (1).
Geoffroy Martel fonda aussi à Troô, sous le patronage de saint Martin, une collégiale qui a subsisté jusqu'à la fin du siècle dernier. Ce fut vers l'année 1050 que se fit cette fondation : car la ville de Troô, ancien oppidum celtique, chef-lieu du pays Labricin (2) , selon une opinion probable, n'a jamais appartenu aux comtes de Vendôme, qui ne possédaient dans cette contrée que les villages détachés par Sigefroy du domaine de l'Église du Mans. Jusqu'au xvme siècle , la ville de Troô est toujours restée séparée du comté, depuis duché de Vendôme, quoique les campagnes qui Fenvironnent y fussent comprises, et n'a pas cessé de dépendre du comté du Maine. Ce fut donc après être devenu maître du Mans, par la mort du comte Hugues II et l'expulsion de l'évêque Gervais, que Geoffroy Martel put bâtir une église à Troô. Cet édifice s'élève au sommet de la montagne sur laquelle la ville est assise, près de la tombelle celtique qui la couronne et domine un immense horizon. Son clocher était surmonté d'une flèche en pierre qui a été détruite par le feu du ciel et remplacée par une simple toiture en bois ; toutes les autres parties de l'édifice datent du xie siècle. Les chapiteaux historiés des colonnes qui sont à l'entrée du chœur présentent des
dans cette histoire une planche qui représente la partie de cette helle église qui suhsiste encore. PI. 21, 22.
(1) LcPaige, t. Il, p. 415.
(2) Pagus Labricensis .
détails curieux. Le vaisseau n'a qu'une nef; mais L'aspect général en est imposant et grandiose ; c'<;st le cachet de toutes les constructions de Geoffroy Martel (1). On a remarqué que celte église présente dans le style de ses chapiteaux et dans toutes ses parties une foule de traits de ressemblance avec la nef de notre église cathédrale. On y retrouve également le symbole des colombes à queues de serpent qui boivent dans un calice, les sagittaires combattant le dragon , Daniel dans la fosse aux lions, et autres figures destinées à rappeler aux fidèles divers points de leur croyance. Quant au chapitre de Saint-Martin, il fut sans doute richement doté par son fondateur. 11 comptait sept prébendes (2) , dont deux sacerdotales , celles du chèvecier et celle du chanoine-curé. Au xive siècle l'évêque du Mans Pierre de Longueil augmenta considérablement les revenus de cette collégiale (3).
La petite ville de Troô s'attira l'affection la plus particulière du puissant comte d'Anjou , sans doute à cause de sa position , l'une des plus belles et des plus avantageuses de toutes nos contrées. Par les privilèges et les fondations dont il l'orna, il la rendit l'une des places les plus importantes du diocèse du Mans. Il y fit construire une forteresse et des murs d'enceinte. Mais ce qui fit surtout remarquer la ville de Troô , ce fut le grand nombre et l'importance de ses établissements religieux. Après la collégiale dont on vient de parler, venait le prieuré de Notre- Dame-des-Marchais , membre de l'abbaye de Marmoutier, puis l'église du couvent de Sainte-Catherine , et enfin la chapelle de Saint-Madé, hors des murs, ancienne maladrerie. La plupart de ces fondations eurent lieu sous
(1) De Pétigny , Histoire archéologique du Vendomois , p. 198. — Voir là même une planche représentant l'église collégiale Je Saint- Martin. PI. 21,22.
(2) Selon Cauvin, le chapitre de Saint-Martin avait sept prébendes, sans y comprendre celle du chèvecier; Le Paige parle de sept en tout.
(3) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II. p. 551. — Cauvin, Géographie ancienne </» <li<»n''sr du Mans, p. 172.
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l'épiseopat de Gervais, et par l'influence du comte Geoffroy Martel. Elles ont toutes laissé des restes considérables de leurs édifices, dans lesquels on reconnaît les traces du grand style architectural de l'époque , auquel ce puissant prince communiqua un si vigoureux essor dans nos provinces, leMaine,laTouraine, l'Anjou et le Vendomois (1).
La piété de nos barons se manifestait par ces nombreuses fondations, et si nous pouvions parcourir successivement toutes les petites villes du diocèse, qui commençaient à s'élever près des châteaux les plus considérables, nous n'en rencontrerions peut-être pas une seule où quelque monastère , quelque chapitre n'attestât l'esprit de foi qui dominait alors la société. Les seigneurs qui ne trouvaient pas dans leur position de fortune les moyens de faire de ces fondations , établissaient des chapellenies ou des anniversaires; mais ces énumérations nous entraîneraient trop loin; il nous suffit d'indiquer les principaux établissements avec quelques détails.
Salomon de Lavardin , qui assista à la dédicace de l'abbaye de la Trinité de Vendôme, et signa plusieurs chartes en faveur du prieuré de Villedieu , avec sa femme Adèle , fonda vers 1050 , du consentement de leurs filles Mathilde et Aveline, le prieuré de Saint-Gilderic (2) , sur les bords de la rivière du Loir, au pied de son château. Ils le donnèrent à l'abbaye de Marmoutier, et l'abbé Albert y envoya d'abord cinq moines. Dans la charte de fondation, Salomon, après avoir loué la bonté de Dieu, qui invite les hommes à retourner à lui , déclare qu'effrayé de la multitude des crimes qu'il a commis , il donne à Marmoutier une terre qu'il a acquise des chanoines de Saint- Georges-d es-Bois, où il a fait bâtir une église en l'honneur de saint Gilderic , et à laquelle il a joint un fonds suffisant
(1) André Salmon, Chroniques de Touraine, p. 395. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 551. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 223, et passim. — De Pétigny, loc. cit.
(2) Saint Gildas, abbé de Unis
pour l'entretien «les religieux, avec certains droits. Le
fondateur exprime la plus entière confiance en la protection de saint Martin, et c'esl ce qui le porte à faire ce don à son monastère. Hubert , évoque d'Angers, que l'on croit avoir été parent du seigneur de Lavardin, confirma celte fondation, ainsi que toute sa famille , beaucoup de barons du pays, et le comte Thibaut. Par une prévision qui paraît bizarre, mais qui cependant est conforme aux éventualités de ces temps , il avait été convenu dans l'acte de fondation que si Salomon ou ses successeurs expulsaient les moines de la maison où ils étaient établis, les terres et les vignes qui en dépendaient n'en resteraient pas moins la propriété de l'abbaye (1) .
Le seigneur de Lavardin ajouta dans la suite, à la dotation de son prieuré, les droits considérables qu'il possédait sur la maison d'un prêtre nommé Herbert et de son neveu Sicherius , qui fut reçu moine à Marmoutier. Les revenus de ce prieuré augmentèrent considérablement par les libéralités des barons de la contrée , même du vivant de l'abbé Albert. Parmi les principaux bienfaiteurs on doit compter Drogon de Ruccel (2). Un riche Vendomois, Ingelbaut le Breton, qui devint vicomte de Vendôme vers 1069, donna à ce prieuré le droit de paisson pour trois cents porcs dans la forêt du Perche, avec la faculté d'y prendre du bois pour tous les besoins d'une exploitation rurale (3).
Vers le même temps , un autre seigneur nommé Robert,
(1) Cartularium viride Majoris Monasterii. Ms. de laBiblioth. Impér., n° 114. — D. Martène, Histoire de Vabhaye de Marmoutier, Ms., t. I, p. 345, et pièces justif. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois, p. 208. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222. Cet auteur rapporte la fondation du prieuré de Lavardin à l'an 1125 par erreur. Il ne connaissait pas le cartulaire que nous venons d'indiquer, et dans lequel se trouvent plusieurs chartes du xie et du xne siècle, relatives à notre diocèse.
(2) Drogo de Ruccellis.
(3) C'est probablement ce même Ingelbaut le Breton qui signe deux chartes en faveur de Saint-Aubin d'Angers. Voyez Bilard, Analyse des documents Historiques, etc., nos 259, 262.
GERVAIS. i"3
qui habitait à Lavardin , étant mort , ses deux fils Hubert et Hugues firent transporter son corps à Marmoutier, pour y êtreenseveli , et ils donnèrent au monastère un colibert nommé Fulbert. Nous ne pouvons énuuiérer tous les actes semblables qui se lisent dans les cartulaires de Marmoutier et des autres monastères; mais nous ne pouvons passer sous silence un trait de piété du jeune Hamelin, surnommé Gamard (1), seigneur de Lavardin , qui , du consentement de sa sœur Béatrix , donna la liberté à l'un de ses serfs nommé Bertrand, pour le repos de lame de son père Salomon. Afin de rendre cet affranchissement plus authentique, il le fit sur le tombeau de son père , en présence de plusieurs témoins, entre autres d'Ulgréius, prêtre , à qui Bertrand donna cinq sous (2) pour dire trente messes pour le repos de l'âme de Salomon, en considération duquel il avait recouvré la liberté (3).
Quant au prieuré de Lavardin , après avoir été longtemps sous le patronage de saint Gilderic ou saint Gildas, abbé de Ruis, il paraît qu'il fut dans la suite placé sous celui de saint Martin. Il fut longtemps considérable; mais à la fm il était réduit à l'état de bénéfice simple (4). On voit encore en face de Lavardin, sur le bord du Loir, quelques restes des anciennes constructions.
La famille de l'évêque Gervais se signala aussi par quelques fondations en faveur des monastères. Son frère Guillaume fréquentait la cour de Geoffroy Martel ; il signa souvent, avec d'autres barons, les chartes du comte de Vendôme en faveur de la Trinité , du prieuré de Villedieu et d'autres. Mais la fondation la plus importante de la famille de Château-du-Loir, à cette époque, fut celle du prieuré de Sainte-Marie-Madeleine à Gohémon (5), dans le fief même où était né notre évêque Gervais. Aremburge ou
(1) Hamelinus Gamardus.
(2) Celle somme équivaut à 141 fr.
(3) D. Martène, loc. cit.
(4) Les revenus n'étaient plus estimés que 2,000 livres, soit 4,000 fr. (o) Curia Amonis. — Gohémon.
Ercmburge, veuve de Theitiin-Sirabon , fonda ce monastère vers l'an 1040 (I). Elle le donna à l'abbaye de Notre- Dame de la Charité ou du Honceray, fondée en 1028 par Foulques Nerra , dans la ville d'Angers. La pieuse Aremburge , bientôt après , fit à Dieu une offrande plus agréable encore ; elle se consacra elle-même à son service pour le reste de ses jours, sous le voile des filles de saint Benoit, et elle eut le bonheur d'offrir en même temps au Seigneur ses deux filles Hersende et Hildeburge, heureuses de fuir les joies du monde dès les premiers pas qu'elles faisaient dans la vie. Le prieuré de Cohémon devint important. Pendant longtemps il conserva la conventualité ; mais à la fin il devint bénéfice simple. Plusieurs des vierges qui s'y consacrèrent à Dieu appartenaient par leur origine aux familles les plus illustres de nos provinces du Maine et de l'Anjou (2).
Parmi les bienfaiteurs les plus signalés du prieuré de Cohémon , nous remarquons Matthieu de Montoire et Gervais de Château-du-Loir (3). Ce dernier était vraisemblablement le neveu de notre prélat, qui étendit ses pieuses générosités à plusieurs autres établissements religieux. Ameline, fille de Jean le Tort, concubine du clerc Gervais,
(1) De Curia Hainonis, cum servis et integritate sua, quara dédit Aremburgis vidua Thetuini Strabonis. — Nobilis igitur Aremburgis, relicta vidua Thetuini Strabonis, quando se ipsam et filiam suam Hildegardem in monasterio sancte Marie Deo in sancto habitu dcvovit; tradidit ad ipsum cenobium terram suam que dicitur Curia Hamonis, cum servis et ancillis et tota integritate sua, per auctoritatem domni Huberti Andegavensium episcopi, de cujus erat beneficio , et neptis illius Emme atque Radulfi vicecomitis Cenomanensium , mariti ejus, filiorumquc eorum... Cartularium beatœ Marias Caritatis Andegavensis, n° 391.
(2) Cartularium beatœ Marias Caritatis Ândegavensis , n° 398 , et passim. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 594 — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. II, p. 55, t. VI, p. 615. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 220. — Armoiries et sceau du prieuré : De gueules, à trois aigles d'argent becqués et ongles d'or, deux et un.
(3) Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis, n° 392.
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dont les dons furent autorisés par le comte Hélie(1). Teduin le Manceau, qui donna des fonds de terre et des droits seigneuriaux (2) , demandant que sa femme fût reçue dans le monastère, si elle désirait s'y faire religieuse (3). Jean de Aleia (4) , au moment de partir pour la Palestine, donna le droit de pacage pour les porcs du monastère sur toutes ses terres (5). Guillaume de Corcelon (6), et enfin Geoffroy V, dit le Bel , comte d'Anjou , en 1 142 (7).
La paroisse de Vouvray-sur-Loir, où était le prieuré de Sainte-Marie-Madeleine de Cohémon , honorait dès lors saint Hubert d'un culte particulier. On voit encore dans l'église de ce bourg une chapelle consacrée en l'honneur de ce saint évêque , par la protection duquel jamais, à aucune époque, les chiens atteints d'hydrophobie n'ont fait de victime sur le territoire de cette paroisse (8). Mais continuons de rappeler les principales fondations religieuses.
Les fondements du monastère de Notre-Dame d'Avesnières (9) furent jetés à la même époque par Guy II, seigneur de Laval. Passant un jour à cheval sur le pont qui traversait la Mayenne au-dessous de son château , il tomba dans l'eau, et fut entraîné par la rapidité du courant. Il allait périr : à la vue du danger qui le menaçait, il implora avec foi et confiance le secours de la sainte Vierge, et tout aussitôt il se trouva porté par les flots sur le rivage. Il aborda 6ain et sauf dans un champ d'avoine , et l'un des premiers objets qui frappèrent sa vue fut une petite statue de la sainte Vierge, devant laquelle plusieurs lampes étaient allumées. Frappé du prodige par lequel la Mère de Dieu venait de l'arracher à une mort certaine et de la rencontre extraordinaire de cette pieuse image, le seigneur de
(1) Ibidem, n° 393. — (2) Ces terres et ces droits étaient situés à Corcellonia, Junceiœ, Mons Berconis, Vernolia, et Villa Nova. — (3) Ibidem, n° 395. — (4) Peut-être Halaines : Cfr. Cauvin, Géographie, etc., p. 9, Bilartl, Analyse, etc., n°3t8. — ■ (5) Cartularium, n° 396. —(6) De Curcilione, ibidem, n° 395. 397, 398. — (7) Ibidem, n<> 399.
(8) Pesche, loc. cit.
(9) Âvenerirp.
Laval tombe la lace contre terre et se répand en actions de grâces. Tous les monuments de l'époque représentent Guy comme un seigneur rempli de piété, bienfaiteur des églises et des monastères, protecteur de ses sujets pauvres, ami incorruptible de la justice, en un mot le modèle des barons de son temps. Il succéda en 990 à son père Geoffroy-Guy dans la seigneurie de Laval , et il la tint jusqu'en l'année 4048, époque de sa mort (1). Pendant cette longue vie , il se signala par des actes nombreux de religion , dont nous ferons connaître les principaux. On a déjà vu la restitution qu'il fit au chapitre de l'église cathédrale des droits dont ses pères s'étaient rendus les maîtres sur la terre d'Asnières (2).
Guy 11, dans sa reconnaissance envers la sainte Vierge , s'engagea aussitôt à rebâtir l'église qui était au lieu même où se trouvait l'image miraculeuse (3). Ce territoire appartenait à Guérin de Saint-Berthevin, époux d'Oraine, sœur de Guy. Guérin s'estima heureux de contribuer à la pieuse fondation de son beau-frère , et céda généreusement une pa; tie notable des droits qu'il possédait sur ce terrain. Le seigneur de Laval fit aussitôt construire une église sur le modèle , dit-on, adopté par Geoffroy Martel et Agnès pour la basilique du Ronceray. Près de cette église, il fit élever des cloîtres et tous les bâtiments claustraux nécessaires; puis il remit ce monastère avec une dotation convenable entre les mains des religieuses du Ronceray, auxquelles plusieurs liens de famille l'attachaient déjà. En elfet, sa fille Agnès s'y était consacrée à Dieu, et ce fut elle qui vint apporter à Avesnières les observances gardées dans l'abbaye d'Angers (4). Sous cette illustre supérieure , la nouvelle
(1) Selon un autre sentiment, Guy II tint la seigneurie de Laval de Tan 1002 à 1067. lioullier , Recherches sur la Trinité de Laval, p. 257.
(2) Livre Blanc, n° 48. Voyez plus haut, p. 147.
(3) Pièces justificatives, n° xx.
(4) Voici la liste des premières prieures d'Avesnières: Agnès de Laval. — Eusébie. — Agnès de Graon. — Burgundia, qui était mère d'Adélard
communauté no tarda pas à acquérir une grande considération et des revenus assez considérables. Toutefois le prieuré de Notre-Dame d'Avesnières , comme celui de Sainte-Madeleine-de-Cohémon, ne fut jamais élevé au rang d'abbaye, atin sans doute de conserver une union plus étroite avec la maison du Ronceray.
Du temps que la pieuse Agnès gouvernait encore le monastère fondé par son père, le nombre des vierges consacrées à Dieu y devint si considérable , qu'il parut nécessaire de fonder deux autres maisons sous sa dépendance. La première fut établie à Bonchamp (1 ) , à une lieue environ d'Avesnières. Bonchamp n'avait été jusque alors qu'une ferme considérable dépendante du château de Laval; Guy Iï en avait accordé toutes les dîmes à sa fille et au monastère qu'elle gouvernait. Les religieuses, en s'y transportant , firent bâtir une église en l'honneur de saint Biaise , et établirent un bourg près de leur nouveau cloître. Ce monastère dura trois siècles environ. La seconde colonie formée par les vierges d'Avesnières était à Saint- Pierre-de-la-Poterie (2), à une petite distance de la maisonmère, sur la rive gauche de la Mayenne. Ce lieu avait été souillé autrefois par le culte qu'on y rendait aux idoles , et il n'était pas encore entièrement purgé des superstitions insensées que l'erreur y avait implantées. Les religieuses d'Avesnières y construisirent une église qui subsiste encore aujourd'hui. On voit aussi au pied de cet édifice la fontaine autrefois consacrée aux fausses divinités (3). Cette maison, comme celle de Bonchamp, compta une existence d'environ
de Chàteau-Gontier. — Advenia. — Théophanie. — Isobia. — Eremburge. — Lucie. — Berthe. Cartularium beatœ Mariœ Cnritatis Andegavensis, n° 367 à 409. — Au n° 297 du même cartulaire on trouve Anna de Lavalle abbatissa. — N° 260, Hersendis de Lavalle.— N° 403,OEline, fille de Guy de Laval. Ces deux dernières sont simples religieuses d'Avesnières.
(1) Malus campus, Bonus campus.
(2) Sainl-Picrre-dc-la-Poteric, Saint-Pierre-le-Polier, Saint-Pierre, et vulgairement Saint-Pierre-F Abandonné.
(3) Verger, Notice sur Jublaim, 2eédit., p, 127.