ÉPISCOPAT DE SAINT DOMNOLE
Saint Domnole abbé de Saint-Laurent-lès-Paris. — Il refuse l'évêcbé d'Avignon et accepte celui du Mans. — Ses vertus dans l'épiseopat. — Ses miracles. — Il assiste à plusieurs assemblées d'évêqùes. — Fondation de l'abbaye de Saint-Vincent. — Dons au monastère de Saint-Victorius. — Monastère des Saints-Apôtres. — Hôpital Sainte-Marie. — Saint Pavin. — Monastère de Saint-Martin. — Mort tragique d'Audovère. — Aventures de Mérovée. — Les Manceaux commettent des pillages sacrilèges à Tours. — Saint Domnole au concile de Paris de 577. — Mort de saint Domnole.
Saint Domnole, Domnolus (l), était noble d'extraction, et, suivant le langage dé son temps, de race étrangère, c'est-àdire qu'il lirait son origine des Francs et non des Gaulois ou des Romains, anciens habitants du pays. On ignore le lieu de sa naissance et sa parenté; seulement il y a lieu de penser avec vraisemblance qu'il était né dans les Etats de Clotaire, roi de Soissons, à cause du zèle qu'il montra constamment pour les intérêts de ce prince (2). On ne sait rien non plus de son éducation ni de ses premiers emplois. 11 est probable qu'il avait de bonne heure embrassé la vie monastique, puisque, malgré son origine franque, il fut élevé à la dignité d'abbé avant de parvenir à l'épiseopat (3).
Le monastère que gouvernait Domnole était celui de Saint- Laurent, aux portes de Paris (4). Quoique établi dans le
(1) L'usage vulgaire a étrangement travesti ce nom de Domnole, dont il a fait Tannolay et Anolet.
(2) Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, tom. ni, pag. 328.
(3) Gregorius Turonensis, HistoriaFrancorum, lib. vi, cap. ix. — Voir les notes de Dom Ruinart. — Dom Mabillon, Annales Ordinis S. £., lib. iv, num. 49 et passim. — Gallia Christiana, tom. vu, col. 16, E.
(4) Dom Bouquet, Rerum Gallicarum et Francic. scriptores, tom. x, pag. 272, not. G. — Dulaure, Histoire de Paris, tom. i, pag. 211, 6* édit.
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royaume de Childebert, roi de Paris et de Neustrie, et y exerçant une prélature importante, il s'attacha particulièrement à Glotaire, roi de Soissons, du vivant même de son frère le roi de Paris. 11 relirait dans son monastère les espions que Glotaire envoyait dans celte ville, pour découvrir ce qui s'y passait, et il les cachait souvent au temps du danger, pour les soustraire à la colère de Childebert. Peut-être ces deux princes se montraient-ils réciproquement trop soupçonneux; Clolaire étant frère de Childebert devait hériter de ses États, et avait intérêt à ce qu'on ne tramât rien contre lui, et c'était, sans doute, de ce côté que Domnole avait envisagé les entreprises de ce prince; mais, d'autre part, Childebert connais^ sant l'ambition de son frère pouvait craindre à juste titre que quelques projets injustes ne fussent ourdis par lui (1).
Dès queClotaire fut devenu maître de Paris, par la mort de son frère Childebert, et qu'il n'eut plus besoin des services que Domnole lui avait rendus dans son monastère de Saint- Laurent, il se montra reconnaissant envers lui, et chercha à lui procurer un évêché. Te siège d'Avignon étant devenu vacant sur les entrefaites, Glotaire avait résolu d'en pourvoir Domnole; mais celui-ci ne crut pas devoir accepter une prélature qui l'eût éloigné du séjour le plus habituel de Clotaire et de sa cour, et l'eût placé au milieu d'une population encore toute romaine de langage et de mœurs, position peu agréable pour le fils d'un leude, surtout étant obligé comme évoque de tenir le premier rang dans la cité. Domnole après avoir fait promptement ces réflexions, alla trouver le roi dans la basilique de Saint-Martin-des-Champs, où ce prince
(1) Dom Denis Briant, Cenomania. — Quelques manuscrits du troisième concile de Paris, tenu vers 557, portent la signature d'un personnage nommé Dominialus, que Ton a cru être saint Domnole évoque du Mans; il est en etl'et très probable que cet abbé, qui gouvernait un monastère fort important, et qui dès lors était revêtu du caractère épiscopal, aura siégé dans cette assemblée; mais comme plusieurs manuscrits ne portent point sou nom, comme d'ailleurs il n'appartenait point encore à notre Kglise à cette époque, nous n'en dirons pas da\antaire sur ce sujet. — Dom Labat, Çtmciiiorum Gallice coHectio, loin, i, col. t-i 15-1122.
était venu pour prier. Après y avoir passé une nuit entière dans les veilles et L'oraison, il fit supplier Glotaire par les seigneurs de la cour qui l'approchaient de plus près, de ne le pas éloigner de sa présence comme un banni, et de ne pas l'envoyer dans une terre étrangère, où un homme simple et sans adresse comme lui aurait beaucoup à souffrir parmi des gens pleins d'artifices et de raffinement, dans une ville dont les sénateurs étaient tous sophistes, et dont les magistrats et les juges faisaient les philosophes. Il lui fit remontrer encore que loin de lui faire plaisir et honneur, ce poste ne servirait qu'à l'humilier, et ne lui pourrait causer que des chagrins. Glotaire comprit ces raisons du Franc; il ne le pressa pas d'accepter, et attendit que quelque cité moins éloignée et de mœurs moins romaines se trouvât veuve de son évêque.
L'évêché du Mans devint vacant quelque temps après. Glotaire crut qu'un tel siège serait à la bienséance de l'abbé Domnole, et sans se mettre en peine d'avoir son consentement, il le nomma pour gouverner celle Eglise. Déjà cet abus avait prévalu de laisser aux rois une autorité prépondérante dans le choix des prélats des Églises; les rois mérovingiens en usèrent largement, et Von voit ici un des exemples les plus frappants de la manière facile dont ils disposaient de cette première dignité du sanctuaire. Toutefois unissant toujours l'adresse à la force, les princes du sang de Clovis laissaient s'accomplir un semblant d'élection, et ils trouvaient bon que le clergé et le peuple assemblés devant le métropolitain et les évêques comprovinciaux nommassent celui qui devait les gouverner, pourvu qu'ils ne proclamassent point un autre que l'élu du roi. Glotaire fit donc savoir au clergé et au peuple du Mans qu'il avait destiné Domnole pour être leur évêque : tous s'empressèrenl de le proclamer aussitôt leur pasteur.
Mais ce choix en apparence si peu régulier, avait été conduit par la divine Providence. Ami et protégé de l'ambitieux Glotaire, l'abbé de Saint-Laurent avait conservé les goûts de simplicité et de modestie qui conviennent à la profession monastique. Si l'on avait pu voir quelque ombre d'ambition dans la manière adroite dont il refusa le gouvernement de
SAINT DOMNOLE. 249
l'Eglise d'Avignon, un retour sur lui-même avait suffi pour dissiper ces légers nuages de son âme, et il était sincèrement revenu à l'amour de l'humilité qu'il avait recherchée dans le cloître. Il refusa donc l'honneur qu'on lui offrait, et il ne donna son consentement qu'après avoir connu le désir libre et sincère de tout son troupeau (1).
Domnole ne put prendre aussitôt le soin de son diocèse; il était allé à Rome visiter les tombeaux des Apôtres. Mais avant ce voyage, il avait déjà reçu l'ordination épiscopale comme on la donnait fréquemment en ces temps aux abbés, ou à de simples moines, sans attribution de siège, soit pour faire les fonctions d'évèque dans leurs monastères, comme on en trouve des exemples dans les abbayes de Lobes, de Dol et autres, soit dans l'intérêt des missions chez les infidèles (2).
Enfin Domnole se rendit aux vœux de tout son diocèse, qui l'appelait avec ardeur sur la réputation de son mérite. 11 se montra constamment digne de cette affection, et travailla le reste de ses jours pour la gloire de son Eglise.
L'un des premiers soins auxquels il se livra fut de continuer la construction du monastère, que saint Innocent avait commencé de bâtir en l'honneur de saint Georges, ainsi que nous l'avons rapporté. Sous l'épiscopat de Scienfroy, cet établissement avait fait peu de progrès; mais saint Domnole, qui professa pendant toute sa carrière un attachement marqué pour la vie monastique qu'il avait d'abord pratiquée, le conduisit à sa fin (3).
Conservant dans son élévation les vertus de son premier état, il joignit à l'amour de la pénitence et de la mortification le zèle et les vertus d'un pasteur. 11 ne relâcha rien des observances du cloître pour les jeûnes et les veilles, et dans un âge très avancé il pratiquait des austérités capables d'effrayer
(1) Acta Sanctorum, ad dicm xvi maii, Fi ta sancti Domnoli, auctore presbytero Cenomanensi c.oœvo, num. 2 et 3.
(2) Vita sancti Domnoli, num. 2.
(3 Getta Domni Aigliberti.
250 HISTOIRE DE l/tff.LISE DU MANS.
une jeunesse robuste; il s'efforçait d'animer aux mêmes vertus les fidèles confiés à ses soins. Ses travaux ne furent point infructueux, il eut le bonheur de conduire à Dieu un grand nombre de disciples, qui s'attachèrent à suivre ses exemples (I).
Le zèle de'notre saint évêque brillait particulièrement dans ses prédications, ce premier soin de l'épiscopat. Une puissance particulière animait ses paroles; quand il prêchait en présence de son peuple, c'était à peine si dans toute cette multitude il se trouvait un homme assez insensible pour ne pas verser des larmes. On croyait entendre un ange parler des choses de Dieu, tant ses discours étaient remplis d'onction, et propres à élever les âmes aux pensées du ciel (2).
Domnole n'avait garde de négliger l'office divin; son biographe rapporte qu'il était d'une exactitude rigoureuse, pour le réciter aux heures prescrites par les canons. Il passait même une partie du jour à psalmodier avec les clercs de son Eglise les louanges de Dieu, selon l'usage vénérable de l'antiquité. Après les chants sacrés, sa plus douce occupation était la lecture et la méditation. Sa table ressemblait à celle d'un monastère : on ne s'y permettait pas de discours oiseux, mais un clerc y lisait la parole sainte. Jamais il n'était sans travailler au bien du prochain, ou sans ajouter à ses progrès dans la vertu (3).
Son amour et sa vénération pour les saints se manifestèrent par la générosité avec laquelle il bâtit et décora des basiliques en leur honneur, par les hommages dont il environna leurs précieuses dépouilles, et par la magnificence avec laquelle il célébra leurs solennités. L'Église du Mans semble avoir à cette époque rendu un culte plus solennel à saint Julien, son premier apôtre, qui obtint sous l'épiscopatde saint Domnole, une basilique spéciale desservie par des moines. Saint Innocent avait construit une autre église en l'honneur
(1) Vita sancti Bomnoli >\ num. 3, 6, 14.
(2) Vita sancti Domnoli, num. 14.
(5) Vita sancti Domnoli, num. 6.
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de saint Viclorius II, près des murs de la cité, et il en avait confié le service à un chœur de moines; saint Domnole augmenta celte pieuse fondation.
Afin de rendre plus pompeux encore le culte de ces saints fondateurs et protecteurs de notre Eglise, Domnole invitait aux jours de leurs fêtes les évêques voisins à se réunir à lui, et ils ne manquaient guère de s'y rendre en assez grand nombre. Ces réunions, si fréquentes parmi les évêques de l'antiquité, étaient pour Domnole une occasion d'entretenir un saint commerce d'amitié avec d'autres prélats. Il semble avoir été uni d'une manière particulière avec Audoveus ou Audovée, évêque d'Angers; il avait assisté à la consécration de ce prélat (<l). 11 comptait aussi parmi ses amis le grand évêque de Paris, saint Germain, l'un des hommes les plus remarquables des Eglises Gauloises au vie siècle. Germain avait été instruit dans un cloître, et avait même long -temps pratiqué les exercices dé la vie monastique, lorsqu'il fut élevé sur le siège de Paris, à l'époque où Domnole gouvernait encore le monastère de Saint-Laurent, près des murs de cette ville. La communauté des vertus, des goûts et du genre de vie unirent bientôt ces deux saints personnages d'une étroite amitié. Cette union se manifesta non seulement par les fréquentes visites qu'ils se rendirent pendant tout le temps de leur vie, mais encore par des fondations qui firent la gloire et le bonheur de leurs Eglises (2).
L'auteur contemporain de la vie de saint Domnole a pris soin de conserver le souvenir d'un petit nombre de miracles opérés par cet évêque; il aurait pu, assure-t-il, en raconter beaucoup d'autres; mais il s'est borné à ceux qui lui ont paru plus remarquables. Nous allons les rapporter d'après lui, en abrégeant toutefois son récit.
(1) Baillet, dans la Vie de saint Domnole, a commis une erreur vraiment surprenante; il dit que ce saint était frère d'Audoveus; mais de toute antiquité les é\èques se sont donné le titre de frères, pour marque de la charité qui les unissait.
(2) Pita wncti Domnoli. num. 3 et 17.
252 HISTOIRE DE L'iÎGLISE DU MANS.
Un dimanche après l'office solennel, le saint, selon sa coutume, allait se mettre à table et s'était déjà lavé les mains. Un aveugle nommé Siagrius, vint demander aux serviteurs l'eau dont le saint s'était servi; il s'en lava les yeux avec une foi vive, et priant Jésus-Christ de le guérir par les mérites de son fidèle ministre; aussitôt il recouvra la vue. « Moi- « même, ajoute le biographe du saint, j'ai souvent vu cet « homme, et c'est de sa bouche que j'ai appris non seulement « ce miracle, mais beaucoup d'autres encore opérés par ce « saint évèque. » L'humilité de Domnole fit de vains efforts pour arrêter le bruit de ce prodige (1).
Un homme puissant par sa noblesse et par ses richesses s'élant emparé d'une ferme de l'Eglise du Mans, nommée Tridens (Trans ), l'homme de Dieu exhorta cet usurpateur à reconnaître sa faute, et à restituer à l'Eglise les biens dont il s'était injustement rendu maître. Voyant qu'il n'était point écouté, il pria Dieu de venger sa cause. Sa prière fut bientôt exaucée; le ravisseur fut pris d'une fièvre qui le tourmentait sans relâche : mais il s'obstinait dans son crime et ne voulait point restituer. Or, les biens qu'il retenait ainsi avaient été donnés à l'Eglise mère, et mis sous la protection de la sainte Vierge Marie, et des saints martyrs Gervaiset Prolais, les patrons vénérés de la cathédrale. Pendant que cet usurpateur dormait, il vit la Mère de Dieu qui le frappa au front d'un marteau de fer : la terreur le saisit aussitôt, ses dispositions furent subitement changées, et il s'empressa d'offrir au saint évêque au-delà même des biens qu'il avait usurpés. Toutefois son mal ne le quitta que quand Domnole se fut rendu près de lui. Il restitua au double les biens qu'il avait dérobés; mais tant qu'il vécut, son front conserva la marque d'une blessure faite avec un marteau (2).
Domnole s'était retiré dans le monastère d'Anisole, pour y passer dans la retraite et le silence du cloître le temps du carême, lorsqu'on vint lui dire qu'un Franc d'une noble ori-
(1) Vita sancti Domnoli, num. 7.
(2) Vita sancti Domnoli, num. 8.
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gineel fort aimé du roi, s'était emparé d'une ferme de l'Eglise nommée Bonalla (Baunelles), au pays d'Etampes. L'homme de Dieu laissa s'écouler les solennités paschales , et ensuite il envoya des diacres redemander à ce Franc les biens qu'il avait ravis à l'Eglise; mais celui-ci reçut très mal leur demande. Domnole partit pour aller lui-même trouver le spoliateur de son l'Eglise, et il arriva près de lui le jour même où cet homme cupide donnait un festin à ses parents et à ses amis. Averti par ses gens de l'arrivée de l'évêque, il ordonna qu'on le repoussât, et qu'il n'eût pas même la liberté d'approcher de son domaine. Domnole n'opposa aucune résistance et se relira en adressant ses plaintes à Dieu. La nuit vint, et le saint évoque continua toujours son oraison. Dieu marqua visiblement qu'il avait entendu sa prière; car le leude fut subitement saisi d'une fièvre si violente qu'il expira dès le matin. Ce coup de la main de Dieu répandit une utile terreur; plusieurs personnes qui s'étaient emparées des biens des Eglises les rendirent dans la crainte d'un semblable châtiment; et d'autres mirent un frein à leur cupidité (1).
Domnole fit encore d'autres prodiges. Un jeune enfant nommé Rainarius, Rainier, fut présenté à l'évêque par ses parents. 11 était à la fois aveugle, sourd, muet et boiteux. L'homme de Dieu lui fit une onction d'huile bénite, forma sur lui le signe de la croix, et aussitôt il fut parfaitement guéri de toutes ses infirmités.
Ces merveilles répandaient la renommée de notre saint prélat au-delà des limites de la province. Ainsi , un clerc de l'Hiémois (2), nommé Eleuthère, à la vue de tant de prodiges opérés par l'évêque du Mans, vint le trouver et lui présenta son fils, qu'une fièvre rendait très malade. Domnole se
(1) Vita tancti Domnoti, iiuiii. 9 et 10
(2) Ce canton de La Normandie, dont le chef-licu était Hicsmcs, était voisin de notre province, et, à certaines époques, il a renfermé quelques paroisses du diocèse du Mans; il s'étendait entre le territoire d'Alençon et
celui de Doml'ront; il a même i ompris pendant quelque temps celui d'Alençon et celui de Séez. — Ad. de Valois, Notifia Gallia', pag. 395-495.
254 HISTOIRE Dli L'ÉGLLSE DL MANS.
fait apporter de l'eau, invoque d'abord le saint nom de Jésus-Christ, fait sur cette eau le signe de la croix et la donne à boire à l'enfant. La guérison fut complète et instantanée. Un homme du pays des Andegaves, nommé Stritius, souffrait violemment à la mâchoire d'une pustule enflammée; il vint se présenter au saint et lui demanda sa guérison : Domnole loucha avec un peu de salive la partie malade, et l'infirme se trouva aussitôt guéri. Dans un village nommé Baladon (Ballon), on présenta à Domnole un homme nommé Magnatius. Ce malheureux avait été privé de la vue en punition de ce qu'il s'était livré au travail le dimanche. Le saint prélat invoqua la Sainte-Trinité, fit sur Magnatius le signe de la croix, lui rendit la vue et l'avertit de prendre garde à l'avenir de commettre une faute semblable (\).
Sortant un jour de la cité, et passant près de la prison située à la porte de la ville, il entendit les gémissements des prisonniers et fut vivement ému de compassion. 11 envoya quelqu'un des clercs qui l'accompagnaient dire au gardien de délivrer ces malheureux de leurs chaînes, et de les mettre en liberté. Cet homme répondit qu'il n'osait obéir à l'évêque, craignant d'être lui-même mis à la place de ces infortunés. Domnole voyant que les hommes ne l'écoutaient pas, eut recours au Seigneur; pendant trois jours il ne cessa de prier et de répandre des larmes; à la fin, la prison s'ouvrit d'ellemême, les captifs sortirent en liberté, et on les vit venir dans l'église rendre à Dieu des actions de grâces pour leur délivrance.
Un clerc nommé Ragnoinus, Ragnoin, vint trouver l'évêque pour le prier de lui conférer le sacerdoce. Domnole lui demanda s'il vivait chastement, et ce clerc répondit avec une parfaite assurance qu'il en était ainsi. Le saint l'interrompt aussitôt, et lui reproche de manquer à la vérité; il lui désigne le temps, le lieu et la femme compagne de ses débauches. Le clerc voyant qu'il ne pouvait nier son péché, se
(i) Vitet sancti Domnoli, num. 11 .
SAINT DOMNOLL. 2o5
jette aux pieds du saint pontife et lui fait la confession de sa vie. Cet événement produisit d'heureux fruits; plusieurs clercs qui se disposaient à recevoir les ordres sacrés, mais dont la vie n'était point assez pure , n'osèrent se présenter au saint évêque, persuadés qu'il connaissait le fond des cœurs (4).
Domnole se trouvant un jour dans un domaine de l'Eglise du Mans nommé Crisiacus (Crissé), on lui amena deux démoniaques pour être guéris par ses prières. Les esprits impurs ne cessaient de crier par la bouche de ces malheureux, que la présence de l'évêque était pour eux un supplice insupportable, qu'ils le suppliaient, s'il voulait les chasser, de les laisser entrer dans le corps des pourceaux. Le saint y consentit, fit le signe de la croix, et aussitôt les deux possédés se trouvèrent délivrés. Ce fut un grand sujet d'admiration pour tous les assistants, et le bruit de ce prodige se répandit dans tout le pays. On accourut plus que jamais pour requérir le secours des prières du serviteur de Dieu, et l'espoir de ses clients ne fut pas trompé. Un jour il guérit au même moment toute une foule de malades et de personnes afûigées de différentes infirmités (2).
Au reste, ! omnole n'excitait pas moins l'admiration par les vertus dont sa vie était ornée, que par les prodiges qu'il opérait. C'était dans l'exercice de toutes ces vertus, qu'il trouvait l'énergie dont il eut besoin pour maintenir son troupeau dans l'obéissance aux lois de l'Eglise.
Vers l'an 565, saint Germain l'invita à se rendre à la consécration de la basilique de Sainte-Croix et de Saint-Vincent bâtie près des murs de Paris, et à l'inauguration du monaslèrc queChildebcrlel Ultrogolhe avaient fondé près de cetle église. Il s'y rendit et souscrivit, avec plusieurs autres évoques venus de différentes parties de la Gaule, le privilège par lequel saint Germain exemptait les religieux de ce monas-
(1; yUasancti Domnole, uum. 12.
(2) Vitasamii Domnoli, nuin. 13.
256 HISTOIRE DE l'ÉCEISE DE MANS.
tèrede la juridiction spirituelle des évêques de Paris, et leur donnait une entière liberté sous le rapport temporel (1 ).
Peu de temps après, en 567, saint Domnole assista au second concile de Tours. Cette assemblée se tint le dix-septième de novembre, avec la permission du roi Chéréberl, dans les Etats duquel cette ville se trouvait. Il y assista neuf évèques; deux métropolitains, saint Euphronius de Tours qui y présida, et saint Prétextât de Rouen, avec saint Germain de Paris, Ghalelric de Chartres, Leudebaude de Séez, et quatre suffragants de Tours. Ces suffragants étaient Félix de Nantes, Domilien d'Angers, Victorius de Rennes, et notre saint Domnole du Mans.
Ces neuf prélats assemblés dans la basilique de Saint- Martin firent vingt-sept canons sur des matières de discipline. Ces décrets sont tous importants, et supposent une sollicitude vraiment pastorale en ceux qui les dressèrent. Quelques uns, à la vérité, ne font que renouveler ce qui avait déjà été statué dans plusieurs autres conciles de la Gaule, comme l'obligation d'assembler au moins une fois par an les conciles provinciaux; le célibat des évèques et des autres ministres sacrés; la défense faite aux clercs engagés dans les ordres sacrés de retenir des femmes dans leurs maisons, et divers autres points. Mais on y trouve aussi de nouveaux règlements très utiles pour le maintien du bon ordre dans les Églises et les monastères; et afin de donner plus de poids à ce qu'on y prescrit, les prélats s'appuient souvent de l'autorité de la sainte Ecriture, des conciles précédents, du Siège Apostolique, des ordonnances des empereurs et des rois.
Ce concile est particulièrement remarquable pour notre histoire, parce qu'il fait connaître certains usages liturgiques, qui semblent avoir d'abord été propres à la province de Tours. Ainsi, par suite d'une coutume que l'on croit avoir
(t) Dom Bouillart, Histoire de l'Abbaye royale de Saint-Germaindes-Prés; Pièces justificatives, pag, m.— La souscription de saint Domnole est celle-ci : Dounolus Cenomanensis episcopus consensi et sU$-> scripsi notato die.
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élé établie par saint Martin, on disait un plus grand nombre de psaumes à matines selon la longueur des nuits; par exemple, douze en été, et trente en hiver (1). On ordonna aussi que la sainte Eucharistie ne serait point mise sur l'autel au rang des images, mais au milieu, sous la croix; c'est la première trace connue de l'usage des suspenses, usage devenu dans la suite à peu près général au moins dans la Gaule (2). Les laïques ne doivent point être mêlés avec les clercs pendant la célébration des mystères et l'office divin, mais se tenir dans le lieu qui leur est assigné (3). Outre les hymnes de saint Ambroise qui se chantent dans les différentes heures de l'office divin, on permet d'y introduire celles qui portent le nom de leurs auteurs, et qui ne contiennent rien contre la foi (4). On proscrit les superstitions qui se pratiquaient le premier jour de janvier, et à la fêle de la Chaire de saint Pierre (S). On condamne comme une pratique sacrilège et hérétique dans un évèque de tirer de l'argent ou des présents des clercs qu'il ordonne (6).
Entre les canons qui regardent la discipline monastique, il est défendu aux évèques de déposer un abbé ou un archiprêtre, sans avoir consulté les autres abbés ou les prêtres du même diocèse (7). Deux clercs ou deux moines ne coucheront point ensemble dans un même lit; chaque moine aura le sien à part dans une salle commune (8). Le dix-septième canon est lout entier employé à régler les jeûnes des moines pendant le cours de l'année (9). Tout moine qui sortira de son cloître pour se marier, sera excommunié et séparé de sa prétendue femme, et l'on pourra à cet effet employer le secours
(1) Can. 18.
(2) Can. 3.
(3) Can. 4.
(4) Can. 23.
(5) Cas. 22.
(6) Can. 27.
(7) Can. 7.
(8) Can. U.
(9) Can. 17.
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du juge séculier (l). Les vierges et les veuves qui, après s'être consacrées à Dieu, entreront dans le mariage, subiront la même peine, elles et ceux qui les épouseront (2). Les mariages incestueux sont aussi défendus; afin de rendre cette défense plus sensible, on montre qu'elle est de droit divin, aussi bien que de droit positif (3). Les femmes n'entreront point dans les monastères d'hommes (4).
Le second canon de ce concile, qui recommande avec tant d'instance aux évoques de conserver entre eux la paix et la charité, fut peut être inspiré aux Pères par une malheureuse circonstance qui força quelques uns d'entre eux à excommunier, dans le cours de l'année suivante, Macliau, évèque de Vanius (5). Saint Domnole prit part à cet acte de vigueur disciplinaire, car les historiens font remarquer que tous les évèques de la province de Tours y concoururent. On croit aussi que cette déposition se fit, selon l'usage, en un concile de la province (6).
Dans le concile de Tours dont nous venons de parler, Domnole signa avec Euphionius de Tours, Prétextât de Rouen, Germain de Paris, Félix de Nantes, Domilien d'Angers èl Victorius de Rennes, une lettre célèbre, adressée à sainte Radegonde. Celte pieuse reine avait bâti près de Poitiers un monastère où elle vivait avec un grand nombre de vierges consacrées à Dieu, sous le patronage de la sainte Croix. Ayant appris que ces évèques étaient assemblés en concile à Tours, elle leur adressa une lettre pour les prier de prendre son monastère sous leur protection, et d'approuver la règle qu'elle y avait établie. C'était la régie de saint Césaire d'Arles. Les évèques répondirent aux désirs de Radegonde, en la félici-
(1) Gan. 15.
(2) Gan. 20.
(5J Can. 21.
(4) Can. 16. — Dom Labat, Conciliorum Galliœ col/ectio, tom. i, col. 1165.
(5) Dom Morice, Histoire de Bretagne, tom. I, pag'. 18.
(6) De La Lande, Conciliorum antiquorum Galliœ supplementum, pag\ 56. — Dom Labat, Conciliorum Galliœ col/ectio, tom. i, col. 1182.
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tant de ce que par ses soins la piété florissait dans une communauté, dont les exemples produiraient les plus heureux fruits. Ils lui promirent d'assurer l'observance de la règle par l'usage de leur autorilé, et s'y obligèrent en faisant de celle promesse un décret (l).
Vers la même époque, une peste terrible désolait l'Auvergne (2). De ce pays elle passa dans le Berry, et par les ravages qu'elle y fil, elle jeta l'alarme dans les provinces voisines. Ce fut dans ces tristes circonstances que Domnole et trois autres évèques de notre province ecclésiastique écrivirent une lettre pastorale adressée à leurs troupeaux pour les exhorter à désarmer la colère de Dieu (3).
« Gomme il est, disent-ils, d'un devoir indispensable aux évêques de veiller sans cesse au salut des âmes, de reprendre et d'exhorter les pécheurs, nous nous croyons obligés de vous avertir que, dans la calamité présente, l'observation des préceptes et les œuvres de pénitence sont la seule ressource que nous puissions trouver. C'est pourquoi nous exhortons ceux d'entre vous qui sont fiancés de différer leur mariage. Nous recommandons cà tous de donner à Dieu la dîme de leurs biens pour conserver le reste. Il nous a dit que l'aumône éteint le péché, comme l'eau éteint le feu (4); pourquoi ne lui offririons-nous pas une partie de ces biens? Ce n'est pas les perdre que de les lui donner. Nous exhortons tous les ennemis ;i se pardonner mutuellement, et à se réconcilier avec une charité sincère Nous souhaitons que chacun de vous paie la dîme de tous ses biens, !a dîme aussi des esclaves. Que ceux qui n'ont pas d'esclaves paient un frémisse pour chaque enfant; car, puisqu'on dit que celte maladie de dix personnes en enlève neuf, n'est-il pas convenable d'en donner une à Dieu pour en conserver neuf? Ceux qui n'ont
(1) GicporiusTuroneii-is, ttistoria Francorim, fib. lX,Cffp. xxxix. (ï) GrcgnriiisTiironcnsis, Historia Francorum,\ïb. iv,eap.xxxi,x\xin. (5) Le P. Lal>be et I)om Llbat rapportent cette lettre, que l'on u-oil écrite dans un concile de la province de Tours, à l'an 567. (4) Eccli. m, 33 — Luc. xt, 41.
260 uiSTOiRE ut; l'église i3u mans.
pas d'esclaves pourront donner à l'évêque le tiers d'un soi] pour chacun de leurs enfants. Toutes ces aumônes seront fidèlement employées au rachat des captifs. Enfin, s'il y en a parmi vous qui aient contracté des mariages suspects d'être incestueux, nous les exhortons, et nous les prions même pour leur salut, de se séparer jusqu'au grand concile, de peur qu'ils n'attirent sur eux la vengeance du Ciel (I). » Telle est en substance cetlelellre pastorale que signèrent saint Euphronius de Tours, saint Félix de Nantes, Domitien d'Angers et saint Domnole du Mans.
Saint Félix de Nantes, que nous avons déjà plusieurs fois nommé, célébra, en l'année 570, la consécration de l'église cathédrale de sa cité. Cette église avait été commencée par son prédécesseur Evemarus, et il eut le bonheur de la conduire à son terme, et d'en solenniser la dédicace avec la plus grande pompe (2). Il convoqua pour cette solennité un grand nombre d'évêques de différentes partiesde la Gaule; Domnole s'y rendit aussi, et saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, célébra cette cérémonie dans ses vers (3). Au milieu d'une assemblée de prélats si éminents par leurs vertus, que plusieurs d'entre eux ont été élevés par l'Eglise sur les autels, Domnole brilla d'un éclat tout particulier, et c'est avec bonheur que le poète chante cette gloire de l'évêque du Mans (4).
Bientôt Domnole convoqua à son tour les évêques ses voisins, pour une solennité non moins remarquable. Au milieu des fatigues de son ministère, il avait conservé un vif attrait
(1) Dom Labat, Concillia Galice, tom. I, col. 1181. — Voyez les observations de M. Naudet sur cette lettre, Mémoires de V Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tom. vin, pag\ 541.
(2) Le Gointe, Annales ecclesiavtici Francorum, ad annum 568, et le P. du Sollier, Acta Sanctorum, ad diem vu julii, pag. 474, mini. 16, rapportent cette dédicace à Tan 568; cependant, tous les autres s'accordent à la mettre en Tan 570.
(8) Fortunatus, lib. m, carra. 6.
(4) Domuolus hic fulget meritis; Maracharius inde,
Jure sacerdotii eultor uterque Dci.
SAINT DOMNOLE. 2G1
pour les exercices qui furent l'occupation de ses premières années. Toutes les fois qu'il lui était possible, il retournait aux paisibles occupations du cloître; la solitude d'Anisole lui servit souvent de retraite, et il y allait passer les temps que l'Eglise a spécialement consacrés à la pénitence, afin de s'y livrer plus librement à son amour pour la contemplation (1).
Mais il ne se contentait pas de posséder dans son diocèse un grand nombre de monastères, il désirait en avoir un dans sa ville épiscopale; et ainsi qu il le dit lui-même, il voulait établir une forteresse qui défendit sa cité, et un refuge pour sauver les âmes. Ces pensées, que son zèle et sa piété pour l'Eglise lui avaient inspirées, étaient partagées par son peuple (2). Plein de sollicitude pour une fondation qui devait être l'une desplus grandes œuvresde son épiscopal, Domnole choisit d'abord le lieu où il devait l'établir. A l'orient de la cité, et sur un terrain élevé qui en était alors entièrement isolé, il jeta les fondements du nouveau monastère.
Quand les constructions furent achevées, il invita à la solennité de la dédicace un grand nombre dévêques. Le plus remarquable de tous ceux qui s'y rendirent fut saint Germain, évêque de Paris, qui avait beaucoup contribué par ses avis et ses encouragements à cette fondation; aussi accomplit-il avec saint Domnole les rites si imposants de la consécration et de la dédicace de la basilique et du monastère (3).
Cette consécration se fit en l'honneur des saints diacres
(1) Quodam quadragesimœ temporc, in ccllam Anisolre monasterii vir sanctns scsc abdiderat, Domino in silcntioet solitudine vacatnrns.— Vita sancti Doninoli, nura. 9.
(2) Extrnxit autein sandre Eeclcsire amator dcvotissimus monaslerium quoddam, in suburbio civitatis sure, tuin ut ojus urbis esset mnnimentum, tnm ut posset Domino animas lucrifacere... — Vita sancti Domnoji, nnm. 4-7. — Compendium historiale sancti Vincent ii Cenomanensis, n primo cœnobii conditu ad annum 1612. MS. de la Bibliothèque nationale, fonds Gaignièrc, n° 5i45.
(3) ... Ipsi autem consécration] adesse volait memoratum ficrmanum cpiscopnm, ut amborum solemni dedicatione ad tnajorem populus devolionem incilaretur... — Vita sancti Domnoli, nnm. 4.
$62 HISTOIRE DE l'ÉCLISE DU MANS.
et martyrs Vincent et Laurent; une partie considérable du chef du premier, et une relique notable du gril sur lequel le second avait souffert le martyre furent déposées dans la basilique (1). Domnole établit en même temps Leusus pour abbé du monastère, et lui abandonna la conduite des moines qui devaient l'habiter.
Mais suivant l'usage, Domnole mit le comble à sa générosité en dotant richement cette abbaye de Saint-Vincent et de Saint-Laurent. Le jour même de la consécration, en présence des évèques qui y avaient assisté et d'un nombreux clergé, il rédigea un acte authentique par lequel il assurait aux moines plusieurs fonds de terre. Après avoir rappelé qu'il a songé à établir ce cloître, afin que les prières de ses habitants fussent comme un rempart qui protégeât sa ville épiscopale, il déclare lui donner le domaine de Trilio (Tresson), qui était alors fort considérable, avec les champs, les prés, les pâturages, les bois, les eaux, et les cours d'eau qui en dépendaient, aussi bien que les familles d'esclaves attachées à la culture de ces terres, et un troupeau de chevaux nourris sur le même fonds. Il donne encore un autre domaine nommé Fraxinidum (Fresnai) avec ses vignes, forêts, prairies, pâturages, eaux et cours d'eau, avec les dix familles d'esclaves
(1) Vita sancti Domnoli. — Tillomont, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique, tom. iv, pag. 44. — Cet auteur ajoute, dans un autre endroit, en parlant de sainte Foy, saint Caprais et saint Vincent martyrs : « Saint Domnole, évoque du Mans, bâtit auprès de sa ville, au vie siècle, une abbaye de Saint-Vincent, martyr, et de Saint-Laurent... Il y mit le chef de saint Vincent, ce que l'on entend communément de celui d'Espagne (dont on voit néanmoins que le chef a été apporté d'Espagne à Castres long-temps après). C'est donc plutôt de quelque autre saint Vincent (et sans doute de celui d'Agen, qui était alors fort honoré en France)...» — Ibidem, pag. 548. — Malgré cette remarque du célèbre critique, l'abbaye de Saint- Vincent du Mans pouvait se croire en possession du chef de saint Vincent deSaragosse, d'abord parce qu'elle était dépositaire de cette précieuse relique long-temps avant que la ville de Castres crût la posséder; en second lieu, parce qu'il suffisait que ces deux Églises gardassent une portion plus ou moins considérable de la même relique pour être en droit, selon l'usage reçu, de se prétendre en possession du chef de saint Vincent d'Espagne,
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qui habitaient et cultivaient cette terre. Le prélat ajoute un domaine moins considérable et qu'il nomme Buccus, et une prairie sur les bords de la Sarthe, avec les troupeaux qui y étaient nourris, et les esclaves qui en étaient chargés (l).Domnole désigne pour l'exécution de ses ordres le prêtre Leudric, défenseur de l'Eglise. Enfin il appelle les analhêmes du Ciel sur ceux qui tenteraient de troubler l'abbé ou les moines de Saint-Vincent dans la jouissance paisible de leurs revenus. Cet acte est donné au Mans, la veille des nones de mars, la cinquième annéedu règnedeChilpéric, qui correspond à l'an 572. Il est écrit delà main du diacre Arnaul, et est signé d'abord deDomnoIe, puis de saint Germain quilesouscrivitàlaprière du clergé du Mans, enfin des évêques Dinamus, Injuriosus, et Theodulphus dont les sièges ne sont pas connus [t).
On a quelquefois disserté pour savoir quelle fut la règle suivie par les premiers religieux de l'abbaye de Saint-Vincent: il est probable qu'ils ne furent poinl, même dès l'origine, entièrement étrangers à l'observance bénédictine. Depuis trente ans que saint Maur avait apporté la règle du Patriarche des moines d'Occident dans la Gaule, elle avait fait de grands progrès dans ce pays. Son caractère dislinctif, la discrétion, qui la rendait si supérieure à toutes les autres règles monastiques, en introduisit promptemenl la renommée et la pratique dans tous les monastères. Il ne faut point oublier que le successeur de saint Innocent avait des raisons toutes
(1) Les deux premiers domaines, Tresson et Frcsnai, sont appelés villa, c'est-à-dire an territoire, une campagne contenant plusieurs habitations; Buccus (qui est peut-être Bouche-l'Huisne, domaine situé au confluent de la Sarthe et de l'Huisne), est désigné sous le nom de Fillula.
(2) Subscripsit autcm sua manu et approbavit hcatus Germanus, pluresqûe alii episcopi. — Vita sancti Domnoli, num. 4. — Ce passage des Actes de saint Domnolc prouve évidemment qu'il s'est glissé des erreurs dans la leçon du testament de ce saint évèquc, publiée par les savants éditeurs des Acta Sanctorltm. Elle ne porte que trois noms d'évèques, Domnole do Mans, Germain de Paris, Audovcus d'Angers. 11 y a aussi vraisemblablement quelque erreur au même endroit dans les Gestes des Evêques du Mans, et c'est pour cela que nous nous en écartons en quelque phose, quant aux dates.
particulières d'aimer et de propager l'observance du code bénédictin. Mais en même temps, il n'était pas d'usage à celle époque dans les différents cloîtres, de s'astreindre à une seule règle; saint Benoît recommande à ses disciples de lire les écrits des premiers solitaires; aussi, tout en suivant les prescriptions de ce grand législateur pour la conduite habituelle du monastère, on ne laissait pas alors de prendre dans les autres règles les observances jugées nécessaires ou utiles (1).
L'amitié qui unissait saint Domnole et saint Germain se signala d'une manière louchante dans la fondation de Saint- Vincent. Ils voulurent que leurs cendres fussent unies après leur mort, et reposassent ensemble dans cette basilique destinée aux psalmodies monastiques, qu'ils avaient tant aimées et d'abord pratiquées l'un et l'autre. L'évêque du Mans y fit préparer un tombeau pour son ami, près du lieu où il devait reposer lui même. Nous dirons plus tard comment ce vœu des deux pieux amis ne put être rempli (2).
Le monastère de Saint-Vincent fut toujours pour Domnole l'objet de la plus tendre affection. Plusieurs années après sa fondation, et l'année même qui vit la mort de ce grand évêque, c'est-à-dire en 581 , il avait invité Audoveus, évêque d'Angers, à venir célébrer avec lui la fête de saint Victorius, qu'il honorait d'une manière spéciale et qu'il appelait son patron et son prolecteur. En présence de cet évêque et d'un autre
(1) Dom Mabillon, Acta Sanctorum 0. S. B. Prœfationes in sœcul. i, in sœcul. h, in sœcul. m. Annales Oi'dinis sancti Benedicti, passim. — Dom Bastide, Dissertatio de antiqua Ordinis sancti Benedicti in Gai' lias propagatione. De Ordinis sancti Benedicti Gallicana propagatione. — Gum vero sanctiVincentii monasterium, in suhurbio Cenomanensi a sancto Domnolo episcopo aedificatum, régula) bcnedictina? a primo conditu addictum fuisse videatur; ideirco sanctum Paduinum nostris accensuimus. — Dom Mabillon, Annotatio in Vitam sancti Paduini.
(-2) Tanto autem amure beatissimum Germanum episcopum complectebatur, ut in ea ipsa sanctorum Vincentii et Laurentii martyrum eccle* sia, sepultura? locum ci prœpararit : ubi tamen postea, ob certas quasdam causas, non sanctus Germanus, sed ipsemet digne bumatus est. — Vita sancti Domnoli, num. 4,
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nommé Theodulphus, dont le siège resle inconnu, il fil une nouvelle donation aux moines de sa chère abbaye. Elle consistait dans le magnifique domaine (l) de Canon, qui est aujourd'hui la paroisse de Goulongé, avec les champs, forêts, prairies, pâturages, eaux, cours d'eau, et les colons qui y habitaient. Il livre tous ces biens à Leusus, abbé du monastère, pour la subsistance des moines, et comme celte terre avait appartenu à l'Église du Mans, il déclare positivement qu'il ne la donne que parce qu'il y a été engagé par le clergé de celle Église. Le défenseur de l'Église, qui était alors le diacre Niviard, est chargé d'en assurer la paisible jouissance à l'abbé et aux religieux . De plus, comme si Domnole eût prévu les malheurs qui devaient arriver, il menace des plus terribles anathèmes, ceux qui ne respecteraient pas ses intentions. Il demande en retour aux moines, de faire après sa mort, chaque année, mémoire de lui. Cet acte est signé des évêques Domnole, Audoveuset Theodulphus (2).
En dehorsde ces pieuses largesses, Domnoleaugmenta avec une générosité vraiment magnifique les revenus du monastère des Saints-Apôtres, et y fit de nouvelles constructions. Bientôt on vit près de cinquante moines occupés dans ce cloîtreàtous les exercices de la vie religieuse, et vivant dans une parfaite régularité. Déjà, depuis l'épiscopal de saint Innocent, ces religieux étaient chargés du soin des étrangers et des pèlerins que la dévotion conduisait au tombeau de saint Julien; Domnole pourvut à ce que leur hospitalité fût digne de la charité qui l'inspirait (3). Ce monastère semble avoir
(1) Villa.
(2) Dans plusieurs copies, ce diplôme ne porte pas de date, dans d'antres il est daté de l'an 581. Gesta Domni Domnoli. — Gesta Domni AIilrirj.
(3) Cumque religionis monasticœ propositum mirifice complccteretur, in ca cellula, in qua sanctus Julianus, prhnus Cenomanorum cpiscopus, corpore requicscit, juxta monasterium Victorii, quod si t uni est ad Rumen Sartham, monasticum instituium, quod jam pridem illic florere cœperat, mirifice augmentavit, adeo ut quinquaginta fere mouachos illic régulariterdegere foluerit, caque quœ ad victuni pertinent, tam illoruni quam
été le plus ancien de la province; mais il perdit, vers cette époque, son premier nom, et porta désormais celui de saint Julien (<l).
La charité de Domnole allait au devant de toutes les misères. Ce fut pour secourir les indigents, auxquels on ne permettait pas de pénétrer dans les murs de la ville, qu'il établit à une petite distance, au-delà du cours de la Sarlhe, un monastère en l'honneur de la bienheureuse Mère de Dieu et du Prince des Apôtres. Il le dota de biens appartenant à son Église, et en assez grande quantité pour que les pauvres, les étrangers et tous les malheureux qui ne pouvaient être reçus dans la cité, y trouvassent le soulagement à leurs besoins (2).
Pour remplir ces devoirs de l'hospitalité et du soin des malades, que Domnole recommanda avec tant d'instance aux religieux de ce monastère, il voulut qu'ils fussent toujours au nombre de vingt-quatre, et il remit la conduite de l'hospice à un moine d'une très sainte vie, alors prévôt ou prieur de l'abbaye de Saint-Vincent, qui se nommait Paduinus, et qui est connu vulgairement sous le nom de saint Pavin (3).
Né au sein d'une famille illustre, et probablement dans le pays du Maine, Pavin fut prévenu dès son enfance des grâces les plus abondantes. Dès lors il se sentit appelé à la solitude, et ne songea qu'à sacrifiera Dieu les avantages que le monde lui présentait. Dans un âge encore tendre il pratiquait des austérités au-dessus de ses forces. Bientôt il quitta la maison de son père, et se mita visiter les serviteurs de Dieu et les sanctuaires les plus chers à la dévotion des fidèles II
peregrinorum et adventantium, magnifiée suppeditarit. — Vita sancti Domnoli, num. 5.
(1) Dom Briant, Cenomania.
(2) Aliutl que-que monasteriolum et xenodochium ultra Sartham flumen, in honorem bcatissimae Matris Dei et Virginis Maria?, sapienter œdificavit, atque suœ Ecclcsirc rébus dotavit; accurate constituens, ut illic paupercs et peregrini egentcsque omues, qui intra urbem propter ejr.s jugem custodiam adinitti non possent, reciperentur, etc. — f'i ta sancti Domnoli, num. 5.
(3) Dom Mabillon, Acta Sanctorum 0 S. B. sœcul. i, Vita sancti Paduini, abbatis.
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s'arrêta enfin dans l'abbaye naissante de Saint- Vincent, où sa vie ornée de toutes les vertus, le fit élever au grade de prieur. 11 géra cet office avec beaucoup d'avantage pour le monastère, et un acte, qui se lit dans les Gestes de saint Aldric, prouve qu'il montra de la vigueur pour maintenir l'abbaye dans la jouissance des biens qu'elle possédai! . 11 ne craignait pas même de poursuivre les détenteurs injustes (1).
Pavin remplissait sa charge sous l'abbé Leusus, et telle était l'opinion générale qu'il avait donnée de sa verlu et de ses talents, que saint Domnole ne crut pouvoir rencontrer nulle part un supérieur plus capable de conduire le nouveau monastère.
Le nombre de ceux qui vinrent se ranger sous la conduite de l'abbé Pavin fut si grand, que bientôt il fallut fonder vingtquatre celles ou prieurés dans le diocèse pour ces nouveaux religieux. Tous ces monastères recevaient la direction du saint abbé (2).
Pavin unissait à la conduilede son monastère et à la direction de son hôpital, le minislère de la prédication, et sa parole était douée d'une efficacité si merveilleuse, qu'elle produisait les plus heureux fruits sur les peuples. Son zèle lui attira souvent de dures contradictions qu'il supporta avec une patience inébranlable.
Tant de vertus furent récompensées du don des miracles. Le premier qu'il opéra, fut la guérison d'un aveugle: ce malheureux demanda l'eau avec laquelle le saint abbé s'était lavé les mains; on la lui donna, il s'en lava les yeux, et immédiatement il recouvra la vue. Il courut aussitôt répandre le bruit de ce prodige, el comme un grand nombre de lémo'ns purent le constater, la réputation du thaumaturge s'étendit de plus en plus. Il délivra ensuite un enfant qui était possédé du démon, en faisant sur lui le signe de la cruix, el en adressant à l'esprit mauvais ces paroles: « Ennemi des hommes, a tu ne détruiras point celte créature que tu n'as point créée. »
(1) Gfista Donnai Aldrici, num. 69.
(2) Vita sancti Paduini^ num. 3.
Une femme qui était affligée de stérilité, supplia Pavin de lui obtenir un enfant, promettant de l'offrir à Dieu pour le ministère des autels: l'abbé pria, cette femme devint féconde, et elle donna son fils à l'homme de Dieu pour qu'il l'élevât, l'instruisît et le formât au service divin.
Un dimanche, pendant que Pavin célébrait les saints mystères, un aveugle vint le prier de le guérir. L'abbé lui ordonna de passer la nuit en prière dans la basilique, et le malin il lui appliqua sur les yeux un peu de salive, forma sur lui le signe de la croix, et implorant le Seigneur avec une foi vive, il lui rendit la lumière. Le saint fit encore un grand nombre d'autres prodiges qui rendirent son nom populaire, et lui attirèrent la vénération des peuples.
Ce n'étaient pas seulement les souffrances physiques de ses frères qui attiraient la compassion de Pavin; outre les prédications auxquelles il s'employait avec zèle, il avait ouvert dans son monastère une école qui ne larda pas à devenir célèbre, et à laquelle on se rendait de toutes parts (1).
L'éducation des enfants, comme nous avons déjà eu occasion de le remarquer, était à celle époque l'une des principales occupations des cloîtres; on a vu, sous l'épiscopat de saint Innocent, des traces positives de cet usage dans les monastères nombreux de notre diocèse; mais, vers la fin du vie siècle, tous ces monastères ayant embrassé la règle bénédictine, on dut s'y livrer d'autant plus volontiers à cette occupation, dont le grand Patriarche du Mont-Cassin avait luimême donné l'exemple. Dailleurs les écoles civiles allaient toujours de plus en plus vers leur ruine; elles n'étaient plus qu'une ombre informe de ce qu'elles avaient été; il était tout naturel que les moines, qui conservèrent la plus grande parlie
(1) C'est par distraction que l'on a quelquefois rapporté l'origine de cette école monastique à l'épiscopat de saint Bertrand; saus doute, grâce à la faveur dont ce puissant évoque comblait les moines, l'école de Saint- Pavin-des-Champs prit, sous lui, de nouveaux accroissements; mais son origine remonte au temps de saint Domnole, comme le rapporte Fauteur contemporain de la Vie de cet évêque.
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de ce que le monde antique avait de culture et de civilisation, recueillissent l'héritage de l'éducation libérale.
Enfin, le saint abbé Pavin, après de longs travaux et une vie remplie de vertus et de prodiges, prédit à ses religieux l'heure de sa mort; puis, quand ce moment fut près d'arriver, il se fit déposer sur le cilice et la cendre, éleva les mains et les yeux au ciel, et son âme s'envola dans le séjour des bienheureux. C'était aux ides de novembre (1), vers l'an 580. Ses disciples l'ensevelirent duns la basilique de son monastère. Bientôt après, le tombeau du saint devint célèbre par les miracles qui s'y opérèrent en grand nombre, et par les nombreux pèlerins qui vinrent le visiter (2).
Telle fut l'origine du monastère de Sainte-Marie-de-Baugé, du nom d'un tertre près duquel il était bâti (3) 11 devint en peu de temps célèbre surtout par la réputation du saint abbé et par l'école qu'il y dirigeait. Cette école, pendant toute la durée des temps mérovingiens, rivalisa avec celle du mo-
(1) Le 15 novembre.
(2) La Vie de saint Pavin a été publiée par Dom Mabillon au premier siècle bénédictin, d'après un manuscrit de la paroisse de Saint-Pavindcs-Champs, où il se conservait encore au dernier siècle. « 11 y a bien de « l'apparence, dit Dom Rivet, que cette Vie a été écrite assez peu de temps « après la mort du saint abbé, quoiqu'elle nous apprenne peu de chose « de particulier, car elle ne raconte guère que ses miracles suivant le goût « du temps, et elle s'étend trop sur des lieux-communs, dans lesquels l'au- « leur prend plaisir à citer l'Ecriture sainte qu'il connaissait bien. On « doit cependant y remarquer la mention spéciale qu'il fait de l'école éta- « blie dans ce monastère. Il faut aussi remarquer que l'auteur emprunte « plusieurs phrases à saint Fortunat, évêque de Poitiers, dans sa Vie de « saint Aubin, et à l'auteur contemporain de la Vie de saint Domnole, « Vie qu'il semble avoir voulu imiter. » — Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, tom. m, pag. 559. — Le P. Lelong porte sur cette légende un jugement beaucoup moins favorable, mais évidemment exagéré. Lelong et Fontette, Bibliothèque historique de la France, liv. Il, n« 12130.
(5) Sanctus Domnolus qucmdamlocum inter iluviumSartlueet montem Balgelî iiun quibusdam famulis circuin nianentibus eidem assignavit, que Bibi monasterium construcret, caeterosque regulari vita inl'ormaret. — Vita sancti Padu'ni.
naslère d'AnisoIe, et elle fut pour loule la province l'un des principaux foyers de lumières et de vie(1). Le monastère luimême devint très florissant pour le nombre de ses moines, et le concours des fidèles autour de ce sanctuaire fut l'origine du bourg de Saint- Pavin -des -Champs, près le Mans (2).
Le zèle de saint Domnole pour ia propagation de la vie re ligieuse trouva des imitateurs. Le prêtre Eoladius et la religieuse Baudomalla ou Baudomalia fondèrent, dans l'intérieur même de la cilé, un monastère sous le nom de saint Martin. Comme ces deux fondateurs étaient riches, ils dotèrent ce nouveau cloître avec générosité : ils lui donnèrent le domaine ou villa de Moliniacum, que l'on croit être la paroisse actuelle de Moulins; un autre domaine du nom de Levuste, dont la position est difficile à reconnaître aujourd'hui; celui de Popiliacum, qui est l'un des lieux nommés Poillé, siluédans notre province; celui d'Aciacum (d'Assé-le-Riboul); Verriciacum. qui est peut-être la paroisse de Saint-Saturnin sur la petite rivière du Vrai; Potins (Poche) et enfin Cipidus, qui est la paroisse de Spay.
Mais tel était le malheur de ces temps, continuel théâtre de la violence et de l'expropriation injuste, que Eoladius et Baudomalla, pour assurer l'exécution de leurs intentions, eurent recours à Chilpéric Ier (3), roi à Soissons et au Mans, qui leur accorda en la septième année de son règne, c'est-àdire l'an 568, un diplôme royal qui confirme et assure à la basilique de Saint-Martin et aux moines de ce monastère les domaines que nous venons de nommer, avec tous leurs droits et privilèges. Ce diplôme est signé au palais de Captonnay ou Capnay (Capliniacus) , et nous apprend que le prêtre Eoladius
(1) Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, pag\ 174. — Hauréau, Histoire littéraire du Maine, tom. i, Introduction, pfcg. xxv.
(2) L'église paroissiale de Saint-Pavin-des-Ghamps remplace la basilique du monastère, et elle est sous le patronage du saint dont elle porte le nom.
(3) Le manuscrit des Gestes des Evêques du Mans porte Tbeodebertbus. M. Gauvin propose de lire Ghildebertus. — Géographie ancienne du diocèse du Mans, Instrumenta, pag. xiv.
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appartenait à l'une des premières classes de la société, puisque le roi lui donne le lilre de vir inhtsler.
A l'époque où l'élat monastique était si florissant dans noire Église, le palais des rois francs continuait d'être témoin des plus sanglantes tragédies. Audovère, première femme légitime de Chilpéric. lui avait déjà donné trois fils et une fille, lorsque ce prince, poussé par une passion coupable, forma la résolution de se séparer d'elle. Frédégonde, attachée au service de la reine, en qualité de servante, et qui était l'âme de cette trame inique, pour donner au roi un prétexte de rompre son mariage, conseilla à Audovère détenir elle-même sur les fonts de baptême le dernier fils dont elle était accouchée pendant l'absence de son mari, lui persuadant qu'en se faisant ainsi doublement mère de cet enfant, elle en serait d'autant plus chère à son père. C'était un piège tendu à la simplicité d'Audovère, les canons interdisant rigoureusement l'usage du mariage entre ceux qui avaient contracté une alliance spirituelle. Audovère se laissa surprendre, et bientôt après on fit valoir contre elle celte imprudence, et Ghilpéric rompit un mariage qui contrariait sa passion pour Frédégonde.
Après que le roi de Soissons eut déclaré à Audovère qu'il la repoussait de son lit, il lui conseilla de se retirer, avec sa fille, dans quelque cloître de son choix. L'infortunée reine accepta ce projet auquel elle ne pouvait guère se refuser, sans exposer ses jours ; elle reçut de son époux plusieurs domaines pour son entrelien, et vint chercher un asile dans un monastère du Maine. Dans cette retraite, Audovère et sa fille prirent le voile des servantes de Dieu, et y vécurent en paix pendant près de seize années. (De 564 à 580 environ.) Mais Frédégonde n'était pas encore satisfaite de partager la couche de Ghilpéric; la vie de la paisible Audovère lui était insupportable, à cause surtout des trois princes qu'elle avait mis au monde, et qui restaient au palais de Soissons. Elle arma le fer des assassins, et l'épouse légitime de Ghilpéric fui cruellement massacrée, par ordre de la concubine de ce prince, dans le monastère même où elle demeurait. Sa fille fut épargnée,
mais elle fut dès lors plus étroilement gardée. Celle jeune princesse esl celle qui sous le nom de Bazine fui, avec sa cousine Chrodielde, la cause de tant de troubles dans le monastère de Sainte-Croix de Poitiers, comme nous aurons occasion de le dire dans la suite (l).
Pendant que les jalousies cruelles de Frédégonde préparaient le forfait que nous venons de raconter, sa perfidie en méditait un autre dont le récit appartient également à notre histoire.
Lorsque Sigebert eul succombé sous les poignards empoisonnés de cette femme perfide, Brunehaut, veuve du roi d'Austrasie, tomba au pouvoir de Chilpéric, qui la dépouilla de ses trésors et l'envoya en exil à Rouen. De son côlé, Frédégonde étant devenue mère, conspirait la perte des trois fils de son ancienne rivale, Théodeberl, Mérovée et Clovis.
Pendant que Chilpéric était à Paris, Mérovée qui y avait accompagné son père, s'était ému de compassion en voyant Brunehaut prisonnière de ce prince; tant de jeunesse, de beauté et de malheur avait parlé fortement à son cœur. Ses regards compatissants n'échappèrent pas à la veuve de Sigebert; elle comprit qu'elle élait aimée de Mérovée qui, comme elle, abhorrail Frédégonde. Quelque temps après, et lorsque Brunehaut était déjà dans son exil de Rouen, Chilpéric envoya Mérovée avec des troupes au territoire de Poitiers. Mais ce jeune prince, oubliant les ordres de son père, passa à Tours les fêles de Pâques, el puis, sous le prétexte d'aller voir sa mère dans le monastère qu'elle habitait dans le Maine, il se rendit à Rouen pour épouser Brunehaut.
(I ) GrcgoriusTurouensis, Historia Francoruni, lib. v, cap. n, et cap. xl. — Gcsta regum Francorum, apud Duchêne, tom. i, pag. 711. — Airaonius, Historia Francoram, lib. m, cap.vi. — Il y a certainement une erreur dans nos anciens historiens Le Corvaisier (pag. 170), Dom Bondonnet (pag. 162), Dom Colomb (pag. 38), qui tous prétendent que ce drame sanglant se passa dans le monastère des Saints-Apotres, appelé pins tard l'abbaye de Saint- Julien-du-Pré. Ce monastère était alors habité par des moines, comme l'attestent les Gesta Domni Innocentis, les Gesta Domni Domnoli et la Vie de ce même saint Domnole, écrite par un prêtre ou un moine du Mans contemporain.
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Celte cité avait alors pour évêque un pasteur d'un caractère faible, et d'une portée d'esprit assez peu étendue, mais d'une grande rectitude de mœurs et d'une piété exemplaire; il se nommait Prétextât, et est honoré comme saint et martyr. Depuis le jour où Prétextât avait levé Mérovéo des fonts du baptême, il s'était regardé comme son père et l'aimait d'une tendresse paternelle. Son affection le rendit faible, et il bénit une union contraire aux lois de l'Eglise (1).
A la nouvelle du mariage de son fils avec l'ennemie de Frédégonde, Ghilpéric courut à Rouen, l'âme en proie à une amère douleur. Mérovée et Brunehaut apprenant qu'il avait l'intention de les séparer l'un de l'autre, se réfugièrent dans une basilique dédiée à saint Martin, et construite en bois, sur les murs mêmes de la cité. Le roi employa mille artifices pour les tirer de cet asile; mais voyant qu'il ne réussissait pas, il fit le sermentsolennel de ne pas les désunir. Mérovée et Brunehaut sur la foi de ce serment sortirent de la basilique, et Ghilpéric les reçut avec tendresse, les embrassa et leur fit fête. Peu de jours après il retourna à Soissons, emmenant avec lui Mérovée. «•
Ils étaient encore à Rouen, lorsqu'une troupe de gens de la Champagne attaqua la ville de Soissons, et en chassa Frédégonde et Clovis, fils du roi et de la malheureuse Audovère. Ghilpéric marcha contre cette troupe, et remporta la victoire. Godin transfuge de l'armée deSigeberl, avait excité celle révolte; mais, à l'instigation sans doute de Frédégonde, le roi en accusa son fils Mérovée, et commença à concevoir des soupçons sur l'intention de son mariage avec Brunehaut. Il lui ôta ses armes et le fit garder à vue, jusqu'à ce qu'il eût définitivement statué sur son sort. Quelque temps après il le fit tonsurer, ordonner prêtre et revêtir de l'habit ecclésiastique; puis l'envoya sous une escorte dans le Maine, au monastère d'Anisole, pour y être instruit de la règle sacerdotale. Les écoles de ce monastère jouissaient d'une grande
(1) Brunehaut était veuve de l'oncle de Mérovée, et par conséquent ce jeune prince ne pouvait licitement l'épouser.
renommée; il était l'un des sanctuaires monastiques les plue célèbres de la Gaule, et les fils des rois y trouvaient un séjour et des maîtres dignes d'eux.
11 y avait alors dans la basilique de Saint-Martin, à Tours, Un réfugié nommé Gontram-Boson. homme fourbe, qui n'avait pu trouver qu'en ce lieu un abri contre la colère de Chil péric. Quand il eut appris que Mérovée était sur le chemin du monastère d'Anisole, il lui envoya le sous-diacre Riculfe, pour lui conseiller secrètement de se réfugier aussi à la basilique de Saint-Martin. En même temps, Gaïlen, le plus dévoué des serviteurs de Mérovée, venait à sa rencontre, et tombant sur ceux qui le gardaient, il le délivra. Le prince se couvrit la tête pour cacher sa tonsure, et s'élant revêtu d'habits laïques, il s'enfuit en toute hâte à la basilique de Saint-Martin.
Tandis que Mérovée cherchait en vain à fuir la colère de son père, l'évèque de Rouen, Prétextât, s'ingéniait pour lui trouver des partisans (l). Chilpéric fit arrêter le prélat, lui prit divers objets que lui avait autrefois confiés la reine Brunehaut, et ordonna de le retenir en exil jusqu'à ce qu'il eût été jugé par les évoques. Il convoqua un concile à Paris, que l'on compte pour le sixième célébré dans celte cité. Les sessions eurent lieu dans la basilique de Saint-Pierre. Les lettres de Chilpéric aux évêques de ses Etals pour les convoquer à cette assemblée, avaient été si pressantes que pas un seul n'osa manquer de s'y rendre, et ils se réunirent au nombre de quarante- cinq; parmi ces prélats était saint Domnole. Prétextât fut amené. Le roi, faisant office d'accusateur, lui adressa ces paroles en présence des évêques : « Dis -moi, « évèque, pourquoi as-tu uni avec la veuve de son oncle « Mérovée qui a été mon ennemi, et qui devait plutôt être « mon fils? Ignorais-tu qu'une telle alliance était contraire « aux canons ? Mais ce n'est pas là ton seul crime : tu as ence core travaillé par des présents, de concert avec lui, à nie a faire tuer. Tu as fait d'un fils un ennemi de son père; tu as
(1) Gregorius Turonensis, Historîu Framorum, lib. v, cap. xvm.
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« répandu de l'argent parmi le peuple pour le séduire et le « porter à la trahison; tu as voulu livrer mon royaume aux « mains d'un autre. » A ces paroles, la multitude des Francs qui étaient dehors frémit d'indignation, et voulait briser les portes de la basilique pour en tirer l'évêque et le lapider. Le roi les apaisa; Prétextât refusant d'accepter les reproches du roi, il vint de faux témoins qui montrèrent quelques objets en disant : « C'est loi qui nous a donné ceci pour nous faire « promettre fidélité à Mérovée. » — « C'est vrai, répondit « 1 l'évêque, je vous ai souvent fait des présents , mais non « dans le but de vous faire trahir le roi. Puisque vous veniez « vous-mêmes m'offrir de très bons chevaux ou d'autres « choses, je ne pouvais pas me dispenser de vous faire aussi « des présents. »
Les candides réponses de Prétextât avaient déjoué l'astuce deChilpéric; il se retira pour aviser, avecFrédégonde,à d'autres moyens d'accusation. Les évêques, pendant ce temps-là, étaient assis et conféraient ensemble dans la sacristie de l'église de Saint-Pierre. Actius, archidiacre de l'Eglise de Paris, vint pour leur tendre un piège; mais tous gardèrent le silence, sauf saint Grégoire de Tours qui osa seul prendre la défense de Prétextât. Mais il ne put, malgré son éloquence, amener aucun des évêques à son sentiment. Tous étaient inquiets et pensifs. Us se levèrent et s'en allèrent de côté et d'autre, et il se trouva parmi eux deux flatteurs qui coururent dire au roi que, dans cette affaire, il n'avait pas de plus grand ennemi que Grégoire. Mais le saint évêque de Tours sut par la fermeté habile de son caractère sortir de cet embarras.
A la seconde séance du concile, le roi prenant toujours l'office d'accusateur, chercha à faire croire que Prétextât l'avait volé, en renvoyant à Brunehaut cinq ballots d'effets précieux qu'elle lui avait laissés en quittant la ville de Rouen, et il demanda sa déposition comme convaincu de larcin. Prétextât démontra si clairement son innocence sur ce sujet que Chilpéric se retira déconcerté, et (il même l'aveu de sa défailcà de lâches évêques qui s'étaient fait ses (lalleurs. Il fut résolu
entre le roi eleux, qu'ils iraient trouver l'évôquè de Rouen, comme ses amis, et qu'ils lui conseilleraient de convenir des crimes dont Chilpéric l'accuserait à la prochaine réunion du concile, lui promettant qu'alors lous les prélats tomberaient aux genoux du prince et obtiendraient sa grâce. Prétextât, par faiblesse de caractère, promit de suivre cette conduite.
Le lendemain malin, les évêques étaient réunis au même lieu pour la troisième séance; le roi fit encore l'office d'accusateur et dit à Prétextât : « Si lu n'as fait de présents à ces « hommes que dans l'intention de t'acquitter envers eux, « pourquoi leur as-tu fait jurer fidélité à Mérovée? » L'évêque répondit : « C'est vrai, j'ai demandé leur amitié pour lui, et « s'il m'eût été possible, j'aurais appelé à son secours non « seulement les hommes, mais les anges du ciel; car, je le « répète, il était mon fils spirituel par le baptême. »
Le roi et l'évêque s'animèrent, et l'altercation était devenue fort vive, lorsque Prétextât, se rappelant la promesse qu'il avait faite aux évêques, se jeta à genoux et s'écria : « 0 roi <* très miséricordieux, j'ai péché contre le Ciel et contre toi. « Je suis un détestable homicide; j'ai voulu le faire périr et (( élever ton fils sur le trône. » A ces mots Chilpéric, se prosternant aux pieds des évêques, s'écria : « Vous l'entendez, « très pieux évêques, le coupable a confessé son exécrable « crime. » Les évêques, qui n'étaient pas dans le secret, furent dupes de cette hypocrisie. Emus jusqu'aux larmes, ils s'empressèrent de relever le roi qui fit chasser Prétextât de l'église. Chilpéric se retira au palais, et envoya aux évêques un recueil des lois ecclésiastiques, auquel on avait ajouté un quatrième livre contenant des Canons soi-disant Apostoliques, où se trouvaient ces paroles: «L'évêque convaincu d'homicide, d'adul- « 1ère et de parjure, doit être déposé de l'épiscopat. » Lorsqu'on les lut, Prétextât se tenait debout, stupéfait de l'indigne comédie qu'on lui avait fait jouer. L'évêque Berlhramnus de Bordeaux, un de ses perfides conseillers, lui dit alors : « Ecoute, frère et co-évêque, comme tu n'es pas dans « les bonnes grâces du roi, lu ne peux pas jouir non plus de « notre charité. Il faut auparavant que lu mérites son indul-
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« gence.»Le roi demanda qu'on déchiratla robe de Prétextât, et qu'on récitât sur sa tête le psaume cent-huitième qui contient les malédictions contre Judas Iscariole, ou qu'on portât contre lui une sentence d'excommunication perpétuelle.
Grégoire de Tours, comme plusieurs autres, croyait vraiment Prétextât coupable depuis son aveu. Mais ce que le roi demandait était contraire aux canons, et il fît valoir la promesse qu'il avait faite de les suivre scrupuleusement. Ghilpéric n'insista pas; mais Prétextât fut saisi par des soldats aux yeux mêmes des évêques; et comme il essaya de s'enfuir pendant la nuit, il fut cruellement frappé et relégué dans une île près delà ville de Coutances.
Dans ce concile, Domnole eut le malheur d'imiter la faiblesse des autres évêques. Le seul Grégoire de Tours osa prendre hautement la défense de l'innocence et des lois de l'Eglise (4).
A peu près à la même époque, en l'année 576, des soldats manceaux se rendaient coupables de déprédations sacrilèges. Un duc neustrien appelé Roccolen vint camper aux portes de la ville de Tours, avec une troupe d'hommes levés sur le territoire du Mans; c'était pour forcer l'évêque de cette cité à faire sortir Gontram-Boson, dont nous avons parlé, de l'asile inviolable où il s'était retiré dans la basilique de Saint- Martin. Roccolen établit ses quartiers dans une maison qui appartenait à l'Eglise métropolitaine de Tours, et de là fit partir ce message adressé à l'évêque : « Si vous ne faites « sortir le duc Gontram de la basilique, je brûlerai la ville « et ses faubourgs. » L'évêque répondit avec calme que la chose était impossible. Il reçut un second message encore plus menaçant : « Si vous n'expulsez, aujourd'hui même, « l'ennemi du roi, je vais détruire toute l'herbe des champs à « une lieue autour de la ville, si bien que la charrue pourra « y passer. » L'évêque Grégoire ne fut pas moins impassible que la première fois; et Roccolen qui, selon toute appa-
(I) Voir, outre Grégoire de Tours au lieu indiqué, Aug. Thierry, Récif* des ietnps mérovingiens, quatrième récit»
rence, avait Irop peu de monde avec lui pour (enter un coup de main contre une ville entière, se contenta de piller et de démolir la maison qui lui servait de logement. Elle était construite en pièces de bois réunies et fixées par des chevilles de fer que les soldats manceaux emportèrent, avec le reste du butin, dans leurs havresacs de cuir (4).
Tandis que quelques uns de nos compatriotes pillaient ainsi les biens de l'Eglise, et s'enrôlaient pour faire la guerre au saint évèque de Tours, qui défendait les justes privilèges de son Eglise, un bon nombre d'autres Manceaux continuaient à s'engager au service de Dieu dans la vie monastique Ce fut sous l'épiscopat de Domnole que la plupart des grands abbés, dont nous avons parlé au temps de saint Innocent, terminèrent leur carrière toute remplie de vertus, et illustrée par d'innombrables miracles. Ils laissaient dans les nombreux cloîtres qu'ils avaient fondés des disciples ardents à marcher sur leurs traces.
Du reste, tout semblait contribuer à répandre les monastères dans notre diocèse; Sigebert Ier, roi d'Austrasie, donna au monastère de Saint-Médard de Soissons une partie notable du beau domaine de Matovall, en témoignage de la parculière dévotion qu'il portait au saint patron de cette maison (2).
(t) Aug. Thierry, Récits des temps mérovingiens, troisième récit.
;2) Doni d'Achery, Spicilegium, tom. vm,pag. 408. Vita sancti Medardiy num. 16. — Gallia Christiana, tom. ix, pag. 405 — Cauvin, Géographie ancienne du diocèse du Mans, pag. 385. — Acta Sanctorum, ad client viujunii, Supplementum ad Vitam sancti Medardiy num 19. — Le P. Papebrock s'est assurément trompé quand il a pensé que le lieu désigné par le texte indiqué ici pouvait être Beaulieu, au canton de Loiron, — On peut avec vraisemblance rapporter à cette époque, et à rinfluenco que les moines de l'insigne abbaye de Saint-Médard de Soissons prirent sur les habitants de notre pays, la dévotion du diocèse du Mans envers le grand évèque de Noyon. Cette dévotion s'est surtout manifestée par le grand nombre de paroisses du Maine et de l'Anjou, qui ont pris saint Méclard pour leur patron. Il y a déjà deux siècles que les savants ne pouvaient assigner une autre origine à un culte si prononcé. — Le P. Papebrock, loc. cit. Commentarius prœvius, num. 23 ~ Saint Médard est le patron de quatorze paroisses de l'ancien diocèse du Mans.
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Cependant saint Domnole étail arrivé à un âge très avancé; mais les infirmités du corps, qui étaient venues avec le cours des années, ne purent jamais empêcher son esprit d'être tout entier occupé de la gloire de Dieu. Son heure dernière approchant, il fit appeler tous ses disciples, tous les clercs qui habitaient la maison de l'église ou qui formaient l'école de la cathédrale, et il leur annonça le jour et l'heure de sa mort; il leur donna de sages avis, et les exhorta à être fidèles à s'avancer dans l'exercice des bonnes œuvres Enfin il entra dans la vie bienheureuse. On était aux calendes de décembre (1). Saint Grégoire de Tours, conlemporain et métropolitain de saint Domnole, ajoute sur la mort de cet évêque les détails suivants: «Après vingt-deux ans d'épiscopat, Domnole se voyant très gravement malade du morbus-regius (2) et de la gravelle, choisit pour son successeur Théodulphe, abbé d'un monastère; le roi y consentit d'abord, et le saint évêque mourut quarante jours après (3) «Nous venons tout à l'heure comment le prince mérovingien tint sa parole. Cet abbé Théodulphe ne serait-il pas le même que cet évêque Théodulphe qui signe le testament de Domnole, et dont le siège n'est point désigné? Domnole lui-même avant de gouverner l'Eglise du Mans, et étant encore abbé du monastère de Saint- Laurent près Paris, était déjà revêtu du caractère épiscopal. Ce Théodulphe évêque semble avoir été en relation étroite avec saint Domnole; car il fut présent aux deux solennités que ce saint prélat choisit pour faire des donations au monastère de Saint- Vincent.
Les disciples de Domnole et les moines de Saint-Vincent rendirent à notre prélat les honneurs de la sépulture; ils l'ensevelirent selon ses intentions, dans la basilique de leur mo-
(1) Le 1er décembre.
(2) Quelle était cette maladie? Les auteurs ne s'accordent pas; selon Ducange, c'est la jaunisse ou la lèpre; suivant D. Carpeuticr, c'est la lèpre; suivant le P. Longueval, c'est le mal caduc; enfin, selon d'autres, c'est le pourpre.
(3) Gregorius Turonensis, Hittorio Francorum, lib. vi, cap. ix.
naslère, près du tombeau qu'il avait fait préparer pour son ami saint Germain, évèque de Paris.
Bientôt la vénération des Manceaux pour les vertus du pasleur qu'ils venaient de perdre, attira la foule sur sa tombe, et il plut à Dieu d'y révéler la gloire de son serviteur par .des prodiges. Un énergumène y vint trois jours après les funérailles du saint évèque, et resta trois jours entiers près de son tombeau; il y trouva sa délivrance. Au mois de février suivant, une femme atteinte d'une fièvre quarte vint y prier à son tour, après en avoir reçu l'ordre en songe; elle veilla pendant trois jours, fit brûler des cierges et obtint sa guérison. C'était la femme d'un des serviteurs de notre église, ajoute le témoin oculaire qui raconte ces faits. Il dit encore : a Le quatrième jour après la translation de la dépouille mortelle de Domnole dans la basilique des saints Vincent et Laurent , trois aveugles vinrent en notre présence au tombeau du saint, et s'en retournèrent après avoir recouvré la vue. Nous avons vu un grand nombre d'autres malades venir au même lieu, et se retirer parfaitement guéris, grâce aux mérites de saint Domnole (1). »