‹ Histoire de l'Eglise du Mans (volume 4)Chapitre 8 sur 43 · I :muflrvii · texte numérisé non relu

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100 HISTOIRE DE [/ÉGLISE 1)1 SfANS.

«les seigneurs Laïques; cependant Herbert, soutenu de l'influence de Gervais, suzerain de Suavis, et d'Avesgaud, Guillaume et Robert, frères de Gervais , obtint une confirmation entière des privilèges octroyés au prieuré de Saint-Jean (1). Ce monastère était au xvme siècle réduit à l'état de prieuré simple. Il avait aussi perdu la seigneurie de la paroisse , qui était passée dans la maison de Clermont - Galerande (2). Cependant la tradition conserve encore le souvenir d'une communauté nombreuse qui fleurit pendant des siècles en ce lieu (3).

En l'année 1002 une petite statue de la sainte Vierge fut trouvée sur un chêne situé dans la forêt de Longaunay , en la partie nommée bois de Mimlor. Le concours du peuple fut grand pour vénérer l'image miraculeuse. En effet des prodiges sans nombre y éclatèrent , et la Mère de Dieu témoigna par les faveurs qu'elle répandit combien elle avait pour agréables les hommages qui lui étaient rendus en ce lieu. Dès l'année suivante, une colonie de pieux cénobites sortis de la Couture vinrent desservir l'église fondée à la place même où l'image de la Vierge avait été trouvée. Pendant plusieurs siècles ce prieuré fut florissant : les religieux remplissaient en même temps les fonctions curiales pour le territoire de la Suze : car cette petite ville n'existait pas encore, quoiqu'il y eût déjà un château avec une église dédiée à saint Julien de Brioude , sous le nom de Saint -Julien-le-Pauvre. Tout ce territoire dépendait encore de la paroisse de Roëzé. Après de nombreuses vicissitudes, le prieuré dont on vient de parler, connu sous les noms de Notre-Dame-des-Bois, et de Sainte-Mari e-de-la-

(1) Caria de fundatione monasterii beati Jobannis de Mota , apud D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 302. — Idem, annales O. S. B., lib. LVII, num. 72. — D. Briant, Cenomania. — Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. I, p. 431. — Pcscbe, Dictiorinaire de la Sarthe, t. V, p. 301. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 222.

(2) Le prieuré estimé 550 livres, et la cure, à la môme présentation, 500 livres. — Armoiries : D'argent à trois moutons de sable, deux et un.

(3) Pcscbe, loc. cit.

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Mariette, l'ut réduit à l'état de prieuré simple (1). Jusqu'à l'époque du renversement des autels à la fin du xvnie siècle, le prieur de Roëzé entretenait un chapelain dans cette église. Quoique dépourvue désormais de tous soins particuliers , elle ne laisse pas d'être visitée chaque année par un grand nombre de pèlerins , et les grâces obtenues dans ce sanctuaire sont innombrables. Lorsque , il y a peu d'années , l'autorité épiscopale crut devoir interdire de célébrer la messe ou tout office public dans ce sanctuaire , les populations , dans la simplicité de leur zèle pour la Mère de Dieu, lurent au moment de se soulever (2). Les bienfaits de la sainte Vierge envers le diocèse du Mans consolaient les habitants du pays en proie à d'horribles fléaux à l'époque que nous décrivons.

L'abbé Gauzbert , dont nous avons parlé, fonda la même année 1002 le prieuré de Saint -Pierre à Beaumont-la- Chartre, en faveur de son abbaye de Saint-Julien de Tours. Ce prieuré devint en peu de temps l'une des dépendances les plus considérables de Saint-Julien , et la conventualité s'y conserva presque jusqu'à la destruction des établissements religieux (3). Rainaulcl de Vendôme, évêque de Paris, lui accorda la juridiction temporelle , et Avesgaud du Mans lui remit tous les droits qu'il pouvait prétendre sur les églises de Saint-Pierre de Beaumont-la-Chartre et de Vaubouan (4). L'un des successeurs de l'évêque Rainauld dans la seigneurie de Vendôme, Hugues, prétendit ravir à ce prieuré les droits qu'il avait obtenus sur les églises qu'on

(1) Estimé 400 livres de revenu, selon Pesche; 500, selon Cauvin.

(2) Inscription trouvée derrière la statue de Notre-Dame-des-Bois. — V Année de Marie, t. 1, p. 295. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, t. VI, p. 262, 263. — Selon Cauvin, le prieuré de Notre-Dame-des-Bois aurait été fondé après l'an 1223, et il aurait eu pour patronne sainte Anne. Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 223.— Cfr. Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, t. II, p. 523, 524.

(3) Lorsqu'il fut réduit en prieuré simple , il était estimé d'un revenu de 1,200 livres.

(4) Pièces justificatives, nos xm, xiv et XV. — Vaubouan , hameau de la paroisse de Bcaumont-la-Chartrc.

vient de nommer; mais il reconnut ensuite l'injustice de ses demandes et laiss;i Les moines \ i\ j«- en pais 1 1 >. Quoique les monuments n'en lassent pas mention, il y a grandement apparence gue l'origine de ce prieuré remonte à l'épiscopat de Sigefroy, lorsque l'abbaye de Saint-Julien acquit la terre de Vaubouan, nom primitif de Beaumont- La-Chartre (2).

Ce fut probablement pendant l'intervalle de paix dont on a parlé , et pendant les tentatives de réconciliation entre les deux maisons des comtes du Maine et des seigneurs de Bellême, que Herbert Éveille-Chien, voulant de son côté montrer des dispositions pacifiques, fit une avance flatteuse pour la famille de Bellême. Ayant eu un fils, il invita Gervais, neveu de l'évêque Avesgaud, le même que l'on verra bientôt sur le siège du Mans, à tenir cet enfant sur les fonts sacrés. Gervais donna le nom de Hugues à son pupille; et l'on put croire à la réconciliation de ces deux familles, dont la division avait été si funeste à notre pays (3).

Malheureusement de nouvelles causes de rivalité vinrent bientôt troubler cette harmonie. A peine Herbert Éveille- Chien était-il échappé à la captivité dans laquelle Foulques Nerra l'avait retenu, que les hostilités recommencèrent entre l'évêque et lui. On prétend que le comte se rendit coupable de la violation du traité conclu après la première guerre , et qu'il voulut s'emparer de terres qui appartenaient à l'Église (4). Quoi qu'il en soit, l'évêque s'apprêta à soutenir ses prétentions par les armes. Il sentit qu'il avait besoin d'alliés, et il donna en fief à un chevalier

(1) In ejus taraen manu cstdimissa a Vindocinensi Hugonc calumnia, quani in Vallis Boane et Belli Montis mittebat altaria. Chronicon rhythmicum sanct.i Juliani Turonensis, lib. II.

(2) Vid. supr. et Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 536.

(3) Gesta Gervasii episcopi, apud D. Mabillon , Vetera analecta , t III, p. 306. — D. Bouquet, t. XI , p. 135.

(4) D. Mabillon, Vetera analecta , loc. cit. — D. Bouquet, t. X, p. 385.

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nommé Herbran, des pensions établies sur des églises, des dîmes et des vignes situées près de la ville du Mans, ainsi que la terre de la Mue-Sainte-Marie (1) , sur le territoire de Saint-Pavace. Mais le chevalier Herbran était un traître , qui , après s'être rendu le maître des biens que l'évèque lui concédait, ne lui porta pas le secours qu'il lui avait promis. Pendant qu'Avesgaud remettait ainsi sa fortune entre des mains perfides , son rival lui faisait essuyer de dures vexations. Ne pouvant plus faire tête au comte dans la ville épiscopale , Avesgaud s'enfuit chercher un asile dans son château de la Ferté-Bernard. Quoique située au milieu d'un vallon, et environnée de marécages, cette forteresse , construite contre les règles habituellement suivies en ce temps-là pour l'établissement des places de guerre, était si solide qu'elle ne pouvait être emportée que par un siège dans les formes. La science traditionnelle des membres de la famille de Bellème avait su vaincre les difficultés de la position.

Le comte Herbert Éveille-Chien , décidé à pousser la guerre avec force, ne crut pas devoir s'engager plus avant dans une entreprise aussi périlleuse , sans s'être assuré le secours d'un puissant allié. Les liens qu'il avait formés autrefois avec Foulques Nerra avaient été rompus par la perfidie du comte d'Anjou. Le traître angevin avait depuis contracté une alliance plus intime avec la famille de Bellême. Eudes H, comte de Bloiset de Chartres, ne pouvait avoir oublié la défaite de Pontlevoy. Le Perche obéissait à Guillaume de Bellême. De quelque côté donc que se tournât le comte Herbert, il ne voyait presque partout que des ennemis plus puissants que lui-même. Mais son génie sut déjouer les projets que cette situation pouvait inspirer à ses rivaux; il s'assura l'amitié d'Alain 111, duc de Bretagne (1008-1040), qui montrait déjà de grandes qualités guerrières , quoique encore dans un âge peu avancé. Il eut soin aus^i de se ménager des intelligences ave<

(1) Muta.

loi histoire J)K l'église du m ans.

Robert Ier, surnommé lé Diable, duc de Normandie* (1027- 1035), antérieurement uni aux Bellême. Après s'être assuré de ces puissants renforts , Herbert ne craignit plus de s'engager dans une guerre ouverte. Le duc Alain lui amena des secours, et ils allèrent ensemble mettre le siège devant la Ferté. Malgré leurs forces réunies, leur génie et leur bravoure, le siège dura longtemps : car Avesgaud ne s'était pas contenté des fortifications dont cette place était garnie, il y avait fait exécuter de nouveaux ouvrages. Irrité du retard qu'éprouvaient ses armes, le comte Herbert Éveille-Chien porta le pillage dans toutes les terres dépendantes de l'évêché; il s'empara des provisions de toute nature, et retint prisonniers les serfs et les serviteurs de l'évêque, jusqu'à ce qu'ils eussent livré tout ce qui appartenait à leur maître (1).

Pendant ce temps-là, le comte du Maine et le duc de Bretagne , voyant l'état formidable de défense dans lequel était la place assiégée , résolurent de former un blocus. Les Bretons la cernèrent d'un côté , les Manceaux de l'autre , et chacun de ces corps commença à rivaliser d'ardeur pour la confection de tous les ouvrages de stratégie. Ils serrèrent ainsi la ville de très-près, et pendant longtemps. Avesgaud, renfermé derrière ses murs, ne craignait pas de les voir enlever de vive force ; mais il comprit qu'il ne pouvait éviter la dure nécessité de se rendre à la merci de son rival. Mesurant d'un coup d'œil toute la profondeur de l'abîme , l'évêque du Mans pensa qu'il ne lui restait qu'un parti à prendre, c'était de composer aux meilleures conditions possibles avec son ennemi. Mais de quel côté tourner ses regards pour trouver un médiateur? Tous les amis de la famille de Bellême étaient les ennemis acharnés du comte du Maine. L'archevêque de Tours, Hugues, ne manquait ni de courage ni de science, comme il le fit paraître dans l'affaire d'Hubert, évêque d'Angers, qui avait pris les armes, et s'était joint

(1) Fêtera analecta , t. lit, p. 300. — J>. Bouquet, t. X, p 3S6.

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au comte d'Anjou pour piller la Touraine et même les terres de l'Église. Hugues l'avait frappé d'excommunication. Mais l'évèque du Mans, ami de Foulques Nerra , ne put dans cette circonstance implorer le secours de son métropolitain et son parent. D'ailleurs Hugues mourut vers ce temps-là, en 1023 , et lut remplacé par son neveu Arnulphe, allié plus intimement encore à la famille de Bellême. Avesgaud crut devoir remettre ses intérêts entre les mains de l'évèque de Chartres, saint Fulbert, prélat qui était comme l'oracle de tout le royaume.

Malgré la rigueur du siège établi autour de la Ferté- Bernard , Avesgaud trouva moyen de faire sortir secrètement des messagers qui se rendirent à Chartres. Là ils conjurèrent le saint évêque de venir au secours de leur maître; ils lui représentèrent l'état pitoyable de l'Église du Mans privée de son pasteur et dépouillée de ses biens. Les circonstances favorisaient la requête d'Avesgaud : Fulbert touchait à ses dernières années, et jouissait de toute la plénitude de son ascendant. Cet évêque ne pouvait être favorablement disposé pour le comte du Maine, qui venait dans le même temps d'exercer des violences et des déprédations sur les terres de son Église , de concert avec d'autres seigneurs que le prélat avait dû frapper d'excommunication. Fulbert s'était d'abord adressé au roi Robert, le suppliant de réprimer ces brigandages ; mais n'en recevant aucun secours, il avait eu recours au pape Jean XIX (1). Il paraît cependant que le comte Herbert Éveille - Chien se soumit de bonne heure aux remontrances de l'évèque de Chartres , et qu'il n'attendit pas les menaces et la sentence du Siège Apostolique. Le comte montra une docilité pareille à l'intervention de l'évèque de Chartres dans ses démêlés avec Avesgaud; mais Fulbert avait pris aussitôt en main la cause de l'évèque du Mans , et il la poursuivait avec la plus grande ardeur (2). Il écrivit

(1) Doyen, Histoire de la ville de Chavires, t. I, p. 236.

(2) L). Bouquet , loc. cit.

dès les premiers moments la lettre suivante à Ébal, archevôque de Reims, à Leutheric, archevêque de Sens, et vraisemblablement à tous les métropolitains de France : « A notre père el archevêque Eubalus, digne de gloire

et d'honneur, Fulbert, humble évèque avec le vénérable Avesgaud , évêque du Mans, salut.

« Connaissant le zèle qui vous anime pour la gloire de Dieu et votre désir d'être utile à vos frères selon toute l'étendue de votre devoir, sachant en même temps combien grand est votre pouvoir, nous implorons avec pleine confiance votre secours dans nos nécessités. Nous vous demandons présentement ce secours contre le précurseur de l'antechrist, Herbert, comte du Mans, qui s'etForce de renverser le siège épiscopal de cette cité. Il ne permet pas à 1 évêque Avesgaud d'y demeurer en paix, il s'empare par violence de ses maisons, de ses terres, des fruits de ses métairies , de ses provisions de toute nature et même des prébendes canoniales de l'église-mère. Nous formons des vœux pour que vous ressentiez vivement ces attentats et que vous travailliez avec courage à les faire disparaître. Notre requête atteindra son but , si vous adressez à Herbert des lettres comminatoires pour le sommer de rendre audit évêque ce qui lui appartient, et de le laisser vivre en paix; lui dénonçant en même temps que vous et vos suffragants vous le priverez de votre communion le jour même où l'evêque Avesgaud l'aura retranché de la sienne. Nous prions Votre Dilection de faire transcrire et de nous envoyer copie des lettres comminatoires qu'elle aura adressées à ce comte sacrilège. Portez-vous bien, puissiez-vous vivre toujours heureux ! Consultez-vous vous-même , vous qui êtes l'ange du grand conseil du Christ (1). »

Le comte Herbert Éveille-Chien ne tarda pas d'être instruit de la démarche de l 'évêque de Chartres, et la

(I) 1). Pulberti, Carnotensis episcopi, Epist. VIL — Bibliotheca maxima Patrum (edit. Lugd.), t. VIII , p. 8. — T). Marlot, Histoire de Reims (édit. Franc.), t. III, p. 103, 698. — D. Bouquet, t. X, p. '.72. — Patrologie (édit. Rïigne), t. CXLI, col. 204.

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crainte de l'excommunication l'arrêta. Cependant ses armes obtenaient toujours de nouveaux succès contre les vassaux d'Avesgaud. Après une longue attente, il fallut se rendre, et la forteresse de la Fer té-Bernard fut remise à la discrétion du vainqueur. Ainsi le comte du Maine jouit un moment de la joie de tenir son rival en sa puissance (1).

Aussitôt après la prise de la Ferté-Bernard , le duc de Bretagne avait couru à la tète de ses milices mettre le siège devant le Lude (2), place très-forte du diocèse d'Angers, et aujourd'hui de celui du Mans. Foulques Nerra , étonné d'une attaque aussi imprévue, lui envoie demander la raison de cette infraction aux traités. Alain déclare qu'il veut venger l'injure faite par le comte d'Anjou à Herbert Éveille -Chien, et qu'il entend châtier la perfidie avec laquelle il a traîtreusement retenu le comte du Maine en prison. Le duc breton jura ensuite qu'il ne se retirerait pas que Foulques ne lui eût remis la rançon de son allié, et rendu les otages qu'il en avait reçus. Foulques Nerra aima mieux le satisfaire que de s'exposer au danger de perdre l'une de ses meilleures places. Après ce brillant succès, le duc de Bretagne regagna ses États, laissant ses troupes dans le Maine sous la conduite d'Alain Gognart , l'un de ses principaux lieutenants (3).

Malgré la fortune qui semblait s'attacher à ses armes et à celles de ses alliés , Herbert ne s'aveugla pas sur le péril qui le menaçait du coté de l'Église ; il prévit tout d'abord que la sentence de tous les évèques de France, dociles à la voix de Fulbert, était prête à frapper sa tète. Fulbert lui adressa une lettre toute remplie d'une vigueur apostolique, et contre laquelle les ressentiments du comte ne purent

(1) Yetera analecta, t. 111, p. 301.

(2) Lus, Lusdus.

(3) (Jhronicon Andcgavense, apud D. Bouquet, t. X, p. 177.— Lubbc, Dibliotheca manuscriptorum, 1. 1, p. 186. — Ckronicon monastcrii sancti Aibini Andeg. — Labbc, ibidem, 175. - D. Bouquet, ibidem, p. 874;

Morice, Histoire de Bretagne, I !, |>. S6. Idem, Preuves de V Histoire de Bretagne, t. I , col. 84.

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tenir longtemps (1). Aussitôt qu'il l'eut reçue, il envoya au saint évoque des députés pour le prier (Je se rendre au Mans avec Avesgaud, qu'il avait relâché aussitôt après la prise de la Ferté , et qui s'était retiré à Chartres. Herbert voulait que lui et sa partie exposassent leurs prétentions et leurs différends devant Fulbert , qu'il promettait de reconnaître pour juge et arbitre. Ce dessein fut suivi comme l'avait exposé le comte , et de part et d'autre on sembla se soumettre de bonne foi à la sentence arbitrale. Le comte Herbert remit la place de la Ferté-Bernard entre les mains de l'évêque du Mans, et la paix parut rétablie (2).

De son côté l'évêque Avesgaud dut faire des concessions importantes ; on pense avec fondement qu'il abandonna une portion de la juridiction temporelle qu'il possédait encore sur la ville du Mans , faibles débris d'une autorité autrefois plus étendue. Peut-être doit-on aussi rapporter à ce même traité la cessation du monnayage ecclésiastique dans notre province.

Après avoir rempli au Mans sa pacifique mission , Fulbert retourna à Chartres, où il mourut peu de temps après son retour, le mercredi de la semaine sainte, 10 avril 1028. Quelques années auparavant, et vraisemblablement de 1018 à 1025, ce savant prélat avait rendu à l'Église du Mans un éminent service (3) . Les Églises de France étaient alors inquiétées dans leur foi par des hérétiques qui cherchaient à y semer les doctrines abominables des manichéens. C'étaient les cathares, dont l'origine, malgré les recherches de l'érudition moderne, reste encore couverte d'obscurité (4). Leur doctrine fondamentale consistait dans

(1) Cujus precibus (Avesgaudi) vir sanctus parens, misit epistolam sale satis conditam, et scripsit in ea... Vetera analecta, t. III, p. 301.

(2) Audiens auteruHerbertus,quod vir sanctus excomrnunieasseteum.. D. Mabillon, loc. cit.

(3) Fulbert eut encore d'autres rapports avec l'évêque Avesgaud. Vid. D. Bouquet, t. X, p. 38 (a).

(4) Selon M. Schmidt, le catharisme est d'origine gréco-slave ; selon M. Cuchcval-Glarigny, il est d'origine française, et né probablement

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le dualisme, c'est-à-dire qu'ils opposaient au principe du bien, qui est Dieu, un principe mauvais par nature, le diable. Ils rejetaient l'Ancien Testament comme une œuvre du démon; ils croyaient que Jésus-Christ n'avait revêtu qu'un corps fantastique et n'avait souffert qu'en apparence. Tls condamnaient le mariage et l'usage des viandes , rejetaient les sacrements de l'Église, et leur substituaient le consolamentum , sacrement unique de l'Église cathare. Depuis la fin du xe siècle, et surtout depuis la première moitié du suivant, cette hérésie se répandit dans toutes les contrées de l'Occident. Des missionnaires enthousiastes, hommes et femmes, la portèrent en secret de province en province, et trouvèrent des partisans clans les campagnes aussi bien que dans les villes. Un lien mystérieux les réunissait en une seule association, et Girard de Monteforte put, dès les commencements du xie siècle , parler de ses frères dispersés dans tous les climats , et visités chaque jour par leur chef invisible , le Saint-Esprit. C'est en France surtout que la secte fit des progrès rapides ; en peu de temps elle y gagna des populations entières. Des hommes portés à la spéculation métaphysique , mais sans principes solides , acceptaient avec ardeur des doctrines qui annonçaient la double prétention d'ouvrir le sens spirituel de l'Écriture, et de résoudre les plus hauts problèmes de la philosophie. Esprits légers et orgueilleux , ils croyaient pénétrer des mystères devant lesquels leurs intelligences ne savaient pas s'abaisser. D'autre part, les principes ascétiques dont les cathares faisaient étalage, séduisaient des esprits bornés qui , à la vue de la rudesse des laïques et de l'immoralité d'un grand nombre de clercs , tels que Sigefroy du Mans, croyaient que la réforme de la vie était impossible dans l'Église orthodoxe. Ajoutez que sous des apparences austères l'hérésie cathare favorisait tous les mauvais

dans le diocèse de Reims ; enfin, selon presque tous les historiens antérieurs à ces deux savants, l'hérésie cathare avait son herccau en Orient et nous pensons que la science historique l'y replacera un jour.

instincts de Ja nature dépravée : la corruption «1 l'orgueil, tel est le secrel de sa propagation.

Les missionnaires de cette doctrine; ne manquèrent pas

de faire entendre beaucoup de récriminations exagérées contre le clergé. A Toulouse, dans le Périgord, dans les évéchés de Limoges et de Poitiers, l'hérésie ne tarda pas à compter dans toutes les classes de la société des sectateurs enthousiastes. En peu d'années on rencontre ses adeptes à Reims , à Vertus , à Goslar , à Soissons, à Arras , à Orléans, à Chàlons-sur-Marne, et surtout au château fort de Mont- Wimer, le plus ancien foyer de cette secte en France, et peut-être son berceau. L'évêque Girald de Limoges essaya le premier d'en arrêter les progrès. Vers 1022 plusieurs de ces hérétiques furent découverts à Toulouse et punis du dernier supplice; quelques années plus tard, en 1028, le duc d'Aquitaine Guillaume réunit à l'abbaye à Charroux un concile où se trouvèrent beaucoup d e vernies , d'abbés et de seigneurs , pour décréter l'extinction de l'hérésie. Mais celle-ci résista à tous ces efforts; au lieu de succomber, elle gagnait tous les jours un terrain plus considérable.

Dès les premiers temps de sa propagation, elle avait été apportée à Orléans par une femme venue d'Italie et par un paysan du Périgord. Des nobles, des gens du peuple. des prêtres jusque-là renommés par leur piété et par leur science furent gagnés à la secte; elle fut adoptée par presque tous les chanoines de l'église cathédrale de Sainte- Croix. Les chefs étaient deux clercs, Lisoy et Etienne, vénérés de toute la ville ; Etienne avait été confesseur de la reine Constance ; tous les deux étaient aimés du roi. Ils tenaient en secret des réunions nocturnes, où ils initiaient à leur doctrine de nombreux disciples ; ils envoyaient même des missionnaires dans les villes voisines, pour y gagner des prosélytes. Ce fut ainsi probablement que ces erreurs se répandirent dans le Maine, où elles jetèrent des racines d'autant plus profondes, qu'elles y demeurèrent plus longtemps sous le voile d'un profond mystère. Enfin,

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en 1022, malgré leurs précautions, les sectaires d'Orléans furent découverts. Ils furent jugés par un concile, et leurs mystères d'iniquité furent mis au grand jour. Le roi Robert montra tout le zèle qui l'animait ; s'étant rendu de sa personne sur le théâtre des événements, il fit punir par le feu tous les hérétiques qui ne voulurent pas abjurer leurs erreurs (1).

Après cette exécution dont le bruit retentit aussitôt dans toute la France, l'attention des catholiques fut éveillée sur les dangers qui menaçaient l'orthodoxie; en plusieurs lieux les évêques furent obligés de sévir pour préserver leurs troupeaux des pièges qu'on leur tendait; on les accuse même d'avoir en quelques endroits procédé avec tant de précipitation, qu'ils firent mettre à mort comme cathares des hommes soupçonnés de partager les principes ascétiques de la secte , uniquement à cause de la pâleur de leur visage (2). D'autres prélats employèrent des voies moins sévères contre ces malheureux; on cite en particulier Gébuin, évêque de Cliâlons-sur-Marne, et Royer, son successeur , Wazon, évêque de Liège , et Réginald , évêque d'Arras, qui n'usèrent que des moyens de persuasion. Mais la perfidie des hérétiques ne prouva que trop la nécessité d'une justice plus rigoureuse. Il ne faut pas oublier non plus que le peuple chrétien, indigné des doctrines abominables de ces sectaires, demandait partout leur supplice.

Au milieu des troubles qui agitaient l'Église du Mans, par suite des malheureuses divisions de l'évèque Avesgaud et du comte Herbert, les doctrines cathares y jetèrent de profondes racines. L'apôtre de cette erreur se nommait Raginald. Agissant en secret, et profitant avec habileté

(1) Atlémar de Ghabanay, Chronicon, apud D. Bouquet, t. X, p. 154, 164 et passim. — Raoul Glaber, Historia sui temporis, ibidem, p. 35 et passim. — Schmidt, Histoire de la doctrine et de la secte des cathares, t. I, p. 24-37, t. Il , p. 286 et passim. — Cuclieval-Clari^oy , dans la Bibliothèque de l'École des Chartes , 3e série, t. ÏIT, p. 80 et suiv.

(2) Gesta episcoporum Leodiensium, apud D. Martèue , Ampliss. collect., t. IV, ml. 901.

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de la désorganisation du pays , exploitant aussi les vices que tout le monde reconnaissait dans le clergé séculier, il était parvenu à faire un assez grand nombre de prosélytes. Partout où ils s'établissaient, ces sectaires formaient des réunions qu'ils nommaient Églises; elles étaient présidées par des chefs auxquels ils donnaient le nom d'évèques et de prêtres ; ils recevaient des ordres et des instructions d'un centre hiérarchique , et ils avaient imité presque en tout le gouvernement de l'Église , en même temps qu'ils cherchaient à reproduire quelques-unes de ses coutumes rituelles. Par ce système habile , ils s'étaient ménagé une voie pour tromper le peuple. Lorsqu'ils se sentaient assez nombreux pour ne plus craindre de se montrer, ils élevaient publiquement la voix contre l'Église orthodoxe et contre le clergé , qu'ils cherchaient par toutes sortes de moyens à rendre odieux aux masses. Il paraît qu'ils en étaient déjà venus à ce point au Mans, sous la conduite de leur évêque Raginald.

L'archidiacre du Mans, c'est-à-dire le premier des dignitaires revêtus de l'archidiaconat (J), à qui était dévolue la conduite de l'Église en l'absence de l'évêque Avesgaud, presque toujours occupé de ses démêlés avec le comte Herbert et de ses intérêts de famille, fut vivement alarmé à la vue du danger que courait la foi dans notre diocèse. Ne sachant quelle conduite tenir à l'égard du chef des hérétiques, il consulta le saint évêque de Chartres. Fulbert lui conseilla d'invoquer l'intervention du roi dans une affaire qui menaçait la tranquillité du pays. Ce prince était Robert, dont on vient de voir le zèle pour l'orthodoxie dans la cause des sectaires d'Orléans. L'archidiacre du Mans suivit les conseils de Fulbert; le roi obéit de son côté à son devoir de défendre les dogmes de l'Église; les hérétiques furent condamnés, et le diocèse du Mans demeura en paix, grâce aux conseils de l'évêque de Chartres. Il est vraisemblable que Raginald et ses complices

(1) Il y avait alors au moins trois archidiacres clans l'Église du Mans.

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furent condamnés au supplice du feu. La suite fera voir que cette hérésie ne fut pas étouffée entièrement dans le diocèse; réduite à se cacher, elle se propagea dans l'ombre et elle reparut à une autre époque avec plus d'audace que jamais.

Cependant les conseils que Fulbert avait donnés à l'archidiacre du Mans ne furent pas approuvés de tout le monde. Le pieux évêque se crut obligé d'écrire une lettre apologétique, adressée aux comtes Gualeran et Gaultier, en laquelle il soutient la conduite du roi dans la condamnation des hérétiques. 11 ajoute que tous les fidèles vassaux du monarque doivent s'unir pour lui porter secours et l'encourager dans la ligne de conduite qu'il a tenue contre les sectaires ; que cette protection accordée à l'orthodoxie fait partie de son ministère royal, et que c'est seulement à la condition de le remplir fidèlement qu'il peut obtenir son salut. L'archidiacre du Mans se trouvait, il parait, poursuivi par les mêmes récriminations (1). Il est à croire que l'autorité de Fulbert suffît pour mettre à couvert l'un et l'autre des reproches injustes de

(1) Fulbertus, Dei gratia Carnotensis episcopus, coinili Gualeranno et comiti Gualterio , cseterisque fîliis fîdelibusque suis , salutem et benedictionem. — Sciatis, fratres, quia rex Robertus benefacit cum christianosadjuvat, et hœreticos damnât... Sciatis iterum quod archidiaconus (al. archiepiscopus) Genomanensis requisivit a me consilium , quid deberet facere de Raginardo hœretico , qui persequebatur Ecclesiam Dei... D. Fulberti Garn. episc. Epistola XXIV (olim XVII). Dibliotheca maxima Patrum (edit. Lugd.), t. XIII, p. 10. — Patrologia ( édit. Migne), t. GXLI , col. 811. — Certains Ms. et plusieurs éditions permettent de croire que cette lettre fut adressée à révoque du Mans Avesgaud, et c'est l'opinion de D. Bouquet, t. X, p. 386 (a). — Papire Masson et Charles de Villiers , premiers éditeurs des Lettres de Fulbert de Chartres , ont introduit une erreur dans le titre de la XVIIIe lettre de ce prélat; elle n'est pas adressée à Avesgaud, mais à Azelin, évêque de Paris, comme le prouve le contexte. Ce point est très-important à constater; il justifie pleinement notre évêque du reproche que lui aurait adressé le saint évêque de Chartres, de n'être pas assez ami des moines. Il faut corriger d'après cette observation D. Mabillon, Annales 0. S. B., lib. LI, num. 50 ; du Pin, D. Cellier, et la plupart des historiens et des critiques. III. 8

MA HISTOIRE DE l/ÉGLISE DC MANS.

ceux qui érigent en vertu une lâche complaisance pour le mal.

En faisant la paix avec l'évêque Avesgaud, le comte Herbert Évei Ile-Chien s'était réconcilié en même temps avec toute la maison du prélat. Guillaume de Bellême voulut , en conséquence , l'engager dans une guerre qu'il avait avec Robert Ier, duc de Normandie. Le comte du Maine s'était allié au duc de Normandie Richard II; il désirait continuer ses relations amicales avec Robert Ier, son frère et son successeur , et il refusa de prêter son concours pour cette guerre. Guillaume , sur ce refus , envoya ses deux fils Foulques et Robert faire le dégât sur les terres du Maine et de la Normandie. En conséquence , le duc Robert et le comte du Maine réunirent leurs milices pour repousser cet ennemi commun. Ils s'avancèrent au-devant des fils de Guillaume de Bellême, et leur livrèrent bataille près de Blavou , hameau dépendant de la paroisse de Saint-Denys-sur-Huisne , voisin de la frontière du Maine (1). Foulques périt dans le combat, et Robert, après avoir été blessé dangereusement, y fut fait prisonnier. Guillaume , en apprenant ce revers , mourut de chagrin en 1028 (2).

Quelque temps avant ces tristes événements , l'un des iils de Guillaume de Bellême , nommé Warin ou Guérin, seigneur de Domfront et du Perche , était mort misérablement. Guillaume de Jumiéges, qui le représente comme un homme adonné à toutes sortes de crimes , dit qu'il fut étouffé par le diable , pour avoir tué en trahison un brave chevalier, nommé Gonthier, autrefois de ses amis intimes. Ce châtiment trop mérité fut infligé au barbare et perfide Warin en présence de plusieurs

(1) Blavou {Y Art de vérifier les dates écrit par erreur Blavou ), écart de la paroisse de Saiut-Denys-sur-Huisne (Orne).

(2) Willelmus Gemeticensis, Historia Normannorum, lib. XVI, c. IV, apud D. Bouquet, t. X, p. 191. — Cfr. Y Art de vérifier les dates, t. Xïlï, p. 89. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alençon, t. I, p. 110.

AVESftAUD. 115

témoins, compagnons de ses crimes (I). Ce fait arriva vers l'an 1026 (2).

Tant de malheurs qui s'appesantissaient sur la maison de Bellême n'assuraient pas la paix de notre province, toujours inquiétée par l'humeur remuante et ambitieuse de ces dangereux voisins. Par la mort de Guillaume et de son fils aîné , la seigneurie de Bellême passa à un autre de ses fils, nommé Robert. Ce seigneur jouit en même temps du comté d'Alençon. A la mort de son père, il était prisonnier et grièvement blessé, comme on vient de le dire; mais bientôt après il recouvra sa liberté. A peine fut-il guéri de ses blessures, qu'il continua la guerre commencée par son père contre Herbert Éveille-Chien. La fortune sembla d'abord favoriser ses armes ; car , ayant assiégé le château de Ballon , il s'en rendit maître. Mais cette place lui fut bientôt arrachée des mains par Herbert, qui s'en empara en 1031. Peu de temps après, ayant fait Robert prisonnier, il le renferma dans le château de Ballon même. Les vassaux du seigneur de Bellême sollicitèrent vainement sa délivrance pendant l'espace de deux ans. Voyant le comte du Maine inflexible , ils prirent les armes sons la conduite de Guillaume Giroye, seigneur d'Échaufour , et lui livrèrent un combat , dans lequel ils remportèrent l'avantage. Mais cette victoire devint funeste à celui même dont elle devait procurer la liberté; car les vainqueurs ayant fait pendre, malgré leur capitaine, le chevalier Gauthier Sore ou de Saldaigne , et deux de ses fils qu'ils avaient pris dans l'action , trois autres fils de ce chevalier, transportés de colère à la vue de cette barbarie, entrèrent dans la prison de Robert, dont ils avaient la garde , et lui fendirent la tête à coups de hache (3).

(1) Warinus igitur postquam Gunherium de Belismo... sine causa capite privaverat, mox a daemonio arreptus est, et videntibus sociis, qui aderant, strangulatus est. IX Bouquet, t. X, p. 191 ; t. XI, p. 628.

(2) VArt de vérifier les dates, t. JIM, p. 173

(3) Willelmus Calculus, Historia Normannorum , lib. VI, c. VIII,

110 HISTOIRE PE CtGUSE DD MANS.

Guillaume II, surnommé Talvas, comme ^«>n père, succéda à Robert son frère , en 1034. La férocité* fut le trait caractéristique de ce seigneur, qui fit cependant quelques pieuses fondations dans le diocèse du Mans. Il augmenta le prieuré fondé par son père dans son château de Domiront, et donné à l'abbaye de Lonlay. Ce prieuré était dédié à saint Symphorien et a subsisté jusqu'à la fin du xvnr2 siècle; mais il était depuis longtemps déjà réduit à l'état de prieuré simple (I). Il augmenta aussi celui de Notre-Damesur-1'Eau (2). Vers le même temps les habitants de Domfront firent construire une église sous le vocable de saint Julien, notre premier évêque; elle servit de succursale à celle de Notre - Dame - sur - l'Eau ; car cette ville était devenue imposante; et les seigneurs de Bellême , qui y avaient construit un magnifique château, en préféraient le séjour à celui de Bellême et d' A lançon.

Guillaume Talvas II s'appliqua à venger la mort de ses frères. Avec l'aide de Guillaume Giroye , il reprit sur les Manceaux ce qu'ils avaient enlevé à sa famille dans le Sonnois et le Perche; mais il paya de la plus noire ingratitude les services de Giroye. L'ayant invité à ses noces avec Haldeburge (3), fille de Raoul, vicomte de Beaumont, il lui fit crever les yeux et subir une mutilation aussi honteuse que cruelle. Mais ce crime et ses autres atrocités soulevèrent tous ses sujets contre lui, et jusqu'à son

apud D. Bouquet, t. XI, p. 34. — Chronique de Normandie , ibidem, p. 323.

(1) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 220.

(2) Le prieuré de Notre-Dame-sur-1'Eau n'était plus estimé dans les derniers temps que 1,000 livres selon Cauvin, et seulement 400 selon Le Paige.— Voyez Le Paige, Dictionnaire historique du Maine, 1. 1, p. 274. — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 224. — Pour ce qui regarde la partie archéologique , de Caumont , Cours d'antiquités monumentales, V* partie. — Le Guide du voyageur en France, t. V, département de l'Orne, p. 12. — Briand, Dictionnaire géographique de la France. — Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie , années 1829 et 1830, p. 156 et suivantes.

(3) OuHadeburge.

AVESGAUU. 117

propre fils, en sorte qu'il fut contraint de s'enfuir, et finit ses jours dans l'exil, vers l'an 1048 (1).

Pendant ces revers et ces succès alternatifs de la famille de Bellême , les brouilleries entre l'évêque Avesgaud et Je comte Herbert Éveille-Chien recommencèrent. L'historien des évèques du Mans n'exprime pas clairement quel était le sujet qui rendait la paix comme impossible entre ces deux personnages; mais il dit positivement que ces rivalités tenaient à certaines prétentions de rang et de dignité, sur lesquelles ils n'étaient disposés ni l'un ni l'autre à se faire des concessions (2). On peut croire qu'Avesgaud, voyant le comte Herbert affaibli par une guerre incessante depuis plusieurs années, où il venait même de perdre quelques parties de sa province , voulut reprendre les droits dont il avait joui dans la ville du Mans comme ses prédécesseurs, et qu'il avait été contraint de céder en grande partie par le traité de pacification intervenu après la reddition de la Fer té-Bernard. Quoi qu'il en soit, Avesgaud, se sentant toujours le plus faible, s'enfuit du Mans, après avoir rallumé dans le diocèse la guerre civile. Il chercha de nouveau un asile dans la forteresse de la Ferté- Bernard. Pendant assez longtemps il demeura paisible dans ce château où le comte, occupé à d'autres soins , ne songeait pas à venir l'inquiéter. Abandonné à ses propres réflexions , et ne pouvant se livrer à ses agitations accoutumées , le prélat se reprocha amèrement les fautes de sa vie (3). L'âge d'ailleurs était venu apporter du calme à ses passions fougueuses; car Avesgaud avait atteint environ sa soixante-dixième année. Pour expier sa vie passée et pour

(1) Bry de La Clergerie, Histoire du Perche, p. 55 et suiv. — Odolant Desnos, Mémoires sur Alcnçon, 1. 1, p. 118 et suiv. — L'Art de vérifier les dates, t XIII, p. 146.

(2) ... Et quia, sicut aiunt, duo grossi non possunt in uno sacco conversari, non potuit lotions pnesul et tanta opprobria pati : sed abiit ad castcllum... D. Mabillon, Vetera analecta, t. III, p. 301.

(3) lu quo diu conversatus, et scmetipsiun lacrymando quod lam nequiter egisset, reprehendens in corde suo... D. Mabillon, loc. cit.

lis histoire j>e l'église dd hans.

écliapper aux ennuis d'un exil qui se prolongeait sans (in , notre prélat résolut d'aller visiter les lieux saints de la Palestine. Ces voyages étaient très-fréquents à cette époque , et les Manceaux aussi bien que les Angevins se tirent remarquer parmi ceux des peuples occidentaux qui visitèrent le plus souvent le tombeau du Christ dans le cours du xie siècle (1).

Quoique conduit à Jérusalem par le repentir de ses fautes et le désir de les expier, Avesgaud n'oubliait pas néanmoins ses ressentiments contre le comte Herbert. 11 se proposait d'y publier l'une de ces plaintes que l'usage avait introduites depuis longtemps contre les oppresseurs de l'Église, et dont nous avons parlé sous l'épiscopat de Gonthier (2). On croit que le prélat excommunia le comte Herbert une seconde ou une troisième fois; mais cette sentence ne produisit aucune impression sur l'esprit de ce seigneur.

L'évêque du Mans lit de magnifiques préparatifs de voyage, comme il convenait à un aussi puissant prélat, dit le chroniqueur contemporain (3). Il fit faire des prières nombreuses, répandit d'abondantes aumônes pour obtenir du Ciel un heureux succès à son pèlerinage. On croit qu'il partit pour la Palestine en l'an 1032; son voyage se prolongea pendant plusieurs années , et il ne revit la France que vers la fin de l'an 1036. En rentrant dans sa patrie, au lieu de se diriger vers son diocèse , il se rendit dans le nord; ou plutôt il revint par la Hongrie et l'Allemagne, comme beaucoup d'autres pèlerins de ce temps-là. Il tomba malade à Verdun, et y mourut le,' 27 octobre 1036. Il avait occupé pendant quarante et un ans le siège du Mans. Il fut enseveli dans l'église cathédrale de Notre-Dame de Verdun, qu'il avait enrichie de ses libéralités. On a remarqué

(1) D. Luc d\Achery, Spicilegium, t. X, p. 463. — Michaud, Histoire des Croisades, t. I, p. 60, 63, et passim.

(2) Histoire de l'Église du Mans, t. II, p. 481.

(3; Apparatu autem magno facto, sicut tanto decet episcopo... D. Mabiilon, loc rit.

AVESGAUD. 119

que l'évêque Rambert de Verdun , qui rendit à Avesgaud les derniers devoirs , est mort lui-même à Belgrade , en revenant de Palestine , deux ans plus tard. Le corps de l'évêque du Mans, inhumé dans l'ancienne basilique, fut transporté dans la nouvelle cathédrale , qui existe encore présentement, et qui fut construite de 1100 à 1150. Les personnages les plus notables ont été transférés dans l'avant-chœur de l'édifice actuel : il est probable que c'est là que repose la poussière d'Avesgaud. Le chapitre de Verdun conserva la mémoire de notre prélat dans son nécrologe; celui du Mans inséra aussi son nom dans le sien, au jour anniversaire de sa mort, mais sans mention particulière de ses travaux en faveur de la cathédrale (1).

Le comte Herbert Éveille-Chien finit ses jours la même année que son antagoniste, le 13 avril (2). Il laissa un fils en bas âge , qui lui succéda sous le nom de Hugues II , et trois filles : Gersende ou Hersende , femme de Thibault III comte de Blois , puis d'Azzon marquis de Ligurie ; Biote , mariée à Gauthier comte d'Amiens, et Paule , femme de Lancelinsire deBeaugency (3).

Malgré les troubles continuels dont le Maine fut agité pendant tout le cours du long épiscopat d'Avesgaud, on vit cependant diverses institutions ecclésiastiques prendre de nouveaux accroissements sur notre sol. Nous en avons déjà signalé plusieurs, il nous en reste encore d'autres dont nous n'avons rien dit. On doit remarquer que, à partir des derniers temps de la seconde race , les différents corps qui composaient le clergé en ses divers degrés , commencent

(1) Sur Avesgaud on ne trouve que ceci dans le Nécrologe Ms. de la cathédrale de Verdun: vi kl. nombr 6 Avesgaud3 Cenoraann eps. — Le Nécrologe du chapitre du Mans s'exprime de la même manière : vi kal. novemb. obiit Avesgaudus Cenomanensium episcopus. fol. 172, v. — Cfr. Vetera analecta, t. III, p. 302. — Livre Blanc, n° 177. — D. Bouquet, t.X, p. 386. — Gallia christiana, t. XIII, col. 1185. — Nous devons aussi des renseignements à M. l'abbé Glouet, auteur de Y Histoire ecclésiastique de la province de Trêves.

(2) Nécrologe de l'abbaye de la Couture, Ms.

(3) VArt de vérifier les dates, t. XIII, p. 89.

à jouir d'une existence particulière plus complète et moins dépendante de Faction immédiate de l'évoque. Les corporations monastiques tenaient ce privilège , la plupart du moins, de leur origine; mais les clercs séculiers qui formaient quelque association commencèrent à y participer plus largement. A mesure que les seigneurs s'isolent de plus en plus sur leurs terres et vivent loin de leurs supérieurs et de leurs égaux , on voit dans les diocèses les chapitres, les écoles, les hospices , toutes les autres institutions fondées autour de la chaire épiscopale, et souvent émanées d'elle, imiter l'isolement des barons. Cette transformation fut lente et amenée par degrés. Les évoques ne se montrèrent pas jaloux de conserver sous leur tutelle ces fondations élevées pour la plupart par leurs prédécesseurs ; ils les voyaient assez fortes pour se soutenir et se développer seules. Ils avaient d'ailleurs d'autres préoccupations dans la position qui leur était faite par la société de leur temps; ordinairement ils avaient à défendre les droits de leurs Églises contre les seigneurs. Comme presque tous les prélats étaient désormais choisis dans les maisons les plus puissantes du pays , et qu'ils avaient passé leurs premières années au milieu des cours féodales , ils y avaient contracté les habitudes chères aux grands de ce temps-là. La chasse , la guerre paraissaient à leurs yeux comme les exercices privilégiés et l'apanage de leur naissance, que leurs dignités ecclésiastiques ne pouvaient leur enlever. Il faut le dire , la majorité des contemporains partageait ces vues erronées de tant de prélats. Heureuse l'Église dont le pasteur ne regardait pas comme l'une des prérogatives de son noble sang , la faculté de pouvoir joindre à son titre d'évêque, ceux de mari et de père de famille! De tels scandales furent fréquents dans les siècles de la féodalité. Mais la Providence se servit de ces faiblesses et de ces vices des hommes pour produire le résultat que nous signalions tout à l'heure. Ce changement est surtout remarquable dans le chapitre et l'école de la cathédrale.

AVESGAUD. 121

A mesure que les dernières traces de la vie commune pratiquée autrefois par les chanoines de l'Église du Mans allaient s'eflaçant, chaque dignité, chaque office même l'empli par ses divers membres, se transformait en une espèce de iief particulier. C'était la conséquence nécessaire de l'esprit général qui dominait alors la société. L'évêque Avesgaud favorisa beaucoup ce mouvement, vers lequel tout portait à cette époque. Ce fut lui, dit-on, qui voulut établir un partage entier et régulier entre la mense épiscopale et la mense capitulaire. On aperçoit dès le temps de Févêque Mainard des traces de ce partage; elles sont plus visibles encore sous l'épiscopat de Sigefroy. Jusque alors ce partage avait plus existé par le fait que par le droit; Avesgaud voulut le régulariser. Depuis ce temps, les chanoines ont toujours joui de leurs biens dans une pleine indépendance (I). Pendant deux siècles encore le chapitre jouit de tous ses revenus en commun; on verra plus tard le partage que les chanoines firent entre eux de leur mense selon les dignités et les offices (2). Dès le temps d 'Avesgaud on reconnaissait déjà un doyen, un trésorier, plusieurs archidiacres, un chancelier, un chantre, un chapelain, un prévôt et un custode (3). De tous les dignitaires de notre Église , ceux dont le ministère semble avoir été le plus actif et le plus considérable à l'époque présente, sont les archidiacres.

Les dignités d'archiprêtre et d'archidiacre furent établies dès les premiers âges de la société chrétienne. Mais si les titres furent les mêmes, les fonctions qui leur étaient attribuées varièrent beaucoup, selon les temps. Cependant, à toutes les époques, les archiprêtres étaient préposés à tous les prêtres d'une église , présidaient l'office divin et célébraient les saints mystères en l'absence de l'évêque. 11 y eut de bonne heure deux classes d 'archiprêtres : les

(1) Almanach manccau, 1758, p. 33.

(2) Livre Blanc, n° c2t2.

(S) Ibid., n«M81.

uns étaient attachés aux églises cathédrales, et il n'y avait qu'un seul de ces dignitaires dans chaque diocèse ; c'était à lui qu'il appartenait de tenir la place de l'évéque. Les autres, dont les fonctions équivalaient à celles que remplirent plus tard les doyens ruraux, étaient chargés de surveiller un certain nombre de paroisses qui formaient Farchiprêtré. Dans la province ecclésiastique dont le diocèse du Mans fait partie, ces derniers dignitaires exerçaient leurs fonctions depuis très-longtemps , puisque le concile de Tours de Tan 567 en fait mention (1).

Quelle que fût l'étendue de l'autorité des archiprêtres, ils étaient cependant soumis à la juridiction de l'archidiacre. Les pouvoirs de ce dignitaire étaient déjà fort étendus dès le commencement du xie siècle; ils augmentèrent toujours peu à peu, en sorte que l'on verra, dans la première moitié du xme siècle, l'évéque Maurice obligé de supprimer entièrement la juridiction des archiprêtres pour laisser plus de liberté à l'action des archidiacres. Dans l'origine il n'y avait qu'un seul archidiacre , comme il n'y avait d'abord qu'un seul archiprêtre. Lorsque le clergé devint plus nombreux , on sentit le besoin d'augmenter le nombre de ces dignitaires. Choisis par les évêques parmi les diacres les plus distingués, ils exerçaient une partie de la juridiction épiscopale, tout en restant dans leur degré hiérarchique. Cette juridiction , qui dans l'origine ne s'étendait pas au delà des membres du diaconat, prit insensiblement de l'accroissement; Jes évêques attribuèrent de bonne heure aux archidiacres le droit de visiter en leur place les églises de leurs diocèses , fonction qui les fit nommer les vicaires et les yeux de l'évéque.

Il serait superflu de vouloir préciser le nombre des archiprêtres qui pouvaient exister dans le diocèse du Mans au temps de l'évéque Avesgaud et de ses successeurs jusqu'à l'an 1230. Comme le nombre des paroisses augmenta considérablement dans notre province pendant le cours du

(1) Histoire de l'Église du Mans, t. I, p. 256.

AVESGAUD 123

XIe et du xnc siècle, le tableau de leur répartition administrative fut sujet à de nombreux changements. Ainsi nous réservons pour le commencement du xinc siècle un aperçu des divisions ecclésiastiques de notre province. A cette dernière époque , les archiprêtrés dans le diocèse du Mans étaient au nombre de huit. Les actes du xie siècle ne parlent jamais que de trois archiprêtrés; et il est probable qu'il n'y en avait pas alors un plus grand nombre (1). Mais ce serait en vain que Ton voudrait circonscrire , avec les données que nous a laissées l'antiquité, le district auquel chacun de ces dignitaires présidait.

A la même époque , les archiprêtrés furent subdivisés en doyennés , présidés par des chefs ou doyens chargés de correspondre avec l'archiprètre , de transmettre aux curés et aux clercs les ordres et les instructions des dignités supérieures ; d'exposer à l'archiprètre les besoins de la circonscription ; de l'informer des événements dont ils étaient témoins, et qui pouvaient intéresser l'Église.

L'établissement de ces différentes dignités, ou plutôt leur multiplication vers le xie siècle, annonce que l'ancienne division du territoire en bourgs publics avait disparu lors de l'affermissement du régime féodal , et par suite des divisions de territoire introduites par ce système. Plusieurs des localités qui avaient joui des prérogatives dont nous avons parlé au vme siècle (2), ne sont distinguées désormais par aucun rang d'honneur, ni aucun avantage réel. Ces vieilles traces de l'empire romain, adoptées d'abord par l'Église , puis rétablies par Charlemagne de concert avec les prélats , disparaissent, pour notre contrée, dans le naufrage de l'ancienne société et l'anarchie du xe siècle. Des lieux qui n'avaient pas même une église un siècle auparavant, sont devenus des centres d'un petit

(1) D. Martène , Thesaur. nov. anecdote t. I, col. 158 et passim. — Livre Blanc, passim.— Bilard, Analyse des documents historiques, etc., passim. — Gauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans.

(2) Voyez Histoire de l'Église du Mans, i. II, p. 35-40.

12i HISTOIRE DE I.'ÉCI.ISK DU MANS.

pays. Mais, il est essentiel de l'observer, ces petits pays, ees cantons étaient pour L'ordinaire restés les mêmes (pu; sous le régime précédent; le chef-lieu seul avait été transporté. Cette mutation était due presque toujours à la construction d'un château par quelque seigneur |»i lissant. L'état de guerre continuel entre les barons forçait le pauvre peuple à se grouper autour de leurs forteresses pour y trouver un asile dans le besoin. D'ailleurs les seigneurs, pour attirer plus de vassaux sur leurs terres, accordaient des privilèges à ceux qui y transportaient leurs foyers. Ils établissaient aussi volontiers des foires et des marchés, qui leur procuraient des avantages réels, et engageaient la population industrielle à se rapprocher des châteaux. Dès le temps de l'épiscopat de Gervais , on rencontre une charte signée de quatre doyens (1) , et des monuments un peu postérieurs parlent du doyen de Laval, qui était un moine du prieuré de Priz, dépendance de la Couture (2).

Les chefs-lieux ou centres de doyennés n'héritèrent pas des prérogatives que la discipline ancienne attribuait aux églises des bourgs publics. Toutes les réserves que nous avons signalées en leur temps , et qui rattachaient les églises particulières à l'église cathédrale , puis , par suite de l'augmentation des paroisses, aux églises des bourgs publics, ont cessé désormais d'exister. Chaque église de paroisse commence à jouir de toute la plénitude des droits et des usages que la discipline de nos jours lui reconnaît encore. 1] n'y a d'exception que pour les paroisses qui se trouvaient soumises aux chapitres ou aux monastères.

Le nombre de ces paroisses dans le diocèse du Mans était très-considérable , et différentes circonstances avaient contribué à rendre les religieux et les chanoines maîtres

(1) Charte de la fondation du prieuré de Rouessé. — Ménage, Histoire de Sablé, part. I, p. 351 .

(2) Charte touchant le prieuré de Saint-Malo de Sahlé, ibidem, p. 337. — Compendium historiœ regulis abbatiœ sancli Pet ri de Cultura. Fondation du prieuré de Bernay.

AVESGAUD. 12!>

de tant d'églises paroissiales. D'abord plusieurs d'entre elles durent leur fondation aux cloîtres, auxquels elles restèrent soumises dans la suite ; le plus grand nombre cependant fut donné aux moines par les seigneurs ecclésiastiques ou laïques, scandalisés de l'ignorance et des vices des clercs séculiers. Les religieux s'acquittèrent par eux-mêmes du ministère paroissial pendant plusieurs siècles, mais peu à peu ils rentrèrent presque partout dans leurs monastères, surtout vers le xive siècle. Ils conférèrent alors leurs cures à des prêtres séculiers , qui les desservirent sous le nom de vicaires perpétuels. Cette concession était ordinairement accompagnée de quelques réserves de droits utiles et surtout de prérogatives honorifiques.

On voit par cette digression, un peu longue peut-être, mais nécessaire pour l'intelligence des récits qui vont suivre, quel était l'état hiérarchique et administratif du diocèse du Mans. Quant au pouvoir purement féodal des évêques, on a dû remarquer précédemment quel abaissement il avait subi. Au temps où des prélats de la maison de Bellême gouvernaient notre Église , il était devenu à peu près ce qu'il restera dans la suite , jusqu'à la fin du xvme siècle. Ce domaine comprenait les seigneuries de Ceaulcé , Saint-Corneille, Coulaines, Saint-Remy-des-Bois, Sargé , Savigné-l'Évêque et Yvré-1'Évêque , qui était possédé en franc-aleu. Nous aurons occasion de parler plus tard de plusieurs autres fiefs , possédés également par les évêques du Mans , entre autres de la baronnie de Touvoie , sur la paroisse de Saint-Corneille (1). Dès lors aussi furent réglées les cérémonies tant religieuses que féodales qui accompagnaient la prise de possession du siège épiscopal , telles que nous les décrirons dans la suite.

(1) Armoiries de l'évêché du Mans. — Selon nous, L'évêcbé du Mans ne dut pas avoir d'autres armoiries que celles de l'Église du Mans ellemême : D'azur semé alternativement de fleurs de lis d'or et de clefs d'argent. — Les clefs rappelaient la mission de saint Julien par saint Pierre et le patronage de cet apôtre dans l'Église du Mans. Les fleurs de lis constataient la fondation royale de l'Église du Mans, au moment de sa restauration par Gharlemagne et Louis le Débonnaire.

L'évêque et le chapitre du Mans avaient, dans cette ville et dans sa banlieue , la juridiction civile , criminelle et de police, depuis le samedi de Pâques, à huit heures du matin, jusqu'au mardi suivant à la même heure. Us percevaient en même temps les droits de coutume, prévôté, billette, confiscation et amendes. En conséquence les officiers des baillages de Touvoie et du chapitre se réunissaient chaque année, le vendredi de Pâques, à deux heures après midi, dans l'audience de l'officialité, pour procéder à l'adjudication de ces droits, pendant les trois jours désignés (1).

On croit généralement que ces droits de l'évêque et du chapitre du Mans n'étaient qu'un faible débris de l'autorité absolue dont ils avaient joui sur la ville , avant l'établissement des comtes héréditaires. Les pertes toujours croissantes du domaine féodal de l'évêque eurent pour cause la rivalité entre les comtes et les prélats sortis de la maison de Bellême. Le partage du droit de monnaie fut, sans doute , l'un des faits qui signala plus clairement la décadence du pouvoir civil attaché autrefois à la crosse des évêques du Mans. Ces prélats jouissaient depuis plusieurs siècles du droit incontesté de frapper une monnaie au nom de l'église cathédrale. De leur côté les comtes du Maine, avant même qu'ils se fussent emparés de l'autorité héréditaire, frappaient aussi une monnaie sur laquelle leur nom parait quelquefois. Mais il est à croire que les faits de cette nature furent des exceptions très-rares et qu'on ne doit les considérer que comme des tentatives d'usurpation. Ainsi les évêques restaient maîtres de la monnaie, en se conformant aux conditions que les premiers princes de la seconde race leur avaient imposées. D'après ces règlements, toutes les monnaies du Maine portaient simultanément, depuis les premières années du ixe siècle, l'indice de l'intervention royale et le type caractéristique de la puissance ecclésiastique. Mais les

(1) En 1783, les droits de billette furent affermés 6 livres et les autres 21 livres, soit 12 francs et 42 francs.

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comtes, une fois en possession de l'autorité plus ou moins entière qu'ils affectaient, devaient nécessairement chercher à s'attirer le droit que les rois avaient réclamé pour euxmêmes. Aux yeux des prélats , les circonstances étaient bien différentes ; le nom du roi sur une monnaie qui en réalité n'émanait que de l'Église , rappelait seulement quelle avait été Forigine du privilège. Si le comte , au contraire, prétendait intervenir dorénavant dans l'émission des deniers, c'était évidemment pour avoir une part considérable dans les bénéfices qui résultaient de ce droit. D'ailleurs, les comtes ne pouvaient rien réclamer en qualité d'auteurs du privilège de l'Église, et leur prétention sous ce rapport était une usurpation nouvelle.

Poussés par de si puissants motifs, et par la prévision des périls que courait évidemment leur indépendance , les évêques défendirent leurs droits, ou plutôt ceux de leur Église, avec une puissante énergie; malheureusement des intérêts de famille, des passions privées donnèrent quelquefois à ces luttes une couleur d'ambition personnelle. Ce fut ordinairement après avoir remporté l'avantage dans une guerre où toutes les apparences de la justice étaient de leur côté, que les comtes imposèrent pour condition de la paix la cession de prérogatives qui n'appartenaient pas à la personne du prélat, mais à son Église. Telle fut l'origine et le terme fatal de cette spoliation; et là se manifestaient ouvertement les vues ultérieures du pouvoir séculier. Le Maine voyait, pour ainsi dire, se reproduire sur son petit théâtre les grandes scènes qui tenaient alors même le monde en suspens : la rivalité du sacerdoce et de l'empire. Au reste, ce que l'on vit au Mans se répéta avec des circonstances presque identiques dans toutes les villes où l'Église était investie du droit de monnayage. Après avoir soutenu dans la plupart des lieux une lutte assez vive, on vit les chefs des Églises entrer en accommodement avec leurs parties et céder des attributions que le temps et la force des choses devaient virtuellement abroger. Ce qu'il y eut de particulier au Mans, ce fut la complication

introduite par les intérêts de famille. Souvent ils purent taire disparaître les véritables causes de la rivalité, et donner en même temps au conflit quelque chose de plus tenace.

Dans le plus grand nombre des villes , les évoques ou les abbés composèrent avec les seigneurs laïques et conservèrent une partie plus ou moins notable de la monnaie locale; mais quelques prélats se trouvèrent réduits à en céder entièrement la fabrication au comte ; seulement ils stipulèrent que celui-ci serait obligé de conserver les signes de l'évêque, qui continuait de jouir d'une certaine portion des avantages réels du monnayage.

Avesgaud se trouvait vaincu après une double guerre; ses plus fortes places avaient été obligées de se rendre à la discrétion du vainqueur; sa famille était humiliée et affaiblie par de grands revers, lorsqu'il entra en accommodement avec le comte Herbert Éveille-Chien au sujet de la monnaie du Maine; il se voyait réduit à accepter les conditions que ce prince voudrait lui imposer. Elles furent les plus dures de toutes : la monnaie de notre province fut désormais mixte, portant à ['avers le monogramme du comte avec la légende Cornes Cenomanensis , et au réveils la croix, le plus souvent cantonnée de l'alpha et de l'oméga, et toujours entourée de l'exergue caractéristique Signum Dei vivi. Ainsi l'Église du Mans fut dépouillée du privilège qu'elle avait reçu des rois mérovingiens, et dont elle avait joui durant de longs siècles, en témoignage de la vénération inspirée à ces monarques par la sainteté de l'églisemère du diocèse. Les érudits placent rémission des premiers deniers de nature mixte, baronale ou féodale d'un côté, épiscopale ou ecclésiastique de l'autre, à l'an 1030 ou environ , époque de la reddition de la Ferté-Bernard et du traité de pacification entre l'évèque Avesgaud et le comte Herbert Éveille-Chien.

Quoique privée de l'une de ses plus belles prérogatives, l'Église du Mans dut se consoler jusqu'à un certain point par la paix qui fut le résultat de ce sacrifice. Les hostilités ne tardèrent pas à se réveiller sur d'autres points en litige;

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mais les conventions établies au sujet de la monnaie demeurèrent stables. Sous l'évêque Gervai§, dont les rivalite's avec le comte Herbert 11 lurent si vivement poussées, la monnaie frappée dans le Maine conserva constamment les signes des deux autorités. Pendant l'espace de plus de deux siècles , la monnaie mançaise ne subit aucune altération sensible dans le type , le poids ni l'aloi. Forgée dès l'origine dans d'excellentes conditions, elle fut prompte ment adoptée par les populations, et dès le commencement du xinc siècle elle avait acquis une telle popularité, qu'elle inondait, pour ainsi dire , non-seulement le Maine, mais encore la Normandie, la Bretagne et jusqu'au Poitou. On a même observé qu'elle était plus répandue en Normandie que la monnaie normande elle-même (I).

Si l'ambition séculière dépouillait quelquefois l'Église d'une partie de ses droits, il lui en restait d'autres que personne ne songeait à lui disputer. Le rôle que les évêques remplirent dans les jugements et autres actes publics qui semblaient purement séculiers , devint de jour en jour plus fréquent. Il semble une suite de la constitution de l'état social alors en vigueur. On en voit un exemple mémorable sous l'épiscopat d'Avesgaud. En 1002, ce prélat rendit une charte par laquelle il réglait les conditions matrimoniales pour l'alliance contractée par Mathilde , fille d'Herbert, seigneur de Mont- Jean (2). La suite de ces récits fera connaître beaucoup d'autres droits et honneurs féodaux attachés au siège épiscopal du Mans ; nous ne pourrions nous arrêter à en faire lenumération

(I) Francisque Michel, notes sur la Chronique des ducs de Normandie par Jean, moine de Marmoutier, 3 vol. in-4°. — Hucber, Monnaies du Maine. — Barthélémy, Manuel de Numismatique du moyen âge. — Revue numismatique , 1848, p. 355 et suiv. — Le chapitre du Mans fit frapper dans la suite des méreaux et des jetons qui méritent d'être étudiés avec autant de soin que les médailles anciennes. Il en reste un petit nombre dans les cabinets des amateurs ; et il est fort à désirer que l'on s'attache à les recueillir dans la suite. Cfr. Anat. Barthélémy, Numismatique moderne y p. xxv.

\± VArt dr vérifier les dates, {. XIII, p. 108.

in. y

âdO HISJG1EE DE L ÉGLISE DU MAI* S.

ici, sans nous étendre au delà des limitas qui nous sont prescrites.

En même temps que Je domaine féodal des cvèques s'établissait en la manière que l'on vient de voir, celui des chanoines se constituait aussi de son côté tel à peu près qu'il exista jusqu'à la fin du xvme siècle. Ainsi le chapitre possédait dès le XIe siècle la baronnie de Courgenard; les chàtellenies d'Assé-le-Béranger et de Gonnerré; les seigneuries d'Allonnes , Asnières , Bannes-sur-le-Loir, la Bosse, la Chapelle-Saint-Aubin, Saint-Georges-du-Plain, Grazay, Gréez ou Notre-Dame-de-Gréez , Saint-Maixent, Montenay, Mont -Renault, Mulsanne, Panon, ParignérÉvèque, Pruillé-le-Ghétif, Saint-Quentin, Trangé, Laignéen-Belin, et la seigneurie de Saint-Denys de Sable, qui fut aliénée dans les derniers temps (1).

L'école attachée à la cathédrale fut du nombre des établissements qui se soutinrent avec éclat pendant l'épiscopat d'Avesgaud, et elle commença dès lors à mériter la grande renommée qu'elle acquit peu d'années après sous Gervais et ses successeurs. Gervais lui-même, l'un des hommes les plus éminents de son temps pour la science, y fut formé aux lettres. Ursio, frère de Gervais, et par conséquent neveu d'Avesgaud, acquit dans cette même école les connaissances qui l'élevèrent plus tard aux dignités de chancelier de France et d'évêque de Senlis (2). Mais ces deux frères ne furent pas les seuls hommes distingués qui sortirent de cette école; nous en signalerons plusieurs qui ont acquis des titres à la renommée en différentes manières. En effet, des documents anciens permettent de croire que l'enseignement y comprenait presque toutes les branches des connaissances humaines. On y

(1) Cauvin , Géographie ancienne du diocèse du Mans , p. 634 et passim. — Armoiries de l'Église du Mans : D'azur, semé alternativement de fleurs de lis d'or et de clefs d'argent. Le sceau du chapitre portait : D'azur, semé de fleurs de lis d'or, à trois clefs d'argent posées 2 et 1 , les deux premières adossées.

(2) Gallia christiana, t. VIT, col. 228, 229.

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