‹ Histoire de l'Eglise du MansChapitre 8 sur 43 · INTRODUCTION. I.XXXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. I.XXXV

On lit dans les Antiquités de Saint-Denis (I), une charte de Pépin, donnée la dernière année de son règne, peu avant sa mort, c'est-à-dire en 768, où ce prince relève la gloire de cet illustre monastère qui possède les corps de saint Denis, saint Rustique et saint Eleuthère, envoyés par saint Clément (2).

Dans un diplôme de Thierry de Chelles, accordé par ce prince pour confirmer les privilèges de l'abbaye de Saint-Denis, on trouve une assertion toute semblable (3).

Ainsi, un siècle entier avant que l'abbé Hilduin n'écrivît ses Aréopagitiques, l'opinion commune, universellement répandue et adoptée était que saint Denis avait reçu sa mission de saint Clément.

Le Vénérable Bède, qui écrivait aussi avant l'abbé Hilduin, nous est témoin que la Grande-Bretagne avait conservé la même tradition que la Gaule au sujet de la mission de l'apôtre de Paris (4) .

mero primus prœdicator directus. et post aliquod tempus una cum sociis hue illucque prœdicationis gratia per idem regnum dispersis raartyrio coronatus est. — Pagi, op. cit. — Labbe, Concilia, tom. vu, col. 1543, rapporte ce concile à l'an 824.

(1) Lib. m, cap. v.

(2) Dionysius et ssepe jam dictus Rusticus et Eleutherius, qui primi post Apostolos sub ordinatione B. démentis, Pétri Apostoli suceessoris, in banc Galliarum provinciam advenerimt. — Pagi, op. cit.

(3) ^Ergo duin et Omnipotens Pater, qui dixit de tenebris lumen expendiscire, per Incarnationis mystheria unigeniti Filii sui Domini nostri Jesu Christi, vel inlustratione Spiritus Sancti inluxit in corda sanctorum Christianorum, pro cujus amore et desiderium inter cilerus gloriosus triumpbus Martyrum beatus Dionisius cum sociis suis Rustico et Eleotherio, qui primi post Apostolos sub ordinatione beati Glimenli, Pétri Apostoli suceessoris, in banc Galliarum provinciam advenerunt. — Dom Mabillon, de re Diplomatica, pag. 488. — Pagi, op. cit.

(4) Apud Parisium Natale sanctorum Martyrum Dionysii episcopi , Eleutberii presbyteri, et Rustici diaconi. Qui beatus episcopus a Pontifice Clémente Romano in Gallias directus, ut pra-dicationis operam populis a fide Christi alienis exhiberet, tandemque ad Parisiorum civitatem devenit, et per annos aliquot sanctum opus fideliter et ardenter executus, a

LXXXVÏ INTRODUCTION.

Nous avons encore un témoin contemporain de saint Grégoire de Tours, qui n'hésite pas à attribuer à saint Clément l'ordination de saint Denis, dans un ouvrage consacré spécialement à la gloire de ce saint martyr ; c'est saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, qui s'exprime ainsi dans une hymne en l'honneur de saint Denis :

Fortem fidclem militem, Cœli secutum principem, Dionysium Martyrem, Plcbs corde, voce personet.

Clémente Roma Prae»ule, Ab Urbe missus adfuit :

Verbi superni seminis Ut fructus esset Galliœ (1).

C'est en vain que Launoy a voulu attaquer l'authenticité de cette hymne; les manuscrits les plus anciens et les plus corrects la renferment; d'ailleurs, il n'est pas possible que l'abbé Hilduin eût osé avancer un fait, qui n'aurait eu aucun fondement dans la croyance commune des personnes instruites, auxquelles s'adressent ses Aréopagitiques (2).

praefecto Fescennino Sisinnio comprehensus, et cum eo sanctus presbyter Eleutherius, et Rusticus diaconus, gladio animadversi raarlyrium compleverunt. — Martyr ologium sancti Bedœ, ad diem îx octobris. — La plupart des anciens martyrologes contiennent au même jour un éloge semblable des trois saints martyrs; saint Clément est assez constamment désigné comme Fauteur de leur mission. — Giorgi, Martyrologium Adonis, pag. 522.

(1) Venantii Fortunati Opéra, pars f, pag. 49. — Voyez les notes de Dom Luchi.

(2) Pagi, op. cit. — Nat. Alexander, Historia ecclesiastica, tom. m, pag. 188. — Nous pourrions peut-être, avec Pagi, nous appuyer sur les Actes de sainte Geneviève; mais nous préférons n'alléguer que des autorités incontestables — Voyez Dom Mabillon, Œuvres posthumes, toin.n, Remarques sur les Antiquités de Saint-Denis, pag. 336; et Pétera

INTRODUCTION. LXXXVH

En outre, il est indubitable qu'au temps de l'abbé Hilduin, et même à une époque antérieure, sous l'archevêque lîincmar, il existait des Actes de saint Denis, que ces auteurs et leurs contemporains regardaient comme anciens, et dans lesquels la fondation de l'Eglise de Paris était attribuée au célèbre Aréopagite converti par saint Paul, et envoyé par saint Clément dans les Gaules. L'Eglise de Paris avait chèrement conservé cette honorable tradition, jusqu'à l'époque où de fâcheuses influences lui imposèrent une Liturgie toute nouvelle. Ce que l'on objecte contre cette opinion ne peut contre-balancer les autorités sur lesquelles elle s'appuie. Si l'on rencontre sur d'anciens martyrologes deux fêtes en l'honneur de saint Denis, l'une au 3 octobre, où il est honoré comme évêque d'Athènes, et l'autre au 9 du même mois, où il est vénéré comme évêque de Paris et martyr, on l'explique suffisamment en disant que saint Denis, comme d'autres saints évêques des premiers temps du christianisme, jouisait d'un culte au jour où il avait reçu l'onction épiscopale et fixé sa chaire, et que l'on célébrait également par une fête solennelle le jour de sa mort. Mais nous ne nous sommes point imposé cette thèse; revenons à notre sujet.

En dehors de ces missions plus nombreuses, un grand nombre d'ouvriers évangéliques paraissent être venus, dès le premier siècle, prêcher la bonne nouvelle dans

Analecta, tora. i, Adnotationes in Epistolas Hinemari, pag. 59. Dans cet endroit, le savant éditeur déclare qu'il ne faut pas mépriser l'opinion de ceux qui pensent que saint Denis de Paris est le même que saint Denis l'Aréopagitc, puisque des auteurs antérieurs à l'abbé Hilduin affirment la même chose. On sait que le Bréviaire Romain continue de dire que l'Aréopagitc est le même personnage envoyé dans les Gaules par saint Clément. — Voyez Nouveau traité de Diplomatique, tom. i, préface, pag. x, note 5e. — Monuments inédits sur l'Apostolat de sainte Marie- Muildeine en Provence, tom. il, pag. 355.

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