‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens (volume 2)Chapitre 11 sur 34 · VI · texte numérisé non relu

VI

(3) Cf. Chronicon Hirsaugiense, I, 94.

fiques, on les regarda comme des magiciens qui n'avaient pu avoir des connaissances si admirables (juau moyen dun i)acte avec le démon (1). l'endanl que les clercs et les religieux s'adonnaient à l'élude, les chevaliers batailleurs ne pensaient qu'à guerroyer entre eux.

L'épiscopat d'Hildeman fut de courte durée et il n'en reste que peu de traces. \'ers 955, on trouve sa signature sur un dijjlôme délivré par Ragenfroy, évêque de Chartres, en faveur de l'abbaye de Saint- Père de cette a ille (2). Il prit part également à un monitoire adressé par les évêques de Bourgogne à l'archevêque d'Ai'les, Manassès, l'engageant à notifier d'abord trois avertissements à Isuard et à ses complices qui détenaient injustement des terres de l'abbaye de Saint-Symphoricn d'Aulun, puis à les excommunier au nom tlu pape Agapit II et au leur propre, si les spoliateurs ne revenaient à résipiscence (3).

En 957, l'archeAcque de Sens eut la douleur de voir l'abbaye de Saiid-Pierre-le-Vif, où l'action bienfaisante de l'abbé Odon commençait à se faire sentir, tomber entre les mains d'un chef militaire du nom de Nofranne, Cet usurpateur se mit aussitôt à rendre les biens, les ornements, les églises et les fermes du monastère pour en distribuer le prix à ses parents. Il parvint également à s'emparer de ceux de Sainf- Remy et de Saint-Héracle de Sens ainsi que de celui de Ferrières, et du produit de ses rapines il acheta l'évêché de Nevers (4).

A côté de ces amertiunes, Hildeman eut la consolation de voir refleurir la vie religieuse sur un autre point du diocèse. Burchard, premier baron de Montmorency, rétablit un monastère, avec le concours de

(Il HIsl Lia. YI. .3. — Chcrcst, BuU. S. Se. Auxerre, 1852, 30.

(2) Cf. Migne, GLV, 222.

(3) Cf. Labbe, IX, 639. — Le nom d'Hildeman y est remplacé par celui d'Hermau.

(4) Clarius.

?on épouse Hildcgaidc, do la maison de Blois, non loin de la ville de Bray dont il était seigneur, sur les liords de la Seine. Dans cette abbaye qui portait le nom de Jaulnes, il installa des moines qu'il avait fait venir du monastère de Persora, dans le Worcheslerscliire, et sur le conseil de son frère Tliibaud, seigneur de Sentis, il déposa dans l'église dédiée au Sauveur des reliques du saint confesseur Pavace dont lui avait fait don Oldrède, roi d'Angleterre. Le 10 décendDre 958, Lothaire confirma celle fondation (1). Non loin de Bray, à Sergines, le corps de saint Paterne reposait toujours dans le tombeau où l'avait déposé saint Ebbon ; Burcbard le fit transférer également dans l'église de Saint-Sauveur. Ce fut |)robablemnt à l'occasion de cette translation ou peu d'années auparavant qu'il convient de placer la rédaction des Arf.es de ce saint (2). Tels qu'ils nous ont été conservés, ils ne sont point originaux, de l'aveu même de l'auteur, un moine de Saint-Pierrele-Vif, comme il est aisé de le voir par son narré. Dans la préface, il proteste- de son insuffisance en déclarant qu'il n'avait étudié à fond ni la grammaire, ni la pbilosopliie et qu'à peine savait-il parler sa langue maternelle ; il demande, si son livre doit être connu du public, que son nom ne soit pas divulgué, de crainte d'être taxé d'une trop grande témérité et pour ne pas diminuer la gloire d'un si grand patron. Son œuvre, si imparfaite pour la forme, ne l'est pas moins pour le fond. Il n'a fait, dit-il lui-même, que l'eloucher de })lus anciens actes, écrits par un inconnu d'une manière confuse et très imparfaite. Par mallieui-, il n'avait lui-même aucune des qualités requises pour réussir à donner quelque chose de meilleur. Le peu de bon qu'il apporte est noyé dans

(1) Cf. Clarius. — Gall. christ. XII, 127. — Pouillé du diocèse de Sens, 170.

(2) Cf. Jeta sancl. O. S. li. sopc, III, I, 'i63 et suiv. — Hist. fAll. VI, 25'i.

une foule de prodiges, de lieux-conuuuns et de prières qu'il met dans la bouche du saint. Au reste, ces défauts se rencontrent dans beaucoup d'autres écrits de ce genre, à celte époque où la pureté de la foi religieuse aussi bien que le goût littéraire sont en pleine décadence.

Hildeman expira le 5 août 957 et fut inhumé, non pas, comme le dit D. Rivet (1), dans l'abbaye de Saint- Pierre-en-Vallée, de Chartres, mais à Saint-Pierre-le Vif, suivant que l'attestent les chroniquenrs sénonais (2). Son successeur, par son indignité, devait déshonorer le siège métropolitain

Après la mort du vicomte de Sens, Fromond, son fils Rainard, dit le Petit-Vieux, avait recueilli ses droits. Il s'affranchit de la suzeraineté du duc de Bourgogne et étendit de tous les côtés sa domination. Possesseur de l'abbaye de Sainte-Colombe, il s'empara de celle de Ste-Fare, bâtit dans les dépendances du monastère de Ferrières un château qui, de son nom, prit celui de Château-Renard, et établit également dans une terre de Sainte-Marie une forteresse près de laquelle devait se construire la ville de Joigny. De plus, il édifia à Sens une tour énorme qui dominait toute la ville, et il demanda à Hugues le Gran<1 le titre de comte du Sénonais qui lui fut donné en fief (3). Pour mieux assurer sa puissance, il obtint du roi Lothaire, à prix d'argent, que son parent, Archem- BAi'D, serait nommé archevêque de Sens. Celui-ci fut

(1) Ifisf. Lia. VI, 330.

(2) Voici son épilaphe, telle qu'on la trouve clans le manuscrit d'Odorannc :

Forwosi coetiis pastor, formosus et ipse Heldemannus in hoc ecce jacel tinnulo. Marlyris egregii prideni monachus Dionysi, Post iirbis pveesnl eximii's Senonum, Snlamen trihuit miseris felix sua vita.

Idcirco astrigero nunc fruitur snlio.

Decidit augusti nonat. Ora, rogo, lector, Cœlitus ut vivat cuin Domino jugiter.

(3) Challe, Annuaire de l'Yonne, 1841, 170.

donc iinposr d'aiiloritr, cl ^acrr, vers la (in do 950, par le |)aj)0 Jean Xll donl la homic toi a\ait été trompée (1).

Ce jeune noble élail lils de lioliei'l, eonile de Troycs, et d'Adélaïde de Bourgogne (2). Elevé dans le luxe et les jouissances, il garda sur le siège arcmepiscopal les mœurs d'un soudard. Cette époque est la plus triste de l'histoire religieuse de l'église sénonaise qui avait eu jusque là des prélats de haute valeur, aussi bien par leur caractère que par leur science. Archembaud j'ompit celte tradition d'honneur.

\ ers ce temps, dans boji nond)i'e de \ illes, les seigneurs ayant secoué laidorité royale s'efforçaient d'anéantir celle des prélats. A Troyes, le comte Robert chassa l'évèipie Anségise qui alla demander aide à Othon, loi des Saxons. Celui-ci vint, au mois d'octobre, mettre le siège devant celte ville. Pour se ra\ ilaillei", son armée envahit le Sénonais. Archembaud et le comte Rainard accoururent à sa rencontre avec une troupe nombreuse et la mirent en déroute à Yillers-Louis, dans la vallée de la Vanne. Leur chef, Elpon, qui s'était vanté d'incendier tous les villages et les églises jusqu'à Sens et de planter son épée dans la porte de Saint-Léon, fut tué dans la mêlée. Archembaud et Rainard. dont il (dail le parent. I)leurèrent sa mort (3).

11 ne reste que peu de souvenirs sur les actes épiscopaux du nouveau i)rélat. Malgré les déprédations dont l'abbaye de Sainte-Colombe était l'objet de la part de Rainard, il y ;>ubsistait encore un reste de vie

(1) Clariiis. — Bull. S. A. Sens, XYI, 171.

(2| Le père d'Arcliemliaucl. Robert. ;<homme noble et très riche » n'est pns idenlilié par Clariiis avec le comlc de Troyes. Mais, d'après M. Fenlinand Lot, [Les Derniers Carolingiens, dans Bibl. de 1 Ecole des Cliarles, 1891. p. 27-29,1 ces expressions mêmes, l'époque de la mort de ce Robert, le fait qu'Archainbaud dut le siéjie de Sens à la puissance de sa famille; enfîn son inlervenlion armée en faveur du comte de Troyes, tout fait croire que celui-ci était son père. C'est d'ailleurs l'opinion commune.

(3) Clarius.

régulière. Depuis l'invasion des Hongrois, les tombeaux de saint Loup et de sainte Colombe étaient demeurés eacbés dans la ciypte tic la basilique. Un vieux moine qui connaissait seul l'endroit en lit part à ses frères. Ceux-ci vérifièrent ses dires, puis, sur leur invitation, Archembaud vint, le 22 juillet 901, faire la reconnaissance des reliques en présence d'une foule considérable (1).

Au mois de janvier de la même année était mort le i)révot du Chapitre de la cathédrale, Bernard, le premier qui nous soit connu d'après un très ancien martyrologe de cette église. Ce dignitaire tenait de temps immémorial le premier rang, à la tôle tîes chanoines, et il eut la direction de tout le clergé jusqu'au temps de Louis le Pieux. Le successeur de Bernard, Aglamond, fit don au chapitre d'une chapelle, avec prébende, située au village de Courmononcle et dédiée aux saints André et Genulfe (2).

En 962, Archembaud eut à présider dans sa province un des rares conciles qui se tinrent à cette époque. Après la mort d'Artaud, l'archevêque de Reims, son ancien compétiteur, Hugues de Vermandois, éleva de nouveau ses prétentions à ce siège, et treize évêques suffragants de Reims et de Sens se réunirent près de Meaux, à Isles-les-Villenoy, pour juger cette affaire. Quelques-uns dans ce nombre semblaient favorables à Hugues, surtout les familiers du duc et les évêques d'Orléans, de Paris et de Senlis. Mais comme Roricon, évêque de Laon et Gibuin, de Châlons, soutenaient qu'après avoir été excommunié par un grand nombre de prélats, il ne saurait être absous par plusieurs d'entre eux seulement, leur opposition arrêta la discussion et il fut décidé qu'on prendrait l'avis du pape (3). Nous ignorons si les membres de cette assemblée s'occupèrent de remettre en vigueur

(1) Clarius.

(2) Gall. Christ. XII, 108.

(3) Richer, Chrornque, III, 16.

les canons de l'Eglise méconnus. Xiil. du reste, n'élait. moins ([ualilié pour celte mission quArchemhaud.

Ce grand seigneur, (jui n'avait d'archevêque que le nom, >'altando!Uia hientùl aux plus vils excès, et il quitta la demeure épiscopale pour aller s'installer dans l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif. Tout ce que Xotianne avait, épargné, il s'en empara, et vendant une partie des églises, des villages et des ornements, ou les .distribuant à ses créatures, il garda le reste à son usaufe. Il s'installa môme dans le cloître avec ses femmes, ses chiens et ses faucons. Sur quinze religieux qui restaient, douze périrent de mort violente dans une nuit d'orgie, et les trois autres (jui avaient pris la fuite expirèrent dans la même année (D.

Archembaud se riait de toutes les remontrances. Clarius, à qui nous empruntons ces divers détails, rapporte qu'un chanoine d'une grande science, Condacher, se promenant un jour avec lui dans la basilique, l'arrêta devant le tombeau de sainte Théodechilde. « Voyez, Seigneur, lui dit-il, en montrant l'inscription sépulcrale, ce n'est pas pour des chiens, mais pour les serviteurs de Dieu que ce monastère a été construit. »

Pendant ce temps, les églises du diocèse étaient livrées au pillage. Un chef militaire, nommé Roson, s'était emparé du château de Burchard, à pjray, et avait ravagé toute la contrée. Rainard furieux marche contre lui, incendie la forteresse, fait Roson prisonnier, s'empare de l'église du Saint-Sauveur, d'où il emporte les ossements de saint Paterne et de saint Pavace, ainsi que les autres reliques, et les dépose dans sa tour de Sens. Il ne les rendit que siu^ la

(1) Il pariiît (lu moins que les liU'es de l'abbaye ne furent pas détruits. D'après Clarius, un chevalier, du nom de Frodon, voyant avi c peine la ruine du monastère, demanda à larchcvèquo le Trésor pour son fils. Celui-ci prit possession des objets qu'il y trouva ainsi que des archives. Son intention n'était pas de s'en empirer, mais au contraire de les conserver. Il devint plus tard archidiacre et donna aux moines de Saint-Pierre, pour leur entretien, sa villa d'Arces, Ces deux insignes bienfaiteurs furent inhumés dans l'abbaye.

demande de Thibaut, comte de Champagne, de qui relevait la ville de Bray.

Eu U07, un malheur irréparable \ijit mettre le comble à toutes ces détresses. Une nuit du mois de juillet, un incendie dévora les basiliques de Saint- Etienne, de la Sainte-Vierge tel de Saint-Jean. Le cloître des chanoines fut également détruit avec la bibliothèque et les archives. Quelles pertes de parchemins, de manuscrits précieux et d'objets d'art lurent causées par ce désastre ? L'histoire ne le dit pas. C'est alors que probal)lement disparurent, entre autres documents importants, les actes des conciles de Sens, antérieurs à celte date, dont il ne reste pas de trace.

Archembaud essaya de relever les ruines et répara les cryptes. Alais la main de Dieu commençait à s'appesantir sur lui. Dès le mois de juin il avait perdu Rainard, le conseiller de Lothaire, qui l'avait poussé à l'épiscopat. Au mois d'août il vit mourir son père et, quelques jours après, le 29 du même mois, il expira lui-même. Clarius raconte que deux fois saint Savinien était apparu à Archembaud, l'exhortant à changer de vie, mais ces visions n'avaient abouti qu'à le pousser plus avant dans le mal. Enfln, après un troisième avertissement, il fut frappé d'une maladie invisible. Mabillon (1) suppose qu'il s'agit ici de la peste qui vers ce temps ravageait la Erance. Une nuit, ses compagnons le trouvèrent étendu par terre, nu et glacé. Par respect pour le caractère sacré dont il était revêtu, on l'inhuma dans une chapelle de l'abbaye, mais sans aucune marque qui rappelât son souvenir (2).

Le nouveau pontife appartenait au diocèse par sa naissance : il était fils du seigneur d'yVugers, près de Provins. Après son élection faite d'une voix unanime par le peuple sénonais, Anastase fut consacré à Appoigny par les évêques suffragants, sur l'ordre de

(1) Annales Bened. III, 555.

(2) Cf. Bull. S. A. Sens, XVI, 172. — Clarius.

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