‹ Histoire de l'Eglise du MansChapitre 6 sur 43 · INTRODUCTION, XI III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, XI III

du Mans, a reçu sa mission de saint Pierre ou de saint Clément; 4° que l'opinion contraire qui retarde la mission de notre apôtre au nie ou au ive siècle, est dépourvue de preuves solides; 5° que le système chronologique établi par le P. Papebrock ne repose point sur une base assez forte.

1°. Etat de la question.

On peut regarder la controverse qui nous occupe en ce moment comme ayant eu son principe dès les premières années du xie siècle. Léthalde, en rédigeant à cette époque une nouvelle Vie de saint Julien, fut le premier qui avança, en s'appuyant sur ce qu'il crut apercevoir dans saint Grégoire de Tours, relativement aux premières missions chrétiennes dans la Gaule, que notre saint évêque n'était venu annoncer l'Evangile chez les Cénomans que vers le milieu du nie siècle, sous le consulat de Decius et de Gratus, l'an 250. Cet auteur composa en même temps un office pour la fête de saint Julien, et il y insinua son opinion, quoique avec précaution. Le sentiment qu'émettait Léthalde était nouveau pour nos ancêtres; sans doute, une controverse se sera élevée sur ce sujet dans l'Eglise du Mans; les traces en sont arrivées jusqu'à nous, mais malheureusement nous avons perdu une partie des pièces.

En 1648, Antoine Le Corvaisier de Courteilles tenta de relever, dans son Histoire des Evêques du Mans, le système établi par Léthalde. Mais tout en suivant cette opinion , qu'il croyait appuyée sur saint Grégoire de Tours, il la corrigea sur plusieurs points. Celui-ci avait dit que les premiers apôtres de la Gaule furent envoyés par saint Sixte, sous le consulat de Decius et de Gratus, Le Corvaisier substitua saint Fabien à saint Sixte, ce

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nom étant plus en rapport avec le consulat allégué par l'historien des Francs. Cette correction a été généralement admise par tous les historiens qui, avant Le Corvaisier ou depuis, ont écrit sur les origines des Eglises de la Gaule (1). Le système de l'historien manceau souleva de nombreuses contradictions; le chapitre de la cathédrale voulut même empêcher l'impression du livre.

Dom Jean Bondonnet, cellérier de Saint- Vincent du Mans, soutint l'ancienne opinion sur la mission de saint Julien et fit voir, dans ses Vies des Evêques du Mans, publiées en 1651 , les erreurs de Le Corvaisier. Celui-ci, ayant appris que l'on préparait une réfutation de ses opinions, essaya de les fortifier par de nouveaux arguments, et, dans ce but, fit paraître, en 1650, un ouvrage sous ce titre : Défense anticipée de l'Histoire des Evêques du Mans. De son côté, Dom Bondonnet ajouta, à la fin de son histoire, un nouveau travail qu'il intitula : Response sommaire à la Défense anticipée du sieur de Courteilles (Le Corvaisier).

Jusque-là il n'y avait encore que deux sentiments : le premier, qui était le plus ancien, soutenait que saint Julien avait fondé la foi dans le pays des Cénomans, au premier siècle de l'ère vulgaire; le second, au contraire, prétendait que saint Julien avait été envoyé par saint Fabien, en 250.

La même année où Bondonnet publiait ses Vies des Evêques du Mans, il s'éleva un nouveau système qui rejetait la mission de saint Julien vers le milieu du ive siècle. L'auteur de cette singulière opinion fut le docteur Jean de Launoy. 11 fit paraître, en 1657, un recueil de trois dissertations, dédié à Henri de la Mothe- Houdencourt, évêque de Rennes, portant ce titre : Dis-

(i) Politi, Martyrologium Romrmum, ad client Tixvujannarii,

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sertationes très, quarum Una Gregorii Turonensis de septem Episcoporum adventu in Gallium; Altéra Sulpitii Severi de primis Galliœ Martyribus locus defenditur; Et in utraque diversarum Galliœ Ecclesiarum origines tractantur. Tertia quid de primi Cenomannorum antistitis epocha sentiendum sit, explicatur (1).

Ces dissertations furent mises à Y Index par déeret du 29 mai 1690, et Bondonnet en publia, l'an 1653, une réfutation sous ce titre : Réfutation des trois Dissertations de MTe Jean de Launoy, docteur en la sacrée Faculté de théologie de Paris, contre les missions apostoliques dans les Gaules au premier siècle.

Le sentiment de Launoy fut soutenu par le P. Henschenius, dans le préambule à la Vie de saint Thuribe, au second tome d'avril des Acta Sanctorum, publié en 1675. Les raisons alléguées par le docte jésuite sont : le texte fameux de saint Grégoire de Tours, la prédication de l'Evangile, si favorablement accueillie au Mans et si entravée à Tours, et plusieurs faits particuliers des Vies de saint Thuribe et de saint Pavace, faits qui indiquent, selon lui, un temps où l'Eglise était déjà affranchie de la crainte des persécutions. Ces objections trouveront leur réponse dans le cours de nos Annales.

Le P. Daniel Papebrock, en publiant, en 1701, dans le troisième tome de juin des Acta Sanctorum, un longarticle sur saint Innocent, évèque du Mans, établit encore un quatrième système de chronologie pour l'histoire des prélats qui ont gouverné notre Eglise. Cette chronologie n'a jamais été suivie que par les continuateurs de Papebrock dans la collection des Bollandistes; nous en

(1) 11 y eut une seconde édition de ces trois dissertations en 1670, atlctior et correctior. Elles sont reproduites dans l'édition complète des œutretde Launoj de 1731, tom. n, part. i,pag. 121 à 202

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ferons toutefois l'examen à part, à cause du grand nom de Fauteur et de sa valeur scientifique. Du reste, pour ce qui nous occupe présentement, ce système diffère peu de celui de Le Corvaisier; car celui-ci met la mission de saint Julien à l'an 250, et Papebrock à l'an 247.

En 1728, Dom Liron, de la congrégation de Saint- Maur, fit paraître un Nouveau Catalogue des Evêques du Mans, dans lequel il s'efforce de prouver que saint Julien a établi l'Eglise du Mans au premier siècle. Dans les mêmes années, Dom Colomb rédigeait, dans l'abbaye de Saint-Vincent, son Histoire des Evêques du Mans, et la liste qu'il dressa de ces prélats rapportait la mission de saint Julien au milieu du ine siècle; mais il ne semble pas avoir étudié d'une manière approfondie cette question. Il en est de même de Dom Denis Briant, qui, dans son Cenomania, rédigé vers 1700, met la fondation de notre Eglise dans les premières années du ive siècle, sous l'empire de Constantin. Un grand nombre d'autres auteurs se prononcèrent pour l'un ou l'autre sentiment, sans avoir examiné eux-mêmes l'ensemble des preuves, et s'en rapportèrent à Launoy ou à Le Corvaisier, tels furent les frères Sainte-Marthe, dans le Gallia Christiana (velus) (1); le P. Longueval, dans Y Histoire de V Eglise gallicane (2); Tillemont, dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique (3).

Ces auteurs, et un grand nombre d'autres que nous pourrions nommer, occupés à écrire des histoires générales ou à recueillir les Vies des Saints, ne pouvaient pas apporter un sérieux examen à ces questions particulières, et il est visible, en les lisant, qu'ils ont parlé la plupart

(1) Tom. ii, pag. 512.

(2) Liv. i, à l'an 250.

(3) Tom. iv. pag. 488 et 729.

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d'après les auteurs qui les avaient précédés; aussi leur nombre n'ajoute rien au poids de l'opinion qu'ils ont suivie.

De nos jours, deux littérateurs de notre province, écrivant sur le même sujet, ont embrassé les deux opinions extrêmes : le premier est l'auteur des Pohjptiques de l'Eglise du Mans. 11 cherche à défendre îe sentiment qui fixe la mission de saint Julien.au premier siècle; mais il n'allègue aucun texte nouveau, aucun argument que Dom Bondonnet n'eût déjà fait valoir avec plus d'étendue, de force et de clarté. Le second est M. Thomas Cauvin, dans sa Géographie ancienne du diocèse du Mans; il essaie d'appuyer le sentiment de Launoy, et croit que la fondation de notre Eglise n'est point antérieure à la paix donnée aux chrétiens par Constantin. Au reste, nous n'avons pas trouvé non plus dans ce dernier auteur de preuves nouvelles en faveur du sentiment qu'il défend.

Nous avons déjà dit que Léthalde substitua dans l'office de saint Julien une légende nouvelle à l'ancienne. Il est indubitable que la légende qui fut supprimée alors, exprimait en termes positifs que saint Julien avait été envoyé par saint Clément; nous en avons pour garant Léthalde lui-même, qui nous assure, dans son Epître à Avesgaud, que toutes les légendes de saint Julien étaient unanimes sur ce point. 11 retrancha donc ce fait de l'office du saint évèque, et les leçons de la fête de saint Julien reproduisirent textuellement la Vie de cet apôtre par Léthalde, non seulement au jour de la solennité, mais par continuation dans tout le cours de l'octave. Nous retrouvons cette légende dans toutes les éditions du Bréviaire manceau, même dans celle du cardinal de Rambouillet, en 1 582. Sous l'évêque Emeric-Marc de la Ferté, en 1 645, l'Eglise du Mans revint à son ancienne tradition sur la

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mission de saint Julien; au récit un pou vague de Léthalde, elle substitua une légende qui commence ainsi : « Beatus Julianus primus fuit Genomanensium Episco- « pus, quem cives maximo semper in honore habue- « runt, eumque tamquam Apostolum venerali sunt. Is « a sancto Petro Apostolo disseminandaj christiame reli- « gionis gratia in Gallias missus, Genomanum venit : « ubi apertum propagandes religionis campum nactus, « plurimos ad Cbristum convertit, quos et multis mira- « culis in fide suscepta confirma vit, etc. »

La même légende se trouve fidèlement reproduite dans les éditions du Bréviaire données par Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, en 1663, et par Louis de Lavergue-Montenard de Tressan, en 1693. Cependant, lorsque l'on publia cette dernière édition, l'école critique qui reconnaissait pour ses maîtres, sinon avoués, au moins de fait, Sirmond et Launoy, avait fait d'immenses progrès en France. Elle avait trouvé ses plus forts auxiliaires dans les nouveaux liturgisles, ennemis secrets de Rome, qui cherchaient à discréditer les traditions qu'elle professe dans ses livres d'office et dans son martyrologe. Toutes les Eglises de France qui, à cette époque, pensaient remonter au premier siècle de l'ère chrétienne, furent inquiétées dans leur croyance, et les nouveaux liturgistes leur composèrent de nouvelles légendes, d'où l'on avaitéliminé avec soin tout ce qui tenait, de près ou de loin, à l'origine apostolique de nos Eglises. L'évêque de Tressan et son chapitre ne crurent pas devoir sacrifier à cet esprit d'innovation; en 1693, on réimprima le Bréviaire du Mans, ad Romani formam expressum, sans aucun changement notable, surtout pour la légende et l'office de saint Julien. Cependant, à la demande de l'évêque, il y eut, à Paris, une assemblée des critiques les plus renommés de l'époque, pour exa-

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miner la valeur des traditions de l'Eglise du Mans ; au nombre de ces savants se trouvaient Tillemont et l'abbé Chastelin. Tout disposés qu'ils étaient à une critique sévère, ces érudits se prononcèrent pour le maintien, dans la liturgie, des traditions anciennes de notre Eglise,

Cependant les idées émises d'abord par Rosweid, Sirinond, Launoy, du Bosquet et ceux qui les ont suivis et copiés, gagnaient de jour en jour de nombreux partisans. Lorsque Louis de Froulay, en 1748, crut devoir donner un nouveau Bréviaire du Mans, oh supprima entièrement la légende ancienne de saint Julien, et l'on y substitua la pièce dont voici le commencement : « Ju- « lianus primtis Cenomanensis episcopus, ejusdem pro- « vinciœ gentem ad veri Dei cultum perduxit, unde apud « eam nomen Apostoli consecutus est. lis n'omit tempo- « ribus, quibus refert Gregorius Turonensis fidem in c< Galliis disseminatam per septem episcopos a Romana « Sede tempore Decii imperaloris missos. Plura probant « monumenta hos Christi pnecones non caruisse sociis « ebaritate et prudentia conspicuis, quos ad promulgan- « dum Evangelium missionis sibi commissac participes « consecraverunt. Certis eos depulaverunt regionibus, « ubi sedes episcopales institui, et verbum Dei annun- « tiari curaverunt. — Hos inler Julianum ea œtate susee- « pisse omis pastorale déclarât séries episcoporum in « ejus cathedra sibi succedentium, quorum plures sanc- « toruiri albo inscribuntur, et publica fidelium recolun- « tur vencratione, etc. » Cette légende toute nouvelle se lit encore dans la dernière édition du Bréviaire du Mans, donnée en 1821.

Ainsi nous voyons, en résumant, qu'il y a trois opinions principales sur l'époque de la mission de saint Julien : la première la fixe au premier siècle de l'ère chrétienne; la seconde au milieu du 111% et la dernière

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après la conversion de Constantin. La première de ces opinions est sans contredit celle qui compte aujourd'hui le moins de partisans; c'est celle, cependant, qui nous paraît plus autorisée par les monuments anciens, celle que nous nous proposons de défendre ici, quand nous aurons prouvé que la foi chrétienne a été établie dans la Gaule dès le temps des Apôtres.

2°. La foi chrétienne a été prêckée et établie dans la Gaule, dès le premier siècle de notre ère.

Nous n'entendons pas réunir ici tous les textes employés par les ailleurs qui ont soutenu l'opinion dont nous avons fait l'objet de ce paragraphe; cet exposé nous mènerait trop loin. Nous nous bornerons seulement à citer quelques unes des autorités qui prouvent le fait général, et nous nous appliquerons aie démontrer d'une manière plus précise sur des faits particuliers.

Nous ne parlons point non plus du sentiment qui veut que saint Pierre, saint Paul, et saint Jacques-le-M aj eu r aient, à des époques différentes, touché le sol de la Gaule, et aient annoncé à ses habitants la nouvelle du salut. Celte question nous entraînerait encore trop loin (1).

L'Ecriture sainte elle-même nous apprend que le Sauveur avait ordonné à ses disciples, avant de quitter la terre, de répandre sa doctrine dans tout l'univers. On ne saurait douter que les Apôtres et les disciples n'aient fait tous leurs efforts, pour remplir entièrement cet ordre du divin Maître. Mais, au moment où ces messagers divins parcouraient l'univers, peu de contrées se montraient aussi faciles à aborder que la Gaule. Ce pays était

(1) Voit- l'ouvrage très solide de Bulle t, de Apostolica Ecclesiœ Gallicanœ Origine, Besançon, 1752; et la lettre de Pierre de Marca à Henri de Valois, sur le même sujet. — Acta Sanctorumjunii, tom. v, pag. 544-553.

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habité par un peuple intelligent, et le vaste territoire qu'il occupait était déjà couvert en partie d'établissements romains. Il n'est pas possible que la croyance chrétienne ait fait à Rome d'aussi grands progrès que le rapportent les auteurs payons eux-mêmes (1), sans que la lumière de l'Evangile ne se soit, en un petit nombre d'années, répandue dans tout l'Occident. Nous apprenons d'Kusèbe (2) que les Apôtres firent instruire les habitants des lies Britanniques dans la foi chrétienne; peut-on supposer que la Gaule, liée si intimement à l'Orient, et surtout à Home, n'ait pas attiré leurs regards? Elle les attira sans doute, et, selon saint Isidore, saint Philippe, l'un des douze, vint chez les Gaulois leur faire connaître le Christ (3).

A l'autorité de saint Isidore, contemporain de saint Grégoire de Tours, mais assurément plus instruit, nous pouvons ajouter d'autres témoignages plus anciens. Saint Epiphane, parlant de saint Luc FEvangélisle, dit qu'il prêcha dans la Dalmalie, la Gaule et l'Italie, mais surtout dans la Gaule (4),

Dans la persécution de Marc-Aurèle, les Eglises de Vienne et de Lyon fournirent un grand nombre de martyrs (5) ; mais les chrétiens que renfermait la Gaule

(1) Tacite, Annales, lib. xv, cap. xl. — Suétone, Vita Néron i 's * cap. xvi.

('2) Euscbe, Oratio de Laudibus Constantin^ pas, 764. — Prœparatio Evangelica, lib. i, cap. iv, pag. 11. — ffistoria Ecclesiastica, lib. n, cap. m, pat;. 48.

(3) Philippus Gallis prœdieat Clnistum, barbarasque gentes vicinasque tenebris, et tumenti oceono conjunctas, ad scientiie lumen fideiqué portum deducit. — Isidorus Hispalensis, de Vita et Morte Sanctorum, cap. lxxiv.

(4) Idque ipse priimim in Dalmatia, Gallia et Italia ac Macedonia prœstitit : sed in Gallia prœ ercteris. — Epipbanius, Advcrsus Hœreses, haeresis li.

(5) Eusèbe, Hhtoria Bcclesiastica, lib. v, cap. i, pag. 198.

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n'étaient pas tous dans ces deux cités, et qui pourra admettre que les hommes apostoliques qui avaient fondé ces deux Eglises, n'aient pas travaillé par eux-mêmes ou par leurs disciples, à répandre au loin la semence de la parole divine?

Peu de temps après, saint 1 renée, bien instruit sans doute de l'origine des Eglises des Gaules, écrivant contre les hérétiques de son temps, leur dit que l'Evangile a été semé par tout l'univers par les Apôtres et par leurs disciples, et que leur enseignement a été reçu; puis il ajoute que les Eglises qui sont en Germanie, celles qui sont en lbérie, celles qui sont chez les Celtes, n'ont pas une autre croyance et une autre tradition que les Eglises de l'Orient (1).

Pour comprendre toute la force de ce passage, il faut le considérer dans son ensemble ; or, il est évident, en le rapprochant de tout ce qui le précède et le suit, que saint Irénée a voulu citer aux hérétiques qu'il combat la tradition des Apôtres, telle qu'elle a été conservée par les Eglises que leurs travaux ou ceux de leurs disciples immédiats ont fondées; autrement, son raisonnement demeure sans force. Parmi ces Eglises, on vient de voir que saint Irénée compte celles de la Gaule. En effet, ce Père combat les Valentiniens , plus anciens que saint Pothin, il ne peut donc leur citer, pour les convaincre de nouveau lé, que des Eglises dont l'existence est incontestablement antérieure à la leur (2).

Nous pourrions également alléguer Tertullien (3), qui

(1) Et neque hœ qtiœ in Germauia sunt fundatœ Ecclesiœ aliter credunt, aut aliter tradunt, neque hœ quœ in lbcria sunt, ncque hœ quœ in Ccltis, neque hœ quœ in Oriente, etc. — Irenœus, Contra Hœrescs, lib. i, cap. x, pag. 49.

(2) Mamachi, Origines et Antiquitatea Christianœ, loin, u, pag. 263.

(3) Advenus Judœoo, cap. vrii.

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écrivait vers l'an 200, et qui soutient que l'Evangile était reçu chez les différentes nations des Gaules; Lactance, qui assure que non seulement à Rome, mais dans tout le monde, une immense multitude a quitté le culte des idoles (1); saint Justin le martyr, dans son Dialogue avec le juif Tryphon (2), où il dit que l'Evangile est prêché et établi, non seulement dans l'empire romain, mais encore chez les peuples barbares. Assurément la Gaule ne pouvait être oubliée.

Mais il ne suffit pas de savoir en général que la foi s'établit dans notre patrie au premier siècle, il faut rechercher les ouvriers que la Providence employa ta cette œuvre.

Dès le premier abord, nous pouvons distinguer trois nombreux essaims de missionnaires, qui vinrent pendant la durée du premier siècle évangéliser la Gaule.

La première de ces saintes compagnies peut se nommer la mission Juive. Elle se composait de sainte Marie- Madeleine, de saint Lazare, frère de cette illustre pénitente et premier évêque de Marseille, de saint Maximin, qui planta la foi dans la ville d'Aix, de sainte Marthe, sœur de Madeleine et de Lazare, des saintes Salomé et Marie mère de Jacques. Ces saints personnages, partis ensemble de la Palestine, prêchèrent, non sans fruit, l'Evangile dans la Provence; leurs Actes anciens, remontant au moins au vie siècle, et nouvellement publiés avec toutes les preuves désirables, ne permettent pas de douter du fait qu'ils constatent. Nous pouvons ajouter qu'une preuve non moins évidente et tout-à-fait incontestable, est l'existence des sarcophages dans lesquels ont reposé long-

(1) De Mortibus persecutorum, cap. II.

(2) Cette assertion est reproduite dans plus de vingt endroits de ce Dialogue.

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temps les reliques de ces illustres apôtres, monuments qui remontent très certainement au 111e ou au ive siècle. Ajoutons que la tradition la plus constante dépose en faveur de la mission de ces saints personnages en Provence; mais tous ces monuments ont été recueillis et publiés récemment dans l'un des plus beaux ouvrages de critique qui existent dans notre littérature, c'est pourquoi nous n'avons pas à nous en occuper plus longuement (1). D'ailleurs la Provence n'était point, à cette époque, rigoureusement comprise sous le nom de Gaule.

La seconde mission fut envoyée par saint Pierre qui, comme suprême pasteur auquel le soin de l'univers entier avait été confié, dirigeait les ouvriers évangéliques vers toutes les contrées que le Saint-Esprit lui montrait. Elle se composait de saint Trophime d'Arles, de saint Paul de Narbonne, de saint Martial de Limoges, de saint Austremoine de Clermont, de saint Gatien de Tours, de saint Saturnin de Toulouse et de saint Valère de Trêves.

Le fait de la mission de ces sept évêques n'est pas contesté; il est confirmé par saint Grégoire de Tours, par la tradition constante d'un bon nombre d'Eglises, et par des monuments graves et nombreux. Mais il y a controverse pour savoir à quelle époque il faut rapporter cette mission. Cependant, cette controverse ne saurait se prolonger longtemps, si l'on veut faire attention aux raisons que nous allons indiquer ici sommairement.

L'auteur des Monuments inédits sur V Apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence a publié un document précieux, qui a appartenu autrefois à l'Eglise d'Arles, et qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque natio-

(1) Voyez Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, etc. Paris, Aligne, 1848, 2 vol. in-4°.

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nale (1). 11 est extrait d'un recueil de tous les titres relatifs à la primatie du siège d'Arles, laquelle est fondée sur l'apostolat de saint Trophime, comme envoyé par saint Pierre. On y voit les lettres, connues d'ailleurs, des Sou~ verains Pontifes saint Zozime, saint Léon, saint Hilaire, saint Gélase, saint Symmaque, saint Félix III, saint Hormisdas,Jean II, Agapit 1er, Vigile, Pelage, saint Grégoirele-Grand ; les lettres des empereurs Honorius et Théodose II; enfin celles des évêques de la province d'Arles. Toutes attestent d'un consentement unanime et de la manière la plus formelle, que la primatie d'Arles est fondée sur ce que saint Trophime, que les monuments déjà cités et d'autres encore représentent comme le chef de la mission qui nous occupe, avait été envoyé par l'Apôtre saint Pierre. Ce n'est pas tout, au milieu de ces documents, on en trouve un de peu d'étendue, mais d'une grande importance, que M. l'abbé Faillon juge appartenir au vie siècle, et sur lequel on lit les noms des sept évêques, sans l'erreur grave qui s'est d'abord glissée dans les Actes de saint Ursin, apôtre de Bourges à la même époque, et qui, de ces Actes, est passée dans le récit de saint Grégoire de Tours, comme nous le ferons bientôt voir.

Immédiatement après le texte des lettres du pape Pelage à Sapaudus, évêque d'Arles, et avant celles adressées par saint Grégoire-le-Grand au même évêque, qui mourut en 586, le manuscrit offre le titre suivant, peint en vermillon : De septem viris a bcato Petro Apostolo in Gailiis ad prœdicandum missis, tempore Neronis(2). On lit

(1) Fonds Colbort, n<> 5537.

(2) Ce mot est une erreur de copiste ; au lieu de Neronis il faut lire C/audii. On sait que les titres ornés, aussi bien que les majuscules, étaient d'ordinaire exécutés sur les manuscrits après le texte lui-môme, et qu'ils sont assez souvent défigurés par des fautes; ils ne peuvent donc valoir contre le texte lui-même.

tVI INTRODUCTION.

ensuite les paroles suivantes : « Sub Claudio igitur Pe- « trus Apostolus quosdam discipulos misit in Gallias ad « prredicandam gentibus fidem Trinitatis, quos discipu- « los singulis urbibus delegavit. Fuerunt hi: Tropbimus, « Paulus, Marcialis, Austremonius, Gracianus, Saturni- « nus, Valerius,et plures alii qui comités a beatoApostolo « illis prœdestinati fuerant (1). »

Ce document, comme il est aisé d'en juger, confirme : 1° la mission des sept évoques envoyés par l'Apôtre saint Pierre pour travailler à la conversion des Gaulois; 2° la distinction que l'on doit établir entre la mission à laquelle présidait, comme chef, saint Trophime d'Arles, et celle que conduisit plus tard saint Denis de Paris. Ces deux points importants dans la question qui nous occupe vont encore ressortir avec plus d'évidence des faits que nous allons indiquer.

It faut rapprocher de ce texte un autre document d'une grande valeur, et qui cependant est fort peu connu. 11 est tiré d'un manuscrit de la Bibliothèque Casanata, dans le monastère des Dominicains de la Minerve, à Rome. Ce volume renferme plusieurs opuscules : l'un d'eux, qui n'a pas de titre, est un traité contre les Ariens. Mamachi, qui a examiné ce manuscrit et qui a, le premier, cité, mais d'une manière fautive, le passage que nous allons rapporter (2), pense qu'il a été écrit du ve au vne siècle. L'auteur du traité, pour appuyer la doctrine catholique qu'il défend, invoque l'argument de prescription qui consiste à établir que l'Eglise enseigne encore aujourd'hui les mêmes vérités que les Apôtres et leurs disciples ont enseignées dans l'Orient, l'Egypte, l'Asie,

(1) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie -Madeleine, tom. il, col. 373-376.

(2) Origines et Antiquitates Christianœ, lib. n, cap. xxn, §. i.

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l'Italie, les Gaules. Or, parlant de ce dernier pays, il ajoute : « In Galliis etiam civitas Arelatensis discipulum « Apostolorum S. Trophimum habuitfundatorem; Nar- « bonensis S. Paulum, Tolosana S. Sarturninum, Vas- « sensis S. Daphnum (1). Per istos enim quatuor Aposa tolorum discipulos in universa Gallia ita sunt Ecclesiœ « constitutœ, ut eas per tôt annorum spatia nunquam « permiserit Christus ab adversariis occupari (2). »

On voit que ce document, comme celui que nous avons cité plus haut, établit positivement que la foi a été portée dans laGaule par les Apôtres et leurs disciples immédiats; qu'il ne nomme point saint Denis et ses compagnons parmi les premiers prédicateurs venus dans notre pays, et qu'il confirme ce qui est contenu dans le manuscrit de l'Eglise d'Arles. Celui-ci avait dit que dans la compagnie des sept évêques se trouvaient d'autres ouvriers évangéliques , celui-là nomme l'un d'entre eux saint Daphnus.

Les deux documents que nous venons de rapporter se trouvent confirmés par un grand nombre d'autres monuments appartenant à la haute antiquité chrétienne. Pour ce qui a rapport à la mission de saint Trophime, il existe une suite de pièces officielles qui appuient ce que nous venons de dire, ou au moins le supposent. En 417, le pape saint Zozime écrivait, dans une de ses épîtres,

(1) Si Ton objectait que ce saint Daphnus a signé les Actes du concile d'Arles, tenu en 314, nous répondrions d'abord que les signatures de ce concile sont fort incertaines, comme en conviennent tous les éditeurs des conciles; ensuite que deux é\èqucs du même nom peuvent avoir occupé, à près de trois siècles de distance, le même siège.

(2) Mamachi, op. cit. au lieu de Per istos enim, a lu Parisiensis enim, mais c'est une erreur échappée à ce savant; deux habiles diplomatistes, qui ont examiné le manuscrit depuis, ont constaté que la véritable version est celle-ci :' Per istos. — JVIaceda, de céleri Propagatione Evanfjelii, pag. 15

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qu'il ne faut point déroger aux privilèges de la métropole d'Arles, parce que saint Trophime a été comme la source d'où la nouvelle de l'Evangile s'est répandue dans toute la Gaule (1).

Or, saint Zozime ne pouvait ignorer que saint Pothin était venu avant le milieu du 11e siècle apporter la lumière de la foi dans la Gaule; il ne pouvait ignorer que ce saint martyr avait été suivi d'un grand nombre d'ouvriers apostoliques, qui répandirent la semence de la parole divine en plusieurs lieux, et que leurs travaux eurent assez d'éclat; s'il savait tout cela, comment peut-il appeler saint Trophime la source d'où les ruisseaux de la foi ont coulé sur toute la Gaule, si ce n'est parce qu'il était alors constant que l'apostolat de saintTrophime était antérieur à celui de saint Pothin, fondateur de l'Eglise de Lyon (2).

Peu de temps après la lettre de saint Zozime, dans les premiers mois de l'an 450, dix-neuf évêques de la province d'Arles réunis adressèrent au pape saint Léonle-Grand un mémoire en faveur du siège d'Arles, suppliant ce Pontife de lui restituer les privilèges qu'il lui avait enlevés. Cette demande était appuyée sur ce que l'Eglise d'Arles remontait jusqu'à saint Trophime, disciple de saint Pierre (3).

(1) Sane metropolitanoe Arelatensium urbi vêtus privilegium minime derogandum est, ad quam primum ex hac Sede Trophimus summus autistes, ex cujus fonte totae Gallia? fidei rivulos acceperunt, directus est. — Dom Goustant, Epistolœ Romanorum Pontificum, tom. i, pag. 938.

(2) Le P. Quesnel suppose gratuitement, pour se défaire de ce texte incommode clans le système qui met l'origine de nos Eglises au milieu du ine siècle, que saint Zozime et tous les clercs qui l'environnaient étaient doués d'une simplicité surprenante; heureusement l'antiquité ne laisse aucun fondement à ce beau système. — S. Leonis Magni Opéra, édition des frères Ballerini, tom. u, col. 998-1005.

(3) Omnibus etenim regionibusGallicanis notum est, sed nec sacrosanctœ

INTRODUCTION. LIX

Ces écrits fuient composés à une époque où il était facile de constater les faits, et lorsque les plus grands intérêts sollicitaient cette vérification. Il en fut de même pour un grand nombre d'autres documents écrits à la même époque en faveur de la primatie de l'Eglise d'Arles. Celte primatie même que l'on attaquait au commencement du Ve siècle remontait à une époque déjà si ancienne, que ceux qui avaient intérêt à la renverser et qui pouvaient s'appuyer sur une loi générale de discipline, celle de conformer les circonscriptions de l'Eglise aux divisions de l'empire, ne parvinrent pas à diminuer l'autorité d'un siège que les Papes s'étaient plu à orner de hautes prérogatives, parce qu'il avait été fondé par saint Trophime, envoyé par saint Pierre; et le Siège Apostolique, juge de la dispute, et si parfaitement en mesure, tant par la lumière et la sainteté des Pontifes qui l'occupaient alors, que par ses traditions, de découvrir la vérité, prononça, comme on le sait, en faveur de l'Eglise d'Arles.

Quoique nous ne puissions rapporter ici tous les textes qui servent de preuves au sentiment que nous embrassons, il en est un cependant que nous ne pouvons omettre, parce qu'il donne d'une manière précise la date de la mission qui nous occupe. Rhaban Maur, écrivant au

Ecclesi.T Romanœ habetur incognitum, quod prima inlra Gallias Arelatensis civitas missum a beatissimo Petro Apostolo sanctum Trophimum habere nieruit sacerdotem, et exiude aliis paullatim regionibus Galliarum bonura fidei et religionis infusum : priusque alia loca ab hoc rivo fidei, quem ad nos Apostolicu1 institutionis fluenta miserunt, meruisse, manifeslum est, sacerdotem, quam Vicnnensis civitas, que sibi mine impudenter, ac notabiliter primatus exposcit indebitos. Jure enim ac merito ca nrbs semper apicem sanctac diguitatis obtinuit, quee in sancto Trophimo primitias uostr.e religionis prima suseepit, ac postea intra Gallias hoc quod divino munere fuerat consecuta, studio doctrinœ salutaris cfluidit. — S. Leonis Magni Opéra, tout, i, col. 994, édit. Ballcrini. — Voyez Monument* inédits sur l'Apostolat de sainte Marie- Madeleine, tom. n, col. 364; et Maceda, de céleri Propagatione Evangelii, pag. 137 a 150.

IX INTRODUCTION

commencement du ixc siècle, les Vies de sainte Marie- Madeleine et de sainte Marthe (1), sur les documents les plus authentiques qu'il put se procurer, parle avec assez d'étendue des rapports qui existèrent entre sainte Marthe et saint Trophime; il dit positivement que ce saint évêque toucha le sol de la Gaule la quatorzième année après l'Ascension du Sauveur. Cette année se trouve être la septième du règne de Claude, et nous avons vu plus haut, par le monument du vr* siècle de l'Eglise d'Arles, que cette mission se rapportait effectivement au règne de cet empereur. C'est ainsi que deux documents, écrits dans des lieux hien éloignés et à des époques différentes, s'accordent pour nous donner la date précise d'un événement d'un si haut intérêt pour l'histoire chrétienne de la Gaule.

Nous rapprocherons maintenant de ces documents une Vie de saint Saturnin, pièce fort peu connue, et qui fournit un argument péremptoire dans la question qui nous occupe.

La controverse, qui divise depuis si longtemps les critiques sur la date de la fondation des Eglises de France est née, comme l'on sait, d'un passage fameux de saint Grégoire de Tours. Cet historien prétend que ce fut sous le consulat de Decius et de Gratus, l'an 250, que les sept évêques arrivèrent dans la Gaule. Mais où avait-il puisé ses données? A trois sources; d'abord il avait pris cette date dans les Actes de saint Saturnin, évêque de Toulouse; lui-même nous apprend ce détail; les noms des six autres évêques, il les avait puisés dans la Vie de saint Ursin, fondateur de l'Eglise de Bourges et contemporain des sept évêques; c'est ce que les longs récits qu'il em-

(1) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie- Madeleine en Provence.

INTRODUCTION. EXI

prunte à la même Vie, tandis qu'il se lait sur les cinq autres évêques, autorisent raisonnablement à croire; enfin la mission simultanée de ces sept apôtres, Grégoire en avait eu connaissance par la tradition conservée dans les Eglises jusqu'au temps où il vivait. Nous reviendrons sur quelques uns de ces détails; mais, en attendant, puisque l'opinion des critiques qui renvoie au me siècle la mission des sept évoques, repose sur l'autorité des Actes de saint Saturnin, il est expédient d'examiner ce document avec une attention particulière.

Au moment où saint Grégoire de Tours écrivait ses divers ouvrages, c'est-à-dire au commencement du vne siècle, il y avait, sur l'époque de la mission de saint Saturnin, deux traditions; nous en trouvons la trace dans deux écrits différents de saint Grégoire lui-même. Dans son Histoire des Francs, il exprime celle qui rapportait la fondation de l'Eglise de Toulouse au milieu du ine siècle; dans son livre de Gloria Martyrum (1), livre écrit à une époque postérieure au premier, il dit que saint Saturnin fut ordonné par les disciples des Apôtres et envoyé par eux à Toulouse (2). Ces disciples des Apôtres, d'après ce que l'on sait par un grand nombre d'autres monuments de la même époque, sont saint Lin, saint Clet et saint Clément, qui ont eu, en effet, comme nous le montrerons, une grande part dans la fondation de nos Eglises.

Mais d'où ont pu venir deux traditions aussi contraires? 11 est facile d'en rendre raison, puisque par un singulier bonheur, nous possédons aujourd'hui la leçon originale des mêmes Actes que saint Grégoire de Tours

(1) Lib. i, cap. XLVin.

(2) Saturninus vero martyr, ut fertur, ab Apostolorum discipulis ordinatus, in urbein Tolo^atiuin estdirectas; etc.

LXII INTK0DLCÎ10N.

avait sous les yeux, et vraisemblablement, des copies plus nombreuses que celles qu'il a pu avoir à sa disposition. Vers 1798, deux érudits découvrirent, dans les manuscrits de la Bibliothèque Riccardi, à Florence, un volume coté 223, et portant pour titre Sanctoralis et Passionalis. Ce titre indique seul que ce précieux volume in-folio contient un recueil de Vies des Saints. La dernière de toutes est la Vie de saint Saturnin, parfaitement conforme aux Actes publiés comme sincères par Doni Ruiiiart, et avant lui par Surius; avec cette différence notable pour l'objet qui nous occupe, que l'arrivée de saint Saturnin à Toulouse qui, selon la leçon donnée par Dom Ruinart d'après un grand nombre de manuscrits, se rapporte au consulat de Decius et de Grattis, Decio et Grato coss., selon le manuscrit de la Bibliothèque Riccardi, doit se rapporter à l'empire de Claude, Claudio Caii Caligulœ snecessore. Or, cette date du règne de Claude correspond parfaitement avec les deux monuments que nous avons rappelés plus haut, c'est-à-dire avec celui de l'Eglise d'Arles, qui ne donne pas d'autre date à l'arrivée de saint Trophime et de ses six compagnons que l'empire de Claude, et avec la Vie de sainte Marthe, par Rhaban Maur i laquelle rapporte cet événement à la quatorzième année après l'Ascension du Sauveur, ce qui revient à la septième de l'empire de Claude, ou à l'an 48 de l'ère vulgaire.

Mais avant de nous arrêter à cette date, nous devons préalablement peser la valeur du manuscrit qui nous la fournit. Les deux savants dont nous avons parlé trouvèrent dans la même ville de Florence deux autres manuscrits, contenant également les Actes de saint Saturnin; l'un dans la Bibliothèque Laurentienne, dans le fonds Arazzi-Medici, sous le numéro 4; l'autre^dans le monastère des Servîtes de Marie. Ces deux dernières Vies sont

INTRODUCTION. LXI'I

plus abrégées que les deux précédentes, et semblent en avoir été extraites avec beaucoup de fidélité. Cependant, il y a un point sur lequel elles en diffèrent; c'est précisément sur la date de la mission de saint Saturnin ; cette date, dans les deux récits abrégés, n'est désignée que par ces expressions : Ab Apostolorum discipuUs ordinatus est sanclus Saturnimis. Nous voyons déjà que le principal argument allégué par Boni Ruinart en faveur de la parfaite intégrité de son texte, argument qui tire toute sa forcé de la conformité des manuscrits, se trouve complètement anéanti.

Les manuscrits de Florence, dont nous venons de parler, sont des copies faites au xe siècle, mais sur un original plus ancien. En examinant un peu attentivement la nature du premier de ces manuscrits, il est impossible de ne pas reconnaître un recueil d'Actes des Saints, destinés à être lus dans les offices de l'Eglise.

Le collecteur qui réunit ces divers Actes dut se servir d'originaux appartenant à différents âges; ce n'est pas une simple conjecture, c'est une nécessité. Il importe beaucoup à notre but de découvrir à quelle époque appartenaient les Actes de saint Saturnin qu'il a consultés. Pour nous, il est incontestable qu'ils étaient antérieurs au ve siècle, ou au moins qu'ils avaient été composés dès les premières années de ce siècle; en voici la raison : dans les Actes publiés par D. Ruinart, on distingue facilement deux parties ; dans la première, se trouve le récit de la passion et de la mort du saint martyr; dans la seconde, est racontée l'histoire de la découverte de ses reliques, et saint Exuperius, évêque de Toulouse, au commencement du vc siècle, y est mentionné avec éloge. Tillemont (1) a cru voir dans cette seconde partie la date du document

(i) Mémoire* pour servir n l'Histoire ecclésiastique, loin. 111, p. 297.

LXIV INTRODUCTION

tout entier, et le rapporte, par conséquent, au vc siècle; mais Doin Ruinart et le P. Corneille de Bye(l) ne pensent pas que Ton doive attribuer les deux parties à la même époque et au même rédacteur. Selon ces deux savants, la fin est certainement postérieure aux premières années du ve siècle, mais la première partie lui est antérieure. En effet, cette distinction se trouve confirmée par le manuscrit de la Bibliothèque Riccardi; dans celui-ci; on ne trouve que la première partie des Actes, transcrite à peit près de mot à mot, moins toutefois la phrase relative au consulat de Decius et de Grains, comme nous le ferons bientôt observer; En outre, il faut remarquer, et ceci est très important, que si la seconde partie de ces Actes manque sur cette copie, on ne doit l'attribuer ni à l'intention d'abréger qu'aurait eue le copiste, ni au défaut d'espace sur le manuscrit, comme il est quelquefois arrivé. 11 reste encore plus d'une feuille blanche après les Actes de saint Saturnin; et le collecteur non seulement a transcrit intégralement les Actes tels qu'il les avait, mais il a ajouté d'assez longs détails empruntés aux Actes de saint Firmin, disciple de saint Honestus, associé aux travaux apostoliques de saint Saturnin. D'où l'on doit conclure que s'il n'a pas transcrit le récit de la découverte et de la translation du corps du saint martyr, comme l'on fait les autres d'après lesquels D. Ruinart s publié les Actes de ce saint, c'est que cette histoire n'existait pas, et par conséquent, cet auteur ne peut guère être postérieur à l'an 400 de notre ère. Ainsi, voila des Actes très rapprochés des événements qu'ils racontent, antérieurs de beaucoup à saint Grégoire de Tours, et aux Actes publiés par D. Ruinart. Ce seul fait suffit pour ébranler la date du consulat de Decius et de Gratus, car

(1) Acta Sunctorunif de suucto Dionysio, ad diem M octubris.

INTRODUCTION. L&V

loin d'attribuer la mission de saint Saturnin au nr3 siècle, nous verrons bientôt que les Actes que nous faisons connaître la font remonter en plus d'une manière, aii premier siècle (1).

Ces considérations vont acquérir une nouvelle forcé par l'étude du caractère de notre collecteur. Dès le commencement de son ouvrage, il déclare qu'il s'est propose de réunir ce qu'il a appris de plusieurs personnes et de plusieurs documents écrits (2). Plus loin, il va chercher dans les Actes de saint Firmin des détails propres à relever la gloire de l'apôtre de Toulouse, comme sa prédication dans la cité de Pampelune, plusieurs grandes actions de saint Firmin et de saint Honestus, dont une partie de la gloire revient à leur maître commun. Or, par tout cet ensemble, il est évident que l'écrivain qui a transmis ces récits était un homme pieux, très dévoué à l'honneur de saint Saturnin, et qui, contrarié de voir que les Actes de son saint patron ne contenaient que le récit de ses souffrances et de sa mort, recueillit partout où il put, pendant le cours du ive siècle, les documents relatifs à l'apôtre des Toulousains, et en composa un corps d'ouvrage.

(1) Les Actes de la Bibliothèque Riccardi portent d'autres marques certaines d'une très haute antiquité. Les noms des cités des Gaules qui, à partir de Julien l'Apostat, selon quelques archéologues, ou au moins depuis Tan 400, date de la Notice de l'Empire, dite d'IIonorius, se confondent a\ec ceux des peuples, ont conserve sur ces Actes la forme que Ton trouve dans les géographes anciens : ainsi, au lieu de Nemausenscs ou Nemauscna, on y lit Nemausus, et ainsi des autres. Remarquons aussi que l'auteur des Actes que nous examinons, parlant de la ville d'Agcn et du pays des Anerncs, les place hors de la Gaule, manière de parler qui ne peut convenir qu'à un auteur plus ancien que les invasions Av^ barbares*

(2) Ut multorum relationc didicimus, vcl ctiain quihusdam scripterum documentis comperimus, pauca de pluribus colligcntcs, explicare propu* nimus.

LXVI INTRODUCTION

Peut-être serait-on tenté de croire que cet auteur a jm se laisser tromper par des traditions déjà altérées. Il n'en est rien ; car bien qu'il affirme dans le commencement, ainsi que nous l'avons vu, qu'il a interrogé la tradition et qu'il a consulté plusieurs documents écrits, ce qu'il ajoute cependant, en dehors des emprunts faits aux Actes de saint Firmin, se réduit à très peu de chose. Un écrivain de ce caractère et du temps où il a vécu doit donc inspirer la plus grande confiance.

Nous avons dit que les Actes de saint Saturnin écrits vers l'an 400, contiennent de longs emprunts faits aux Actes de saint Firmin, apôtre des Ambiani. Mais ces derniers Actes publiés plusieurs fois (1), ne paraissent point entièrement sincères, et le P. Stilting a raison de les regarder comme ayant subi plusieurs altérations. Cependant il ne faut pas se hâter de conclure que ceux que nous faisons connaître encourront, par une conséquence nécessaire, une note défavorable; en effet, les critiques qui, comme Stilting, reconnaissent que ces Actes ont été falsifiés en quelques points, confessent unaniinent que tout n'y est pas faux; et qu'il s'y trouve même des choses fort anciennes et marquées d'un caractère certain de vérité (2). Il n'en faut pas davantage pour justifier les Actes de saint Saturnin, car nous n'y rencontrons précisément aucun des passages suspects dans ceux de saint Firmin. On peut donc penser que l'auteur des Actes de saint Saturnin était antérieur aux

(1) Du Bosquet, Ecclesiœ Gallicanœ Historiarum liber primas. — Acta Sanctorum, ad diem i septembris, pag. 175; ad diem xxv ejusdem. — Dom Bouquet, Rerum Gallic. et Franck, scriptores.

(2) Voyez Dom Ruinart, Acta sincera Martyrum, praef. pag. lxv. — Tillemont, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique, tom. m. — Gallia Christiana, tom. x, pag. 1150, — Dom Ri\et, Histoire littéraire de la France, tom. i, pag. 307.

introduction. i.xvn

falsifications introduites dans ceux de saint Firmin, ou qu'il possédait un exemplaire plus correct; enfin que sa vigilance ne se laissait pas facilement surprendre.

11 est tellement important, pour comprendre la suite de nos raisonnements, d'avoir sous les yeux la partie des Actes de saint Saturnin qui a servi de guide à saint Grégoire de Tours dans son Histoire ecclésiastique des Francs, que nous croyons devoir en transcrire ici le commencement, d'après l'édition de Dom Ruinart.

« Tempore illo, quo post corporeum Salvatoris Do- « mini nostri Jesu Christi adventum, exorlUs in tene- « bris Sol justitiœ splendore fidei illuminare oceiden- « talein plagam cœperat, postquam sensim et gradatim « in omnem terram Evangeliorum sonusexivit, parique « progressu in regionibus nostris Aposlolorum proedi- « catio coruscavit ; curn rarœ in aliquibus civitati- « bus Ecclesiœ paucorum Christianorum devotione con- « surgcrcnt; sed nihilominus crebra miserabili errore « gentilium nidoribus fœiidis in omnibus locis tcmpla « fumaient : anle annos l. sicut actis publicis, id est, « Decio et Grato consul ihus, sicut fideli recordalione « retinelur, primum et summum Christi Tolosa civi- « tas sanctum Saturninum habere cœperat sacerdolem. « Cujus fide, atquc virtule eorum, qui in urbe eadem «coiebanlur, da3monum cœpcrunt cessare va ti ci nia, « commenta nudari, artes detcgi, omnisque illorum apud « gentiles potentia, omnisque fallacia, Christianorum « fide cresccntc, dccrescere. »

Rapprochons maintenant ce passage de celui qui lui correspond sur le manuscrit de la Bibliothèque Riccardi. Le voici :

« Tempore illo, quo post corporeum Salvatoris ad- « ventum, exortus in tencbris Sol ipse justitiœ, et splcn- « dor fidei illuminare occideutalem plagam cœperat,

L XVI il INTRODUCTION.

(( quiasensim, et gràdatim in omnem terram Evange- « liorum sonitus exivit, tardoque processu in regionibus ce nos tris ApostoJorum praedicatio coruscavit; cùni raro « in aliquibus civitatibus Ecclesiae paucorum Christiano- « rum devotione consnrgerent , et crebro miserabili « errore gentilium nitoribus fœlidis in omnibus locis a templa fulgcrent, anle annos satis plurimos, id est, ce Claudio, qui Gaio vita defuneto subrogatus imperium ce Romaine Reipublicae obtinendo ministrabat, sicut fideli ce relatione retinetur, primum et summum Ghristi Tolo- « sana civitas sanctum Saturninum habere cœperat sa- « cerdotem. »

Jusqu'ici, si nous exceptons la note chronologique, le récit est le même; il n'y a donc eu qu'une même source. Les Actes publiés par D. Ruinart donnent de suite le récit du martyre du saint apôtre de Toulouse; ceux de la Bibliothèque Riccardi offrent un tableau abrégé de ses prédications, emprunté aux Gestes de saint Firmin, puis ils viennent à son martyre et le racontent avec les mêmes expressions qui se lisent dans D. Ruinart. Comment a pu s'introduire, entre deux auteurs qui ne laissent d'autre part aucun lieu de suspecter leur candeur, une si notable différence? L'accord parfait remarqué par D. Ruinart, entre un grand nombre de manuscrits collationnés pour son édition, lui avait fait croire que cette date remontait à la rédaction primitive f 1). Cette opinion est détruite aujourd'hui par le manuscrit de la Bibliothèque Riccardi.

L'antériorité du manuscrit de Florence sur le texte de saint Grégoire de Tours et sur les manuscrits que

(1) Il faut observer que les manuscrits consultés par Dora Ruinart appartenaient tous à la France, et semblent copies sur un seul et unique original. — Maceda, de céleri Propagatione Évangeiii, lib. i, pag. 36,

INTRODUCTION. LXÏX

Ruinart a pu découvrir, ne donne cependant pas le droit de conclure à une falsification systématiquement opérée, chose très difficile et tout-à-fait invraisemblable; mais il est bon d'examiner avec attention les deux passages rapportés plus haut. On a dû remarquer que la phrase où se trouve indiqué le consulat de Decius et de Gratns comme date de l'arrivée de saint Saturnin à Toulouse, contient plusieurs répétitions inutiles : « ante annos l. « sicut actis publicis, id est, Decio et Grato consulibus,

a sicut fideli recordatione retinetur » Un critique

habile a fait observer que ce double emploi de l'adverbe sicut n'était pas en harmonie avec le style dans lequel sont rédigés les Actes; que la formule id est indique plus ordinairement une note marginale, ou une explication ajoutée dans la transcription ; que l'auteur de cette phrase allègue la tradition constante après avoir parlé des actes publics, ce qui semble superflu; qu'au temps de saint Grégoire de Tours, cette date ne se trouvait pas encore précisée dans tous les manuscrits, puisque celui qu'il avait sous les yeux pour rédiger le livre de Gloria Martyrum, n'offre poinl d'autre note chronologique que celle-ci : c< ab Apostolorum discipulis ordinatus; » que les deux Vies manuscrites abrégées, découvertes à Florence, s'expriment de la même manière; que la date de cinquante ans ne se trouve que sur un seul manuscrit, et que partout ailleurs on trouve : « ante annos « satis plurimos, » ou « ante annos plurimos(l). »

Ajoutons que les Actes de la Bibliothèque Riccardi contiennent eux-mêmes en cet endroit la formule id est, qui semble indiquer une note marginale introduite dans le texte. Toutes ces considérations autorisent à penser que dans la première rédaction on ne mit point d'autre

(1) M.-iced.'i. de céleri Propagation? Evangelii, \\h. i, pag. 3G.

I,XX INTRODUCTION

marque chronologique que celle-ci : « ante plures annos, » ou une autre équivalente. Lorsque un nombre d'années considérable se fut écoulé, cette note n'apprenait plus rien, et ne satisfaisait plus la pieuse curiosité de ceux qui voulaient connaître les actions de l'apôtre de Toulouse; alors on aura ajouté, d'abord en marge une indication chronologique, d'après les souvenirs que l'on avait conservés, et cette note aura passé ensuite dans le texte.

Nous trouvons la confirmation de ce que nous venons de dire dans le second concile de Limoges, tenu en 1031. On y produisit des Actes du même saint Saturnin, qui rapportaient son martyre à la persécution de Dioclétien et de Maximien. Ce sentiment n'avait, d'après toute vraisemblance, d'autre fondement que la rigueur du supplice enduré par le saint martyr, et le souvenir des cruautés atroces exercées à cette époque contre les chrétiens. Du reste, nous voyons par le même concile et au même endroit que, malgré les Actes qui nous sont connus, malgré le récit de saint Grégoire de Tours, on croyait, en beaucoup de lieux, que saint Saturnin avait été envoyé par saint Pierre (1). En voilà assez pour prouver surabondamment que la date précise n'a été ajoutée à ces Actes que dans un temps postérieur. Maintenant à laquelle de ces dates postérieurement ajoutées, donnerons-nous confiance?

D'après les considérations que nous avons déjà faites, et une multitude d'autres que nous sommes obligé de supprimer pour éviter les longueurs, nous pensons que

(i) Verum nonnullos audio interdum movere, quomodo non discrcpet illud quod apud Tolosam Gcsta ejus de tempore narrant : videlicet si in temporc Diocletiani et Maximiani, consulatu vero Decii Gcrmanici et

Grati, primo Tolosam advenit quomodo a Petro Apostolo episcopns

ordinatus, et ad Tolosam missus est?— Labbe, Concilia, tom. ix, col. 880.

INTRODUCTION. LXXI

la rédaction des Actes de Florence est celle qui mérite le plus de confiance : d'abord parce que ces Actes sont de beaucoup les plus anciens que nous ayons; en second lieu, parce qu'ils s'accordent mieux avec les documents que nous avons cités précédemment, monuments qui désignent l'empire de Ciaude comme date de l'arrivée des sept célèbres apôtres de la Gaule; troisièmement enfin, parce que le rédacteur des ces Actes a mis à son travail une diligence et un soin particulier. 11 ne s'est pas contenté de ce que lui offraient les Actes tels que saint Grégoire de Tours les a vus, il les a confrontés avec d'autres, et les a enrichis des renseignements que ce labeur a pu lui fournir (1).

Nous pourrions encore faire voir comment les Actes plus anciens et plus sincères de saint Firmin, trouvés aussi dans la Bibliothèque Riccardi, confirment ce que nous avons dit delà mission de saint Saturnin au Ier siècle, puisque ces Actes l'appellent tantôt disciple de saint Pierre, tantôt disciple des Apôtres; mais il faut enfin s'arrêter.

Quoique l'autorité des modernes en ces matières n'ait de poids qu'autant qu'ils se sonf appuyés sur les anciens, nous ne voulons point passer ici sous silence ce qu'ont pensé sur ce sujet les Bénédictins delà Congrégation de Saint-Maur, dans Y Art de vérifier les dates, à l'article de

(1) Ce que nous avançons ici, sur les additions de notes chronologique dans les manuscrits de cette nature, n'a rien d'étonnant pour les personl nés accoutumées à l'étude des monuments, et les exemples en sont nombreux; nous citerons seulement les Actes de saint Firmin, publiés par du Bosquet et par le P. Stilting. Ces doctes éditeurs ont reconnu d'après les variantes constatées dans plusieurs manuscrits, que les noms de Dioctétien et Maximien, qui se trouvent dans quelques uns, ont été ajoutés par conjecture et longtemps après la première rédaction. —Voyez Acta Sanctorum, ad tliem xxv septembris ; Commentarius prœvius, de sancto Firmino, episc. et martyre,

LXXH INTRODUCTION.

saint Saturnin ï « Saint Saturnin, disent-ils, premier « évêque de Toulouse, envoyé dans les Gaules par le Pape « saint Clément, vers la fin du ier siècle. »

Après avoir éclairci la difficulté chronologique que plusieurs hommes savants avaient cru trouver dans les Actes de saint Saturnin, nous allons maintenant consacrer quelques pages aux cinq autres apôtres qui, avec les saints évêques d'Arles et de Toulouse, firent partie de la première mission qui vint de Rome dans les Gaules au premier siècle. Cet examen va nous fournir de nouveaux arguments pour asseoir le fait de celte importante mission.

Saint Paul, premier évêque de Narbonne, au rapport de saint Adon de Vienne, était disciple des Apôtres (1). L'ancien Martyrologe Romain et les autres Martyrologes anciens expriment tous la même opinion (2). En outre, l'auteur de la Vie de saint Paul de Narbonne, qui paraît avoir vécu au ve siècle, lui donne la qualité de disciple des Apôtres (3).

Nous n'ignorons pas que l'on a quelquefois cherché à éluder la force de ces témoignages, en disant que la qualité de disciple des Apôtres avait été donnée à plusieurs saints par manière d'éloge, comme pour marquer qu'ils avaient fidèlement annoncé la même doctrine que les

(1) Natalis sancti Pauli, quem beati Apostoli ordinalum urbi Narbonœ episcopum miserUnt. — S. Ado, Libellus de Festivitatibus sunctorum Apostolorum, ad xi kal. aprilis. — Idem, Martyrologium, ad xi kal. aprilis. — Plusieurs manuscrits ajoutent que cet évêque est le même que Sergius Pauïus, et que saint Paul, se rendant en Espagne, le laissa à Narbonne pour y établir la loi. — Voyez Giorgi, Martyrologium Adonis, pag. 130. C'est, comme Ton voit, la même opinion que celle exprimée par le même saint Adon, dans son livre des Fêtes des Apôtres.

(2) Voyez Giorgi, Ibid. pag. xxx.

(3) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie-Madeleine, tom. h, col. 367.

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