ÉPISCOPAT DE BÉRAIRE II
Fondation de plusieurs monastères. — Violation des droits de l'Eglise. Béraire se démet de Tépiscopat.
Béraire II, sur l'épiscopat duquel l'histoire a conservé si peu de souvenirs, succéda au vénérable Aiglibert. Les Églises des Gaules étaient alors dans les circonstances les plus difficiles. Toutefois, Béraire jouit d'assez de paix, pendant une partie au moins du temps qu'il occupa le siège épiscopal, pour être en mesure d'enrichir son diocèse d'une nouvelle fondation religieuse. Il fit bâtir à Caladunnum (Ghâlons), au pays des anciens Diablintes, un monastère pour des vierges consacrées à Dieu. Ce monastère fut mis sous le patronage de Notre-Dame et de saint Pierre, et le fondateur donna pour sa dotation tout son patrimoine, qui paraît d'ailleurs avoir été médiocre, et plusieurs domaines ou petites abbayes qu'il tenait de son Église. La plupart de ces monastères étaient situés près de Châlons, et ne sont pas connus d'autre part. C'est là une nouvelle preuve de ce que nous avons dit plus haut, que dans notre diocèse il y eut à cette époque un grand nombre de maisons religieuses qui sont demeurées in-
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connues. Béraire affecta en outre à son abbaye de Ghâlons le monastère de Busogilum (La Boisselière), celui de Priscociccinum ( Le Douce ? ) et celui de Sainl-Viclorius près des murs de la ville épiscopale, et dans lequel reposaient les restes de plusieurs de nos évêques (l ).
Béraire donna encore les domaines de Bisigarium ( Deux- Evailles), Patriniacum (Parigné-sous-Braye ), et Mutum (Montourlier). Ces terres que notre évêque affecta, avec toutes leurs dépendances, au monastère de Ghâlons, il les tenait en bénéfice de son Église, et il veut que personne ne puisse par la suite porter atteinte à la disposition qu'il en fait. On voit par là qu'il n'agissait pas uniquement en son nom, mais que l'expression de sa volonté était en même temps la manifestation de celle du chapitre de la cathédrale , sans le consentement duquel il ne pouvait aliéner les biens de son Eglise. C'est d'après cet assentiment indispensable, selon les lois canoniques, que Béraire put défendre avec tant de force à ses successeurs, ou à toute autre personne, d'inquiéter jamais le monastère de Notre-Dame de Ghâlons dans la jouissance de ces biens.
Toutefois, Herlemond, qui lui succéda dans la dignité épiscopale, et tousses successeurs dans la suite des temps, exerceront le droit de nommer l'abbesse chaque fois que la chaire abbatiale viendra à vaquer, et ils seront chargés de veiller au maintien de la discipline.
Béraire eut la consolation de voir bientôt son monastère
(1) La dépendance qui fut imposée au monastère de Saint-Victorius à l'égard de celui de Chatons, semble autoriser à croire que celui de Saint- Victorius était double, c'est-à-dire qu'il était composé de deux cloîtres différents, dont le premier était habité par des moines, et le second par des religieuses. La même basilique servait aux uns et aux autres pour la célébration de l'office divin. Béraire aura soumis le monastère des religieuses à celui de CMlons; car il eût été tout à fait contraire à la discipline de ces temps de soumettre un monastère d'hommes à un autre de filles. Les monastères doubles étaient d'ailleurs très communs à cette époque; L'abbaye des Saints-Apôtres, nu Mans, était de ce nombre. On peut \oir, sur Ici monastères doubles, Dom Calmet, Commentaire sur la Règle de saint Henoit.
590 HISTOIRE DE l'i^CLISE DU MANS.
rempli de religieuses, sous la conduite de la pieuse abbesse Cagliberlena. Il désigna lui-même la religieuse qui devait succéder à celte première supérieure, quand elle aurait cessé de vivre; c'était Chrodilda, fille de Grodegarius, auquel il donne les tilres de duo et d'homme illustre. Ces titres font assez connaître que ce personnage tenait un des premiers rangs dans la hiérarchie sociale. Au reste , Grodegarius n'imitait pas la rapacité de beaucoup d'hommes puissants de son temps; il avait libéralement favorisé notre évêque dans ses différentes entreprises , et l'avait puissamment aidé , particulièrement dans la fondation du monastère de Notre- Dame de Châlons.
Béraire désigna également le successeur qui devait le remplacer sur le siège du Mans et abdiqua en sa faveur. Il exprime dans son testament les motifs de ce choix ; outre les qualités et le mérite du personnage, dont le nom était Herlemond, Béraire avait reçu de lui divers bienfaits, et tenait de sa générosité plusieurs abbayes et bénéfices ecclésiastiques. Herlemond ajouta même encore un nouveau don à ceux dont il avait déjà gratifié notre évêque, et il lui résigna, le jour où celui-ci dressa son testament, le domaine de Canariagus (Chantrigné).
C'est parce testament daté du douze des calendes de novembre, la seizième année du règne de Childebert III, c'est-àdire le 21 octobre de l'an 710, que Béraire fait connaître tout ce que l'on vient de lire. Cet acte fut écrit au domaine de Marogilum (Mareil), terre de l'Eglise du Mans, au milieu d'une réunion des personnages les plus puissants de la province, qui tous y apposèrent leur signature.
L'évêque veut que l'on fasse trois copies de son testament, l'une que Herlemond gardera dans les archives de son Eglise (\) ; la seconde que lui Béraire conservera dans son monastère, où il veut se retirer pour finir ses jours; enfin la troisième que Grodegarius retiendra pour maintenir sa fille Chrodilda dans ses droits. De graves auteurs pensent
(1) In arca Ecclesiae sua? pro se retineat.
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que Béraire finit sa carrière dans l'abbaye d'Anisole, dont il avait reçu le gouvernement soit comme abbé régulier, soit comme simple bénéficier (4).
On peut rapporter avec vraisemblance à l'épiscopat de Béraire II, une violation flagrante de ses immunités, qu'eut à souffrir l'Eglise du Mans. Des comtes envoyés par le roi pour rendre \<t justice, entrèrent sur les terres de cette Eglise, y jugèrent les procès et s'emparèrent de tout ce qui se trouva être à leur gré. Cependant Ghildebert III, encore régnant, avait octroyé une confirmalion authentique des privilèges et immunités de notre Eglise et des biens qui lui appartenaient; mais cette confirmalion, obtenue vraisemblablement par Aiglibert, si puissant au palais du prince, n'était guère considérée sous un successeur dont l'autorité était de beaucoup inférieure.
ÉPISCOPAT DU BIENHEUREUX HERLEMONI) 1er. — ( 710 — 724. )
Herlemond évèque du Mans. — Fondation du monastère de Saint-Ouen.
— Monastère du Tcil. — L'abbaye de Saint-Vincent et l'abbé Chirmirus. — Vidame de l'évêque. —Envahissement des biens ecclésiastiques.
— Privilège accordé par Dagobert III. — Élection des comtes du Maine.
— Divers diplômes pour le domaine d'Arduno. — Culte des saints Gervais et Protais. — Piété et mort d'Herlemond.
Herlemond tirait son origine d'une famille franque, et des plus illustres, aussi jouit- il constamment d'une grande faveur auprès des rois, ou plutôt des maires du palais qui gouvernaient alors.
(1) Dom Bouquet, Rerum Gallic. et Franck, script ores, tom. iv, pag. 700. — Dom Mabillon ne désigne d'aucune manière le monastère où Béraire II put se retirer. Ce savant propose même (rétablir une distinction entre L'évêque du Mans Béraire II, et le personnage nommé aussi Béraire, qui fonda, sous l'épiscopat de celui-là, le monastère de Notre-Dame de Chftlons. Il ajoute que ce fondateur pourrait être cet évèque Béraire, qui Signé le privilège accordé par Aiglibert au monastère de Sainte-Marie. — Annales Ordinis sancti Benedicti, lib. xix, mira. 47.
Dès les premiers jours de son épiscopat, Herlemond entreprit la fondation d'un monastère important. Vers l'orient de la cité épiscopale, près des murs d'enceinte et à une distance très rapprochée de l'église cathédrale, il fonda une abbaye qu'il mit sous le patronage de saint Ouen. 11 n'y avait qu'environ trente ans que ce saint évêque avait quitté la terre (<); mais l'éclat de sainteté qu'avait eu sa vie, et l^uise perpétuait après sa mort par les miracles continuels faits à son tombeau, lui méritaient ces hommages précoces. Toutefois, il faut observer que ce fut là une des premières églises dédiées en l'honneur du saint évêque de Rouen (%).
Herlemond établit douze moines dans son nouveau monastère, sous la conduite d'un abbé, qui était honoré du sacerdoce, et se nommait Sonfredus. Il leur enjoignit, par l'acte de leur fondation, d'exercer l'hospitalité envers les pauvres et les pèlerins, riches ou indigents, voulant que toutes les personnes qui se trouvaient dans le besoin, reçussent des secours de leur charité. Il le dota de plusieurs domaines et prit soin qu'il ne manquât d'aucune des choses nécessaires. Il pourvut à ce que le culte divin dans la basilique fût convenablement célébré, et donna des fonds nécessaires pour l'entretien du luminaire selon l'usage du temps. Les dons les plus considérables qu'il fit à cette maison consistaient dans les domaines de Proliacus (Pruillé-le-Gaudin), de Pensive (Saint-Remi-des-Bois) (3), et surtout d'Artinis (Artins), sur les bords du Loir, et l'une des premières possessions de l'Église du Mans.
Herlemond avait d'abord pris la dotation de Sainl-Ouen
(1) Il y a controverse entre les savants sur la date précise de la mort de saint Ouen, mais le sentiment le plus probable la met au 24 août 683. — Longueval, Histoire de l'Eglise gallicane, lit), x.
(2) L'abbaye de la Groix-Saint-Leufroi fut d'abord dédiée en l'honneur de saint Ouen, vers 692. — Dom Mabillon, Annales Ordinis sancti Benedicti, lib. xvm, num. 19.
(3) Selon la remarque de M. Cauvin, Pensire avait alors une assez grande étendue, et embrassait vraisemblablement les territoires de Souligné et de Saint-Remi-des-Bois.
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sur son propre patrimoine, mais par la suite, de concert avec les chanoines du chapitre de la cathédrale (l), il ajouta à ces premiers dons, des terres appartenant à son Eglise.
En l'année 712 ou 7)3, Herlemond rendit une charte datée des calendes de janvier, la seconde année du règne de Dagobert III, Pépin étant Majeur ou Maire du Palais, par laquelle il assure au monastère de Saint- Ouen, la possession des domaines désignés plus haut; rappelle le motif qui l'a porté à fonder cette pieuse retraite, défend à ses successeurs, ou à tout autre, d'inquiéter les moines dans la possession de leurs revenus, parce qu'il les leur a donnés selon toutes les règles canoniques et avec le consentement des chanoines, a Que celui, dit-il, qui attentera quelque chose contre ces dispositions soit repoussé de l'Eglise! » Celte charte, datée de Lupila, est signée de Herlemond, de l'archidiacre Tharmerus, de l'abbé Ghaldricus, et d'autres abbés, comtes et nobles personnages (2).
Le pieux évêque songea aussi à réparer le monastère nommé Talidus (du Teil). Cette abbaye était déjà ancienne, mais elle avait été ruinée, comme un si grand nombre d'autres, et il semble même que la vie régulière en avait été entièrement bannie. Après l'avoir restaurée et augmentée, notre évèque crut devoir la soumettre à une discipline plus forte, et il y introduisit des moines qui suivaient la règle de saint Benoît, sous la conduite d'un abbé, homme de mérite, nommé Quirinus. Ce monastère florissait encore par son observance à la fin du ixe siècle.
Herlemond signala aussi sa générosité envers l'abbaye de Saint-Vincent. Depuis sa fondation par saint Domnole en 572, ce monastère avait été sous la conduite de sept abbés, dont on ne connaît guère que les noms et les dates plus ou moins certaines. Ces abbés sont Leusius en 576; le régime de cet abbé maintint la ferveur dans son monastère, et il eut la gloire d'avoir élevé saint Pavin, personnage aussi docte que ver-
(1) Consepsu confratrum.
(i) Onm Mabillon, Annnfrs Grdinit sctncti Benedicti, lib. xtx, num. 58.
tueux. Firminus en 602. De son temps, saint Bertrand rendit témoignage à la discipline exacte qui régnait dans la maison dontcetabbé était le chef. Richard, en 632. Gasselin, en 653; sous cet abbé, la régularité des moines de Saint- Vincent n'avait rien perdu, et saint Hadouin, qui gouvernait alors le diocèse, en rendit un éclatant témoignage, et transmit à l'abbaye plusieurs domaines. Sous les abbés Rolland, en 689 et Regnauld, en 71 I, l'histoire ne signale rien d'important pour le monastère; mais l'observance doit y avoir fleuri, puisqu'il continua d'être l'objet de l'affection des grands évêques qui occupèrent le siège du Mans.
Ghirmirus ou Tharmerus, car on rencontre ces deux noms dans les anciens documents, qui gouverna cette abbaye depuis 74 5 jusqu'à l'année 732 ou 736, époque de sa mort, était un homme d'un mérite éminent. Il était en outre sorti d'une famille illustre et puissante, mais il surpassait cet avantage par son mérite personnel. Aussi Herlemond eut-il pour lui toute la considération que semblaient exiger tant de qualités réunies; il rendit à son monastère plusieurs terres qui lui avaient appartenu, et dont il avait été privé par les malheurs publics; il lui fil aussi don de quelques revenus pour ses religieux; il créa même l'abbé Ghirmirus archidiacre, et vidame pour tout le diocèse, dès l'an 715(4).
C'était l'époque où, pour la première fois, les évêques des Gaules appelèrent à partager les soins de leur administration de simples prêtres sous le nom de vicaires, les chargeant du spirituel et du temporel de leurs Eglises. Jusque-là on avait suivi la disposition ancienne, qui donnait à l'évêque le soin de tout ce qui concernait l'instruction des fidèles, l'administration des sacrements, en un mot toutes les fonctions spirituelles et une surveillance générale sur les biens temporels de l'Eglise. L'archidiacre avait la charge des revenus ecclésiastiques, des matricules, des hôpitaux etc.; mais peu à peu la surveillance qu'il exerçait sur ces établissements dirigés par des clercs, s'était convertie en une vérilableju-
(1) Historiœ abbatiœ sancti Vincentii Cenomanensis compendium.
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ridiclion sur ceux-ci, et par là même, ses fondions étaient devenues en grande parlie spirituelles. On créa donc des vidâmes qui administraient le temporel des Eglises. Celle du Mans est Tune des premières en laquelle on trouve des traces positives de cette institution, et Ghirmirus fut probablement le premier qui géra cet emploi.
Par une distinction rare, Ghirmirus se trouva à la fois chargé des fonctions d'archidiacre et de celles de vidame; aussi, voit-on Thierry IV, dans un diplôme en faveur de l'Eglise du Mans, s'adresser à Herlemond et Ghirmirus, les associant ensemble, et disant qu'ils ont le gouvernement de l'Eglise de son patron saint Gervais. Dans ce même diplôme, le monarque donne à l'abbé de Saint-Vincent, le litre de vir inluster; qualité qui n'apparlient qu'aux plus hauts personnages. Quant à la dignité de vidame, lors même qu'elle n'était pas jointe à l'archidiaconaf, elle était encore l'une des premières dans l'Eglise, et l'on choisissait toujours pour la remplir, un personnage des plus distingués. Les évoques eux-mêmes se tenaient honorés du lilre de Vidâmes du Siège -Apostolique. C'était d'ailleurs un degré qui conduisait souvent à la première dignité. Maisles pouvoirs de cet office étaient si étendus vers le commencement du vin6 siècle, qu'on ne tarda pas à les restreindre dans de plus étroites limites (1).
Cependant l'Eglise souffrait toujours de nouvelles violences de la part des seigneurs Francs. Déjà plus d'une fois nos Evoques avaient été obligés de recourir à l'autorité royale pour résister aux spoliateurs. Dès le début de son épiscopat, Herlemond eut aussi la précaution de faire confirmer, par un diplôme du monarque, la possession des biens de son Eglise et leurs immunilés; mais ce fut inutilement. Des comtes, envoyés avec une délégation spéciale pour rendre la justice au nom du roi, enlrèrent sur les biens de l'Eglise du Mans, ils pénétrèrent dans les monastères soumis à sa juridiction, dans les fermes et les terres de toute nature qui lui appartc-
(\) Thonia^in, Discipline de TEglioe, part. !, liv, il, chap. 99 et 100, !. 26
naient; ils y rendirent des sentences, y levèrent des impôts, et s'y conduisirent comme dans des lieux soumis à leur autorité.
Herlemond ne tarda pas à en porter plainte au tribunal du roi, et, dès le deuxième jour de mars de l'année 712, il obtint un diplôme signé du jeune Dagoberl III, qui renouvelait tous les privilèges accordés par son père Childebert III, aux terres que l'Eglise du Mans possédait près de cette cité. Parmi ces privilèges il en est quelques-uns d'une grande étendue ; ainsi, afin de remédier aux pillages et aux violations dé droits que cette Eglise avait soufferts dans ses domaines, Dagobert après avoir vu et reconnu le diplôme de son père, défend à tous les comtes, aux juges publics, et à ceux qui leur succéderont, à qui que ce soit en un mot, d'exercer aucun acte d'autorité judiciaire sur les domaines, et dans les terres dépendant de l'Eglise des saints martyrs Gervais et Protais, patrons spéciaux du monarque ; sur les biens de l'évêque de ce lieu, ou des monastères qui lui sont soumis avec toutes leurs dépendances. « Qu'ils n'y entrent point, dit le roi, pour y juger des causes, pour exiger frais, amendes ou autres peines imposées pour crime ou pour violement de la loi; qu'ils n'y pénètrent point pour en faire sortir ceux qui se sont portés caution; qu'ils n'y prétendent point le droit de mansron, de parée, ou de repas; qu'ils n'en exigent aucune randableltée qui semblerait appartenir au fisc du prince, qu'ils n'y poursuivent point l'exécution de leurs sentences, en aucun temps que ce soit. Mais l'évêque qui préside à celte Eglise, ou ses agents, selon la coutume gardée par ses prédécesseurs, et que ceux qui viendront après lui seront tenus également d'observer, enverra par ses hommes au trésor public, pour les biens et les monastères qu'il possède, deux cents sous d'or pour le fisc, et deux autres cents sous d'or qui se paieront également, selon la coutume, au trésor public (1). » Au moyen de cette subvention, fort
(1) Voyez Naudet, Mémoires de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, tom. vin, pag. 471.
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considérable en elle-même, l'immunité la plus complète était promise à tous les biensapparlenantà l'Église des saints martyrs Gervais et Protais.
Herlemond obtint aussi la confirmation de deux privilèges très importants accordés autrefois à l'Eglise du Mans; cette confirmation se fit par deux diplômes qui sont heureusement parvenus jusqu'à notre temps. Dans le premier, Childebert 111 rappelle que, d'après les pièces qui lui ont été représentées, il consle que le roi Glotaire et la sainte reine Bathilde, ses ancêtres, avaient accordé à l'évêque du Mans saint Béraire, que désormais aucun officier royal ne recevrait la dignité de duc ou de comte, pour régir au nom du roi la ville du Mans et le pays du Maine, sans avoir été, au préalable, agréé par l'évêque, les abbés, le clergé et les habitants de ces lieux. A la demande d'Herlemond, Childeberl renouvelle ce privilège par un diplôme daté du palais de Valenciennes, le troisième jour de mars, la quatrième année de son règne, qui correspond à l'an 700 (4).
Le second diplôme accordé par Childeberl confirme l'immunité entière du domaine ô'Ârduno ( Ardelay ) (2). Plus lard, en 711, Childeberl III étant mort, et Dagobert III son fils lui ayant succédé, Herlemond s'empressa, dès la seconde année du règne de ce prince, d'obtenir une nouvelle confirmation de l'immunité entière de ce beau et riche domaine d\4 rduno.
Enfin, en l'année 720, Thierry IV ayant succédé à Dagobert son père, noire évoque parvint encore à recevoir une nouvelle continuation de l'immunité iYArduno. Ce nouveau diplôme royal fut rendu au palais de Kiersy, le 5 de mars, la deuxième année du règne de Thierry, c'est-à-dire en 11\ .
Dans ces différents diplômes, ou Préceptes royaux comme on les appelait, on remarque outre l'immunité intégrale, c'està-dire l'entière décharge de toutes sortes de redevances et
(1) Dom Bouquet, Rerum Gallic. et Franck, script., tom. iv, pag. C78. -Le Cointe, Annales ecclesiastici Francorum, t<>m. iv,pag. 615.
(2) Dom Bouquet, op. cit., tom. îv, pag. 679-701.
de juridiction royale, une disposition expresse portant que lés revenus de celte terre doivent être employés à l'entretien du luminaire de l'Église des saints martyrs Gervais et Prolais, que ces rois qualifient toujours du nom de patrons. On voit par là que le culte des martyrs milanais, si célèbre dans notre ville dès le temps de saint Innocent, n'avait rien perdu de sa splendeur, et que le temps y avait seulement ajouté sa consécration.
Un document spécial fait connaître parfaitement l'importance du culte que l'on rendait à ces deux saints dans l'église cathédrale du Mans ; c'est une charte de location du domaine d'Arduno à différents fermiers. Cet acte fut passé au Mans, au mois de juin, la première année du règne de Thierry IV, qui correspond à l'an 720. Il rappelle d'abord une location semblable faite antérieurement et aux mêmes conditions, du temps du roi Chilpéric; les fermiers s'engagent ensuite à verser chaque année , entre les mains d'Arding, vidame de l'église de Saint-Gervais, des sommes considérables : Domolenus, soixante-douze sous d'or;Bodoharius, soixante-treize; Rigobertus, trente-quatre; Bosolenus, quarante-trois; Audobertus, trente huit ; Gembertus, quatre-vingt-deux et deux deniers ; Gundoaldus, trente- six et demi; et Adobertus, vingt-un et unliers. Ces revenus devaient se percevoir à la mi-juin, quelques jours avant les solennités de la fêle des sainls Gervais et Prolais.
Après quatorze années d'épiscopat, Herlemond mourut comblé des bénédictions de son peuple, qui l'a toujours regardé comme l'un des plus sainls prélats qui aient occupé le siège de saint Julien. Cependant il n'exisle aucune trace positive d'un culte public qui lui aurait été rendu. II mourut le neuvième jour avant les calendes de novembre (1), vers l'an 724, et son corps fut inhumé dans la basilique de Saint- Vincent et de Saint-Laurent.
Ce prélat continua les traditions de puissance et de grandeur des évêques saint Bertrand, saint Béraire, et du vé-
(1) Le 23 octobre.
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nérable Aiglibert; mais, après lui. cette splendeur ellemême devint une occasion et un prétexte pour attirer sur l'Eglise du Mans les malheurs que nous aurons bientôt à raconter.