‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens (volume 2)Chapitre 13 sur 34 · XII · texte numérisé non relu

XII

ces saints aient été ajoutés à Sens même avec les autres.

Le martyrologe a été tiré en grande partie du petit martyrologe romain et dans une faible part des hiéronymiens du type de Fontenelle auxquels M. de Rossi le ratlache. Un sait les relations de réglise de Sens avec cette abbaye (1). Un grand nombre des adjonctions faites au martyrologe concernent cette église et le monastère de Saint-Pierre-le-Vif. Au jour de Noël, la mention <' Et dedicalio basilice beatorum aposlolorum » a été modiliée par la même main en celle-ci : a Et dedicalio basilice beati Pétri apostoli. » M. de Rossi se demande et déclare ignorer quelle était cette basilique de Saint-Pierre. Elle était certainement celle de Saint-Pierre-le-\^if.

En plus de ces adjonctions, le manuscrit présente dans les marges un certain nom])re de Xotes dont l'origine sénonaise, formellement indiquée par Septier, est indiscutable (2). Enfin on y trouve un Nécrologe. Les obituaires ou nécrologes étaient des registres dans lesquels les noms des personnes dont l'àme a\aï[ été recommandée aux prières d'une communauté, étaient inscrits au jour anniversaire de leur mort. Abbayes, cbapitres catbédraux, collégiales, paroisses même, tous ces établissements avaient un registre analogue, la ])lupart des donations étant faites à cliarge soit de prières, soit d'anniversaire perpétuel. Ces registres ont porté autrefois des noms différents. L'expression la plus ordinaire est celle de

(1) Au 31 décembre 'partie du manuscrit qui est à Paris") on lit le texte suivant : « In Senones, beatorum Saviniani et Potentiani episcoporiini qui a pontiftce roinano ad prxdicandum dirscti eaindeni inetrojwlim martyrii sui confessione illustrem fecerunl. » L'importance que pourrait avoir pour nous ce passage est grandement diminuée par ce fait qu'il est écrit d'une main difTércnle et dans UH endroit déjà raturé.

(2) Cf. Notices et Extraits des Manuscrits, XXXI, 1'® partie, 424-426, où M. L. Delisie donne les Notes du manuscrit de Paris. Il signala celles du manuscrit du Vatican à M. Prou qui les a publiées dans Bull. Soc. arch. Sens, 188", p. Ii9-152.

Marhjrolo(jiuin, la j)lii[)uit (\l'> obiluaires étant joints à un martyrologe, et beaucoup nième affectent la forme d'addition au texte. On trouve encore souvent l'expression de Necrologium, ou Calendarium. Ces obituaires ont remplace, au ix^ siècle, les anciens diply(pies. Dès cette épocpie, les associations spirituelles entre les communautés régulières ou séculières et les laïques devinrent tellement nombreuses qu'elles augmentèrent dans des proportions inouies le nombre des personnes appelées à bénéficier des prières de ces associations. Les listes des anciens diptvfpies devinrent insuffisantes, et l'on créa les obiluaires où le nom de cbaque confrère spirituel figurait une seul fois au jour de sa mort. Vers le même temps et par une conséquence naturelle s'établit l'usage des anniversaires : réservés d'abord aux grands et aux puissants de la terre, ils furent dès lors accordés aux plus humbles. Il subsiste dans les bibliothèques publiques lui certain nombre d'anciens obituaires ayant ajjpartenu au diocèse de Sens. La liste en a été publiée, avec d'autres, par M. Aug. Molinier (1).

Le Sacranirtilairr t\\\\ suit le Mai'lyrologc esl incomplet. Le texte ne peut servir à déterminer l'origine du manuscrit, mais on a vu que les Notes ajoutées en marge sont cei'tainement sénonaiscs. 11 y a été joint différents morceaux présentant un certain intérêt. Ce sont : 1" Une règle pour trouver l'indiction, qui a dû être rédigée en 838. 2° Des pronostics, inspirés de l'astrologie, se rapportant aux travaux de la campagne ou à d'autres sujets, et disposés suivant l'ordre alphabétiffue : «.. Si les calendes de janvier tombent un samedi, il faudra cetlo aiuiée h greffer les arbres : hiver tempétueux, printemps venteux annoncent des fruits, etc.... Celui qui voit en songe des oiseaux et combat avec eux doit s'attendre à des procès... . 3° Enfin on y donne une formule

(t) Cf. Les Otiiiua'n es français oMworeM-rî^'C, 233-239. Paris, 1890.

d'excommunication par le pape contre les persécuteurs de l'Eglise en Gaule : « CognoscaL universalis ecclesia hosics sœiissiinos et lyrannos inipvobos cl persequtores pessiino^i sancle Dci Eccleaie... (1). »

Il y a tout lieu de placer également sous Anastase la rédaction du catalogue épiscopal de Sens qui s'arrête à Archembaud et que l'on retrouve dans un Recueil de Vies de saints, rédigé à Angers vers le milieu du \f siècle, où lurent ajoutées les listes des évêques ou archevêques d'Angers, Nantes, Sens, - Orléans et Le Mans (2). Le catalogue sénonais a été copié par Dom Estiennot dans un manuscrit que possède aujourd'hui la Bibliotliè(|iie Natioiude (3). Xous donnerons aux Pièces Juslificaliies cette liste ainsi que celle qui fut inscrite, probablement du temps d'Anastase, dans le Sacramentaiie de \ aulticr, pour être récitée par le célébrant dans le canon de la messe. Les trois autres noms que cette dernière comprend, Anastase, Sévin et l^éolhéric, ont éi.é ajoutés après coup. Elles offrent l'une avec l'autre de notables différences d'orthographe. L'intérêt particulier de la liste de Stockolm vient de ce (pic (juatoi'ze des ))ontifes sénonais y portent le litre de sainls. Nous avons là un document précieux attestant quels étaient ceux que l'église de Sens honorait au x^ siècle d'un culte public (4).

Pendant son trop court épiscopat, Anastase eut à lutter contre les empiétements du comte Rainard,

(1) Cf., pour plus de dél;iils, Delisle Mémoires de P Académie des Tnscriptions, XXXII, 102-167.

(2) Ce miiouscrit esl aujourd'hui à la Bibl. vaticanc, fonds de la reine Christiup, \^° 465.

{^\ Manus. lat. n" 17187, f. .'56.3. — Cf. L. Delisle, Ilist. Lilt., XXIX, 389

(4) Tous les noms précèdes du mot « Sanctus » sont écrils en capitales rouges sur le manuscrit. Après saint Loup, une main, au xvi^ siècle, a intercalé celui de « Sanctus Amatns. » De même après saint Ebbon ont été ajoutés à la même époque ceux de « Sanctus Honohertus et Sanctus IJonulphus. » — Cf., pour plus de détails, L. Dtlisle, Mémoires de Unslitut, XXXII, 371.

dont, au rapport de Clarius, il cul à supporter toutes sortes de vexations. Comme beaucoup de comtes qui, vers ce temps, obtinrent rbcrédité de leurs bénéfices, il voulait se faire reconnaître pour maître absolu et enlever aux prélats l'autorité civile et municipale dont ils jouissaient depuis le iv® siècle ; mais il ne trouvait plus dans le nouvel archevêque les complaisances d'Archembaud. Anastase lui résista jusqu'à la lin avec ])aticnce et sans faiblesse (1).

A propos de sa mort nous trouvons dans la chronique de Clarius une rliarniante légende. Le pieux pontife avait une su'ur, religieuse au monastère des Bénédictines de Sainle-Fare. (Faremoustier, pi-ès de Coulommiers, Seine-el-Aiarne). La nuit même où il expira, un ange ap])arut à la servante de Dieu et lui dit : « iV)ur({uoi lardez-vous de vous lever pour bénir le Seigneur et chanter des hymnes à sa gloire ? Sacliez que celle nuit même Anastase, confesseur du Clu'isl, est passé de ce monde au séjour céleste où désoi-mais il jouira d'un bonheiu' inénarrable auprès du Sauveur. Vous aussi, l'éjouissez-vous avec lui. » Aussitôt les religieuses se lèvent et récitent l'office du conunun d'un confesseur. Puis, ayant remarqué l'heure à laquelle l'ange était apparu, elles envoyèrent à Sens prendre des informations, cl elles virent que, en effet, la mort du prélat correspondait parfaitement avec le moment de l'apj^ai'ilion.

Anastase s'endormit dans le Seigneur le 8 janvier 070, et fut inhumé à Saint-Pierre-le-Vif, auprès de ses prédécesseurs. 11 est qualifié de saint par les cliioniqiienrs sénonais et dans les listes des arche- \êques. On gra\a sur sa tombe une épitaphe composée de quatre distiques, dans laquelle est exprimée la persuasion où l'on était alors qu'il avait été admis au rang des bienheureux (2).

(1) Ci. Challe, Les Comtes de Sens, dans Annuaire de l'Yonne, 1841, 172-17'».

(2) Pastor o\û[e Dei sevvana Anslasius olim

Pncuma locat supcris et recubat cinis hic.

Son successeur, Sevin (Sewin, Séguin,) était un prêtre de haute valeur et digne de continuer son œuvre de rénovation. Il occupait la fonction d'archidiacre, lorsqu'il fut élu le 10 janvier, deux jours seulement après la mort dAnastase, et contre le gré du comte Rainard, dont il était le neveu. Le clergé voulait se donner un protecteur dont l'énergie et l'intégrité lui étaient connues. Sa consécration n'eut lieu à Auxerre que le 10 juin (1). Lorsiju ils revint à Sens pour prendre possession du siège, son oncle (jui le redoutait ne lui permit pas d'entrer. Alors Sevin, usant des armes que l'Eglise mettait entre ses mains, répondit à la violence qui lui était faite en frappant d'interdit toute la province, du ]»remier octobre jus- (ju'au mercredi des Cendres de Tannée suivante (2). I! porta également contre Rainard et son fils Fromond une sentence d'excommunication dont le texte nous est resté (3). Nous en donnons la traduction intégrale, à cause de son importance.

« Une immense c'oideur excite nos gémissements et une tristesse indicible provoque nos larmes, quand nous voyons que ceux que la passion du Christ a rachetés et que le baptême a purifiés des souillures du péché, se soumettent de nouveau d'eux-mêmes à l'antique ennemi, et non seulement persécutent les membres du Christ, mais encore font la guerre à rAuleiu' de toute créature et à leur Seigneur. Ceux qui devraient être les construcleiu's et les défenseurs de la

Extilit ipse plus, fortis piignator et ulmi

Colloffuio verbi, fultiis amore Dei.

Quidquid amat niundus sprevit virtute benignus.

Davidicns vates ad fuit ore pio.

Dum sexto bifrons Idiis Januarius egit,

Decidlt. Unde, precor, parce, Deits, fainulo.

(Tiré du manuscrit d'Odoranne).

(1) Annales de Sainte-Colomlie.

(2) Cf. Baluze, dans Migne, CXXXII, 473.

|3) L. d'Achéry qui l'a public le premier dans le Spicilége, X, 535, l'avait extrait d'un ancien pontifical de l'église de Sens, aujourd hui perdu, et qui était alors entre les mains de M. Antoine d'Hcrouville,

sainte Eglise sont remplis de la fureur empoisonnée (lu démon ; poussés j)ar une rage féroce, méprisant toi'te crainte divine et lejetanl le remède de la pénitence, ils déchirent les églises consacrées à Tlionneur de Dieu, de la bienheureuse Marie toujours vierge et de saint l^]tienne, et, ne craignant pas de les priver de leur j)asteur, ils usur|)ent violemment les biens qui (hiivent servir à la restauration de l'Eglise de Dieu. Nous avertissons et, par cet avertissement, nous adjurons ces hommes incorrigibles et adonnés à des habitudes déplorables et vicieuses ; de mên.o qu'ils sont étrangers aux bonnes mœurs, ainsi qu'ils soient séparés de la communion des fidèles,

(( Qu'il soit donc connu de tous (jue la sainte Eglise de Dieu considère comme des ennemis très violents, comme des tyrans pervers et comme des persécuteurs redoutables, Rainard, Frotmond son fils, et leurs complices, envahisseurs des biens ecclésiastiques. Au nom du Christ, pasteur suprême, de sa bienheureuse mère Alai'ie, de saint Pierre, prince des apôtres, par l'autorité et le magistère de qui, quoique indigne, nous rem|)lissons nos fonctions, si ces hommes ne s'amendent sans retard, s'ils ne donnent satisfaction ou rendent lidèlement ce qui leur a été confié, avec tous les saints qui jouissent de leur récompense dans le ciel ou (pii brillent sur la terre par'leurs miracles, nous les frappons, et, suivant le pouvoir de lier et de délier qui a été accordé à notre humble personne, nous les excommunions et leur lançons le glaive de l'anathème.

« Nous excommunions Gaufroy, Gilon, Gr., qui a usui'pé injustement notre archidiaconé, Uvangérc, Arric, puis Anseau, un autre Anseau, Hugues, Anségise, Beaudoin, ci tous ceux (pii, a|)rès que nous avons été sacré archevêque de Sens, nous ont enipêcl^é (fentrer à la manière de nos prédécesseurs, en s'éloignant de la vérité et en s'attachant au mensonge. De plus, nous les anaihémafisons au nom <hi Père, du Fils et du Saint-h]spril, cl en \crtu de lautorité qui nous vient de Dieu, Qu'ils ne possèdent aucun des

biens des chrétiens ; qu'ils ne }>cnèlrent pas dans l'église de Dieu ; que la messe ne soit célébrée pour eux par aucun prêtre, s'il ne veut encourir la même peine ; qu'aucune oblation ou commémoraison ne soit faite pour eux ou pour leurs offenses, s'ils ne les expient ; que pendant leur vie et à leur mort ils ne reçoivent ni de parfum, ni d'encens, ni de luminaire sacré, mais que leur part soit avec les méchants, avec les révoltés contre Dieu et les insulleurs des saints, que leur héritage soit le feu éternel et la souffrance sans fin. Qu'ils soient maudits dans la cité, qu'ils soient maudits dans la cam[)agiie. Amen... S'ils ne • e corrigent pas, qu'ils soient couverts de malédictions. Amen. Qu'ils ne soient visités par aucun prêtre à l'article de la mort, qu'ils ne soient pas ensevelis dans les cimetières des chrétiens, mais qu'on les rejette comme des cadavres en putréfaction. Amen.... Que Dieu les frappe de misère, de lièvre, de froid, de chaleur et du feu, et qu'il les poursuive jusqu'à ce qu'ils périssent. Amen. De même que ce cierge est éteint aux yeux des hommes, ainsi (pie leur lumière s'éteigne j)our Téternité. »

Cette arme terrible de l'exconinumication, dont, les conciles en font foi, on a beaucoup abusé à celle époque, mais qui était le seul moyen pour l'Eglise de se défendre contre des passions brutales et encore à demi-barbares, remporta la victoire. Le vieux com'c obstiné brava d'abord ces menaces et, cantonné avec une garnison dévouée dans la ville de Sens, il méprisa les foudres de l'archevêque et la colère des populations. Mais une maladie épidémiquc qui fit périr un grand nondjre d'Iionmies et qui enleva son projti'e neveu, Isembard, frère de Sévin, ébranla ses résolutions. Soit qu'il vît dans cet événement une preuve de la colère du Ciel, soit que le séjour d'une ville en proie à la peste ne lui parût plus tenable, il quitta Sens et laissa le prélat s'y installer (1).

(1) Challe, d'après Clarius. — Ilistoria Francorum Senonensis.

Celui-ci réalisa loulcs les espri-ances que l'on avait fondées sur lui. Une de ses j)rcniièrcs œuvres iut la restauration du monastère tie Saint-Pierre-le-\'it'. Il protégea les ()p[)iiinés, dit le chroni(]ueur, soulagea les souffrances du pauvre peuple, rebâtit les églises, repeupla les abbayes et, autant que le permettait le malheur du temps, ramena l'ordre et la discipline dans le diocèse. Avant d'avoir reçu le palliuin, connue il r(^|JOsait dans le réfecloiic; du monasièic (îc Saint Pierre le \ il, le palais épiscopal n'élaid pas eiirore ree(UislriiiK saint Savinien lui appaiiit en songv\ « Ponrcpioi, lui dit-il, retiens-tu les Jjiens de notre monastère ? » A ces mots, il s'éveille, se lève, va trouver les moines, se jette à leurs pieds, et, demandant pardon, il leur restitue tous leurs biens. Puis il rentre dans la cité, et, comme il était dépourvu de tout, ses familiers lui disent : « Mais comment ferons-nous maintenant ,car nous n'avons plus rien pour subvenir à votre subsistance et à la nôtre ? » Et l'archevêque leur répond : <( Dieu nourrira ses pauvres, car l'Ecriture dit : Je n'ai jamais vu le juste abandonné, ni ses enfants mendier leur pain. Je me noui'rii'ai de mon patrimoine jusqu'à ce que Dieu rende à l'église de Saint-Etienne ses biens. » Et, chose étrange, ajoute (Marins, il arriva que ceux qui détenaient ces possessions moururent dans l'année. Sévin reconstruisit aussitôt la demeure épiscopale près de la basilique, pour permettre aux fidèles de l'y trouver plus facilement.

Après avoir donné à l'abbaye de Saint-Pierre pour la diriger son propre neveu, Rainard, qui s'était formé à Sainte-Colombe, il rappela tous ceux des moines qu'avait dispersés la tempête, leur abandonna des terres en compensation de celles qu'ils avaient perdues, et, comme la vie errante qu'ils avaient menée pendant plusieurs années leur avait fait oublier ^es traditions de prière et de travail, il demanda des religieux de Saint-Benoît-sur-Loire et de Cluny pou}rétablir par leur exemple la discipline décbue.

Le nouvel abbé se voua avec une grande ardeur à celte œuvre de relèvenienl et consacra sa fortune à reconstruire de l'ond en comble le cloître et toutes ses dépendances. Des colonies de moines furent envoyées dans les prieurés pour rebâtir les fermes incendiées, cultiver les domaines et élever le bétail. Tout ce qu'il put trouver de manuscrits précieux, de vases et d'ornements sacrés, il les acbeta à grands frais. Enfin parmi les moines il en choisit qui a\aient des connaissances en littérature et en philosophie, et il insliliia des écoles pour former la génération nouvelle à la culture des lettres et des arts.

Parmi les biens que Sévin donna aux religieux pour servir à leur nourriture et à leur entretien, citons ceux qu'il leur octroya dans un synode qu'il tint, en 980, dans l'Eglise de Saint-Etienne avec ses sui'fragants et le Chapitre de Sens. « Sur la demande de l'abbé Rainard et des moines de Saint-Pierre, nous leur avons abandonné l'autel élevé en l'honneur de saint Pierre et le village d'Alson (Auxon) dans le pays sénonais..., l'autel de saint Sanctien, jnartyr, situé dans le village de Sancey, l'autel de .saint Savinien, qui se trouve à cinquante coudées de la cryjite de saint Pierre ; enfin, dans le pays de Provins, l'autel consacré à saint Louj», dans le village de Naud. » Les PP. Richard et Giraud (1) suspectent l'existence de ce concile, parce que les évôchés suffragants étaient alors occupés par d'autres titulaires que ceux dont les noms sont mentionnés dans la charte. Cependant Mabillon s'est efforcé de détruire les soupçons que le P. Dubois, dans son Histoire du diocèse de Paris, avait provoqués au sujet de cel'e assemblée, et il en admet l'existence (2).

Il est fait mention dans ce diplôme du grand archidiacre de Sens, qui portait le nom de Reginold. Nous savons d'autre part que cette dignité existait sûrement

(1) Cf. Bihl. sacrée, XXIX, 204.

(2) Cf. Labbe, IX, 11^2. — Bihl. hist. de VYonne, II, 286.

à cette époque par l'excommunication portée contre le comte Rainartl. Le Liber Sacraineidorum de Stockolm nous fournil à ce propos des renseignements beaucoup plus comi)]ets : c'est la nomenclature des paroisses de larchidiaconé de Sens, ou grand archidiaconé, subdivisé déjà en plusieurs parties connues sous le nom de Ministériel, qui devaient être desservies par des archiprètres (ou doyens), comme ceux dont il est question dans une charte de 1015. On y leti'ouve, en effet, les divisions })ostérieures des doyennés de 'irainel, Alarolles, Courtenay, Vanne et Saint-Florentin. Les églises citées sont au nombre de cent quatre. L'orthographe des noms est singulière : à côté de mots gallo-romains, on en rencontre d'autres de composition bizarre qui viennent sans doute du tudesque ou annoncent la formation d'un nouvel idiome. Nous donnons celte liste aux Pièces luslicalives (1). \

En 980, comme de nombreux miracles s'accomplissaient au tombeau d'Ebbon, le glorieux vainqueur des Sarrasins, dans l'église de Saint-Pierre-le-\'il', Sévin transféra solennellement son corps, devant une foule immense, du lieu où il reposait, dans la crypte qui portait le nom de Saint-des-Saints (2). Avec le corps on retrouva presque intacts les ornements épiscopaux du prélat. On les conserve encore aujourd'hui au Tj-ésor de la cathédrale de Sens. Ils consistent eu une chasuble et une dalmatique : cette dernière surtout a bien les caractères de l'époque carlovingienne (3).

C'est probablement à l'occasion de cette levée du corps de saint Ebbon qu'un auteur anonyme a écrit h^s

(1) Cf. Cart. gén. de l'Yonne, II, Inlrod. LXV-LXVII.

(2) Clarius.

(3) Cf., pour plus de détails, abbé Chartraire, Invent. du Trésor, 45-46. — Parmi les autres objets précieux de cette collection, mentionnons un coffret byzantin, de celte époque, qui servait à renfermer des reliques. C'est une boite prismatique en bois, à douze pans, recouverte de panneaux d'ivoire historiés, représentant en relief des scènes de l'Ancien Testament. Cf. Ibid. 55-60.

Actes (le sa vie. Ils oiiL élé publiés par Mabillon (l), d'après un codex de labbayc de Saint-Pierre-le-\'iï. Bien que Baillet, donL on connaît la sévérité pour d'autres légendes, attribue cette composition à une époque antérieure, .Mabillon la renvoie au x" siècle, et les auteurs de VHisloiie Lilléraire adoptent la même opinion (2), se basant sur ce que le rédacteur raconte lies incendies et autres ravages causés par des païens, différents des Sarrasins, cpiil appelU; \'andales, et (jui ne peuvent être (jue les AOrmands. Ils reconnaissent en même temps (pie 1 bagiogi'apbe dexait avoir entre ses mains dassez bons mémoires, bien (pi'il entre peu dans le détail des faits. Nous adoptons nous-môme ce sentiment et, nous basant sur le silence (pic les martyrologes d'Adon et d'Usuard gardent touchant le vénéj;able prélat, nous pensons que son culte commença à se propager dans le courant du x* siècle. La qualité de saint lui est attribuée sur la liste archiéj)iscopale du Liber Sacrameiiionim.

En reconnaissance de toutes les largesses que Sévin avait faites au monastère de Saint-Pierre, l'abbé Bainard lui abandonna plusieurs doigts de saint iJ)l)on, et une partie du bras de saint Léon, pape, qu'il enferma dans un reliquaire enrichi d'or et de perles })Our l'offrir à l'église Saint-Klienne (3).

Les auteurs du (înllia Chvisliana pensent que Rainai-d n'est autre qu'un abbé Rainulphe (ou Romulfe), à qui Gerbert, le futur pape, écrivit de Reims, dans les années 988 et 989, trois des lettres qui ont été recueillies par ses historiens (4). Malheureusement celte correspondance ne traite que de sujets littéraires et elle est trop vague pour nous donner des renseignements utiles. On y voit seulement une grande intimité entre les deux personnages, et, si l'opinion du Gallia CJuisliana est exacte, comme nous

(1) Acta s. O. s. B. III, pars 1", 647. ,

(3) Clarius.

(4) Cf. Hist. Franc. Script. II, 816, 831, 832.

le pensons, la valeur inlellecluelle de Rainard est grandie à nos yeux i)ar l'cslime dont il élail l'objet de la part de l'écolàtre de lieinis. D'après la France Lilléraire (1), au contraire, ce Rainulle serait un abbé de Saint-Ucmy qui vivait dans les premières années du XI" siècle (2), et ce monastère serait celui même où Gerbert taisait copier les ouvrages anciens dont il enricbissait sa bibliotlièque. Mais Saint-Remy, dont les biens avaient ('[<• vendus par Xotranne, devait être alors dans une situation précaire dont il ne se releva qu'un demi-siècle i)lus lai-(J, et pai'mi ses abbés on ne ti'ouve pas ce nom enti-e ceux tie celte époque. II y a tout lieu d'identifier avec Rainard, de Saint-Pierrele-V'if, cet abbé de Saint-Remy, dont l'auteur des Miracles de saint Ronudii nous a retracé l'éloge dans la strophe suivante :

Erat hinc abbas sapiens oralur el rcllioii( us, dodus el libciulibus disiiidinis in onudbus, lt(dindidius, ri]- e(jre(jius, fjui sdiK li lune llend(jii regebul inonuslerium.

Pendant que cette ouiv.re de restauration s'accomplissait à Saint-Pierrc-le-Vif, Sévin s'occupait activement de reconstruire la cathédrale. Lorsqu'elle fut terminée, il l'enrichit d'ornements et de statues, et en particulier d'un retable d'autel en argent et en or, orné de pierreries et de figures ciselées. D'après Odoranne suivi par Clarius, cette œuvre d'art aurait été vendue plus tard et le prix, consacré à construire une tour devant le monastère de Saint-Pierre.

Il est un autre rétable précieux que la cathédrale de Sens a possédé jusqu'au xvnf siècle et que l'on

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