‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 4)Chapitre 18 sur 43 · HOËL · texte numérisé non relu

HOËL

semblait être devenu une ville , par le nombre de eeux qui accouraient donner à l'évêque fugitif des marques de sympathie et de vénération (1). Des personnages du plus haut rang arrivaient fréquemment au prieuré de Solesmes; Robert le Bourguignon se distinguait par son assiduité! Rannulfe , abbé de Saint - Vincent , après avoir donné asile pendant quelque temps à Hoël dans son monastère , partageait son exil et habitait aussi le prieuré de Solesmes. C'était un saint prélat , sur lequel nous aurons à revenir (2).

Les démonstrations de la piété du peuple envers son évêque irritaient d'autant plus ses ennemis, qu'elles devenaient de jour en jour plus éclatantes. Le mécontentement ne s'apaisait pas dans la ville ; et cette classe moyenne qui vit de commerce et d'industrie , commençait à éprouver les effets funestes de l'éloignement du prélat, aussi bien que le bas peuple. En effet, les solennités de l'église cathédrale attiraient autrefois une foule de pieux visiteurs , qui déposaient d'abondantes aumônes et faisaient fleurir les différentes branches du négoce. Ces sources de prospérité avaient été taries par l'éloignement du prélat et du clergé fidèle. On n'osait pas même venir prier près de la châsse de saint Julien , dans la crainte de communiquer avec les schismatiques qui s'étaient emparés de son église. Cette situation parut intolérable , et des murmures violents se firent entendre de nouveau. La haine du peuple ne s'était d'abord manifestée que contre les prêtres de la faction d'Hilgot , premiers auteurs des maux dont il souffrait; mais comme Hugues les avait soutenus, et qu'il avait communiqué avec eux par haine pour le parti normand ,

(1) Divertit in vicum , quem veteri vocabulo Solemnas appellant : ubi monachi sancti Pétri sub cella regulari degcntcs ipsi ejusque sociis devoto aflectu hospitalitatis gratiam tribuerunt. D. Mabillon , Veteva analecta, t. III, p. 297.

(2) D. Martène , Ampliss. collect., t. I , col. 440 (c).— Mémoires pour servir à l'histoire de V abbaye de Saint-Vincent, Ms., Biblioth. du Mans, n» 91, p. M.

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le comte lut bientôt confondu dans La naine qu'on portait aux prêtres rebelles, et se vit au moment d'être enveloppé clans la vengeance qui grondait sur leurs têtes. Il n'y avait qu'un seul moyen de ramener la tranquillité et l'abondance dans la ville; après avoir pris conseil des principaux membres de la commune , Hugues lit des démarches auprès de l'évêque. La paix lut bientôt conclue, et Hoël s'empressa de rentrer dans la ville avec son clergé. Leur retour au Mans fut un véritable triomphe. C'est le 28 juin, veille delà fête des saints apôtres Pierre et Paul, qu'il eut lieu; une multitude immense, de tout âge et de tout sexe, accourut plus d'une lieue au-devant du prélat. 11 fut conduit , au milieu des chants et des démonstrations de la joie publique, jusqu'à l'abbaye de la Couture , où il lit sa première station. Il y logea et y célébra solennellement la fête de saint Pierre et saint Paul.

Dès le soir de cette grande journée, les clercs qui avaient continué , malgré l'interdit , de célébrer les offices divins dans l'église cathédrale, et qui étaient sous le poids de l'excommunication depuis le jour de la Pentecôte, vinrent se présenter devant l'évèque; chacun apportait un livre qu'il offrait en satisfaction; et ils demandaient publiquement et avec larmes le pardon de leurs fautes. Hoël les reçut avec bonté , il ne put retenir ses larmes , les embrassa tous successivement, et les encouragea à faire pénitence. Le lendemain le prélat se rendit à l'église cathédrale; tous les moines de la Couture et une immense multitude l'accompagnaient. Le clergé de toute la ville vint le recevoir en chantant des hymnes et des cantiques; et la joie dont la population était remplie éclatait de toutes parts (1).

Hoël fit paraître beaucoup de douceur ; mais il montra aussi une juste fermeté. Le doyen Gervais, dans l'élection et l'installation duquel il s'était passé plusieurs choses contre les prescriptions canoniques , fut exclu à jamais

(1) D. Mabillon , Pétera analecta, t. III , p. 297.

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du clergé de la cathédrale. Le comte Hugues lui-même, en réparation des torts qu'il avait causés à l'Église , fut contraint de reconnaître des droits d'immunité assez importants. S'étant rendu au chapitre de l'abbaye de la Couture avec Gervais son conseiller, en présence de Juhel, abbé du monastère , d'Herbert de la Suze , d'Aubry de Mil esse et de plusieurs autres personnages de distinction, il fut convenu que désormais le palais épiscopal et ses dépendances, tout le cloître de l'église, la terre de Coulaines et celle de la Mue seraient exempts de toutes sortes de redevances à l'égard du fisc. Pour donner plus de solennité à cette concession, ou plutôt à cette réparation, on fît une procession autour de l'église , du cloître et du palais épiscopal, en répandant de l'eau bénite; puis, l'acte fut lu publiquement en présence des chanoines, des moines de la Couture et de tout le peuple, et consenti par le comte et ses conseillers (I). Il est remarquable que dans cet accord le nom de Geoffroy de Mayenne , l'âme du parti du comte Hugues, ne se trouve pas prononcé. Telle fut la fin de tous ces démêlés, qui se terminèrent le 30 juin de l'année 1090 (2).

Le parti du comte Hugues demeura désormais sans force et dépourvu de ses principaux appuis. Le prince luimême devint un objet de mépris ; ce qui le porta à abdiquer une autorité tout à fait précaire. Il céda son comté à son cousin Hélie de la Flèche , pour une somme de dix mille sous d'or (3) , et abandonna le pays pour retourner en Italie. Là il vendit à Foulques, son frère , ses prétentions sur divers états que le marquis Azzon , leur père , avait cédés au même Foulques. En 1097, il fit la guerre conjointement avec Foulques, contre Welphe , duc de Bavière , leur frère consanguin , touchant la succession de

(1) Livre Blanc, n° 178.

(2) D. Mabillon, Vetera anale et a , p. 298. — D. Bouquet, t. XII, p. 543.

(3) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 282000 fr.

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leur père. Il est probable qu'il quitta de nouveau l'Italie pour revenir en France , et qu'il est le même que Hugues le Manceau , qui , s'étant fixé dans l'Auxerrois , y acquit plusieurs terres , nommément celle de Saint-Vrain , en épousant la fdle du seigneur, nommée Béatrix, et travailla à en envahir d'autres. L'histoire contemporaine des évêques d'Auxerre rapporte plusieurs entreprises que fit Hugues le Manceau contre cette Église. Il lui enleva les dîmes d'Oisy , qu'il faisait valoir comme son propre bien ; et ce ne fut pas sans de grandes peines que l'évêque Humbaud vint à bout de l'engager à s'en dessaisir. A Cône , où il avait un domaine, il usurpa la seigneurie qui appartenait à la même Église, et s'y maintint avec le secours des comtes de Blois et d'Anjou contre les armées du roi de France, du comte de Nevers et de l'évêque d'Autun, qui étaient venus l'y assiéger. Il céda enfin aux censures ecclésiastiques prononcées contre lui par le vénérable Humbaucl. L'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre eut aussi à se plaindre d'un château qu'il avait bâti sur la terre d'Annay , dépendance de ce monastère. Il avait épousé en premières noces Héria, fdle de Robert Guiscard , duc de la Pouille et de la Calabre, et il fut excommunié par le Pape Urbain II pour l'avoir répudiée (1). Hugues vivait encore en l'année 1131.

D'après les conventions stipulées entre le comte Hugues et Hélie de la Flèche, ce dernier reprit le gouvernement du Maine; mais Robert, duc de Normandie, se mit d'abord en devoir de le déposséder. Soit indolence , soit amour de l'équité , bientôt il consentit à lui accorder la paix. Leur réconciliation fut sincère , comme la suite le montrera ; et le Maine jouit de huit années de tranquillité (2).

(1) Orderic Vital, Historia ecclesiastica, lib. VIII , p. 684.— D. Bouquet, t. XII, p. 545, 639, etpassim. — LeBeuf, Mémoires sur l'histoire ecclésiastique et civile d'Auxerre, t. I, p. 279 , 2S2 , et passim (2e édit.). — VArt de vérifier les dates, t. Xllr, p. 96 et 97.

(2) VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 97.

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