‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 4)Chapitre 20 sur 43 · H0ÊL · texte numérisé non relu

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reliques du saint patron , qu'il avait reçues de l'empereur Henri le Noir. Ces reliques renouvelèrent à Angers la dévotion envers saint Nicolas ; et c'est ce qui donna lieu aux miracles que Juhel prit soin de recueillir. Pour rendre son travail plus complet, l'auteur raconte toute la vie du saint évêque de Myre (1). Les miracles opérés par saint Nicolas dans la capitale de l'Anjou réveillèrent aussi la piété des Manceaux envers ce grand thaumaturge ; et ils lui consacrèrent plusieurs églises et chapelles.

Hénoch , frère aine du comte Hélie , après avoir porté quelque temps les armes, se consacra à Dieu dans l'abbaye de la Couture (2). A cette occasion, le comte lit don au monastère de la terre de Liminier (3) et de la moitié du domaine de Boiffart (4). La prospérité de l'abbaye se manifesta encore par les prieurés qu'elle fonda, comme celui de Bernay (5), près de Vallon. Patrice de Ghaources, ayant tué par une rencontre fortuite Geoffroy, fils de Geoffroy de Brûlon, fut condamné à se dessaisir entre les mains du père du défunt de la propriété et seigneurie de l'église de Bernay, de son cimetière, autel, dîmes, et autres bénéfices qu'il possédait en cette paroisse. Geoffroy de Brùlon et sa femme Matliilde les remirent aussitôt aux moines de la

(1) L'ouvrage de Juhel n'a pas été imprimé. Il était conservé dans la bibliothèque de Sainl-Germain-des-Prés , sous le n° 470, et portait ce titre : « Miracula sancti Nicolai, scripla a Jobele monacho sancti Pétri de Gultura apud Cenomanos , et abbati sancti Nicolai Andegavensis obluta , quia ea miracula Andegavi contigerunt. » Vid. D. Mabillon , Annales 0. S. ./., lib. LXI . niim. o. — Ibidem, lib. XV, num. 88. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. VIII, p. U4.

(2) Goisbert, autre frère du comte Hélie, et également son aîné, déposa aussi les armes pour entrer dans un monastère; les historiens ne désignent pas lequel, mais on sait que ce fut à la Couture.— Orderic Viià\, Historia eccles., lib. X, p. 768. — D. Bouquet, t. XII, p. 670.

(3) Liminarium. — Ne s'agit-il pas ici de Limiers, hameau de la commune de Vigny, département du Loiret?

(4) Boiffart. — La charte a été publiée par D. Luc d'Achery, Spicilegium, t. VII, p. 190.

(5) Bernerium.

Couture, qui s'engagèrent à chanter mille messes pour le repos «le l'âme du mort, reçurent un moine gratuitement, firent des aumônes, et enfin inscrivirent le nom du défunt dans le Nécrologe de l'abbaye, pour être rappelé tous les ans au jour de son anniversaire, à l'office de Prime, après la lecture de la Règle de saint Benoît. Les parents du défunt, comme bienfaiteurs de l'abbaye, furent admis à une participation plus particulière des mérites et des prières de la communauté (1).

Tandis que la religion étouffait dans l'âme de Geoffroy de Brûlon tout ressentiment pour la mort d'un fils, Odon de Montfaucon, oncle du jeune Geoffroy, se chargeait d'en poursuivre la vengeance. Juhel et les moines de la Couture, informés des divisions qui allaient éclater entre ces deux familles, parvinrent, à force de prières et de démarches, à les remettre en paix (2). Déjà ces puissantes maisons avaient témoigné leur affection pour la Couture en différentes rencontres; Patrice de Chaources s'y était fait moine peu de temps auparavant, et ces nouveaux services durent resserrer encore les lie.ns de l'affection mutuelle. Aussi peu de temps après un autre Patrice de Chaources donna au nouveau prieuré une terre située à Bernay, et reçut vingt livres de deniers (3) de la main des moines (4).

Après plusieurs années ce même seigneur, partant pour le pèlerinage de la terre sainte , se présenta avec Hugues son fils dans le chapitre de la Couture, et ils se recommandèrent tous deux aux prières de la communauté. Hugues confirma tous les dons faits par ses ancêtres aux religieux du monastère, et ceux-ci chantèrent trois cents messes pour le père et pour le fils, comme l'avait demandé Hugues de Saint-Cèlerin en mourant. Ce même Hugues de Chaources, étant devenu maître de ses biens, fit un don

(1) Compendium hist. Cuit., Ms.

(2) Ibidem.

(3) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 11264 fr.

(4) Uistoria Culturœ , Ms.

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considérable à l'abbaye de la Couture, et reçut en échange un cheval (1). Dans toutes ces donations, l'évêque Hoël intervint soit pour les conseiller, soit pour les confirmer de son autorité. Les moines signataires appartenaient presque tous aux premières familles du pays : tant l'alliance était intime entre le château et l'abbaye.

La famille de Chaources donna une nouvelle preuve de générosité envers la Couture peu de temps après. Foulques, fils de Hunauld, fonda le prieuré de Saint - Martin de Neuvy (2), en abandonnant aux moines l'église, !a moitié du cimetière et quelques fonds de terre. Patrice de Chaources, de qui relevaient toutes ces propriétés, s'empressa d'en confirmer la possession au monastère. Quelque temps après l'église de Neuvy ayant été détruite par un incendie, le fondateur conféra de nouveaux droits au monastère, pour réparer ses pertes. Enfin ce même Foulques embrassa la vie monastique à la Couture, et fit aux moines un abandon complet des biens dont il ne leur avait jusque alors donné que la moitié; ajoutant toutefois cette clause, qu'ils ne jouiraient de cette concession qu'après la mort de sa femme, qui serait aussi enterrée à la Couture et aurait une part spéciale aux prières des religieux. Suivant l'usage, le prieuré de Neuvy s'enrichit peu à peu par des acquisitions et des dons successifs, pour lesquels l'abbaye eut beaucoup de procès à soutenir. Ces difficultés se terminèrent presque toujours par des accommodements, dans lesquels les religieux cédèrent quelques objets d'une valeur plus ou moins considérable.

Un membre de la famille de Chaources, nommé Hugues, fonda en même temps, en faveur de la Couture, le prieuré

(1) Pièces justificatives, n° xxxvu.

(2) Sanctus Martinus de Novo vico désigne- 1- il réellement Neuvy, comme le pense Cauvin? Ne désigne-t-il pas plutôt le Bourgneuf-la- Forôt qui a toujours été sous le patronage de saint Martin , et où Ton voit encore un ancien prieuré? Neuvy, au contraire, semble avoir toujours été sous le patronage de saint Laurent,

ni. n

de Saint-Mars de Ballon (1). Par sa charte, il accorde aux moines de ce monastère le bourg situé près de son château de Ballon, avec toutes ses dépendances, et si quelqu'un de ses chevaliers ou autre personne veut donner ou vendre aux religieux des terres dépendantes de son fief, il ratifie d'avance ces dispositions (2). Le comte Hélie, prié de confirmer ces dons , y consentit volontiers. Vers le commencement du xme siècle , les religieux du prieuré de Saint-Mars construisirent une église remarquable par sa majesté et son élégance. Elle subsiste encore entière aujourd'hui. La cure de Saint-Mars, unie au prieuré dès l'origine , en fut séparée vers les premières années du xve siècle ; elle resta cependant toujours à la présentation de l'abbé de la Couture (3).

Hubert Ribole et Gersende , sa femme , furent retenus longtemps en captivité par le roi d'Angleterre : ils endurèrent dans leur exil des maux aussi longs que cruels; mais ils souffrirent en chrétiens; et, reconnaissant la main de Dieu qui les châtiait pour leurs péchés, ils firent vœu de fonder un prieuré s'ils recouvraient la liberté. Leurs prières furent exaucées; et alors , sur les exhortations de l'évêque Hoël , ils donnèrent à l'abbaye de la Couture l'église de Saint-Corneille de Tennie et ses dépendances, presbytère , cimetière , dîmes et prémices. L'évêque Hoël et le comte Héiie s'empressèrent de donner une charte pour approuver cette fondation; elle fut signée par le doyen Geoffroy, l'archidiacre Hiluebert et plusieurs seigneurs (4).

(1) Sanctus Medardus de Balladone. — Sanctus Medardus prope castrum Ballonii.

(2) La donation est faite en présence de Hugues de Laval , Geoffroy de Thévalle, Guillaume de Glatigné et autres seigneurs.

(3) Compendium historiée abbatiœ sancti Pétri de Cultura , Ms. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 223, et passim. — Le Gorvaisier, p. 387.— Le Paige, t. IL p. 282. — Aubry, Ballon, p. 179 et suiv.

(4) Pièces justificatives , n° xxxvm.

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On verra dans la suite les développements que prit ce prieuré, et aussi les luttes qu'il eut à soutenir.

Nous avons parlé des différends que l'abbaye de la Couture avait eus avec celle de Marmoutier, à l'occasion des prieurés de Saint-Martin de Laval et de Saint-Nicolas de Sablé. On a vu que les religieux de Marmoutier lurent presque constamment vainqueurs. Du temps de Fabbé Barthélémy, l'affaire entre Saint-Martin et Notre-Dame-de- Prix avait été portée devant Guillaume le Conquérant; ce prince jugea en faveur de Marmoutier, mais il conseilla cependant au saint abbé d'offrir une somme d'argent ; Barthélémy proposa mille sous, monnaie du Mans (1); mais les religieux de la Couture refusèrent absolument cette offre. Dans le procès pour Solesmes et Saint-Nicolas, il y eut aussi une compensation promise; et les choses restèrent en cet état tant que vécut l'abbé Barthélémy. Bernard lui ayant succédé, les procès recommencèrent. Peu de temps après son élection, cet abbé ayant été obligé d'aller à Saint-Calais redemander Salomon de Lavardin, moine de Marmoutier, qui avait quitté sa profession, était rentré dans le monde , et s'était mis sous la protection de l'évêque Hoël , Bernard et Juhel se rencontrèrent dans l'abbaye de Saint-Calais ; l'évêque du Mans s'y était rendu également, et probablement aussi plusieurs autres personnages ecclésiastiques, pour juger la cause de Salomon. L'évêque, trouvant l'occasion favorable , invita les abbés à terminer leur affaire à l'amiable ou par un jugement. Bernard offrit mille sous, monnaie du Maine , ou la même valeur en ornements d'église ; il se montra d u reste disposé à plaider si les religieux de la Couture préféraient ce parti: ceux-ci refusèrent l'un et l'autre; et l'affaire demeura indécise jusqu'en 4094, que les deux abbés s'étant trouvés à Sablé, le premier dimanche après l'Epiphanie, terminèrent tous leurs procès en se cédant différents objets dont le détail serait fastidieux, de telle sorte néanmoins que les

(1) Cette somme équivaut à 28200 fr. de notre monnaie.

.T7U2 HISTOIRE de i;'i;i;i.isi; in MANS.

concessions des religieux de Marmoutier étaient beaucoup plus considérables que celles des religieux de la Couture. Pour cimenter de plus en plus cette paix , l'abbé Bernard

promit à Juliel et à Ses successeurs, qu'aussitôt que Ton connaîtrait leur trépas à Marmoutier, on réciterait L'office

des morts à neuf leçons, et qu'on célébrerait le lendemain une messe solennelle en chapes ; qu'on donnerait le même jour aux pauvres tout le pain et le vin qui reviendraient du réfectoire , et que chaque religieux prêtre célébrerait une messe basse. L'abbé de la Couture s'engagea aux mêmes services , dans son monastère , pour les abbés de Marmoutier. Bernard promit encore que lorsqu'il viendrait à mourir quelque religieux de la Couture on célébrerait pour lui une messe solennelle à Marmoutier, chaque prêtre en célébrerait une basse , et l'on donnerait ce jourlà aux indigents tout le pain et le vin qui viendraient du réfectoire. Les religieux de la Couture s'engagèrent à faire pour dix religieux défunts , ce que ceux de Marmoutier promettaient de faire pour chaque moine du monastère manceau(l).

Dès le commencement de son administration , l'abbé Juhel engagea ses frères Gautier et Raoul d'Astins à faire une fondation en faveur de son monastère. Ils lui donnèrent l'église de Vezins et toutes ses dépendances (2). Guillaume des Biards, comme seigneur suzerain, confirma le don et ajouta de son chef quelques libéralités. Telle fut l'origine du prieuré de Saint-Martin des Biards (3) , au diocèse d'Avrauches, dans le comté de Mortain. De bonne heure ce prieuré acquit une assez grande importance ; ses revenus étaient considérables, et une communauté florissante le desservait. Ses annales offrent des récits d'un grave intérêt; nous en donnerons ici quelques traits en

(!) D. Mabiilon, Annales 0. S. B , lib. LXIX, nurû. 58.— D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, ]\!s.

(2J Gai lia clrristiana, t. XI, col. 476, Instrum., col. 107, 108. (3) Sanclus Martinus de Biardis.

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anticipant un peu les dates. Vers l'année M 80, Guillaume Avenel , qui avait épousé la fille aînée de Robert des Biards, partit pour la terre sainte avec son fils, et laissa sa femme et sa seconde fille , nommée Avoise, à son château des Biards. Pendant l'absence de son père , Avoise lut séduite par un ménestrel que sa mère avait hébergé. Pour comble de malheur, le retour imprévu de Guillaume Avenel ne permit pas qu'on le prévînt de ce qui avait eu lieu ; et le malheureux père , apprenant la honte de sa fille, fut saisi d'une telle colère, que celle-ci épouvantée courut se précipiter par-dessus les remparts de la forteresse. C'était durant la nuit; un ange la soutint par ses vêtements. Au pied des murs était un précipice de cent cinquante pieds, au fond duquel coule une rivière; Avoise évita miraculeusement le gouffre et tomba sur un monceau de paille qui se trouvait au bord , sans autre mal que la perte du fruit de son péché. La meunière du lieu, qui avait été sa nourrice, la recueillit secrètement, et la conduisit ensuite à Mortain, chez une ancienne domestique de sa famille, où elle resta longtemps cachée. La mère de l'infortunée mourut de douleur, et Robert des Biards, qui venait de perdre son fils unique en Palestine , dégoûté du monde , embrassa l'état monastique à l'abbaye de la Couture. Avoise, dévorée de remords, disparut de son asile , et, déguisée en ermite, vint, sous le nom de frère Guyon,se retirer dans une grotte, au milieu d'un bois situé en la paroisse de Landelle , sur le versant opposé au château de son père, d'où, contemplant chaque jour le déchirant théâtre de ses fautes, elle languissait dans le jeune et la prière (i).

Une main invisible déposait , chaque mois, deux pains à la porte de l'ermitage. Dix ans s'étaient ainsi écoulés, lorsque la renommée de la récluse lui attira la visite d'un

(1) La vesqui de racine et mangea l'herbe amerc , Totes nuis y passoit en piteuse prière, SolTrant faim, soffrant froid, son pauvre corps meurtri Sur ia terre «issoit implorant Jesu Christ.

vieux religieux, qui, venant du Maine, avait passé la nuit au presbytère d'Hamelin. Il trouva l'anachorète n'ayant plus qu'un souffle de vie, et gémissant au pied d'une croix. La pénitente prie le religieux de s'asseoir près d'elle, et d'écouter sa confession. Bientôt des sanglots s'échappant de la poitrine de l'un et de l'autre, interrompirent les révélations de la mourante. Le moine de la Couture avait reconnu dans le solitaire expirant sa fille Avoise. Après avoir versé ensemble des larmes de pardon, de tendresse et d'espérance en un monde meilleur, ils se séparèrent, pour ne plus se revoir que dans l'éternité. Avoise succomba peu après; et sa famille, instruite enfin de ce douloureux secret, fit ériger l'ermitage en chapelle sous l'invocation de sainte Marie-Madeleine (4).

En 1250 Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, visita le prieuré des Biards; son revenu était alors de deux cent vingt livres (2) , et sept religieux le desservaient. En 1459 , Guillaume de Guiton et Guyonne des Biards, sa femme, donnèrent trois vergées de terre au prieuré. L'église dans son architecture est de différentes époques; dans la tour, qui est du xme siècle, on croit reconnaître, sous la figure de deux personnages allégoriques, Robert des Biards, laïque et moine. Le chœur est du xvie siècle; il était orné d'une belle verrière , représentant l'histoire d'Avoise des Biards jusqu'à sa mort; cette verrière fut donnée en 1532 par Martin de Broc, prieur des Biards et deBernay. Enfin, vers la fin du xvie siècle , un religieux de ce prieuré écrivit en vers toute l'histoire de ce monastère (3).

En 1086, l'abbé Juhel fut juge d'un différend entre les abbayes de Jumiéges et de Saint-Mesmin , relativement au

(1) M. Guillotin, de Saint-James, a donné cet épisode en vers alexandrins.

(2) Au pouvoir actuel de l'argent , cette somme équivaut à 123904 fr.

(3) Nous avons emprunté tes détails sur ce prieuré à une curieuse Notice sur la paroisse et la haronnie des Biards . par M. Guitton de La Villebcrge.

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prieuré de Dame-Marie (1). Ti mourut vers Tan 1097, avec Ja réputation d'un grand abbé. Il ne vit pas les désastres de sa famille, qui peu de temps après fut réduite à vivre des aumônes de l'abbaye, et se retira à Mayet, où elle fit bâtir un château avec chapelle et moulin, auquel elle donna le nom de Vézins , qu'elle adopta pour elle-même (2) .

L'abbaye de Saint-Vincent eut beaucoup à souffrir des troubles qui désolèrent le pays; elle ne laissa pas cependant de conserver une observance exacte. L'un des premiers bienfaiteurs du monastère à cette époque fut le vicomte dn Maine Raoul de Beaumont. Il donna la chapelle de Saint-Flaceau (3) ; et l'abbé Rannulfe et les moines s'engagèrent à y entretenir un religieux prêtre , et à envoyer chaque année, au jour de la fête du saint patron, un certain nombre de moines avec des ornements, pour célébrer la solennité d'une manière convenable. Cette chapelle servait d'oratoire au vicomte et aux personnes de sa cour lorsqu'il résidait au Mans (4). Gonthier de Souligné (5) donnal'église de Notre-Dame de Vilaines-sous-Lucé, et reçut des moines la somme de soixante sous (6). Des vassaux de ce seigneur ajoutèrent quelques dons à celui de leur suzerain, entre autres Durand, dont le fils, qui n'était encore que dans les ordres inférieurs de la cléricature, voulut reprendre ce que sou père avait librement donné; mais lorsqu'il fut prêtre, il reconnut l'injustice de ses prétentions et les abandonna moyennant certaines concessions de la part du. monastère (7).

(1) Gallia christiana% t. XI, col. 718 et 959.

(2) Le vicomte de Guitton , Notice sur la paroisse et la baronnie des Biards. — De son Côté, la famille des Biards, au moins une branche, s'établit d'assez bonne heure dans le Maine, où elle posséda plusieurs iîefs importants ù la fin du xvuie siècle. Le Paige, Dictionnaire historique du Maine.

(3) Capella sancti Floscelli martyris.

(4) D. Martène, Âmpliss. col/ect., t. I, col. 531 et 532.

(5) Gunherius de Suliniaco, cupiens inferni tormenta \itare , et eliseï adipisci amœna, dono...

(6) Soit 1689 fr. de monnaie actuelle.

(7) D. Martène, Ampliss. collent., t. I, col. 533 et 534.

376 HISTOIRE DE i/ ÉGLISE DU MANS.

Hildebert de Montdoubleau perdit l'un de ses parents nommé Herluin de Sargé (I), lequel avait poussé le dévouement jusqu'à s'exposer à la mort pour lui. Voulant témoigner sa reconnaissance , il pria l'abbé et la communauté de Saint-Vincent de recevoir un moine qui serait occupe à prier Dieu pour son parent et pour lui. Il donna pour dot de ce religieux l'église de Saint-Ouen-des-Ponts à Ballon, et beaucoup d'autres propriétés, avec des droits assez considérables. Telle fut l'origine de la paroisse de Saint-Ouendes-Ponts à Ballon (2). L'abbaye de Saint-Vincent ne jugea pas à propos de fonder un prieuré à Ballon; mais elle conserva jusqu'à la lin la présentation à la cure de Saint- Ouen (3).

Un seigneur nommé Guillaume, fils d'Hervé de Doucelles, qui avait déjà donné à l'abbaye de Saint- Vincent l'église de Saint-Martin de Doueelles, lui concéda alors celle de Saint-Calais-du-Désert (4) , avec diverses dépendances ; entre autres le droit de bâtir et de posséder libre et exempte de toute redevance une chapelle dans son propre château; et enfin tous ses droits dans l'église de Notre-Dame du Ham (5). A la suite de plusieurs autres largesses, il ajoute les dîmes de son four, à la condition que les moines recouvriront de dalles en pierre les tombeaux de ses père et mère, de son frère Robert et de son cousin Guillaume (6). Les dons de Guillaume de Doucelles en faveur de Saint-Vincent furent non-seulement confirmés, mais encore augmentés par son fils. La sépulture des ancêtres était un lien puissant entre une famille et un monastère. Le prieuré de Saint-Calais-du-Désert devint considérable en peu d'années (7). Quant à celui de

(1) Simpliciacus, Simbliciacus.

(2) Ampliss. collecta t. I7 col. 535.

(3) Aubry , Ballon , p. 374 et suiv.

(4) Sanctus Karilephus de curia Dodœ.

(5) Ham.

(6) D. Martène, Ampliss. collecta col. 512.

(7) Ce prieuré était estimé 2000 livres selon Cauvin , et seulement

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Doucelles, il fut augmenté à la même époque par la générosité de Hugues, fils de Guiterne de Juillé, qui lui donna toutes les dîmes de blé et de vin qu'il possédait en cette paroisse (1).

L'abbé de Saint-Vincent foula vers le même temps Je prieuré de Saint- Désiré de Champagne (2), par les générosités des ancêtres de Gosbert Boche t , qui donnèrent l'église et le presbytère à l'abbé Rannnlfe et aux religieux de l'abbaye. Peu de temps après Gosbert Bochet , ayant hérité de ses parents , voulut reprendre ce qu'ils avaient donné au monastère. Pour obtenir la paix, l'abbé Rannullé enleva cette église au prêtre qui la desservait, et la donna à Foulques, frère de Gosbert, fils des fondateurs et moine à Saint-Vincent. Il est probable que ce don avait été la dot de celui-ci. Par cette condescendance de l'abbé , la paix fut rétablie; mais le droit fut violé; et l'on verra plus tard comment il fut relevé par la fermeté de l'abbé Guillaume (3). Le prieuré de Saint-Désiré de Champagne n'acquit qu'une médiocre fortune (4), Toutefois il est très-probable que les moines qui l'habitaient contribuèrent à établir dans cette localité les cérémonies du dimanche des Rameaux, dans lesquelles on reproduisait en partie ce qui se pratiquait à la procession de l'église cathédrale (5)..

Vers le même temps le vicomte Godefroy mourut, et fut enterré dans le cloître de Saint-Vincent. Son fils, Guillaume de Braitel ((>) , voulut témoigner aux religieux du monastère sa reconnaissance, et leur donna en

800 selon Le Paige. — La cure , à la présentation de l'abbé de Saint- Vincent , était estimée 600 livres.

(1) Gauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 303.

(2) Pièces justificatives, nos xxxviii-xlii.

(3) D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 599.

(4) Il était estimé 800 livres selon Cauvin, 523 selon Le Paige. La cure était portée à 500 livres.

(5) Le Paige, t. I, p. 161,

(6) Braitellenftis.

378 HISTOIRE DE l/EGUSE DU .MANS.

Tannée 4096 l'église de Saint-Martin de Dangeul (1) , avec tontes ses dépendances , et la facilité de recevoir de ses vassaux tout ce qu'ils voudraient leur donner. Les deux frères du donateur consentirent; néanmoins, dans la suite, les moines furent obligés d'accorder à l'un d'eux un cheval et une somme assez considérable (2).

La maison de Juillé (3) était l'une des principales de la province du Maine au xie siècle. Elle se distinguait par la faveur qu'elle accordait à l'abbaye de Saint-Vincent; aussi plusieurs membres de cette illustre famille y revêtirent l'habit monastique. De ce nombre furent Witerne de Juillé et Hubert son fils. Après la mort de celui-ci, Witerne engagea Robert, autre fils du défunt, à faire quelques dons au monastère ; et ce seigneur donna l'église d'Assé-le-Boisne (A), le cimetière et l'église de Saint-Paduin (5), les dimes de vin dont il jouissait àFresnay (6), toutes celles qu'il recueillait dans la forêt de Pail (7). Il avait déjà donné ce qu'il possédait dans l'église de Saint -Léonard -des -Bois (8), et le cimetière du même lieu. Il confirma à l'abbaye l'église de Béton (9), ainsi que des dimes sur la paroisse de Sainte- Marie-d'Assé (10) , le cimetière de ce lieu et d'autres dons moins considérables (H). L'abbaye fut redevable à d'autres parents de Witerne de l'église de Piacé(l-2),de possessions à Juillé , à Doucelles et sur le Mont-de-la-Garde près de Courgains (13). La plupart des dons offerts par la famille de Juillé à l'abbaye de Saint-Vincent relevaient de la seigneurie des vicomtes du Maine. Ceux-ci se montrèrent constamment les protecteurs dévoués du monastère. Vers l'an 4095 , Raoul II, vicomte du Maine, seigneur de

(1) Domniolus. — Donnarium.

(2) Ampliss. collecta t. I, col. 561.

(3) Juliacus, Cfr. Cauvin , Géographie, etc., p. 356.

(4) Aciacus. — (5) Sanctus Paduinus. — (6} Fraterniacus. — (7) Pal. (8) Sanctus Leonardus de Nemore. — (9) Beto.

(10) Sancta Maria Aciaci.

(11) D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 561 et 565.

(12) Pi.ace. — (13) Doce ; Mons Custodiœ.

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Beaumont, Sainte-Suzanne , Montreveau , le Lude , ayant épousé une sœur de Guy II de Laval, vint à Fabbaye de Saint- Vincent à la prière de Hugues de Juillé et de Guillaume de Doucelles, et il accorda la confirmation de ce que ces seigneurs et leurs ancêtres avaient donné au monastère. L'abbé remit entre ses mains un livre enrichi d'or et de pierres précieuses; et Raoul le déposa sur Fautel qui était dans le chapitre , en signe de la concession qu'il faisait (1).

Dans le même temps, Fabbaye de Saint-Vincent eut à défendre ses droits sur Féglise de Saint-Pierre du Lorouer contre les chanoines de Saint-Zilinius (2). L'affaire fut portée devant la cour de Févêque. Les moines ayant démontré qu'ils étaient depuis plus de quarante ans en jouissance paisible de ce bénéfice, il leur fut assuré en vertu de la prescription. Le jugement fut rendu en présence de Févêque Hoël , des abbés Ébrard de Saint-Calais, Girard de Saint-Aubin d'Angers et Girard de Saint-IVÏaursur-Loire, de Guillaume Rihole, Godefroy Vesoz, Herbert de Maule (3) et Bernard de Sillé. Les juges furent le doyen du chapitre Geoffroy, les trois archidiacres Hildebert , Godefroy et Mulotus, et tous les chanoines de Saint-Julien. Ce jugement, qui nous fournit des renseignements assez curieux sur la forme des tribunaux ecclésiastiques au xie siècle, fut rendu enFannée 1095 (4).

L'abbé Rannulfe et ses religieux veillaient avec soin au maintien des droits de leur monastère , pour les défendre des attaques que la violence des temps rendait si fréquentes. Dès les premiers mois du gouvernement du comte Hélie , ils lui représentèrent les dommages que

(1) D. Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 565. De annuitionc reruni quas dederat Robei lus vicecomes.

(2) Ecclesiani de Laboratorio calumniati sunt canonici sancti Zilinii. — D. Martène, Arnpliss, collect., t. I, col. 562.

(3) Muulia.

I). Martène, Ampliss. collect., t. I, col. 562.

380 HJSTOTRE DE l/ÉCUSE DO MANS.

l'abbaye avait soufferts pendant qu'il assiégeait la forteresse bâtie par Guillaume le Conquérant sur le Mont- Barbet (1). Les premières représentations ne produisirent aucun résultat; mais enfin le comte, touché des vertus qui se pratiquaient dans l'abbaye , plus encore que do la justice avérée des réclamations présentées par les moines , consentit à leur accorder une indemnité, et il leur donna la juridiction entière surtout le faubourg de Saint-Vincent. Il exigea en retour un anniversaire pour son père, un autre pour sa mère, et un troisième pour lui-même. Dans ce diplôme , daté de l'an 1093, le comte Hélie rend un éclatant témoignage à la piété des religieux de Saint-Vincent ; on y voit aussi combien la justice exercée par les moines était plus douce que celle des antres tribunaux : la flagellation et les autres peines afïlictives , si multipliées dans les siècles du moyen âge , n'avaient pas d'application dans les tribunaux religieux (2).

Robert, prince de Normandie et comte du Maine, avait accordé à l'abbaye de Saint-Vincent une exemption entière des décimes et des droits de transport sur le territoire de son château de Fresnay (3). Quant au comte Hélie, il donna dans une autre circonstance aux abbayes de Saint-Vincent et de la Couture une marque signalée de son dévouement et de sa protection. Pour venger les droits de ces monastères, il prit les armes contre un puissant voisin, son parent. C'était Robert de Bellême, surnommé le Diable. Ses violences contre Févêque de Séez , Serlon d'Orgères , et contre les monastères qui avoisinaient ses terres, Font rendu célèbre dans l'histoire ecclésiastique de nos contrées. Tl se présente à la postérité comme l'un des hommes les plus féroces de ces temps-là. Il était surtout détesté des seigneurs manceaux : en l'année 1091 , ils se liguèrent

(1) MonsBarbatus.

(2) D. Martène, Âmpliss. collect., t. I, col. 544. — D. Mabillon, Mnales 0. S. B., t. VI, Addit., p. 573, edit. Luc.

(8) D. Martène, Ampliss. colleci., 1. 1 , col. 568,

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avec les ennemis particuliers du comte du Perche , dans le dessein de le contraindre à leur laisser désormais la paix. Le comte deMortagne, Bernard, seigneur de la Ferté- Bernard, Guillaume, seigneur de Sillé -le -Guillaume, Robert Giroye , seigneur de Saint -Généré , Payen de Montdoubleau , Rotrou , seigneur de Montfort-le-Rotrou , et Henri , fils de Guillaume le Conquérant devaient l'attaquer chacun de son côté. Robert ne fut point enrayé de cette ligue; son activité fut sur le point de la déjouer : il se présenta subitement devant le château de Saint-Céneré, et fit le dégât dans les environs de la place. Ce lut le signal d'une guerre sanglante, qui dura plus de trois mois, et pendant laquelle les seigneurs de Mayenne et de Sillé-le- Guillaume principalement livrèrent au pillage tout le Passais et l'Alençonnais soumis à la puissance de Robert de Bellême. De son côté , le terrible baron n'épargna .aucune des vengeances qu'il put exercer : il parvint à s'emparer du château de Saint-Céneré; il abandonna tout au pillage , et ce qui restait fut livré aux flammes (1). Pour construire les forts dont il couvrait ses frontières, il levait sur les monastères de Saint-Evroul , de Saint-Martin de Séez, de Troarn, ainsi que sur plusieurs prieurés dépendant de nos abbayes ou situés dans le diocèse, des sommes exorbitantes; et lorsque leurs vassaux refusaient de se rendre à ses demandes pour les travaux auxquels il lui plaisait de les employer, il pillait et ruinait entièrement leurs maisons. Il voulut s'emparer de l'évêché de Séez; mais Serlon l'excommunia, et l'évêque du Mans, les autres évèques voisins et les moines élevèrent la voix contre l'oppresseur de l'Église. Robert en conçut une haine plus acharnée encore contre les moines, les clercs, et eu général contre tous ceux, dont la fidélité lui était suspecte. Les vassaux de la Couture et de Saint-Vincent avaient surtout lieu de se plaindre ; Robert de Bellême fit bâtir sur les

(1) Orderic Vital , Historia ecclesiastica, lib. VIII, p. 706, et passira, — D. Bouquet, t. XII, p. 655, et passiip.

terres de ces deux abbayes des forteresses, entre autres celles de Saosne et de Saint-Kemy-du-Plain. Incapables de se défendre par eux-mêmes contre un si redoutable adversaire, les religieux implorèrent le secours du comte Hélie, dont ils connaissaient le dévouement pour l'Église. Avant d'en venir à la voie des armes, Hélie essaya de faire des représentations qui ne- lurent pas écoutées. Il leva ensuite des troupes , et marcha contre Robert. 11 le surprit dans une position désavantageuse ; et quoique inférieur en forces, il le défit, après un combat acharné, près du ruisseau de Riolt ou Riolet, dans un lieu que la tradition désigne au nord du bourg de Dangeul. Pour couvrir le Maine de ce côté, le comte Hélie fit ensuite bâtir le château de Dangeul, et y mit une forte garnison; c'était en 1092. Mais ces précautions ne suffirent pas pour arrêter les entreprises du comte du Perche, comme nous le dirons dans la suite (1).

Les faveurs prodiguées par tant de bienfaiteurs à l'abbaye de Saint-Vincent étaient la juste récompense des mérites de ses habitants. L'abbé Rannulfe Ier (2) remplissait l'idée d'un prélat accompli. Il s'est rendu illustre par son savoir, sa piété, son zèle apostolique. On lit en effet dans le Livre des fondations de son monastère , qu'il annonçait souvent au peuple la parole de Dieu , qu'il allait visiter les malades, entendait les confessions des clercs et des laïques,

(1) Is jamdudum in Cenomanico consulatu castra violenter in alieno rure construxit, in possessionibus scilicet S. Pétri de Cultura et S. Vincentii martyris , quibus colonos graviter oppressit : quod probus cornes comperiens Helias , non ut ignavus œgre tulit , eique cum suis super Riolci rivum in territorio Soonensi, et in nomine Domini , invocato S. Juliano Pontifice, pugnavit. Orderic Vital , Historia ecclesiastica, lib. X , p. 768 et 769. - D. Bouquet, t. XII, p. 669. — Bry, Histoire du Perche, p. 89, et passim. — Odolant Desnos, Mémoires historiques sur Alençon , t. 1 , p- 212 et suiv. — Historia Culturœ, Ms. — Mémoires pour servir à l'histoire de Saint- Vincent, Ms. — Pesche , Dictionnaire de la Sarthe, t. II, p. 191. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 335.

(2) 11 est aussi nommé Raymond II.

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et rivalisait de zèle pour travailler à la conversion des pécheurs avec les solitaires qui alors commençaient à parcourir nos diocèses de l'ouest de la France (l). Intimement uni à l'évèque Hoël, il le suivit dans son exil, et se retira au prieuré de Solesmes (2). Kannulfe se montra, comme ses religieux, toujours aUaché au comte Robert , qui avait été leur bienfaiteur; et cependant ils forcèrent le comte Hélie de leur accorder son estime et sa protection (3). Les autres monastères du diocèse , sur lesquels on ne possède pas de mémoires aussi complets que sur les abbayes de Saint-Vincent et de la Couture , paraissent cependant s'être maintenus dans le même état de ferveur et de prospérité. Celui de Saint -Calais fut gouverné successivement par deux abbés pendant 1 episcopat d'Hoël; le premier se nommait Hugues; il tint peu de temps l'administration, ayant été enlevé par une mort rapide. Le second était le vénérable Ebrard (4) , l'un des hommes les plus éminents de la fin du xrc siècle par les exemples de sainteté qu'il donna à l'Église. La négligence des écrivains de son temps, ou la perte des monuments, a privé la postérité des renseignements que l'on désirerait sur un aussi grand serviteur de Dieu. On doit au vénérable Guibert, abbé de Nogent, son contemporain et son parent, la connaissance du petit nombre de faits que nous allons rapporter (5). Ébrard fut l'un des plus grands seigneurs de son temps; il était comte deBreteuil, vicomte de Chartres et seigneur du Puiset. 11 eut deux frères, Gualeran , qui posséda le comté de Breteuil lorsque Ébrard quitta le

(1) Mémoires pour servir à l'histoire de V abbaye de Saint- Vincent, Ms., p. 53.

(2) D. Martèuc, Ampliss. collect., t. I, col. 440.

(3) Mémoires, etc.

(4) Ébrard ou Evrard.

(5) Vencrabilis Guiberti, abbatis sanctae Mariae de Novigento , Opéra omnia, edit. 1). d'Achery, p. 463, 464, 586. — Patrologie , t. GLVI, col. 850-852; 1063. — D. Bouquet, t. XII, p. 236 et 237. — D. Mabillon, Annales 0. S. B., t. V, p. 70.

monde (1), et Hugues, qui lut après iui vicomte de Chartres et seigneur du Puiset; ce baron disposait d'une si grande puissance, que Je roi de France eut beaucoup de peine à le réduire (2). Ebrard fut élevé comme on avait coutume d'élever les jeunes seigneurs de sa qualité; on Fexcita à l'amour des plaisirs, des divertissements, des richesses et à tous les désirs de l'ambition. Il était bien fait de sa personne, et tout lui souriait dans le siècle; mais son âme était aussi difforme que son extérieur était brillant. Il suivit le torrent du monde, aima le luxe et les honneurs avec frénésie, et se précipita clans toutes sortes de vices. Il marchait dans la voie large qui conduit à la perdition, lorsque Dieu leva le bandeau qui couvrait ses yeux. Les réflexions qu'il fit sur l'état de son âme l'amenèrent bientôt à reconnaître qu'il n'avait travaillé qu'à se perdre et à perdre les autres. Dieu lui ayant inspiré un vif désir de son salut, il résolut de ne rien épargner pour le mettre en sûreté, et il pensa que c'était à lui que Jésus-Christ adresse ces paroles : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple; » et celles-ci : « Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous soulagerai. » Dans une méditation profonde de ces divins oracles, il' reconnut que rien n'éloigne autant de Dieu que ce qui attache à la terre : les plaisirs, les richesses , les honneurs dont il avait été comme, environné de toutes parts (3). Il résolut en conséquence de tout quitter pour Dieu , sûr de retrouver au centuple tant de richesses et d'honneurs qu'il allait fouler aux pieds. Mais comme les œuvres du Ciel demandent le secret, il ne s'ouvrit de son dessein qu'à ceux qu'il vit disposés à l'imiter. Il prit avec des amis généreux et enflammés du même désir que lui , toutes les précautions pour ne plus

(1) Du Ghesne , Histoire de la maison de Dreux.

(2) Suger, de Vita Ludovici Grossi , c. xviii , et passira. — Dom Bouquet, t. XII, p. 32, 34, 37, et passim.

(3) Vocabatur autem ipse Ebrardus, vir inter primores Francise undecumque famosus. — Guibertus de Novigento.

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trouver d'obstacles à ses vues. Une l'ois la résolution arrêtée, il distribua tout sou or et son argent aux pauvres; il fit aussi des dons considérables aux monastères , nonseulement des diocèses d'Amiens et de Beauvais, mais encore des provinces plus éloignées; Marmoutier reçut la moitié de la terre de Notouville , et il est très-probable que l'abbaye de Saint-Calais eut part à ses générosités. Ébrard quitta ensuite ses habits magnifiques , se couvrit de vêtements pauvres et disparut subitement, laissant à ses deux frères tous ses honneurs et ses riches possessions. Le monde, selon sa coutume, blâma cette détermination, et toutefois il ne put s'empêcher d'y reconnaître l'œuvre de la grâce et les caractères d'une âme prédestinée.

Ébrard se proposa pour modèle saint Thibaut , de l'illustre maison des comtes de Champagne, qui avait donné depuis peu au monde l'exemple du renoncement le plus généreux à toutes les grandeurs et à toutes les jouissances du siècle. Ébrard était marié, mais n'avait pas d'enfants. Il eut soin de cacher son départ à sa femme , ainsi qua tous ses parents. Il se déguisa en charbonnier, et s'éloigna de son pays avec les compagnons qui partageaient ses pieux projets. Ils se rendirent (Jans des forêts , où ils s'occupèrent à faire du charbon qu'ils vendaient ensuite dans les villages voisins, évitant tout ce qui aurait pu les faire reconnaître.

Une telle vertu était trop éclatante pour ne pas donner de la jalousie au prince des ténèbres. Un jour le démon apparut à Ébrard sous la forme d'un homme d'extérieur agréable, qui, après lui avoir adressé plusieurs questions, le pressa avec tant d'importunité de lui dire qui il était , que le solitaire, quoiqu'il se défendit assez longtemps de satisfaire à ses questions, ne put s'empêcher de lui dire SOUS le secret : « Je suis Ebrard , autrefois comte de Breteuil , qui , comme vous le savez, ai fait assez belle figure en France; mais qui, pour expier mes "péchés , me suis volontairement exilé en ce lieu de pénitence. » 11 n'eut pas plutôt achevé de parler que l'esprit tentateur disparut et

le laissa couvert de confusion. Ébrard admira l'impudence de l'ennemi, puis se tournant vers ses compagnons , qui avaient été témoins du dialogue, il leur dit aussitôt : a Mes frères , la solitude et l'exil volontaire que nous nous sommes choisi, peuvent nous conduire au salut; mais le discours que le démon vient de nous tenir nous démontre les dangers auxquels nous serons soumis , si nous voulons y persévérer : la présomption et l'orgueil. Il est donc plus sage d'aller nous établir ailleurs ; nous y triompherons plus facilement des pièges de satan; soumis à l'obéissance et à l'humilité, nous serons exempts des dangers que nous courons ici. L'abbaye de Marmoutier est un lieu très-propre à exécuter le dessein que nous avons pris de nous consacrer entièrement à Dieu et d'achever nos jours dans la pénitence; c'est là que nous devons fixer notre demeure sur la terre , pour mériter d'en avoir une permanente dans le ciel. »

Après ce discours , la pieuse troupe prit le chemin de Tours, et vint se jeter aux pieds de l'abbé saint Barthélémy, qui reçut les solitaires comme des anges du ciel Mais il se rencontra naturellement un obstacle qui retarda quelque temps l'accomplissement de leurs vœux. Ébrard étant dans les liens du mariage ne' pouvait faire profession de la vie monastique sans le consentement de son épouse ; et il était difficile d'obtenir ce consentement d'une jeune femme, de naissance illustre, qui se voyait presque aussitôt veuve que mariée, sans avoir connu les joies de la maternité. Comme l'affaire était délicate, le saint abbé de Marmoutier se chargea de la négocier lui-même, retenant pendant ce temps-là Ébrard au monastère sous son habit séculier.

Lorsque la renommée eut appris que le saint fugitif était à Marmoutier, Hugues, son frère, s'y transporta aussitôt, dans l'espoir de le faire renoncer à suu dessein et de le rendre à la famille (l). Mais Ébrard lui par la de Dieu, du mépris

(1) Sur le caractère de Hugues de Puiset, voir Suger, de Vita Ludovici Grossi , c. xyiii et seq.

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du monde, et du soin qu'il devait avoir lui-même de son salut, en des termes si forts, que ce seigneur, touche' d'une vive componction , donna à l'abbaye l'autre moitié de la terre de Notouville, en considération de son frère, et porta sur l'autel de Saint-Martin ïacte de cette donation, en présence de Guicher, seigneur de Château-Regnaud, de Sulpice de Ghanmont et de plusieurs autres personnes de qualité (1). Ébrard, ayant obtenu le consentement de sa femme, prit l'habit religieux , et fit profession de la vie monastique. Gomme on devait l'attendre d'un caractère aussi généreux, il donna dans le cloître l'exemple de toutes les vertus , faisant chaque jour de nouveaux progrès. Autant il avait montré d'orgueil , autant il fit paraître d'humilité. Soumis et obéissant à ses frères , il se montrait le plus humble, le plus mortifié de cette nombreuse et sainte communauté. Pour cacher ses talents et se faire oublier, il affectait les manières d'un homme rustique , ne désirant que les fonctions les plus basses, les offices les plus pénibles du cloître (2). Son abbé ne laissa pas de l'employer dans des affaires importantes et de lui confier plusieurs négociations difficiles; mais elles ne servirent qu'à faire éclater davantage son mépris du monde et son humilité. Dans tous les voyages qu'il fit par ordre de son supérieur , on ne put jamais le déterminer non-seulement à loger , mais même à entrer dans aucun des châteaux qu'il avait quittés pour Jésus-Ghrist.

(1) D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier , t. I, part. 1, p. 480 et suiv.

(2) Quem postmodum sub monachica (veste) positum tanta corpus suum vilipensione habere conspeximus , ut indumenti vilitas , vultus dernissio , membrorum exilitas , non fuisse comitem , sed agrestem rusticol uni loqueretur. Et cum per urbes ac oppida pro abbatis imperio mitteietur, nunquam propria adduci potuit voluntate, ut castella quae reliquerat vel semel ingredi pateretur. Hœc, quae supcrius relata sunt, ipse raihi retulit, cum me adbuc juvenculum tantopere veneraretur, atque suae consanguinitatis ascisceret , ut amoris sui , atque cultus , speciali quadam singularitate donaret. — Guiberti de Novigento opéra , p. 444.

Les grands exemples qu'Ébrafd donna sons l 'habit monastique, rendirent de nouveau son nom illustre dans le monde et dans les cloîtres; en sorte que les religieux de Saint-Calais l'élurent pour leur abbé après la mort de Hugues (1). Cette élection, inspirée par les plus louables motifs, éprouva cependant de la contradiction de la part de quelques personnes qui ne sont pas clairement désignées, mais qui appartenaient probablement au clergé de la cathédrale. Le doyen Geoffroy, dont nous aurons beaucoup à parler, se fit l'écho de ces réclamations; il en écrivit à saint Yves, évoque de Chartres, lui répétant toutes les calomnies que la malignité avait pu inventer (2). Mais

(1) Une charte de Marmoutier , de la fin du xie siècle , nomme Ébrard religieux de Marmoutier et abbé de Saint-Calais , ce qui ne peut convenir qu'au célèbre Ébrard dont nous parlons; car, comme le fait observer D. Martène , il n'est plus fait mention de lui dans aucune des chartes de Marmoutier à partir de cette époque. Histoire de V abbaye de Marmoutier , Ms. , part. 1 , t. I, p. 480-455.

(2) Yvo , humilis Ecclesiœ Carnotensis minister, Gaufrido , Cenomanensis Ecclesiœ decano , salutem. — Multis et magnis negotiis, fraternitati tuœ sufficienter ad prœsens scribere non potui. De Ebrardo ( al. Eberardo ) tamen hoc tibi respondeo , quia cum morum acerbitate , et tam actuum suorum quam verborum importabili prœsumptione confratres suos fréquenter offeuderet , hoc modo liceqtia.ni ab eis promeruit, et hoc tantum ut monachus Majoris Monasterii maneret obtinuit. Qui ergo contempto clericatu ad monasterium confugit , et e converso contempto monasterio iterum ad ciericatum aspirare contendit , non mihi facile suscipiendus videtur ab bis, quibus vita et doctrina et moribus nondum fuit manifestas. Si ergo hujusmodi personae intentione le senseris praegravari , libéra est tibi facilitas refutandi , quia secundum decretum Pape Gelestini ( c. xii. nulkis, distinct. 61), tune primum aller de altéra eligendus est Ecclesia , si de civitatis ipsius clero, cui episcopus est ordinandus , nul lus dignus fquod evenire non credimusj potuerit reperiri. Et quia per te sapis, supcrfluum mihi videtur te instruere , quibus aucloritatibus debeas ignotos , et ex transverso venientes refutare. Hoc tamen consulo tibi , ut abbatum Majoris Monasterii, cujus adhuc monachus est, commonefaciatis :q;ialinus prœdictum Ebrardum a taii ambitione compescat, ac rcgulari severitatc, si sit necesse, coerceat. Licet enim abbatem eum iieri consenserit , non tamen eum a jugo monasticœ disciplina; liberavit. Vale. Divi Yvonis , Carnotensis episcopi , opéra omnia, edit. Front., part. 11 , p. 24. — Cfr. Bibliothèque de V école des Chartes , 4e série, t. I, p. 452.

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que pouvaient l'envie et la calomnie contre une vertu si éprouvée? aussi ne tinrent- elles pas longtemps; Ébrard devint abbé de Saint-Galais. On ne connaît que très-peu de chose de l'administration de cet illustre prélat; mais tout porte à croire que la fin de ce grand homme correspondit à de si beaux commencements, et que sa mort fut aussi sainte que sa vie. Guibert, qui avait appris de sa bouche la plus grande partie de ce qu'on sait de lui aujourd'hui, le propose comme le modèle le plus accompli d'une parfaite conversion; il met celle d'Éhrard à la tète de toutes celles qui étaient arrivées de son temps (1). Lorsque Hugues de Puiset vint à mourir, Ébrard ne jugea pas à propos de se rendre près de lui ; mais il lui procura un anniversaire à Marmoutier. Il n'oublia jamais cette dernière abbaye, y fit de fréquents voyages, et intervint en plusieurs affaires qui la concernaient , depuis qu'il fut abbé de Saint-Galais. Dans le diocèse du Mans, il figure également en diverses circonstances importantes, qui témoignent de la considération dont il était entouré : en 1095 il siège le premier des abbés en la cour de l'évêque "du Mans (2) ; peu après il est témoin de la donation de l'église de Boeçay , faite à l'abbaye de Pruillé, au diocèse d'Angers, par le comte Hélie (3). Ébrard dut favoriser l'étude des lettres, dont la tradition ne s'était jamais peixlue à Saint-Galais. Avant son entrée à Marmoutier , son instruction était à peu près nulle, comme celle de la plupart des seigneurs de son temps; mais à peine fut-il entré dans le cloître qu'il prit la science en estime, et la regarda comme le complément des vertus qu'il possédait déjà (4-).

(1) Touché (le l'exemple d1Ébrard , Simon, comte de Gresy-en»Valois, se convertit et renonça au monde. Guibert de Nogent, de Vita sua, cap. x. — D. Bouquet, t. XI ï , p. 237.

(2) D. Martène , Ampliss. collect., t. î, col. 562.

(3) Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 180.

('■) Cui inolitum quiddam curialissimum fuit, ut si quos repcriret, quos prœ minore litcris scirct, in libellulo, quem ad id operis sccum ipse en h o gefUwt i quetnque pro ^uo capta iHctUftre yrOFt , seu versibus

Vers le même temps, ou peu auparavant, le domaine féodal de l'abbaye de Saint-Calais éprouva une grave atteinte. La seigneurie de la ville, qui s'était formée à l'ombre de son sanctuaire, lui appartenait en vertu même de sa fondation; elle fut usurpée par une famille puissante, probablement par celle qui donna au siège du Mans un évêque du nom de Guillaume de Saint-Calais. Hugues IV, vicomte de Chàteaudun, fit l'acquisition de cette seigneurie vers le milieu du xu« siècle , et depuis ce temps-là elle resta attachée à la baronnie de Montdoubleau (1).

Le prieuré de Saint-Victeur continuait d'être l'un des sanctuaires les plus vénérés du diocèse du Mans; aussi vit-on à la même époque Hugues de Rosset lui donner les rentes qu'il possédait sur une métairie située à Domfronten-Champagne ; et Hugues de Sillé-le-Guillaume lui fit un don encore plus considérable (2).

Il y eut aussi, pendant l'épiscopat d'Hoël, plusieurs fondations de prieurés en faveur des monastères situés hors de la province. L'un des plus considérables fut celui de Saint-Gilles de Pont-de-Gennes(3). En l'année 1092, Agnès, veuve de Hugues de Pont-de-Gennes , donna à l'abbaye de Saint- Avit, au diocèse de Chartres, dans laquelle ses deux filles Pétronille et Adrehilde avaient pris le voile, ce prieuré qu'elle fonda et dota de ses propres biens. Elle lui

cogeret; ut dum quorumcuraque , qui superes praedicabantur studio, dicta colligeret, ex dictis etiam singulorum sensa libaret. Quae siquidem , quamvis per se non caperet ex eorum tamen , quibus hœc legenda pandebat, indubie sententia mox teneret , in quo potissimum quis aut in sensu, aut carminé accuratiora dixisset... Venerabilis Guiberti de Novigento opéra , p. 484.

(1) D. Alexandre Duval ( Historien rogalis abbatiœ soncti Cari/efi Awsoleasis compendium , Ivls., à la Biblioth. Impér. ) attribue cette usurpation aux comtes de Vendôme et la rapporte à une époque postérieure. — Cfr. Beauvais de Saint-Paul , Histoire de Montdoubleau , p. 146-150. — De Pétigny, Histoire archéologique du Vendomois , p. 275.

(2) Cartularium sancti Victoris , Ms. Gaignières.

(3) Janna, Pons Genœ.

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accorda l'église de Saint- Victeur de Pont-de-Gennes, les chapelles de Saint- André* et de Sainte-Croix à Montfort-le- Rotrou , avec des dîmes , l'église de Vibraye avec des dîmes, le droit de pêche dans la rivière d'Huisne, et antres revenus, qui en firent dès l'origine une communauté fort considérable. Cette maison prit encore quelques développements après la mort de la fondatrice; et pendant plusieurs siècles l'observance monastique y produisit des fruits de sainteté. L'abbesse de Sain t-A vit nommait la prieure, qui présentait aux cures de Fatines (1), de Montfor t-le-Rotrou, de Pont-de-Gennes et de Vibraye. Dans la suite, ce droit de présentation passa entre les mains de l'abbesse de Saint -Avit (2). La conventualité cessa au prieuré de Saint-Gilles de Pont-de-Gennes peu de temps avant la révolution de 1790.

Le prieuré de Saint -Laurent -des -Ermites, dans la paroisse d'Ahuillé (3) , avait été fondé par les premiers seigneurs de Laval; Guy III le donna du temps de l'évèque

(1) Fastina, Fastinœ.

(2) Charta fundationis prioratus sancti ^Egidii et sancti Victoris de Janna. — Hujus vero largitionis testes sunt qui subscripti habentur : episcopus 1-loellus, Wichcrius decanus , Gaufridus Mulot magtster, Gaufridus Brito , Wandelbertus , Gosbertus filius cantoris , Fulconius filius Wandici , Gradulpbus e conventu beati Juliani et Turgii de Taceyo, Richardius de Mcreio, Albericusde Milesia, Avesgastus de Conerario , Hibardus Mala Musca , et duo filii sui Drogo et Fulconius , Joannes de Cupella, Fulconius de Morterio, Patricus, filius ejus , de Morterio , Odo de Noeris, Fulconius de Sancto Michaele. Hugo de Montibus, Hubertus filius Anogerii, Hubertus Vacarice, Hoilerius filius Alberti, Guelenus iilius Hedeberli, Odo filius Algerii et Fulconis frater, îlcrbertus de Malin, Gaulterius forestarius, Rieardus servions, Robertus Adami et Galtcrius filius. f Domina1 Aignetis , t Lucira filial suœ, f Hngonis filii suœ. Ha?c supra scripta doua conlirmavit sigilîo sito Hotrodns junior, anno gratine 1092. -- Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Maris , p. lxxv.

(3) Ililiacus. — Le prieuré était estimé 500 livres, soit 1000 francs, selon Cauvin , et seulement 350 livres, soit 700 francs , selon Le l*aige. la cure de la paroisse était estimée 1500 livres, soit en monnaie actuelle 3000 francs; mais elle était ù la présentation du ebapitre de la catbédrtle.

Hoël à l'abbaye (le la Trinité <le Vendôme. Le pj-ieur^ de

Saint-Pierre à Savigné-sur-Braye (1), fondé en l'an 1090, par Geoffroy de Preuilly , qui hérita peu de temps après du comté de Vendôme, fut aussi donné à ta même abbaye. Le premier de ces établissements était nommé simplement Prieuré des Ermites, et ce nom indique assez qu'il fut premièrement une réunion de pieux solitaires pratiquant la vie érémitique, comme il y en avait encore beaucoup dans le diocèse du Mans et dans les provinces voisines.

On doit rapporter vraisemblablement à la même époque rétablissement du prieuré de Saint-Melaine près Laval. Il fut fondé par les seigneurs de cette ville , et il était desservi par les chanoines réguliers de l'abbaye de Toussaint d'Angers. Le territoire soumis à ce monastère était fort étendu; il comprenait toute la paroisse Saint- Véuérand; mais nous aurons occasion de revenir plus tard sur cet important prieuré (2).

Alberic de Milesse fonda en Tannée 109 1 le prieuré de Saint-Ouen et de Saint-Barthélémy, dans la paroisse de Milesse, et il le donna à l'abbaye de Saint -Julien de Tours (3). On verra sous l'épiscopat suivant le même Alberic de Milesse fonder dans la môme paroisse un autre prieuré.

Les prieurés de Saint-Etienne à Gesnes (A) et de Saint- Pierre à Parné (5) furent établis vers la même époque par

(t) Saviniacus. — Le prieuré estimé 400 livres , soit 800 francs selon Cauvin, et 800 livres , soit 1600 francs selon Le Paige. La cure de la paroisse, à la présentation de l'abbé de Vendôme, valait 1200 livres , soit 2400 francs.

(2) Duchemin de Villiers , Essais historiques sur Laval, p. 388. — Maucourt de Rourjoly, Mémoires sur Laval, Ms., t. I, p. 18S.

(3) L'acte de fondation porte une clause qui mérite d'être remarquée : Je donateur déclare transmettre cette église , «ut monachi faciant serviri pro voluntate et arbitrio eorum. » Le prieuré était estimé 300 livres , ou 600 francs, selon Le Paige, et 1000 livres, soit 2000 francs, selon Cauvin. La cure , à la même présentation, valait 400 livres, soit 800 francs. — Ce prieuré se nommait primitivement, Seal 'aria , des Echelles.

(4) Gêna, Gerrona.

(&) Patrinniacw. Petroniacus, D. Le Hue, Epi tome faniUifJoni?

HOEL. 393

l'abbaye de Saint - Nicolas d'Angers. En l'année 1094 l'évéque Hoël rendit une charte qui confirmait toutes les possessions de l'abbaye angevine dans ces deux paroisses ; et la même année Suhard Thedliolin leur donna les dîmes qu'il possédait sur le territoire de Gesnes. L'année suivante , lorsque le Pape Urbain II vint à Sablé, les moines du prieuré de Gesnes se présentèrent devant lui, le priant de confirmer par son autorité apostolique leurs établissements de Gesnes et de Parné , et le pontife leur octroya ce qu'ils demandaient. En 1093, l'abbé Hoël et les moines de Saint-Nicolas d'Angers eurent à soutenir un procès contre l'abbé Guillaume et les moines de Saint-Florent de Saumur , au sujet de l'église de Chantocé , au diocèse d'Angers ; il se termina , selon l'usage , par une transaction, en présence de Raoul , archevêque de Tours, Hoël, évêque du Mans, et Geoffroy, évêque d'Angers (1).

L'abbaye de Saint-Aubin d'Angers établit plusieurs colonies dans le diocèse du Mans , à l'époque où il était gouverné par l'évéque Hoël. L'une des plus intéressantes fut celle qui fut fondée clans la ville même du Mans , en l'église de Saint-Pi erre-1 'Enterré. Les moines de Saint- Aubin furent redevables de cet établissement à la piété de la famille Ribole. Guillaume Ribole leur en donna la moitié , et Gersende , épouse d'Hubert Ribole, maîtresse de l'autre moitié, leur en fît l'abandon. Elle consentit aussi à l'amortissement de tous les biens que les moines de Saint- Aubin pourraient posséder dans son fief. Elle fut admise avec son fils Geoffroy, par l'abbé Girard , dans le chapitre de l'abbaye , à participer aux prières et bonnes œuvres de la communauté (2).

Une bulle accordée par le pape Urbain 11 , en l'année 1097 , aux religieux de l'abbaye de Saint-Aubin , fait

sancti Nicolai Ândegavensis , p. 32, 82 et passim. — Gallia christiana (vêtus), t. IV , p. GS9. — D. Housseau, carton 3«, n° 882, (1) Ibidem, n« 952.

•2 Pièces JTJstilioatives, n° xuv.

.'{94. HISTOIRE DE l/É&f.TSE DU MANS.

connaître le nombre des prieurés qu'ils possédaient alors dans le diocèse du Mans : le Pontife y prend sous sa protection apostolique les prieurés de Quélaines, Saint-Gault, la Bazouge , Luché , Malicorne , Saint-Pierre-des-Ormes , Ligron, Saint-Aubin-.le-Locquonay (1). Toutes ces propriétés furent transmises à l'abbaye de Saint-Aubin par différents bienfaiteurs, tant ecclésiastiques que laïques. Le chapitre du Mans prétendait des droits sur la plupart d'entre elles; et en Tannée 1111 , comme nous le dirons, il intervint entre lui et les moines un accord par lequel il reconnut tous les droits de l'abbaye.

Foulques Bonnet fut le fondateur du prieuré de Saint- Gault en 1087 (2). il l'enrichit de droits considérables , en prenant soin de garantir ceux dont l'évêque du Mans jouissait au même lieu (3). Ce fut à la piété de Rivanol de Quélaines que l'abbaye de Saint-Aubin fut redevable de la fondation du prieuré des saints Gervais et Protais à Quélaines (A). Le chapitre du Mans fit abandon en faveur des moines des droits qu'il possédait depuis très-longtemps sur cette église (5).

Le prieuré delaBazouge-de-Chemeré était sous le vocable de saint Gervais, et provenait, comme les précédents, d'une concession des chanoines du Mans (6). Nous avons rapporté précédemment les fondations des prieurés de Luché et de Malicorne. Saint-Pierre-des-Ormes avait été concédé

(1) Pièces justificatives, n° xlv.

(%) Le prieuré était estimé ioOO livres, soit 3000 francs, et la cure 1200, soit 2400 francs.

(3) Pièces justificatives , n« xlvi.

(4) Ad defendendam Ecclesie hereditatem adversus calumniatorum , si quando insurrexerint , insidias , ablationis Coloneyisis ecclesie quam Rivalionus Deo et S. Albino obtulit... Régnante Philippo rege et Fulcone Juniore comité Andegavensi , episcopo Cenomanensi Hoello, présente domno Girardo abbate. — Archives de Maine-et-Loire. Copie informe et incomplète du xvnp siècle.

(5) Livre Blonc, fol. 4L V.

(6) La cure de la Bazougc-de-Chemeré , ou de Basoge-de-Chemeré, était estimée 1200 livres, soit 2100 francs.

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depuis peu de temps par le chapitre du Mans à l'abbaye de Saint-Aubin; il était sous le titre de saint Pierre (1). L'église de Notre-Dame de Ligron, sous le même patronage, appartenait également à cette abbaye (2).

Saint-Aubin-de-Locquenay faisait partie de la première dotation de Saint-Aubin , qui la tenait de la main de son# fondateur , le roi Chiklebert Ier ; mais elle avait été ravie au monastère angevin depuis quelque temps. Le pape Urbain II ordonna à l'évêque du Mans de la faire restituer à ses légitimes possesseurs. Hoël se vit obligé d'employer les censures de l'Église contre Hugues de Saint-Aubin et Robert Payen son itère , qui enfin restituèrent l'église et les terres, dont ils étaient détenteurs (3). Tous ces établissements, si l'on excepte les prieurés de Luché, Mali corne et Saint-Aubin-de-Locquenay , cessèrent d'être habités par des moines vers le xive siècle. Les cures , à la nomination de l'abbé de Saint-Aubin, étaient desservies par des prêtres séculiers, avec le titre de vicaires perpétuels.

L'abbaye de Saint-Aubin reçut à la même époque, de la part des seigneurs ecclésiastiques ou laïques du Maine, un grand nombre de dons plus ou moins considérables ; on

(1) La cure de Saint-Pierre-des-Ormes était estimée de 5 à 600 livres, soit de 1000 à 1200 francs.

(2) La cure de Ligron était estimée 7C0 livres , soit 1400 francs.

(3) Le prieuré de Saint-Aubin-de-Locquenay était estimé 1000 livres , soit 2000 francs, selon Cauvin, et seulement 900 livres, soit 1800 francs, selon Le Paige. La cure était de 300 livres, soit 600 francs. Gartulairs de Saint-Aubin, fol. 111 r. — D. Housseau, carton 3e, n° 1003. Traité du franc ateuy p. 297 et suiv. — L'abbaye de Saint-Aubin eut encore d'autres procès pour le prieuré de Locquenay.

« Notum sit presentibus et fuluris quod Herveus Algerl quamdam capellam fecerat in parochia S. Albini de Loconia, contra calumpniam monachorum. Sed tandem resipiscens et jus monachorum recognoscens, per inanus domini Widonis , Cenomanensis episcopi, ipsam capellam monacbis modo dictis et dédit et concessit. — Hoc viderunt et audierunt isti, scilicet : Willelmus prier S. Audoeni, Arnulpbus prier de Fraterniaco , Hubertus decanusde Alcnlbot, Raioerius decanus de Fraterniaco, Lambertus presbiter. » Archives de Maine-et-Loire.

vit aussi plusieurs barons manceaux y revêtir l'habit monastique et y mourir en paix. Hubert de Porrienna et sa femme donnèrent des (limes dans La paroisse de Pingé (1); HameJin d'Antenaise (2), Adélaïde, femme de Geoffroy de

Sablé (3), Arnoud Bosfetz (4), et surtout le sénéchal Girard, qui se iit moine à Saint-Aubin (5; , offrirent aussi leurs dons à l'abbaye. Foulques de Mathéi'elon fonda le prieuré de Saint-Pierre-de-la-Cropte, et le dota richement. Outre l'église , le cimetière , la dime des agneaux , des veaux et des porcs , il lui donna la moitié d'une dîme de pain et de vin qui appartenait à la même église , et fit aussi l'abandon de l'autre moitié de cette dime lorsque serait mort son frère Samuel, qui en avait la jouissance pendant sa vie. 11 ajouta encore à ces dons la dime de deux moulins , la moitié d'un four et la dime de tous ses pacages. Il accorda aux moines droit de pacage pour leurs porcs et pour ceux des hommes dépendant de leur prieuré, avec le droit de prendre du bois dans la forêt pour tous leurs besoins. Il leur permit d'établir un bourg en ce lieu, et voulut que les bourgeois , qui seraient ainsi en leur pouvoir, fussent exempts de rendre aucune coutume à d'autres qu'à eux. Enfin il amortit toutes les acquisitions qu'ils viendraient à faire dans l'étendue de sa terre. Pour tous ces objets , qu'il donna en sus de l'église , afin

(1) Ad Pringi. — Voici les noms des témoins : Guiddo prior (de Luché), Gurhannus, Frotmundus de Viriaco (Viré ou Yvré), Helmannus, monachi, famuli eorum , Lucas , Guiddo filius Berlranni , Samzaellus; et du côté du donateur : Fulcoius de Alneio , Bernardus Suberannus , Warnerius de Columbariis (Coulombiers) et Hamelinus de Montbizot (Montbizot). — Bilard , Analyse, etc., n° 265.

(2) Bilard, Analyse des documents historiques , etc., n° 260.

(3) Bilard , ibidem, n° 245. Adelaidis, soror Gaufridi de Castro Sablulii, Otbrannus abbas, Aldulfus prepositus... Robertus de Insula... Rainaldus de Insula...

(4) Bilard, ibidem, n° 256. Stephanus raonacbus sancti Albini , Paulinus presbiîer, Hugo Mainerius , Waterius Berta, Varnerius de Tfiesuala.

f|) Bilard, ibidem, n°246 et 247,

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d'augmenter les ressources des moines, ii reçut trois cents sous de deniers (1) ; et le monastère lui prêta deux marcs d'or (2). Le prieuré de Saint-Pierre-de-la-Cropte fut longtemps très-florissant, comme on le verra dans la suite (3).

D'un autre côté, Foulques de Mures disputa aux religieux de Saint-Aubin la forêt de Malépiné, dans le voisinage de Sablé et de Pincé. Après de longues contestations, il fut décidé que la question serait vidée par un duel ; mais au jour fixé il ne se présenta pas de champions capables de soutenir le combat, et la décision fut remise à Robert le Bourguignon, qui prononça en faveur des moines, en 1092 (4). Hubert, fils de Raoul, vicomte de Luché , suscita aux moines un long procès à raison de l'église de Luché ; ils n'obtinrent la paix qu'en lui cédant la somme de cent sous (5).

Dès l'année 4087, Jean de la Flèche avait donné à l'abbaye de Saint-Aubin l'église de Saint-Ouen et la chapelle de Notre-Dame, qu'il avait construite dans son château de la Flèche. Son fils Hélie , qui devint plus tard comte du Maine , consentit à ce don. Le seigneur de la Flèche augmenta dans la suite sa fondation, surtout en l'année 1095; enfin étant tombé malade à Ghâteau-Gontier , il demanda avec larmes et reçut l'habit monastique, sous lequel il

(1) Soit 8460 fr. de monnaie actuelle.

(2) Bilard, A nalijse des documents historiques, etc. .n° 239. — Voiciles principales signatures : Fulcode Frumentariis, E-àmcVmus de Altanoissa, Hugo Trop -en -Prend, Watheus de Pratellis , Hubertus de Rolio Her niant , Audefredus Diabolus, Robcrtus de Treviis , Hugo Trop- Sesbat, Mainardus Dos , Tctbaldus de Loio , Rainaldus de Sorgiis.

(3) Le prieuré était estimé 800 livres, soit 1600 francs, et la cure 1200, soit 2400 francs.

(4) Voici les noms : Fulco de Mûris, miles, de Sablulio, Rainaldus, Credonensis domiuus, ... Albericus vicarius, Lisiardus de Monfror , Robcrtus de Pino, Legrinus de Troato , Frotmundus de Viriaco. — Ménage, Histoire de Sablé, part. 1 , p. 11.

(5) Bilard , Analyse, etc., n° 244. Noms des témoins : Fulco de Viendocino , Haynaldus de Malo Levrario , Waldinus de Malicornent , Poganus de Monte du Blcllo , Lincschius dcUnacot, Radulfus rilius Fulcbardi de Lagniaco.

308 HISTOIRE DE i/ÉGLlSE DU MANS.

mourut. Les moines de Saint-Aubin ensevelirent son corps dans leur abbaye. Hé lie , qui assista à cette sépulture , confirma tous les dons laits par son père , et de leur côté les moines l'associèrent , ainsi que Geoffroy son père, aux suffrages de la communauté. A l'époque où se faisaient ces dons , Gausbert, fils aîné de Jean de la Flèche, habitait le Mans. Plein de courroux contre les moines, il se mit à leur contester tout ce que leur avait donné son père. Après de longs débats , dont il ne put rien obtenir , il se montra enfin disposé à entrer en accommodement. L'abbé Girard lui députa trois moines , qui vinrent au Mans trouver l'évéque Hoël pour lui demander ses conseils et son appui, suivant la prescription que leur en avait faite leur abbé. Par l'entremise du prélat, ils parvinrent à s'entendre avec Gausbert, auquel ils accordèrent dix livres de deniers angevins, moyennant quoi ce dernier confirma toutes les largesses faites par son père , durant sa vie et à l'heure de sa mort (1). Ce Gausbert se fit moine peu de temps après à la Couture (2),

Hoël s'employa aussi avec fermeté pour faire recouvrer aux moines de Saint-Aubin les biens qui avaient été usurpés sur eux. En l'année 1095, les sacrements furent refusés par ses ordres à un laïque qui habitait Malicorne et qui était détenteur injuste des propriétés de l'abbaye (3).

(1) Bilan] , Analyse des documents historiques, etc., n° 284. — Voici les principaux témoins : Hugo fVater Gualdini de Malicornent (Malicorne), et Hirardus de Cieiers, et Arehembaldus filius Ulrici ; de monachis : Girardus abbas, et Gaufridus bajulus ejus et Hubertus prior et Motbertus ostiarius et Frotraundus de Viriaco, de hominibus monacborum... Robertus de Treviis , ... Adelardus de Senoniis, ... Hugo de Tirnaio,... Simon de Ceton, Girardus de Cleers, Paganus de Schimiriaco (Cbemiré), Mauricius de Scarbet , Joscelinus de Verreria , Hugo de Tirnaio,.... Hoellus episcopus, Fulchradus cantor, Gosfridus archidiaconus, Radulfus custos, Gandelbertus canônïcus , Jgobertus de Fraterniaco.

Ci) Orderic Vital, Historia eccles., lib. X , p. 769. — D. Bouquet, t. XII , p. 670. — Épitaphe du comte Hélie dans l'église abbatiale de la Couture.

(3) Pièces justificatives , n° ilvii.

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Nous nous sommes étendu sur les faits relatifs à l'abbaye de Saint-Aubin, parce que ne pouvant entrer dans des détails aussi complets pour tous les monastères, ce que nous avons rapporté fournira des lumières suffisantes sur l'époque que nous étudions en ce moment. Nous n'entreprenons pas de raconter toutes les fondations semblables, quoique le plus grand nombre offrit souvent plus d'un trait digne d'intérêt : par exemple le prieuré de Notre- Dame de Céton, fondé par Robert Ghesnel, l'un des barons de Roger de Montgommery , en faveur de Saint-Denys de Nogent-le-Rotrou. Roger de Montgommery, Hugues et Roger ses enfants, Guillaume Gouet, Bernard de la Ferté- Bernard,Rotrou de Montfort-le-Rotrou, et autres seigneurs du pays, furent présents et signèrent l'acte de cette fondation (1). L'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers trouva un bienfaiteur généreux dans la personne de Suhard Tedlïelin, qui lui donna le prieuré de Saint-Étienne de Gennes(2). Le prêtre Geoffroy de Moreio s'étant fait moine en l'abbaye de Saint-Nicolas, apporta au monastère des biens considérables, qui furent réunis au prieuré de Saint-Léonard et Notre-Dame de Fresnay (3). Ce prieuré avait été fondé par les anciens vicomtes du Maine; il eut des jours d'une

(1) Le prieuré de Céton estimé ^000 livres, ou 4000 francs , selon Le Paige , et 4 000 , ou 8000 francs, selon Cauvin. La cure valait 800, ou 1600 francs.

(2) « In Cliristi nominc, ego Subardus, Tedholini lilius, Scriptural sacrse auctoritateadnronitus, sanetorumquopatrum catholicaammonitioneroboratus, ad laicos ecclesiasticum nuliateriuspertinere proftcuum dequo non habet potestatem edere, nisi qui altari deserviunt; qui vero altari descrviunt de altari participantur, dicente Domino por prophetam : « Décimas et primitias terra? vestrœ inferetis... » donavi monacbis S. Nicbolai... de ecclesiis omnibus quae sunt apud Gepnam quodcumque ad me pertinet de primitiis... de bac donatione reVestivi abbatem S. Nicbolai Natalem... Lamberlo de Morenna et Angeris fralre ejus, Rainaldo Bono bomine de Cbimilliaco , Ulgerio de Pruneriis , David de sancto Florentio... » — Ms. d'Hirct , fol. 44 v, et 45. — Cfr. Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 221.

(3) Pièces justificatives , n° xlviii.

400 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DU MANS.

grande prospérité, et on lui donna pour annexe le prieuré de Champfleur (I).

11 faut aussi observer qu'un certain nombre de monastères et de chapitres qui existaient alors sont demeurés complètement ignorés; ainsi, il existait au temps d'Hoél, dans la paroisse de Tassé, un cloître sous le patronage de saint Julien et de saint Turgius; mais depuis longtemps il n'en reste aucune trace (2).

La vigilance d'Hoël s'étendait avec prédilection sur les établissements monastiques, comme nous l'avons vu. Elle ne l'empêchait pas néanmoins de veiller à tous les autres intérêts de son Église. L'école de la cathédrale , en particulier, attirait son attention. Depuis plus d'un demi-siècle, elle était, comme nous l'avons déjà dit, l'une des plus brillantes et des plus fécondes du royaume de France. Cependant elle n'avait pas encore eu de maître d'une réputation aussi universelle que celui qui commença à la gouverner sous l'épiscopat d'Hoël. Ce maître habile était Hildebert de Lavardin, dont nous aurons bientôt à parler avec plus de détail, lorsqu'il sera assis sur la chaire de saint Julien. Dès le commencement de son épiscopat, Hoël l'appela de l'abbaye de Cluny, où il s'était retiré après avoir suivi, dit-on, les leçons de Bérenger dans l'école de Tours, et lui confia le soin de diriger les études dans la ville du Mans. Afin de rendre ses lumières plus utiles à l'Eglise , Hoël lui conféra la dignité d'archidiacre. Les fonctions d'écolâtre passèrent alors au chanoine Renaud , différent de celui qui devint évêque du Mans en 1 J 86 (3) ; mais l'on croit que Hoël et Hildebert n'abandonnèrent pas le soin de conduire eux-mêmes les travaux littéraires et scientifiques des jeunes clercs. Depuis Ermermlphe , la tradition des bonnes études n'avait pas souffert d'interruption

(1) Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 100 , 219 et 221. — Collection D. Housseau, n° 2272.

(2) Voir supra, p. 391.

(3) Livre Blanc , n° 190.

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dans l'Église du Mans; niais l'époque où l'école fut dirigée par Hildebert est sans doute la plus belle période de sa longue existence. Il y enseigna pendant au moins dixsept ans, avant de monter sur le siège épiscopal. L'exemple de ce grand homme contribua puissamment à encourager le goût des fortes études parmi les Mauceaux. D'ailleurs l'évêque Hoël, très-versé lui-même dans les lettres saintes, faisait tous ses efforts pour attirer au Mans des hommes doctes. On vit sortir de notre école plusieurs personnages qui lui firent honneur par la réputation qu'ils acquirent. Baudri , abbé de Rourgueil au diocèse de Tours , célèbre dans ses vers l'un d'entre eux; mais l'éloge qu'il en alaissé est malheureusement incomplet. Il compare cet illustre Manceau à Homère et à Virgile, et il l'invite à lui adresser quelques-uns de ses chefs-d'œuvre (1). Ne faut-il pas reconnaître dans cet archidiacre, qu'il nomme Audibertus, le célèbre Hildebert lui-même?

Le même Baudri adresse encore des vers à un clerc du Mans, nommé Radulphe; il y célèbre le mérite de ce personnage, et l'invite à venir le visiter dans son abbaye (2). Quel était ce Radulphe? Probablement il s'agit de ce chanoine qui aida Hoël à faire rendre justice aux religieux de Saint -Aubin d'Angers dans le procès que leur suscitait Gausbert, frère du comte Hélie (3). Ce chanoine Radulphe était aussi remarquable pour son zèle que pour sa doctrine ; il rendit de grands services au chapitre, lit plusieurs fondations qui témoignent de sa piété et de sa générosité , et légua en mourant à la bibliothèque du chapitre un Missel et les Actes des Apôtres (4).

(\) Audiberto Cenomanensi archidiacono.

Casus jocimdas imper mihi contulit odas , Audebcrtc , tuo de nomine prsetitulatas , etc.

Du Chesne, t. IV, p. 271, n'a publié qu'une faible partie de ce poëme; il se trouve complet dans le'manuscrit de la reine de Suède, n° 1861, au Vatican.

(2) Radulfo Cenomanensi.— Bibliothèque du Vatican, Ms. cit., fol. 147.

(3) Bilard , Analyse des documents liistoriques, etc., n° 284.

(4) Martyrologium capituli Çenomanensis , fol. 113, r., vi idus aug.

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