SUR LA CONSÉCRATION DE SAINT VICTOR PAR SAINT MARTIN
Le fait que nous nous proposons d'examiner dans celte noie est raconté par les qualre historiens de la Vie de saint Liboire, par l'auteur des Actes de saint Victor, au ixe siècle, et par le collecteur des Gestes des Évêques du Mans. Les historiens modernes de noire Eglise, Le Corvaisier, Bondonnet et Dom Colomb, racontent également que saint Martin étant venu au Mans pour assisler saint Liboire à la mort et pour concourir à ses funérailles, fil connaître au clergé et au peuple de la cité que le Ciel avait choisi le sous-diacre Victor pour successeur de saint Liboire, et qu'il lui donna lui-même l'onction épiscopale.
Le collecteur des Gestes de nos Evêques, qui possédait sur saint Victor des Actes plus anciens, comme nous l'avons dil ailleurs, Le Corvaisier, Bondonnel, Colomb, donnent en celle circonstance à saint Martin la qualité d'archevêque. Il est probable qu'ils se sont trompés en ce point, comme nous le verrons bientôt.
Les anciens auteurs de la Vie de saint Martin, Sévère Sulpice, saint Paulin de Périgueux , saint Grégoire de Tours , Alcuin et d'autres historiens, ne parlent pas de la consécration de saint Victor. Il n'entrait pas dans leur plan de faire le récit de toutes les actions du grand évêque de Tours, mais seulement de relater ce qui pouvait nourrir la piété. Il est constant que le saiDt évêque a parcouru les Gaules, en différents sens, un grand nombre de fois; qu'il a fait un nombre prodigieux de choses mémorables qui ne se trouvent point dans les récits si édifiants de ces historiens. Telle élail la vénération des peuples pour cet homme extraordinaire, que l'on notait avec soin les lieux consacrés par sa présence. On conserve encore dans beaucoup d'Églises le souvenir de son passage, des monuments d'une haute antiquité l'atieslent positivement. Ce serait s'exposer à tomber dans le seplieisme le plus dangereux, que de refuser d'admettre la véracité de ces traditions (1).
II faut donc se résoudre a interroger les traditions quand on veut
(1) Voyez Tillemont, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique des six premiers siècles, tom. xvi et passim. — Colombet, Histoire de la sainte Eglise de Vienne, tom. i, pag. 97 — Clouet, Histoire ecclésiastique de la province de Trêves, tom. i, pag. 125, 679.
parler de saint Martin, et c'est pour n'avoir pas voulu le faire que l'abbé Gervaise, dans la Vie qu'il a écrite de ce grand saint, rejette avec témérité et sans aucun fondement (■!), tant de faits dont la mémoire a été conservée par les Églises du Mans, d'Angers, de Rennes et de Quimper (2). Nous n'eni reprendrons pas de nous faire le champion de toutes ces Églises à la fois; mais nous devons défendre les vénérables monuments de la nôtre.
Gervaise soulève deux graves questions au sujet de l'événement qui fait l'objet de celle note. D'abord il soutient que saint Martin ne fut jamais métropolitain , et il en conclut qu'il n'a pu , par cela même, donner l'onction épiscopale à aucun évèque. Cette question, si nous voulions l'approfondir, nous enlraînerait bien au-delà des limites d'une simplenote.il faudrait d'abord rechercher la date précise de la mort de saint Martin, Gervaise croit devoir la placer en l'an 596, mais VArt de vérifier les dates la met au 41 novembre vers l'an 397, et Dom Morice, appuyé sur de graves autorités, la rapporte a. l'an 400 (3). Il faudrait ensuite examiner la question si longtemps débattue sur l'époque à laquelle la seconde Lyonnaise fut divisée en deux provinces (4). Mais il nous suffît de réfuter directement la conclusion que Gervaise a cru devoir tirer du fait qu'il allègue.
Il est bien vrai que généralement l'ordination des évêques de la province devait se faire par le métropolitain ; les prescriptions des conciles à ce sujet sont très nombreuses , et les faits viennent en grand nombre démontrer que la pratique corroborait les règles canoniques à cet égard. Cependant cette loi, quelque générale qu'elle fût, souffrait des exceptions. D'abord quand le métropolitain se trouvait absent , les canons attribuaient au premier des suffraganls le droit de le suppléer. C'était alors à ce premier sufTraganl qu'il appartenait de présider aux obsèques de l'évêque mort, de faire, avec ses comprovinciaux et après avoir entendu les désirs du clergé et du peuple, le choix d'un nouveau prélat, et enfin de conférer a. l'élu l'onction épiscopale. Or, tout le monde convient que Tours était au temps de saint Martin la première cité de la seconde Lyonnaise après la métropole, et son évêque le premier suffragant du métropolitain de Rouen.
Secondement, saint Victrice qui occupait le siège métropolitain
(1) On peut voir les reproches fondés que lui fait Dom Badier dans son livre intitulé : La sainteté de l'Etat monastique.
(2) La Vie de saint Martin, évêque de Tours, pag. 225.
(3) Histoire de Bretagne, toni. i, pag. 883. ('♦) Voyez Dom Morice, loc. cit., pag. 884.
de Rouen, à l'époque où les faits qui nous occupent ont dû s'accomplir, a beaucoup voyagé pendant son épiscopal; il a parcouru des pays fort éloignés de son Église, et a dû souvent, par cela même, laisser au premier de ses suffragants des fonctions qu'il avait le droit de s'attribuer (1).
Troisièmement, avant que la division de la seconde Lyonnaise fût accomplie, cette province se trouvait êlre d'une très grande étendue; ce qui a pu souvent engager le métropolitain à déléguer ses droits à l'évèque de Tours. Ce serait peu connaître la vénération dont saint Martin était environné, non seulement dans toute sa province, mais dans toute la Gaule et même dans tout l'Occident, que de croire qu'un évêque comme saint Victrice qui, au rapport de saint Paulin de Noie, se regardait comme le disciple du grand thaumaturge, se soit refusé l'honneur de déléguer à ce saint homme certaines prérogatives qu'il avait le droit de se réservera lui-même. Ainsi saint Martin a pu légitimement, et sans déroger en rien à la discipline alors en vigueur, donner l'onction épiscopale à saint Victor, comme le racontent nos annales ecclésiastiques (2).
Enfin, un fait positif, quoique étrangère noire Église, vient encore confirmer l'opinion que nous soutenons. Saint Magnobode, évêque de Hennés, a écrit une Vie de saint Maurille, évêque d'Angers. Quoique éloigné du temps où a vécu l'illustre prélat dont il raconte les actions, il s'est servi de bons mémoires, et ses récits jouissent d'une grande autorité; or, il fait connaître que ce fut saint Martin qui consacra Maurille évêque d'Angers (3).
(1) Gallia Chrt'stiana, tom. vin, et les hagiographes, au 7 août. — Le P. Longueval admet le fait de la consécration de saint Victor par saint Martin, et le soutient dans une note {Histoire de l'Eglise gallicane, lib. m, à Tan 395). — Tillemont est du même sentiment {Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique, tom. x, pag. 337). — Ces deux auteurs s'appuient sur ce que la nouvelle division des Gaules, faite sous l'empire de Gratien ou au commencement de celui d'Honorius, reconnaît Tours pour métropole de la troisième Lyonnaise. Par conséquent, selon ces auteurs, saint Martin a pu jouir pendant quelque temps des honneurs nonveaux attribués à son siège, et être métropolitain de la troisième Lyonnaise. Tillemont ajoute encore que saint Martin aurait pu faire cette ordination par commission de saint Vitrice de Rouen. — Dom Lobineau, Vies des Saints de Bretagne , tom. i , pag. 32 , admet pareillement comme authentique le récit des historiens qui attribuent la consécration de saint Corentin, évêque de Quimper, à saint Martin.
(2) Voir dans le décret de Gratien la distinction 65e.
(3) Acta Sanctorum, ad diem xm septembris, Vita sancti Maurilii. — Voyez Histoire littéraire de la France, tom= ni, pag. 483, 574.
NOTE VI. (Pag. 135.
SAINT PRINCIPE, EVEQUE DU MANS, N ÉTAIT POINT FRÈRE DE SAINT REMI, ÉVÊQUE DE REIMS, MAIS ÉTAIT SON PROCHE PARENT.
Noiis ne possédons sur l'histoire de saint Principe qu'un seul document ancien, les Actes de ce prélat dans les Gesta Pontificum Cenomanensium. Cette partie est, au jugement unanime des critiques , l'une des meilleures de lout le recueil , et le lexle en est rédigé d'après une Vie plus ancienne écrite par les disciples et les contemporains de ce saint évêque.
Or, ce récit semble dire que saint Principe, évêque du Mans, élail frère de saint Rémi, évêque de Reims et apôtre des Francs, « Beatus t Principius septimus urbis Genomannicœ episcopusex nobili Fran- « corum génère orlus, divi Remigii Remensis archiepiscopi frater « germanus extitil, etc. » Il fautd'abord reconnaître dans cette première phrase plusieurs données inexactes qui peuvent être attribuées aux copistes, dont la plume, à différentes époques, a transcrit le manuscrit des Gestes de nos Évèques, el qui se sont donné plus d'une fois la licence d'y faire des changements (1). L'épilhète germanus, ajoutée au mot jrater est , sans doute , l'une de ces additions ; car , le mot frater peut très bien être considéré comme appartenant à la première rédaction , à celle qui est sortie de la plume des disciples de saint Principe. Cependant, celle expression mal interprétée par tous les historiens antérieurs à Bondonnet , les a entraînés dans une grossière erreur ; ils ont tous répété successivement que Principe était frère de saint Rémi. Bondonnet a fort bien relevé celte méprise et prouvé que Principe, évêque du Mans, et Rémi, évêque de Reims, n'étaient point frères. Voici la substance des raisons qu'il allègue.
Hincmar, archevêque de Reims, a écrit la Vie de saint Rémi, l'un de ses prédécesseurs. Il rapporte qu'^Emilius et Celinia , père et mère de saint Rémi, eurent d'abord deux enfants; l'un se nommait Principius et fut évêque de Soissons, l'autre qu'il ne nomme pas, fut père de saint Loup qui succéda à Principius sur le siège de Soissons. Après la naissance de ces deux enfants, .Emilius et Celinia n'eurent
(1) Voyez Foncemagne,<lans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, tora. xx, pag. 218. — Dom Manillon* de re Di~ plomatica Supplementum.
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plus de tils, si ce n'est dans un âge très avancé , lorsque Dieu leur accorda saint Rémi, qui fut le dernier. D'après ce récit d'Hincmar, il est impossible que saint Principe , évèque du Mans, soit le frère de saint Rémi. « Si d'aventure on ne voulait dire, ajoute Rondonnet, « qu'il fut premièrement évêque de Soissons , et puis du Mans , ce « qu'on ne peut , d'autant que Principe frère de Rémi, mourut a t Soissons en sa dignité et fut enterré en la chapelle de Sainte- « Thècle ; ou bien que c'était le frère de celui de Soissons qui n'est « point nommé : mais, outre qu'il faudrait que noire Principe eût t été marié , avant que d'être évêque du Mans , pour être père de « saint Loup , dont il n'y a aucune mémoire dans l'histoire; c'est t qu'il n'y a pas d'apparence que deux frères se suivant de si près « l'un l'autre dans l'ordre de la naissance, fussent nommés de même c façon ; car, on ne songeait pas en ce temps-là d'avoir deux enfants « de même nom , pour conserver par fraude les bénéfices dans les « familles (1). » Rondonnet ajoute encore une autre raison, mais elle nous semble ne reposer que sur un fondement tout-à-fait ruineux et incapable de rien prouver.
Le P. Stilting, dans son Commenlarius prœvius (num. 7,) sur la Vie de saint Principe, s'est contenté de reproduire le raisonnement de D. Rondonnet traduit en latin , mais n'a pas poussé la question plus loin. Le P. Longueval s'est montré, à ce sujet, critique peu sûr et peu précaulionné, comme il lui est arrivé souvent. Selon cet auteur, le seul mot fraler germaniis divi Remigii, dans les Actes de saint Principe, suffît pour les faire ranger parmi ces pièces sur lesquelles on ne saurait s'appuyer (2). Au reste, le sentiment de cet historien est si peu conforme aux règles d'une saine critique, qu'il est rejeté et blâmé même par les Rollandistes.
Un de nos compatriotes a cru devoir soutenir , dans un ouvrage publié depuis quelques années, la fralernilé de saint Principe et de saint Rémi. Cependant, cet auleur parle d'une manière assez timide sur ce point, et même ne semble pas avoir éludié la question d'une manière suffisante; il nous donne sujet par là même de pousser plus loin nos recherches sur le fait qui nous occupe.
De tous les écrivains qui ont eu occasion d'exprimer leur sentiment sur ce point de critique, les auteurs de VArl de vérifier les dates nous semblent les seuls qui aient rencontré la solution de la difficulté. Ils ont regardé le mol frater comme appartenant à la
(1) Bondonnet, Vies des Êvéques du Mans, pag. 158.
(2) Histoire de l'Eglise gallicane, liv. v, à l'an 41t.
première rédaction, el l'épi Ihète germanus comme une addition du copiste, aussi ont-ils traduit/rater par parent. Telle est effectivement la véritable signification de ce mot, sur un grand nombre de monuments de la latinité du moyen-âge.
Nous nous sommes arrêté quelque peu sur celte question, pour justifier ce que nous avons dit dans notre récit, en parlant de saint Principe. Il nous était sans doute permis de soutenir un sentiment appuyé par D. Mabillon, les Bollandistes, D. Rivet, etc., sur les Actes du saint évêque ; et en fait de critique , nous aimons à nous en tenir à cette règle donnée par Foncemagne. « Lorsque la critique, dit ce « savant homme, rencontre une pièce qui paraît bonne, excepté sur « un point , elle ne doit l'abandonner qu'après avoir essayé tous « les moyens de la justifier. »
NOTE Vil.
SLR LES ACTES DE SAINT GERVAIS, DIACRE DE L'ÉGLISE DU MANS ET MARTYR, ET SUR L'ÉPOQUE A LAQUELLE IL A VÉCU.
Saint Gervais, diacre de l'Eglise du Mans et martyr dans le Charolais , au lieu nommé aujourd'hui Saint-Gervais-la-Valière, autrefois du diocèse de Chàlons-sur-Saône, et compris présentement dans celui d'Autun, n'a jamais joui d'un culte très répandu daos notre diocèse. Nos plus anciens livres d'office , manuscrits ou imprimés, n'en font aucune mention, et on peut justement s'en étonner, puisque son histoire , telle qu'elle a élé publiée par les historiens de la ville de Chàlonset par les Bollandistes, porte incontestablement des marques d'authenticité, au jugement de ces habiles critiques. Ce qui rend surtout ce fait surprenant, c'est ;que le saint martyr a toujours été honoré d'un culte public dans l'Eglise deChàlons.
Au sentiment du P. du Sollier, les Actes de saint Gervais ont été rédigés au ix' ou au xe siècle, et ils sont des meilleurs de ce temps-là. Dom Rivet, tout en portant un jugement trop sévère sur la substance de l'histoire qu'ils rapportent, rend justice au mérite de l'écrivain (1).
Ces Actes ont élé publiés par les Jésuites d'Anvers, au sixième de juillet, d'après trois manuscrits : le premier fut envoyé, en 1683,
(1) Histoire littéraire de la France, tom. v, pag. 681.
par le P. Claude Perry, aux éditeurs des Acta Sanctorum; les deux autres leur furent communiqués par le P. Chifflet. Une traduction assez fidèle de ces Actes avait déjà été mise au jour par Orbandale (le P. Bertrand, minime), dans les preuves de son Histoire de Chatons-sur-Saône. Dans ces différentes copies, on rencontre , selon Pusage , quelques variantes, mais les faits sont partout les mêmes. Nous nous sommes encore servi d'une Vie du même saint par AJ. l'abbé Pequegnot, et nous y avons trouvé quelques détails pour les faits plus modernes (1).
La plus grande difficulté que présentent ces Actes, c'est la substitution du nom de saint Pavace , troisième évêque du Mans , à celui du prélat sous lequel est né saint Gervais. Il s'agit donc de découvrir le nom de ce dernier, autrement on ne pourrait déterminer l'époque à laquelle a fleuri notre saint martyr. 11 n'y a , en effet , aucune apparence que ce saint ait été le contemporain de saint Pavace, surtout si Ton rapporte l'épiscopat de celui ci au commencement du n« siècle, comme nous avons démontré qu'il le faut faire. L'ensemble du récit répugne d'ailleurs à une date aussi reculée. Mais les Actes du saint martyr peuvent mettre sur la voie. I/évêque dont on recherche le nom avait, disent ces Actes, une grande dévotion pour saint Gervais, martyr à Milan , et c'est pour l'honorer qu'il donna son nom au saint dont nous nous occupons. Maintenant, quel est l'évoque parmi tous ceux qui ont gouverné l'Eglise du Mans, qui ait montré plus de dévotion pour le glorieux martyr milanais , sinon saint Innocent? Il est parlé dans ces Actes de la consécration de l'Eglise cathédrale en l'honneur de saint Gervais , et ce fut précisément saint Innocent qui l'accomplit. Saint Viclorius Ier, et d'autres peut-être, avaient, il est vrai, établi le culte du saint martyr dans notre Eglise, mais la consécration de la cathédrale en son honneur, n'est pas antérieure à l'épiscopat de saint innocent.
Les Actes que nous examinons dans ce moment, racontent que les restes de saint Gervais du Mans, immédiatement après son martyre , furent recueillis par les habitants des environs de Chàlons et déposés sous un toit de chaume, où ils reposèrent jusqu'à l'époque a laquelle saint Loup, évêque de celte dernière ville, fit bàlir une basilique pour les abriter. Or, il n'est pas probable que ce fragile toit de chaume ait pu durer beaucoup plus d'un quart de siècle , et comme l'épiscopat de saint Loup est de la fin du vie siècle , si l'on remonte en arrière de cette date d'un quart de siècle , et que l'on suppose au
(1) Légendaire d'Autun, tom. n, pag. 1.
saint diacre Gervais , lors de son martyre vingt- cinq ou trente ans, comme l'insinuent visiblement ses Actes, alors on retrouve saint Innocent sur le siège du Mans à l'époque de la naissance de notre glorieux compatriote. Observons d'ailleurs qu'il n'y a rien dans toutes lescirconslances du récit de la vieel de la mort de saint Gervais, qui annonce une autre époque que celle qui est ici désignée. Ces troupes de brigands encore païens qui parcouraient le pays, n'étaient pas rares dans le royaume des Burgondes aussi bien que dans nos contrées (1).
La substitution du nom de saint Pavace à celui de saint Innocent est un fait analogue à mille autres du même genre ; le P. du Solfier fait observer que rien n'est plus fréquent dans les Vies des saints. En effet, la plupart furent d'abord composées pour être lues dans les offices divins ; elles devaient par là même être brèves, contenir quelques traits plus saillants et plus propres a exciter la piété des fidèles, être dégagées pour l'ordinaire de tous ces détails qui ne vont pas proprement à la dévotion : ainsi se trouvaient éliminés en général les noms propres, les dates et autres indications que les copistes ou les collecteurs ajoutèrent dans la suite, mais trop souvent d'une manière fautive.