‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens (volume 2)Chapitre 12 sur 34 · MA · texte numérisé non relu

MA

LoUiaii'c, le 15 (Jéceinbrc 907, el il fil son cnlréc dans la ville de Sens le 22 du même mois, au milieu des actiamalions el de la joie universelle (1). Celait bien riiomme qu'il J'allait pour relever les ruines amoncelées par Notranne et Archembaud. Les chroni- «picurs iont un magnilique éloge de se.>î; mérites (2). D'une sainteté éminenle, dit Clarius, il pratiquait à un haut degré labstinence et les veilles et répandait des aumônes idjondantes ; il était le soutien de ses prêtres, l'ami des moines, le zélé consolateur des affligés, le père des pauvres, des orphelins et (\cs veuves. Obéissant à Tordre qu'il avait reçu de saint Savinien, dans une \ision, de réédifier l'église de Saint-Pierre, il commença la restauration du saint lieu, ra})pela les moines et racheta leurs terres et leurs autres biens. Il releva égalenient la basilique de Saint-Etienne en terminant les cancels et le milieu de l'édifice. Les églises de Sainte-Alarie et de Saint- J<'an furent enfin réparées par ses soins et il donna aux chanoines pour leur entretien les églises et les terres de son patrimoine.

Le pieux prélat aimait beaucoup son pays natal. Il fit construire à Angers, près de la maison ])aternclle, une église qu'il dédia à Notre-Dame. Il s'y retirait de temps à autre pour y \aquer le jour et la nuit à l'oraison. Il y transféra le corps de saint Victor, martyr de la légion thébaine, que Villicaire avait apporté d'Agaune, et que les chanoines de Sens avaient déposé en l'église de Brouy, pi'ès d'Etampes. Ces reliques furent rapportées un peu plus tard à la métropole par Sevin (3).

Il reste de l'année 974 un diplôme donné par Lothaire à l'abbaye de Sainte-Colombe. Henri, duc de Boui'gognc, ayant exposé à ce prince que cette maison i-eligieuse jouissait, en vertu d'une charte de

(1) Cf. M. Prou {Bull. s. A. Sens, XVI, 172) quî a rccliûé les dates données par Clarius. — F. Lot, op. cit. 386.

(2) Cf. Act. Sanct.lan. I, 389.

(3) Clarius. 22

Louis le Débonnaire, do droits sur la rivière i-oyale de r Yonne, près de Sens, mais (|ue ce litre avait été iléti'uil ainsi que beaucDU}) d'autres choses })récieuses dans l'incendie qui avait dévoré le château et le monastère en 936, Lothaire confirma cette donation depuis Capetum jusqu'à Diilly (deux localités aujourd'hi inconnues), avec défense à qui que ce fût d'y jioser des engins de pèche (1).

A l'èpiscopat d'Anaslase se ia])poi'le uu (Ivr^ documents les plus curieux de cette époque lointaine : c'est un Rouleau des morts. Durant tout le moyenâge et dès le \iif siècle, les abbayes ou les églises avaient des lettres cVassocialion et de Ircdernité par lesquelles les moines ou clercs se promettaient réciproquement des prières pour chacun d'entre eux à sa mort. Ces prières, à l'origine purement tenq)oraires, devinrent plus tard perpétuelles et se transformèrent en anniversaires. Comme conséquence de ces associations apparurent les rouleaux des morts {brève mortuorum) ou lettres qu'un moine chargé de ce soin portait aux différents monastères affiliés. Dans chacune des maisons où s'arrêtait ce messager on notait le jour de son arrivée et on écrivait soit une courte prière en faveur des personnes dont le roluhis annonçait le décès, soit un éloge, en vers ou en prose, du plus important des défunts (2).

Parmi les rouleaux que M. L. Delisle a publiés dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France, se trouve celui d'un certain Gauzbert, qui, selon toute apparence, était un religieux de Saint-Martial de Limoges. Ce morceau, conservé dans le manuscrit latin 2262, de la Bibliothèque Nationale, contient presque en entier le compte-rendu relatif à la visite de Gauzbert, à Sens, avec les réponses qui lui furent faites à Sainte-Colombe et à la cathédrale (3).

(1) Recueil des Ilist. de France, IX, 637.

(2) Cf., pour plus de détails, Aug. Monnier, Les Olituaires français au moyen-age, 24-46.

(3) Rouleaux des morts, 9 à 11.

« Le porteur de ce parchemin est arrivé à Sainte- ('olombe et Saint-Loup, patrons (1) de la ville de Sens, un jour de grande l'ète ; l'abbé est Rothardus : il gouv<M-ne sou troupeau de telle façon que chacun y accomplit son travail loin des traits du serpent venimeux. Dès l'annonce de votre deuil si cruel, nous avons en pleurant offert nos supplications à Dieu. Nous prions donc X'otre Paternité (pie ce que nous avons fait |)our xos morts, vous daigniez l'accomplir pour les nôtres dont Dieu a inscrit les noms au livre de vie. Valele in Dca. Amen. »

« Sur le soir du quatre des nones de septembre, le porteur de ce parchemin est venu à l'église de la bienheureuse et toujours Ihcoloxos (mère de Dieu) Marie et de saint ]']tienne, premier martyr, nous présentant ce rouleau qui nous l'ait part de votre grand chagrin. En le lisant, nous avons appris la mort de plusieurs des vôtres pour lesquels nous avons aussitôt adressé à Dieu les prières dues à des frères.... Sachez d'autre part que le seigneur de ce lieu, aimé de Dieu et des hommes, est Analasius qui remplit les fonctions d'archevêque et dirige bien et fidèlement son troupeau, ne prêchant rien de parole qu'il n'observe dans sa conduite. Au-dessous de lui, Ingelralde remplit ])arfai(ement' la charge de doyen et ses autres frères sont assidus à l'office qu'il leur a confié. Nous vous demandons de faire pour nos morts ce que vous nous avez réclamé pour les vôtres. » Suit une strophe de cinq vers obscurs qui ne méritent pas (fêti-e rapportés.

Il subsiste un témoin très précieux des efforts accomplis par le Chapitre pour réparer les pertes causées par l'incendie de la cathédrale et de la bibliothèque : c'est un livre liturgique dont les destinées onl été fort singulières. I ne pai'tie de ce codex, rem-

(l) Le mol du texte « patvonum » que M. L. Delisle a corrigé par celui de paironi, devait èlre plutôt patronoriim, car ces deux saints étaient alors considérés comme patrons de la cité.

l'ormanl un Iraili'; incomplet d'Alcnin sur les Vertus et les Vices, puis un martyrologe (jui va du 25 décem- ])re au 8 juin, se trouvait en 1798 au monastère de Fleury-sur-Loire d'où il passa à la Bibliothèque d'Orléans. \^olé par le fameux Librri, il l'ut racheté en 1888 par les soins de .M. L. Delisle et déposé à la Bibliothèque Nationale (l). Une autre partie, qui ai)partenait autrefois à Petau, se trouve actuellement à la Vaticane (2). Elle renferme la lin du mai'tyrologe, allant du 25 juillet au 24 décembre, ainsi que des pièces de comput, puis les restes d un sacramentairc. C'est M. Delisle qui, en étudiant les deux débris, i-emarqua le premier une grande analogie entre eux, soit dans la composition du texte, soit dans l'exécution de la copie. En les réunissant, on a l'année complèle, excepté quarante sept jours (du 8 juin au 25 juillel) qui devaient former un cahier maintenant perdu. De plus, on trouve dans les deux fi-agments des notes historiques et nécrologiques rédigées et disposées suivant des procédés identiques et répondant aux mômes préoccupations (3). Ainsi que Téminent directeur de la Bibliotlièque Nationale, J\I. de Rossi (4) considère ces deux parties comme faisant un même tout ; il attribue le martyrologe au x^ siècle et u en place la composition à Sens. Les appréciations des deux savants diffèrent au sujet de sa première origine. D'après M. de Rossi, le texte primitif et sans ratures ne renfermait que des mentions se rapportant à Bayeux, Avranches et autres églises voisines, et les adjonctions sénonaises ne seraient que de seconde main. M. Delisle pense, au contraire, que les addi-

(1) Il y est inscrit sous la cole : Nouvelles acquisitions lat , n° 1604. — Cf., pour plus de détails, Notices et Extraits des manuscrits, XXXI, V" partie, 403-420.

(2) Fonds de la Reine de Suède, n" 567.

(3) Cf. L. Delisle, Mémoires de l Académie des Inscriptions, XXXII, 166.

(4) Martyrologium Hieronyminnum, pages XIV et XXX VII, dans Acta Sanct. II, noveiub.

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lions ne se i'a|)|)()r(enl pas pins anx églises du Cotenlin (jii'à celle de Sens, et (jue la transcription du texte de même (pic les notes additionnelles appai'ticnnent au x' siècle.

Quoi (pi'il en soit, d'autres renseignements nous permettent de compléter ces données et de détermine!" l'époque exacte et les conditions dans lescpielles fut rédigé définitivement ce manuscrit. Nous y trouvons, dans les a(ijon(lions, la note suivante : « V idus

januarii obiit Bernardus, prepositus nosler, qui

(ledit rrclesiic sancli Saliatovis... >. Or le (iallin Chri>iiiann (1) mentionne comme le premier pré\(M connu du Chapitre de la cathédrale de Sens, mort en 901, ce même Rernard dont le rédacteur avait vu également le nom dans le martyrologe en question, et qui donna à l'église Saint-Sauveur un aleu dans la hanlieue de Sens, au lieu nommé Champ-Rond, ainsi qu'une terre à Plancy. Nous avons donc dans ce martyrologe un livre liturgique qui était à l'usage du Chapitre de Sens, peu après 961.

D'autre part, le débris du sacramentaii'c qui est incomplet et de la même époque, porte dans les marges des notes analogues à celles qui ont été ajoutées au martyrologe, d'où il faut conclure que ces deux fragments de manuscrits étaient réunis en un seul volume dès le x^ siècle. D'après ces divers indices, on pressent le désarroi dans lequel tombèrent les chanoines après l'incendie, et qui leur fit relier en un seul volume deux manuscrits disparates et incomplets, puis les surcharger de notes diverses pour économiser le parchemin (pu était excessivement l'are alors et coûtait foi't cher. Enfin si l'on remarque que vers ce temps on rédigea à Sens la légende de saint Paterne qui était originaire de Coutances, il est facile de s'e\pli([uer la présence de itlusieui's saints du Cotentiii dans le marlyr()]()g(\ <oit ((iie (^elfe composition liturgiqire vienne de cette région, soil que

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