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ÉPISCOPAT DE SAINT JULIEN. — PREMIER SIÈCLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE

Mission de saint Julien. — Aspect du Maine à cette époque. — Premiers travaux de saint Julien. — La fontaine Saint-Julien. — Conversion du Défenseur. — Origine de la cathédrale. — Basilique des Apôtres, — Missions dans les campagnes. — Miracles. — Organisation de l'Eglise. — Origine de Técole catéchismale. — Retraite de saint Julien. — Sa mort. — Ses funérailles. —Eglises fondées par saint Julien.

L'Eglise du Mans, dont nous entreprenons d'écrire l'histoire, doit sa première origine aux travaux de (rois hommes apostoliques, saint Julien, saint Thuribe et saint Pavace. L'Espril-Saint qui conduisit, clés l'aurore du Christianisme, les hérauts de la bonne nouvelle dans les contrées les plus éloignées, dirigea vers la nation des Cénomans ces fidèles missionnaires, aux jours où la lumière admirable de l'Evangile commença à se répandre au milieu des ténèbres qui couvraient le monde.

Le chePde cette pieuse troupe, Julianus, que l'Eglise universelle honore aujourd'hui sous le nom de saint Julien, était né à Rome, au sein d'une famille palricienne, et il avait reçu de bonne heure les enseignements de la foi, en même temps que cette éducation libérale et polie que l'on donnait à cette époque à la jeunesse romaine, et que les Pères de l'Eglise recommandaient comme une préparation convenable à la semence évangélique. Cette instruction précoce porta ses fruits, et les monuments s'accordent à célébrer l'éloquence et les discours pleins de science et de sagesse de notre premier évêque.

Julien reçut à Rome, des mains de saint Clément, l'onction qui lui conférait la plénitude du sacerdoce et qui devait féconder son zèle; et il se dirigea vers la Gaule, lieu de sa mission, pour y répandre la parole évangélique. Les deux compagnons de ses travaux n'étaient point revêtus du caractère épiscopal; Thuribe, qui devint son successeur immédiat, apparaît pendant Tépiscopat de saint Julien, honoré seulement du sacerdoce, et Pavace, qui à son tour gouverna l'Eglise naissante des Cénomans, ne paraît pas, pendant toute la durée de ce temps, avoir été élevé au-dessus du diaconat. Ainsi ils étaient soumis à Julien et devaient travailler sous ses ordres.

Julien et ses deux compagnons traversèrent la Gaule dans presque toute son étendue, et vinrent jusque dans les contrées plus reculées de l'Armorique, trouver les Cénomans vers lesquels l'ordre exprès du Pontife suprême, les conduisait.

Ce peuple, célèbre alors à Rome et dans toute l'Italie, par la place importante qu'il tenait dans les Gaules, et plus encore par les colonies qu'il avait établies au-delà des Alpes, occupait un vaste pays, couvert en grande partie de forêts, Soumis depuis environ un siècle, comme le reste de la Gaule, par les légions romaines, il s'était peu laissé atteindre par la civilisation latine et avait conservé ses mœurs, sa religion et sa haine pour les maîtres du monde. Cependant là, comme partout alors, on voyait des hommes qui avaient

adopté les habitudes et le langage des Romains; mais ils habitaient de préférence la cité qui servait de résidence aux officiers de l'empire, ou quelques domaines épars dans les plus agréables sites de la province. Le reste de la population élait demeuré dans sa rusticité première, comme le repro chait près de trois siècles plus tard aux Gaulois l'empereur Julien l'Apostat (1).

Le pays ainsi occupé par deux peuples distincts et de mœurs fortement tranchées présentait u n aspect singulier : de longues voies militaires, construites par les soldats romains commençaient à se dérouler en divers sens par toute la contrée; la plus grande partie devait êlre alors en état de construction; plusieurs venaient se croiser dans la ville capitale connue encore à cette époque sous le nom antique de Suindinum. Cette cité, qui était à la fois une forteresse, n'occupait qu'une petite partie de l'espace compris aujourd'hui dans la circonscription de la ville du Mans. Située dans la partie la plus élevée de la ville actuelle, elle commandait du haut de ses remparts à tout un vaste pays. Gomme dans les autres cités importantes de la Gaule à celle époque, on commençait à y voir tout le luxe des colonies venues d'Italie; les plus beaux monuments de l'architecture grecque et romaine, servaient de temples aux dieux et de demeures aux gouverneurs, aux sénateurs de la cité, à tous les riches gallo-romains. D'autres édifices avaient été élevés pour des gymnases, des thermes, des basiliques. En dehors des murs, au midi de la cité, on voyait un amphithéâtre et à l'orient un aqueduc. Tel était à peu près l'aspect qu'avait pris l'ancienne capitale desCénomans, par les mains des soldats légionnaires et des nombreux esclaves dont disposait tout romain d'une fortune un peu opulente, lorsque les premiers apôtres de notre foi vinrent y apporter les lumières de l'Evangile.

Mais les Romains, qui exécutaient tant de choses belles et grandes à beaucoup d'égards, s'efforçaient systématiquement de détruire l'ancienne liberté de ce peuple et sa religion, pour

(1) HÊisopogoU.

y substituer le culte plus impur encore de leurs fausses divinités. Gomme les Romains étaient plus nombreux et leur influence plus forte dans la ville que dans le reste du pays, on ne peut douter que nos apôlres n'aient eu à combattre, surtoutdanslacilé, le polythéisme gréco-romain, tandis qu'ils rencontrèrent dans les campagnes le culte d'Hésus et l'influence des Druides.

Arrivés sous les remparts de notre ville, au sein de laquelle ils voulaieut commencer leur mission, selon l'exemple des apôtres qui recherchaient les plus grands centres de population, pour annoncer l'Evangile à un plus grand nombre de personnes à la fois, Julien et ses deux disciples trouvèrent les portes fermées et une garde sévère veillant pour ne laisser entrer aucun étranger. En ce moment même, les habitants avaient à craindre quelque surprise, car la ville était en guerre avec des voisins et semblait se mettre en garde contre un coup de main (1).

Ne pouvant remplir tout aussitôt dans la ville le but de sa mission, Julien commença à prêcher dans les campagnes. Il habita quelque temps près des murs de la cité, sous une de ces humbles demeures que se construisaient les Gaulois; les deux compagnons de ses travaux apostoliques se répandaient aussi en même temps dans le pays, recherchant les pauvres idolâtres et leur annonçant le vrai Dieu. Nos apôtres éprouvèrent dans ces premiers travaux beaucoup de difficultés et de grandes contradictions. Cependant, malgré les persécutions, ils parvinrent à faire quelques prosélytes; ils les instruisirent de la doctrine évangélique et enfin les régénérèrent par le baptême.

(1) Propter vicinos œmulos. Les hostilités entre les diverses nations des Gaules devaient être fréquentes, même sous le régime de la conquête romaine; les cités gauloises conservaient une armée municipale, et elles se faisaient quelquefois la guerre entre elles, sans que leurs dominateurs s'en mêlassent. — L'abbé Dubos, Histoire critique de l'établissement de la Monarchie, tom. i, pag. 23. — Il pourrait se faire aussi que les ennemis voisins, dont parle notre vieil historien, fussent les populations des campagnes soulevées contre les magistrats romains.

Mais Julien cherchait toujours une occasion favorable pour pénétrer dans les murs de la ville, espérant y produire des fruits plus abondants. Il songea d'abord à attirer les bénédictions du ciel sur sa nouvelle entreprise par la pénitence et les austérités. A cet effet, il se livra tout entier, dans la cabane qui lui servait de demeure, à la prière et aux larmes (1). Enfin, il crut le moment arrivé d'entrer dans la cité, et Dieu lui en ouvrit les portes par un prodige.

La ville n'avait pas d'eau; peut-être l'aqueduc que construisirent les Romains n'existait-il pas encore; saint Julien saisit cette occasion pour se ménager une entrée favorable. Jugeant le moment propice et profitant d'une réunion nombreuse d'habitants de la cité en dehors d'une des principales portes, il se présente à eux, leur annonce Jésus-Christ, leur fait connaître sa doctrine et promet, pour preuve de la vérité de ses discours, un prodige éclatant; ensuite il enfonce son bâton dans le sol et se mettant à genoux au milieu de la foule, il adressée Dieu cette prière : « Seigneur, notre Dieu, qui « jadis au désert avez étanché la soif de votre peuple en faio sant jaillir de l'eau d'un rocher, prêtez maintenant l'oreille « à notre prière : nous sommes vos serviteurs; ouvrez le tréa sor de votre miséricorde et ordonnez qu'une fontaine d'eau « vive perce la dureté de ce sol, afin que ceux qui sont ici « présents connaissent que vous êtes le vrai Dieu, qui avez « envoyé dans la plénitude des siècles votre fils dans le « monde, pour introduire dans la véritable terre de pro- « mission ceux qui croient en vous (2). »

(1) Porro idem venerabilis vir, extra urbem parvo tectus bospitio, diu noctuque in sancto perstabat proposito, vix ullam sui curam habens corporis, totum se eorum impendens saluti quos dœmonico nitebatur subducere errori. — Acta Sanctorum, ad diem xxvn januarii. — Letbaldus, Vita sancti Juliani, cap. i, num. 7.

Hic... antequam in ipsam nrbem intraret, prociil tamen ab nrbc, nire rens et tristis in quodam sedebat loco. — Gesta Domni Juliani.

(2) Vir Dei adlocum, quem aptum credidit, acccdcns, cnspidem baculi, quemmanu gestabat, humi defigens, cunctis audientibus dixit : Domine Dens nostcr, qui sitienti populo tuo in eremo de dura silice potum tri-

Julien fit celte prière avec une foi vive et un ardent désir de voir la conversion de ce peuple qui accourait de plus en plus nombreux autour de lui; aussi sa demande fut exaucée sur-le-champ: la terre s'enlr'ouvril et laissa couler une eau limpide et abondante dans ces lieux où elle était naturellement si rare (1).

Bientôt le bruit de ce qui venait de se passer fut porté dans tous les quartiers de la ville, on accourut en foule pour êlre témoin du prodige. On admira d'abord en silence, puis Ton poussa des cris de joie, et dans la suite l'on donna à la fontaine le nom de CeNTONOMius,pour perpétuer la mémoire de son origine merveilleuse (2).

Celle fontaine coule toujours à la même place où la prière

buisti, adesto et nobis famulis tuis et aperi thesaurum tuœ pietatis, et jubc nobis de duritia hujus telluris ministrari fontem aquœ viventis ut cognoscant présentes, quia tu es verus Deus, qui in fine seculorum misisti filium tuum in mundum, ut credentes in te ad veram introduceret repromissionis terram. — Letbaldus, ibid., num. 8.

Mox vero ipse surgens fixit baculum in terram, quem manu tenebat. quem etiamabeato Clémente in sua ordinatione perceperat... — Gesta Domni Juliani.

(1) Ce miraele arriva dans un lieu qui est à 300 mètres environ de l'endroit que l'on peut, avec vraisemblance, assigner à l'une des principales portes de la cité d'alors. En creusant, il y a quelques années, pour un puits artésien, dans la direction du même vallon, à quelques hectomètres de là, on a pu s'assurer que ce terrain manquait de sources d'eau, étant composé d'une argile épaisse, qui en est ordinairement dépourvue. — Polyptiques de l'Eglise du Mans, tom. i, pag. 48.

(2) Les manuscrits les plus anciens donnent à cette fontaine le nom de Centonomius ; quelques uns portent au contraire Sancti-Nomiits; il y a peut-être altération dans l'une et l'autre de ces variantes, mais la dernière nous semble préférable à la première; le nom de Nomios se trouve appliqué dans un sens à peu près semblable, par la mythologie grecque, à Apollon, bienfaiteur des hommes. On pourrait alors traduire ce nom en notre langue par cette expression équivalente : le Bienfait du saint Père. — Nous ne savons sur quelle autorité, des auteurs modernes se sont appuyés pour dire que cette source avait servi de fontaine baptismale à saint Julien, pour régénérer les premiers néophytes de la foi chrétienne; on ne peut donner à cette opinion d'autre valeur que celle d'une conjec-

ure gratuite, et même contredite par les usages liturgiques de l'antiquité.

du saint apôtre la fit jaillir, et elle porte aujourd'hui le nom de fontaine Saint-Julien. On la montre sur la place de l'Eperon, située en renfoncement dans le mur d'un édifice public; elle est décorée d'un bas-relief, représentant le miracle de son origine. On y voit le saint évèque en habits pontificaux, faisant jaillir une source du rocher, en le frappant de son bâton pastoral. Sur le bas-relTef qui nous occupe, et dans la plupart des représentations de ce miracle, jusque sur des monnaies de la province, sur les sceaux et contre- sceaux des évêques et du chapitre (1), on voit aux pieds du saint Pontife une jeune fille remplissant un vase de l'eau miraculeuse qui commence à couler. De cette idée, adoptée et reproduite par lesarlistes, est venue l'erreur de plusieurs historiens qui disent que saint Julien fit son premier miracle en présence d'une seule femme, qui courut ensuite l'annoncer dans la ville. Cette circonstance n'a aucun fondement dans l'histoire, le saint évêque opéra ce miracle en présence d'une foule de peuple accouru autour de lui, comme le disent les anciens Actes.

Cependant le bruit du prodige opéré par Julien se répand de plus en plus dans la ville; il concilie au thaumaturge celte sorte de respect qu'inspire toujours un homme doué d'une puissance inattendue et incompréhensible. On le conduit avec empressement dans la cité, les esprits sont tous disposés à l'entendre. Mais la doctrine qu'il prêchait, ne plut pas à tous ceux qui l'entendirent; plus d'un incrédule, plus d'un contradicteur, effrayés surtout des conséquences pratiques qu'elle entraîne, résistèrent aux efforts de l'apôtre. Quelques uns embrassèrent le nouvel enseignement, mais d'autres le traitèrent de folie, et le saint missionnaire dut dévorer d'amères ignominies. Parmi la foule qui était accourue auprès de lui, plusieurs étaient venus attirés parla curiosité, comme vers l'un de ces sophistes voyageurs et diserts qui commençaient alors à parcourir les cités de l'empire. Beaucoup avaient été amenés près de lui par le récit du prodige qu'il avait opéré à son entrée dans la ville : mais, quand ils connurent les vé-

(1) M. Hucher, Monnaies du Maine, pag. 726, pi. iv, fig. xvi.

rites qu'il annonçait, leurs cœurs lui restèrent fermés. Au reste, il ne paraît pas que les officiers de l'empire qui commandaient dans la cité se soient opposés à l'apôtre; il en fut chez les Cénomans, comme chez la plupart des autres peuples des Gaules pendant le premier siècle de l'ère chrétienne, les prédicateurs de la vérité purent enseigner avec liberté; la vérité profilait du libre champ ouvert à toutes les doctrines d'erreur. On sait d'ailleurs que toutes ces choses dépendaient en grande partie du caractère particulier des gouverneurs, que la police de l'empire laissait une grande liberté aux citoyens comme particuliers, et que, dans les villes soumises même au régime le plus dur, presque toute l'administration intérieure delà cité élait entièrement entre les mains des magistrats municipaux (i).

Les persécutions cependant ne" manquèrent pas à nos apôtres; elles leur vinrent non de la part des magistrats, mais de plusieurs particuliers riches et influents dans la ville, que leurs mœurs molles et corrompues rendaient ennemis de la vérité. Ces épreuves ne purent décourager le zèle de nos missionnaires.

En même temps que Dieu permettait ces persécutions, il préparait aux travaux de son apôtre un succès capable d'en tempérer l'amertume, par la large voie qu'il allait ouvrir à la prédication évangélique. Un magistrat de la cité, le plus populaire de tous, car il avait été élu par le suffrage libre des habitants et choisi parmi les plus considérables et les plus distingués, embrassa des premiers la foi du Christ. Il était delà nation gauloise, ce qui lui donnait avec l'immense majorité de la population des rapports plus intimes, et une action plus puissante que celle des magistrats romains; d'ailleurs les fonctions du défenseur de la cité étaient toutes pour la prolection et la sûreté du peuple, et, quoique les pouvoirs assignés à cette magistrature aient subi des modifications à

fl) Voyez l'abbé Dubos, Histoire critique de l'établissement de la Monarchie, passim; et M. Franz de Champagny, des Césars, et Tableau du Monde romain, passim.

différentes époques, par suite de la jalousie qu'elle inspirait aux officiers romains, elle demeura cependant toujours prépondérante dans l'action municipale, et par l'influence qu'elle donnait à celui qui en était revêtu (t).

Le citoyen que la confiance des Génomans avait appelé à ces hautes fonctions, à l'époque où saint Julien vint annoncer l'Évangile à ce peuple, ayant appris, par le bruit public, la merveille que cet étranger venait d'opérer, le fit inviter à se rendre à son palais. Cette demeure était située dans la partie la plus élevée de la cité, près des remparts, à l'orient et au lieu où l'on voit encore aujourd'hui la cathédrale. En arrivant à la maison de ce magistrat, la divine Providence fournit à Julien l'occasion de prouver par un nouveau prodige la divinité de sa mission II rencontre un aveugle sur son chemin et aussitôt il se sent inspiré du désir de lui rendre la vue. Il s'approche de ce malheureux, invoque sur lui le nom de Jésus-Christ, et l'aveugle se trouve guéri subitement. Le défenseur, instruit de cette nouvelle merveille, accourt audevant de l'homme de Dieu et lui rend toutes sortes d'honneurs.

Julien ne laissa point passer une aussi favorable occasion; il développa devant ce magistrat et toules les personnes qui l'environnaient le sujet de sa mission, et les fondements de la foi divine qu'il enseignait; il fit voir clairement les erreurs du paganisme, et leur opposa la sainteté et les preuves éclatantes du christianisme. Ces instructions achevèrent l'effet que les miracles opérés par Julien avaient commencé à produire; le défenseur fut le premier de sa maison et l'un des premiers de la cité à déclarer hautement qu'il était convaincu de la divinité du nouveau culte, il voulut aussitôt renoncer aux erreurs qu'il avait professées jusqu'alors et embrassa ouvertement la doctrine du Christ. Julien, après les instructions et les préparations nécessaires, lui administra le baptême et continua avec un nouveau zèle à prêcher l'Évangile et à éclairer la foule avide de sa parole.

(1) Voyez la note lre à la lin du volume.

L'exemple des grands est toujours puissant; d'ailleurs, Julien était éloquent et une sainte ardeur de conquérir des âmes à Jésus -Christ le possédait. Ses efforts et ceux deïhuribe et de Pavace, toujours soumis à ses ordres et empressés à le seconder, furent couronnés d'un heureux succès. Bientôt il compta dans le petit troupeau fidèle la femme du défenseur et toute sa famille (1).

Alors un grand nombre de conversions eurent lieu; des personnes appartenant à différentes classes de la société, patriciens, plébéiens, esclaves même, vinrent écouler Julien, et plusieurs apportèrent un cœur docile à ses instructions. Mais il y a beaucoup d'apparence que les premiers néophytes, du moins pour le plus grand nombre, n'étaient pas abondamment pourvus des biens de la fortune. Aussi Julien sentant le besoin d'avoir une maison spécialement consacrée aux assemblées des fidèles et aux cérémonies du culte, s'adressa-t-il au défenseur, non seulement comme au plus zélé des nouveaux chrétiens, mais encore comme au plus riche. Celui-ci s'empressa de mettre à sa disposition la plus vaste salle de son palais, appelée, comme dans toutes les splendides habitations romaines, la basilique. C'était une pièce grande, ornée et commode pour l'usage que Ton voulait en faire; dans les usages antiques, elle servait pour les réceptions d'apparat si fréquentes en ces temps de mœurs somptueuses. Elle était construite d'après le modèle que conservèrent long-temps les premières églises des chrétiens, et le défenseur, en la donnant à Julien, imitait, peut-être sans le savoir, ce que plusieurs riches néophytes firent à Rome et dans diverses contrées de l'empire, à l'origine des églises (2).

Pendant long-temps, comme nous le raconterons dans la suite, l'Eglise-Mère du diocèse demeura sous le glorieux patronage delà sainte Vierge, qu'une ancienne tradition prétend

(1) Il y aune erreur évidente dans les écrivains qui donnent à la femme du défenseur le nom de Goda; ce nom n'appartient à aucune des langues alors en usage dans la Gaule. — Acta Sanctorum jttmï,tom.Hl,pag,8$8. Papebrock, Chronologia Episcoponim Cenomanensium.

(2) Voyez la note 2<> à la fin du volume.

lui avoir été conféré par notre premier apôtre; elle le changea ensuite pour celui des saints martyrs de Milan, Gervais et Protais, eX enfin pour celui de saint Julien lui-même qui, le premier, l'avait consacrée à Dieu Toutefois, elle a conservé à toutes les époques, et jusqu'à nos jours, quelque souvenir et quelque monument de ses anciens patrons; et même, malgré les changements devenus indispensables par le cours des siècles, la basilique que Julien dédia, dans la demeure du défenseur, au culte du vrai Dieu, est toujours demeurée l'Eglise-Mère du diocèse du Mans. Aujourd'hui encore, les successeurs de cet apôtre des Cénomans ont leur chaire au même lieu où il établit d'abord la sienne.

Bientôt après, Julien pensa à préparer un lieu de sépulture particulier pour les nouveaux chrétiens , car ceux que le caractère du Christ avait marqués, ne pouvaient être confondus dans la tombe avec les adorateurs des idoles: d'ailleurs, les coutumes superstitieuses de ceux-ci ne l'eussent pas permis aux chrétiens éclairés. 11 choisit pour cimetière un lieu peu éloigné, mais hors de la ville, selon les prescriptions de la loi romaine, au-delà du cours de la Sarthe, et il le consacra pour recevoir la dépouille mortelle des chrétiens. Afin que la prière veillât toujours près des tombeaux, il éleva à la même place un modeste oratoire en l'honneur des saints apôtres Pierre et Paul, et il le confia plus tard, à un prêtre nommé Zacharie, qui fut, à une époque postérieure encore, remplacé par un autre prêtre nommé Romain, dont nous aurons à parler dans la suite de ces récits. On voit aujourd'hui à la même place qu'occupaient cet oratoire et ce cimetière, l'antique église abbatiale de Saint-Julien du Pré, réduite, depuis les troubles religieux et politiques du xvme siècle, à l'humble condition d'église paroissiale, sous le nom de Notre-Dame du Pré.

Grâce aux travaux de Julien, de Thuribe et des autres ouvriers évangéliques qui vinrent partager leurs labeurs, le nombre des fidèles allait croissant; mais sans doute, comme partout ailleurs, à l'origine des églises, la plupart des chrétiens appartenaient à la classe du peuple; les sénateurs, les

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nobles, les riches restaient attachés à des superstitions complices de leur mollesse. Le soin des pauvres était particulièrement dévolu à l'évoque; Julien apprit à nos pères cette belle maxime que les pauvres, les malades, les orphelins, sont toujours la portion la plus chère du troupeau de Jésus-Christ. Les fidèles répondirent à son appel; et à son exemple, tous les frères, comme on parlait alors, qui étaient dans la souffrance ou dans la douleur furent visités, consolés, soulagés. Ainsi, l'on vit au milieu de nos pères ce spectacle que les païens eux-mêmes admiraient avec un respect mêlé de surprise. Julien régla ces aumônes, et les frères étrangers à la cité, ceux même qui restaient attachés à leur ancienne superstition, n'échappèrent point à sa charité ni à celle de ses disciples.

Le zèle et les travaux de l'évèque attirèrent à la foi quelques personnes des classes les plus élevées de la société; mais il fallut souvent, pour déterminer ces conversions, que le ciel fît d'éclatants miracles. C'est ainsi que notre premier apôtre convertit un homme fort riche, que l'éclat des prodiges déjà opérés par lui n'avait pu tirer de son aveuglement. 11 se nommait Anastase, et occupait l'un des premiers rangs de la cité. Son fils, attaqué d'une maladie grave, arriva aux portes de la mort, puis ferma enfin les yeux à la lumière. Le père, dompté par la douleur paternelle, et sollicité intérieurement par la grâce d'avoir recours à l'apôtre, accourut vers lui en poussant des cris : « Julien, serviteur de Dieu, « dit-il, si ce que vous assurez que Jésus-Christ est vrai Dieu, « n'est point une erreur, je vous en conjure, rendez-moi, au « nom de celui que vous prêchez, rendez-moi mon fils. » — « Anastase, lui répondit Julien, si vous reconnaissez pour « Dieu véritable, Jésus- Christ que je prêche, non seulement « votre fils va vous être rendu à l'instant, maisvous obtiendrez «vous-même la vie éternelle. » Anastase jura qu'il voulait croire et ajouta : « Si la vie est rendue à mon fils, je confesse «que Jésus-Christ est vrai Dieu, et pour jamais je renonce « aux divinités que j'ai adorées jusqu'à ce jour. » Le saint Pontife se rend alors, sur sa demande, au lieu où le cadavre

de l'enfant gisait inanimé; tous les assistants versaient des larmes et considéraient ce que l'homme de Dieu allait faire. Il prit la main du mort, leva vers le ciel ses yeux baignés de larmes en disant: « Seigneur Jésus, qui ressuscitâtes aulre- « fois au milieu de la foule, le fils de la veuve que Ton portait « en terre, hors des murs de la ville et qui, par la vertu de « votre puissance, avez rappelé du tombeau Lazare, mort de- « puis quatre jours et livré déjà à la corruption, ordonnezque « cet enfant ressuscite, afin que cette résurrection corporelle « soit pour un grand nombre la cause d'une résurrection spiri- « tuelle, et que ceux qui sont présenls ici connaissent que vous « êtes le Christ, fils du Dieu vivant, qui, par l'ordre de votre « Père, avez sauvé le monde; vous, à qui nous rendons de a justes actions de grâces dans tous les siècles des siècles. » Pendant ce temps-là, tous les fidèles unissaient leurs prières à celles de l'évêque, et l'enfant se leva plein de santé comme au sortir d'un doux sommeil. Julien le rendit à ses parents, comblés de joie et tout disposés, comme les autres idolâtres témoins de ce prodige, à embrasser la foi chrétienne. Anastaseeut bientôt ce bonheur, et il reçut le baptême avec toute sa maison (1).

Dès qu'il eut affermi l'Eglise dans la cité des Cénomans, Julien entreprit des missions dans les campagnes qui en dépendaient. Si nous en croyons même des documents anciens, il annonça l'Evangile jusque dans les cités des Arviens et des Diablintes, nations voisines des Cénomans ; il y fonda des églises, et peut être regardé comme l'apôtre de ces trois peuples Cependant ses plus grands travaux eurent pour théâtre habituel le pays des Cénomans; il porta la foi chrétienne dans la plupart des lieux où la population était plus nombreuse, selon les habitudes des premiers apôtres. Mais la prédication dans les campagnes offrait un genre de difficultés tout particulier ; le missionnaire du vrai Dieu s'y trouvait en face d'un système religieux différent de celui qui était dominant dans les cités; c'était presque exclusive-

(1) Leth.iklus, Viiasancti Juliani, cap. u, num. 13.

ment le Druidisme. Cette religion, plus mystérieuse que celie des Romains, était aussi bien autrement vivace dans l'esprit elles habitudes des peuples. Poursuivis par les édits des empereurs dont ils avaient balancé l'autorité dans les Gaules, les Druides étaient venus se cacher avec leurs mystères prohibés, dans les vastes forêts et dans les landesqui couvraient, en majeure partie, le sol de notre province. Le peuple leur était attaché de cette affection puissante que commandent des services réels, une science supérieure, et aussi par la haine que les populations des Armoriques port lient à la nation conquérante.

Pour établir la religion de Jésus-Christ au milieu de tant d'obstacles. Julien et ses disciples eurent besoin d'un zèle infatigable; mais ce zèle même n'aurait point suffi tout seul ; il leur fallut déployer la puissance des miracles que le ciel accordait à leur sainteté. Sans ce secours surnaturel, comment seraient-ils parvenus à convaincre des hommes, que toutes les raisons humaines éloignaient d'eux et des doctrines qu'ils annonçaient?

Le souvenir de la présence de saint Julien ne s'est pas conservé dans tous les lieux de son diocèse qu'il visita; mais son séjour semble attesté à Lavardin, à Sillé-le-Guillaume, à Cormes, à Vaas, à Artins, à Brûlon, à Connerré, à Beaufay, à Saône, à Savigné, à Assé, à Chevillé, à Chahaignes, à Vivoin, à Ballon, à Parigné, à Saint-Georges, à Bourg- le Roi, à Vernie, à Ceton, à Vibraye, àBaillou, à Sargé, à Savignésur-Brave, à Launay, à Rutilé, à Noyen. Dans tous ces lieux, Julien trouva quelques âmes dociles aux vérités qu'il annonçait, il y baptisa des fidèles et y forma des églises. Mais ces chrétientés furent pendant long-temps bien faibles, composées de quelques fidèles perdus pour ainsi dire au milieu des païens, visitées de temps en temps par des prêtres ou des diacres, mais ne pouvant en avoir constamment à leur tête; car il fallait porter l'Evangile là où il n'avait pas encore été annoncé, aller visiter les frères déjà convertis pour les instruire et les fortifier, et pendant long -temps tout le clergé du Mans dut se composer de Julien, de ses deux compagnons

et de quelques disciples qui vinrent de Rome se joindre à eux, mais en petit nombre.

Pour former de nouveaux ministres à la religion, il fallait beaucoup de temps et de longs travaux. D'ailleurs, ce qui retardait le progrès de l'Evangile dans les campagnes, c'était encore l'isolement où vivaient alors leurs habitants. Retirés avec leurs familles dans de misérables huttes rondes, formées de terre et de branchages, les hommes de race gauloise ne se réunissaient guère que pour les cérémonies de leur culte, le plus souvent la nuit, au milieu des bois et surtout des landes. Au reste, chaque famille vivait séparée des autres, sans sentir le besoin de communications plus fréquentes. Cet isolement de la population explique comment la conversion de nos campagnes armoricaines était encore si peu avancée au commencement du ve siècle, quand déjà depuis long-temps, les cités avaient presque toutes embrassé unanimement la religion du Christ.

Julien établit aussi, dit-on, quelques chrétientés, mais en moindre nombre, sur les territoires voisins des Arviens et des Diablintes. D'abord, comme toujours, il annonça l'Evangile et fit quelques conversions dans les deux capitales, aux chefs-lieux de ces deux nations. 11 forma aussi de petites réunions de chrétiens à Ceaulcé et à Gorron, dans le pays des Diablintes et dans le pays des Arviens, à Entrâmes, à la Baconnière, à Andouillé (1).

On a conservé dans plusieurs de ces lieux, avec le souvenir de la présence de saint Julien, la mémoire des prodiges qu'il y opéra Près de Saint-Julien-en-Champagne et de Neuvy, on montre une pierre sur laquelle on prétend reconnaître les vestiges d'un de ses pieds (2). Cette tradition, qui

(1) On sait combien la traduction de ces noms de lieu présente de difficultés. Nous avons généralement suivi dans notre travail l'interprétation fournie par M. Thomas Gauvin, dans sa Géographie ancienne du diocèse du Mans, sans cependant nous astreindre à suivre toujours son sentiment.

(i) l'esche, Dictionnaire de lu Sorthe, toin. v, pag. 327. — Polijpli-

46 HISTOIRE DE l'ÉGLÏSE Ï)U MANS.

se trouve jointe à d'autres indices, comme le nom de notre apôtre donné à ce village, peut indiquer que saint Julien est venu en ce lieu. La suite de nos récits nous fera rencontrer encore d'autres traditions semblables.

Un jour, dans une de ses courses apostoliques, Julien rencontra un mort que l'on portail en terre; une grande foule de peuple menait le deuil. Ce mort était un adolescent, fils d'un homme de distinction, encore attaché au culte des idoles, et nommé Jovinien. Le saint Pontife s'approcha de ce douloureux cortège; il ordonna de déposer le corps du défunt; fit un geste de la main pour commander le silence, ets'adressant au père du mort: « Jovinien, dit-il, le Christ que «je prêche, qui s'est fait homme pour racheter les hommes, a « ressuscité les morts, mis en fuite les démons par sa seule « parole, et, pour montrer le pouvoir de sa divinité, a opéré « au milieu des hommes tous les prodiges qu'il a voulu. Si, « abandonnant vos vaines idoles, vous consentez du fond de « votre cœur à croire qu'il est Dieu, et à purifier votre âme « par les eaux du baptême, vous aurez à vous réjouir de vo- « tre propre salut et delà résurrection de votre fils. »

Jovinien et tous ceux qui l'accompagnent supplient Julien de leur accorder une aussi grande faveur; tous jurent d'embrasser la foi chrétienne, et de renoncer au culte des idoles, s'il leur rend celui qu'ils pleurent. L'apôtre rempli de foi et de confiance, adresse à Dieu une fervente prière, et aussitôt le jeune homme sort de la bière. Alors il se meta crier, au milieu de rélonnement général : «Vraiment, il est grand, le Dieu que « Julien annonce. » Il dit ensuite à son père: « Assurément « jusqu'ici nousavons vécu loin du vrai Dieu, etles dieux que « nous honorons sont des démons; car je les ai vus dans l'en- « fer, et j'ai connu qu'il n'était pour eux aucune trêve dans « les tourments. » La foule pousse alors des cris de joie et de reconnaissance vers le ciel; tous publient la grandeur de Jésus-Christ, et protestent qu'ils le reconnaissent pour le vrai

ques de l'Eglise du Mans, tom. i, pag. 61. — La métairie voisine de ce bloc de pierre a pris et conservé le nom de Pas de saint Julien.

SAINT JtJLIEN. 17

Dieu; puis, en signe d'adoration, ils se prosternent devant Julien, qui fait tous ses efforts pour éviter ces honneurs Cet élan de la population, cette reconnaissance, ces transports universels, mais surtout ce miracle éclatant, assurèrent à la prédication de l'apôtre une abondante moisson, et son cœur se réjouit en offrant au Christ un grand nombre d'âmes régénérées (.1).

Le bruit des prodiges opérés par Julien, en se répandant de toutes parts, préparait le succès de ses nouveaux efforts pour la conversion des idolâtres •. on le vit bientôt environné d'une foule dépeuple qui s'attachait à ses pas et qui ne le laissait plus marcher seul à travers les campagnes. Il vint un jour loger à un domaine nommé Proiliacus (Pruillé - l'Eguillé); il commençait à faire nuit quand il y arriva, et le saint évêque fit chercher une hôtellerie. Le maître de ce domaine, bien que encore païen, lui offrit l'hospitalité; mais au moment même où Julien arrivait, un jeune enfant, fils de son

(1) Scquenti dcinceps tempore per eum simile huic miraculo, ad laudein et gloriam noininis sui, Christus operari dignatus est. Nam,cum idem vir beatissimus ab urbe digrediens, ut lucrum Chrislo de pereuntibus f'aceret, diœccsis suœ partes visitaret, ecee defunctus efferebatur, magna populi comitante caterva, adolescens cujusdam magnifici viri filins, qui dicebatur Jovinianus. Superveniens sanctus episcopus, consuetaque in Dominum fiducia fretus, jussit deponi defunctum corpus; et manu silentio imperato, clara voce ad patrem adolescentis ait : Joviniane, Christus quem preedico, homo pr.o hominibus factus, mortuos suscitavit, dœmones verbo fugavit, et ad ostendendam Deitatis sunc potentiam, quicquid voluit inter bomines operatus est. Hune tu si, relicta vanitate idolorum, Deum ex toto corde credideiis, et purificari te permiseris fonte baptismatis, et tua salute et filii tui resurrectione gaudebis. Tune idem Jovinianus et universus adstans populus, Sancti advolvuntur pedibus, et cunctis misericordiam flagitantibus, cum lacrymis aiebat Jovinianus : Magne serve Dei Juliane, si unicum mibi pignus et vitte pnrsentis solatium reddideris, non solum ego Christum verum Deum esse confitebor, sed et populus hic universus deorum suorum figmenta contemnet, et fidem quam prœdicis, devota mente suscipiet. At vero vir Deo plenus, genibus in terram curvatis, oculis ac manibus in cœlum porrectis, cunctis audientibus, dixit : Domine Jcsu Christe, qui ubique pnesens es, qui pro nostra redemptione homo tieri voluisti, et inter hominesapparens, per vexillum < rucil tu.u ab humano gentre inorteni exclUsisti, jubé ut resurgat ado-

hôte, rendait le dernier soupir. On en porta la nouvelle à l'apôtre avant môme qu'il fût entré dans la maison, mais il refusa d'aller loger ailleurs. Etant entré sous le toit où gisait le cadavre, il le fit transporter dans un lieu retiré, et, seul avec quelques chrétiens de sa suite, il se prosterna sur la terre et passa la nuit en prières. L'ardeur de son oraison fut si grande qu'elle pénétra jusqu'au plus haut des cieux, et l'on vit en même temps le saint Pontife lever son front de la poussière, et l'enfant sortir des bras de la mort. Dès que le jour fut venu, le père, la mère et un bon nombre de voisins entrent dans l'appartement où Julien avait passé la nuit, et ils voient l'enfant qu'ils avaient laissé mort, plein de vie et de santé. Autant leur douleur avait été grande, autant leur joie fut expansive. Ils demandèrent avec empressement le bonheur d'être admis au nombre des disciples d'une religion qui se faisait connaître à eux par des prodiges et de tels bienfaits (1).

lescens iste, ut tanti facti potentia, et fides credentium in te roboretur, et non credentium corda subdantur, per te unigenitum Dei vivi, quem cuni Pâtre et Spiritu sancto regnantem et dominantem confitemur in secula seculorum. Respondentibus lidelibus qui aderant, Amen, quasi a somno adolescens surgit a feretro, et clara voce cunctis miraculi novitate perculsis, cœpit clamare : Vere inagnus Deus Christianorum, quem praedicat servus ejus Julianus. Ad patrem quoque ait : Vere nunc usque a Deo vero erravimus; nam dii quos colimus, pro certo d&mionia sunt. Vidi enim cos in inferno, et vidi quia non erat eis requies a tormentis. At vero cunctorum clamore in cœlum sublato, Cliristus ab omnibus magnificatur, Cbristus verus Deus prœdieatur, et famulus ejus Julianus, renitens multumque reluctans, ab omnibus adoratur. Et lue igitur per preedicationem Deo digni Pontificis, copiosa multitudo rationabiliumpiscium fîdei sagena collecta, et ad verœ credulitatis solidum littus a profundis errorum tenebris educta est. — Lclhaldus, Vita sanctiJuliani, cap. n, num. 14.

(1) Jam tune ergo velut divini exercitus signifer, aliis praecedentibus, aliis sequentibus, vïtalia fidei serens semina, ad prœdium, cui vocabulum est Proiliacus (Ms. Bellovac. Periliatus), divertit. Ingruentibus autem noctis tenebris, bospitium sibi perquiri jubet. At vero in ipso ad\ontus ejus articulo, puer parvulus possessoris supradicti fundi filius, ingravescente, qua vexabatur, molestia, defunctus est. Quod cum viro Dei nuntiatum fuisset, alibi divertere noluit, sed secundum quod Salomon ait : Melius est ire ad domum luctus, quam ad domum convivii, gaudium

Tandis que celle famille doublement heureuse se livre à sa reconnaissance et à la joie, le bruit du prodige se répand dans la contrée, et l'on acccourt de loutes parts vers le thaumaturge; les uns veulent toucher l'homme de Dieu, les autres veulent visiter les lieux théâtre du miracle; tous se pressent sur les pas du saint missionnaire, dans l'espoir de voir quelque nouvelle merveille, ou d'en recevoir quelque bienfait. Plusieurs personnes, atteintes de différentes maladies, étaient accourues parmi la foule, dans le désir d'être guéries, mais elles n'osaient s'adresser au serviteur de Dieu, et se contentaient de le suivre dans une ardente inquiétude. Les disciples du saint apôtre, qui l'accompagnaient et qui étaient plus familiers avec lui, lui exposèrent 1 état de ces personnes; il ne leur dit rien et se contenta de se tourner vers la foule et de lui donner sa bénédiction; aussitôt, par un nouveau prodige, tous ceux qui souffraient quelque infirmité reçurent subitement leur guérison (1).

salutis laturus lugentibus, ad domum, in qua infantulus jacebat, accessit, et in qnadain cjus sécréta parte mansionem accepit. Jubet ergo ante se inferri <lef unctnni corpus, et pâtre et matre cunctisque remotis arbitris, paucis dumtaxat sanctitatis suœ comitibus ibidem remanentibus, oraturus se in pavimentum prosternit : noctemque penigilem ducens, tanta instantia precum cœli pulsavit secretum, ut pariter surgerent et Pontifex a pulvere, et infans a morte. Cum ergo jam aurora fugaces a cœlo pellerct tedas, intrat pater cum matre et multa vicinorum frequentia, iuveniuntque sospitem, quem defunctum intulcrant; et tanti operis novitate perculsi, cœlum clamorc quatiuut, et versis votis (al. vocibus) iterum per gaudia plangunt. Continuo ergo fidei Cbristianœ colla supponunt, et infantem, qnem hœredem terrenorum bnnoium optaverant, cœlestibus disciplinis imbuendum cum tota h;ereditate supradictœ possessionis beatissimo magistro contradunt. — Letbaldus, Vite sancti Juliani, cap. n, num. 15.

(1) Excitati fama facti accurrunt vicini, et alii quidem prosequuntur, alii cellulam, in qua vir Dci jacnerat, irrumpunt, locumque ubi Sancti steter.nit pedes,crcbris amplectuntur osculis, et ut benedictionis ejus compotes fièrent, certutini pnecedentis vestigia legunt. Porro beatissimus ad preecs sequentium convenus, clevata manu cunctos benedixit, et omnes, qui inter eos alupio lal>orabant incommodo, absque alicujus mora? interventione, piistinaj restituit sanitati.— Letbaldus, Vita sancti Juliani, cap. n, num. 16.

20 histoire de l'église du ma.ns.

Dans les siècles suivants, le souvenir de ce miracle était resté si vivant dans la population de toute la contrée qui en fut témoin, que l'on fonda, dans le même lieu, un chapitre de chanoines, sous le patronage de saint Julien, dans le but de conserver la mémoire des prodiges opérés par ce merveilleux apôtre (1).

Julien, en quittant Pruillé, se dirigea vers lebourgde Ruilliacus (Ruillé-sur-Loir). Au moment d'y arriver, il rencontra des gens envoyés au-devant de lui par un homme puissant du lieu, pour le prier de venir au plus tôt. Cet homme n'avait qu'une fille unique, mais l'esprit immonde s'en était emparé et l'agitait cruellement. Le saint Pontife se hâta d'arriver et de se rendre à la maison de celui qui l'avait invité. Cet homme et toute sa famille s'empressèrent de venir se jeter aux pieds du missionnaire, conduisant la jeune fille qu'ils le suppliaient de guérir. Mais le malin esprit ne put supporter la présence de Julien, et il s'enfuit à sa première injonction, laissant au milieu des assistants satisfaits, cette enfant entièrement rendue à son premier état. Cette guérison fut pour tous les habitants du village la cause de la guérison plus précieuse de leurs âmes; ils renoncèrent tous aux fictions de l'idolâtrie; ils demandèrent et reçurent bientôt après le baptême. Notre apôtre gagna donc en ce lieu un grand nombre d'adorateurs à Jésus- Christ et y fonda une église (2).

Selon une tradition recueillie à une époque postérieure, un miracle opéré par les mérites de Julien dans le même lieu, dut affermir la foi des néophytes. Un aveugle ayant porté à ses yeux avec foi l'eau avec laquelle l'apôtre s'était lavé les mains, reçut en même temps la lumière du corps et celle de l'esprit.

Toutefois, il ne faut pas croire que Julien opérât tant de merveilles, et obtînt tant de succès sans endurer de pénibles travaux , et sans être exposé aux embûches de l'ancien ennemi; bien au contraire, il ne cessait d'être en butte aux

(1) Dom Briant, Cenomo.nia.

(2) Lethaldus, Vita sancti Juliani, cap. m, num. 17.

persécutions, aux calomnies et aux outrages. Les habitants des contrées armoricaines étaient fortement attachés au culte de leurs faux dieux; une hiérarchie de prêtres jouissant d'un grand pouvoir, non seulement dans l'ordre religieux, mais encore dans l'ordre politique, avait long-temps gouverné ces différents peuples; bien que déchus de cette autorité par la conquête romaine et même persécutés par les officiers de l'empire, ils n'en conservaient pas moins une grande puissance, et ils formaient un obstacle toujours vivant aux succès de l'apostolat.

Nous avons déjà vu Julien persécuté dans la cité même par un citoyen puissant, qu'il convertit enfin en ressuscitant son fils. Des persécutions du même genre se dressèrent devant lui à tous les pas de sa carrière, et il ne les surmonta souvent que par des prodiges, et toujours par une patience invincible. On l'accusa, selon la coutume, d'être l'ennemi de l'empire, d'attenter à l'ordre public en cherchant à renverser la religion; ses prodiges furent traités de maléfices, et sa mort fut plus dune fois demandée aux magistrats. Ceux qui restaient attachés à leurs superstitions, semblèrent plus d'une fois prêts à se soulever pour venger leurs dieux impuissants et vaincus (l).

Julien ne se laissa ni effrayer ni décourager par ces menaces et par ces mauvais traitements; à l'exemple des apôtres et des premiers chrétiens qu'il avait vus endurer leurs glorieux supplices dans les amphithéâtres de Rome, il se disposa à attaquer l'idolâtrie avec plus de vigueur encore. Comprenant combien les temples consacrés aux faux dieux étaient pour la simplicité du peuple un obstacle puissant aux progrès de l'Evangile, il fit tous ses efforts pour renverser le plus grand nombre qu'il put de ces monuments.

Il y avait au village (V Arlinis ( Artins ), près de celui de Ruillé, dans le Bas-Vendomois, une statue de Jupiter et un grand nombre de simulacres d'autres fausses divinités; c'était un sanctuaire vénéré et un lien puissant pour retenir

(1) Lethaldus, Viia sancti Juliani, cap, III, num. 1<>

toute la contrée sous le joug de ses vieilles superstitions (1).

Par ses prédications, Julien avait préparé la destruction presque universelle des idoles dans ce pays, mais au moment où ses efforts semblaient sur le point d'obtenir un plein succès, une troupe nombreuse animée par la fureur du fanatisme accourut contre lui; elle poussait des cris d'indignation, menaçait des plus grands malheurs et fermait les oreilles à tous les conseils; elle voulait la mort du père des chrétiens, du destructeur des dieux, chef et docteur des impies. Julien, inaccessible à toute crainte, entre dans le temple, au milieu des vociférations; il invoque le nom de Jésus-Christ, et, par la seule puissance de ce nom divin, une statue énorme tombe réduite en poussière.

Le prodige ne se borna pas là; Dieu voulut ouvrir les yeux de celle multitude égarée, et lui faire connaître à quels objets elle rendait les honneurs divins; on vit sortir de la statue renversée un énorme serpent, qui, sejettantsur ses propres adorateurs, en fit périr un grand nombre; en sorte que ceux qui tout à l'heure proféraient les injures et les menaces les plus atroces contre l'apôtre, ceux même qui demandaient sa mort et son suppliée, imploraient maintenant son secours, et le conjuraient de les protéger contre leur propre Dieu. Julien, sensible au malheur de ces insensés, élève la main, fait le signe de la croix, commande au reptile de s'enfuir au plus tôt sans nuire davantage, et de se retirer en un lieu écarté du commerce des hommes. Le serpent obéit

(1) Léthalde et tous ceux qui ont écrit après lui, racontent que ce sanctuaire était consacré à Jupiter; mais il faut se rappeler que, lorsque les Romains s'efforcèrent de détruire, par l'appât des plaisirs et par la violence, la religion des Gaulois, ceux-ci pour conserver leurs dieux, consentirent à les revêtir des noms des divinités romaines, et à les représenter sous des types à peu près semblables à ceux sous lesquels on représentait les dieux de la capitale du monde, mais, dans leur intention, ils adressaient toujours leurs hommages à leurs divinités anciennes; ainsi, il est plus probable que la statue que l'on dit avoir été celle de Jupiter, représentait Esus ou quelque autre des principales idoles des Gaulois. — Histoire universelle des Auteurs anglais, édit. in-4°, tom. xm, pag. 274 et suiv.

à cet ordre,, et la conversion de ce peuple est assurée. Le temple est aussitôt renversé par les efforts réunis des témoins d'un tel prodige; on se presse autour de l'apôtre pour recevoir de sa bouche la doctrine du salut. Julien s'empressa de répondre à tant de zèle, il dispensa à ces hommes les enseignements du salut, et bientôt un grand nombre d'entre eux reçurent le baptême et formèrent une assemblée d'adorateurs du vrai Dieu, en ce lieu où les symboles de l'erreur avaient si long-temps reçu des hommages usurpés (1).

Le souvenir de ce prodige n'est point encore, après tant de siècles, entièrement effacé de la mémoire du peuple qui habite les lieux qui en furent témoins. On se plaît encore à monlrerprèsdu bourg d'Artins, les descendants de ceux que la tradition désigne comme les auteurs de la sédition élevée contre saint Julien, et dans les rochers qui bornent le cours du Loir, on montre les grottes où se retiraient des serpents qui recevaient autrefois dans ces mêmes lieux les honneurs divins.

Cependant, à la vue des miracles que Julien semait sur ses pas, une sorte d'enthousiasme saisit tous les fidèles qu'il avait conquis sur l'idolâtrie; le nom de l'apôtre et le récit des merveilles qu'il opérait couraient de bouche en bouche; le mouvement de l'opinion publique, poussait les populations vers le thaumaturge. Le défenseur de la cité, témoin de ce

(1) Ut vero insani populi cognoscerent cui catenus culturam Dcitatis exhibuissent, ex everso simulacro immanissimus erupit draco, qui facto impetu contra cultorcs proprios, flatu sulphurco et atrocis verberc cnstcUe, devotorum sibi phalanges in mortem cœpit ardcnter urgere. At î 11 i ejus contra Dcum suum petunt auxilium, quem paullo ante vociférantes maleficum, totis nisibus elaborarant, ut eum incenderent vivum. Porro Julianus Dei atbleta, elevata cum signo crucis in sublime dextcra, draconi imperat ut nullum ainplius lrrdens concitus fugiat, et loca 1mmana cultura prorsus carentia petat. Ad cujus imperium draco sœvissimus effbgit \i\acissimus, et in cos jus {al. ?im) amisit Laedendi, in quibus ulterius fraudcni exercera permissus non est seducendi. Tune universi cum yaudio jam (iunt socii in evcrtcmlo falsitatis fano, ac démuni sancto rtnati laxacro per manus sancti Pontiticis, dogmate beatificantur ebrisliano. — Letlialdus, Vita sancti Juliani, cap. m, num.âl,

24 HISTOIRE DE i/ÉGLISE DU MANS.

spectacle, se rendit près de Julien pour le féliciter de ses succès et lui en témoigner sa joie.

Il craignait d'ailleurs, avec le reste des fidèles de la cité, que Julien n'allât porter la lumière évangélique aux populations voisines, et qu'ils ne fussent privés de le revoir et d'entendre encore ses instructions En le voyant s'avancer dans le pays du Vendomois, l'un des asiles les plus renommés alors du druidisme, leur crainte semblait fondée et leurs inquiétudes redoublaient. Le défenseur alla donc le rejoindre, lui témoigna le désir que l'on avait de le revoir, et lui exposa aussi les nécessités de la nouvelle Église qui réclamaient son retour. Julien promit de se rendre à ces raisons, mais, en attendant, Dieu lui fournit l'occasion de faire un autre miracle pour confirmer la foi des nouveaux fidèles.

Un jour que Julien, accompagné du défenseur, parcourait la campagne, il rencontra un enfant qu'un effroyable serpent avait enlacé et se préparait à dévorer; un sentiment d'horreur saisit tout d'abord les assistants; mais le Saint s'approchant de ce douloureux spectacle, fit au ciel une prière fervente et le reptile creva aussitôt par le milieu du corps(l ).

(1) Cujus facti fama velox per omnes totius provinciae percurrens populos, ita pristini erroris cunctas abrasit nebulas, ut vix aliquis inveniretur, qui Jesum Christum Deum et Dominum non confiterctur. Hujus igïtur tam ceiebrîs facti nuntio Defcnsor vir gloriosus, cujus supra memoriam fecimus, ad se perlato, ingenti affectus gaudio benedixit Deum, et festinus accedens ad beatum virum suppliciter petebat, ut ad domum ejus accedere dignaretur, ut pro triumphati hostis Victoria largïtori omnium bonorum Ghristo communiter grattas referentes, casto simul et sancto participarentur convivio. Cujus petitionem vir beatusnon renuens, quippe quem merito religionis vera sibi nexuerat caritas, ut ejus desiderio satisfaceret properabat. Sed cum iter carperent, in parte novalis puerum quemdam invencrunt ab ingenti serpente pedes et bachia corpusque totum spiris vipereis colligatum. Perterritis autem omnibus qui aderant, vir Dei propius accedens, ait : Domine Jesu Christe, qui humanum genus a paradisi gloria per serpentem dejectum, per crucis tua? reparasti vexillum, tu libéra banc creaturam tuam ab hoc quo tenetur angue, et ut serpens intereat, et per te puer incolumis evadens cognoscere présentes faciat, quia tu es liberator et protector omnium sperantium in te. Cumque talia pérorasse! vir Deo plenus, et qui aderant dixissent, Amen,

Le jour où Julien rentra dans la cité avec le défenseur, fut un jour de joie et de triomphe pour tous les fidèles qui l'habitaient; le bruit de son retour se répandit même au loin et l'on accourut en foule pour le voir et l'entendre. Plusieurs païens se montrèrent aussi empressés que les fidèles euxmêmes à venir écouler l'apôtre; de ce nombre furent deux énergumènes qui accoururent se présenter à Julien lui demandant leurguérison.Le saint Pontife implora Jésus Christ en leur faveur et mit les démons en fuite. Ces deux hommes voulurent devenir ses disciples; ils reçurent avec docilité ses instructions et furent enfin admis au nombre des fidèles (4).

Ce n'était point assez pour le défenseur d'avoir ramené Julien dans la cité, il voulut lui marquer sa joie par une réception magnifique, et fit préparer un banquet, auquel tous les principaux d?entre les fidèles vinrent s'asseoir à côté de celui qu'ils nommaient leur père. Julien, dans cette réunion donna à tous de sages instruclions, et régla en leur présence ce que demandaient les besoins de l'Eglise naissante.

Le pieux magistrat ne voulait plus laisser l'évêque sortir de son palais, et le suppliait de partager sa demeure; mais Julien n'accepta point celte offre. Après avoir confirmé dans la foi ce fervent néophyte et toute sa maison, il répandit sur lui de nouvelles bénédictions, et retourna à sa pauvre habitation et à ses travaux accoutumés (2).

Comme l'homme apostolique passait à la porte de la ville et devant l'entrée de la prison qui était, suivant l'usage or-

gerpens crepuit médius, et cunctis Deum laudantibus, puer evasitsanus.

— Lethaldus, Vita sancti Juiîani, cap. m, num. 22.

(1) Interea cum ad domum Principis pervenisset, summo cxcipitur gaudio, fit coneursus omnis setatis omnisque sexus ad \idendum tantuiu virum, eujus iiouien famaque virtutum tantojubare coruscaret, ut etiam quosque remotissimos euui videndi desiderio succendere posset. Subscquuntur e vestigïo sanctum Episeopum encrguincni duo, salutis remedium flattantes ab *eo. At ille invocato Ghristi nomine, et ininiicum tagavit, et eos verbo prœdic&tionis illuminâtes proprio restituit Salvatori.

— Lethaldus, Vita sancti Julianï, cap. m, mnn. 23.

(2) Diem ergo illam felici exomantes laetitia, inter ipsa sacrai mensai convWia tolus seroio illis erat de Ghristi gloria, de intenta saiaace, de bis

26 HISTOIRE DE l'EY.LISE DU MANS.

dinaire des cités romaines, auprès de cette porte, six malheureux qui élaient dans les fers se mirent à jeter de grands cris, et supplièrent le saint évoque d'avoir pitié d'eux. Julien vint implorer leur grâce auprès des magistrats, alléguant les motifs les plus pressants, et surtout la joie que son retour venait de causer à toute la ville. Ses demandes et ses supplications réitérées ne furent point écoutées, et l'on refusa obstinément de l'entendre.

Voyant donc le mépris que l'on faisait de ses paroles, il revint sur ses pas, entra dans l'église, rendit grâces à Dieu pour les âmes qu'il lui avait acquises, et les bénédictions qu'il avait données à ses travaux, et enfin se relira dans sa maison. Il refusa de prendre aucune nourriture, garda un profond silence, et se relira à l'écart pour gémir et prier avec plus de liberté, en présence de Dieu. Alors sa demande fut exaucée; Dieu envoya des anges ouvrir les portes de la prison, et briser les chaînes des captifs. Ceux-ci se sentant libres, sortent comblés de joie; mais reconnaissants envers celui auquel ils étaient redevables de leur délivrance, ils coururent tous, et sans que personne songeât à les inquiéter, publier par la ville la vertu de leur libérateur; de là ils se rendirent vers le saint Ponlife pour lui témoigner leur gratitude. Julien, s'associanl à leur bonheur, voulutleur faire partager son repas, et ils mangèrent avec lui. Cependant ce prodige frappa tout le monde; on y reconnut l'œuvre de Dieu, et personne n'osa tenter de gêner la liberté que ces hommes venaient de recouvrer d'une manière aussi merveilleuse (1).

quoque quae pertinent ad veramDeum timentium animarum curam. Post gloriosus ille vir omni supellectilis suae copia sancto viro exhibita supplex exorat, ut cuncta bénigne suscipiens ad quoscumque usus placueril profutura retentet. Sed vir beatissimus nihil horum suscipiens, bcnedietione super eum tradita, omnique domo ejus in fide Christi corrobora ta festinabat ad propria. — Letlialdns, VitasanctiJuliani, cap. m, num. 23.

(1) Lcthaldus, Vita sancti Juliani, cap. m, nura. 24. — Les évêques des premiers siècles demandaient souvent la liberté des prisonniers détenus pour dettes ou pour des causes civiles, et aussi des prisonniers de

Malgré le zèle et les travaux de Julien, de Thuribe, de Pavace et des autres que notre apôlre avait déjà associés à son ministère, il restait encore beaucoup d'idolâtres. Plusieurs des nouveaux baptisés unissaient encore, par un bizarre et grossier assemblage, des pratiques superstitieuses attachées aux fontaines, aux bois, aux rochers, à presque tous les usages de la vie, avec les devoirs du culte chrétien. Julien comprit qu'il fallait apporter un remède à ce mal qui menaçait de ruiner tous ses travaux, et il voulut aller à Rome pour en rapporter quelques reliques, afin d'attacher plus fortement à l'aide de ces signes vénérables, mais extérieurs, l'esprit des nouveaux fidèles, aux croyances et aux pratiques de la vraie religion.

Julien était encore appelé à Rome par une autre nécessité; il fallait qu'il demandât au successeur de saint Pierre la confirmation de son œuvre, et l'érection de la nouvelle Eglise des Génomans. Il fit ce voyage, rendit compte au Pontife suprême de ses travaux, et en reçut d'abondantes bénédictions. Puis il revint trouver son Eglise, apportant avec lui des reliques des saints martyrs, et peut être aussi accompagné de nouveaux ouvriers évangéliques.

Enfin la vigne du Seigneur était plantée dans la province du Maine, et elle y produisait d'heureux fruits. Julien y avait jeté les fondements de presque toutes les institutions ecclésiastiques que nous verrons se développer dans la suite. Les différentes sociétés de fidèles qu'il avait formées dans plusieurs lieux du diocèse, comme nous l'avons raconté, n'étaient point encore pourvues de ministres de la doctrine et des sacrements, et cet état de choses dura long-temps dans noire province comme dans toute la chrétienté; d'ailleurs, pendant plusieurs siècles, la vie des prêtres et des évêques eux-mêmes n'était autre que celle des missionnaires. Quand le clergé fut devenu plus nombreux, les églises qu'avait fondées notre apôtre, durent être les premières érigées en titres et pourvues de pasteurs qui leur fussent attachés. Par la

guerre, qui étaient alors 1res nombreux; ils la demandaient raremen t pour d'autres. — Bingham, Ântiquifate* crclesiosticœ, t. i, p. 129-133

suite, ces titres devinrent des archiprêtrés pour les principaux districts; ailleurs, ils restèrent de simples doyennés.

L'une des premières sollicitudes de Julien, fut de former des clercs pour succéder à son ministère, et à celui des premiers compagnons qu'il avait amenés de Rome avec lui. Partout où la religion chrétienne s'établissait on voyait se former des écoles caléchismales qui renfermaient deux enseignements: l'un plus élémentaire, et qui était destiné à l'instruction de tous les catéchumènes; un autre dans lequel on enseignait la religion d'une manière plus approfondie. Cette école était surtout destinée à former les clercs qui devaient un jour eux-mêmes enseigner les peuples; elle était plus immédiatemnt soumise à la surveillance de l'évêque qui en était proprement le chef.

Julien, toujours occupé à la prédication des populations de la province, et qui étendait même ses soins aux'peuples voisins des Génomans, comme aux Arviens et aux Diablinles, ainsi que nous l'avons dit, ne laissa pas d'avoir un soin particulier de ses disciples. Un de ses biographes nous le représente entouré de ceux qui s'étaient attachés à lui pour profiter d'une manière plus particulière de ses instructions. Il parcourait avec eux les campagnes, leur distribuant l'instruction, la connaissance des dogmes chrétiens, et les formant à la vertu par ses exemples. 11 paraît même qu'il recevait de très jeunes enfants dans celte sainte compagnie; car on sait que saint Pavace qu'il avait amené avec lui de Rome, et qui lui succéda sur le siège du Mans après saint Thuribe, mourut long-temps après lui, ce qui suppose qu'il était fort peu avancé en âge lorsque Julien l'associa à son ministère; il en fut de même de saint Romain, qui mourut sousl episcopat de saint Pavace, et qui était neveu de saint Julien. Nous avons raconté plus haut la résurrection que fit notre apôtre du fils d'un riche gallo-romain, qui lui avait offert l'hospitalité dans son domaine de Pruillé. Les parents de cet enfant, dans leur reconnaissance, le donnèrent au saint évêque, le priant de l'instruire dans toutes les sciences divines (1).

(1) Et infantem quem hœredem terrenorum bonorum optaverant,

A l'exemple de notre apôtre, les évêques qui lui succédèrent sur le siège du Mans, eurent soin de former des clercs aux sciences ecclésiastiques, comme nous l'apprenons au sujet de saint Pavace, qui se chargea d'instruire trois enfants auxquels il avait rendu la santé, et dont le corps fut enterré par ses disciples, comme le rapportent ses Actes. Il en fut de même des saints évêques, Liboire et Victor, et quoique les monuments anciens ne nous aient pas conservé sur tous nos évêques des détails à ce sujet aussi positifs, on est cependant en droit de soutenir l'existence d'une école particulière pour les clercs dans notre église, depuis son origine. Celte conclusion ne se déduit pas seulement des faits généraux de l'histoire de ces temps, mais encore des faits particuliers que nous venons d'indiquer, et de ce que pendant un assez grand nombre de siècles, le siège du Mans ne fut occupé que par des clercs appartenant à cette église (1 ). Ces écoles particulières des clercs n'empêchaient point les écoles catéchismales d'exister; celles-ci étaient indispensablement jointes à toutes les églises, et c'est sans doute la raison pour laquelle les historiens ont omis d'en faire mention.

Cependant, Julien ressentait la fatigue du travail et des ans, et voyant s'approcher le moment où Dieu l'appellerait à lui, il sonsea à se retirer dans la solitude. Mais

cœlestibus disciplinis imbucndum cum tota hœreditate supradictae possessionis beatissimo magïstro contradunt. — Lethaldus, Vita sancti Juliarii, cap. n, num. 15.

(1) Au temps où saint Julien travaillait à rétablir la foi chrétienne chez les Cénomans, les Romains avaient établi, ou établissaient des écoles publiques d'éloquence et de philosophie dans toutes les cités des Gaules; les apôtres de la foi chrétienne ne pouvaient se dispenser de faire de leur coté la même chose. Aussi, autant il se formait d'églises particulières dans les Gaules, autant d'écoles chrétiennes y prenaient naissance. L'histoire nous représente à Alexandrie une école de cette nature, établie au moins dès le second siècle, et nous en apprend des choses merveilleuses. A la \ érité, nous ne trouvons pas de vestiges d'écoles si célébrés dans nos Gaules, en ces premiers siècles; mais il est hors de doute que les \illes où le Christianisme était établi, n'étaient pas sans instruction. Il j ii\,ni des catéchumènes à Instruire et des clercs à former. On y faisait donc, en quelque manière, ce qui te pratiquait à Alexandrie. On a des

avant d'exécuter ce dessein, il confia le soin de son église à Thuribe; puis il choisit pour retraite un lieu situé à une demi-journée de marche de la cité du Mans, sur les bords delaSarthe,aulieu où l'on voit aujourd'hui le bourg de Saint- Marceau. Après avoir habité quelque temps en ce lieu, une fièvre lente le saisit, et il vil avecjoie sa dernière heure s'approcher. Lorsque le moment suprême fut venu, il fit assembler auprès de lui sesclercs, ses disciples et un bon nombre de ses enfants spirituels; il leur recommanda l'obéissance à son successeur et élevant les mains elles yeux au ciel, il resta long-temps tout occupée louer Dieu et à lui rendre grâces. Enfin son âme se séparant doucement de son corps, alla jouir des récompenses qu'elle avait méritées. C'était le sixième jour avant les calendes de février [{).

Cependant, le défenseur de la cité ne se trouvait point auprès du saint apôtre qu'il chérissait si tendrement, quand celui-ci quitta la terre; mais il fut averti d'une manière merveilleuse de ce qui venait de se passer. Il était assis devant une table; tout-à-coup les yeux de son intelligence furent ouverts, et il aperçut Julien en habits sacerdotaux venant à lui, accompagné de trois diacres qui portaient chacun un cierge; ils les déposèrent devant lui sur la table et se retirèrent. Le défenseur dit aussilôtaux personnes qui se trouvaient

preuves que nos saints é\ èques de ces temps ne se bornaient pas à faire avancer leurs disciples dans la vertu, mais qu'ils les portaient encore à s'instruire des lettres sacrées. C'est ce qui paraît par l'exemple de saint Epipode et de saint Alexandre, disciples de saint Pothin, lesquels firent de grands progrès dans les lettres, quoique dans un âge peu avancé. — D. Ruinait, Acta sincera Martyrum, pag. 63, num. 3. — C'est ce qui parut dans la suite, avec encore plus d'éclat, en Caïus et en saint Hippolyte, l'un et l'autre disciples de saint Irénée. — Histoire littéraire de la France, tom. i, pag. 232.

(1) Le 27 janvier, jour auquel l'Eglise célèbre la fête de saint Julien.

Plantata igitur in pago Ccnomanico divini cultus vinea, abrasisque de ea idolorum errorumque omnium tribulis, tempus imminebat, quo beatus illc agricola fructum pii laboris a Domino suo percepturus, ab ipsis prœsentis vitœ laqueis ad œterna felix deberet conscendere régna. Itaque propinquante vocationis sua? die, secedit ad vicum, in quo nunc B. Martialis ecclesia sita est. In quo cuin pluribus degeret diebus, et

assises près de lui : « Voyez-vous cetle lumière que j aperçois?» Ils l'assurèrent qu'ils ne voyaient rien. «Gomment, répliqua- « t-il, vous ne voyez pas noire père Julien, qui nous a ensei- « gné une doctrine si utile, et qui nous a comblés de joie par « tant de merveilles qu'il a opérées en notre faveur? Le voilà « qui vient vers moi, accompagné de trois diacres portant « des cierges. Il vient de nous donner sa bénédiction, son « visage est rayonnant de joie et il s'est retiré en laissant de- « vant nous les trois flambeaux. Je comprends ce signe, il « veut dire que notre père vient de quitter la terre; mais quoi « qu'il nous ait quittés, et que nous devions être désormais « privés de sa présence sensible, jamais néanmoins il ne lais- « sera de répandre sur nous les bienfaits de sa charité, puis- « qu'il vit toujours dans le Seigneur. Levons-nous donc et « allons ensevelir au plus tôt les restes de notre tendre maître, « afin que nous méritions d'avoir pour avocat dans le ciel ce- « lui que nous avons eu pour docteur sur la terre (l). »

Il partit en effet aussitôt; un grand peuple le suivit; on accourut de la cité et du pays tout entier. En arrivant à l'humble demeure où le Saint avait rendu son âme à Dieu, ils trouvèrent son corps couché sur la cendre. Après quelques prières mêlées de larmes, le pieux magistrat fit placer le

instantcr cœlestis vitec dulccdinem suis propinaret auditoribus, levi tactus incommodo, lsctus et alaccr preestolabatur horam, qua laborum certaminumque suorum repositam a justo judicc rccipcret coronam. Et quia Davis sanctae Eccjesiœ absquc gubcrnatorc pcr pelagus bujus muudi non poterat enavigare, sedem sibi a Deo commcndatam, cum communi clcri plebisque consilio, sancto dclcgavit Turibio, quem adjutorcm et socium in sanctae prédication is eatenns babuerat ofticio. Idem enim Turibius presb\ li'iii officio gloriosus cum sancto Pavatio diacono ad rcvelandam Genomanensibus Christ) gratiam, ut ab antiquis suscepimus, cornes et adjutor sancto Juliano a Romanœ urbis Antistite destinatus est. — Gloriosissimus îgitur pastor communi omnium allcctiis(f//.evectus)consonsii, fratrea filiosque suos evocat, et consignato successore, oculis ac manibus in cœlum elevatis, diutissime gratiasagens et collaudànsDominum,ovesque, quas Cbristo acquisierat, eidem sammoPastori cenamendans, ketus et alacer beatia mentis ditatum cœlo reddidit spiritum. — Lethaldus, Vita sancti Juliani, cap. iv, num. 25 et 26. {{) LethaMiu, Vita sancti Juliani, cap. iv, num. 27.

corps du saint évêque sur un chariot, et le fit conduire à la ville.

Le lieu qu'avait habité notre apôtre pendant les derniers temps de sa vie, et qui avait été témoin de son trépas, ne resta point entièrement privé de tout signe d'un tel évènemenl; à toutes les époques, depuis ce jour, la piété des Manceaux les y conduisit pour implorer le secours de saint Julien. Dans les âges de foi, le concours des fidèles y fut très grand, et il n'a même pas entièrement cessé de nos jours. Souvent la confiance des pèlerins y fut récompensée par des prodiges, et la piété des peuples envers notre apôtre en reçut un nouvel accroissement. A une époque très reculée, on éleva dans ce lieu, au sommet de la petite colline dont la Sarthe baigne le pied, au lieu même où mourut saint Julien, une modeste chapelle qui dépendait de l'abbaye de Saint-Vincent du Mans. Les moines de cette abbaye venaient y célébrer l'office divin deux fois par an, le jour de la fête de saint Julien et le jour de la translation de ses reliques. Le même oratoire fut plus tard reconstruit dans le style que l'on nomme gothique. Pendant les troubles religieux de la fin du xviir3 siècle, ce sanctuaire est devenu propriété particulière, e( tombe chaque jour en ruines; cependant on y admire encore des restes dune belle architecture, des vitraux peinls qui retracent les principaux traits de la vie de saint Julien, une châsse ornée d'émaux, qui contenait autrefois une parlie de ses reliques, et enfin de très anciennes slalues. Sous la porte principale, jaillit une fontaine d'eau vive, dont les personnes attaquées de la fièvre boivent l'eau pour obtenir leur guérison (1)

Cependant le cortège arriva en un endroit où il fallait traverser la rivière de la Sarthe, il n'y avait pas de pont, et l'on devait passer par un lieu ordinairement guéable; mais dans ce moment les pluies de l'hiver avaient grossi le cours de la

(1) Le Gorvaisier, pag. 64. — D. Bondomiet, pag. 72. — D. Briant, Cenomania. — Le Paige, Dictionnaire du Maine. — Pesche, Dictionnaire de la Sarthe, tom. v, pag. 363. — Guillois, Vies des Saints du diocèse du Mans, tom. i, pag. 98.

rivière et il était difficile^ lu franchir.Néanmoins, les chevaux qui conduisaient le char funèbre s'avancèrent, et, chose merveilleuse!" ils marchèrent sur l'eau comme surla terre ferme. Ce miracle, dont une immense multitude de personnes de toute condition furent les témoins, excita des transports universels d'admiration, car l'on voyait à côté du char d'autres chevaux nager avec peine, à cause de la rapidité du courant (i).

Dieu semblait se plaire à publier la gloire de son serviteur. Pendant que les habitants de la ville accouraient au-devatit des restes de leur pasteur, une femme avait mis son jeune enfant dans une chaudière placée sur le feu, et le lavait ainsi à l'eau tiède. Surprise, en entendant tout à coup la voix de ceux qui chantaient les hymnes sacrées, elle laisse là son occupation, oublie son enfant dans l'eau et court avec les autres au-devant du saint. Mais tandis qu'elle s'arrête auprès du chariot chargé des précieuses reliques, la flamme s'élève, enveloppe la chaudière, l'embrasement devient extrême et l'eau en bouillonnant, se répand par-dessus les bords. Le pauvre enfant restait paisible au milieu de ces flammes, sans frayeur et sans souffrance. Tout à coup la pensée de son fils qu'elle a laissé exposé à un si grand péril, traverse le cœur de la mère; elle accourt tremblante d'effroi, et poursuivie par l'idée de son enfant en proie à une mort cruelle. Nouveau prodige! l'ardeur de la foi de cette femme avait éteint l'ardeur de la flamme du foyer. Frappée d'une terreur soudaine, à la vue de ce qui venait de se passer dans sa maison, elle ne voulut retirer l'enfant delà chaudière, qu'après avoir forcé par ses cris un grand nombre de personnes à se réunir auprès d'elle, et à être les témoins de la gloire dont Dieu comblait saint Julien (2).

Le corps du glorieux Pontife étant enfin arrivé au Mans, fut confié à la terre, dans le cimetière des chrétiens, avec toute

(1) Lctliiilchis, Vita smicti Juliani, cap. iv, num. 28. (£) Lethakku, /oc. ctf., num. 29.

la solennité et toutes les marques possibles de respect. Selon la croyance générale, le saint évèque fut inhumé dans l'oratoire qu'il avait élevé et dédié aux saints Apôtres; cette opinion est contredite par quelques savants, mais elle semble cependant autorisée par des monuments respectables de la plus haute antiquité (4).

Cette basilique devint doublement chère aux populations évangélisées par saint Julien et même aux peuples voisins; des miracles innombrables y publièrent sa puissance jusqu'à l'époque du renversement des autels, à la fin du dernier siècle, et l'affluence des pèlerins qui venaientde fort loin demander à Dieu, par les mérites de son serviteur, le soulagement de leurs peines devint si considérable, que l'on verra nos évoques à différentes époques, obligés de construire des hospices spéciaux pour les recevoir. Il arriva même à l'égard de ce cimetière, et de la basilique qui y était construite, un fait que l'on rencontre souvent dans les annales des différentes Églises; le peuple perdit de vue les premiers patrons de cet oratoire, et s'accoutuma à implorer saint Julien, comme le véritable patron.

On croit généralement que notre saint apôtre avait écrit quelques ouvrages remplis d'une science toute divine, sur les plus hauts mystères de notre religion, et que ces livres furent conservés dans la cathédrale du Mans, jusqu'au temps où elle fut pillée par les calvinistes, en 1 562. C'est probablement à ces écrits que la liturgie ancienne du diocèse du Mans, faisait allusion en relevant l'éloquence de saint Julien (2). Nous avons dit d'ailleurs plus haut qu'il avait formé une école pour l'instruction des clercs, et il est vraisemblable que l'enseignement s'y donnait de vive voix et par écrit. L'apôtre du Maine aura pu

(1) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, tom. i, col. 408 et 423, 3°.

(2) Hic itaque Julianus romana gencrositate clarissimus, lingna facundus, justitia insignis, nierito fidei apparu.it pereelebris. — Responsorium ad iv lectionem in Officio sancti Juliani.

consigner sur le papier quelques unes des leçons qu'il don nait à ses disciples. Mais nous n'entrons point dans un examen plus approfondi, au sujet des livres que l'on montrait encore au xvie siècle, comme venus de saint Julien, il ne nous est pas resté assez de renseignements sur cet objet. Nous ne nous arrêtons pas non plus aux matières que l'on dit avoir été traitées dans ces ouvrages, pour la même raison , et aussi parce que ces sujets présentent une trop grande ressemblance avec ceux de saint Denys l'Aréopagile, contemporain de saint Julien. On prétend qu'ils traitaient de la Divinité, de la nature et de la distinction des anges, des mystères de notre religion, enfin du très auguste Sacrement de l'autel. D'ailleurs, si ces ouvrages avaient véritablement existé au xvie siècle, comment ne les eût-on jamais cités, dans la controverse qui s'éleva à l'occasion de l'hérésie de Bérenger?

On donne à saint Julien quarante-sept ans, trois mois et dix jours d'épiscopat.

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