VIT
SUITE ET FIN DE L'ÉPISCOPAT d'HOEL.
État du chapitre du Mans sous l'épiscopat d'Heël. — Confraternité avec l'abbaye de Saint-Julien de Tours. — Ermites et principaux ermitages dans le diocèse du Mans. — La Croisade ; Pierre l'Ermite prêche à Laval.— Liaison de l'évèque Hoël avec Raoul 1er, archevêque de Tours. — L'évèque de Dol veut disputer à celui du Mans le rang de premier suffragant. — Fausses démarches de Hoël pour soutenir l'archevêque de Tours dans d'injustes prétentions. — Hoël présent à plusieurs conciles. — Son voyage à Rome et son séjour à l'abbaye de Cluny. — Il accompagne Urbain H venant en France. — Le Pape séjourne vingtsept jours dans le diocèse du Mans. — Principaux seigneurs manceaux engagés pour la croisade. — Raoul de Domfront , patriarche d'Antioche. — Mort de l'évèque Hoël.
L'école de la cathédrale , d'où sortirent tant de disciples remarquables , était sous la surveillance de l'évèque et du chapitre. On vient de voir que le chapitre comptait plusieurs membres très-distingués à cette époque; nous pourrions encore nommer d'autres chanoines d'un mérite
Historia Universitatis Parisiensis , t. I , p. 603. — D. Mabillon, Annules 0. S. B., lib. LXXIX,num. 106; et Appendix , t. VI , p. C69. — Hauréau , Histoire littéraire du Maine, t. I , p. 293. — On ignore la date précise de la mort d'Hervé; elle dut arriver de 1130 à 1145. (I) D. Rivet , Histoire littéraire de lu Franc*, t. VII, p. 146.
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incontestable. Aussi les plus grandes familles ambitionnaient riionneur d'entrer dans ce corps. Hugues, fils de Guy III de Laval, avait d'abord épousé Agnès, fille de Gaultier , seigneur de Mayenne. Après la mort d'Agnès, il se lit ordonner prêtre et devint chanoine du Mans; c'est en cette qualité qu'il signa plusieurs dons faits par Guy IV aux abbayes de Sainte-Croix de Vitré et du Ronceray d'Angers (1).
Nous avons déjà signalé les franchises accordées au chapitre par le roi Guillaume le Conquérant, le comte Hugues, fils d'Azzon, et le comte Hélie. Hubert de la Guerche (2) donna l'église de Cersiacus , que son oncle Gonthier avait déjà offerte au chapitre , et il y ajouta de son chef une terre (3). Foulques de Tusse (4-) restitua pour une somme de deniers l'église d'Allonnes, qui avait appartenu à l'église cathédrale dès l'origine (5). Le chapitre usait de ses revenus d'une manière en général très-louable; ils étaient largement employés à soutenir des écoles et des hospices. Dès avant l'année 1096, ce corps fit des dons considérables à l'abbaye de Saint-Julien de Tours, avec laquelle il avait des liens de confraternité qui remontaient loin dans le passé. Cependant il s'était élevé une contestation entre ces deux corps au sujet de la terre de Vaubouan (6) , hameau de la commune de Beaumont-la- Chartre, cédée du temps de l'évêque Sigefroy au monastère de Saint-Julien, et réclamée depuis par le chapitre. Après une longue discussion, les chanoines, sur les instances pressantes de l'évêque Hoél, consentirent à abandonner leurs prétentions. Les moines leur remirent la somme de trois cents sous (7), monnaie du Mans, s'engagèrent à payer
(1) Maucourt de Bourjoly, Mémoires historiques sur les seigneurs de Laval , t. 1, p. 127.
(2) Guirchio.
(3) Martyrologium capituli Cenomanensis , fol. 46, r., iv non. mart.
(4) Vu lco de Tussiaco.
(5) Martyrologium, xix kal. febr.
(G) Vallis Borna.
(7) Au pouvoir actuel de l'argent, cette somme équivaut à 7920 IV,
410 HISTOIRE DE l/ÉGLISK DU MANS.
à la fête dos saints patrons Gervais et Protais une rente de trois sous, et de plus à faire pour les chanoines du Mans défunts les mêmes prières et aumônes que l'on pratiquait dans l'abbaye ; à la mort des moines (1).
Une très-austère pauvreté et le zèle apostolique le plus actif donnaient aune autre classe de personnes engagées dans le service de Dieu une action intime sur la population de notre diocèse, mais principalement sur les classes inférieures de la société. Depuis longtemps des ermites formant de petites communautés, d'autres vivant absolument isolés et séparés du commerce des hommes , s'étaient établis dans presque toutes les forets et les lieux déserts du Maine. Dévoués aux plus rigoureuses pratiques de la pénitence, ils choisissaient souvent pour retraites les simples trous des rochers. Dans les grottes naturelles ou les excavations pratiquées depuis plusieurs siècles sur les flancs des gracieux coteaux qui bornent la vallée du Loir , on reconnaît les traces de ces pieux ermites, aux autels mutilés et aux sculptures grossières qui retracent encore l'image du Sauveur en croix (2). Il est certain que quelques-unes de ces grottes avaient été sanctifiées par la présence des solitaires dès le ive et le ve siècle (3) ; les traditions de la vie érémitique ne semblent pas s'y être éteintes jusqu'au xne siècle. D'autres parties du diocèse voyaient également de fervents solitaires expier par les privations et les macérations les péchés des hommes. Les forêts de la Charme, de Nuz , de Concise , les rochers du Passais et des bords de lErve, et les autres lieux déserts du diocèse offraient des retraites à ces âmes avi les de contemplation. Malgré les difficultés que l'on éprouve à retrouver les traces de ces ermitages, où tout respirait la pauvreté la plus absolue, on peut croire que les solitudes
(1) Livre Blanc , n° 119.
(2) De Pétigny , Histoire archéologique du Vendomois , p. 39 ; voir les pages supplémentaires à la fin du 1er liv.
(S) Acla Sanctorum, ad diem IXmaii, Vita sancti Beati, num. 4, et passim. — Histoire de P Église du Mans, t. I, p. 61-63.
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de Chaumont près de la Roche-Mabile (1) , de Fontaine- Géhart (2), de Pont-Aubray (3), de Château-l'Hermitage (4), des bords du Loir , et quelques autres encore étaient dès l'épi scopat d'Hoël, et même antérieurement, comme des centres auxquels se rattachaient les ermites dispersés dans d'autres cantons de la province.
La plupart de ces établissements éprouvèrent une modification profonde dans le cours du xne siècle ; ils furent remplacés par des prieurés ou par des léproseries. Les solitaires qui les avaient fondés et habités pendant tant de siècles, suivaient , au moins dans les derniers temps , la règle de Saint-Augustin; mais la trop grande liberté dont ils jouissaient, le défaut de subordination introduisirent le relâchement dans plusieurs de ces saintes retraites; ce qui contraignit ceux des ermites qui avaient conservé l'étincelle du feu sacré à rechercher une discipline plus ferme dans l'ordre monastique. La vie érémitique ne fut cependant pas abandonnée entièrement; on en verra des restes dignes de l'admiration des hommes de foi jusqu'au commencement du xviue siècle. D'ailleurs le grand réformateur de la vie du désert, le bienheureux Robert d'Arbrissel commença à faire entendre sa voix puissante dans notre diocèse dès l'année 1090 ; mais nous devons réserver à l'épiscopat d'Hifdebert les détails sur ce saint personnage, auquel l'Église du Mans doit une juste reconnaissance.
Cependant toute l'Europe était ébranlée par les prédications de Pierre l'Ermite , qui appelait les chrétiens d'Occident à se lever en armes pour délivrer leurs frères de la Palestine, opprimés par le fanatisme des musulmans. Un pieux enthousiasme saisissait toutes les âmes
(1) Guide du voyageur dans la France monumentale, p. 82.
(2) D. Martènc, Histoire de l'abbaye de Marmoutier , t. I , part, t , p. 687.
(3) Vitl. supra, p. 191.
(4) Chartes du cftbinet de M. La Benuluèro.
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chrétiennes pour ces lointaines expéditions que l'histoire connaît sous le nom de croisades. « L'Europe, renouvelée par l'Église et purifiée par saint Grégoire VII, entrait dans son âge héroïque. La religion, qui avait présidé à son réveil, devait diriger son essor. Cet essor se porta fers l'Orient, vers la ville sainte, vers le tombeau du Christ au pouvoir des infidèles. La croisade , dont on reconnaît l'idée mère dès l'époque de Charles Martel et de Charlomagne, mûrie au soleil de la papauté, sous l'influence de deux moines assis sur la chaire pontificale, Sylvestre II et saint Grégoire Vit, fut entreprise et réalisée surtout par la France (1). »
Déjà depuis longtemps de nombreux rjèlerins s'acheminaient vers Jérusalem ; et à partir du vnr3 siècle, c'est, pour parler le langage des chroniques, une incroyable, une infinie multitude d'hommes qui se dirigent vers les lieux témoins de la vie et des miracles du Sauveur , et ces pèlerins sont l'objet de la sollicitude des conciles, des évoques et des rois. Le mouvement redouble après l'an 1000: l'Europe semble vouloir s'arracher de ses fondements pour tomber sur l'Asie. Dans notre contrée, l'exemple du comte d'Anjou, Foulques Nerra, auquel ses nombreux voyages en Palestine firent donner le nom de Palmier et de Jérosolymitain , contribuèrent puissamment à rendre ces voyages populaires. Lorsque l'ébranlement est donné, le christianisme ne se contente plus de refouler les enfants de Mahomet au midi de l'Espagne ; il se prépare à exercer sur l'Orient de terribles représailles ; et , dans cette réaction, il n'est pas seulement stimulé par l'esprit de prosélytisme , il obéit à une nécessité. Il faut bien le répéter aux froids détracteurs du moyen âge, qui traitent les guerres saintes de pieuses folies , une croisade turque était sur le point d'éclater, quand la croisade chrétienne commença. Qui ne sait qu'en 4063 le sultan Alp-Arslan avait fait massacrer en Orient plus de quatre-vingt mille chrétiens ;
(1) Germain , Histoire de V Église de Nime» , t. 1? p. 156.
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qu'en 4065 soixante mille pèlerins qui se rendaient à Jérusalem avaient péri par la main de ses sujets; qu'en 1071 un empereur de Constantinople , Romain IV , avait été battu et fait prisonnier; qu'en 1084 enlin , pour nous en tenir à quelques grands faits , la Palestine entière et toute l'A sie- Mineure venaient de passer sous la domination musulmane? Indépendamment des motifs religieux qui pouvaient la porter à délivrer le saint sépulcre , l'Europe chré tienne avait donc à choisir entre une invasion à subir et une invasion à tenter. Ses ennemis étaient aux portes ; elle aima mieux les saisir que d'être saisie par eux; et, au nom de Jésus-Christ, elle se leva en masse. Selon l'expression prophétique du patriarche, Japheth devait se dilater et habiter en vainqueur sous les tentes de Sem (1).
Investi de la mission d'appeler l'Occident à la délivrance de la terre sainte, l'ermite Pierre parcourt l'Italie et la France , il fait le tour de l'Europe , nu-tête , nu-pieds , couvert d'une robe de laine grossière , monté sur une mule. 11 est maigre et chétif ; mais son œil vif et pénétrant et son élocution facile révèlent l'esprit dont il est animé. Le peuple, étonné de son austérité, ému de la peinture saisissante qu'il faisait des maux dont il avait été témoin , et que lui-même avait soufferts en Palestine, le proclame saint , prophète , et le suit en foule. Les discours qu'il a fait entendre sont répétés par les moines, par les pèlerins qui ont visité Jérusalem , et en reviennent journellement, portant encore les traces des supplices endurés, des chaînes dont ils ont été chargés. C'est au milieu de cet enthousiasme , impossible à décrire, que le héraut de la croisade porta ses pas jusque dans le diocèse du Mans. On a des traces de son séjour à Laval. Partout sa parole enrôlait des soldats pour le Christ, partout elle produisait <î<'s fruits de sanctilication. 11 appelait tous les pécheurs à l'aveu et à la pénitence de leurs crimes, et beaucoup
(1) Dilate! Deus Japlieth , et habitct in tabernaculis Sera, sitquc Clianaan servusejus. — Gènes, ix , 27.
répondaient par leur changement de vie aux exhortations du pieux ermite. De ce nombre lut un homme nommé Pinel de Stromeio (1). Il retenait injustement un pré que sa femme Christine Yesosia avait donné en mourant au prieuré de Notre-Dame d'Avesnières, gouverné par la prieure Burgondia, femme d'une grande distinction. Pinel reçut des conseils de Termite Pierre , et lit la restitution demandée par la justice. Plus tard , étant retenu prisonnier dans le château de Mayenne , il s'applaudissait d'avoir écouté les avis du pieux ermite, comme l'attesta le prêtre Roger, qui avait reçu sa confession dans la prison (J). Ce trait fait juger des résultats que produisait la prédication de Pierre l'Ermite partout où il se faisait entendre. Pendant ce temps, l'évêque Hoël assistait de ses conseils l'archevêque de Tours Raoul Ier. Une étroite amitié régna constamment entre ces deux prélats. Quoique Raoul fût doué d'un talent remarquable et d'un caractère ferme qui lui mérita des distinctions très-honorables de la part de saint Grégoire Yïï , on doit reconnaître qu'il commit beaucoup de fautes dans les premiers temps de son administration. Ses démarches injustes et précipitées contre l'abbaye de Marmoutier et contre le chapitre de Saint-Martin lui ont attiré le blâme de la postérité. Mais les dernières années de ce prélat furent dirigées dans une voie plus heureuse; ce furent celles durant lesquelles Hoël 'le seconda de ses lumières (3). L'archevêque Raoul apporta une résistance inflexible aux débordements scandaleux de Foulques le Réchin , et eut l'honneur d'être en retour chassé de son siège par ce prince (4) ; durant cette vacance forcée , l'évêque Hoël prit l'aJministration de l'Église de Tours, selon
(1) Pinellus de Stromeio. —Peut-être Estromeio, Entrâmes?
(2) Cartularium beatœ Mariœ Caritatis Andegavensis , n° 380.
t3) D. Mabillon , Vetera analecta , t. III , p. 289 et 290. — D. Bouquet, t. XII, p, 541 et 542. — And. Salmon , Chroniques de Touraine, p. 126, 129, 189, et passim.
(4, D. Bouquet, t. XII, p. 459-463. — Salmon, Chroniques de Touraine , p. 129, et passim.
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son droit de premier sufFragant. Par sa fermeté et la protection de Grégoire VIî, Raoul fit reconnaître les droits de son Église métropolitaine sur toutes celles de Bretagne. Les évèques de Dol réclamèrent le premier rang dans la province après l'arche vêque, et ils paraissaient d'autant plus fondés dans leur prétention, que le Saint-Siège leur accordait presque toujours Tu sage du pallium. Mais les évêques du Mans , s 'appuyant sur le rang que notre Église avait toujours tenu dans la province de Tours, et sur le caractère épiscopal de la célèbre notice de l'empire qui porte le nom de l'empereur Honorius, déjouèrent les prétentions de ces rivaux (1). Cette controverse commença sous le pontificat de saint Grégoire VII, entre Févèque Hoël et 1 evêque Éven. Elle se renouvela de siècle en siècle jusqu'au xvnie. D'après les rapports qui existaient entre notre évèque et son métropolitain, on peut croire que celui-ci seconda les efforts de son ami dans le maintien de ses droits. Le succès couronna les efforts de Hoël : aussi le voyons-nous administrer l'archevêché de Tours, non-seulement lors de l'expulsion de Raoul , que nous venons de raconter , mais encore lorsque ce prélat fut suspendu de ses pouvoirs, en 1081. Enfin l'affection de Hoël pour son métropolitain fut inébranlable , au temps même où tous les autres suffragants de Tours, par crainte de la puissance séculière, n'osaient lui témoigner leur respect et leur obéissance* Aussi l'archevêque lui écrivit de son lit de mort, le remercia des services qu'il lui avait rendus, et le félicitant de son obéissance, il se plaignit de la conduite des autres suffragants. Dans cette lettre, il ajoute : « Combien serait heureuse la métropole de Tours, si le Ciel lui eût donné deux ou trois fils comme vous! » Après la mort de Raoul, Hoël rendit encore de grands services au diocèse de Tours. Tout y était dans la plus grande confusion,
(1) Ceci confirme ce que nous avons dit dans notre dissertation sur l'évèché des Diahlintes. — Histoire de l'Église du Mans , t. I , p. 425-442.
par suite de la rivalité entre la puissance ecclésiastique
et le comte d'Anjou, tîoël travailla avec ardeur à une réconciliation; il fit rentrer les clercs qui avaient été bannis, et rétablit la régularité. Il présida un synode et résida souvent à Tours, tenant en tout la place du métropolitain (1).
Le zèle de l'évèque Hoëi et son fidèle attachement pour Raoul de Tours le firent assister à plusieurs conciles qui se célébrèrent dans des provinces assez éloignées. En 109-4 il était présent à celui de Brives. Il se rendit à cette assemblée pour soutenir les intérêts de l'archevêque de Tours, qui, ayant voulu malheureusement porter atteinte aux immunités de l'abbaye de Marmoutier, s'était laissé emporter à des violences pour lesquelles il fut frappé d'excommunication par le légat Amat. Hoël prit vivement le parti de son métropolitain. La cause fut plaidée devant le concile présidé par les légats du Siège Apostolique , et elle fut décidée en faveur de l'abbaye de Marmoutier; les dispositions de Raoul et d'Hoël ne changèrent en rien, comme l'observèrent dès lors les religieux, et comme la suite ne le fit que trop voir (2).
En effet, de nouvelles entreprises contraires à leurs droits obligèrent bientôt après les religieux de Marmoutier à demander justice dans une assemblée de prélats réunie à Autun , et présidée encore par les légats du Saint-Siège. L'évêque du Mans s'y trouva présent avec Raoul de Tours. Les prétentions de nos deux prélats ayant été de nouveau condamnées, ils feignirent l'intention de se réconcilier avec
(1) D. Mabillon, Vetera analecta , t. III, p. 289 et 290.— Annales 0. S. B.,Ub. LXVI, num. 11, et passim.— D. Bouquet, t. XII , p. 459- 461, et passim. — Salmon, Chroniques d^ Touraine, p. 126, 129, 189, et passim.— Maan , Ecclesia Turonensis, p. 88-96. — Gallia christiana (vêtus), t. I,p. 761-763.
(2) Divi Yvonis, Carnotensis episcopi , opéra omnia , p. 164 (edit. Front.) — Labbe, Concilia, t. X, col. 499 et 500. — D. Mabillon , Acta Sanctorum 0. S. B., prœfat. ad 1 part, sœcul. xi, § 3. — Idem, Œuvres posthumes, t. III, p. 79 et 162. — D. Martène, Histoire de Marmoutier.
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l'abbaye , mais le retour ne fut pas sincère, ou ces dispositions pacifiques ne tardèrent pas longtemps à faire place à des sentiments tout opposés. Les vexations ayant recommencé , les moines lurent contraints de porter de nouveau leurs plaintes devant un autre concile célébré dans l'abbaye de Bourg -Deols, dont il a déjà été question. Les droits de Marmoutier furent de nouveau reconnus et proclamés par les Pères du concile et par les légats du Siège Apostolique qui le présidaient. Toutefois les adversaires ne voulurent pas se rendre à la sentence, et l'affaire ne fut terminée que Tannée suivante (1096), dans le célèbre concile de Glermont, où les prétentions de Hoël et de Raoul furent définitivement condamnées (1).
Toutes ces assemblées se tinrent clans le cours de l'année 1094. Le jour de saint Jean-Baptiste de la même année, Hoël se rendit, sur l'invitation de Hugues, archevêque de Lyon et légat du Siège Apostolique, en l'abbaye de Saint- Florent de Saumur,avec Aldebert, archevêque de Bourges, et un assez grand nombre d'abbés de l'Anjou et de la Touraine. Le légat y releva Foulques le Réchin, comte d'Anjou, de l'excommunication qu'il avait encourue pour s'être emparé des états de son frère ; ses droits sur ces provinces furent d'ailleurs reconnus parco que son frère avait mérité d'en être dépouillé par le vicaire du Saint-Siège, en punition des violences qu'il avait exercées à l'égard de l'Église de Tours et de l'abbaye de Marmoutier (%.
Sur la fin de cette année 4 09 i , ou au commencement de l'année suivante, Hoël se rendit à Rome. En passant par la Bourgogne, il résida quelque temps dans l'abbaye de Cluny. Hildebert s'y trouva en même temps, soit, connue il est plus vraisemblable, qu'il accompagnât son é\èque en son voyage de Rome, soit qu'il fût venu seulement
(1) Labbe, Concilia, t. X, col. 500. — D. Mabillon , loc. cit. — 1). Martine , loc. cit.
(2) Maxima Bibliotheca Patrum, t. XX, p. 2 ( edit. Lugd. ). — D. Mabillon, Œuvres posthumes , t. 111, p. 157. — Gallia christiana (nova), t. IV , liftnitn., col. 10. — D. Bouquet, t. XII , p. 664.
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4iB HISTOIRE DE L ÉGLISE DU MANS.
pour visiter le monastère qui avait abrité sa jeunesse. Saint Hugues gouvernait alors l'abbaye de Cluny, il reçut avec sa charité ordinaire l'évêque et l'archidiacre du Mans, et leur fit une prédiction dont celui-ci nous a conservé le récit. Le saint abbé les conduisit tous les deux dans une petite cellule en laquelle il avait coutume de parler aux personnes qui venaient le visiter. Après que Févèque et l'abbé se furent mutuellement promis de prier l'un pour l'autre, saint Hugues regarda à plusieurs reprises Farchidiacre , et enfin il lui dit : « Prenez garde de ne pas manquer à la grâce de Dieu; vous ne resterez pas toujours dans le rang et le ministère que vous.remplissez actuellement. » Hildebert ajoute : l'événement a confirmé la prophétie, car l'année suivante cet archidiacre fut élevé à la dignité épiscopale (1).
L'Italie était agitée du même mouvement qui semblait soulever la France entière ; tout se préparait pour la croisade. Le Souverain Pontife Urbain II favorisait l'entreprise de tous ses moyens , et il se disposait à passer en France , pour hâter les préparatifs de la guerre sainte. Après avoir visité Rome , où il fut bien accueilli du Pape , Hoël s'attacha aux pas d'Urbain et le suivit jusqu'à Clermont. Il assista d'abord au concile de Plaisance, présidé par le Souverain Pontife , sur la fin de février. Les Pères s'occupèrent des plus grands intérêts de l'Église : ils assurèrent la paix des divers états de l'Italie ; réconcilièrent avec l'Église l'impératrice Adélaïde, qui se renferma dans un cloitre et y mourut saintement; suspendirent l'effet de l'excommunication portée contre le roi Philippe Ier ; hâtèrent les préparatifs de l'expédition d'Orient ; renouvelèrent les anathèmes contre les diverses hérésies et surtout la simonie , le concubinage des clercs et les erreurs de Bérenger. On y fit aussi plusieurs canons de discipline, et l'on y termina quelques affaires particulières (2).
(1) Ven. Hildeherti. opéra, col. 922.
(2) Labbe, Concilia, t. X, col. 500 et suiv. D. Mabillon, Œuvres
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Urbain II arriva en France vers le commencement de juillet. Il célébra la fête de l'Assomption à Notre-Dame du Puy-en-Velay. Visitant ensuite l'Église de Valence, les abbayes de la Chaise -Dieu, Saint- Gilles à Tarascon, il parvint enfin à Cluny , où il revit saint Hugues , qui lui avait autrefois donné l'habit monastique. De là il se rendit, avec son nombreux cortège de prélats et de chevaliers, en la ville de Glermont , où le concile s'ouvrit le 18 novembre 1095. On y vit un immense concours, non-seulement de la France, mais encore des royaumes voisins. Le roi Philippe Ier fut de nouveau excommunié , parce que depuis le délai accordé il n'avait donné aucune espérance de conversion, et l'on fit trente-deux canons de discipline qui sont fort utiles pour connaître les usages ecclésiastiques et les mœurs de ce temps-là. Mais le principal objet de ce concile fut la croisade; le Pape prononça un discours pathétique pour engager les princes et le peuple à marcher au secours des lieux saints; ses paroles furent si éloquentes, et elles produisirent une impression si profonde et si générale, que toute l'immense multitude qui l'écoutait s'écria d'une seule voix : Deu lo wolt ! Deu lo wolt ! et ce mot devint le cri de guerre de ces expéditions lointaines. Beaucoup de chevaliers et autres s'empressèrent de s'enrôler pour cette guerre; et pour marque de leur engagement on convint qu'ils porteraient une croix d'étoffe rouge sur leurs habits. C'est pourquoi ils furent appelés croisés, et cette expédition fut nommée la croisade (1).
Les privilèges de Mannoutier furent confirmés dans ce concile , ainsi que nous l'avons, rapporté ; et personne n'y fit opposition. Désormais la réconciliation fut parfaite , et tout céda devant la volonté manifeste du Pontife. Hoël et Geoffroy d'Angers élevèrent la voix avec tous les autres
posthumes, t. III, p. 170 etsuiv. — Vetera analecta, t. III, p. 300 et 301. — D. Bouquet, t. XII, p. 545.
(1) Labbo, Concilia, t. X, col. 506 et suiv. — D. Bouquet, t. XII, p. 3, 118, 122, et passim.
évoques et abbés , après la lecture du diplôme, pour dire fiât, fiât (]).
Enfin le Pape, ayant terminé en moins de quinze jours tout ce qu'il s'était proposé de faire dans le concile, donna sa bénédiction et i 'absolution à tous ceux qui le composaient, et les congédia. Il partit de Clermont le 2 décembre, parcourut un grand nombre de villes épiscopales, d'abbayes et de châteaux où il fut partout reçu en triomphe. Mais les prélats de la province de Tours ne suivirent plus le Pontife dans ces nouveaux voyages; ils revinrent à leurs Églises, qui ne devaient pas tarder à être honorées de la présence du successeur de saint Pierre. En effet , Urbain était à Angers le 10 février suivant, et il y fit la dédicace de l'église abbatiale de Saint-Nicolas. Le Pape ayant ordonné au bienheureux Robert d'Arbrissel de parler en cette circonstance, fut si charmé de son éloquence , qu'il lui commanda de s'adonner désormais à la prédication. Robert obtint plusieurs faveurs du Souverain Pontife, et surtout une bulle pour confirmer l'établissement de l'abbaye de Notre-Damc-de-la-Roë (2). On y voit les signatures d'Yves de Chartres, de Hoël du Mans et de Gautier de Monta uban (3).
Après avoir terminé plusieurs affaires importantes et visité presque tous les monastères voisins , Urbain se rendit à Sablé. Il était dans cette ville le 22 février 1096 , et il y signa ce jour -là , à la prière de Noël , abbé de Saint-Nicolas d'Angers, et du comte Foulques le Réchin , une bulle eu faveur de ce monastère. Le Pape assure aux moines la possession de tous les biens donnés à leur abbaye, et il énumère les églises qu'ils possédaient dans les diocèses d'Angers, du Mans, de Nantes et de Poitiers (4). Il s'était
(1) D. Mabillon, Œuvres posthumes , t. III , p; 218.
(2) Sancia Maria de Rota.
(3) Gallia Christiana (vêtus) , t. IV, p. 796. — Baluze, Miscellanea, t. II.
(4) Marchegay , Archives cl' Anjou,, t. II , p. 199.
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rendu à Sablé dans l'intention d'engager Robert le Bout-* gnignon à prendre la croix (1).
Le Pontife se rendit ensuite , mais non immédiatement, au Mans, dont il avait appris à connaître l'évêque, et pour lequel il marqua toujours depuis ce temps-là une singulière estime. Pendant son séjour à Sablé , le Pape daigna visiter le prieuré de Solesmes. Urbain II ne crut point abaisser la majesté du Siège Apostolique, en rentrant, pour quelques moments , à l'ombre d'un cloître moins illustre sans doute que celui de Gluny qu'il avait habité autrefois. Mais la Providence avait voulu récompenser la généreuse hospitalité des moines envers l'évêque du Mans (2).
Le Pape résida au Mans les 16, 17 et 18 mars, et il partit le 19 pour Vendôme. Ainsi Urbain passa vingt-sept jours à parcourir le Maine ; il dut parcourir les principales abbayes et les châteaux des barons les plus poissants. La tradition conserve le souvenir de sa présence au prieuré de Saint- Hippolyte de Yivoin (3). Il est assez probable qu'il visita Laval , Mayenne , et autres lieux principaux de la province. C'est peut-être en cette circonstance que Pierre l'Ermite ; qui suivait assez constamment les pas du Pontife, se trouva à Laval , comme nous Pavons rapporté.
Quoi qu'il en soit , Urbain termina lui-même plusieurs affaires qui intéressaient l'Église, pendant son séjour au Mans. Un seigneur nommé Normand possédait, sur le domaine de Saint-Pierre-de-la-Cour, une prévôté qui avait été usurpée par l'un de ses ancêtres ; touché par les prédications du Pape et les conseils de l'évêque Hoél , il se désista de tous les droits qu'il pouvait prétendre sur cette
(1) Sur Robert le Bourguignon, voir Ménage, Histoire de Sablé, part. 1, liv. V, c. î. — D. Bouquet, t. XII, p. 395, G1G, et passim. — Le P. Anselme , Histoire généalogique dos grands officiers de lu couronne , t. III , p. 197. — Botlin, Recherches sur V Anjou, t. I , p. 212 et suiv.
r-2) Ménage , Histoire de Sablé , part. 1 , p. 80-82. — Essai historique sur V abbaye de Solesmes, p. 22.
(3) Chronique de la paroisse de Vivoin, Ms.
prévôté , en présence du Souverain Pontife et du comte HéJie(l).
Quelques barons avaient déjà accompli de semblables restitutions ; ils profitèrent de la présence du Pape pour les faire ratifier par lui. Ainsi, quelques années auparavant, pendant que Hugues, iils d'Azzon, était encore maitre du Maine, Joscelin le Maire (2) vint trouver l'émjue du Mans, et lui confessa qu'il avait gravement péché en o.citantson frère Hugues à s'emparer injustement de l'église de Saint- Denys de Cormes. Hugues étant mort , et Joscelin voulant obtenir la rémission de son péché et le repos de l'âme de son frère, reconnut son injustice et promit, en son nom propre et en celui de ses héritiers, de ne jamais rien réclamer sur cette église. Hubert, fils de Joscelin, fut ensuite pourvu de la cure de Cormes, et toutes ces dispositions furent ratifiées par le Pape (3).
Les exhortations d'Urbain 11 pour la croisade furent accueillies avec enthousiasme par les Manceaux : beaucoup revêtirent le signe sacré, et partirent pour la terre sainte. Les noms de ceux qui prirent part à l'expédition sont malheureusement pour la plupart tombés dans l'oubli. Néanmoins, parmi les seigneurs de la province qui se croisèrent , on signale le comte Hélie (4) , Robert le Bourguignon, qui partit deux ans après (5) ; trois membres de la famille d'Assé-le-Riboul, qui tenait alors l'un des premiers rangs dans la province; ils se nommaient Aubry Riboule , Guillaume de Radray et Geoffroy, le plus jeune , qui portait le titre de sénéchal d'Assé-le-Boisne (6).
(1) Pièces justificatives, n» xlix.
(2) Joscelinus Major.
(3) Pièces justificatives, iiosl-lii.
(4) D. Bouquet, t. XII, p. 670.
(5) Ménage , Histoire de Sablé , part. 1 , p. 13. — D. Mabillon , Annales 0. S. B., lib. LXIX , n° 57. — En partant pour la Palestine, Robert le Bourguignon lit un don considérable à l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers. Bodin , Recherches sur l'Anjou, 1. 1, p. 242.
(6) Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 35.
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On nomme encore Geoffroy et Jean, fils de Jean, seigneur de la Ferrière, qui Tendirent le château et la seigneurie de Masse' pour subvenir aux frais de l'expédition (1); enfin les six fils de Guylll, baron de Laval. Ce seigneur venait de mourir et avait été enterré à Marmoutier , comme le plus grand nombre de ses ancêtres. Guy IV, son fils aîné, était à peine en jouissance de la terre de Laval, lorsque Ton prêcha la croisade. Il fut, dit-on, le premier des seigneurs d'en deçà de la Loire à demander la croix avec cinq de ses frères, Gervais, Bonnor, Hamon, Jean et un cinquième dont on ignore le nom (2). Ils partirent tous l'année suivante. Guy s'attacha aux pas d'Urbain II, et se trouvant à Tours au moment où le Pape y tint le concile, il fit un don considérable à Marmoutier (3). Dans cette expédition Guy conduisit beaucoup de ses vassaux. L'histoire ne remarque pas les exploits qu'il fit en la terre sainte; mais on croit qu'il eut part à tous les principaux faits d'armes tentés par les croisés jusqu'à la prise de Jérusalem, Après cette opération, il retourna en son pays, et vit en passant à Rome le Pape PaschalII, successeur d'Urbain, qui , sur la réputation qu'il s'était acquise en Palestine , lui fit un accueil flatteur. Paschal confirma , dit-on , la demande que lui fit le pieux chevalier, savoir que le nom de Guy serait désormais affecté au possesseur de la terre de Laval (4-). Etienne, comte de Blois; llotrou, fils du
(1) Le Paige , Dictionnaire historique du Maine , t. I , p. 314.
(2) Maucourt de Bourjoly rapporte, d'après la Chronique du prieuré de Suinte-Catherine , que trois frères de Guy IV, savoir : Bonnet, Rayet et Guy ( il y a probablement erreur dans le nom de ce dernier ) firent le voyage d'outre-mer avec Godefroy de Bouillon. — Histoire de Laval, t. I, p. 1-27.
(3) D. Martènc, Histoire de l'abbaye de Marmoutier, Ms. , t. Il, p. 553. — On remarque que Robert le Bourguignon , seigneur de Sablé , vint aussi se recommander aux prières des moines de Marmoutier, en partant pour la croisade, et leur fit un don. D. Mabillou , Annales 0. S. /?., lib. LXIX, n« 57.
(4 VArt de vérifier les dûtes , t. XIII, p. 110. — Le Paige, Diction nuire historique du Maine, t. I , p. 483.
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comte du Perche; le comte de Bellème, Robert, duc de Normandie (I), et plusieurs autres puissants seigneurs qui possédaient des terres dans le Maine, prirent part à cette sainte expédition, et durent entraîner avec eux beaucoup de leurs vassaux (2).
Un prêtre du diocèse du Mans, que son ambition et ses malheurs ont rendu fort célèbre dans l'histoire de l'Église, partit alors ou peu de temps après pour la Palestine. Il se nommait Raoul , et était né à Dom front en Passais. C'était un homme de guerre, magnifique et libéral, et parla fort agréable au peuple et à la noblesse. Il avait de plus des connaissances littéraires étendues et il était fort éloquent: ce qui le fait regarder comme l'un des plus brillants élèves de l'école ecclésiastique du Mans. Il fut d'abord promu à
(1) Michaud , Histoire des croisades, 1. 1, p. 176, 177, 199, 228, 348, et passim. — D. Pommeraye , Histoire des. archevêques de Rouen , p. 297.
(2) Dans son Catalogue des manuscrits à consulter pour écrire l'histoire du Maine, p. 82, Le Dru signale un ouvrage dont il donne cette notice : « Histoire des croisades depuis leur origine jusqu'en 1261, « rédigée par un anonyme en i 262, in-fol. de 600 pages, pareil. , manuscrit « unique. On y trouve les noms des seigneurs du Maine qui s'associè- « rent à ces expéditions. — Bibliothèque de M. de Clermont-Galleraude. » — On trouve à la Bibliothèque Impériale, supplément français, n° 2311, un manuscrit, d'un peu plus de 600 pages, en parchemin, et ayant pour titre : Histoire des Croisades. C'est une continuation inédite et anonyme des mémoires de Guillaume de Tyr. L'écriture est du xme siècle ; il se termine ainsi : « ... A donc estoient le an del incarna- « tion Qfe Seignr mil ce et lxi. » — Il se rencontre une copie de ce même ouvrage au fonds Berthereau , sous le n° 2053, 9 B, avec quelques observations bibliographiques ; mais rien n'indique que l'original ait jamais été dans la Bibliothèque de M. de Clermont-Gallerande. D'ailleurs ni l'original ni la copie ne présente la liste des croisés pour la province du Maine, dont parle Le Dru. Cependant, au jugement de M. Meville, secrétaire de la commission chargée de la nouvelle publication des historiens des croisades , l'ouvrage indiqué ne saurait être différent de celui-ci. Quelques noms de seigneurs du pays, tels que ceux de Beaumont , la Ferté , Montmirail y figurent de temps à autre , mais rien ne garantit que ces noms sont bien ceux de nos localités. — Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. G. de Lestang.
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l'archevêché de Mamistra, qui est l'ancienne Mopsueste en Cilicie. Malheureusement il ambitionna un poste plus éminent encore. Bernard, premier patriarche latin d'Antioche, étant mort en 1135, les archevêques et évoques dépendants de ce grand siège s'assemblèrent au palais patriarcal pour procéder à l'élection ; mais le peuple , sans leur concours, élut tumultuairement Raoul, et il fut intronisé dans la chaire de saint Pierre. Les prélats qui s'étaient assemblés pour l'élection , craignant Ja fureur du peuple, dont ils entendaient les cris, se séparèrent et refusèrent d'obéir à ce patriarche qu'ils n'avaient point élu; mais il ne laissa pas de se mettre en possession de l'église et du palais patriarcal ; et, sans s'embarrasser de demander au Pape le pallium , il le prit lui-même sur l'autel de saint Pierre. Avec le temps il attira à sa communion quelquesuns de ses suffragants, et s'il eût su vivre en paix avec les chanoines, il eût pu se maintenir. Mais il les troubla dans leurs biens; et ses richesses le rendirent si insolent, qu'il ne comptait pas les autres pour des hommes. ïl chassa par violence les principaux de son Église, et en lit mettre quelques-uns en prison et aux fers, disant qu'ils avaient conspiré contre sa vie. Deux d'entre eux entreprirent de le faire déposer et partirent pour Rome. Raimond, prince d'Antioche, qui soutenait les chanoines, contraignit Raoul à faire aussi le voyage. Ce patriarche avait fait ôter à Roger, duc de Sicile, la principauté d'Antioche; aussi futil fait prisonnier dès qu'il aborda au port de Brindes. Mais par son adresse et son éloquence, il fit sa paix avec le duc, et fut remis avec honneur sur le chemin de Rome. D'abord il y trouva l'accès difficile auprès du Pape; car il se rendait suspect dans la foi, en disant que la chaire de saint Pierre était aussi bien à Antioche qu'à Rome, et que son Église était même la sœur aînée. Néanmoins, par ses démarches et le crédit de ses amis, il parvint à faire renvoyer le jugement de son aflaire sur les lieux, et obtint une audience solennelledu Souverain Pontife, en présence de toute sa cour. 11 déposa le pallium qu'il avait pris
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lui-même et en reçut un autre de la main du premier diacre, qui le prit sur le corps de saint Pierre, selon la coutume. Ainsi il se retira avec les bonnes grâces du Pape, et repassa en Sicile , où le duc lui donna des galères pour le reconduire en Syrie. Pierre, archevêque de Lyon, fut envoyé en qualité de légat pour cette affaire ; mais il mourut en arrivant. Les adversaires de Raoul , découragés , cherchèrent à se réconcilier avec lui ; mais il refusa de pardonner à l'un d'entre eux. Gelui-ci, poussé à bout, obtint l'envoi d'un second légat, qui présida un concile dans lequel la crainte du prince imposa silence aux partisans de Raoul. Le malheureux patriarche fut déposé , et livré au roi, qui le fit charger de chaînes et l'envoya prisonnier au monastère de Saint-Siméon, sur une haute montagne près de la mer. Il y fut gardé longtemps; mais enfui, s'étant échappé, il alla encore à Rome, se réconcilia avec le Saint- Siège , et, comme il se hâtait de se rendre en Orient , il mourut empoisonné (1).
Le nombre des chevaliers que le Maine envoya pour la délivrance du tombeau du Sauveur montre assez l'enthousiasme avec lequel nos pères avaient accueilli le Souverain Pontife. On en trouve encore une autre preuve dans le soin avec lequel ils conservèrent le souvenir de sa présence au milieu d'eux : ils en firent une ère; et les cartulaires de notre diocèse contiennent des chartes datées de l'année où le pape Urbain éclaira de sa présence les contrées de l'Occident (2). Il est juste de remarquer que les Manceaux furent presque seuls à donner cette marque de respect envers le successeur de saint Pierre (3). Les moines de Marmoutier les imitèrent , datant leurs chartes de la dédicace de leur église par le pape Urbain (4).
(1) Fleury , Histoire ecclésiastique , liv. LXVIII, nos 53 et 74.
(2) Eo videlicet anno quo Papa Urbanus occidentales partes prx'sentia sua illustravit. — Charte de l'abbaye de Saint-Vincent. D. Martènc, Ampliss. collect., t. I, col. 562.
(3) Œuvres posthumes de D. Mabillon, t. III, p. 2(4.
(4) A. Salraon, Recherches sur les chroniques de Touraine, p. zui. —
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Pendant les trois jours qu$ le Pape Urbain II passa au Mans , Hoël le reçut dans son palais et le traita avec une rare magnificence , ainsi que tous les cardinaux et autres personnages distingués qui raccompagnaient, et parmi lesquels on remarquait saint Bruno, évêque de Segni. La magnificence de Févêque du Mans fut d'autant plus remarquée, que notre province avait souffert une grande disette cette année même (1).
Le Pape se rendit le 19 février à l'abbaye de Vendôme , où il demeura onze jours. Hoël l'accompagnait en ce voyage et le suivit jusqu'à Tours. L'évêque du Mans assista au concile qui se réunit le troisième dimanche de carême en l'église de Saint-Martin , sous la présidence d'Urbain. On n'y fit aucun décret nouveau ; mais on se contenta de confirmer ceux qui avaient été portés dans l'assemblée de Clermont. Le Pape y termina aussi plusieurs différends , et y confirma de nouveau la fondation de l'abbaye de Notre-Dame-de-la-Roë (2).
De Tours, Urbain II se rendit dans le midi de la France , pour y tenir divers conciles, puis retourner en Italie. Hoël revint dans son diocèse; il était encore dans la force de l'âge; mais il était déjà atteint depuis plus d'un an de la maladie dont il mourut quatre mois plus tard. Jusqu'à cette époque , et malgré les vicissitudes de son épiscopat , il avait conservé une santé florissante, à laquelle contribuait, sans doute, sa grande sobriété. Son esprit était dans toute sa vigueur, et son ascendant sur les prélats ses contemporains s'étendait de plus en plus. Il fut saisi tout à coup d'une fièvre violente , qui fit en peu de temps d'effrayants progrès. Voyant que les médecins ne conservaient plus l'espoir de l'arracher à la mort , il fit appeler
On trouve aussi une date semblable à Angers. Gallia christiana , (vctus), t. II, p. 129. — Bodin, Recherches sur V Anjou, t. I, p. 242.
(1) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 300 et 301. — Œuvres posihumes^.Ul, p. 251.
(2) Pavillon, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel. — D. Bouquet, t. XII, p. 65, 286, 403, et passim.
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près de lui les principaux membres du clergé, et quelques personnes qui lui étaient plus étroitement unies. Il leur demanda leurs conseils , et régla tout ce qui concernait sa maison , fit des largesses convenables à tous les clercs qui le servaient, rendit à l'église cathédrale vingt marcs d'argent pour refaire le retable qu'il avait enlevé et distribué* aux pauvres pendant la famine. Il donna aux églises voisines et aux indigents tout ce qui lui restait, jusqu'à ses caleçons et sa chemise, ne se réservant absolument rien, pas même une serviette pour s'essuyer les mains. Il avait déjà donné à l'église cathédrale des livres , des chapes , un vase d'argent , des candélabres, deux grosses cloches et plusieurs ornements, parmi lesquels on remarque de magnifiques tapisseries. A une époque antérieure, le prélat avait donné aux chanoines les églises d'Épi neu-le-Chevreuil et cl' A lionnes qu'il avait retirées des mains des laïques, et une terre qu'il avait achetée à Neuville (I). H demanda sur son lit de mort à confirmer le diplôme qui contenait l'acte d'accord entre les chanoines du Mans et les moines de Saint-Julien de Tours (2).
Le lendemain , entouré de pieux fidèles en larmes , il leur adressa de salutaires exhortations aussi longtemps que ses forces défaillantes le lui permirent ; il pria avec ferveur pour tout le troupeau que Dieu lui avait confié , et releva de l'excommunication tous ceux qui l'avaient contraint à les retrancher de la communion de l'Église . Enfin, après avoir donné le baiser de paix à chacun des chanoines , parmi lesquels se trouvait Hilgot (3), il récita une
(1) IÏ1I. Kal. Augu. Obiit DomnusHoellus, venerabilis episcopus, qui prêter libros et pallia et urceura argenteum et candelabra et plurima diversi generis ornamenta, que juvenis Ecclesie sue contulit, etiam ecclesiam de Espinou. et ecclesiam de Alona, et unam mansuraru terre apud Novam Villam , quas suo tempore adquisierat , et XX uiarebas argenti ad reparaudam tabulam altaris, quain famis tempore pauperibus
erogaverat Martyr ologium capituli Cenomanensis. — Gfr. Vetera
analecta, t. III, p. 302.
(2) Vid. supra , p. 409
(3) Livre Blanc, n° 190. — 11 est très-probable que c'est de ce chanoine
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confession en laquelle étaient contenus tous les articles de la fui, reçut les sacrements et expira en paix (1). C'était le 29 juillet de Tan 1096. Hoël était âgé d'environ cinquante ans. Il fut inhumé dans le chapitre de l'abbaye de Saint- Vincent, à la gauche de Vulgrin son prédécesseur, et l'on plaça sur ses restes 'une tombe très-modeste. Le 26 juin de la même année mourut en son abbaye de la Couture l'abbé Juhel (2), et le 2 janvier précédent était mort Guillaume, évèque de Durliam , moine de Saint-Calais et abbé de Saint-Vincent (3).
Peu de temps avant sa mort , Hoël avait établi que le chapitre célébrerait chaque jour une messe pour les morts, après l'office de Prime, et que tous les chanoines y seraient présents. Il voulut célébrer lui-même la première, et les chanoines conservèrent fidèlement cette pratique jusqu'à la persécution religieuse de la fin du xviti* siècle. La mort de ce prélat laissa de vifs regrets à tous les fidèles du diocèse du Mans, mais surtout aux clercs et aux moines. Son éloge fut écrit en vers par Baudri , abbé de Bourgueil , puis évêque de Dol, le panégyriste ordinaire et emphatique de tous les hommes célèbres de son temps. Le poëte associe aux louanges de notre évéque celles de Juhel , abbé de la Couture (4). Il composa
Hilgot que parle Geoffroy de Vendôme à l'évêque Hildebert dans une de ses lettres. Lib. HT, epist. xvi.
(1) D. Mabillon , Vetera analecta, t. III, p. 302. — Orderic Vital , Historia ecclesiastica, lib. X, p. 770. — D. Bouquet, t. XII, p. 545 et 671.
(2) Necroloyium abbatiœ sancti Pétri de Cultura , Ms. — Essai historique sur l'abbaye de Soles?nes, p. 21.
(3) Histoire littéraire delà France, t. VIII, p. 709.
(4) Singultus duplices rotularis pagina profert :
Primum namque Jobcl , denique flevit Hoël. Abbas aller erat , al ter fuit ordine prœsul :
Hi Cenomannis sol scilicet extiterant.
Hos quoque morte pari modico Deus attigit ambos ,
Ut sint translati ad sidéra magna poli, Amboruin pariter nobis exempta rcfulgcnt :
Ainbo nunc uostros irradient tenebras... ( D. Mabillon Annales 0. S. B., lib. LX1X, nuin. 58.)
430 HISTOIRE DE i/ÉCLlSE DU MANS.
aussi deux épitaphes métriques pour le même prélat; mais dans tous ces ouvrages on reconnaît quelque exagération (1).
(I) Intempestive» casu defecit Hoclus.
Sol Cenomanorum pontificumque decus.
Alloquio dulejs, nulli pietatc secundus ,
Omnibus exemplar relligionis erat.
Hune plangit sua plebs et vicinœ regiones ,
Quem venerabantur jure patrem patria\ Hic igitur positum solemni more revisunt ,
Et coram Sancto vota vovent tumulo.
Ora madent , et corda gemunt , et corpora marcent ,
Cum tumulo titulus sculptus in boc legitur. Iste refert titulus quia morte gravatus Hoelus ,
Fecit pupillos morte sua populos.
Urbs Cenomanensis flevit speciaiiter ipsum ,
Illis pontifîcem quem dederat Dominus.
Pausat in boc tumulo sanctus pro corpore prœsul,
Praesulis obtineat spiritus astra poli. ( Gallia christiana [vêtus], t. II, p. 516.)