ÉPISCOPAT DU BIENHEUREUX SÉVÉRIEN
Le bienheureux Sévérien. — Troubles qui agitent la province —Miracle opéré par saint Eusitius.
Les monuments anciens de notre histoire ne nous fournissent guère que le nom du successeur de Victorius II; il se nommait Severianus, et on l'appelle aujourd'hui Sévérien. Son épiscopat fut très court; on pense qu'il ne dut pas durer pltfs de deux ans. Les vertus de ce prélat lui ont fait donner le titre de Bienheureux par le collecteur des Gestes des Eveques du Mans.
On peut attribuer le silence de l'histoire relativement à cette époque de nos annales, aux troubles qui agitèrent alors notre pays; nous avons déjà fait connaître ces désordres sociaux et leurs causes, et nous avons dit comment la religion s'y trouvait intéressée.
Vers le même temps, saint Eusitius, abbé de Celles, signala son pouvoir miraculeux en faveur d'un pauvre paysan manceau. Dans les désordres qui suivirent l'occupation du pays par les peuples nouvellement venus de la Germanie, ce malheureux était tombé entre les mains de brigands qui faisaient des courses sur noire territoire, et il avait été conduit prisonnier aux environs de Bourges. Passant souvent devant la basilique très fréquentée de saint Eusitius, il se recommandait à lui, afin d'obtenir que cet ami de Dieu, qui avait délivré un si grand nombre d'esclaves pendant les premiers troubles de l'invasion, le rendit à la liberté. Un jour son maître, mécontent de son service, lui fit metlre les fers aux pieds et aux mains, et ordonna de le renfermer, en cet état,
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dans une de ces caves souterraines qui servaient à emprisonner les esclaves que l'on voulait châtier. On le laissa ainsi cinq jours exposé aux tourments de la faim; le cinquième jour, qui était un samedi, le souvenir de saint Eusitius se présenta à l'esprit du pauvre captif; il se prit à l'invoquer avec larmes et gémissemenls : « 0 saint et vénérable Eusi- « tius, dit-il, qui, afin de délivrer vos parents de la faim, « vous êtes vendu vous-même pour un vil prix, délivrez- « moi des tourments que j'endure et rendez-moi à la liberté. » Aussitôt les chaînes tombent d'elles-mêmes, les portes du cachot sont ouvertes; il sort en présence des gardiens frappés d'étonnement et qui n'osent le retenir; il court promptement au tombeau du bienheureux abbé, pour lui rendre grâces de sa délivrance, et ensuite, avec la proleclion du Ciel, il regagne notre pays (1).
(1) Quidam rusticus nomine Martinus in Cenomanicis partibus praedatorum manibus comprehensus, etc. — Labbe, Bibliotkeca manuscriptorum, Miracula sancti Eusitiï, nura. 8, tom. il, pag. 466.