‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 4)Chapitre 9 sur 43 · AVE3GAUD · texte numérisé non relu

AVE3GAUD

donnait nécessairement le premier rang à l'étude de l'Écriture sainte , de la théologie et du droit ecclésiastique; mais on ne négligeait pas les belles-lettres, la poésie, la jurisprudence civile. Un l'ait très-remarquable , et qui a échappé jusqu'à ce jour aux observations des savants, ce sont les traces de droit romain conservées dans le Maine jusque dans les premières années du xi0 siècle, au moment où les coutumes féodales dominaient partout. Dans son testament, l'évêque Mainard fait mention d'un corps de magistrats civils chargés de l'enregistrement dès actes publics (1), comme sous la législation romaine. Dans la fondation du prieuré de Saint-Jean-de-la-Motte , on trouve l'action d'une assemblée délibérante et une sorte de convocation des États de la province ; mais le clergé et la noblesse sont seuls appelés à faire entendre leur voix. Le clergé délibère sous la présidence de l'évêque, la noblesse sous celle du comte. Malgré l'isolement que la féodalité semblait avoir dès lors rendu universel, on y constate l'existence de certains intérêts pécuniaires qui étaient restés communs; c'étaient indubitablement des droits municipaux ou provinciaux (2). Pour que ces traces du droit romain restassent aussi vivantes dans notre province, il fallait, sans cloute, qu'il fût étudié dans l'école de la cathédrale; car, on doit l'observer, il n'y en avait pas d'autres à l'époque. Sous Fépiscopat d'Avesgaud, le modérateur de cette école se nommait Émenulphe ; il la dirigea au moins jusqu'en l'année 1040 (3). Dès lors aussi le grammairien Uobert, dont il sera amplement parlé dans la suite, y occupait une chaire, puisqu'il était présent à la fondalion du prieuré dé Solesmes (4). On signalait aussi parmi

(1) Ego Mainardus, hanc cartulam a me factam in manus meas accepi et manibus bonorum virorum adfirmare rogavi. Livre Blanc , n° 108.

(2) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 302. — Idem, Annales O.S. B., lib. LVlI,num. 72.

(3) I). Rivet, Histoire littéraire de la Frane, t. VII , p. 63 et passim. — Le Neuf , Dissertations sur V histoire ecclésiastique de Paris, t.. II, p. 4. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. II, p. 91.

{) Pièces justificatives, w" i\.

les hommes qui , à la même époque , se distinguaient dans l'enseignement de la grammaire, c'est-à-dire des lettres humaines , Bernard du Marne, Guillaume, Bregandus le

Teutonique, Arnauld d'Avranches, Gislebert de Paris (1). Mais le personnage ecclésiastique le plus célèbre que produisit le diocèse du Mans, pendant les premières années du xie siècle, fut le cardinal Humbert (2). Malheureusement le plan de cet ouvrage ne nous permet pas de nous arrêter au récit des actions d'un homme qui se plaça par son mérite à la tête de toutes les grandes entreprises de son temps; nous ne* pouvons toutefois nous empêcher de jeter un coup d'oeil rapide sur cette brillante et sainte carrière. Né dans le Maine pendant les dernières années du xe siècle,

(1) DuBoulay, Historia Universitatis Parisiensis, t. I, p. 404.

(2) Le cardinal Humbert est l'une des plus belles gloires du diocèse du Mans; cependant aucun historien jusqu'à ce jour n'a revendiqué pour notre province l'honneur de lui avoir donné la naissance. Tous les auteurs s'accordent à reconnaître qu'il était Français ; la plupart pensent que le lieu de son origine n'est pas connu d'une manière plus précise. Cependant D. Calme t( His toirede Lorraine, t. IV, part. Il, p. 66) prétend qn'Humbert était Lorrain , mais il n'allègue pas d'autre preuve que son séjour à Moyen-Moutier. D. Rivet (Histoire littéraire de la France , t. VII, p. 527) affirme qu'il est né en Bourgogne , parce que l'hérésiarque Bérenger le nomme le Bourguignon. Mais il est évident que Bérenger nomme ainsi notre cardinal parce qu'il avait habité un monastère situé sur la frontière de la Bourgogne : c'est ce que Lanfranc fait observer, en relevant l'erreur de l'hérésiarque. Après avoir réfuté les raisons de ces deux savants , autant qu'il est nécessaire , nous nous contentons d'ajouter que nous sommes autorisé à revendiquer le cardinal Humbert comme l'une des gloires du Maine par un document positif , contre lequel aucune conjecture ne peut prévaloir. Ce texte est le titre même de l'un des ouvrages les plus connus de notre illustre cardinal, qui se lit ainsi sur les plus anciens manuscrits : « Humbertus Cenomanens. legatus Leonis IX in Responsione contra Nicetam. » Cfr. Notes de Nicolas Tedeschi, dit Panormitanus, sur le canon Seriatim, dist. 32. — D. Rivet, loc. cit., a consacré un long et savant article au cardinal Humbert. Nous avons aussi consulté Baronius , Annales ecclesiastici , t. XI, ad an. 1053 et passim. — Ciacconius, Vitœ et res gestœ poJitificum romanorum, et sanctœ Romanœ Ecclesiœ cardin. Romrc , 1677, t. I, col. 795-798 - D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LIX, imm. 61, 72, 75.

- Eggs, Purpura docta, t. I , p. 15 et seqq.

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Humbert entra de bonne heure dans Fabbaye de Moyen- Moutier, au diocèse de Toul, et y professa la vie monastique. Dès Fan 10:?8, il avait acquis la réputation d'un savoir éminent. En 1049, le pape saint Léon IX, autrefois enfant de saint Benoît , et qui avait connu Humbert étant évêque de Toul, remmena en Italie, et l'établit archevêque de toute la Sicile. Le Souverain Pontife lui conférait cette haute dignité pour qu'il s'appliquât à la conversion des Sarrasins qui habitaient cette île. Personne n'était plus capable que Humbert de cette cl ifFicile mission; mais l'entrée de ce pays lui fut interdite, et il ne put y pénétrer. Léon IX le créa alors cardinal-èvèque de Blanche-Selve ou Sainte-Rufine, à dix milles de Rome. On remarque que ce fut le premier Français élevé à la dignité de cardinal. Saint Léon lui donna toute sa confiance; et il trouva en lui un conseiller fidèle et éclairé tant sur les intérêts de l'Église que sur ceux de l'empire. Humbert se rendit surtout illustre par la légation qu'il remplit à Constantinople en 1053, et dans laquelle il excommunia le patriarche schismatique Michel Cérulaire, et réfuta les écrits des grecs dissidents par des traités parvenus jusqu'à nous.

Après la mort de saint Léon IX, le cardinal Humbert continua d'occuper le premier rang dans la cour de Rome et dans la confiance du pape Victor IL Sous Etienne IX, qui avait été moine bénédictin, et sous Nicolas II, Humbert dirigea les affaires les plus importantes de l'Église. Il était, dit saint Pierre Damien, l'œil de ces Pontifes. Il fut aussi l'âme des conciles qui se tinrent de son temps. A celui de Rome de 1059, où l'hérésiarque Rérenger reconnut ses erreurs, Humbert fut chargé par les pères de cette assemblée de dresser la profession de foi qu'il devait souscrire. Dans les dernières années de sa vie, il remplit encore une légation importante et difficile en Angleterre, et alors il put visiter le Maine , qu'il avait quitté depuis tant d'années. Il est probable que le célèbre cardinal mourut en Fannéc 1063 ; le pape Nicolas II voulut lui-même prendre soin de s<^ funérailles, et l'ensevelit dans la basilique de Lalran.

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Tous les contemporains ont donné au cardinal Humbert les plus grands éloges. Lanfranc , après avoir rehaussé sa science, son orthodoxie et sa persévérance dans la pratique de toutes les vertus chrétiennes, prend à témoin de ce qu'il avance toute l'Église latine, qui en était bien instruite, ajoute- t-U , puisque Humbert avait toujours assisté ou même présidé à ses assemblées et à ses conciles. L'hérésiarque Bérenger a fait, à sa manière, l'éloge de notre cardinal par la violence avec laquelle il se déchaîne contre lui, et par les injures qu'il lui prodigue.

Humbert était très-versé dans les sciences ecclésiastiques au rapport des écrivains du xie siècle. C'est ce qu'attestent également les ouvrages qu'il a laissés. Il a cependant assez peu écrit , et seulement pour les besoins présents de l'Église. Il reste de lui une réponse à la lettre de Michel Cérulaire , patriarche de Constantinople , et de Léon , évoque d'Acride , métropolitain de Bulgarie; une réfutation de l'écrit de Nicétas, surnommé Stetatos par les Grecs, et Pectoratus par les Latins. On remarque dans cet écrit surtout la vivacité de l'esprit , l'étendue de l'érudition et les vrais principes de la critique , qualités très-rares à cette époque; enfin une courte relation de ce qui se passa à Constantinople pendant le séjour de la légation dont il était le chef. Humbert publia aussi un écrit beaucoup plus étendu que ceux dont on vient de parler; c'est un traité contre les simoniaques. On considère cet ouvrge comme l'un des plus importants qui parurent en ce temps-là. Quelques auteurs lui attribuent encore avec assez peu de fondement plusieurs compositions liturgiques, des hymnes et autres pièces pour les offices de divers saints (I). Tels furent la vie et les travaux du cardinal Humbert. On voit que si l'Église du Mans n'a pas eu l'honneur de donner au

(1) Les ouvrages da cardinal Humbert ont été imprimés en différents recueils ou séparément; ils se trouvent tous réunis dans le tome XIV de la collection de Galland intitulée Bibliotheca veterum Pntrum, p. 192 et seqq., et dans le t. CXLII, col. 911 à 1218 de la Patrologie éditée par Migue.

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monde un souverain pontife, elle a du moins offert au Saint-Siège un homme qui aurait été digne de le remplir, et qui en fut le conseiller et l'âme pendant trois pontificats. Revenons à notre Église.

L'école de la cathédrale n'était pas seule à posséder des maîtres habiles et des disciples remplis d'ardeur pour la science. Les élèves que Léthalde forma dans les cloîtres de la Couture, pouvaient rivaliser avec ceux des écoles les plus brillantes de ce siècle, comme on le verra bientôt par l'exemple du moine Avesgaud. Ce que nous avons rapporté de l'abbaye cle Saint-Calais ne permet pas de douter que les lettres et les arts n'aient été cultives avec succès dans cet antique et illustre monastère : la poésie , la musique et môme la sculpture y faisaient l'occupation de quelques esprits distingués , ainsi que l'attestent des monuments encore subsistants (1). Comme d'ailleurs on vit presque dans le même temps l'un des moines de cette abbaye s'asseoir sur l'un des premiers sièges de l'Angleterre, il est permis de croire que des études plus sérieuses n'y étaient pas négligées.

Les sciences purement profanes , en particulier celle du droit, n'étaient pas repoussées de nos écoles ; et l'on vient de voir les traces profondes que la législation romaine avait laissées dans notre province. On a de plus conservé le souvenir d'un légiste nommé Raoul qui habitait la ville du Mans, et y enseignait avec éclat vers l'an 1020 (2).

Toutefois les troubles continuels d'une province que deux puissances presque égales s'obstinaient à se disputer, les envahissements des Angevins et des Perc lierons à différentes reprises , ont fait disparaître le plus grand nombre des monuments qui constataient l'état des études dans notre diocèse. Quelques provinces voisines furent plus heureuses sous ce rapport : le diocèse de Chartres et celui

(1) Pièces justificatives , n° vm.

(2) Géraud , Métiers de la ville de Paris, p. 118. - Guérard, Carta luire de Suint-Père de Chartres, t. I, p. lxix.

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d'Angers fournissent la preuve d'une activité intellectuelle très-reniarquabledans une partie de leur clergé, mais surtout parmi les cénobites (1).

Si l'on ajoute foi à un document qui paraît suspect , au moins dans la forme sous laquelle il est l'apporté par Hiret dans ses Antiquités d'Anjou , Foulques Nerra , qui possédait, comme on Ta vu, un droit de suzeraineté sur le Maine, fonda de concert avec Hildeburge, son épouse, vers l'an 1030, treize bourses en faveur des écoliers pauvres de l'Anjou et du Maine. Chaque boursier recevait annuellement quarante boisseaux de blé , un boisseau de fèves , mesure de Paris, et dix-neuf sous six deniers (2). On ne dit pas dans quelle école était faite cette fondation; il est probable que c'était, dans les écoles d'Angers (3). En effet , quoique de nombreuses raisons donnent à penser que le récit d'Hiret ne saurait être vrai dans tous ses détails, il est très-probable qu'il repose sur des faits réels altérés par le temps. Des historiens modernes ont rapporté à l'année 1031 la fondation du collège de la Porte-de-Fer , dit autrement le collège de Saint-Maurice à Angers. Si cette date est certaine, il faut avouer qu'il n'y a pas dans toute la France de collège dont la fondation remonte à une époque aussi ancienne. Quoi qu'il en soit, dès le commencement du xie siècle , Bernard, disciple du célèbre Fulbert de Chartres, qui a laissé quelques écrits, enseignait publiquement à Angers, où l'évêque de cette ville l'avait appelé (4).

(1) Histoire littéraire de la France , t. VII, p. 1 3, 14-18 et passim.

(2) Au pouvoir actuel de l'argent cette somme équivaut à 549 fr. 08. — Hiret, Antiquités d'Anjou. —- Cauvin , Recherches sur les établissements de charité du diocèse du Mans, p. 10G, — Idem, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 237.

(3) Si cette fondation se fit à Paris , comme certains traits semblent l'indiquer , il y avait alors trois écoles dans cette ville , celle de l'église cathédrale, celle de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés , et celle de l'abbaye de Sainte-Geneviève.

(4) D. Rivet , Histoire littéraire dr la France . ». Vil, p. 57.

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