III
88 B1ST0IRE DE I l.M.l-i. DE M w-.
les attendait l'abbé Théodelin, ••! se rendirenl enfin à MaUlezais. Les précieuses dépouilles \ furenl remues avec pompe, et placées dans la chapelle de la sainte Vierge,
parce que la grande église n'était pas encore finie. Cet évé nement se passai! en loi \ (\). Ou ne sait à quelle époque,
ni dans quelles circonstances une partie des reliques de sainte Ténestine lurent transportées dans la môme église. Les prodiges dont elles furent l'occasion contribuèrent puissamment à réveiller la foi des habitants du Poitou, et assurèrent à nos deux thaumaturges les hommages des populations. L'abbaye de Maillezais, qui était d'abord sous le patronage de saint Pierre, prit ensuite nos deux saintmanceaux pour patrons. Lorsque Jean XXII eut érigé cette abbaye en évèché, saint Uigomer et sainte Ténestine devinrent les patrons de l'église cathédrale , et l'on y célébrait leur fête avec une grande solennité (2).
Vers le même temps , le comte Hugues mourut dans une vieillesse très-avancée. Il avait perdu dans ses dernières années ses deux fils aines, Hugues et Foulques, et lorsqu'il descendit dans la tombe il laissa le gouvernement de la province à son fils Herbert, encore fort jeune (3). Sa mort arriva vers l'an 1015. Foulques Nerra, le terrible comte d'Anjou, non content de s'être déjà emparé
(1) Pctrus Malleaccnsis monachus, de Cœnobio Malleacensi , apud Labbe, Bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 234-238. — Ibidem, p. 206. — D. Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., saecul. vi , part. 1. — idem, Annales 0. S. B., lib. LXI, num. 64; lib. LUI , num. 103. - D. Bouquet, t. XI, p. 179, 183, 232. — Acta Sanctorum , ad diem xxix augnsti, de sanclo Rigomero, num. 14, 15 et 16. — D. Rivet, Histoire littéraire de la France, t. XIII, p. 407. — Le Corvaisier, p. 145. — D. Bondonnet , p. 170. — D. Colomb, p. 48. — Do Mauny, dans VsJlmanach manceau, 1760, p. 85 et suiv. — Pescbe, Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 211. — Guillois, Vies des saints du Maine , t. I, et t. II, p. 525.
(2) Galliachristiayia, t. III, col. 13G2 — Acta Sanctorum, loc. cit.
(3) Admodum juvenis. D. (TAchery, Spicilegium , t. X, p. 538. — Quidam vcrocomes pernimium juvenis Herbertus, co.mioiuento Evigilans- Canem. Gcsta Ambasiensium dominorum , apud D. Bouquet, t. X, p. 239.
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de la suzeraineté du Maine (1), désirait s'en rendre le maître absolu. Il essaya de profiter de l'âge encore peu avancé d'Herbert pour consommer son projet, et il alluma une guerre qui aurait pu avoir les plus funestes résultats pour le diocèse du Mans, si le courage et la prudence du jeune comte ne l'avaient contraint à renoncer à ses prétentions (2). Foulques , après avoir éprouvé la valeur d'Herbert , aima mieux l'avoir pour allié que pour ennemi : ils firent la paix et joignirent leurs armes contre Eudes II, comte de Blois. Ils le battirent le 6 juillet 10 j 6 , près de l'abbaye de Pontlevoy (3). Cette bataille fit le plus grand honneur au courage des Manceaux et à l'habileté de leur comte. Foulques était déjà renversé de cheval et atteint d'une grave blessure ; les Angevins commençaient à plier , et les milices du Champenois se tenaient sûres de la victoire ; lorsque le comte Herbert, s'avançant à la tête de ses troupes, ranime le courage des guerriers de l'Anjou, les ramène au combat , et force les hommes du comte de Blois à prendre la fuite. La perte éprouvée par ces derniers fut considérable (4). Depuis ce moment, le cri de guerre des comtes d'Anjou fut le mot Rallié, en. mémoire du ralliement fait par Herbert (5) .
Dans cette même bataille , Herbert se rendit maître de la personne du comte de Blois et le retint prisonnier; mais il ne le garda pas longtemps. Pour rendre grâces à Dieu d'un aussi beau triomphe , le comte du Maine donna au chapitre de Saint-Pierre-de-la-Cour, Cogners , près de Saint- Calais , et les terres de Jupedel et de Montepole (G). D'autres
(1) Labbe, liibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 235. , (2) VArt de vérifier les dates, t. XIII. — Bodin, Recherches sur l'Anjou, t. I, p. 193 et suiv.
(3) Chroniques de Touraine, p. 119etpassim.
(4) Gesta consulum dndegavensium, apud D. Bouquet, t. X, p. 257. Vid. ibidem, p. 204, 241, 265, et t. XI, p. 140, 278, G31.
(5) L'Jrt de vérifier les dates . t. XIII. — Bodin , Recherches sur l'Anjou, t. I, p. 180.— Godard-Faultrier, L'Anjou et ses monuments, 1. 1.
(6) Vid. Pir-oos, justificatives, n° xi.
Si BIST01RE DE L ÉGLISE Dl MANS.
églises du diocèse eurenl également partaui générosités du comte Herbert. Il avail dès lors mérité l<- surnom d'Éveille- Chien. Cette dénomination bûvarre lui étaitchère;il aimait à la rappeler parce qu'elle était an témoignage de sa \i^rilance et de son activité à surprendre ses ennemis. Ce fut sans doute dans la guerre qu'il soutint contre Foulques Nerra, dès la première année de son gouvernement, qu'il mérita ce surnom énergique (1).
SUITE ET FIN DE l'ÉPISCOPAT D' AVESGAUD.
Commencement des hostilités entre l'évêque Avesgaud et le comte Herbert Éveille-Chien. — Le comte est excommunié et le diocèse mis en interdit. — Réconciliation. — Travaux d'Avesgaud pour l'Église. — Reprise des hostilités. — Avesgaud assiste à diverses assemblées de prélats. — Fondation de Lonlay. — Translation des reliques de saint Constantienà Brcteuil en Beauvoisis. — Prieurés de Javron et de Saint- Jean -de-la -Motte ; monastère de Notre-Dame-des-Bois à la Suze.
— Prieuré de Beaumont-la-Chartrc. — Reprise des hostilités entre Avesgaud et le comte Herbert Éveille - Chien. — Siège de la Ferté- Bernard. — Médiation de Fulbert de Chartres. — Les Cathares du Mans. — Guerres entre le comte du Maine et les seigneurs fie Bellème.
— Nouvelles hostilités entre l'évêque Avesgaud et le comte Herbert. — Avesgaud fait le voyage de Palestine; sa mort. — Digression sur l'administration du diocèse du Mans au xie siècle. — Domaine féodal de l'évèché du Mans. — Droit de monnayage. — Domaine féodal du chapitre. — État de l'école de la cathédrale. — Tr-aces du droit municipal ; le légiste Raoul. — Le cardinal Humbert né dans le Maine. — Fondations du comte Foulques Nerra pour les pauvres écoliers.
Herbert Éveille-Chien était sensible aux impressions de la piété , aussi bien que son père , mais il n'hérita pas de son amour pour la paix et la concorde. Toute sa vie h* passa en hostilités continuelles contre l'évêque Avesgaud . et il vit plus d'une ibis les évèques de France s'armer contre
(t) Savarc, Mémoires pour servir à /'histoire du chapitre rayai de Saint-Picrre-de-la-Vour, Ms., fol. 245.— D. Montfauom , Monuments de ia monarchie. 1. 1, p. 359.— D. Briant, Cenonïania, Ms.— D. Bouquet,
AVESGAUD. 85
lai des foudres de l'excommunication. L'ancienne et opiniâtre rivalité entre la famille des comtes du Maine et celle des seigneurs de Bellème fut le mobile de ces guerres , dont l'Église souffrit de très-graves préjudices. La famille de Bellème, appuyée par les ducs de Normandie,, nourrissait toujours des vues ambitieuses sur la province du Maine , que Foulques Nerra convoitait de son côté. Il semble cependant que le comte Herbert , dans ses premières expéditions contre les Angevins, en 1015 et 1016, était parvenu à secouer le joug du vasselage imposé par Foulques Nerra à son père; de vassal, il était devenu l'allié de ce dangereux voisin, auquel il avait même depuis rendu d'éminents services. Mais d'un autre côté la famille de Bellème avait fait de grands progrès pendant les dernières années de la vieillesse du comte Hugues ; elle avait couvert de redoutes, de châteaux et de forteresses presque tous les points élevés de son vaste territoire. Cependant elle ne vint pas à bout d'arracher aux mains du comte du Maine la partie du Sonnois qu'elle avait perdue. Mais Guillaume 1er de Bellème, qui avait succédé à Yves Ier son père , à peu près dans le même temps où Avesgaud montait sur le siège épiscopal du Mans, augmenta beaucoup la prospérité de sa maison en s'attachant fortement aux intérêts de Hugues Capet, puis du roi Robert, et en se liant plus étroitement avec le duc de Normandie Richard II , dit le Bon. Ce prince lui transmit, et à sa postérité, le château d'Alençon et son territoire, Domfront et toutes ses dépendances. Plus tard , Guillaume réunit à sa seigneurie de Bellème le comté du Perche (1).
Aces rivalités de famille se joignaient, comme nous
t. XI, p. 631. — l'Art de vérifier les dates , t. XIII , comtes d'Anjou, Foulques III. — Dissertation sur la bataille de Pontlevoy , dans les Congrès scientifiques de France, xve session , t. II, p. 134. — Salmon , Chroniques de Touraine, p. 51 , 118, 187, 230, 247.
(1) Odolant. Desnos, Mémoires historiques sur Alençonet sur ses seigneurs, t. I, p. 104 et passiui. — L'Art de vérifier les dates, t. XIII, P. 143.
86 histoire j)E l'église lx mans.
l'avons dit, des conflits continuels pour l'exercice de l'autorité féodale. Lesévèquesdu Mans, après avoir été presque les maîtres absolus dans la cité, avaient ensuite partagé soit volontairement, ce qui est peu probable , soit par nécessité, leur autorité avec les comtes. 11 est difficile qu'un pouvoir exercé par plusieurs à des titres à peu près égaux, ne devienne pas une source de divisions. Avesgaud pressentit sans doute les hostilités qui ne pouvaient manquer d'éclater entre lui , déterminé à soutenir ses droits et peut-être à favoriser l'ambition de sa race, et un jeune comte entreprenant , d'un caractère indomptable , et dont les vues étaient surtout exaltées par les brillants succès qu'il a\ait remportés, étant encore à la fleur de l'âge. En conséquence, l'évêque fit construire à Duneau (l), sur les bords de la rivière de l'Huisne, une forteresse pour s'y retirer au besoin. Mais l'activité d'Herbert rendit inutiles les précautions du prélat. S'étant muni d'une forte troupe d'hommes de cavalerie , le comte vint surprendre la place pendant le calme de la nuit , l'assiégea , la prit d'assaut et la détruisit entièrement avant le lever du soleil (2).
A la nouvelle de cet événement, Avesgaud se hâta de quitter le diocèse , craignant de tomber entre les mains d'Herbert. Il se réfugia au château de Bellême , et de là il excommunia le comte son ennemi, et mit tout le diocèse en interdit. La passion de la vengeance était trop vivement allumée au cœur d'Herbert pour permettre à ses sentiments de religion de fléchir sous cet ana thème. Avesgaud ne montrait pas moins d'acharnement; il employa tous ses moyens pour réunir des troupes, et, secondé de son frère Guillaume , il fit la guerre la plus active et la plus désastreuse au comte du Maine. Mais les armes temporelles ne produisirent pas plus d'effet que les spirituelles; l'évêque essuya défaite sur défaite. 11 ne remporta qu'un seul
(1) Dunellus.
(2) ... Venit nocte Herbertus cum îimltitutline equitum, et ccpit illud vi, atque destruxit ante dilue aluni. D. Manillon, Vetera anulecta , t. III. p. 299. — D. Bouquet, t. X. p. 385.
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avantage accidentel sur le comte Herbert , et ce fut à la bravoure de Giroye, fils d'Énaud le Gros, seigneur de Courcerault au Perche, qu'il dut ce succès. Guillaume de Bellème avait été entièrement défait et obligé de prendre la fuite; Giroye rétablit le combat, arrêta Herbert qui poursuivait sa victoire et le força de s'enfuir à son tour. Mais ce succès passager ne changea pas la physionomie des événements; la guerre continua à se montrer de plus eu plus désastreuse pour les intérêts du prélat ; ce qui le contraignit à faire la paix avec Herbert (1).
Après cette réconciliation , qui ne modifia rien d'ailleurs dans les dispositions des deux parties belligérantes , Avesgaud leva l'interdit qui pesait sur le diocèse, et revint habiter sa ville épiscopale. Il y demeura assez longtemps, jouissant de la tranquillité , et sachant îa mettre à profit pour la réalisation de plusieurs projets utiles à l'Église. Le manoir des évoques se composait en grande partie de constructions en bois; il le fit édifier d'une manière plus solide. Il fit également construire en maçonnerie l'hospice destiné à recevoir les pauvres, lequel jusqu'à cette époque n'avait été non plus qu'un bâtiment de bois. Il ajouta des décorations et de nombreux ornements à l'église cathédrale , demeurée jusque alors clans l'état où les travaux du pieux évêque Mainard l'avaient mise (2).
Avesgaud voulut faire quelque chose en faveur du chapitre ; mais , comme s'il n'eût pas possédé de vastes domaines dans le territoire de la Ferté-Bernard et dans le Sonnois, il lui donna la moitié des profits que rapportait la vente des prébendes (3). Ce fait, sur lequel les historiens du chapitre ne font aucune réflexion , prouve à lui seul quelle plaie profonde la simonie avait faite dans les Églises
(1) Vetera analecta, t. III, p. 299. — Orderic Vital, Historia ecclesiastica, apud D. Bouquet, t. XI, p. 225. — Willclmus Gcmeticeusis, ibidem, p. 632.
(2) Vetera analecta, t. III, p. 299. — D. Bouquet, t. X, p. 385.
(3) D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 300. — D. Bouquet, loc. cit.
«SX HISTOIRE DE l/ÉGLISE Dl MANS.
de; France, puisqu'un prélal dont la probité n'a pas été attaquée put s<1 permettre publiquement une telle convention, et que tout le corps des chanoines, parmi lestjuels il y avait des hommes de science et de vertu, l'admit et la sanctionna par son approbation. Avesgaud lit à des membres de sa famille un don contre lequel le chapitre éleva dans la suite des récriminations , quoiqu'il ne contint rien en soi de contraire aux usages tolérés. Il acheta du chapitre les églises de Pruillé-le-Gaudin (1) et de Loué (2) , et transmit la première à Ildeburge sa sœur aînée, et la seconde à Godechilde son autre sœur. Ces deux dames introduisirent ces églises dans leurs maisons, qui ne les gardèrent pas longtemps; car la première rentra entre les mains du chapitre , et la seconde fut donnée aux moines de la Couture (3). Un autre dignitaire de l'Église du Mans, le doyen Guillaume 1er, donna aux chanoines tous les droits dont il jouissait dans l'église de Courgenard, en témoignage de la piété qu'il portait à saint Julien (4)
Cependant les hostilités entre le comte Herbert et Guillaume de Belle me , un moment apaisées, se réveillèrent plus ardentes que jamais, vers Tan 1025. Herbert, dont le père avait enlevé à Yves, père de Guillaume , une partie du Sonnois enclavée dans le Maine, jalousait fort l'autre portion de ce canton. Ce fut l'occasion d'une nouvelle guerre sur laquelle on a peu de détails. Le comte du Perche la soutint valeureusement, encouragé par Richard II, duc de Normandie , et secondé par le brave Giroye, dont il a déjà été parlé, l'un des plus braves chevaliers de son temps. Giroye tint tête résolument au comte du Maine; mais enfin il fut défait dans un combat et obligé de prendre la fuite. Il répara néanmoins ce revers ; et , ayant
(1) Prorigniacus. — Parigné, selon D. Briant, dans le Cenomania.
(2) Loiacus.
(3) Vetera analecta, t. III, p. 300. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 373, 470. — D. Bouquet, loc. cit.
(i) Livre Blanc, n° 37. — Cfr. D. Martène, Ampliss. collect.. t. I, col. 374, Thesa.nr. novus, anecdot.. t. T, col. 158.
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rassemblé les débris de l'armée de Guillaume , il battit Herbert , à son tour, et le contraignit d'évacuer le Sonnois (4).
Ces coups de la fortune ne firent pas perdre au comte du Maine la réputation qu'il s'était acquise de l'un des plus grands capitaines de son siècle ; il n'en était pas moins redouté de ses ennemis,, qui aimaient mieux recourir à des fraudes honteuses pour le vaincre , que de l'attaquer ouvertement. Les historiens ne disent pas quelle fut la conduite d'Avesgaud pendant cette nouvelle guerre; mais les dispositions qu'il avait fait paraître à l'égard du comte Herbert, et les événements que nous aurons bientôt à raconter, ne laissent pas lieu de douter qu'il n'ait agi de tous ses moyens pour renverser entièrement la fortune du comte. Une nouvelle disgrâce sembla bientôt après promettre un triomphe entier aux ennemis de ce prince.
En l'année 1026, Foulques Nerra , toujours ami en apparence du comte Herbert , l'attira à Saintes , sous le prétexte de lui donner cette ville en fief. L'ayant en son pouvoir, il le promena dans toutes les parties du château et l'enferma dans la plus reculée, ou, comme dit l'historien, dans le capitule, tandis que la comtesse d'Anjou cherchait par ses artifices à détourner l'attention de la femme d'Herbert. Mais celle-ci ne se laissa pas surprendre ; elle trouva moyen de s'échapper, et sa fuite sauva la vie de son époux, parce que Foulques craignit que les Manceaux, excités par elle , ne songeassent à venger la mort de leur souverain. Herbert éprouva cependant deux années d'une dure captivité, après lesquelles il fut relâché , moyennant une très-forte rançon (2). Foulques ne borna pas là sa perfidie à l'égard du comte du Maine; il s'efforça de lui enlever les plus braves de ses vassaux, et s'en fit des créatures
(1) Ordcric Vital et Guillaume de Jumiéges, apud D. Bouquet, t. XI, p. 632. — VArt de vérifier les dates, t. XIII, p 87.
(2) Adémar deChabanay, Chronicon, apud D. Bouquet, t. X, p. 161. Guillaume de Malmcsbury, ibidem, t. XI, p. 633.
00 HISTOIRE DE L'ÉGLISE DU HAIfS.
utiles (1). Au reste, la trahison du comte d'Anjou ne resta pas longtemps impunie; les contemporains expriment vivement leur mépris pour ce prince, et un incendie ayant dévoré le château de Saintes dans Le cours de La même année, ils attribuent ce sinistre à la vengeance du Ciel (2).
Pendant ce temps-là, Avesgaud assista à plusieurs peu nions des prélats de la province . à quelques consécrations d'églises ou de monastères. 11 se rendit à l'inauguration du prieuré de Briollay près d'Angers. C'était une fondation de Suard de Craon, qui réunit pour la bénédiction de ce monastère Hubert, évêque d'Angers, Avesgaud, évoque du Mans, le comte Foulques Nerra , Guy Ier de Laval et le sire de Chateaubriand (3).
Avesgaud fut aussi présent, avec Hubert, évoque d'Angers , à une assemblée nombreuse de seigneurs laïques . dans laquelle Gauthier (4), abbé de Saint-Aubin d'Angers, et ses moines cédèrent à Foulques Nerra le domaine de Bazouges (5), près Château- G onthier , et reçurent en échange le domaine d'Oudinville , au diocèse de Béarnais. Avesgaud dut se trouver heureux de favoriser le dessein du comte d'Anjou ; en effet, Foulques Nerra se proposait d'élever sur un rocher qui domine le cours de la Mayenne, près de Bazouges, et dépendant de cette terre , un château fort qu'il inféoda, dit-on, à Renaud Y von, c'est-à-dire Renaud fds d'Yves, frère de l'évêque du Mans (6). La garde
(1) Voyez l'histoire de Senebrand de Mayenne, de Raoul de Sainte- Suzanne, de Lisais de Bazouges près la Flèche , et autres semblables. — Gesta Ambasiensium dominorum, apud D. d'Achery, Spicilegium, t.X, p. 536 et suiv. , et D. Bouquet, t. X, p. 239 et passim.
(2j Aderaar de Chabanay , Guillaume de Malmesbury et un fragment de l'histoire d'Aquitaine, D. Bouquet, loc. cit.
(3) Géographie des Quatrebarbes , fol. 1148. — Ménage, Histoire de Sablé, part. I,p. 126. — Godard-Faultrier, V Anjou et ses monuments. t. II, p. 63.
(4) Walterius.
(5) Basil ica.
(G) Ménage, Histoire de Sablé, part. I,p. 97. — L'Art de vert fier les dates, t. Xlll,p. 143. — Godard-Faultrier, l'Anjou et ses mo?iuments,
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des frontières ange\ines de ce côté et une alliance avec la maison d'Anjou, donnaient une nouvelle force aux vues ambitieuses de la maison de Bellême sur le Maine. Le fort construit par Foulques Nerra fut la première origine de la ville de Château-Gonthier, qui lit partie du diocèse d'Angers jusqu'aux premières années du xixe siècle, où elle commença d'être comprise dans la circonscription de l'Église du Mans.
Avesgaud eut dans le même temps la joie d'assister à l'inauguration de l'abbaye de Lonlay (1), fondée par son frère Guillaume Talvas. Ce seigneur, après s'être plongé dans toutes sortes de crimes, voulut les racheter par des aumônes, et fit plusieurs fondations pieuses. L'abbaye de Lonlay fut la plus célèbre. Dans la charte de fondation, Guillaume de Bellême donne une idée des sentiments qui l'animaient en ce moment. Après un prologue pour relever le mérite des bonnes œuvres , en considération du néant des choses terrestres et des récompenses que Dieu réserve dans la vie future à ceux qui auront fait ici-bas un bon usage de leurs richesses : « Moi , Guillaume , seigneur de la province de Bellême, ajoute-t-il, accablé par le pesant fardeau de mes crimes (2), sentant d'autant plus le poids de ma petitesse et de ma misère que mes richesses temporelles sont plus abondantes , j'ai réfléchi depuis
t. II, p. 76. — En suivant l'opinion de Ménage, nous ne devons pas dissimuler qu'elle n'est pas admise par lous les historiens et qu'elle peut être combattue par des raisons très-fortes. Il est d'ailleurs certain que la charte sur laquelle il s'appuie n'est pas de l'an 1037, mais vraisemblablement de l'an 1027.
(1) Lonleium, Longiledium ; Lonlc, Longlay et aujourd'hui Lonlayr Abbaye. — Sainte-Marie-de-Lonlay;Notre-Dame-de-Lonlay. — On ne connaît pas d'une manière certaine la date de la fondation de cette abbaye; D. Mabillon, le P. du Mousticr et Maurey-d'Orville la rapportent à l'an 1026, Y Art de vérifier les dates, à l'an 1025, Cauvin, Fret et la plupart des autres historiens, à l'an 1020.
(2; Ego itaque Guillelmus, BeUismensis provincial principalum gerens, immani vitiorum mole pressus, quanto divitiarum copiis affluens... Neuslria pia} p. 424.
1)2 HISTOIRE DE l'ÉÛUSE DU MANS.
longtemps en moi-même auquel des saints et des élus de Dieu je dois recourir pour obtenir la guérison des plaies de mon âme et opérer mon salut. Je n'ai point trouvé de plus puissante protection que celle de la très-sainte Mère de Dieu, qui a enfanté la Miséricorde elle-même; et qui, comme nous l'apprennent les saints Pères, a coutume d'obtenir la rémission de leurs fautes aux plus grands criminels, s'ils ont recours à elle. C'est donc en l'honneur de cette bienheureuse Mère, que, du consentement de ma femme et de mes fils Foulques, Warin et Guillaume, j'ai construit de mes propres deniers un monastère dans le lieu de Lonlay. J'y ai placé un abbé et des moines, qui, vaquant jour et nuit à la prière , dont ils font leurs délices, intercéderont auprès de la divine miséricorde pour moi et mes ancêtres. Pour subvenir à leur subsistance, j'ai destiné plusieurs fiefs héréditaires que je possédais dans le même lieu, et dont je ferai ci-dessous l'énumération. » En effet, il donne au monastère des bénéfices, dîmes, droits et autres revenus de différente nature : on y remarque les églises de Domfront, celle de Saint-Martin et celle de Saint-Pierre-du-Regard. Entre autres dîmes qu'il accorde aux moines , se trouvent celles des forêts d'Andennes (1) et de Domie, toutes celles des terres cultivées qui sont situées le long de ces forêts, excepté celles des ermites ; ces dernières seront entièrement exemptes, car les récoltes qu'elles produisent sont le fruit des sueurs et des fatigues des serviteurs de Dieu (2).
Ce dernier trait mérite d'être remarqué ; on voit que les forêts du Passais, comme au temps de saint Innocent, de
(1) ... Dedimus et... décimas forestamm nostrarum scilicet Andenœ et Domiœ (Al. Sylvedine). Les forêts du Passais,et spécialement Andène Silva Dua , sont comptées parmi les propriétés des ducs de Normandie au xne siècle. — Vid. un savant mémoire de M. Léopold Delisle, Bibliothèque de r École des Chartes, 3e série , t. I , p. 439.
(2) Dedimus ctiam ccclcsias Donnifrontis cum omnibus pertinentiis , et décimas omnium agriculturarum , quœ fient in e\emplaris forestamm prœdictarum , exceptis illis, quas heremit;e facient. propriis manibus et pedibus. . Neustria pia , p. '»25.
AVESGAUD. 93
saint Bertrand, et aux époques les plus florissantes de notre Église, étaient encore peuplées de pieux solitaires. Dans leur abnégation, ils vivaient du travail de leurs mains et répandaient sur les populations de leur voisinage les bienfaits spirituels, en même temps que l'aumône fruit de leurs rudes labeurs. Leurs vertus imposaient aux plus farouches barons. Guillaume Talvas, avant même qu'il songeât à racheter par des œuvres de miséricorde une vie de violences et de débauches , aimait à les voir s'établir sur ses terres et respectait leurs humbles demeures. La plupart de ces établissements furent si pauvres, que Ton retrouve à peine leurs traces dans l'histoire; on peut cependant constater, à l'aide de documents parfaitement authentiques, qu'à toutes les époques jusqu'au xvme siècle , mais surtout jusqu'au xvie , le diocèse du Mans vit sur tous les points de son vaste territoire des ermites consacrant leur vie à la prière, au travail et aux œuvres que la charité inspire.
Guillaume de Bellême dota très-richement l'abbaye de Notre-Dame-de-Lonlay. Il fit signer la charte qui constatait ses pieuses libéralités, par Avesgaud, évêque du Mans, Sigefroy, évêque de Séez, le chevalier Achard le Riche, de Domfront, Héron du Grès, Foulques, seigneur d'Haute- Rive, enfin par Foulques, Warin et Guillaume ses fils. Dans la suite, Guillaume, duc de Normandie, et Mathilde sa femme la confirmèrent aussi par leur signature (1).
Guillaume de Bellême avait une grande confiance dans la protection de saint Benoît; il honorait d'une manière
(1) Le P. du Mousticr , Neustria pia , p. 423 et seq. — D. Mabillon , Annales 0. S. B., Iib. LV . num. 91. — D. Bouquet , t. X. p. 191. — Le Corvaisier, p. 336. — D. Bondonnet, p. 407. — Bry de La Clergcric , Histoire du Perche, p. 42 et suiv. — Odolant Desnos, Mémoires historiques sur Alcnçon , t. I , p. 36 et suiv. — D. Colomb , p. 120. — De La Sicotière , Mémoire sur l'abbaye de Lonlay , dans les Mémoires des antiquaires de Normandie , t. XII, p. 270 et suiv. — Fret , Chroniques percheronnes , t. I , p. 318. — Cauvin , Géographie ancienne du diocèse lu Ma as, p. 193.
94 HISTOIRE l»E L ÉGLISE DU MANS.
particulière son abbaye <l<' Fleur} , el il le lit paraître par les libéralités qu'il lui offrit. Il crui ue pouvoir mieux assurer l'avenir de la aouvelle fondation qu'en la remettant
aux mains des moines de Fleury. L'illustre abbé Gauzlin , dont il a déjà été question, lui envoya une colonie de ses disciples sous la conduite d'un religieux d'une vertu consommée, nommé Guillaume (1). Sous ce prélat et sous ses premiers successeurs, l'abbaye de Lonlayprit de rapides accroissements. Elle possédait la baronnie de Beaumesnil , les seigneuries de Saint-Bomer, Haute-Chapelle, Lonlay, le Mesnil-Erreux, le Pas, Soucé, et divers liefs. Plusieurs prieurés furent fondés par elle : dans le diocèse du Mans, Saint-Gilles-de-la-PJaine et Nutre-Dame-sur-l'Eau à Domfront. Ce dernier établissement devint important, et l'on admire encore aujourd'hui dans son église, conservée presque tout entière, l'un des plus beaux monuments de l'architecture de cette époque, dans notre pays. L'abbaye de Lonlay eut un plus grand nombre de prieurés dans les diocèses étrangers, en Normandie, mais surtout dans celui de Séez. Elle en posséda au moins deux en Angleterre, Stoke-Curcy et Folkestan (2).
(1) Primus Willclmus Belcsmcnsis , inter plurima suarum oblationum donaria, sui juris abbatiam Longilegium nuncupatam huic Dei tcmplo (Floriacensi) contulit corde devoto. Mox bcatus antistes (Gauzbertus) fratribus inibi repcrtis a nobisque illuc directis quemdam nostra congrégations monachum probatissimœ vitœ prscfecit virant , nomine Willelmum , uîque paterna cos sollicitudine regeret atque instrueret nitissima ammonuit allocutione. Vie de Gauzlin , «66e de Fleury et archevêque de Bourges, par André de Fleury, n° 22.— Primtis abbas ibi fuit Wilieimus sancti Benedicti Floriaci. Robert du Mont,apud D. Mabillon, loc. cit. — D'après ces deux passages il est évident que Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I , p. 526, et Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 193 , se sont trompés en disant que le premier abbé de Lonlay était moine de Saint-Florent de Saumur.
(2) Mémoires sur l'abbaye de Lonlay. Ms.— Monasticon Anglicanum, p. 133, 635, t. II. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans. — Armoiries : De sable à un loup d'argent. — Peut-être l'abbaye avaitelle primitivement les armes de son fondateur; les seigneurs de Bcllême portaient : D'argent à trois chevrons de gueules.
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Sortis de l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire , où la vertu , les études et les arts florissaient , les premiers moines de Lonlay transportèrent ces précieuses traditions dans les ibrèts du Passais. La plupart de leurs œuvres ont succombé aux efforts du temps et des guerres; mais il reste encore debout une partie de l'église abbatiale primitive, toute remplie des ornements symboliques et marquée du caractère mystique de l'époque (1). La vertu des religieux de Lonlay leur mérita la continuation des faveurs de Guillaume de Bellême. Afin d'en avoir toujours quelques-uns près de sa personne, il fonda dans le voisinage de son château cl'Alençon un prieuré sous le patronage de saint Leu et de saint Gilles (2). Peut-être songeait-il en même temps à préparer aux moines un refuge contre les guerres incessantes qui désolaient le pays. Presque partout les moines qui habitaient la campagne se voyaient obligés ou de se retrancher dans leurs demeures par des donjons, des fossés et des redoutes, ou de posséder quelque manoir dans une enceinte fortifiée pour s'y mettre à couvert contre les chances de la guerre. Jusque dans les derniers temps , l'abbé de Lonlay fut patron de toutes les églises de Domfront, de plusieurs à Alencon, spécialement de celle de Notre-Dame. Il jouissait du reste d'une mense considérable (3).
Ces fondations et d'autres encore n'apaisèrent pas les remords qui dévoraient l'âme de Guillaume de Bellème. Pour y apporter quelque soulagement, il entreprit dans les dernières années de sa vie un pèlerinage à Rome. Il pria sur les tombeaux des apôtres , confessa ses péchés au pape et le conjura de lui imposer une pénitence. Ayant égard
(1 ) Voyez Rapport à la Société des antiquaires de Normandie sur des recherches archéologiques faites dans l'arrondissement de Domfront , par MM. le chevalier du Troncliet , Charles de. Vauquclin et Galeron , inséré dans les Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, années 1829 et 1830, p. 156 et suiv.
(2) Odolant Desnos, Mémoires historiques sur Alençon,t. I p. 37 (a,1.
(3) Neustria pin. p. 423. — Gau?in, loc. cit.
«)(i BISTOIRB DE L ÉQLI8E i»r: MANS.
aux infirmités du comté Guillaume , 1»' Souverain Pontife
lui ordonna de construire une église qui serait sous Ja juridiction immédiate du Saint-Siège, et d\ établir on collège de chanoines ou de moines pour y célébrer l'office divin. Guillaume s'empressa d'édifier un sanctuaire à Bellème , et en même temps on découvrit sur ses terres le corps de saint Léonard de Vandœuvre, l'un des plus illustres solitaires du diocèse du Mans au vr siècle (1). La nouvelle de cet événement fut saluée par toute la contrée avec de grandes démonstrations de joie; mais nul ne la ressentit plus vivement que le seigneur de Bellème. Il fil transporter les saintes reliques dans l'église qu'il venait de bâtir, et qui fut dédiée au saint solitaire avec une solennité extraordinaire (2). Le roi Robert, l'archevêque de Tours, l'évêque du Mans et celui de Séez, trois prélats unis par les liens du sang au seigneur de Bellème, plusieurs autres évoques et des abbés, Richard II, duc de Normandie, Herbert Éveille-Chien , et une foule d'autres seigneurs furent présents à cette fête (3). Le culte de saint Léonard de Vandœuvre n'était pas oublié dans le Maine et les contrées voisines. II semble néanmoins avoir pris de nouveaux développements à partir de ce jour. Les églises des premiers enfants de saint François qui vinrent s'établir à Séez et à Alençnn ,
(1) Histoire de l'Église du Mans, t. I, p. 227-231.
(2) Acta Sanctorum , ad diem xv octobris , de sancto Leonardo abbate , mim. 10 et 11. — Odolant Desnos , Mémoires historiques sur Alençon , t. I, p. 52.
(3) La charte clans laquelle sont relatés tous les faits relatifs à la fondation de Saint-Léonard de Bellème a été publiée par Bry de La Glergerie dans son Histoire du Perche , p. 45 et suiv. Mais la leçon fournie par cet historien n'est pas exacte , et surtout elle est défectueuse en ce qu'elle ne renferme pas une formule ajoutée à la suite de la charte , formule qui se lit sur une copie du xie siècle déposée aux Archives d'Alcnçon. D'après cette formule toutes les difficultés que D. Mabillon, les auteurs de Y Art de vérifier les dates, Odolant Desnos et d'autres historiens avaient relevées dans ce diplôme, disparaissent entièrement. Voy. Bibliothèque de l'Ecole des Charles , 1" série , t. I , p. 542 et suiv. — Déjà L'abbé Fret, dans ses Chroniques percheronnes , t. I , p. 316 cl suiv., avait essayé de défendre l'authenticité de cette charlc.
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sous le règne de saint Louis, furent dédiées sous le vocable de notre saint abbé, mais le sanctuaire où il reçut désormais les plus grands honneurs fut la basilique de Bellême. Plusieurs siècles après cette dédicacé et cette translation, on en solenni sait tous les ans l'anniversaire, et le concours des pèlerins rendait cette fête célèbre clans la France entière. « Tous les ans à pareil jour ( le 27 juin ), écrivait en 1620 Bry de La Clergerie, se faisait une trèsgrande assemblée audit lieu, d'archevêques, d'évêques , de barons... et on a vu, il n'y a pas encore cinquante ans , depuis le mois d'août j usqu'à la fin d'octobre, les rues et les maisons remplies de pèlerins et de voyageurs qui venaient de tous les quartiers de la France en cette église Saint-Léonard ; et encore à présent la fréquence y est grande (1). » Après avoir été quelque temps desservi par des chanoines, le sanctuaire de Saint-Léonard fut donné aux moines de Marmoutier (2).
Dans ces fréquentes fondations , mais surtout dans celle de l'abbaye de Lonlay , Guillaume de Bellême déféra surtout aux conseils de son frère Avesgaud (3). Ce prélat semble avoir exercé un grand ascendant sur l'esprit du farouche baron de Bellême; et il est probable qu'on doit lui rapporter en partie son changement de dispositions pendant les dernières années de sa vie. Notre évêque, de son côté , favorisait tous les établissements monastiques dans son diocèse. Peu de temps après la fondation de Saint- Léonard de Bellême , de concert avec Renaud Yvon , seigneur de Château-Gonthier , il fit un don considérable à l'abbaye de Saint-Vincent (4). A la même époque, Yves,
(1) Bry de La Clergerie, op. cit., p. 47.
(2) Voyez clans Odolant Desnos, Mémoires historiques sur Alençon, t. I, p. 53, quelques détails curieux sur le culte de saint Léonard de Vandreuvre , et sur celui de saint Léonard de Nouaillé; celui-ci appartenant au diocèse du Mans par sa naissance, celui-là par sa vie et par sa mort.
(3) Le Coryaisier, p. 336. - D. Bonclonnct, p. 407. — D. Colomb, p. 1-20.
('.) D. Martène, Ampliss, collecta 1. 1, col. 399.
évoque de Séez , proche parent d'Avesgaud el <l<i Guillaume de Bellême, accordades faveurs à l'abbaye de la Couture (1). Ces pieuses libéralités contribuaient fortement à augmenter la puissance de la famille de Bellême sur la province du Maine. Le comte Herbert Éveille-Chien devait suivre ces progrès d'un œil inquiet. Les marques de réconciliation que le comte et les princes de Bellême s'étaient données réciproquement , lors de la consécration de l'église de Saint-Léonard, n'étaient pas capables d'éteindre entièrement des ressentiments nourris depuis tant d'années, et que des intérêts toujours en jeu réveillaient sans cesse.
L'évêque Avesgaud ne favorisait pas seulement les monastères de son diocèse, mais il contribuait quelquefois à en fonder dans des provinces éloignées. En 1029, il donna à Gilduin , comte de Breteuil (2) , dans le Beauvoisis, le corps de saint Constantien, abbé et fondateur du monastère de Javron, au vr« siècle (3). Gilduin, qui était père de Valeran, abbé de Saint- Vanne de Verdun, et de Hugues, évêque de Langres , fut très-intimement uni à l'évêque Avesgaud. Il releva l'abbaye de Breteuil , et y déposa les reliques que l'évêque du Mans avait enlevées à sa cathédrale pour lui en faire présent (A). Depuis ce temps saint Constantien fut très-honoré dans le diocèse de Beauvais. Il ne laissa pas d'être vénéré dans celui du Mans ; ce fut même vers cette époque que le monastère fondé par lui à Javron fut de nouveau peuplé d'un chœur de moines. Il dépendait de l'abbaye de Saint-Julien de
(1) Compendium historiée regalis abbatiœ sancti Pétri de Culturel, Ms.
(2) Bretulium.
(3) Histoire de l'Église du Mans, t. I, p. 225.
(4) D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LVI , num. 57. — D. Bouquet, t. XI, p. 251. — Gallia christiana, t. IX, col. 800. — Le Gorvaisier, p. 137. — D. Bondonnet, p. 166. — Cenomania. — Le Paigo, t. T, p. 423. — D. Colomb, p. 44. — Guillois, Vies des saints du Maine, t. HT, p. 350.
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Tours, et jouissait de revenus et de droits considérables , entre autres de la seigneurie de la paroisse. Saint Constantien y était honoré comme patron; il Test encore aujourd'hui de l'église de Javron. Mais dans les derniers temps le prieuré était devenu bénéfice simple (1).
D'autres sanctuaires monastiques s'élevaient à la même époque dans notre diocèse. Une famille puissante possédait alors dans la paroisse de Saint-Jean-de-la-Motte (2) le fief de la Motte-Achard, où elle avait un château fort. Achard, seigneur de ce lieu, et Helvise son épouse y jetèrent les fondements d'un monastère en l'honneur de saint Jean- Baptiste, et ils y déposèrent les reliques d'un grand nombre de bienheureux. La fondation n'était pas encore entièrement achevée lorsque Achard mourut. Sa terre passa au chevalier Suavis, l'un de ses fils, qui entreprit de continuer le dessein de son père. Du consentement de ses nombreux parents , il donna ce sanctuaire à l'abbaye de Micy , et lui constitua un fonds de terre et des droits considérables, ceux par exemple de haute et basse justice, et l'église paroissiale. Après avoir accepté cette fondation au nom de sa communauté , Foulques, abbé de Micy, engagea Suavis à obtenir de l'évèque du Mans et du comte du Maine la remise des droits qu'ils pouvaient prétendre sur la terre concédée. Avesgaud et Herbert Éveille-Chien accueillirent favorablement les ouvertures de Suavis; et pour que leurs concessions fussent inviolables dans la suite, ils convoquèrent l'assemblée du clergé et des nobles de la province. Le clergé se rendit volontiers à la proposition que lui fit le prélat de remettre aux moines de Micy , qui habitaient Saint-Jean-de-la-Motte , les droits d'autel et de synode. 11 n'y eut pas la même unanimité dans l'assemblée
(1) Selon Cauvin, le prieuré de Javron reconnaissait pour patrons saint Constantien, saint Sauveur, saint Jean-Baptiste et Notre-Dame. Il valait 5,000 livres, et la cure qui y était jointe, 1,000 livres. Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222,635. — Selon LePaige,la cure n'était estimée (pie 650 livres. Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 423. 2) Sanctus Johamies de Mota.