INTRODUCTION. CXXIII
par Dom Liron. Nous excepterons cependant les épiscopats de saint Liboire, saint Victor et saint Victorius 1er, pour lesquels nous proposons d'autres dates que celles assignées par ce savant. Au reste, nous devons faire observer que jusqu'à l'époque de la mort de Thuribe II, c'est-à-dire jusqu'à l'an 497, nos annales ne fournissent que des dates approximatives, et l'on peut toujours, appuyé sur des raisons probables, faire remonter ou descendre de quelques années celles qui marquent le commencement et la fin de chacun des épiscopats qui précèdent. Voici donc la chronologie à laquelle nous croyons devoir nous arrêter :
S. JULIEN. . . . \ fin du premier S. THURIBE. . . > et commencement
S. Pavace.. . . ) dllIie siècle-
Longue lacune dans la liste de nos Evêques.
S. Liboibe. . . 348—390
S. Victor . . . 390—422
S. Victorius 1er . 422—490
S. Thuribe II . . 490—497
S. Principe. . . 497—511
S. Victorius II . 511—530
Le B. Sévèrien . 530—532
S. Innocent. . . 532—543
Scienfroy . . . 543 — 560
S. Domnole. . . 560 — 581
Badégisile. . . 581 — 586
S. Bertrand . . 586—623
S. Hadouin. . . 623—654
S. Béraibe Ier. . 654—670
Le V. Aiglibert . 670 — 705
Béraire II. . . 705—710
Hehlemond 1er, , 710—724
CXXIV INTRODUCTION
Notre liste, comme Ton voit, est plus complète que celle qui se lit en tête des Gestes des Evêques du Mans, et qui a servi de guide au compilateur de ce recueil. Nous devons donc justifier les additions que nous avons cru devoir faire d'après Dom Liron. On a vu précédemment comment la liste de nos Evêques fut dressée au ixe siècle, d'après les diptyques sacrés, et comment on chercha dans les légendes des offices divins la matière des récits qui composent le Pontifical du Mans. Ce fait incontestable indique déjà que ces listes ne sauraient être sans quelques lacunes. Dans les premiers siècles, aussi bien que de nos jours, tout évêque n'était pas susceptible d'être honoré d'un culte religieux, par cela seul qu'il avait gouverné une Eglise; il suit de ià que les noms de tous les prélats ne devaient pas se trouver sur les sacrés diptyques.
Deux monuments d'une grande autorité, V Histoire ecclésiastique des Francs, par saint Grégoire de Tours, et la Légende de saint Mélaine, écrite par un contemporain, nous fournissent des détails sur deux evêques du Mans dont le Pontifical ne reproduit pas même les noms, Badégisile et Victorius II. Nous dirons la même chose relativement à l'épiscopat de Scienfroy, qui ne nous est connu d'une manière bien positive que par l'histoire de saint Maur, écrite par Fauste.
D'autres que nous ont senti la nécessité de compléter la liste des Evêques du Mans, et de ne pas s'en tenir rigoureusement à celle que présente le Pontifical. Nous avons rencontré, parmi les manuscrits de Dom Housseau, deux catalogues différents des Evêques du Mans, copiés sur un manuscrit du commencement du xme siècle.
Nous allons rapporter ces deux pièces, qui n'ont pas encore été publiées.
INTRODUCTION. CXXV
S. Julianus,
S. Turibius,
S. Pavatius,
S. Liborius,
S. Victurus,
S. Victurius,
S. Principius,
S. Innocens,
S. Domnolus,
S. Bardegisilus, (sic.)
S. Bertrannus,
S. Hardoindus,
S. Berarius,
Aiglibertus,
Herlemundus,
Odingus,
Merolus,
Josepb,
Franco,
Franco,
Aldricus.
Le reste jusqu'à Févêque Maurice est en tout conforme aux autres listes. Le second catalogue qui se rapporte au même temps, est beaucoup plus important. Le voici :
S. Julianus, S. Turibius, S. Pavatius, S. Liborius, S. Victurus, S. Victurius, S. Severius, (sic.) S. Innocens, S. Domnolus, S. Hadoindus,
OXXVI INTRODUCTION.
S. Berarius,
S. Badegisilus, (sic.)
S. Bertigrannus,
S. Aiglibertus, (sic.)
S. Berarius,
Herlemundus,
Odingus,
Merolus,
Joseph,
Franco,
Franco,
Aldricus (1).
Ainsi, dès le xme siècle, on reconnaissait deux évoques du nom de Béraire et un du nom de Sévérien. Nous montrerons tout-à-l'heure qu'il y a lieu de faire encore d'autres additions au catalogue donné par les Gestes des Evêques du Mans; mais il faut d'abord nous arrêter un instant sur deux personnages que quelques uns ont rangé parmi nos Evêques.
Plusieurs historiens et hagiographes, s'appuyant sur les plus anciens titres de l'Eglise de Paderborn^ parlent d'un saint personnage nommé Gondanisolus, auquel ils donnent les qualités d'évêque et de confesseur. Son nom accompagne ceux des evêques Thuribe, Pavace et Liboire, et se trouve absolument sur la même ligne. Un seul historien, mais qui est d'une grave autorité, parlant de la translation des reliques de saint Liboire à Paderborn, dit que l'on transporta en même temps les restes vénérés de saint Valerinus (2). Dom Bondonnet fait ob-
(i) Bibliothèque nationale, Manuscrits de Dom Housseau, cart. xxvni6.
(2) Acta Sanctorum,ad diem xxmjulii, de sancto Liborio, Commentarius prœvius, cap. iv. — Dom Bondonnet, Vies des Evêques du Mans, pag. 100, 712.
IiNÏRODUCTlON. CXXVII
server que le récit de la translation des reliques de saint Liboire rapporte que plusieurs saints évêques du Mans reposaient près de la tombe du même saint (1). Il fait encore remarquer que les noms de Gondanisolus et de Yalerinus se trouvent constamment unis, sur d'autres monuments de l'Eglise de Paderborn, à ceux des saints évêques Thuribe, Pavace et Liboire, d'où il conclut, et l'auteur des Pohjptiqiies de V Eglise du Mans (2) après lui, que Gondanisolus et Yalerinus ont dû gouverner l'Eglise du Mans pendant cette longue suite d'années qui s'écoula entre l'épiscopat de saint Pavace et celui de saint Liboire, et sur laquelle nous ne possédons aucun monument.
Peut-être est-il permis d'être moins affirmatif que ces auteurs. Les autorités que rapporte Bollandus, et après lui Bondonnet, suffisent pour prouver que Gondanisolus et Valerinus illustrèrent l'Eglise du Mans par leur sainteté, à une époque qui se rapproche des épiscopals de saint Pavace et de saint Liboire; elles peuvent même prouver incontestablement que Gondanisolus appartenait à la hiérarchie ecclésiastique, mais on ne saurait démontrer, à l'aide de ces documents, qu'il ait été évèque. Pour Yalerinus, une probabilité assez forte porte à croire qu'il a vécu aussi dans les rangs du sacerdoce; mais l'évidence est encore moins possible à son égard. Aussi voyons-nous que le chapitre de Saint-Pierre-dela-Coui , qui faisait mémoire dans l'office divin, au huit de mai, des saints Gondanisolus et Yalerinus, les honorait comme confesseurs, sans ajouter la qualité de pon-
(i) Erant aulera in codem loco aliorum quoque membra Sanctorum, in sarcopliagis honeste reconditorum, maxime Episcoporum civitatisillius. — Trunslatio sancti Liborii, cap. iv, num. 12.
(ï) Tom. i, pag. 22-2.
CXXVIIi INTRODUCTION.
tifes. De môme, dans l'Eglise de Paris, ou au moins dans certaines églises de ce diocèse, on faisait mémoire de la translation des reliques de saint Liboire, de saint Gondanisolus et de saint Valerinus, confesseurs au Mans, mais on ne spécifiait point que ces deux derniers eussent été revêtus du caractère épiscopal (1).
Il faut remarquer aussi que le mot latin Episcopus n'a pas toujours été pris dans l'acception rigoureuse qu'il a reçue plus tard; Dom Mabillon, Du Gange, Dom Baechini, Grandidier et beaucoup d'autres écrivains ont prouvé que ce nom s'est appliqué non seulement aux évèques proprement dits, mais encore aux prêtres et même aux diacres. D'ailleurs, il y avait des évêques, pour ainsi dire, de plus d'une espèce : les évêques régionnaires , les évêques des monastères , les évêques de la campagne ou chorévêques. Ce nom d' Episcopus s'est donné aussi plus d'une fois aux abbés de divers monastères, et aux moines qui annonçaient l'Evangile(2).
Nous ajouterons encore une observation. La plupart des exemples cités par les auteurs que nous avons désignés appartiennent à l'Allemagne, et sont tirés d'ouvrages écrits du vue au xe siècle; or les historiens et les hagiographes qui parlent des saints Gondanisolus et Valerinus sont des Allemands, et les monuments sur
(1) Proprium Sanctorum Ecclesiœ regalis Sancil-Petrl-de-Curia etc., pag. 180. MS. de la fabrique de Saint-Benoit.
(2) Dom Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B., Prœf. in secul. m, num. 33. — Annales Ordinis sancti Benedicti, tom. i, pag. 392; tom. it, pag. 59, 235. — DuCange, Glossarium,xerh. Episcopus. — DomBacchiui, de Ecclesiastlcœ Hierarchiœ Originlbus. pag. 260. — Dom Tassin, Nouveau traité de Diplomatique, tom. v, pag. 424. — Grandidier, Histoire de l'Eglise de Strasbourg, tom. i, pag. 174.— Fleury, Histoire ecclésiastique, tom. ix, pag. 498. — M. Quantin, Dictionnaire raisonné de Diplomatique chrétienne, col. 446.
INTRODUCTION. CXXtX
lesquels ils établissent leurs récits sont du ixe siècle. Ne doit-on pas conclure que le mot Episcopus, dans les écrits de ces auteurs, peut n'avoir pas la même signification que nous sommes accoutumés de lui donner aujourd'hui?
Les autres additions que l'on a faites à la liste des Eveques du Mans ne reposent pas sur un fondement aussi faible; il sera facile de le démontrer.
1° On rencontre dans les monuments anciens, qui parlent de saint Victor et de saint Victorius 1er, une grande variété au sujet des noms donnés à ces deux saints personnages. Souvent leurs noms sont confondus; ce qui a fait attribuer à l'un les actions qui appartiennent à l'autre.
Baron ius a été trompé par cet embarras d'appellation, et de ces deux personnages n'en a fait qu'un seul. Dom Briant nous apprend que Tillemont, Dom Claude de Vert et l'abbé Chastelain furent consultés par M. de Tressan, évêque du Mans, au moment où il faisait travailler à un nouveau Bréviaire, sur les noms véritables de ces deux saints prélats, et que l'on s'accorda à reconnaître qu'ils ne devaient point être distingués l'un de l'autre. De son côté, Tillemont, dans ses Mémoires (1), rie semble pas non plus reconnaître une distinction entré Victor, cinquième évêque du Mans, et Victorius, son successeur. Mais les deux notes que ce savant a consacrées à l'histoire de nos premiers Evêques, sont une preuve de la facilité avec laquelle il s'en rapportait aux assertions systématiques du docteur de Launoy, sans examiner toujours par lui-même les monuments dont il parle. Pour nous, en distinguant ces deux saints prélats, nous suivons non seulement tous les catalo-
(i) Tom. iv,pag. 730.
CXXX [ÂÎRODtîCfaON.
gués de nos Evoques; mais enoore des légendes anciennes et respectables, et enfin le testament de saint Bertrand.
2° Nous avons placé dans la liste des Evèques de notre Eglise un Thuribc II, entre saint Victorius Ier et saint Principe, c'est-à-dire de 490 à 497. Cette addition est fondée sur les Gestes des Evêques du Mans, qui ne par- Jent, il est vrai, que d'un seul évêque du nom de Thuribe, mais qui fixent sa mort à la seconde année après le consulat de Viator : Obiit xvi kal. maias, P. C. Viatoris ii, V. C, c'est-à-dire Anno secundo post consulatum Vialoris Viri Clarissimi. On ne connaît point d'autre Viator consul que celui qui le fut seul en l'an 495. Les dates les plus authentiques de l'histoire sont celles des consuls, et celle-ci vient probablement des monuments anciens et originaux de l'Eglise du Mans, suivant la remarque de Tillemont. Si l'on s'arrête à cette date et que d'ailleurs on ne veuille pas reconnaître un second Thuribe, il faudra renverser l'ordre assigné à nos Evêques et mettre Thuribe après le sixième de ces prélats. « Cece pendant, dit Tillemont, il est toujours fâcheux de « changer l'ordre des prélats d'une Eglise; c'est souvent « tout ce que les archives peuvent nous offirir de plus « certain. Cet ordre est même particulièrement à con- « server dans l'Eglise du Mans, où il est au moins « établi sur des monuments du ixe siècle. » Ajoutons qu'une partie des actions attribuées à saint Thuribe Ier par sa légende semble plus conforme aux mœurs de l'Eglise de la fin du ve siècle, temps auquel a vécu Thuribe II.
3° Les Gestes de saint Innocent ont souffert une altération dans leur commencement par l'ignorance ou la négligence des copistes; il est impossible d'en comprendre le texte, si on ne lui fait subir quelques rectifications
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que l'ensemble du passage indique clairement. Dom Liron s'est occupé de ce travail, et en a fait l'objet d'une dissertation spéciale imprimée à la suite de son Nouveau Catalogue des Evêques du Mans. Ce savant commence par démontrer que Corvaisier et Bondonnet se sont jetés dans des embarras inextricables, en cherchant à expliquer le texte des Gestes de saint Innocent, sans recourir aux corrections qu'il propose, puis il ajoute : ce Puisce que ces auteurs sont tombés dans des erreurs si consia dérables, il faut dire nécessairement que le texte des ce Actes est altéré. Ainsi il faut commencer par le rectice fier : Domnus lnnocens, natione Gallus, Genomanicae « urbis episcopus, successorque prœnominati beati Se- « veriani, successoris videlicet Domni Victorii prrefixa? ce urbis episcopi, qui et a fonte (baptismali) eu m susce- « pit, et eu m in filium sibi adoptavit, seu fideliler et pie <c docuit et enutrivit, atque eum instruendo et sublecc vando in aliquibus sacris sacerdotii gradibus pro- « vehendo ordinavit et sublimavit. Cujus meritis atque ce eruditionibus, licet non statim, tamen annuente Doce mino, post obitum prœdicti Severiani, in sede patrini a Biii Victorii, et in ejus loco subrogari atque episcopus « sacrari meruit. lpse namque post beati viri Severiani « antecessoris sui transitum, matrem civitatis ecclece siam... amplificare atque ornarestuduit. »
«On voit, ajoute Dom Liron, que je fais très peu de ce changements, et que ces changements, qui sont absoluce ment nécessaires, sont fondés sur les Actes. Le B. Sécc vérien, n'y est nommé qu'une fois, je l'ai ajouté deux ce autres fois, parce que le nom, qui n'est pas marqué dans ce ces deux endroits, est manifestement le même qui est ce marqué dans l'autre. Je dis que ces petits changements ce sont nécessaires; car 1° sans cela il n'y a point de sens ec dans le texte des Actes; 2° ce qui suit : lpse namque post
CXXXII INTRODl'CTJOS.
«beati viri Sevcriani antccessoris mi transitum etc., « oblige nécessairement à ajouter auparavant ce nom où « il n'est pas, puisqu'il n'a été omis que par l'ignorance « du compilateur ou des copistes ; ces mots ayant un « rapport visible au même nom, qui ne se trouve plus « aujourd'hui dans les manuscrits. Ces deux omissions .< du nom de Sévérien rétablies, tout est clair et suivi. a L'auteur des Actes, qui nous fait connaître un saint «Sévérien, prédécesseur immédiat de saint Innocent, « ne nous fait pas connaître moins clairement saint Vic- « torius; car il nous apprend qu'il a été le prédécesseur « immédiat du bienheureux Sévérien. »
Ajoutons a ces conclusions, puisées dans la Dissertation de Dom Liron, que l'un des catalogues du xnie siècle rapportés plus haut, nomme le bienheureux Sévérien comme prédécesseur immédiat de saint Innocent. Quant à Yictorius 11, les Actes de saint Mélaine, évêque de Rennes, Actes que Duchesne attribue à un auteur contemporain, et d'autres, avec plus de raison, à un écrivain moins ancien, mais cependant digne de foi, parlent d'un Victor ou Victorius, évêque du Mans, qui eut plusieurs fois des relations avec le saint évêque de Rennes. Or, il est impossible de faire cadrer ces faits avec les données que nous avons sur la vie de saint Yictorius Ier. Pour supposer qu'il eût survécu à saint Mélaine, il faudrait nécessairement lui accorder une existence d'une longueur vraiment fabuleuse (1).
3° Dom Liron, Dom Briant, Dom Bouquet, Dom Colomb et d'autres auteurs graves mettent Scienfroy au nombre des Evêques du Mans. Plusieurs, comme Dom Bondonnet, le P. LeCointe et le P. Papebrock, le regar-
(I) Voyez Gallia Christiona, tom. xi, col? 864.