‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 4)Chapitre 28 sur 43 · III · texte numérisé non relu

III

,V.H HISTOIRE DE LÉGL1.M. Dl MANS.

raison, <|ii"il montait déjà à cheval ; que, par conséquent, cet affranchissement aurait dû se faire avec son consentement; qu'il ne l'avait pas donné, et qu'on nu le lui a\ait pas même demandé ; que ce défaut l<v rendant nul, il avait le droit de disposer de la personne et des biens de Guéiin. Cette réponse fit juger qu'on ne gagnerait rien de ce côté-là, et il fallut encore que Clémence , épouse de Juliel , et Chotard de Mayenne son ami, intervinssent pour obtenir la grâce de Guérin. Chotard, pour l'y porter, dut lui donner un très-beau cheval blanc dont lui avait fait présent le duc de Bourgogne à Dijon. Il lui rendit en outre une coupe précieuse que Henri , roi d'Angleterre , avait offerte à Juhel, et qu'il tenait en gage pour une somme de cinq cents sous (1). Juhel consentit enfin à affranchir Guerin et toute sa postérité, mais à condition qu'il abandonnerait la place qu'il avait refusé de vendre, qu'il céderait à Chotard un pré sur le bord de la rivière , et que si jamais quelqu'un des parents de Guérin venait à réclamer cette place ou ce pré , dès lors l'affranchissement serait nul.

Hildebert fit ensuite expédier des lettres dans lesquelles il déclare qu'ayant été prié par Juhel de Mayenne, sa mère et sa sœur et par tous ses barons , de donner aux moines de Marmoutier les chapelles des châteaux de Mayenne et de Lassay, et de confirmer la donation qu'eux-mêmes leur en avaient faite , il avait consenti à leur juste demande, et prononçait l'anathème contre tous ceux qui auraient la témérité de violer cette donation. Ces lettres sont datées de l'an i 120, indiction xuie, épacte xvnr3. Elles sont signées par Hildebert et ses archidiacres , et scellées de son sceau, sur lequel il est représenté en habits pontificaux, mais sans mitre (2).

(1) Soit 14100 fr.

(2) D. Martène, Histoire de l'abbaye de Marmoutier , Ms. — Pièces justificatives, n° lxx. — Guyard de La Fosse, Histoire de Mayenne, p. 23-25, et les Pièces justificatives, p. iv-x.

Dans le Bas-Vendomois , l'abbaye de Marmoutier possédait déjà un prieuré à Lavardin; elle en obtint un autre à Tiôo. En 1124, le comte d'Anjou Foulques le Jeune vint dans cette ville avec sa femme Éremburge;il réparâtes murs de la ville haute, et construisit, au sommet de la montagne, une citadelle qui dominait le cours du Loir et la belle vallée que ses eaux fertilisent. Dans leurs travaux et leurs entreprises , les seigneurs du xne siècle faisaient toujours la part de Dieu. Foulques et sa femme élevèrent en même temps , sur la pente de la montagne , une église consacrée à Notre-Dame, et la donnèrent à Guillaume, abbé de Marmoutier, qui y fonda un prieuré sous le nom de Notre-Dame-des-Marchais , et y établit douze moines, auxquels il assigna pour leur entretien une partie des revenus du prieuré du Sentier et de celui de Saint-Laurent-de-Gastines, sur les limites de la Touraine [i]. Il reste encore aujourd'hui des ruines remarquables de l'église bâtie par Foulques et Éremburge (2). Pour indemniser les prieurés du Sentier et de Saint-Laurent, le comte d'Anjou leur assigna d'autres revenus , les prit sous sa protection et ordonna à Hugues , seigneur d'Amboise, et à Pierre de Montoire de les défendre contre toutes les vexations qu'on voudrait leur faire (3). Au reste, quelque nombreuses que Hissent les fondations de Marmoutier à cette époque, elles n'étaient jamais pour moins de douze moines (4). Aussi les seigneurs dont les aïeux avaient déjà fait des fondations en faveur de cette illustre abbaye , s'empressaient de les augmenter , et c'est ce que fit, entre autres , Lisiard de Sable (5). Dans la suite, Robert, fils de Lisiard, accorda une

(t) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LXXIV. — Salmon, Chroniques de Touraine. — De Péligny , Histoire archéologique du Vendomois, p. 247. — D. Martène, Histoire de l'abbai/c de Marmoutier, part. 1, t. I, p. 643.

(2) Dans son bel ouvrage sur le Vendomois, M. de Pétigny donne une vue de ces ruines (pi. 20).

(?.) Idem, ibidem.

(4) D. Martène, toc. cit.

(5) Pièces justificatives, n° lxxh.

896 histoire uk l'kglisi; bu MANS.

nouvelle confirmation de tous les dons de ses ancêtre^ et

Geoffroy , évoque d'Angers , octroya des lettres pdur les autoriser (1).

Hildebert et le chapitre du Mans donnèrent une preuve éclatante de l'estime qu'ils avaient pour l'abbaye de Saint- Nieolas d'Angers. Par un aete solennel , i'évêque et les chanoines du Mans contractèrent une société et confraternité de prières et de mérites avec Lambert , abbé de ce monastère et ses moines (&)< Tout porte à croire que le chapitre du Mans contracta de pareils engagements avec plusieurs autres abbayes , car ces associations étaient trèsfréquentes alors.

Dans une autre circonstance, Hildebert rendit un service important à l'abbaye de Saint-Nicolas. Vers l'an 1045, Guillaume, seigneur d 'A ssé-le-Riboul , avait donné, avec l'autorisation de Geoffroy son frère , l'église de cette paroisse au monastère. Après sa mort , Hervé , l'un de ses héritiers , disputa aux moines la possession de ce legs ; mais sur les instances de I'évêque Hildebert et du comte Hélie, il se désista de ses injustes entreprises (3). L'abbaye de Saint-Nicolas était alors fort puissante dans notre pays; au dernier siècle, l'abbé présentait encore aux prieurés de Gemies , Mont-Saint-Jean , Assé-le-Kiboul , Parnay, Cherizey, Saint-Nicolas-de-Bossé , et aux cures sécularisées de tous ces lieux (4).

La ville du Mans elle-même s'enrichit à la même époque

(4) D. Martène, loc. cit.

(2) Charta qua Lambcrtus abbas et monac.hi sancti Nicolai Andegavensis , societatem et amicitiam ineunt cum Hildeberto Cenomanensi episcopo et canonicis Cenomanensis Ecelesiœ. Actum est hoc et eoiifirmatum in capitulo sancti Juliani Genomanensis , anno ab incarnatione Domini mxcvii , indict. v, xn kal. julii. — D. Laurent Le Pelletier, Epitome fundationis abbaliœ sancti Nicolai Andegavensis, p. 33. — La dernière des dates que porte cette charte est évidemment erronée ; Hildebert n'était pas encore évèque le 20 juin de Tannée 1097.

(3) D. Le Pelletier, Epitome fundationis, etc., p. 81-83.

(4) D. Barthél. Roger, Histoire de l'Anjou, p. 159. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 4 et passim.

ÎIILDEBERT. T>97

d'un nouveau sanctuaire. Dès le temps du Pape Calixte II, et sous le règne de Louis VI, c'est-à-dire de 4115 à 1120 environ, Bernard de Sillé, du consentement de ses enfants, Hugues, Richard, Macé , chanoine; Hubert et Simon, donna à Dieu, à la sainte Vierge sa mère et aux chanoines de Lucé une terre exempte de toutes redevances, pour y fonder, en l'honneur de Notre-Dame , un monastère sous la règle de Saint-Augustin. Cette donation fut confirmée par Févèque Hildebert, avec l'assentiment de tous les chanoines, à la grande satisfaction du comte du Maine, de ses barons et du peuple. Cette abbaye se nomma d'abord Notre- Dame- de- Luceau, du lieu où elle était située, et aussi Notre -Dame- du -Parc. D'assez bonne heure on lui donna le nom de Beaulieu (I), soit parce que les tournois, si fréquents dans ce temps-là , se célébraient près de son enceinte, soit à cause des agréments remarquables de sa situation. La ratification solennelle de cette fondation , et probablement la consécration de l'église et l'inauguration du monastère, se firent le 9 octobre 1123. En ce jour, pour consolider et accroître le monastère, Philippe, archidiacre et chanoine du Mans, donna une terre située à Beaulieu même, sur les bords delaSarthe; il y joignit vingt-quatre onces d'or, trente-huit marcs d'argent et tout le fief qu'il possédait à Mont-Saunière (2). Les dons du pieux archidiacre envers l'abbaye de Beaulieu furent si considérables, que dans la suite on le considéra comme le principal fondateur. En même temps de puissants personnages rivalisaient de zèle pour enrichir le sanctuaire de la mère de Dieu. Le comte Foulques et Eremburge sa femme lui accordèrent l'église de Saint-Fraimbault-sur- Pisse , avec toutes ses dépendances. Ils avaient d'abord disposé de ce beau domaine en faveur de l'église cathédrale ; mais Hildebert leur conseilla de le transmettre à la nouvelle abbaye, pour laquelle il témoignait une singulière

(1) Bel lus Locus.

(2) Apud Sahoriom.

affection (1). Foulques Riboule, seigneur d'Assé-le-Riboul, et plusieurs autres seigneurs, lit eut. aussi des dons considérables dès le temps de Hildebert, Ge grand prélat ne se contenta pas d'exciter les barons de la province à doter la nouvelle abbaye ; il lui conféra lui-même plusieurs paroisses à desservir , et il lui donna , en particulier, la chapelle de Saint-Pavin. Le Pape Honorius 11 ( 1 124-H30) approuva cette fondation par une bulle.

Grâce à la piété des premiers chanoines qui l'habitèrent, l'abbaye de Beaulieu reçut de rapides et importants développements. Trente à quarante ans après sa fondation, elle possédait déjà les églises de Saint-Fraimbault-sur -Pisse, comme on vient de le dire, celles de Dissay-sôus-Courcillon (2), Saint- Aubin-des-Coudrais (3), Saint-Médard-de-Vernie, Saint-Sauny ou Saint-Saturnin (A), Chassillé (5) , Courcité (6) , Villaines-la-Juhel (7) , Marcilléla-Ville (8); Loufougères, Breti gnôles, Housseau, Tessé, La Baroche, Beaulandais , Saint-Front, Gourberie, évec leurs dépendances, et un grand nombre de chapelles. Sous Tépiscopat de Guillaume de Passavant, l'abbaye de Beaulieu se développa encore, comme nous le dirons alors. Au temps de l'évêque Hamelin, Etienne Gondouin et Agathe sa femme firent don de leurs personnes et de leurs maisons, s'é tendant depuis Saint-Pavin-en-la-Cité, jusqu'à la Grande- Hue.

Le domaine féodal des chanoines de Beaulieu se composait des seigneuries de Saint- Fraimbault- sur- Pisse et de Roui lion. L'abbaye aliéna cette dernière , quelque temps avant son extinction (9).

(1) Pièces justificatives, n° lxxiii. — Cfr. D. Bondonnet, Les Vies des évêques du Mans, p. 531. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 352.

(2) Disseium. — (3) Sanctus Albinus de Coryletis. — (4) Sanctus Saturninus. — (5) Casiliacus. — (6) Curtenœ. — (7) Villena. — (8) Marcilleium.

(9) Armoiries : D'azur à un mouton d'argent posé sur une terrasse

HtLDEBERT. 599

L'archidiacre Philippe vécut encore assez longtemps après la fondation du monastère de Beaulieu ; il mourut le 17 mars, et fut enterré au milieu de la nef de l'église ahbatiale. Son anniversaire était célébré tous les ans par les religieux; et les chanoines de l'église cathédrale, dont il était aussi le bienfaiteur, se rendaient chaque année, le lundi de Pâques, près de son tombeau pour y faire des prières. Les chanoines de Beaulieu conservaient également la mémoire de Geoffroy , père de leur fondateur, et mort le 1er octobre. Toutefois, si l'abbaye de Beaulieu reconnaissait l'archidiacre Philippe pour son fondateur, elle accordait le même titre et les honneurs qui le suivaient aux seigneurs de Sillé-le-Guillaume , ainsi que le reconnut Guy du Parc, abbé de ce monastère , aux assises de Sillé, présidées par Antoine de Beauveau, en 1481.

Les premiers abbés qui gouvernèrent ce monastère furent Haton, Pierre, Drogon en 1151, Renaud et Lambert, sur lequel nous reviendrons dans la suite.

De bonne heure, l'abbaye de Beaulieu fut enrichie d'une portion notable des reliques de saint Marculfe , vulgairement nommé Marcoul , abbé de Nanteuil , au diocèse de Coutances, mort en 558. La vénération dont les fidèles du Maine entourèrent ce sacré dépôt, attirait un grand nombre de personnes en pèlerinage à l'abbaye de Beaulieu, le 1er mai, jour de la fête du saint anachorète. Dès le moyen âge, il se forma dans ce monastère, sous la présidence des chanoines réguliers , une confrérie sous le patronage du même saint. Elle fut approuvée par les bulles de plusieurs Souverains Pontifes et beaucoup de personnes s'y engagèrent. Elle subsista dans un état très-florissant jusqu'à la destruction du monastère. C'est probablement à l'influence des chanoines réguliers de Beaulieu que le culte du saint abbé de Nanteuil doit de s'être aussi répandu dans le diocèse du Mans. Il était d'ailleurs très-populaire dans toute

de sinople et surmonté d'un ai^le essorant d'or , qui le becqueté sur la tête.

la France, et il est encore cher aux populations de notre diocèse, qui invoquent cet ami de Dieu , dans l'église de Saint-Julien-du-Pré et dans plusieurs autres lieux (1).

Nous ne nous arrêterons pas davantage sur les fondations que la piété de nos pères multiplia alors avec une sainte profusion. Les hospices, les maladreries seules nous retiendraient longtemps. A l'origine de tous ces établissements, Hildebert apparaît comme promoteur. Son zèle le faisait ainsi participer à toutes les œuvres pieuses des fidèles confiés à ses soins. Mais ce désir du bien ne se contenait pas dans les limites de son diocèse. L'année qui précéda l'inauguration solennelle de l'abbaye de Bcaulieu, en 1123, notre pieux prélat se rendit au concile général de Latran, convoqué et présidé par le Pape Gallixte (2). On y vit plus de trois cents évèques et trois cents abbés. On y traita uniquement des questions de discipline ecclésiastique. L'accord entre le Pape et l'empereur Henri V sur les investitures fut publié et confirmé dans cette assemblée (3).

Avant d'entreprendre ce voyage , Hildebert envoya à l'évèque de Séez un petit présent promis depuis longtemps. On ignore aujourd'hui de quoi il s'agissait. Noire évèque se recommande en même temps aux prières du prélat , dont il lui proteste avoir un grand besoin, à la veille d'un aussi dangereux voyage (4).

(1) D. Briant , Cenomania. Ms. — Le Corvaisier , Histoire des évèques du Mans, p. 421. — D. Bondonnet, Les Vies des évéques du Mans, p. 531. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 214 et 499. — D. Colomb, Histoire des évéqucs du Mans, p. 107. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. I, p. 119. — Richelet, Le Mans ancien et moderne, p. 15. — Cauvin, Statistique du Mans, p. 310 et 325. — Idem, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 210, 034, et passim. — Guillois, Vies des Saints du Maine , t. II, p. 8. — Locliet, Recherches sur les Confréries du diocèse du Mans, p. 181. — Bilard, Analyse des documents historiques , etc., n° 539.

(2) Cartularium abbatiœ sançti Vincent ii Cenoman. Ms., Biblioth. Impér. fonds latin, n° 5444, en la charte n° 103.

(3) Bibliotheca maxima Patnim, edit. Lugd., t. XXI, p. 108. — Labbe, Concilia, t. X.

(4) Ùb. III, epist. iv.

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Pendant l'absence de Hildeber t, la province fut sur le point, de voir une guerre terrible s'allumer dans son sein, et ses églises furent pendant quelque temps sous l'interdit. Foulques le Jeune avait donné sa fille Mathilde en mariage à Guillaume Adelin , fils et héritier présomptif du roi d'Angleterre Henri 1er; mais Mathilde devint veuve, sans enfants, peu de mois après la célébration des noces , par la mort tragique de son époux. La j eune princesse renonça au monde et prit le voile à Fonte vrault. Son père lui avait donné pour dot le comté du Maine ; et, par un trait de noire perfidie, le monarque anglais retenait cette province et refusait obstinément de la rendre. Irrité de cette mauvaise foir le comte d'Ajou prit le parti, en 1123, de donner en mariage à Guillaume Cliton, neveu et compétiteur du monarque anglais pour le duché de Normandie , sa seconde fille nommée Sybille, à laquelle il assigna aussi pour dot le comté du Maine. Le légat du Pape, à la sollicitation de Henri, cassa cette alliance pour cause de parenté, sentence qui fut confirmée par Callixte II, le 26 août 11 24 (1). Cette affaire eut de fâcheuses suites par la résistance qu'apportèrent Cliton et Foulques aux ordres du Saint-Siège. Une lettre d'Honorius II, successeur de Callixte, au chapitre métropolitain de Tours, en date du 12 avril 1125, fait connaître que le légat ayant envoyé des messagers à Guillaume Cliton , pour lui annoncer la dissolution de son mariage , le comte d'Anjou les jeta en prison , et les y retint pendant deux semaines. Il leur fit subir plusieurs mauvais traitements ; il leur brûla la barbe et les cheveux , et en lit autant des lettres qu'ils lui avaient présentées. Le Pape le déclara excommunié et confirma l'interdit que son légat avait jeté sur tous les états qui lui obéissaient. Ainsi la province du Maine se vit sous le coup de l'interdit pendant assez longtemps ; car Foulques et Guillaume Cliton ne cédèrent pas aussitôt à la sentence pontificale. Contraint enfin parle cri

(1) D. d'Àchery, Spicilegium, t. Iïl. p. 149. - D. Bouquet, t. XII, p. 65,408, 502 et 707.

f>02 HISTOIRE DE l/ÉCUSE DU MANS.

do?a conscience et les murmures des peuples , Guillaume Clitnn consentit à la rupture do pou mariage. Sa révolte contre l'autorité pontificale fut d'ailleurs sévèrement châtiée ; on le vit , banni de tout lieu et ne sachant où se réfugier devant la colère de son oncle, errant de monastère en monastère , et recueilli par la charité des cénobites. Dans la suite , il devint comte de Flandre et mourut sous l'habit monastique «à l'abbaye de Saint-Bertin , en 1128 (i).

A peine revenu du concile de Latran, Hildebert prit une part très-active dans cette affaire , qui touchait aux plus grands intérêts de l'Église et de la patrie. Dès le 12 mars 1124, il était à Chartres pour assister au concile dans lequel l'affaire du mariage de Guillaume Gliton devait être examinée. Le Siège Apostolique avait délégué deux cardinaux des plus marquants dans le sacré collège pour présider cette assemblée, Pierre de Léon et Grégoire, cardinal de Saint-Ange. Six diocèses de France se trouvaient sous l'interdit porté par le légat Jean de Crème ; les cours de France et d'Angleterre employaient tous leurs moyens, l'une pour faire maintenir le mariage de l'infortuné Guillaume Cliton, l'autre pour le faire rompre. Les plus grands intérêts des deux royaumes s'y trouvaient vivement engagés, et tout le monde avait les yeux fixés sur cette assemblée. Dans ces circonstances imposantes, Hildebert prit la parole; il ouvrit le concile, qui se tint dans Féglise cathédrale, par un discours où il commença à parler du mariage considéré comme sacrement. Mais ses paroles ne furent pas écoutées longtemps ; on ne lui permit pas d'achever sa harangue , et tout le reste de la session se passa dans un tumulte qui ne laissa pas aux Pères la liberté de porter une décision sur l'objet principal pour lequel ils avaient été assemblés (2).

(1) D. Bouquet, t. XII, p. 65, 283, 470, etpassim.

(2) D. Brial, Recherches sur l'objet d'un concile tenu à Chaînes , Van 1124, dans les Mémoires de l'académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 2« série, t. IV, p. 530-544.

rtlLDEfiERT. 603

Peu de temps après Je concile de Chartres, l'Église du Mans eut la douleur de se voir privée de son évêque. Guibert, archevêque de Tours, étant mort à Rome sur la fin de cette année 1124, Hildebert se rendit au commencement de l'année suivante dans la ville métropolitaine , pour tenir la place du prélat défunt , en vertu de la prérogative du siège du Mans. A son arrivée à Tours, le clergé et le peuple se pressèrent autour de lui et le proclamèrent le plus digne d'occuper la chaire de saint Martin. Mais Hildebert était trop attaché aux saintes règles de la discipline pour se rendre de suite aux vœux des Tourangeaux ; néanmoins, le Pape Honorius II lui ayant ordonné d'accepter Farchevêché (1), il fut installé sur le siège métropolitain avec un applaudissement général. On doit remarquer que les vertus de notre prélat lui avaient acquis l'estime de ceux mêmes qui,, à une époque antérieure, lui avaient opposé une résistance peu respectueuse (2).

En prenant possession de son nouveau siège, Hildebert forma la résolution de remplir tous les devoirs imposés à cette charge. Son grand âge ne l'empêcha pas, dès les premiers moments , de porter une main ferme sur les plaies que la discipline avait souffertes en Bretagne. Les désordres qui régnaient dans cette province étaient si grands, que le duc Conan III dit le Gros se crut obligé d'écrire au Pape pour s'en plaindre et le prier d'y apporter remède (3). Le Souverain Pontife chargea son légat Gérard d'Angoulême et l'archevêque Hildebert , d'assembler un concile pour remédier aux abus. Parmi les désordres qui régnaient dans cette province, il faut compter en premier lieu les dissensions qui l'avaient ensanglantée à plusieurs reprises. Olivier de Pont-Château et d'autres barons, révoltés contre le duc de Bretagne et vaincus les armes à la main, s'étaient

(1) Vener. Hildeberti opéra, \ib. II, epist. xxxiv.

(2) Gaufridus Vindoc, lib. III, epist. xxvn.

(3) I). Morice, Histoire <h> Bretagne, t. I, p. 92. — Idem, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. I, col. 554 et suiv.

retranchés dans l'église; de l'abbaye de Hédon; le sang avait coulé sur le pavé du lieu saint, et l'abbé demandait une nouvelle consécration de l'église profanée par des violences et des meurtres. Hervé, qui gouvernait alors ce monastère , obtint du Siège Apostolique la liberté d'appeler Févêque qu'il désirerait pour remplir cette fonction, et, sur sa demande, Hildebert réconcilia l'église abbatiale, le 23 octobre 1127, assisté de Guy, évéque du Mans, de quatre autres évêques de la province et de quelques abbés. Le duc Conan, sa mère et une foule de seigneurs assistèrent à cette solennité (1).

Après la cérémonie, Farchevêque se rendit à Nantes pour y tenir le concile que le Pape avait ordonné de célébrer. L'assemblée ayant terminé ses opérations, Hildebert en informa le Souverain Pontife, et lui rendit compte de tout par une lettre dont nous allons reproduire les passages les plus importants : « Nous avons résolu de retracer à Votre Sainteté , Père Révérendissime , comment, à la demande du vénérable comte des Bretons, et par le conseil des évèques de notre province , nous nous sommes rendu en Bretagne, où, parmi de nombreux et abominables scandales, on nous signalait la souillure du mariage par l'inceste, et celle du sanctuaire rendu esclave par des transmissions héréditaires. C'est pourquoi, ayant convoqué nos évèques et nos abbés , et un grand nombre de personnes respectables et remplies de piété , nous sommes demeuré trois jours à Nantes, y tenant un concile qui, avec la grâce du Seigneur , a purifié l'Église , et a été d'un grand, profit pour le peuple. En effet, telles étaient, jusqu'au jour de notre réunion , certaines coutumes en vigueur dans la terre du duc de Bretagne : a la mort d'un mari ou d'une femme , tous les meubles de la personne défunte devenaient la propriété du seigneur; le fisc s'attribuait, au nom de la loi, tous les débris d'un naufrage. Le comte a renoncé

(1) D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I, p. 92. — Idem, Preuves (h l'histoire de Bretagne:, t. I, col. 556.

lui-même entre dus mains, sous les yeux de tout le concile, à l'un et à l'autre de ces droits, et a demandé que le glaive de l'excommunication atteignît quiconque oserait revenir sur cette renonciation, ou en atténuer la plénitude Quant aux mariages incestueux, l'avis de toutes

1rs personnes présentes a élé que les évoques, dans toutes leurs assemblées, et les prêtres , dans leurs églises , interdiront publiquement de tels mariages , et retrancheront delà communauté des fidèles quiconque, au mépris de cette défense , contractera sciemment une alliance incestueuse. Il a été aussi unanimement adopté, afin d'inspirer une crainte salutaire , que , dans la suite , les enfants nés de ces unions coupables seront considérés comme impurs,

illégitimes, et incapables de succéder à leurs pères Le

concile a résolu encore , d'une seule voix , que les fils d'un prêtre ne seraient pas ordonnés , à moins qu'ils n'eussent fait profession dans l'ordre monastique ou dans celui des chanoines réguliers; quanta ceux qui auraient déjà reçu les ordres , nous leur avons fait défense, dans le dessein d'abolir une hérédité scandaleuse , d'exercer le ministère pastoral dans les églises où leurs pères avaient rempli cette charge. Il a été interdit , avec la rigueur convenable, de succéder aux prébendes et à toutes les dignités ecclésiastiques (1). » Hildebert termine sa lettre en priant le Souverain Pontife d'apprécier et confirmer par son autorité les décrets du concile. Honorius entra dans les vues de l'archevêque, comme on le voit par la lettre qu'il lui écrivit le 20 mai suivant, et qu'il adressa à notre prélat et à tous ses suffragants (2).

En même temps que Hildebert s'occupait aussi activement à réformer les abus qui régnaient dans sa province , il soutenait une longue et pénible lutte pour la liberté de son Église. A son entrée sur le siège de Tours, il avait trouvé deux dignités vacantes : l'archidiaconat et le doyenné, et

(1) Lib. II, cpist. xxx.

(2) Labbe, Concilia, t. X, col. 918 et 919.

il y avait pourvu. Après un an , le roi Louis VI lui écrivit pour le prévenir qu'il avait disposé de ces deux char et pour lui ordonner d'installer sans délai ceux en faveur desquels il en avait disposé. Hildebart se résolut à combattra encore une fois pour la liberté de l'Église; il n'avait pas fléchi devant Guillaume le Houx, il se montra armé du même courage en face de Louis le Gros. 11 crut cependant qu'il était de son devoir d'aller trouver le roi , afin d'épargner un scandale à l'Église et une faute au monarque. Il lui représenta avec respect qu'il ne pouvait entrer dans les attributions de l'autorité temporelle de conférer les dignités ecclésiastiques. Mais il trouva, dit-il, l'oint du Seigneur inexorable , et s'en retourna ne conservant aucune espérance. Il revint au lieu et au jour indiqués par le prince, pour rendre raison de sa conduite et plaider sa cause; mais, quoi qu'il pût dire, il n'obtint rien. Le roi, après avoir entendu les raisons pour et contre , lui dit de sa propre bouche qu'il lui défendait de toucher aux revenus des deux dignités; et, lorsque le prélat fut sorti , le prince lui envoya dire que ceux de son archevêché étaient confisqués. Sur ces entrefaites, Hildebert ayant appris que le légat Jean de Crème traversait la France pour se rendre en Angleterre , il lui écrivit pour l'inviter à venir à son secours , en éclairant le roi sur ses devoirs , en priant le monarque de ne pas opprimer un évêque accablé du poids des années , et qui ne désirait que le repos. Il le prie en outre de vouloir bien lui marquer en quel endroit de la Normandie il pourrait le joindre , pour lui parler de quelques affaires dont le Pape l'avait chargé (1).

Hildebert, se voyant abandonné à la colère du roi, écrivit une lettre circulaire dans laquelle il se plaint amèrement de ce que personne ne prend sa défense : a Mes amis , dit-il, gardent le silence; les prêtres de Jésus- Christ se taisent. » Le prélat est cependant persuadé que le roi n'a besoin que d'être exhorté et instruit de la vérité. Quant à

(1) Lib. II, epist. xxxiv.

HILDEBERT. b07

lui, à quelque extrémité qu'il soit réduit, il est très-éloigné de désirer que Ton emploie aucune voie de rigueur, parce que la paix , pour être solide et véritable , doit être fondée sur l'amour et non sur la violence. Mais s'il ne trouve pas cette paix avec les hommes, il la trouvera dans le sein de Dieu (i).

Le pieux archevêque s'adressa ensuite au Pape directement , pour lui faire part de ses peines : « Tels sont les maux que je souffre, dit-il, parce que j'ai eu du zèle pour la loi de Dieu ; parce que je n'ai pas transgressé les bornes que nos pères ont posées; parce que je n'ai point voulu conférer les dignités ecclésiastiques selon la volonté du roi, et que je ne lui ai pas permis d'en disposer à son gré. Sachant qu'il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, j'ai choisi pour les remplir des personnes capables de porter le poids du jour et de la chaleur (2). » Les choix qu'avait fait notre prélat étaient en effet irréprochables. Le zèle de Raoul, nommé par lui à la dignité de doyen, fut même une des causes de tout cet orage, pendant lequel les violences et jusqu'à l'assassinat affligèrent le clergé et la ville de Tours (3).

Louis le Gros n'avait pas encore rendu ses bonnes grâces à l'archevêque de Tours en 1129. Il l'invita néanmoins au sacre de Philippe son fils , et l'empressement du prélat à s'y trouver amena sans doute une réconciliation (A). Peu de temps après, Hildebert imposa la croix à Foulques le Jeune , comte d'Anjou et du Maine , appelé au trône de Jérusalem par Beaudouin II en 1 129 (5).

L'année suivante, Hildebert, jaloux de maintenir les droits de son Église, pria (e Pape de ne point accorder le pallium au successeur de Baudry , évêque de Dol. Mais les

(1) Lib. II, epist. xxxiii.

(2) Ibidem, epist. xixviii.

(3) Maan, Ecdesia Turonensi?, p. 109, n° 17,

(4) Lib. Il, epist. xLet xlv.

(5) D. (PAchery, Sjncitrgium, t. X, p. 505.

H08 histoire de l'église di MANS.

malheurs de l'Église romaine, divisée alors par un schisme, empochèrent la lettre de notre évoque d'obtenir son effet. Après la mort d'Honorius II, les cardinaux n'avaient pu s'accorder dans le choix d'un successeur; une partie a\ aient élu Grégoire, cardinal de Saint-Ange , qui prit le nom d'Innocent II ; les autres choisirent Pierre de Léon, qu'ils nommèrent Anaclet 11*. Le premier se trouvant le plus faible à Home, passa les Alpes et vint en France , où il fut reconnu pour Pontife légitime. La réputation de Hildebert lui attira de vives sollicitations de la part des deux contendants ou de leurs partis. Gérard, évêque d'Angoulême, qui s'était déclaré en faveur d'Anaclet, et qui était lié depuis longtemps avec l'archevêque de Tours, s'efforça de le gagner à son sentiment. Mais saint Bernard, champion de la cause d'Innocent, l'emporta dans l'esprit de Hildebert. La lettre que le saint abbé de Glairvaux écrivit à l'archevêque de Tours est remarquable; elle fait connaître la haute idée qu'il avait de ce prélat (I).

Hildebert s'endormit de la mort des justes, le 18 décembre de l'an 1134 (2). Il fut inhumé au côté droit de l'autel majeur, dans l'église métropolitaine de Tours. Plusieurs miracles éclatèrent sur son tombeau, aussi des écrivains d'une grande autorité lui ont-ils donné rang parmi les Saints. On lui accorde plus généralement les titres de bienheureux et de vénérable. Saint Bernard le qualifiait ainsi de son vivant même , en l'appelant un homme digne de toutes sortes de respects (3). Cependant ni l'Église du Mans, ni celle de Tours n'ont jamais fait aucune démarche pour lui obtenir un culte solennel.

Nous avons négligé à dessein de parler de l'école

(1) L'inscription de cette lettre est telle : Magno sacerdoti et excelso in verbo gloriœ Hildeberto, Dei gratia Turonensium episcopo, Bernardus Sancti Bernardi opéra, epist. cxxiv.

(2) Voir la discussion de ce point dans l'Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 276 et suiv. -- A. Salraon, Chroniques de Touraine, p. 133, 191 et 265.

(3) Totius reyerentise virum, epist. cxxui.

HILDEBËRT. 609

épiscopale du Mans, dans ce chapitre , afin de réunir sous un seul point de vue îes renseignements principaux qui se rapportent à cette période. Elle atteignit son plus brillant éclat sous l'épiscopat d'Hoël et sous celui de son successeur. A l'aide des écrits de Hildebert nous pourrons pénétrer dans renseignement qui s'y distribuait; et nous jetterons un coup d'œil sur la doctrine philosophique et théologique du savant prélat , parce qu'elle forma le fond et le texte des leçons des professeurs, durant de longues années.

L'école de la cathédrale du Mans , comme toutes celles de cette époque, embrassait l'enseignement à tous les degrés ; elle comprenait les langues dans leurs éléments, pour monter ensuite jusqu'aux plus hautes conceptions de la philosophie et de la théologie. On y étudiait même les sciences et les arts ; les mathématiques, la poésie, l'éloquence, la musique et l'architecture* avec les différentes parties qui en dépendent, y occupaient une place distinguée.

Quelle que soit l'opinion que l'on adopte sur la formation des langues modernes, on reconnaît généralement que le xie siècle vit fleurir la langue dite romane. Dès lors aussi les habitants du Maine acquirent la réputation de parler ce langage avec une perfection remarquable. L'éloquence semblait même un de leurs privilèges ; et c'était un fait si universellement reconnu, que les étrangers en convenaient (1). Cette renommée avantageuse des Manceaux tenait sans doute aux nombreux élèves des écoles de la cathédrale et des monastères , qui acquirent par leur mérite des positions brillantes en France , en Angleterre et dans les autres états.

Cependant la langue dont Hildebert s'est servi pour écrire ses ouvrages et pour son enseignement, est le latin. Par l'étude assidue des auteurs de l'antiquité, il s'était formé une diction meilleure que celle de la plupart des écrivains de son

(1) Guillaume de Malmcslmry , De Gestis pontificum Inq/oru lib. 1 , apud D. Mahillon , Annales 0. S. H., lib. LXXIl , n. 69.

610 HISTOIRE DB l'ÈSUBE Dl MANS.

temps; l'un de ses petits poëmes a même été Longtemps attribué à quelque auteur des meilleurs siècles de la latinité (1). Soixante fables en distiques latins, souvent imprimées au xve siècle sous le nom d'yfisopus, ont été attribuées à Hildebert (2). Cependant il faut reconnaître que les règles de la mesure et de la quantité sont souvent violées par notre prélat. D'autre part, l'invention ne rachète pas toujours les défauts du langage (3), et Ton s'expliquerait peu comment Hildebert a obtenu de ses contemporains les titres glorieux de poëte excellent et incomparable, et comment ses vers ont été recherchés et étudiés dans les écoles dû moyen âge , si l'on ne savait qu'au xue siècle les juges éclairés en matière de poésie latine ne furent pas moins rares que les bons poètes. Au reste, pour être juste envers notre prélat, on doit le comparer aux poètes, non du siècle d'Auguste , mais du temps de Philippe Ie* et de Louis le Gros. A ce point de vue, Hildebert est sans contredit le premier homme de son temps. Aussi les contemporains semblent quelquefois avoir oublié tous ses autres titres à la célébrité, pour relever son mérite poétique (4).

(1) Il s'agit de l'épigramme xic, Vener. Hildeberti opéra, col. 1369. Elle a été traduite en grec par Politien et Jean Lascaris; et parmi les nombreuses traductions françaises, nous citerons celle de Mlle de Gournay et celle de La Monnoye. Voir Y Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 397.

(2) Vid. Franc, de Furia , Anonymi veteris fabulœ JEsopicœ cum variorum notitiis. Leips. 1810. — Xistus Schier, De Hildeberti ojierum genuitate, integritate et editionibus, Vindobona in Austria, 17G7.

(3) Parmi les poëmes attribués à Hildebert par D. Bcaugendre, il faut restituer , d'après de meilleurs manuscrits, à Pierre de Riga , ceux qui portent pour titre: de Suzanna, col. 1231; de Virgine, col. 1336; de Ammone, col. 1355 ; de Venditione Joseph, col. 1312 ; de tribus donis Magorum; de tribus hominis mansionibus , col. 1316. — Philippe de Bonne-Espérance peut réclamer les deux poëmes de Romat col. 1334 et 1335, et peut-être quelques autres encore.

(4) Anselmus ratione stylum, dictisque priorum

Contirmare stylum nititur Yvo suum.

Inclitus et prosa versuque per omnia primus, Hildebertus olct prorsus ubique rosam.

Les écrits en prose de Hildebert méritent plus d'estime , considérés même an point de vue littéraire. Quoique la langue des maîtres du monde ait souffert sous sa plume d'assez profondes altérations, son style est digne d'attention. On lui reproche avec fondement, il est vrai, de la monotonie, quelquefois de l'obscurité et une certaine recherche de l'antithèse et d'une mauvaise concision. « Ce qui d'ailleurs recommande les écrits de Hildebert, plus que cette affectation ne leur fait tort , c'est la gravité de son esprit : il n'y arien de commun, rien de trivial, rien d'abandonné dans son discours ; il pèse chaque mot , il n'insiste jamais sur un détail indifférent; il écrit une lettre, une légende, un sermon, avec la même méthode; sans prétendre jamais au sublime, il est toujours élevé. (1) »

Tous les écrits de Hildebert sont en latin ; mais il parait certain qu'il possédait une connaissance du grec plus approfondie qu'on ne l'avait de son temps. Depuis plusieurs siècles cette belle langue avait presque cessé d'être cultivée, sauf dans un petit nombre de monastères -, elle ne reprit, dans les écoles , une place encore bien faible , qu'à la suite des croisades (2). Hildebert devança ses contemporains dans cette étude et y réussit. Dans un poëme sur sainte Marie Egyptienne, notre prélat corrige la traduction des actes grecs de cette sainte, et l'on croit qu'il a pu en composer lui-même une nouvelle d'après les sources (3). On ne saurait guère douter que Hildebert n'ait établi cette étude dans l'école qu'il dirigea si longtemps.

Laurent de Durham dan? son cV7T:o[jt.VY]aTCXov. — Chroiiicon Tvronénse magnum, apud Salmon , Chroniques de Touraine, p. 132. — Orderic Vital, Historia ecclesiastka, lib. X, p. 770. — Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 402.

(1) Haurcau, Histoire littéraire du Maine, t. I, p. 230.

(2) Cantu, Histoire unircrselle, t. XI, p. 502.

(3) Acta Sanctorum ad diem n aprilis , Vita sanctœ Marias Ef///ptiacœ, p. 83 et scq. — Histoire littéraire de la France, t. XI, p. 379. — Cependant, lorsque Hildebert cite Platon dans son traité de Honesto et ut ili, c'est toujours d'après la traduction de Cicéron.

Les mathématiques véritables n'étaient pas beaucoup plus cultivées à cette époque que la langue grecque. La plupart de ceux qui s'adonnaient à l'étude de ces sciences, les délaissaient pour les rêveries de l'astrologie et de l'alchimie. A peine si quelques disciples intelligents s'appliquaient à marcher dans les voies que le grand Gerbert leur avait tracées. Le temps était encore éloigné où Roger Bacon, Raymond Lulle, Albert le Grand, saint Thomas contraindraient leurs contemporains, par l'autorité de leur exemple et de leur enseignement, à suivre les voies de l'expérience, seul guide certain dans cette branche des connaissances humaines. Hildebert est presque le seul dans le xiK et le xue siècle qui ait osé élever la voix en faveur des principes du bon sens. Dans un poëme en quinze chants, intitulé Matkematicw (I), il tourne en ridicule l'astronomie et les astronomes. On désignait sous ce nom, non la science véritable, mais l'astrologie (2).

Hildebert nous a laissé un grand ouvrage théologique, qui atteste l'étude profonde qu'il avait faite de nos dogmes. Quoique l'exposition des vérités de la foi se retrouve dans le plus grand nombre de ses écrits , et même jusque dans ses poëmes , c'est néanmoins dans le Traité théologique que se réalisa la méthode de notre illustre docteur. Cet ou\rage lit faire un pas immense à la scolastique, dont à bon droit on regarde Hildebert comme l'introducteur en Occident, quant à la synthèse. Les caractères principaux de la théologie scolastique sont d'abord de réunir en un corps toutes les matières de la religion pour en faire un système général ; en second lieu, de les traiter, non par l'autorité seule, mais en partie par le raisonnement ; enfin , d'employer le style géométrique , et de procéder par voie d'argumentation, par axiomes, propositions à prouver, corollaires.

Les Pères et les anciens théologiens n'ont pas toujours

(1) Liber dictus Mathematicus , Vener. Hildeberti opéra, col. 1295- 1310. - Biblioth. ïmpéi\, Ms. no 6415, in-fol.

(2) Cousin, Philosophie scolastique, p. 279 et 280, éd. in-12.

HILDEBERT. 61 f)

traité systématiquement les matières de la religion. Ordinairement^ ils en discutaient les différents articles suivant les occasions , soit pour répondre à une consultation, soit pour combattre quelque nouvelle erreur, soit pour quelque autre besoin. Mais puisque dans la science de la religion, comme dans les sciences humaines, tout se tient, et qu'une portion des vérités révélées influe sur l'autre , on doit considérer comme un heureux progrès la réunion de toutes ces vérités pour en former un corps , dans lequel se manifeste la dépendance et la connexité de toutes les parties entre elles. C'est ce qu'exécuta Hildebert. Avant lui, dans l'Occident , saint Anselme avait discuté certaines matières théologiques, uniquement dans le but de les éclaircir, et sans y être amené par aucune controverse. Hildebert, à l'exemple de saint Jean Damascène pour l'Orient, voulut former un ensemble, donnant ainsi l'exemple , aux théologiens qui le suivirent, de composer des Sommes théologiques (1). On sait que le plus renommé de ces ouvrages est le Livre des sentences de Pierre Lombard, ainsi intitulé par son auteur, parce qu'il est une collection de sentences ou pensées des Pères sur chaque article du dogme catholique. Ce livre eut un succès prodigieux : il fut adopté dans les écoles , et il servit de texte aux leçons et aux commentaires des professeurs , en sorte que Pierre Lombard est généralement regardé comme le père de la théologie scolastique. Mais il est remarquable que le célèbre docteur de Paris se soit fait lui-même disciple de l'évèque du Mans , et qu'il lui ait emprunté sa méthode et la marche de son ouvrage. Longtemps les théologiens scolastiques n'ont fait autre chose que commenter les thèses sommaires du Livre des sentences ; et ce

(1) On cite cependant plusieurs théologiens qui avaient essayé avant Hildebert de classer dans un certain ordre scientifique les principaux articles du symbole chrétien, entre autres Tayon, évoque de Sanagosse; mais le travail de Hildebert est le seul qui ait été suivi dans les âges postérieurs. — Voyez M. Laforèt, Coup d'o>il sur l'h*sto{rG tic I« fln:<)loyie (tngwi.tique, p. 11-47.

n'est pas une gloire médiocre pour Hildebert d'avoir été l'inventeur d'une méthode qui à obtenu durant huit siècles cet immense crédit (1).

Les théologiens commençaient alors à se diviser en deux classes. Les premiers se bornaient à établk' la doctrine catholique par l'Écriture sainte et la tradition; ils constataient la loi de l'Église et ne portaient pas au delà leurs investigations. Cette méthode a été appelée positive. Les autres, plus désireux de scruter la vérité en elle-même, de s'illuminer de ses clartés , et de l'aire l'analyse de la foi , partaient du point où s'arrêtaient les autres. Les dogmes devenaient pour eux les principes d'une nouvelle science qui devait être l'œuvre de l'examen et de l'activité intellectuelle. Cette science qui s'exerce sur l'étude du dogme révélé, qui en déduit les conséquences, en pénètre les mystérieuses profondeurs et en découvre les harmonies, ne fut pas étrangère à notre prélat; toutefois, doué d'un esprit essentiellement sage et juste, il s'est surtout attaché à l'antiquité. Quant au style géométrique , qui est comme le dernier caractère de la scolastique, Hildebert ne l'a pas connu , mais son exposition n'en est pas moins claire. On ne rencontre point chez lui non plus cet attirail

(1) D. Beaugendre, dans les notes sur le Tractatus théologiens , col. 1005-1008, et passim. — Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 149; t. XI, p. 363, 375, et passim. — D. Cellier, Histoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, t. XXII, p. 33 et suiv. — Crevier, Histoire de l'Université de Paris, t. I, p. 101. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, t. I, p. 214. — Ziegler, Mémoires sur l'histoire de la croyance à l'existence de Dieu dans la théologie, avec un Extrait du premier système dogmatique de l'archevêque Hildebert de Tours, Gœttingue, 1792, in-8° (en allemand). — Quelques auteurs , comme : DuBoulay, Historia Universitatis Parisiensis , t. II, part. 1, p. 04; Mosheim, Institutions historiœ ecclesiasticœ , p. 413; Laforêt , Coup d'œil sur l'histoire de la théologie dogmatique , p. 57 ; Hugoniu , Essai sur la formation de l'école de Saint-Fictor de Paris , p. 163, réclament pour Hugues de Saint -Victor l'honneur d'avoir servi de guide à tous ceux qui ont composé des Sommes théologiques. C'est une erreur évidente, qui ne peut provenir que d'une étude trop superficielle du Tractatus théologiens de Hildebert.

HILDEBERT. 6i5

de divisions , de subdivisions , d'objections et de réponses qui , sans doute , ont leur utilité quand on en use modérément; mais qui, trop souvent, dans les écrits des scolastiques, embarrassent le lecteur au lieu de le soulager.

Observons enfin que Hildebert a éprouvé l'inconvénient auquel semblent soumis tous ceux qui entrent les premiers dans une carrière nouvelle : il fut dépassé par ceux qui le suivirent. Sa Somme , remarquable pour son temps , est imparfaite ; la classification n'y est pas toujours naturelle ou en parfaite harmonie avec l'ordre réel et ontologique. Nous jetterons maintenant un coup d'œil sur le Traité théologique, dont il ne nous reste plus malheureusement que la première partie (1).

Hildebert traite d'abord de la foi , dont il donne deux définitions; la première est empruntée à saint Paul (2); la seconde est conçue en ces termes : « La foi est une certitude volontaire des choses qui ne tombent pas sous nos sens, et qui est au-dessus de l'opinion, mais au-dessous de la science (3). » Il dit qu'elle est au-dessus de l'opinion, parce que croire est plus qu'opiner; qu'elle est au-dessous de la science, parce que nous ne croyons dans la vie présente qu'afin d'obtenir la connaissance plus complète dans la vie future. Hildebert établit ensuite qu'il n'y a pour l'homme sur cette terre , en ce qui regarde la religion , aucune vérité absolue, hors la révélation; mais il affirme ce qu'il ignore par lui-même, au moyen de l'acte de foi, La foi est fondée sur la parole de Jésus-Christ, des Apôtres et des prophètes, qui ont donné des preuves évidentes de

(1) Le Tractotus theologicus était un thème que devaient développer les leçons du professeur.

(2) Hebr. x, 1.

(3) Quare sic definiri potest fuies : Est voluntaria certitudo absentium supra opinionem et infra scientiam constituta. Voluntaria, quia non cogitur; absentium , id est sensibus corporis non subjaccntium; supra opinionem, quia plus est crcdere , quain opinari; infra scientiam, quia

minus est crederc, quam scire Vener. Hildeberti opéra, col. 1010

et 1011.

GIG HÏSTOTRE DE i/ÉGLTSE DU MANS.

leur mission divine. La vérité <-st en Dieu seul. l)ieu est l'universel dans sa plénitude; il est l'unité en laquelle subsistent tous les principes, tous les exemplaires, comme disent les platoniciens. Il est la justice, la sagesse, la bonté , la puissance , encore que l'individualité de son essence ne comporte pas ces distinctions. Comme nous ne connaissons actuellement d'une manière absolue ni Dieu, ni ce qui est de Dieu , toutes nos affirmations en ce point procèdent de la foi pure. La foi, comme le dit Hildebert, e/est la substance même des idées humaines ; nous croyons, nous espérons, nous aimons par la foi. Elle est en quelque sorte le sujet et l'objet de toute certitude actuelle : le sujet , car c'est d'elle qu'émane l'affirmation; l'objet, car elle n'affirme rien qu'elle-même.

Dieu s'est fait connaître dès le commencement du monde; mais cette connaissance était imparfaite; et de même qu'on n'a pu ignorer Dieu entièrement , de même il n'a été donné à personne de le comprendre (1). C'est par la Loi écrite que la connaissance de la foi a pris des accroissements. Dès lors le Messie fut promis; mais on ignorait la manière dont il se manifesterait. L'Incarnation n'était connue avant la Loi et sous la Loi que d'un petit nombre de personnes à qui Dieu l'avait révélée, et qui étaient comme les colonnes de l'Église. C'était néanmoins la foi au Médiateur qui sauvait les justes, soit doctes, soit ceux qui vivaient dans la simplicité; en sorte que la foi des premiers suppléait en quelque manière à la conscience des simples qui ne connaissaient pas ce mystère ; de même qu'aujourd'hui beaucoup de fidèles simples, qui ne connaissent pas distinctement le mystère de la Trinité , le croient cependant, parce qu'ils sont liés de communion et de foi avec ceux dont la croyance est plus éclairée.

Après avoir traité de la foi , et établi une sage distinction entre la croyance et la connaissance, c'est-à-dire entre la notion subjective et la vérité absolue, Hildebert analyse

(1) c. u, coi. iota.

Jes objets de la foi. Il y en a deux principaux, (i), dit-il avec Ja théologie : le mystère de Ja substance divine, et le sacrement de l'incarnation. Le mystère de la substance divine, fait absolu et nécessaire, que nous connaissons par la révélation, avec les distinctions d'une personnalité divine, subsistant par elle-même, et douée d'attributs incompréhensibles; le sacrement ou mystère de l'incarnation, fait contingent, et dont nous ne pouvons acquérir la notion que par la révélation.

Hildebert traite ensuite de l'unité et de l'existence de Dieu ; de la trinité , de la distinction et des propriétés des personnes; de leur égalité ; sur quoi il allègue le symbole attribué à saint Athanase (2). La manière dont il expose l'ubiquité de l'essence divine, les rapports des êtres finis avec l'infini, est exactement celle de Malebranche : il n'y a, pour ainsi parler, dans le huitième entretien sur la métaphysique , pas un mot qui ne se trouve dans le troisième chapitre du Traité théologique. Et non-seulement Hildebert et Malebranche concluent dans les mêmes termes , mais encore ils motivent les mêmes conclusions par le même raisonnement. Voici le principal argument de cette démonstration , dont le fond est emprunté à Platon et à saint Augustin : Toutes les idées sont en Dieu; Dieu a créé et ordonné le monde suivant ses idées ; donc les créatures étaient en Dieu de toute éternité. Elles y étaient , mais comme idées , non comme réalités ; l'émission réelle des créatures est un acte qui s'est accompli dans le temps. Les créatures ne sont pas essentiellement en Dieu , mais Dieu est essentiellement en toute créature. Car, ou l'essence de Dieu n'est en aucun lieu, ou elle est partout , ou elle est en quelque lieu. Si elle n'est en aucun lieu, il ne faut pas la supposer en un lieu quelconque, mais nier absolument l'être divin; si on la suppose en un lieu , pourquoi ne pas

(1) Duo sunt in quibus maxime consistit fides : mysterium divinit.Uis, et sacramentum incarnationis..., col. 1015. (ï) Ci III, iv, v, vi, vu et vin,

618 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DU MANS.

reconnaître qu'elle est dans tons les lieux? N'est-ce pas en effet une impiété que de localiser l'infini ? Dieu est dans toutes les créatures; il est dans toutes également, par la présence de sa di vinité, c'est-à-dire par son essence ; dans un autre ordre de faits, il habite , par sa grâce, non dans tous les hommes, mais seulement dans les bons. L'âme humaine est en quelque sorte un instrument que Dieu met en action. Elle n'a que des facultés; les désirs, les sentiments, les affections lui ad viennent, s'imposent à elle; elle les éprouve, mais ne les cause pas. C'est en cela que l'âme humaine diffère de l 'âme divine. En Dieu, la puissance, la connaissance, l'amour, sont des attributs immuables et éternels; Dieu n'est jamais ni plus ni moins puissant, connaissant, aimant. Telle n'est pas la condition de l'âme humaine : tout lui est accident (1).

Après avoir ainsi expliqué pourquoi les facultés de l'âme humaine ne constituent pas des personnes , et s'être livré à des explications aussi complètes que possible sur le mystère de la Trinité, Hilclebert passe à la prescience et à la prédestination. 11 éjablit cette différence entre l'une et l'autre : la prescience regarde également les élus et les réprouvés, et la prédestination n'a pour objet que ceux qui doivent être sauvés (2). Parlant delà volonté de Dieu, il dit qu'elle est la cause de tout, et immuable ; que Dieu nous la fait connaître en quatre manières : par ses commandements, ses défenses, ses œuvres et ses permissions, auxquelles on peut ajouter les promesses (3). Sur la toutepuissance de Dieu , il dit qu'encore qu'il puisse tout , il ne fait que ce qui convient à sa vérité et à sa justice (4).

Le sacrement de l'incarnation est, comme l'a dit Hildebert, le second objet principal de la foi. Notre prélat fait d'abord ressortir la convenance du mvstère en la seconde

(1) c. iv, col. 1021.

(2) G. ix, col. 1032.

(3) C. x,col. 1035-1039.

(4) C. xi, col. 1039-1042.

personne de la Trinité a afin que le Fils de Dieu le fût aussi de l'homme; et que comme c/est par sa sagesse que Dieu a créé le monde, il le rachetât par cette même sagesse (I). Le Verbe , en se faisant chair, n'a pris que la nature de Tliomme, et non sa personne; l'âme humaine unie au Verbe savait tout par grâce, au lieu que le Verbe savait tout par nature (2). 11 y a en Jésus-Christ deux natures et deux volontés : la divine et l'humaine (3). Depuis que le Fils de Dieu s'est fait homme, il est toujours demeuré Homme-Dieu et Dieu-Homme, en sorte qu'il n'a pu pécher (4). C'est en traitant de l'Incarnation que Hildebert rend témoignage au dogme de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge , fondé sur le privilège de la maternité divine (5).

Sur les anges , Hildebert enseigne qu'ils ont été créés en même temps que l'homme et placés dans le ciel empyrée (6); que Dieu, en les créant, les a faits spirituels, immortels, intelligents ; qu'il ne les a pas créés heureux, mais pour le devenir avec le secours de la grâce qu'ils avaient reçue dans leur création; qu'il n'y a pas eu un long intervalle entre leur création et leur chute (7). Lucifer était le plus excellent de tous les anges. Les démons ne sont ni dans le ciel, qui est le séjour des bons anges ; ni sur la terre, de peur qu'ils ne fassent trop de peine aux hommes; ils font leur demeure dans un air ténébreux qui leur sert de prison, jusqu'au jour du jugement, où ils seront précipités dans les enfers (8). Sur les saints anges, il s'exprime comme saint Denys l'Aréopagite et saint Grégoire le Grand , relativement aux neuf ordres et aux trois

(1) G. xii, col. 1042-1044.

(2) C. xin, col. 1044-1047.

(3) C. xiv, col. 1047-1051.

(4) C. xv, col. 1051-1052; c. xvi, col. 1052-1058.

(5) G. xm, col. 1045.

(6) G. XVII, COl. 1053-1055.

(7) G. xviti et xix, col. 1055-1058.

(8) G. XX et xm, roi. 1058-1060.

hiérarchies. IL dit, avec ce dernier docteur, que chacun de nous a deux anges, un bon pour le garder, un mauvais pour le tenter (1).

Il traite succinctement lfœuvre des six jours. Parlant du péché de l'homme , il le fait consister dans un mouvement d'orgueil; l'homme pouvait réprimer ce mouvement et résister au tentateur par le secours de la grâce qu'il avait reçue dans la création (2). Par le péché originel, les forces du libre arbitre sont diminuées, de manière que, même après la rédemption du genre humain, l'homme a besoin, pour faire le bien surnaturel, d'une grâce intérieure opérante, libératrice, excitante et coopérante. Avant sa chute, l'homme n'avait nul besoin de libérateur, mais seulement de coopérateur (3). Il faut savoir, dit Hildebert , que le libre arbitre ne s'appelle pas ainsi, parce qu'il est porté également au bien et au mal : chacun peut tomber de luimême ; mais nul ne peut se relever, s'il n'est aidé de la grâce de Dieu ; le libre arbitre est suffisant de lui-même pour le mal; mais il ne suffit pas de lui-même pour le bien.

Hildebert traite ensuite des péchés, de l'originel et de l'actuel. Nous recevons le premier, de nos parents, qui nous le transmettent par la concupiscence. C'est par cette voie que le péché d'Adam est passé-à tous ses descendants (4). On distingue sept péchés capitaux , qui sont la source de tous les autres ; et on leur oppose sept vertus , qui sont en relation avec les sept dons du Saint-Esprit (5).

Pour remédier aux maux que causent en nous les péchés originel et actuel, Jésus-Christ a établi les sept sacrements (6). Ce sont des signes visibles des grâces invisibles qu'ils produisent. Parlant du baptême , Hildebert nous

(1) C. xxl et xxli, col. 1060-1064.

(2) C. xxiv-xxvm, col. 1066-1078.

(3) G. xxix et xxx, col. 1078-1083,

(4) C. xxx, XXXII, xxxm.

(5) G. xxxiv-xxxix,

je) c. xl.

apprend qu'il se donnait encore par immersion. Notre prélat n'entre pas dans le détail des sacrements; mais , nous l'avons déjà dit, ce traité n'est pas arrivé complet jusqu'à notre temps. Il est écrit avec beaucoup de méthode, de netteté et de précision. Cette dernière qualité est peutêtre même poussée à un point excessif. Hildebert commence ordinairement par rapporter les divers sentiments des anciens sur une question; puis il donne le sien, et l'appuie de raisons et d'autorités. Ensuite il propose les objections, et les résout. Riche d'une érudition très-rare de son temps, l'évêque du Mans cite un assez grand nombre d'ouvrages des Pères; mais il s'attache de préférence à saint Augustin, qu'il reconnaît pour son maître.

Hildebert a composé encore deux traités dont nous devons dire un mot; le premier est sur le sacrement de l'autel, et le second, une explication ou commentaire moral de la messe. La doctrine de l'Église sur la présence réelle est si clairement établie clans Je premier, que l'on ne peut douter de l'éloignement qu'éprouvait son auteur pour les doctrines de Scott Érigène et de Bérenger. Le saint prélat convient que de tous les mystères de la foi et de tous les effets de la puissance de Dieu, il n'y en a point où la raison humaine pénètre moins que dans ce qui se passe à l'égard de l'eucharistie. Mais il en donne une explication claire, précise et complète; puis il ajoute: « Tout cela est inconnu à la raison ; mais ce qu'elle ignore, la foi le connaît. Elle connaît par la grâce ce que la raison ne peut atteindre par ses propres lumières ( 1 ). »

Dans son Explication de la Messe, Hildebert s'exprime sur la présence réelle avec autant d'énergie que dans le traité précédent , en ajoutant que le corps de Jésus-Christ consacré par le prêtre est le même corps qui est né de la Vierge. On y trouve mentionnés plusieurs usages qui n'existent plus aujourd'hui : ainsi on faisait dans le canon mémoire

(1) Brevis tractatus de sacramento altaris. Vener. Hildeberti opéra. col. 1103-1108.

des saints, le jour de leur fête. A l'occasion de la bénédiction qui se donne à la fin de la messe, il remarque qu'il était d'usage, quand on avait conféré avec un serviteur de Dieu, de prendre sa bénédiction au moment de se séparer de lui. Quoique les Apôtres ne fussent pas à jeun lorsqu'ils reçurent l'eucharistie de la main du Sauveur, l'usage général de l'Église est de la recevoir avant tout autre aliment, de s'en approcher ou de s'en éloigner, selon l'avis de son pasteur (1).

Dans les poëmes de notre prélat sur ce mystère, on reconnaît la même pureté de doctrine. 11 les écrivit durant son séjour à Cluny , ou plutôt pendant qu'il était à la tète de l'école du Mans , ainsi que le témoigne Pierre Paillard , Manceau et moine de Marmoutier, presque Contemporain de notre grand évoque. Le but que Hildebert se proposait en composant ces poésies , était de maintenir la pureté de la foi sur un dogme qui avait été attaqué , avec tous les artifices de la plus subtile dialectique, au sein de l'Église du Mans.

Ces vers témoignent en même temps delà piété du saint évêque envers cet adorable mystère ; et, en les lisant, on se rappelle ce que rapporte un historien de son temps, son disciple , qu'il n'offrait point le saint sacrifice sans répandre une grande abondance de larmes (2).

Hildebert n'a pas négligé de traiter aussi de la morale , non selon la méthode des casuistes , mais plutôt en recueillant les sentences de l'Écriture, des Pères et des philosophes anciens. Ce recueil, intitulé de Honesto et Utili, fut entrepris par notre prélat à la prière du roi d'Angleterre Henri J er (3).

(1) Liber de expositione missae. Vener. Hildeberti opéra, col. 1107-

(2) D. Mabillon, Yetera analecta, t. III, p. 304.

(3) Moralium dogma philosophorum per multa dispersum volumina, tuo quidem instinctu, vir oplime atque liberalis, Henriee, contrahere conabor. — Venerabilis Hildeberti, Cenomanensis epùcopi, ac dein Turonemis archiepiscopi , Moralis philosophia de Honesto et Utili , multo quam antea auctior atque emendatior ex bibliothecœ Seminarii

La doctrine morale exposée dans ce traité est d'une remarquable simplicité. Elle est tout entière, en quelque sorte, dans cette sentence : L'honnête est toujours préférable à l'utile. Mais qu'est-ce que l'honnête ? c'est la vertu. Il y a deux catégories de vertus : celles dont le but est la connaissance, et celles dont le but est l'action. HildebeL't place en premier lieu celles-ci : il estime le savoir , mais il fait plus de cas de la justice et du dévouement, a Supposons , dit-il , un homme désireux de connaître la nature : tandis qu'il se livre tout entier à la contemplation de choses très-dignes d'être connues , tout à coup on apporte la nouvelle d'un danger public. Eh quoi! ne renoncera -t- il pas sur-lechamp à toutes ses études pour courir à la défense de la patrie, quand bien même il serait au moment de compter les étoiles , et de mesurer l'immensité du monde ? » Dans tout ce traité , Hildebert parle assez rarement de son fond; le plus souvent il emploie les paroles de saint Paul, celles de Salomon dans les Proverbes, l'Ecclésiastique et la Sagesse ; ou les sentences des anciens : Cicéron , Salluste , Sénèque, Horace, Térence, Ovide, Publius Syrus, Juvénal, Perse, Lucain; il cite encore Platon et Boèce (de Consolatione). On voit qu'il possédait les divers ouvrages de ces auteurs. Mais s'il a pris ordinairement saint Augustin pour son guide dans la théologie , il semble s'attacher de préférence, dans ce traité, à Cicéron et à Sénèque.

Ce n'est point toutefois dans les ouvrages purement philosophiques de Hildebert qu'il faut chercher ses opinions sur les plus graves questions de la philosophie et de la morale. On cultivait peu à cette époque la philosophie pour elle-même. La science sacrée était presque l'unique matière sur laquelle s'exerçait l'activité intellectuelle , ou du moins toutes les autres sciences ne servaient que de préparation à la théologie. C'est donc plutôt dans le Traité théologique, les sermons et même les lettres de Hildebert, qu'on trouve

Patavini manuacripto codicè édita ac notis illustrata, a D. Vinccntio de Vit. Patavii, 1843, lypis Seniinarii , in-8<>.

sa doctrine sur toutes ces questions. 11 ne lut étranger à aucune de celles que l'école agita de son temps, et en toutes il se montre un esprit éminent.

Ce que l'on vient de dire peut donner une idée de renseignement en vigueur dans l'école du Mans , au temps où Hildebei t la dirigeait. Il nous reste cependant encore à parler de sa méthode dans l'explication de la sainte Écriture et de ses travaux sur le droit canonique. L'Écriture, base essentielle de toute instruction théologique , était étudiée avec assiduité dans l'école de la cathédrale. Toutefois, on a reproché à notre grand évêque de s'être laissé aller au goût dominant de son temps, et d'avoir trop exclusivement recherché le sens allégorique. Ce défaut, car c'en est un véritable, se rencontre surtout dans quelques sermons qui lui sont attribués, peut-être sans un fondement bien certain; car il y règne une obscurité entièrement opposée à sa manière habituelle. Il nous semble néanmoins que ces sermons ont été écrits par quelques-uns de ses disciples , qui cherchaient à imiter leur maître , et qui, comme il arrive ordinairement, exagéraient ses défauts. Dans son Traité théologique, composé pour l'école, Hildebert s'attache constamment au sens précis du texte sacré. Dans tous ses écrits, on le trouve rempli de la substance des saintes Écritures ; il n'a cependant composé aucun commentaire sur les livres saints.

Il est certain , au contraire , qu'il avait rédigé un recueil de canons. Les études canoniques ne l'occupèrent pas seulement pendant qu'il dirigea l'école du Mans ; longtemps après qu'il fut assis sur la chaire épiscopale, il poursuivait encore ses travaux sur cette branche de la science ecclésiastique. Écrivant , vers 1119, à un évêque d'Angleterre ou d'Irlande , il dit : « Je n'ai pas encore pu conduire à leur fin les extraits des Décrétâtes que je travaille depuis longtemps à réunir et disposer en un volume. Une telle entreprise demanderait un esprit libre de tous autres soins , disposition qui ne s'accorde pas avec la charge épiscopale que j'ai à soutenir. J'en ai cependant terminé une

HILDEUERT. 625

partie entière , et malgré les soucis de la prélature , je me dispose à achever le reste. Dès qu'il sera termine', je vous renverrai (1). » D'après ces paroles, il n'est pas possible de douter que notre évêque n'ait travaillé à une collection des Canons et des Décrétâtes , disposés dans un ordre méthodique. Longtemps les érudits ont vainement cherché à découvrir cette précieuse collection, et ils ont attribué tour à tour à notre savant prélat divers recueils conçus dans un but analogue ; ce n'est que depuis peu qu'ils semblent setre accordés à lui attribuer avec quelque fondement une collection en dix livres, dans le genre du Décret de Gratien , et à laquelle ont servi de thème la Panormie de saint Yves de Chartres , concurremment avec le recueil en trois sections et celui de Bouchard (2). Cette Somme canonique donne une connaissance complète de l'état de la discipline en vigueur dans notre diocèse.

L'influence de l'école épiscopale dut se faire ressentir dans toute la province. Elle donna, dans ces temps, plusieurs hommes distingués, dont les noms ont été déjà signalés dans les récits précédents, ou le seront dans la suite. Contentons-nous de rappeler ici Guy d'Étampes, Hugues de Saint-Calais et Guillaume de Passavant, qui devinrent successivement évêques du Mans; Geoffroy, doyen du Mans, puis archevêque de Rouen; Guillaume de Lonlay, archidiacre de Clermont ; Guillaume de Buris ; Raoul deDomfront; Hardouin, doyen du Mans, puis archevêque de Bordeaux; Guillaume Bureau, évêque d'Avranches; Herbert, évêque de Rennes; Raoul, archevêque

(1) Lib. II, epist. xxvn.

(2) Ballerini, Appendix ad sancti Leonis opéra, part. 4, c. xvm il» h, t. III, p. cccxx, no 14. - Galland , De Vetustis canonum collel ctiombus, t. I, p. 675. - Aug. Theiner, sur Yves, p. 31-39. - Savigny, Histoire du droit romain au moyen âge, liv. II, § 106, note /".— Walter,' Manuel du droit ecclésiastique de toutes les communions chrétiennes] § 95. - Cfr. Bourassé , dans la Patrologic , t. CLXXI , p. 43 et 44 , et Hebert-Duperron , De vener. Hildeberti vita et script., p.'27, 100.

in

62fi HISTOIRE DE L EOLI8E DU MANS.

de Cantorbery^ et Kobert Gorham, qui devint abbé de

Saint-Alban (1).

L eloignement des temps nous dérobe , sans doute , Ja connaissance de beaucoup d'autres. Il nous reste quelques poésies anonymes composées par des chanoines du Mans, d'autres par des moines de Saint-Vincent, de Notre-Dame de Lonlay, et même par des religieuses de Saint -Julien -du -Pré. Ainsi la langue et la poésie latine étaient cultivées même dans les monastères de femmes (2).

Les arts faisaient le même progrès que les sciences, dans notre province. La reconstruction de la cathédrale, le grand nombre d'autres édifices sacrés qui s'élevèrent alors de toutes parts, et les multiples objets de peinture, mosaïque , sculpture , ciselure , que supposent et la décoration de tant d'églises et les translations si fréquentes des reliques des saints, prouvent que le Maine était alors peuplé d'artistes religieux. On pense que l'ogive, dont l'origine est beaucoup plus ancienne, commença, dans cette première moitié du xue siècle, à paraître comme un caractère nouveau dans les monuments élevés sur le sol manceau. Toutefois, nos édifices de cette époque n'ont pas encore dépouillé le caractère hiératique, sacerdotal ou monacal, dont ils étaient empreints précédemment;

(1) Histoire littéraire de la France, t. IX, p. 49 et 50. — Les catalogues des manuscrits d'Angleterre attribuent à un Marbaudus Cenomanensis un poëme de Gemmis. Le Paige, t. II, p. 50 , parle du même personnage, qu'il désigne sous le nom de Marbodée ; mais il est évident qu'il s'agit ici de Marbode , évêque de Rennes. — 11 semble même que l'instruction des femmes n'était pas négligée dans le Maine , puisque Éremberge, fille du comte Hélie, avait des connaissances peu communes de son temps. Voyez Bodin, Recherches sur l'Anjou, t. I, p. 2C>8.

(2) Une Vie de saint Bruno , imprimée on caractères gothiques, sans titre ni millésime , contient sept petits poëmes à la louange de ce saint patriarche, composés à la cathédrale ou dans les monastères du Maine, en 1101. Quelques-uns pourraient paraître d'une perfection supérieure à ce qu'on attend de poètes du xne siècle; mais ils se rapportent à l'époque où l'école du Mans était dans sa période la plus brillante.

H1LDEBEUT. t>27

on n'y reconnaît encore aucune trace de l'apparition de la nouvelle architecture introduite par les loges maçonniques.

Les documents nous font défaut pour affirmer que l'école du Mans conserva son éclat longtemps après l'épiscopat de Hildebert; mais de fortes conjectures nous portent à penser qu'elle fut enveloppée dans le malheur de la province , et que le sceptre étranger lui fut fatal , comme à tant d'autres institutions. D'ailleurs, la présence d'un homme aussi éminent que l'était Hildebert, lut pour beaucoup dans l'élan donné aux intelligences. Dans le même temps, Pierre Paillard, ce Manceau moine de Marmoutier dont il a été déjà parlé , composa des vers élégiaques qui se lisent en tète du poëme de notre prélat, sur le mystère de la messe (■!).

Six cents ans après la mort de notre grand évèque , un beau monument lut élevé à sa mémoire par l'un des plus saints religieux du xvif siècle. Dom Antoine Beaugendre publia en 1708, en un volume in-folio, les œuvres de Hildebert et de Marbode, évêque de Hennés (2). Déjà un savant avocat au parlement de Paris, nommé Loyauté, avait travaillé à réunir les ouvrages dispersés de notre

(1) Hiklebei'tus aclest Gcnomanus; perlcge, Lector,

Hoc opus ingenio , nioribus eximium.

Moribus eximium deerat meminissc libcllum,

Quo Christi Cœnœ mystica sancta leges.

Mystica sancta legcs, Missam , solemnia vota;

Hic credas verum semper adesse Demi).

Sempcr adesse Deum stimma est clementia , cœlos

Christicolis confert bostia sacra suis.

Hostia sacra suis vitam prœstare supernam

Est potis, hanc veniam poscimus ante Deum. Poscimus ante Deum pellatur ut borrida tabès ,

Qua genus humanum labitur, atque cadit {Vener. Hil-

deberti 0[>evo, col. 1133.)

(2) Pour la vie de D. Peaugcndro, voir Y Histoire littéraire de la congrégation de Saint-Maur, par D.Tassin, p. L270-272. — Pour l'édition des œuvres de Hildebert , voir YHistoire littéraire de la France, t. XI , p. ^0-41°2.

itèN lllSTOlUE DE L'EGLISE DU VANS. JIILDEDERT.

évèque. D'autres écrivains ont consacré leurs \eilles à éclairer ou recueillir ses ouvrages; nous ne citerons que M. Hebert-Duperron (I) et Xyste Schier, le plus remarquable de tous (2).

(1) De veaerohilis Hildeberti , primo Cenomanensis episcopi, dein Turonensis archiepiscopi, vita etscriptis. Bajocis, 1835.

(2) De Hildeberti operum genuitate, integritate et editionibu»% auct. Xysto Schier. Vindobonœ in Austria, 1707. — M. l'abbé Bourassé , clianoine de Tours, vient de donner une nouvelle édition des œuvres de Hildcbert dans le t. GLXXI de la Patroïogie, publiée par Migne. Les savants continuateurs de Bollandus ont publié un poème attribué à Hildcbert, sur le martyre de sainte Foi, de saint Caprasius et de leurs compagnons, morts à Agen en 303. Yid. Actu Sanctorum, ad diem xx octobris, p. 816, n° 8; p. 826-820.

DONS DE HUGUES DAVID , COMTE DU MAINE , A L ABBAYE DE SAINT-PIERRE DE LA COUTURE ET A LA COLLÉGIALE DE SAINT-PIERRE-DE-LA-COUR.

■ (Vers l'an 970.)

In nomine Doraini et Salvatoris et Spiritus Sancti. Ego Hugo, Cornes Cenomannus , notum fore cupio omnibus successoribus meis, quoniam pro redemptione anime mee , meique genitoris et genitricis , et insuper omnium tam presentium quam futurorum heredum qui hoc benefactum annucrint, aliquid eleemosine facerc cupiens, dedi communiter possidere, tam monachis beati Pétri Culture, quam et canonicis nostris de Ecclesia beati Pétri, que est capella nostra, videlicet terras que erant ad vadum nomine Bernationum cura collibertis et censivis inibi sitis,molendinorum sive arearum et terras de Prato Ferrato , cura omnibus terris et pratis cultis et incultis, que in circuitu sunt, et terras de Glatigneo eteensivas, et terras de Campo Guarellis , cura omnibus censivis que sont in circuitu Sancte Crucis,et similiter sancti Dionysii,ct censivas de vineiscuni omni integritate, et cura omnibus consuetudinibus , sicut honoritîce tenemus , nihil mihi exinde retinens nisi propitiationcm a Domino, qui bec nobis dédit. Fleemosinam lali tenore ut pro remedio anime mec singulis diebiis exorent domini ï 11 i quibus hoc benefactum largiii sumus. Ego itaque Hugo, cornes Cenomanicc civitatis, cum railitibus et vernaculis et fîliis meis ac filiabus, liane inscriptioncm hujus carlulc stabilio ac firmo, ut roborata in cvum permancat. Quicumque igitur, seu heredum nostrorum, seu extrancorum, hoc benelicium sanctis Apostolis auferre volucrit, seu monachorum \el canonicoruin praefaiorum hoc testamentum violarc seu dirumpere tentaverit, omnibus replcatur maledicliouibus , et sit anathema , maranatba, lioc est, sequcslratus a communionc corporis et sanguinia Domini, nisi ad satisfactionem et cmendationem venerit. Fiat, fiât, Hat; amen, amen, amen. Signuin Hugonis eomitis, Hugonis lilii t-j us , Seingcfridi episcopi , l?aac, ûdonis archiil., Guillelmi arebid., Subardi, Gualmari, Hadulphi, Gaufridi, Amollis, Milonis, Aigleranni (]). (Copie aux Archives du département de la Sartbc.)

On tiv,u\c iinn- la ra&nuicrli une antre entrt* wnfermam ■< peu prN le* m^mi i dfcpoiltto»*.

U.'JO HÏSTOTHE DE l/ÉGLISE DU MANS.

DONS DE HUGUES DAVID, COMTE DU MAINE, EN FAVEUR DE LA COLLÉGIALE DE SAINT-PIERKE-DF.-L A-COUR.

( Fin du xe siècle. )

Tn nomine Patrie et Salvatoris et Spirilus Sancti Paracleti. Ego Hugo David filins, cornes Cenoinanoriim, cunclis heredibus et scquenlibus meis rertum et ratum fore cupio quoniara pro remedio anime niée , meique genitoris David et genitricis mee , etc., necnon cunctorum tam futurorum quam et presentium heredum qui hoc donum concesserint , dedi et do Ecclesie beati Pétri de Curia et canon icis ejusdem Ecclesiœ Madrigneatum (1) cum ecclesia , et furnum et molendinum, et quidquid in villa habeo cum omnibus consuetudinibus, et ita in pace et quiele teneant quemadmodum teneo , et teuuerunt antecessores nostri. Quicumque donum hoc violaverit , ex parte Cbristi et sancte Trinilatis sit anathema , maranatha, nisi ad emendationem venerit et ad satisfactionem; fiât, fiât. Hanc excommunicationem confirmo Ego Seinfredus Cenom. Epûs, et ego Isaac archid., et ego Odo archid. , et ego Suardns, et ego Milo , et plures alii.

Eodem tempore et die dedi eisdem canonicis nostris Ecclesie, videlicet beati Pétri , ut quicte et libère teneant et possideant in quocumque feodo emerint vineas, quamdiu in manu Ecclesie seu in manu alicujus canonici fuerint, concedentibus omnibus baronibus meis et vavassoribus meis. Et si forte de manu Ecclesie sive canonicorum vinee exierint , ad priores redeant consuetudines. Hoc testificantur Hugo filius meus, Seinfredus epiis., Isaac archid. , Gaumarus et Suardus atque plures alii. (Copie aux Archives de la Sarthe. )

CONFIRMATION PAR HUGUES DAVID, COMTE DU MAINE, DES DONS FAITS A L'ÉGLISE DE SAINT-PIERRE-DE-LA-COUR ET DE TOUTES LES LIBERTÉS QUI LUI ONT ÉTÉ OCTROYÉES.

( Pièce sans date , de la fin du xe siècle. )

Summus honor et animarum utilitas maxime est quibus a Deo datur in animo , ut ita libère et quiète bénéficia que suis Ecclesiis douant confirmaverint, ne posteri vel sequaces heredes in donis patrum vel

cl» Mttigné, près il'Éoommny.

PTÈCES JUSTIFICATIVES. 634

antecesorum suorum possint aliquid contrectare. In nomine igitur Dei et Salvatoris et Sancti Spiritus Paracliti , Ego Hugo David filius, Cenomanorum cornes, dono et confirme cuncta donaria que pater meus David Ecclesie beati Pétri de Curia dédit, et ca que dedi et daturus sum. Talem libertatem siquidem Ecclesie et canonicis concedo, ut homines sui non eant in exercitum sive in expeditionem meam, nisi prius decanus vel precentor Ecclesie inde a senescallo meo ore ad os submoneatur. Verumtamen si aliquis eorum hominum remanserit, et serviens meus vel senescallus meus rectum habere voluerit, per manum decani vel custodis ville de quafuisset homo, vel per capitulum justitiarn et rectum habuerit.

Quod si emenda pignorata fuit , inde per manum decani vel canonici ville illius custodis reddatur decano et canonico. Decanus dimidiam partem sibi retineat , alteram partem senescallo vel villico reddat. Qui hanc libertatem frangere vel violare tentaverit , anathema sit et maranatha. Hujus vero libertatis sunt testes Syngenfredus epûs Cenom., Isaac archid.,Gaumarus, Odo, Gonterus. (Copie aux Archives de la Sarthe. )

CHARTE PAR LAQUELLE HENRI II , ROI D'ANGLETERRE , CONFIRME LES PRIVILÈGES DE L'ABBAYE DE LA COUTURE, FONDATION DE SES ANCÊTRES.

(Sans date , vers la fin du xne siècle.)

Henricus , Dei gratia rex Anglorum et dux Normannie et Aquitanie et Ccnomannie et Andegavie, comitibus, baronibus, justicibus, vicecomitibus, ministris et omnibus fidelibus suis, salutem. Sciatis me concessisse et presenti charta inea confirmasse monachis sancti Pétri de Cultura costumas suas in quoeumque (loco) in terra mea fuerint, sicut ex donatione antecessorum meorum habuerint ; libère volo et firmiter precipio quatinus iidem monachi cas costumas habeant et teneant bene et in pace, libère et quiète et intègre et honorifioe, sicut charte antecessorum meorum, prennntiate Ecclesie fnndatorum , testantur. ïeslibus : Guillelmo, episcopo Cenomanensi, Nicolao, decano sancti Juliani, Guillelmo deChastill., et pluribus aliis. (Tiré de Y Histoire de l'abbaye de la Couture. Us. de la Bibliothèque du Mans, n° 91.)

CHARTE PAR LAQUELLE GUY d'AVOISE DONNE A L'ABBAYE DE LA COUTURE LE MONASTÈRE DE NOTRE-DAME D'AUVERS-LE-HAMON.

(Vers Va» 1050.)

Quicuinque fidc catolicus vitam îneditatur etcrnam, vitando que mala sunt, tartaream liorret penam , curandum et agendum sibi summopere est, quatinus felici commercio pro tcrrenis celestia , pro perituris eterna commutet , sic ego in Dei nomine Guido de Davazeo , revolvens mente, cupiens celica adipisci régna, vitare desiderans infcrnorum penas, Deo que Dei sunt, quedam ab ipso mihi concessa retribuo , quatinus facinorum meorum sit pins indultor. Ego, favente meo seniorc Hugone, Genomanorum comité , et iilio suo Herberto, meis quoque filiis annuentibus Jobanne atque Hamone cum eeteris fidelibns meis , concedo ad cenobium S. Pétri de Cultura quoddam monasterium quod Alversus dicitur, in honore Dei genitricis Marie sacratum, quatenus ab ipsius cenobii S. Pétri monachis in hoc monasterio S. Marie Deo serviatur, pro remedio anime mec, patrisque mei et matris mee , filiorum quoque meorum et filiarum ceterorumque parentum meorum , tam vivorum quam defunctorum. Burgum quoque inibi situm annuo cum vicaria omnium hominum in meo dominio, sive in burgo illo, sive extra burgum manentium, ut prefati monachi ila libère et quiète burgum illum cum hominibus et vicaria possideant, sicut ego et antecessores mei possedimus. Concedo etiam monachis illis omncs consuetudines in meo dominio undecumque exeuntes, sive ab hominibus meis, sive ab extraneis, sive in burgo, sive extra burgum , sive in publica via , sive extra publicam viam, ut et ipsi monachi ita libère et quiète eas obtincant sicut et ego obtinui. Annuo quoque eis furnum cum pressorio et omnes décimas predicte ecclesie, ad meum dominium pertinentes, cum sepultura, medietatem etiam unius molendini eis concedo, et molturam omnium meorum hominum, sive in burgo, sive extra burgum manentium, ila libère et quiète possidendam, sicut et ego possedi cum una medietaria. Si vero aliquis meorum hominum prefatis monachis partem terre sue pro anime sue remedio conferre voluent, omnem exactionem que exinde mihi reddi solet, sive lailleiam, sive alius modi scrvitium, monachis dimitto et concedo ; bec omnia monachis ita libère et quiète possidenda annuo, sicut a domino meo Hugone, Genomanorum comité, possedi. Concedo quoque ut presbyter in supra dicta ccclesia ab abbate Culture et monachis ponatur; necnon terram que ante portam nostri castelli est ad oratorium construendum et subburgum do , uti Garions possedit. Ne igitur banc dnnationem aliquis presens vol futurus hères mens vel extraneus

calumniare presumeret, domini meiHugonis, Cenomanorum comitis, sigillo confîrmari impetravi. Ego siquidem Guido, qui hoc donum feci, sigilli mei munimine confirmavi. Actum est hoc in Genomanica urbe in presentia domini mei Hugonis comitis in die Palmarum in ecclesia sanctorum Gervasii et Prothasii, régnante rege Francorum Henrico. Qui vero hoc donum calumniare presumpserit, nisi cito penituerit et emendaverit, puniatur cum diabolo et angelis ejus infernalibus pénis. Hoc vidit Berta comitissa, Fulcho de Chiviliaco, Lescardus deAlvers, Odo Ilufus, Hamelinus de Vilers. — Signum Hugonis, Cenomanorum comitis. f Signum Herberti de Acceio. f S. Dragonis. f S. Burchardi.-j- S. Odonis de Tusseio. f S. Joffridi Calvi. f S. Ascelini, abbatis Culture, f S. Herberti, abbatis S. Karilephi. f S. Avesgaudi, abbatis Vindocinii. f S. Guidonis de Davazeo. f S. Joannis filii ejus. f S. Hamonis fini ejus. f S. Roberti de Intrannis. 7 S. Radulphi de Vergia. f S. Gosleni de Altanosia. f S. Joffridi filii Vicecomilis. f S. Herbranni. 7 S. Hardoini 7 S. Garini. (Tiré de YHistoire de V abbaye de la Couture. )

ernaud gruel , en recevant l'habit monastique a l1abbaye de saint-vincent, donne a ce monastère l'église et le cimetière d'aveines.

( Commencement du xie siècle. )

Quicquid sancte Ecclesic fidelibus offertur, congruum est ut litterarum annotatione tituletur, ne a memoria elabatur. Quapropter nos monachi sancti Vincentii memorare volumus, quia quando domnus Ernaudus Gruellus recepit monachilem habilum, dédit Deo et sanctis marliribus Vincentio et Laurentio quidquid in ecclesia de Avenu vel in cymiterio possidere videbatur, et quicquid Sigiberlus presbyter ad ecclesiam pertinens inibi habebat . neenon et decimam quam ipse in vadimonio de ipso Ernaudo tenebat. Hoc autem annuit Helvis uxor ejus, de cujus dotalicio erat, et Hugo et Aimerions et Willelmus Gruel et Hubertus iilii corum. Annuerunt quoque quicquid in eorum fevo adquirere potuerimns venditione seu donatione , ita ut servitium suum non perdant, sicjut videiunt et audierunt testes subscripti : Paganus de Monte Dublello , Odo de Pireto , Willelmus Hibula , Jolianncs Aurelianensis , Ivo de Pontuino , Sigibertus presbyter, Laurentius, Raginald us , Johanncs , clerici sancti Karilelphi, Fulbertus de Hiveleiog, Hungerius dapifer, Ernulfus coquus, Valterius vicarius, Gauterius, Stephanus , Loripes fealdus , Gnillelmus preposilus Mamcrti , IJerengerius de iMammerto. (Extrait du Curtulaire de Saint-Vincent , à la Bibliothèque Impériale, iv> 5444.)

6'U HISTOIRE DE i/ÉGUSE 1)U MANS.

CLÉOPHAS MALRAUNI DONNE A L'ABBAYE DE SAINT-VINCENT LE PASNAGE DE CENT PORCS DANS SA FORÊT DE BERNAY.

[Commencement du xue siècle. )

Quisquis apices istos viderit, novcrit quiaCleophas Malrauni deNovia- Stro fîlius Avesgaudo abba'.i sancti Vincent ii atque S. Laurentii monasterii, quod situm est insuburbioCenomannice urbis, et monachis ibi Deo atque supradictis sanctis famulantibus dédit perpetualiter in foreste sua de Burceio pasnagium et percursum c porcorum in glande et fdgeria ; monachi autem orationes cum eleemosinis loci ejusdem eidem largiti sunt. Dedèrunt etiam ei xxsol. denariorum alia nulla de causa, nisi caritatis intuitu. Hujus autem doni qui interfuerunt testes sunt isti : Hubertus ejusdem Cleopbe fîlius , Hamelinus Discoforus, Hubertus Tafet, Wauterius de Ascberon, Gausbertus Forestarius, Radulfus Bobannus, Warinus nepos Wauterii de Ascherone , Dominicus , Willelmus Guntarius , Bernardus nepos abbatis Hugonis , Gislebertus filius Stepbani Manselli, Willelmus , abbas quondam Ebronensis , Willelmus et Hugo , sancti Vincentii monachi. Huic dono palam et légitime facto assensuit et favit Gaufridus Haimonis filius, ille ipse cujus castrum Meduane fuit, de cujus beneficio constat, dono Fulconis Andegavini comitis. -{- Signum Gaufridi Meduanensis, quod fecit Nicholaus ejus clericus jussu suo , audiente Gaufrido Warnerii filio atque Widone Bastardo, fratre parvuli, Arranno et Andréa filio Herberti de Rullio , et Radulfo Bobanno et Bernardo supradicto. ( Cartulaire de l'abbaye de Saint-Vincent , à la Bibliothèque Impériale, n° 5444,chart. 241.)

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