‹ Histoire de l'Eglise du MansChapitre 7 sur 43 · INTRODUCTION. I.XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. I.XXIII

Apôtres envoyés par Jésus-Christ lui-même; mais ce n'est pas là assurément une réponse bien solide. Si Ton n'avait voulu exprimer que leur fi? 'élite à la doctrine et la relever par des qualifications honorables, on aurait appelé ces saints personnages, disciples de Jésus-Christ, puisqu'ils enseignaient la même doctrine que ce divin Maître.

L'Eglise de Trêves reçut également des mains de saint Pierre saint Valère, son premier apôtre. Nous avons vu que le monument de l'Eglise d'Arles le mentionne parmi les compagnons de saint Trophime. Rhaban Maur, archevêque de Mayence, et témoin bien informé de la tradition de l'Eglise de Trêves, place aussi, dans sa Vie de sainte Marthe, saint Valère parmi les prédicateurs envoyés par saint Pierre avec saint Trophime. L'accord entre cet écrivain et la croyance des Eglises de Trêves et d'Arles, quoiqu'il n'y ait eu aucune liaison particulière entre ces deux chrétientés, est donc un nouveau motif pour conclure que, selon l'ancienne tradition attestée par des monuments du vie siècle, saint Valère avait été du nombre des sept prédicateurs envoyés de Rome par saint Pierre pour prêcher l'Evangile aux Gaulois (1).

11 est remarquable que tous les Martyrologes, à peu d'exceptions près, font mémoire de ce saint (2); mais ce qui a plus de poids dans la question qui nous occupe, c'est qu'un très grand nombre, et des plus anciens, lui donnent la qualité de disciple de saint Pierre. Saint Adon, dans son Martyrologe, exprime très positivement ce fait (3). Usuard répète la même chose ù peu près

(1) Monuments inédits sur V Apostolat de sainte Marie- Madeleine, tom. il, col. 378.

(2} Voyez Giorgi, Martyrologium Adonis, ad diem XXIX januarii. — Politi, Martyrologium Romanum ad eamdem diem.

(3) Eodem dieTrevcris, depositio beati Valerii episcopi, discipuli sancti Pctri Apostoli.

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dans les mêmes termes. Le Martyrologe Romain, réformé en 1583, reproduit aussi cet éloge. L'ancien martyrologe d'Auxerrc, du fonds Colbert, donne à saint Valère la qualité de disciple de saint Pierre; il en est de même du martyrologe manuscrit de la Bibliothèque Riccardi; ceux de Notker et de Fulde, et celui du cardinal Ottoboni, publiés par Giorgi, disent également que cet apôtre des Trévirois leur fut envoyé par saint Pierre.

Des auteurs postérieurs, il est vrai, quant au temps, à ces Martyrologes, mais graves par leur science et leur caractère, placent aussi saint Valère parmi les premiers prédicateurs envoyés par saint Pierre dans la Gaule; de ce nombre est Pierre le Vénérable (1). Marianus-Scotus est plus précis encore, et s'accorde merveilleusement avec le monument de l'Eglise d'Arles, avec Rhaban Maur et avec les Actes de saint Saturnin de la Bibliothèque Riccardi. Voici ses paroles : « Anno Dominicœ Incarnatio- « nis 54, Claudii anno 12, Episcopatus Pétri Romae « anno 8, Eucharius eu m sociis Valerio alque Materno « ad prœdicandum Gallicis gentibus missi sunt, etc. (2) » Plus bas, à l'an de Notre Seigneur 75, il dit que saint Valère succéda à saint Euchaire. Le savant P. Brouwer est cà peu près du même sentiment; selon lui, saint Euchaire mourut en l'an 73, et saint Valère occupa son siège à partir de cette époque jusqu'à l'an 88 (3). Enfin des auteurs plus récents établissent dans un ordre différent les premiers évêques de Trêves; selon ceux-ci, ils se seraient succédé en cette manière : d'abord saint Eu-

(1) Misit (Petrus) in Galliam, Treverim, et Goloniam Matcrnum, Eucharium, et Valerium. — Petrus Venerabilis, Apud Baronimn, Annotationes in Martyr 'ologium Romanum, ad diem xxix januarii.

(4) Chronicon, lib. il.

(3) Antiquitates annalium Trevirensium, lib. H, §. 76.

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chaire, puis saint Maternus, et en troisième lieu saint Valère. Mais ces différences ne font rien à notre sujet; elles prouvent au contraire en faveur des traditions Tréviroises, et elles s'expliquent facilement, puisque, dans tous les cas, ces trois évêques sont venus ensemble, se sont livrés en même temps à leur œuvre apostolique, et pouvaient être simultanément revêtus du caractère épiscopal (1).

Tout le monde connaît les deux conciles de Bourges et de Limoges de Pan 1031 ; on sait que sur la proposition de l'abbé et des moines de Saint-Martial de Limoges, après de longs et vifs débats, il fut prononcé, d'après le témoignage des plus anciens Actes consultés par les Pères de ces deux assemblées, que cet apôtre des Lémovices avait été envoyé par saint Pierre pour évangéliser la Gaule, et qu'il était l'un des soixante-douze discipie, (2).

Dans ce même concile, il fut aussi question de saint Stremonius, ou Austremoine, apôtre des Arvernes. L'archevêque de Bourges soutenait que l'on ne devait donner le nom d'Apôtre qu'à ceux qui avaient reçu de Jésus- Christ lui-même le pouvoir de prêcher la foi, et que saint Martial était seul de ce nombre parmi tous les fondateurs des Eglises des Gaules, au moins parmi les premiers prédicateurs de l'Evangile dans l'Aquitaine; qu'à la vérité les disciples du Sauveur, c'est-à-dire ceux qui crurent en lui, avaient été nombreux; mais que parmi ceux-ci Jésus-Christ n'en avaitchoisique soixante-douze, à qui il avait donné le pouvoir de prêcher dans l'univers, leur disant : « Allez, je vous envoie comme des agneaux « parmi les loups; » et que ni saint Denis, ni saint Satur-

(1) Voyez Surius, tom. i, de sancto Valerio.

(2) Labbe, concilia, tom. ix, col. 864-891.

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nin, ni saint Ursin, ni saint Austremoine, ni saint Front, ni saint Julien du Mans, qui avaient vu les Apôtres ou avaient pu les voir, et avaient été envoyés clans les Gaules, les uns par saint Pierre, les autres par saint Clément ou par d'autres Papes, n'avaient point été du nombre des soixante-douze (1). Ainsi, dans les premières années du xie siècle, on mettait saint Austremoine au nombre des apôtres de la Gaule au premier siècle. On a vu, par le monument de l'Eglise d'Arles rapporté plus haut, et qui est au moins du vie siècle, qu'à cette époque la même croyance était établie. Nous apprenons en outre, parla Vie de saint Ursin, fondateur de l'Eglise de Bourges, pièce antérieure à saint Grégoire de Tours, comme nous allons le démontrer, que telle étaitl'opinion générale avant l'historien des Francs. Malheureusement on n'est pas encore parvenu à découvrir des Actes très anciens de saint Austremoine; ceux qui ont été publiés par le P. Labbe (2) portent des traces d'une époque de beaucoup postérieure aux événements qui y sont rapportés; mais, quoiqu'ils soient entachés de quelques fables, l'auteur qui les a rédigés fait cependant preuve de science et de bonne foi (3).

Une ancienne Vie de saint Ursin vient d'être retrouvée, exempte de toutes les additions apocryphes qu'on a mêlées dans la suite à la Vie du saint apôtre des Bituriges. Saint Grégoire de Tours, qui n'avait assurément pas fait de longues recherches sur les origines de nos Eglises, et qui s'est contenté d'en rapporter ce qu'il savait d'après les Actes de saint Saturnin de Toulouse et d'après ceux de saint Ursin, avait entre les mains les

(1) Labbe, op. cit.

(2) Labbe, Bibliotheca nova manascriptorum, tom. n, pag. 482-500.

(3) Dom Ruinart, Snncti Gregorii Turonensis Opéra, col. 918.

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Actes nouvellement découverts. Il a emprunté à ceux de saint Saturnin, tels qu'il les avait, la date fausse de la mission des sept évoques, et à ceux de saint Ursin les noms de ces sept évoques; aussi ces deux saints sont les seuls sur lesquels il donne quelques détails, puisés évidemment dans leurs Actes, comme en sera convaincu quiconque voudra comparer ceux-ci avec le récit du père de notre histoire.

En effet, on ne peut pas dire que ces Actes soient postérieurs aux écrits de l'évêque de Tours; nous l'avons prouvé pour saint Saturnin, il nous sera tout aussi facile de le démontrer pour saint Ursin. Les Actes de ce saint apôtre de Bourges sont beaucoup plus longs que le récit de saint Grégoire de Tours, mais celui-ci rapporte en substance ce qu'ils relatent avec plus de détails. Cependant l'auteur de ceux-ci a passé sous silence deux des circonstances les plus importantes mentionnées l'une et l'autre par saint Grégoire de Tours : la première, que le sénateur Leocadius, qui donna son palais pour bâtir l'église de Bourges, était de la famille de Vectius Epagatus, martyrisé à Lyon avec saint Pothin; la seconde, que le corps de saint Ursin fut retrouvé au vie siècle, par suite d'une révélation , et honoré alors d'un culte public; ce que l'auteur des Actes n'eut certainement point omis, s'il avait eu connaissance des écrits de saint Grégoire de Tours. 11 ne dit rien non plus de la magnifique église de Bourges, dont saint Grégoire parle cependant à l'occasion du don de Leocadius, laquelle probablement n'était point encore construite lorsque raulcur des Actes écrivait. Son silence sur toutes ces circonstances prouve qu'il n'avait pas lu saint Grégoire, et qu'il écrivait avant l'invention du corps de saint Ursin. Ainsi il faut conclure qu'il a vécu à la fin du ve ou au commencement du vie siècle, et que par conséquent il

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n'a pu avoir connaissance des ouvrages de saint Grégoire, qui n'écrivit que plus lard. Ajoutons que dans les Actes nouvellement publiés on ne voit aucune expression qui dénote une origine plus récente, que l'on n'y trouve aucun des faits apocryphes attribués plus tard à saint Ursin, et qui avaient attiré le mépris des critiques sur la Vie de ce saint. Nous ne pouvons pas entrer dans de plus grands détails, il nous suffit d'avoir indiqué les principales raisons qui nous font regarder les Actes de saint Ursin nouvellement découverts comme antérieurs à saint Grégoire de Tours, comme véritablement sincères et devant être préférés pour la date qu'ils assignent à la mission des sept évêques, à l'histoire même de saint Grégoire (1).

Nous nous sommes arrêté à dessein sur la date de la mission des sept évêques, parce que saint Gatien, fondateur de l'Eglise de Tours, était l'un d'entre eux, et qu'il vint à la même époque; c'est ce que prouvent le monument de l'Eglise d'Arles, les Actes de saint Ursin, dont nous venons de parler, deux autorités au moins du vic siècle, et saint Grégoire de Tours lui-même, qui nomme son saint prédécesseur parmi les premiers apôtres de la Gaule. Ce fait a une grande portée dans la question qui nous occupe. Il prouve que l'Evangile fut prêché dès le premier siècle de l'Eglise, du temps môme de saint Pierre, non seulement dans le midi et le nord de la Gaule, mais aussi jusque dans notre occident, où la civilisation romaine avait le moins pénétré (2).

(1) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, tom. H, pag. 405-428. — On trouvera dans cet omrage non seulement le texte des Actes anciens de saint Ursin, mais les considérations les pins solides en faveur de la vérité que nous soutenons ici.

(2) Les Bénédictins, auteurs de Y Art de vérifier les dates, s'expriment ainsi à l'article qu'ils ont consacré à saint Clément dans la chronologie

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« Plusieurs critiques, dit un savant contemporain (1), auront peut-être de la peine à croire que saint Grégoire de Tours ait pu se méprendre sur l'époque où fut fondée sa propre Eglise, en retardant, comme il a fait, jusqu'à l'empire de Dèce, la mission de saint Gatien; mais, à notre avis, la lecture attentive de cet écrivain montre qu'en effet il n'avait rien de précis à nous apprendre^ ni sur l'origine de l'Eglise de Tours, ni sur celle de plusieurs autres Eglises des Gaules, et nous ne pensons pas qu'un esprit judicieux et impartial puisse ne pas souscrire à cette conclusion.

« 11 faut se rappeler en effet que si le christianisme fut prêché dans les Gaules, dès les premiers siècles, il n'y fit que des progrès assez lents, soit à cause de l'attachement des Gaulois aux superstitions païennes, soit à cause de la rigueur des persécutions. Les plus anciens monuments de l'Eglise gallicane, comme sont la Lettre des Eglises de Lyon et de Vienne, et les Actes de nos Martyrs, ne contiennent guère que le récit des massacres des premiers chrétiens. ïl est certain que les persécutions, et vraisemhlablcment aussi l'attachement des Gaulois à l'idolâtrie, amenèrent l'extinction, au moins l'interruption, du sacerdoce dans plusieurs villes. C'est ce que suppose le zèle des souverains Pontifes à envoyer fréquemment, pendant les trois premiers siècles, des prédicateurs dans les Gaules, puisque l'ordre de l'Eglise ne permet pas de donner de nouveaux pasteurs à des peuples qui en sont déjà

historique des Papes : « Quoi qu'eu disent plusieurs savants modernes, il « y a bien de l'apparence que c'est à saint Clément, et non à saint Fabien, « qu'on doit rapporter la mission des premiers évoques dans les Gaules; « tels que saint Tropbimc d'Arles, saint Gatien de Tours, saint Denis de « Paris, saint Paul de Narbonne, saint Austremoine de Glcrmont, saint « Martial de Limoges. »

(1) Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie- Madeleine en Provence, toni. D, pag. 377.

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pourvus. D'ailleurs nous avons des preuves certaines de cette cessation de l'épiscopat, comme à Tours, ainsi que l'assure saint Grégoire lui-môme, en ajoutant encore que saint Gatien, malgré ses vertus, ne put y gagner à la foi qu'un petit nombre de païens (1). »

Les monuments d'un grand nombre d'Eglises que la tradition représente comme fondées le plus anciennement, supposent avec évidence cette interruption de l'épiscopat. On doit admettre encore que les Papes, en envoyant de nouveaux prédicateurs dans les Gaules, leur auront assigné de préférence les sièges de première fondation restés vacants. Ainsi voyons-nous saint Denis, envoyé par saint Clément, se rendre directement à Arles et y laisser saint Regulus pour y perpétuer le sacerdoce interrompu depuis la mort de saint Trophime. Ces missions de nouveaux pasteurs venus de Rome, renouvelées peut-être à plusieurs époques, sont vraisemblablement la cause qui, au ve siècle, au plus tôt, aura porté quelque copiste des Actes de saint Saturnin à confondre la mission de ce dernier par saint Pierre, avec celle de quelqu'un de ses successeurs venu de Rome au 111e siècle, et qui souffrit le martyre dans la persécution de Dccius; et c'est probablement aussi ce qui a fait croire à saint Grégoire de Tours que la foi n'avait été portée dans cette ville qu'au m° siècle, parce qu'alors quelque missionnaire venu de Rome y aura prêché réellement. Nous avons d'ailleurs prouvé plus haut que le premier rédacteur des Actes de saint Saturnin n'avait mis dans son travail aucune note positive de chronologie, et que les trois ou quatre dates que l'on y lit aujourd'hui y ont été ajoutées d'après des conjectures; d'un autre côté, on sait combien le nom de Decius était resté odieux aux chré-

(1) SanctusGregoriusTuronensiSjH^^o^-e'a/'/'û^co/'jmZjlib. x, cap. xxx

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tiens pendant plusieurs siècles, et ce fut là peut-être aussi ce qui aura porté à unir son nom à celui de saint Saturnin, dont le martyre présente des traits d'une extrême cruauté. Ces raisons, du reste, loin de s'exclure réciproquement, se prêtent un mutuel appui.

Il n'est pas du tout invraisemblable, en effet, que, dans plusieurs des villes où le ministère sacerdotal avait été interrompu, et où, par conséquent, il ne restait que peu de chrétiens, appartenant, comme il est d'ordinaire; à îa classe la plus pauvre, la moins lettrée, la plus laborieuse de la société, le souvenir de leurs premiers apôtres ait pu s'affaiblir insensiblement, et même, en quelques endroits, s'éteindre tout-à-fait, et qu'ensuite, longtemps après, de nouveaux ouvriers évangeliques avant été envoyés de Rome dans ces mêmes villes, on n'ait rien conservé de certain sur ceux qui les avaient précédés. C'est ce qui est arrivé à plusieurs Eglises des Gaules et à celle de Tours en particulier, dont, par un motif de ce genre, saint Grégoire n'aura pas connu la véritable origine. Comment expliquer autrement qu'entre saint Gatien et saint Martin il n'ait pu trouver qu'un seul évêque, saint Lidoire, duquel encore il n'a rien su, sinon qu'il avait fait construire une église à Tours. Pour rendre raison de cette lacune, l'auteur ajoute, il est vrai, que, par suite des persécutions, cette ville resta longtemps sans évêque (1).

Sévère Sulpice, plus ancien que saint Grégoire de Tours, donne assez clairement à entendre, qu'entre saint Gatien et saint Martin, il y avait eu à Tours plusieurs évêques. Parlant de la suppression faite par saint Martin d'un oratoire bâti sur la sépulture d'un voleur qu'on avait pris faussement pour un martyr, il dit que

(1) Gregorius Turonoiibis, Historia Francorum, lib. i, cap. iliii.

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cet oratoire avait été « dédié par les évoques prédécesseurs de saint Martin. » Parmi ces évêques qui avaient été dupes de la crédulité publique, on ne peut sans doute placer saint Galien lui-même (i), puisqu'ayant prêché la foi le premier à Tours, et connaissant par leurs noms tous les chrétiens de cette ville, d'ailleurs en fort petit nombre, il n'eût pu autoriser une erreur aussi grossière. Mais, s'il y a eu plus d'un évêque entre saint Martin et saint Gatien, il faut donc conclure que saint Grégoire de Tours, qui n'en compte qu'un seul, ignorait le nombre et la suite de ses prédécesseurs dans son propre siège; et qu'enfin, en comptant trente-sept ans de vacance sur le siège de Tours, depuis saint Gatien, qu'il suppose être venu la première année de Decius, jusqu'à saint Lidoire, il a parlé par conjecture, et pour ne pas laisser incomplète la chronologie qu'il avait entrepris de donner des dix-huit évêques ses prédécesseurs. Ajoutons que, sur cet article même de ses prédécesseurs, saint Grégoire a montré une négligence beaucoup plus étonnante encore; au lieu de nommer dix-huit prélats, il aurait dû en nommer dix-neuf, car il a omis le nom de saint Arnoul, qui, après avoir occupé pendant peu de temps le siège de Tours, fut martyrisé à Reims. Le souvenir de cet évêque, disciple de saint Rémi, n'était pas si éloigné de saint Grégoire ; s'il eût mis un peu de soin à rechercher les antiquités de sa propre Eglise, il eût aisément retrouvé le nom et l'histoire de ce prélat dont parlent plusieurs martyrologes, et dont la mémoire s'est conservée vivante dans diverses Eglises (2).

(1) Sévère Sulpice, Vita sancti Martini, cap. xvm. — Voyez Dom Ruinart, in cap. xliii, lib. i, Historiœ Francorum.

(2) Dom Marlot, Metropolis Rhemensis Historia, tom. n, pag. 196. — Dom Ruinart, in cap. xxxi, lib. x, Historiœ Francorum. — Maan, Banda et Metropoh'tana Ecclesia Turonensis. — L'abbé Clouet, His-

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Tout ce que cet historien avait appris de la tradition sur les sept évêques, se réduisait à leur mission de Rome par les Souverains Pontifes en général, et une preuve qu'il n'a fixé l'année de leur mission que d'une manière conjecturale, et d'après un monument auquel il ne s'eri rapportait pas entièrement, c'est que, parlant ailleurs de saint Auslremoine, il dit, en termes généraux, qu'il fut envoyé dans la cité d'Auvergne par les Evêques Romains (\) , en compagnie de saint Gatien et des autres évêques qu'il a nommés autre part. Cette manière générale de s'exprimer, sans articuler le nom d'aucun Pape en particulier, s'explique parfaitement, si l'on suppose que saint Grégoire ignorait la véritable époque de cette mission ; autrement, on aurait peine à s'en rendre compte, puisque, lorsqu'il parle de saint Martial (qu'il croit même être venu d'Orient) (2), il emploie encore les mêmes expressions, disant de lui qu'il fut envoyé par les Evêques Romains, et qu'il n'a pas d'autres termes relativement à son prédécesseur saint Gatien lui-même, sur lequel il déclare parler d'après le dire commun (3). Ajoutons qu'à l'égard de saint Saturnin, il contredit ce qu'il a avancé ailleurs de la mission de ce saint évêque sous Decius, puisqu'il convient que, d'après la tradition, il avait été envoyé h Toulouse par les Disciples des Apôtres (4). Il est donc permis de croire qu'il n'affecte ces manières va-

toire ecclésiastique de la province de Trêves, toni. I, pag. 381. — Chalmet, Histoire de Touraine, (om. i, pag. 118, n'admet pas saint Arnoul au nombre des évêques de Tours; mais cet auteur ne se donne pas la peine d'appuyer son opinion de quelque raisonnement; des noms comme ceux de Maiiot et de Ruinart méritaient cependant que Ton discutât leur sentiment, si on ne l'admettait pas.

(1) De Gloria Confessorum, cap. c<;c.

(4) Op. cit. cap. xxvn.

(3) Ibid. cap. îv.

(4) De Gloria Martyrum^ lib. i, cap. xlviii.

LXAMV INTRODUCTlOiN.

gués de parler, dans certains passages de ses écrits, que parce qu'il ignorait réellement le nom du Pape auteur de celte mission célèbre. De plus, saint Grégoire était persuadé que l'Evangile avait été prêché dans la Gaule avant l'arrivée des sept évoques de la grande mission ; c'est ce que prouve entre autres endroits de ses écrits historiques, celui qui est relatif à saint Eutrope, fondateur de l'Eglise de Saintes, qu'il atteste avoir été envoyé par saint Clément (1).

La troisième mission venue dans la Gaule au premier siècle fut envoyée par saint Clément, et avait pour chef saint Denis, premier évêque de Paris et martyr. On ne peut pas douter que ce saint n'ait été accompagné d'un grand nombre d'ouvriers évangéliques, qui portèrent la bonne nouvelle dans diverses cités. 11 suffira à notre dessein de prouver que saint Denis fut envoyé par saint Clément (2).

On tint, en 825, un concile à Paris pour la question des saintes Images, dix ans avant que l'abbé Hilduin, accusé par des critiques modernes d'avoir inventé l'opinion que nous avons adoptée, n'écrivit ses Aréopagitiques; or, ce concile, ayant à établir la tradition en faveur du culte des Images, la fait remonter jusqu'à saint Denis, envoyé, dit-il, par saint Clément (3).

(1) De Gloria Martyruvi, lib. i, cap. lvi.

(2) Dom Bondonnet, Réfutation des trois Dissertations de M™ Jean de Launoy. — Ant. Pagi, Dissertatio historico-critica de sancto Dionysioy apud Franc. Pagi, Breviarium Pontificum Romanorum, tom. [V, pag. 1-28. — Voyez Tillemont, Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique, tom. iv, pag. 443.

(3) Née vobis tœdium fiât, si ad ostendeudam rationein veritatis, veritatemque rationis, se se paulo longius sermo protraxerit, dummodo liue;< \eritatis,qiue ab antiquis patribus nostris usque ad nos inflexibiliter ducta est, beatoDionysio scilicet, qui a sancto Clémente beati Pétri Apostoli in Apostolatu primus ejus successor extitit, in Gallias cum duodenaiio nu-

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