XXXVIII INTRODUCTION
ou Mainbœuf d'Angers et de quelques abbés et comtes; mais ce qui démontre que l'acte est supposé, ou du moins falsifié, c'est qu'il est daté du Ier décembre de la cinquante-deuxième année de Clotaire, qui ne régna que quarante-cinq ans. Dom Mabillon conjecture qu'il faut lire la quarante-deuxième année de Clotaire II, au lieu de la cinquante-deuxième, qui n'est qu'une faute de copiste. Le P. Longueval répond qu'en prenant ce parti il est difficile de prouver que saint Longis, qui arriva dans le Maine sous l'épiscopat de saint îladouin, c'est-àdire au plus tôt l'an 623, ait pu avoir bâti un monastère et exécuté ce qu'il dit dans ce testament, dès la quarantedeuxième année de Clotaire, laquelle, au mois de décembre, désignait encore l'an 625.
On produit un acte de Clotaire même, en confirmation du précédent, lequel est encore plus suspect; car, outre qu'il est daté de la cinquante-troisième année de son règne, ce prince y nomme saint Longis Vir inhister, qualité qu'on ne donnait ordinairement qu'aux premières dignités séculières, et que Clotaire se donne à lui-même dans cet acte (1). Ajoutons que le but bien connu du collecteur des Gestes des Êvêques du Mans, de réunir des titres vrais ou faux, pour assurer à l'église cathédrale la possession de tous les monastères du diocèse, rend suspectes toutes les pièces de cette nature qu'il a insérées dans son ouvrage.
Le reste des Actes de saint Hadouin mérite la confiance; ce ne sont pas quelques fautes de copistes qui peuvent détruire l'autorité que des pièces revêtues de tous les caractères d'authenticité méritent par elles-mêmes. On distingue parmi ces pièces Je testament d'Hadouin;
(1) Ce titre se donnait, il est vrai, mais très rarement, aux premiers dignitaires de l'Eglise, surtout quand ils étaient d'une naissance illustre.
INTRODUCTION. XXXIX
il est ordinairement placé à côté de celui de saint Bertrand, et il le mérite. Hadouin y montre une grande connaissance des lois civiles; et toutes les précautions qu'elles peuvent prescrire pour assurer l'exécution des volontés d'un testateur sont fidèlement prises par lui. Aussi son testament se trouve imprimé plusieurs fois avec celui de saint Bertrand, dans les collections d'histoire et de jurisprudence.
Les historiens des provinces voisines fournissent quelques renseignements propres à éclaircir la marche des faits; c'est une observation commune à toute histoire particulière dans les diverses périodes de son cours; mais ici les historiens de la Bretagne-Armorique nous apprennent des événements relatifs à notre pays, et dont nos chroniques domestiques semblent avoir entièrement perdu le souvenir.
14°. Si saint Béraire 1er a rencontré dans l'antiquité quelque historien, ce travail n'est point parvenu jusqu'à nous, ou il est jusqu'ici demeuré inconnu aux recherches les plus persévérantes. N'ayant rien pu découvrir par nous-même en dehors des Gestes des Évêques du Mans sur ce prélat, nous nous sommes adressés aux savants continuateurs des Acta Sanctorum. Nous ne pouvions remonter à une source plus féconde; mais leur réponse nous a donné la certitude que nous possédions déjà tout ce que l'on peut connaître aujourd'hui sur saint Béraire 1er.
Les Actes de cet évêque contiennent le récit d'un événement qui a excité une bien vive controverse entre les écrivains français et les écrivains italiens, et en particulier entre les Bénédictins de ces deux nations; le récit de la translation des reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique du Mont-Cassin dans les Gaules. Heureusement, le récit de l'historien manceau se trouve appuyé
XL INTRODUCTION
sur les liturgies des Bénédictins allemands, anglais, espagnols et même italiens. Un écrivain du Mont-Cassin, est le premier à rapporter cet événement, et le plus grand nombre des critiques, étrangers au sujet de cette controverse, se prononce pour le parti des Français. On conçoit que nous ne pouvons entrer ici dans cette question, sur laquelle des hommes d'une science profonde ont écrit des volumes entiers. Nous serons amenés par la suite de nos récits à donner une preuve frappante en faveur du sentiment soutenu par les Bénédictins français, depuis le vne siècle jusqu'à nos jours, et aussi par tous les historiens manceaux, lorsque en 731, nous aurons à parler, d'après la petite chronique du Mont-Cassin (Brève chronicon Cassinense), d'un concile tenu à Rome, et qui redemande aux habitants du Mans et à ceux d'Orléans, les reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique, sous la menace de l'excommunication. On ne compte pas moins de dix-neuf ouvrages ou dissertations sur ce sujet, et parmi les noms des auteurs de ces écrits on lit ceux de Dom Mabillon, Dom Lauret, Dom Saiverda, Dom Millet, de la Saussaye, Dom Angelo de la Noce, Dom Giustiniani, le P. Le Cointe,le P. Castael, le cardinal Querini, Dom Fabre, le P. Stilling, etc. etc. Mais on peut se contenter de lire la dissertation de Dom Mabillon, au second siècle bénédictin, pag. 337, ou celle de la Saussaye dans ses Annales ecclésiastiques d'Orléans.
Nous trouvons une partie considérable de l'histoire de saint Béraire dans les Actes de saint Sérené et de saint Sérenic. Ces Actes sont bien reçus des critiques, et nous montrerons qu'ils sont autorisés par les Actes de saint Magnobode évêque d'Angers, lesquels sont contemporains, et par le vénérable Bède lui-même, dans son Histoire ecclésiastique d'Angleterre.
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15°. L'épiscopat du vénérable Aiglibert est raconté avec assez de détails et de fidélité dans le recueil des Gestes desEvêques du Mans. Nous chercherons à éclaircir dans une note les difficultés que des savants ont soulevées, relativement au Pallium qu'il reçut du Pape et aux titres qu'il porta.
Une des chartes transcrite dans cette partie du Pontifical et relative aux faits qui s'y trouvent rapportés, contient une faute de copistequ'il est important de remarquer. Cette charte est de l'an 705, et en même temps elle nomme Childéric lî comme régnant alors, tandis que ce prince était mort dès l'an 680, au plus tard, et dès l'an 673, selon le sentiment le plus probable (1), et que Childebert III régnait depuis l'an 695; ainsi l'erreur est évidente. Il faut supposer, comme le fait Foncemagne, qu'un copiste a voulu suppléer un nom qui manquait (2); ou que le transcripteur du xme siècle avait de la peine à lire la copie du ixe qu'il pouvait avoir sous les yeux. L'habile académicien que nous nommions tout à l'heure et Dom Mabillon, ont très bien prouvé, que dans plusieurs cas on a réellement mis par conjecture des noms qui n'avaient point d'abord été spécifiés; d'aulre part, il paraît par la diversité des noms donnés à quelques pages de distance au même personnage, que le copiste n'a pas lu d'une manière correcte une écriture qui pouvait déjà être ancienne de quatre siècles (3).
Le privilège monétaire, déjà accordé à l'Eglise du Mans et renouvelé sous Aiglibert, a été contesté par Dom Liron, dans les Singularités historiques-, ce n'est que de
(1) Dom Pitra, Histoire de saint Léger.
(2) Foncemagne, Observations critiques sur les Actes des Evêques du Mans dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-
Lrttres, toill. XX, pag. 211.
{* Dom Mabillon, de re Diplomatica Supplementum, pag. 37,
XLII INTRODUCTION
nos jours qu'il a été démontré authentique par un beau travail de M. Hucher, sur les Monnaies du Maine.
16°. Enfin, sur les épiscopats de Bérairé II et du bienheureux Herlemond 1er, nous n'avons eu ta consulter que le Pontifical, et quelques passages des chroniques des monastères de Saint-Calais et de Saint-Vincent; mais dans ces différents monuments, on ne trouve aucune difficulté considérable, et ils sont admis comme pièces authentiques par tous les critiques.