‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens (volume 2)Chapitre 14 sur 34 · VII · texte numérisé non relu

VII

(2) Cf. ^cta Sanct. junii, V, 164.

attribue également aujourd'hui à Sévin. .Mabillon, Tabbé Lebeuf (1), Dusommerard (2), et beaucoup d'autres auteurs se sont occupés de cet ouvrage somptueux que l'on a l'ait remonter jusqu'au ix" siècle. 11 l'ut porté en 1760 à la Monnaie, d'après les ordres de Louis XV et malgré l'opposition des Sénonais.

La fabrication de ce rétable est attribuée à deux chanoines, orfèvres, nommés Bernelin et Bernuin. 11 avait, au témoignage de Dusommerard, neuf pieds trois pouces de long sur trois pieds six pouces de haufeur. Toute la surface était recouverte de lames d'or. Il se divisait en trois panneaux quadrangulaires: celui du milieu était recouvert par un médaillon (juadrilobé au milieu duquel se trouvait le Christ, assis, la main (h'oite bénissant et la gauche appuyée sur un livre. De chaque côté un ange présentait une couronne, et les quatre lobes étaient occupés par des chérubins en prière. Les deux autres panneaux se subdivisaient en quatre compartiments où étaient représentés les quatre évangélistes et divers traits de la vie de saint Etienne. Enfin, au centre des deux panneaux se trouvait un médaillon circulaire renfermant, à droite, la sainte Vierge couronnée et, à gauche, un personnage que Sommerard pense, à tort suivant nous, être saint Jean l'évangélisle. Des inscriptions en vers rimes acompagnaient chaque sujet. Les figures étaient en bas-relief, et le tout, orné de filigranes d'or et enrichi de pierres précieuses dont quelques-unes, gravées, représentaient môme des traits de l'histoire profane, Sévin célébra très solennellement la dédicace de la basilique en présence de trois de ses suffragants, Milon de Troyes, Eribert d'Auxerre et Roclène de Nevers.

Mais il restait dans le diocèse bien d'autres ruines

(1) Recueils d'écrits, II, 137.

(2) Les Arts au Moyen âge, V, 246-250. Dusommerard en a publié le premier un dessin (album, 9« série, pi. XIII) qui a été reproduit par divers historiens. Il le teuait d'un érudit sénonais, M. Tarbé.

qui appelaient la sollicitude de l'archevêque. A Mcliiii, l'église de Saint-Pierre, conslruile sur un lertre, hoi-s de lenccinte, était à moitié ruinée. En 991, Sévin obtint des rois Hugues et Robert Tautoiisation de la reconstruire avec le monastère qu'il confia à la direction de l'abbé V'aultier, (» homme vénérable et mûri dans les saintes lettres, » nous dit Odoranne. De même l'abbaye et l'église de Saint-Etienne furent restaurées dans l'intérieur de; la \iih' (1).

La situation de bei'riéi'cs était non moins <iiti(jiie. Cette maison religieuse, si llorissante un siècle aupai'avant, se trouvait aloi's tellement ravagée par les vassaux, qu'il n'y restait })lus de revenus que pour entretenir quelques frères. Le principal auteur de ces déprédations était P'oubjue III, comte d'Anjou. Cet homme qui, au dire des historiens, semble avoir réuni dans sa personne tous les vices et toutes les vertus de son temps, en\ahit les terres qu'il partagea entre ses hommes de guerre, et les moines, réduits à une misère extrême, se voyaient menacés d'une ruine prochaine, lorsque le pontife sénonais coiilia le gouvernement de la maison à l'abbé de Saintl*ierre-le-\'if, Rainard. Celui-ci eut recours à l'intervention de son ami Abbon, abbé de Fleury-sur-Loire, que rendaient alors illusti-e sa grande science et ses cminentes vei-tus, et qui écrivit, en 997, à (îrégoire \', en lui recommandant éloquemment ce malheureux monastère. Le pape somma Foulque de faire pénitence de ses crimes et de réparer les maux qu'il avait causés aux communautés religieuses et en particulier à celle de Ferrières, le menaçant d'excommunication s'il n'obéissait pas. Le comte promit de se soumettre et de faire le pèlerinage de Jérusalem, en expiation de ses fautes. Au cours de son voyage il s'arrêta à Rome où il prit envers le Souverain Pontife l'engagement de restaurer entièrement le monastère de Ferrières. Dès son retour, en effet, il rendit aux

(1) Cf. Pouillé du diocèse de Sejis, 193.

moines les biens dont il s'était emparé et releva les l.KitinienIs ruinés. Les religieux qui vivaient sous la direction du grand abbé goûtèrent près de quarante ans de tranquilité sous sa puissante protection, et les vertus monastiques y brillèrent d'un nouvel éclat.

Uainard était en fréquentes relations avec labbaye de Fleury, et, dans une grave circonstance où cette maison était menacée d'une destruction complète par un incendie, il contribua, par ses paroles pleines de confiance, à garantir le salut de tous (1). Suivant la pieuse coutume de l'époque, il relia l'abbaye de Ferl'ières à celle de Saint-Pierre de Melun par une aifiliation spirituelle de prières. 11 écrivit plusieurs fois dans ce but à l'abbé Vaultier, et il fut convenu qu'à la mort d'un religieux de lune ou de l'autre maison, on sonnerait les cloches ; chaque frère lai réciterait le psautier en entier, et chaque moine prêtre célébrerait un trentain, ou trente messes, pour le défunt. En lOO.j, lorsqu'il sentit ses forces diminuer, l'abbé Rainard se démit du gouvernement de Ferrières (2).

Cependant les hautes qualités que Sévin avait montrées dans l'administration de son diocèse et qui faisaient de lui ua des plus grands prélats de France, avaieiit attiré l'attention du Saint-Siège. Dans un voyage qu'il fit à Rome en 980, le métropolitain de Sens reçut le pallium des mains du pape Jean XIV qui lui conféra également la dignité de primat (3). Sévin renouait ainsi les glorieuses traditions de son église et allait reprendre les importantes attributions qui, depuis Anségise, étaient demeurées à l'état de lettre morte. La situation troublée du royaume de\ ait provoquer son intervention active dans les affaires politiques. Louis V, fils de Lothaire, décédé en mai 989, ne laissait pas d'héritier direct pour lui succéder.

(1) Cf. Aimoin, Miraciila S. Beiiedicti, 128.

(2) Cf., poui'plus de détails, abbé Jarossay, op. cit. 147-152. — Rouillard, Ilist. de Melun, 234 et suiv.

(3) Odoranne.

11 n'y avait plus pour faire valoir ses droits au trône de France que son oncle Charles, duc de Basse Lorraine. Pointant, à l'assemblée des grands qui eut lieu à Senlis au mois de juillet suivant, le duc de France, Hugues Capet, appuyé par l'archevêque de Reims, Adalbéron, se fit élire comme roi.

.Mais il ne fui pas sans rencontrer d'opposition dès le début de son règne. Parmi le haut clergé, son plus illustre adversaire fut l'archevêque de Sens, Sévin ; celui-ci n'assista ni à l'élection ni au sacre de Hugues et il s'abstint de prêter serment. Dans cette hostilité, dont les historiens n'ont pas analysé les causes, il nous paraît entrer un double sentiment. On voulait sans doute, à Sens, demeurer fidèle au dernier représentant de la i"ace carolingienne, d'autant plus que Charles de Lorraine avait épousé en secondes noces Agnès de \^ermandois, fille de Herbert II, comte de Troyes, et qu'il avait ainsi des liens de parenté avec la famille des comtes et des derniers archevêques de Sens. Aussi voyons-nous l'auteur de VHistoria Francovum Senonensis traiter Hugues Capet de « rebelle (1). )' D'autre part, ce prince, en s'appuyant ouvertement sur l'archevêque de Reims, devait provocpier le mécontentement du nouveau primai des Gaules et susciter un nouvel incident de la lutte séculaire dans larpielle les deux puissantes métropoles se disputaient la prépondéi'ance dans le domaine civil aussi bien que religieux.

Hugues Capet comprenant tout l'intérêt qu'il avait à gagner l'archexêrpie de Sens, lui fil des promesses engageantes, mais, comme ce moyen n'aboutissait pas, il eut recours aux menaces, cl il chargea Gerbert, qui était alors écolâtre de Reims, des fonctions de secrétaire. La hMIre ('^tait fort habilement l'édigée. " Comme nous ne voulons pas abuser de la puissance royale,

(t) ('e prince est accusé éç-ilcnient d'usurpation par Sipebort de Gcmbloux qui, dans sa Chronographie, parait reproduire des annales contemporaines.

nous avons l'ésolu de pressentir sur toutes les affaires de l'Etat l'avis de nos fidèles sujets et de suivre leurs conseils. Nous vous croyons particulièrement digne que nous prenions confiance en vos jugements. C'est pourquoi nous vous avertissons en toute bienveillance qu'avant le premier jour de novembre vous devrez nous prêter le serment de fidélité que les autres nous ont fait, pour le bien de la paix, pour l'union de l'Eglise et du peuple chrétien, de crainte que si, à l'instigation de quelques hommes pervers, vous vous refusiez à rendre ce devoir, vous ne vous attiriez une sentence sévère de la part du pape et des évêques vos comprovinciaux, et que, malgré notre clémence dont personne ne doute, nous ne soyons obligé par notre dignité royale d'user envers vous de sévérité {]). «

Le nouveau roi s'étant assuré le consentement du pontife romain, Sévin ne pouvait résister plus longtemps, et il prêta le serment exigé de lui. Au mois de décembre suivant, ce prince, résolu à assurer la possession du trône dans sa famille, profita d'une réunion des grands du royaume à Orléans, et le jour de Noël, dans la basilique de Sainte-Croix, s'étant revêtu de la pouriire royale, il posa la couronne sur le front de son fils Robert, et l'investit du gouvernement des pro- A inccs occidentales de son royaume. Richer, qui raconte ce fait (2) dans son Hisloive, ne parle pas du consécralcur, mais Raoul Glaber, dans sa Chronique (.3), ra|»porte que cet lionneur fut l'éservé à Sévin.

En 988, nous retrouvons Sé\ in avec d'autres i)i-élals à Compiègne, où résidaient les rois Hugues et Robert: c'était à l'occasion d'un grand plaid. Profitant de cette circonstance, les religieux de Sainte-Colombe envoyèrent leur abbé, Guntio. ("t |>liisieurs de leurs frères auprès d'Hugues Capet pour lui présenter différents privilèges royaux accordés à leur monastère et le

(1) Gerbirti Epistolse, n" 107, dans Duchesne, II, 814.

(2) lY, 13.

prier de les ratifier. Ils réclamèrent notamment contre les droits de justice que ses prédécesseurs et lui exerçaient dans la villa de Sermaise et ses dépendances, située au pays d'Etampcs, et qui avait été donné :jadis par saint Loup à cette abbaye. Le roi prêta une oreille favorable à leur requête, renonça à ces droits de justice et fit également remise des redevances que le fisc pouvait y prétendre, en les offrant pour la nourriture des pauvres et l'entretien des moines, et n exprimant le désir de voir les religieux prier pour lui pour son épouse et ses enfants ainsi que pour la paix du royaume (1).

Peu d'années a|)rès, Sévin eut à intervenir dii-ectement dans une grave question qui agita beaucou)) l'épiscopal franc. L'archevêque de Reims, .Arnoul, fils naturel du i"oi Lothairc, oubliant le serment de fidélité ({u'il avait fait à Hugues Ca|)cf, a^ait livré secrètement cette ville à son oncle, Charles, duc de Lorraine. Sa trahison ne tarda pas à se découvrir, et le roi, résolu de se '^enger, demanda sa déposition au pape dans le courant du mois d'août 990. Mais la réponse de Pome ne venant pas, il ordonna la réunion d'un concile qui eut lieu l'année suivante à Saint-Basle, !)rès de Reims. Tous les suffragants d'Arnoul étaient présents à cette assemblée, ainsi que l'archevêque de Bourges, Daibcrt, trois évêques de la province de Lyon, et enfin l'ai'chevêque de Sens avec Arnould d'Orléans et Herbert d'Auxerre. On admit également plusieurs abbés (|ue se trouvaient dans cette ville. La présidence fut décernée à Sévin que recommandaient ses titi'es, son grand âge et ses vertus, et l'on confia la direction des délibérations à Arnould d'Orléans qui était l'un des prélats les plus éminents et les plus élo- (|uents de la Gaule. Les défenseurs de l'archevêque de Reims étaient l'écolâlre Jean d'Auxerre, l'abbé Poninlplie ou |)liifôt Painard de Sens et Abbon,

(4) Archiv, de l'Yonne, Fonds de Saintc-Coloiiibe ; pièce originale.

l'abbé de Fleury. Gerbcrt les désigne lui-même comme des hommes très savants et d'un grand talent de parole.

Il reste deux versions différentes de ce concile. La première, que l'on pourraii appeler la versicm rémoise et qui fut donnée par Gerbert, rapporte que la cause d'Arnoul fut longuement et savamment discutée ; Sévin dirigea avec beaucoup d'autorité et d'impartialité les débals, après lesquels larchevcque de Reims confessa publi<[uement sa félonie et fut déchu de son siège. Ce récit a été admis comme véridique par ]\Iansi (1), Héfélé (2) et Ferdinand Lot (3). Mais une autre relation d'origine sénonaise, qui est donnée par VHist. Franc. Scnoii., et Ainioin ('(). expose nu con traire que les avis furent fort partagés au concile et ce n'est que sous la pi'ession du roi que les évôcfues déposèrent Arnoul. Sévin seul, (( cvaignanl plus Dieu que le roi, » ne donna point son consentement et adressa des re})ro('hes au monar(|ue qui lui manifesta très vivement son dé])laisir. Aimoin va même jusqu'à dire que le vénérable prélat fut arrêté et mis en prison. Les deux opinions ont eu des partisans également convaincus. Comme Gerbert avait joué dans ce concile un rôle considérable, et comme lui-même déclara (pi'il avait voulu, non pas donner les actes du synode, mais simplement un récit de ce qui s'y était passé, l)lusicurs ne lui ont pas accordé une enlière créance, cl r>aronius va même jusqu'à affirmer (5) que Gerbert avaif imaginé cette assemblée pour faire accepter son élévation sur le siège de Fleims, ce qui était tout à fail cotilraire aux canons. D'un autre côté, F. Lot (G) est d'a\ is que dans VHistoria Francoruni Senonensis la

(1) XIX, 105 et suiv.

(2) VI, 105 et suiv.

(3) Les Derniers Carolingiens, dans Bibl. de l'Ecole des Hautes Etudes, 1891, p. 215 et suiv.

{'i) Append. V, 4i. — Labbe, IX, 737.

(5) Ad annura 992.

(6) Op. cit. 3'j3.

lulle au sujet ilc rarchcvèché de Reims est racontée avec inexactitude et partialité, que 1 indépendance réelle de rar(he\é(iue tie Sens vis-à-vis de Hugues Capet et de Gerbert est fort exagérée, enfin qu'il est inexact que Sévin ait refusé de s'associer à la condamnation dArnoul et encore plus faux que Gerbert ait (juitlé la Fi-ance « parce qu'il conq^renait (piil détenait injustement les fonctions épiscopales. «

Il ne nous paraît pas impossible d'entrevoir la vérité au milieu d'affirmations si contradictoires. Remar- (juons tout d'abord que Gerbert ayant profité immédiatement de la destitution d'Arnoul, puisqu'il fut élu à sa place j)ar la volonté du roi, l'intérêt direct qu'il avait dans cette affaire permet de suspecter son témoignage. D'autre ])art, l'ensemble des événements démonlre clairement que Hugues Capet exerça une pression sur les évoques et leur imposa presque sa \olonté, et ce que nous savons de Sévin rend très vi-aiseml)la])lc le récit de VHist. Franc. Senou. Ce n'est |)as seulement à Sens que la légalité de la déposilion d'Arnoul et de l'élévation de Gerbert fut contesl<''e. mais encore à Rome. ])ar le pape Jean XV (T).

Pour réagir contre ce mouvement d'opinion, le roi Robert réunit un nouveau concile à Cbelles, en 903. T,es quatre mélro])olifains de Reims, Sens, Tours et Rourges s'y li'ouvèiTnt avec quelques-uns de leurs suffragants. Ce que nous en connaissons vient uniquement du récit de Ricliei'. disciple de Gerbert, dans son llisloiri' de France. Le monartpie pi"ésidail l'assemblée, et tous les pr<'lats se mirent d'accord pour faire un résistance énergique et même s'opposer au pape, s'il venait à porter un arrêt contraire aux décisions prises (2). Le résultat de cet engagement fut que les évêques français ne se rendirent ni au concile d'Aix-la-Chapelle ni à celui de Rome, quoique le

(1) On peut voir encore sur ce concile, Babelon, dans Les Der^ niers Carolin<(iens, 325 et suiv.

(2) Cf. Pertz, V, 651, 653 — Héfélé, VI, 220,

pape les y. eût invités pour y traiter l'affaire du siège de lieims. Ils furent frappés d'une première sentence qui suspendait de la célébration des saints mystères tous les prélats qui avaient déposé Arnoul et consacré Gerbert à sa place. Le pape, disait la sentence, n'avait pu apprendre sans une profonde indignation la manière dont avait été traité rarclievéque de Reims (1). Gerbert, quoique non frappé de censure, s'enfonça de plus en plus dans la voie de résistance au Saint- Siège et, apprenant que Sévin inclinait à se soumettre au pape, il lui écrivit pour l'engager à mépriser le verdict de Rome. « Votre prudence, lui dit-il, aurait dû vous faire éviter les pièges des bommes artificieux et vous rendre attentif à cette parole du Seigneur : S'ils vous disent : Yoici que le Cbrist est ici, ne le croyez pas. On assure qu'il y a quelqu'un à Rome qui justifie ce que vous condamnez et qui condamne ce que vous justifiez : et nous, nous soutenons qu'il n'appartient qu'à Dieu de condamner ce qui paraît juste et de juslifiej' ce qu'on croit mauvais. C'est Dieu, dit l'Apôlre, qui justifie ; qui osera condamner ? Si c'est donc Dieu qui condamne, personne ne peut justifier. Or le Seigneur a dit : Si votre frère pècbe, allez et reprenez-le. Comment donc nos envieux peuvent-ils prétendre que, pour déposer Arnoul, il fallait attendre le jugement de l'évêque de Rome ? Les Romains pourront-ils nous montrer que le jugement du pape est supérieur à celui de Dieu ? Mais le premier évêcpie de Rome, le prince des apôtres nous crie qu'il faut plutôt obéij- à Dieu fpi'aiix bornmes. Ouoi donc ! parce que le pape !\Iarcellin a offert de l'encens à Jupiter, tous les évêques du monde ont-ils dû en offrir? .Je lui dis bardiment : Si l'évêque de Rome pèche lui-même contre son frère : si, après avoir été averti plusieurs fois, il n'écoute pas l'Eglise il faut, selon le précepte divin, tout évêque de Rome

(I) Labbe, IX, 737.

qu'il est, le regarder cuniiiie un païen et un publirain, ear, plus le rang est élevé, })lus la rhulc est grande. Oue sil nous juge indignes de sa communion, pai'cc que nous ne voulons i)as avoir des sentiments conti'aircs à l'Evangile, il ne pourra })as du moins nous

séparer de la communion du Christ On n'a donc

pu vous suspendre (1) de la communion, ni comme des criminels convaincus ou qui ont confessé leurs crimes, ni comme des contumaces, puisque vous n'avez pas refusé de vous trouver aux conciles. Cela est d'autant plus certain que votre conscience ne vous reproche rien et qu'on n'a pas encore porté contre vous de sentence. Car, dit saint Grégoire, la sentence qui n'es! pas écrite ne méi'ite pas le nom de sentence ; et, connue l'affirme saint I.éon, le privilège de Pierre ne subsiste point (juand on ne juge pas seloji l'équité.»

Gerberf, après avoir tenté de rendre mé[)risables les censures du })ape, ajoute : Ne donnons pas sujet à nos adversaires de croire que le sacerdoce, qui est un, comme l'Eglise catholique est une, soit tellement soumis à un seul, que, si cet homme est corrompu par l'argent ou par la faveur, s'il est séduit par la crainte ou trompé ])ar l'ignorance, il ne puisse ])lus y avoir d'évêques au monde cpii ne lui ressemblent. Que l'Ex angile, les apôtres, les prophètes, les canons dictés par lEsprit-Saint et les décrets des papes, qui ne sont pas contraires aux canons, soient la loi commune de l'Eglise. Que celui (jui s'en écarte soit jugé selon CCS règles : mais (|u'on laisse goûter la paix à celui (pii s'y confdniir. Portez-vous bien, et gardez Aous d'ol)ser\er la suspense, ce serait vous reconnaître coupable. »

Pour ne jias axouer ses propres forts, le grand génie qu'était (lerbei'l s'enfonçait ainsi et voulait entraîner les autres dans sa rébellion contre le

(I) Si Sévin ne consentit pas à la déposition d'Arnoul, il paraît qu'en qualité de président du concile, il dut en signer les actes, puisqu'il tomba sous la suspense.

Saiiil-Sii'ge. H (Iu\ail dans la siiilc, éclairé de ]»liis piu'cs lumières, tenir un langage bien diflérenl, lorsqu'il eut succédé à Jean XV sur le Irùnc ponlilical. Son raisonnement eut peu d'influence sur Sévin qui observa la suspense à l'imitation des autres évêques (1).

Hugues Capet tenta plusieurs négociations pour obtenir du pape une rencontre sur un terrain neutî'c où ils arrangeraient cette affaire. Mais Jean X\' ne se rendit pas à cette invitation ; il se contenta d'envoyer l'abbé romain, Léon, en qualité de légat pour la Germanie et pour la France, afin qu'il examinât de nouveau, avec les prélats des deux pays, tout ce qui concernait l'affaire en suspens et qu'il portât une sentence définitive. D'après Vllisl. Franc. Senon. (2), Léon se rendit auprès de Sévin, le clmrgeant de réunir à Reims un concile au nom du Saint-Siège, de retirer sans retard Arnoul de sa ])rison et de déposer Gerbert. L'auteur anonyme ajoute que ce synode ayant été assemblé cans cette ville, Arnoid fut rappelé et replacé avec de grands honneurs sur son siège, et que Gerbert, comprenant qu'il avait reçu injustement lélole pontificale, fut obligé de se retirer. Ce récit nous parait confirmé par ce que nous savons d'ailleurs. Les rois Hugues et Robert fixèrent aux évèques la tenue d'une première assemblée à ]\Iouson, dans la province de Reims, et sur les confins de la France et de la Germanie ; mais au dernier moment, apprenant l'existance d'un complot qui avait pour but de s'empaier des princes et de livrer la France à l'empereur Othon in, ceux-ci défendirent aux prélats déjà en route de s'y rendre, alléguant qu'il ne convenait pas que des évêques français fussent jugés par des prélats allemands. Le concile eut lieu cependant, le 2 juin 995. D'après Héfélé (3), Gerbert fut suspens de

fn Cf. Labbe, IX, 7'.4. — Jnger, VI, 5.5-56. (2^ Cette chronique a été suivie par Clarius. (3) Héfélé, VI, 221-225. — Pertz, V, 654 et suiv.

loulo [onction ecclésiastique jusqu'au prochain synode, et tons les é\c'(|ues (jui avaient pris jiarl à la déposition d'Arnonl lurent pareillement déposés par intérim (Ij. Un autre concile eut lieu le premier juillet suivant dans la piovince, sinon, ce qui est le plus probajjle, dans la ville même de Reims. 11 suljsiste un tragment d'un discours qui y lut prononcé en 'laveur de Gerbert, et à la fin duquel est exprimée cette pensée que « le reproche d'avoir agi sans Rome était d'autant moins fondé que Siguin de Sens qui prési- (hiit k' synode était vicaire pour les (iauh^s {'^}. >< .Malgré tous ces efforts, on déclara illégitimes l'élévation de Gerbert et la déposition d'Arnoul, et le siège de Reims fut rendu à l'archevêque dépossédé ; mais il ne put y remonter qu'après la mort de Hugues Capet {'S-\ octobre 990). (Herbert, })rofondémenL morlilié, se retira auprès de l'empereur de Germanie, Othon III, et l'année suivante le pape lui accorda en dédommagement l'évéché de Ravenne.

Sévin se trou\a encore mêlé vers ce temps à une auti'c affaire où l'on voit qu'une partie du clergé n'avait j)as encore dé})ouillé les mœurs grossièi'es et bi'idales de ce temps qui a reçu, dans Ihisloire, le nom de si('cle de 1er. Quelques prélats, à la tête desquels paraît avoir été Arnould, évèque d'Orléans, se proposèrent d'enlever aux monastères toutes les dunes (!ont ils jouissaient, affirmant que c'était une usurpation des moines sur le clergé à qui, selon la disposition des canons, toutes les dîmes devaient appartenir. Saint Abbon, abbé de Fleury, prit la défense de ses fi'ères dans une lettre qu'il écrivit à ce sujet, et dans laquelle il exposait que si tous les revenus ecclésiastiques devaient être mis dans lî main de l'évêque, les canons ne lui assignant que le tiers ou même le quart

(1) D'après Héfélé, il faudrait placer après ce concile la leUre de Gerberl à Sévin.

(2) Héfélc, qui fait suivre cette citation d'un point d'exclamation, ignorait sans doute que Sévin avait été nommé en réalité primat des Gaules par le pape.

des dîmes, il n'avait pas le droit de disposer du reste. Il se tint à Saint-Denis, près Paris, un nombreux concile où cette question lut agitée. Un nest pas d'accord sur l'année où il eut lieu. Labbe qui le place en 997 est dans l'erreur, car il lut réuni sous le règne d'Hugues Capet et avant que Gerbert eût été déposé du siège de Heims (1). Jager donne avec vraisemblance la date de 993.

On s'occupa d'abord des moyens de retirer les biens ecclésiastiques et en })arti('Lilier les dîmes des mains des laïques qui les avaient usin'}>és. Ensuite (iiielqucs évoques proposèrent d'ùter également aux moines toutes les dîmes dont ils jouissaient, parce que la dîme que payait le peuple devait appartenir plutôt au clergé qui était cbargé de sa conduite spirituelle. Cette proposition alarma les religieux et, tandis que saint Abbon prenait la pai'ole pour les défendre, on ameuta le peuple de Saint-Denis et les domestiques du monastère qui vinrent, armés de tout ce qu'ils trouvèrent, pour insulter les évoques et disperser le concile. Au premier bruit du tumulte, les prélats saisis de frayeur prirent la fuite ; mais Sévin qui présidait fut frappé en sortant d'un coup de bacbe entre les épaules et tout couvert de boue. Aimoiu, l'iiislorien de saint Abbon, en racontant cet incident, fait un pitoyable jeu de mots dont la saveur ne peut se rendre en français, n Seguinus, Senonum archiepiscopus, primalum Gallix in ea synodo sibi usurpans, primatum quoque lugœ arripuit. »

Une telle violence produisit un scandale immense. Les religieux de Saint-Denis furent excommuniés par quelques évêques. Abbon ayant été accusé d'avoir soulevé cette émeute, écrivit au roi Hugues une longue lettre pour justifier et défendre la cause des moines. Venant au fait des outrages commis sur la personne de l'archevêque de Sens, il prolestait plus vivement encore : (( Je le jure devant Dieu et devant le Christ,

(1) Cf. Mansi, XIX, 224, — Jager, VI, 46-50.

quand j'ai entendu les clameurs de l'émeute, j'ai souffert au delà de toute expression en me rappelant raniilié et les bienfaits de cet homme éminent dont les cheveux blancs, sans compter sa dignité de primat et de prêtre, inspiraient la vénération, o

Parmi les actes de moindre importance que Sévin accomplit durant son épiscopat, nous signalerons la translation du corps de saint Aigulphe, de labbaye de Fleury-sur-Loire à Provins, et les signatures qu'il donna à deux diplômes délivrés par le roi de France en faveur de l'abbaye de Corbie, au diocèse d'Amiens. Sa mort survint le 27 octobre 999. 11 fut enseveli, suivant son désir, dans la basilique de Saint-Pierrele-Vif, d'où ses ossements furent transférés en 1278 dans l'église Jiiélropolitaine (chapelle de la Sainte Vierge) (1).

(I) Voici son iiiscciplion, telle qu'on Li retrouve dans le manuscrit d'Odoranne :

Jlic htnnilis tumulus inerito candis veneran itis

Sevini membra continet egregia, Angelicain cuj us felix animant paradisiis

Paslonun sancto possidet in nunicio, Qui initis sanctx /iro relligionis honore

llac in sede sedens multa iulit paticns, Janique seneifactus miijravil in astra locandus.

Cui parcat, petinius, cunctipotens Deus.

CHAPITliE VllI 999-1122

Ce chapitre, le dernier du livre, offre plus que les précédents un caractère spécial. La période qu'il comprend forme comme la transition entre le haut moyenàge et le moyen-age proprement dit. La réforme de Gluny, l'apparition de l'Ordre de Uiteaux ainsi que d'autres progrès religieux annoncent la disparition déliuitive de la barbarie et la victoire complète du catholicisme. Grâce à la paix qu'assure à la France la consolidation du pouvoir entre les mains de la race capétienne, la civilisation chrétienne atteindra à son apogée aux xn'' et xiif siècles. En dehors de la marche ascendante des événements dominent dans les annales sénonaises plusieurs faits importants. La culture de l'histoire parvient alors à son plus haut développement avec l'auteur définitif de ïllisloria Francoruin Senoncnsis et les deux moines chroniqueurs, Odoranne et Clarius. Bien que leurs œuvres historiques soient peu considérables et de valeur secondaire, c'est en partie grâce à elles que nous possédons quelques données sérieuses sur l'église et le diocèse de Sens dans les siècles antérieurs. Mais, d'autre part, le concile de Clermont reconnaît et consacre l'abaissement du siège métropolitain de cette ville, à laquelle le pape Urbain II retire l'autorité primatiale pour la conférer à l'archevêché de Lyon. L'importance religieuse et civile de Sens ira dès lors en déclinant peu à peu et en s'effaçant devant celle de cette ville, })uis de Paris.

Les attaques que les prélats Anastase et Sévin avaient eu à supporter de la part du comte Rainard se continuèrent après eux. Lorqu'il mourut dans

un Age avancé (1), son fils Fromond prélendit, comme lui, imposer sa tyrannie dans la cité, et le siège archiépiscopal étant devenu vacant, il voulut y placer son piopre lils, Bruno. Mais le choix du clergé et du pcuj)lc su })orla sur un archidiaci'e, du nom de Li:otiii':ric, que recommandaient ses hautes qualités et les études supérieures qu'il avait laites, sous la direction de (lerhert, aux fameuses écoles de R<Mms, où il avait eu pour condisciples, entre autres personnages éminents, Jean, évoque d'Auxerre, Fidheit, de ("luirtres cl le roi Rohert. Lorsque le nouvel élu lut sur le point d'être intronisé, Fromond s'y opposa, ainsi que plusieurs membres du clergé qui étaient de son |)arli. Féothéric se rendit alors à Rome auprès de son ancien écolàlre qui était devenu pape sous le nom d<' Sylvestre 11. Il y trouva le meilleur accueil et revint en France avec le titre de primat de la Gaule. J.c Souverain Pontife écrivit aux évèques de la province de .se réunir et de lui donner en son nom la consécration épiscopale. Léothéric la reçut solennellement de leurs mains dans le monastère de Sainte- Fare, au diocèse de Aleaux (1000), et, pour briser l'opposition, comme lavait fait son prédécesseur, il frappa d'excommunication les chanoines rebelles en les stigmatisant du titre de « contempteurs de Dieu, de trangresseurs des saints canons et d'ennemis de leur pasteur (2). »

Les premières années de son pontificat durent être fort troublées, car il n'en reste aucun souvenir. Son premier acte connu date de 1005. Pendant la tenue d'un synode à Sens, il voulut témoigner son affection pour i'évêque de Paris, Raginold, en donnant aux chanoines de Notre-Dame quatre autels situés dans le diocèse : c'étaient ceux de Saint-Germain de Celles,

(1) D'après Vllist. Franc. Senon. (Mignp, CLXIII, 86?! il fut inhumé dans le raonaslère de Sainte-Colombe (996).

(2) Cf. Migne, CXXXII, 474.

Saint-Pierre de Verneuil, Saint-Germain crilteville et Sainl-Ciei'Hiain de Macliaul (Ij : ils se Iroiivaicnt sous la juridiction de larchidiacre Raginold, qui prêta son consentement. La charte originale porte la signature de six de ces dignitaires : Raginold, Ragenard, Anstase, Fromond, Frodon et Hugues. 11 y a également celles de sept archiprêtres. L'administration diocésaine, avec ses subdivisions territoriales, nous apparaît dès lors complète (2).

Comme tous les hommes de son temps, Léothéric avait une grande dévotion pour les reliques. Au moment des incursions normandes, celles que possédaient Saint-Pierre-le-\'it' et la cathédrale avaient été cachées à la hâte pour les conserver. Les désordres occasionnés par Archambaud avaient achevé de faire oublier la place où elles étaient déposées. L'abbé Rainard parvint enfin, grâce au récit d'un vieux serf de l'abbaye, à découvrir le tombeau où elles étaient renfermées. Le prélat vint retirer les précieux ossements et, après les avoir ti^mpés dans du vin, il les déposa avec plus d'honneur au môme endroit dans une châsse en plomb. Des malades <]ui burent de ce vin recouvrèrent la santé (3). Ce fut probablement la vue de ces prodiges qui inspira l'idée à un moine d'écrire la partie des Actes intitulée : Incipiunl exerciunciilœ... (4), et où sont racontés brièvement le martyre du saint et de ses compagnons, les divers événements du monastère et l'histoire des reliques depuis la translation de 847 jusqu'à celle de lOOG.

Ce morceau est divisé en vingt-quatre paragraphes. L'écrivain explique le motif qui lui a fait prendre la plume. <( .... Le lieu où reposent aujourd'hui les corps

(1) Ces paroisses sont situées aujourd'hui dans le département de Seine-el-Marne.

(2) Cf. le diplôme original, aux Jrc/i. Nat., K, 18. n° 28. Le texte intégral en a été donné par Tardif, dans Carions des Rois, 155, Celui de Mansi (I suppl. 1203) est incomplet.

(3) Actes de saint Sui'inien, dans Bilil. kist. de l'Yonne, II, 367

(4) Ibid. 354-367.

précieux des martyrs est glorifié par les nombreux témoignages de leur i)uissante intercession. Ces choses merveilleuses que nos anciens Pères, dans une paresseuse indiiïérence, ont omis de retracer pour les loii'e connaître à la ])Ostérilé, (lauteur du Panégyrique qui écrivait sous labbé Eudes, vers 945, n'en avait parlé que succinctement,) nous-mème, malgré notre indignité, puisque personne n'a tenté ce travail, nous allons l'essayej' en nous conlianl dans le secours bienveillant de nos Pères, liien (jue notre style soit rusti- ([ue et barbare, nous nous efforcerons de raconter les bienfaits opérés par la puissance de nos saints ; nous exposerons ce que nous ont a})pris quelques-uns de nos Pères qui sont morts et d'autres qui vivent encore, ainsi que les choses dont nous avons été nous-même témoin. »

Léothéric avait également un vif désir de découvrir les reliques que son prédécesseur, Jérémie, avait apportées de Saint-Riquier, et, raconte Clarius, il imploi'ait de Dieu celte grâce dans ses prières. Enfin, par une révélation céleste, il les trouva dans son église, derrière l'autel de Saint-Etienne. Dès que le ixdiquaire fut mis au jour, il s'opéra un grand nombre fie guérisons miraculeuses. Par un autre chroniqueur, I^aoul (llaber, nous avons une bizarre relation de cet événement. Ce moine de Saint-Germain d'Auxerre, très superstitieux même pour son temps, était imbu d'idées mystiques, et son ouvrage, intitulé : ///s/or/arum libri quinque, a probablement contribué beaucoup à faire admettre la théorie des prétendues terreurs de l'an mil (1). Jl croyait fermement à la venue prochaine de l'Antéchrist et à la fin du montle.

« Tout l'univers, écrit-il, étant purifié par le renou-

(1) La meilleure édition de cotte œuvre est celle deM. Prou, dans Collection de Tejctes pour ser\ir à l'étude et à l'enseignement de l'Histoire, 1886. — Cf. Re^ue des Quest. hist., janvier 1873, lA'i el suiv , où D. Plaine rejette comme un mythe l'effarement général et la torpeur de celle époque racontés par certains historiens.

vcllcmcnl des basiliques, en l'an 1008, divers indices iircnl découvrir des reliques d'un grand nombre de saints qui étaient demeurées longtemps cacliées. Elles apparaissaient par la volonté de Dieu comme un témoignage de résurrection et api)ortèrent des consolations à un grand nombre. Cette révélation commença à Sens, dans l'église de Saint-Etiemie. L'archevêque Léothéric y ti'ouva d'anciennes reliques (1) dignes d'être mentionnées. Entre beaucoup d'autres, on rapporte qu'il trouva une }tarlie de la verge de Moïse. A cette nouvelle, les iidèles accoururent non seulement des provinces des Gaules mais encore de j)resque toute l'Italie et des i)ays d'ouli'c-mer, et un grand nombre de malades s'en retournèrent guéris. Mais, comme il arrive souvent par l'inlirmité de la nature humaine, la cupidité amena des abus, la ville l'ut enrichie grâce à la piété et à l'afiluence des peuples, et les habitants devinrent insolents (2). »

Fulbert, évoque de Chartres, s'empressa d'envoyer ses compliments à son métropolitain pour cet heureux événement : (( Mon âme unie à la vôtre partage et vos joies et vos peines. Aussi je vous ielicite pour la découverte des saintes reliques que vous venez de laije et je rends grâces à Dieu de ce qu'il a bien voulu réserver cette faveur à votre pontificat.... » Peu de mois auparavant, Léothéric avait conféré lui-même la consécration épiscopale à son ancien compagnon d'études de Reims. Fulbert dirigeait à Charti'cs une école qui était devenue une des plus célèbres de toute l'Europe ; il entra en correspondance avec la plupart des personnages importants de son temps et on le considérait, avec le métropolitain de Sens, comme (( les chefs sacrés et les lumières des Gaules (3). »

sacT

1) M. Challe {Bull. S. S. JuxerreX, 288,) traduit antiqiioriim,

•roriiin pignora par anciennes statues qu'il croyait païennes,

mais le sens naturel et le contexte indiquent clairement qu'il s'agit d'anciennes reliques.

(2) Cf. Baoul Glaher, op. cil. III, 6.

(3) Sacra capita luminaqne Galliaruni. — Cf. Abbé Clerval, Les Ecoles de Chartres au Moyen- Age, p. 32. 1S95.

Paiiïii les lettres qui sont restées de lui, on en lr()u\(3 (jualoi'ze adressées à Léutliéi'ic (1). Sur ce iionibie, cinq datent de 1008, en dehors de celle qui a été citée. Dans l'une d'elles, ce prélat, d'accord avec l'évêque du Mans, implore le secours de Léothéric contre le comte de cette dernière ville qui ravageait les biens de l'évêché. On y voit l'estime de Fulbert pour son métropolitain : Sachant que vous avez le zèle de la loi divine, que vous portez secours à vos frères dans la limite de votre pouvoir, et que vous jouissez d'une grande anloi-ité, je recours à vous..., )> et il termine en lui souhaitant que « l'ange du grand conseil le conserve sous la direction du Christ. » Dans plusieurs autres lettres il l'appelle son « père éminent par la science et la sainteté » et lui renouvelle l'expression de sa fiflélité, de son affection et de son respect.

Vers ce tem))s, Léothéric fut très occupé par les affaires de sa province ecclésiastique. Au mois de jan\ ior lOOS, il est au monastère de Saint-Denis où il signe une charte par laquelle le roi Robert confirmait à cette abbaye les immunités accordées par ses prédécesseurs. Sa signature est la première, avani celles de treize autres prélats (2). Le 17 mai suivant, il assiste à un concile tenu au palais royal de Chelles, et reconnaît, avec les auti'es évêques présents, les di-oits de justice du même monastère sur plusieurs villages et la foret de Rouvray (3).

TTn peu plus tard, il se trouva mêlé à une affaire regreltahle au diocèse d'Orléans. L'évêque de cette \ ille. Foulques, supportait difficilement le privilège qu'avaient les moines de Fleury de vivre en dehors de sa juridiction. Pour mettre fin à cet état de choses qu'il regardait comme une violation de ses droits, il ^c lendit avec un entourage imposant, le jour même de la fête de Saint Benoît (1009 ?\ sans en avoir prévenu les

(Il Cf. Migno, CXLl. 204 et suiv.

(2) TarHif, Cartons des Rois, d'après un origin.Tl scelle. Avch. Nat., K, 18, n" 2.

(3) Cf. Ibid. K. 18, n" 3. — M;u)si, XIX, 207.

religieux, et comme pour faire acte d'autorité dans l'abbaye. Mais sa démarche parut être une hostilité et une violation des franchises tic cette maison ; à son arrivée, son escorte fut accueillie par une émeute des bourgeois de Fleury et il y eut du sang de versé. Ce scandale en provoqua un autre. Plusieurs évêques se réunirent sous la présidence de Léothéric et en présence du roi, pour examiner la cause. Une charte de Grégoire V, octroyée à saint Abbon, déclarait (pie l'évêque d'Orléans ne pourrait jamais entrer dans l'abbaye sans y être invité. Elle fut lue et commentée, mais plusieurs prélats se levèrent pour l'arracher des mains des moines et la jeter au feu. Pierre, cardinal de l'Eglise romaine, qui assistait à celte réunion, se hâta d'avertir le pape Jean XMII, le(juel en écrixit au roi Robert ainsi qu'à Léothéric et à Foulques.

Dans sa lettre adressée au prince, le pontife déclal'ait qu'il avait nommé un légat pour examiner l'affaire et mandé à l'archevêque de Sens ainsi qu'à l'évêque d'Orléans de venir à ses pieds se disculper, et il exprimait l'espoir qu'ils seraient plus dociles aux ordres du pape qu'ils ne l'avaient été aux sages conseils et aux pieuses exhortations de leur roi. Dans ses missives à Léothéric et à Foulques, le pajie employait des termes sévères et impératifs, et il les menaçait de rexcommunicalion. Fulbert de Chartres intervint dans cette grave discussion. L'abbé de Fleury était Gauzlin, le propre frère du roi : il lui écriA'it pour l'engager à faire des concessions dans l'intérêt de la concorde et de la charité. Nous ne savons rien autre chose de cette affaire, sinon que Léothéric, considérant les droits de l'épiscopat lésés, avait excommunié Gauzlin (1).

D'autres épreuves non moins pénibles attendaient l'archevêque de Sens, au sein de son église. Ses rapports avec le comte 'Fromond s'étaient beaucoup

(I) Cf. Mahillon, Aun. Rened. VI. — Abbé Rocher, Histoire de l'Abbaye de Saint-Benoil-sur-Loire, 191-192, 1866.

aiurliorés ; il cul copendant avec lui un nouveau désaccord. Grimerius, abbé de Sainlc-Marie-hors-lcsnuirs et archiclave de Saint-Etienne, étant mort sur ces entrefaites, Léolhéric lui donna cette abbaye en bénéfice i)our un de ses fils du nom de Rainald qui avait embrassé la cléricature ; mais le comte confia l'église à un prêtre et distribua ce qui restait à ses soldats. Malgré ces luttes avec son archevêque, il était, au témoignage de Raoul Glaber, un homme pieux et juste. .\ sa mort survenue peu après, il lut enseveli dans le chapitre du monastère de Saint- Héracle. Son fils, Rainard II, qui lui succéda, se montra aussitôt lennemi acharné de Léolhéric.

L'auteur de Ylli^iloria Francorum Sc/jo/jcns/s et le chroniqueur auxerrois présentent le jeune comte comme étant d'une violence extrême. Sa fureur allait parfois à un tel point (pie dans les cérémonies leligieuses, lorsque le prélat se tournait vers le peuple pour lui présenter la paix, le comte lui tournait le dos de la façon la plus irrévérencieuse. Il lui faisait subir toutes les vexations possibles, lui crachant parfois au visage et assassinant ses hommes. Sa haine s'étendait aux églises du diocèse qu'il accablait de dé|)rédations, ainsi cpià la religion chrétienne .et, affectant un grand amour ])0ur le judaïsme, il voulut cire apj)elé et il se nommait lui-mcme le Roi des Juifs. Raoul Glaber ajoute qu'il jugeait les pauvres sans pitié et sans humanité et cite le fait d'un misérable, pris en flagi'ant délit de vol, qu'il fit pendre sans rémission.

Devant celle situation intenable, Léolhéric suivit le conseil que lui donnaient le pape, l'abbé de Cluny, ses suffragants et les seigneurs, ses vassaux : il remit la ville de Sens aux mains du roi Robert et lit ou\ riiles portes à ses troupes le 22 avril 1015. Rainard n'eut que le temps de prendre la fuite, à moitié nu, mais son frère, Frotmond, se retira dans la grande toui" avec quelques soldats et s'y défendit pendant longtemps ; il fut enfin obligé de se rendiV\ et le roi.

laissant la vie sauve aux autres, le fit enfermer à Orléans, jusqu'à sa moii (1). Le siège occasionna la mort d'un grand nombre d'habitants et un incendie qui ravagea une partie de la cité, de sorte que, dit l\aoul Glaber, ces calamités firent oublier les premiers élans de joie qu'avait provoqués l'heureuse délivrance.

Cependant le comte Rainard, après sa fuite, s'était réfugié auprès du comte Eudes. Avec son aide, il construisit au confluent de l'Yonne et de la Seine un chàteau-fori, du nom de ]Montereau, et vint avec une armée mettre le siège devant Sens. Il dévasia Ions les environs, incendiant les églises de Sainte-Marie-horsles-murs, de Saint-Léon et de Saint-Didier, avec les deux faubourgs, et amena ainsi la famine et une grande mortalité dans la ville. Pour mettre fin à tant de maux, le roi et l'archevêque firent la paix avec Rainard, après qu'il leur eut livré des otages, et ils lui remirent chacun leurs droits sur la cité, à la condition qu'à sa mort la moitié de la ville et les droits du comté passeraient à l'archevêque, et l'autre moitié au roi. Mais lorsque Rainard fut de retour à Sens, il \exa de nouveau l'archevêque et, oubliant ses serments, il ne cessa jusqu'à sa mort de persécuter le clergé et le peuple.

Ce comte avait cependant des sentiments chrétiens, car dans le contrat d'un mariage qu'il conclut au mois de juillet 1023 avec une femme du nom de Juvilla, après un exorde rempli de considérations religieuses sur cet état, il fait la déclaration suivante : « Moi, Rainald, croyant (pie Dieu a établi la loi du mariage, je veux, par sa miséricorde, prendre pour femme Juvilla, afin que selon la volonté du Tout-Puissant nous ayons des enfants qui l'adorent et qui méritent ainsi, après le cours de cette vie, de passer à la vie é'ernelle (2).

(t) Cf. Hist . Franc. Senoii. — Clarius.

(2| D. Martènc, Thésaurus Anecdol. I, 141. — Cart. gén. de l'Yonne, I, 163-16i.

En l'année 1017, Léolhéric sacra Thierry évêque d'Orléans. Ce prélat appartenait à une des plus nobles familles de la Brie champenoise. Né à Château- Thierry vers 970, il avait montré dès son enfance un vif attrait pour la piété et l'étude, et ses parcnis l'avaient placé au monastère de Sainl-Pierre-le-Vif où, sous l'habile direction de son oncle maternel, l'abbé Rainard, il avait fait de rapides progrès dans la voie de la perfection religieuse. Le roi Roljcrt (jui connaissait son mérite l'avait appelé à la cour et nommé clerc de sa cliapelle. A celte épofjue, des circonstances singulières l'avaient mis en évidence. Lorsque, en 101."), ce prince se fut l'cmhi maître de la ville de Sens, il partit en pèlerinage pour Rome et fixa comme résidence à la reine Constance et à son fils Hugues, encore enfant, le chrUeau royal situé à Theil, dans la vallée de la Vanne, près de Sens. Berthe, la première femme de ce prince, dont le mariage avait été cassé par le pape pour cause de parenté, ayant été informée de ce voyage, se rendit également à Rome, espérant qu'elle parviendrait, avec l'appui des seigneurs de son i^arti, à faire révoquer cette sentence.

La reine Constance, (pii en fut informée, conçut de grandes alarmes et elle redoutait d'être abandonnée à son tour. Pendant une nuit qu'elle passa dans de cruelles angoisses, elle vit apparaître au milieu d'une clarté céleste un vénéi-able vieillard aux cheveux blancs et revêtu des insignes de l'épiscopat. Malgré l'effroi que lui causait cette vision, elle demanda son nom à eu personnage : " Constance, dit-il, soyez digne de votre nom et reprenez confiance : je suis l'éxêque Savinien et je viens vous délivrer de votre peine avec l'aide de Dieu. » Elle se réveilla toute émue et le lendemain elle s'enquit auprès des clercs de sa chapelle s'il y avait un évêque du nom de Savinien. Aucun d'eux ne put répondre à cette question, excepté Thierry. « Reine, ajouta-t-il, saint Savinien dont vous parlez a son tombeau dans le monastère de

Sainl-Pierre-le-Vif où jai été élevé ; premier arclievéqiie de Sens, il a remporté avec ses compagnons la palme du martyre. Si vous alliez visiter son tombeau vénéré et demander son intercession, certainement Aos prières seraient exaucées. » Constance accueillit avec joie ce renseignement ; elle se rendit aussitôt avec son fils au monastère sénonais et, se prosternant devant les reliques, elle implora longtemps avec ferveur l'assistance du saint, puis elle revint au palais, pleine de confiance et toute consolée. Trois jours après un courrier lui a])portait d'Italie des nouvelles favorables, el Robert siii'xenant bientôt témoigna à son épouse plus d'affection (|ue jamais.

Elle ne manqua pas de raconter à son royal époux ra|»i)arition dont elle avait été favorisée et les vœux qu'elle avait faits au tombeau de saint Savinien à qui elle était, disait-elle, redevable de son bonheur. Elle exprima le désir que l'on confectionnât une magnifi({ue (basse en vermeil |»our y déposer les ossements de l'apôtre de Sens. Xon seulement le prince approuva le projet, mais il voulut contribuer lui-même à l'exécution de cette (cuvre de pieuse reconnaissance (1).

Ea |)art que Thierry avait eue à cet événement accrut l'intérêt que le roi et la reine lui portaient déjà : aussi, à la mort de Foulques, évêque d'Orléans, le monarque jeta les yeux sur lui ])our occuper ce siège. Malheureusement il le fit sans consulter le clergé et le peuple de cette ville, ce qui souleva de nombreuses protestations. A la tête de l'opposition se trouvait un prêtre ambitieux, du nom d'Odalric, qui parvint à répandre contre Thierry de telles calomnies que le pape, les évêques et principalement Fulbert de Chartres hésitaient à lui donner l'approbation canonique. Il parvint cependant à se justifier auprès de Léothéric qui, assisté de quelques-uns de ses suffragants, le sacra solennellement dan? l'église de Sainte- Croix d'Orléans.

(1) Chronique d'Odoranne.

C'est sans doulc à celle occasion que Fulbert écrivit à l'arclievôque de Sens une lettre «lue l'on l'cporle à l'année 1017, et dans hKjiielle il lui reproche de consacrer des évoques sans lui demander son avis. « Je semble peut-être parler a\ec aigieur, ajoule-t-il, mais je crois que vous ne m'en voudrez pas, si vous êtes celui dont il est dit : Reprenez le sage et il vous aimera. » Les auli*es lettres qui restent de Fulbert nous le nu)nlrent en opposition ouverte conti-e son métropolitain. Deux sont de l'année 1020. Dans la première, il annonce à Léothéric qu'il a reçu sa missive lui conseillant d'admettre à l'absolution les meurtriers de Sentis, et déclare que s'il est toujours prêt à olx'ir quand il le faut, il juge que dans le cas présent ce n'est ni juste ni utile. Par la seconde, nous savons que Fulbert avait reçu de l'arcbevèque de Sens un ap})el au sujet de Gui qui avait demandé à paraître devant un tribunal épiscopal pour être- relevée d'une excommunication ])ortée par Fulbert lui-même. Il répond qu'il ne tiendra aucun compte de cet appel, car l'inculpé a été jugé à Chartres suivant les canons et, après sa culpabilité reconnue, a reçu le pardon. Il termine en disant que quand Léothéric réunira un synode pour des affaires plus imi^ortantes, il se rendra auprès de lui pour examiner ensend)le cette affaire et .'^e soumettre à son avis.

L'évêque de Chartres eut bientôt la faculté de s'expliquer, car .un concile fut convoqué \'ers ce temps à Iléry, village situé sur les confins des diocèses de Sens et d'Auxerre. Henii, duc de Bourgogne, étant mort sans enfants mâles, son beau-fils, Othon Guillaume, \oulut lui succéder ; mais le roi Robert, neveu de Henri, re\endiqua cet important héritage et, pour faire valoir ses droits, il envahit la province avec une nombreuse armée. Il en acheva la conquête en 1015 et fit reconnaître son fils, Henri, à Dijon comme duc de Bourgogne. Cette guerre avait occasionné, particulièrement dans l'Auxerrois, d'affreux ravages que raconte

Raoul Glaber. Plusieurs tentatives de pacification ayant été infructueuses, le roi réunit à Héry, dans le château appartenant à l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, une nombreuse assemblée présidée par Léothéric, et où se trouvaient Goscelin, archevêque de Bourges, Hugues de Châlons, évêque d'Auxerre et Landry, comte de la même ville, ainsi que beaucoup d'autres prélats et seigneurs. Mabillon place ce concile en 1020, d'après la Chronique de Geoffroy de Gourion, mais Mansi le renvoie en 1022 ou 1023 (1).

Là, comme dans d'autres grandes assemblées de ce temps, on apporta des reliques des saints pour émouvoir les cœurs et les disposer à la conciliation. Il en vint de St-Pierre-le-Vif, de Mouliers, de Chalillonsur Seine. Le chroniqueur sénonais, mentionné ])lus haut, raconte que l'on envoya de St-Pierre-le-Yif le coi-ps (le saint Sanctien, et que pendant la route, au milieu des ténèbres de la nuit, il jaillit des deux pinacles du reliquaire des étoiles étincelantes dont l'éclat dissipa entièrement l'obscurité et éclaira le chemin. Les religieux de Saint-Germain d'Auxerre, mécontents sans dont de ce que le roi avait mis le siège devant leur abbaye, refusèrent d'amener la châsse de leur illustre patron, disant que les ossements d'un si haut personnage ne devaient pas être dérangés (2). Après de longs débats, on tomba d'accord sur les conditions de la paix. Nous les connaissons, non par le texte écrit d'un décret qui, s'il fut rédigé, a disparu depuis, mais dans son exécution à laquelle toutes les parties se soumirent, et dont le résultat principal fut la réunion du duché de Bourgogne à la couronne (3).

Ce fut sans nul doute avec la permission du roi que Léothéric ratifia de son autorité un arrangement par lequel un chevalier, nommé Adalvalon, abandonnait aux religieux de Saint-Remy de Sens une partie des droits illégitimes qu'il exerçait dans le village de

(11 Mansi XIX. 387.

(2) Cesta Pontif. Autissid.

(3) Challe, Histoire de VAuxerrois, 101. 1878.

Clieny, en promcltanl l'autre pour plus lard. Mais la mort l'ayant surpris, les moines demandèrent à ses iils de les concéder, ce qu'ils tirent, en ne réservant qu'une portion des terres qu'ils tenaient en bénéfice de l'aJjbé. Léotliéric donna, vers 1020, une charte tians laquelle il mentionnait cet accord lait publiquement au monastère de Saint-Remy el^ menaçait de son excommunication et des anatliômes de ses sufl'ra gants, des abbés et de leurs congrégations, ceux qui chercheraient à en empêcher l'exécution (1). C'est la première fois que nous voyons un archevêque de Sens user de ce prixilége réserxé jiiscjiie hi au pouxoir royal. Cet usage, qui ira dès lors en se dévelopjtant de plus en plus, devait avoir les plus heureuses conséquences. L'autorité civile étant impuissante, au milieu de tant de guerres intestines, à garantir les propriétés, l'Eglise usait ainsi de son ascendant moral contre les vols et les déprédations de toutes sortes. C'était un nouveau et précieux élément de paix et de stajjililé apporté à la société chrétienne.

Cependant le différend qui s'était élevé entre Léolhéric et Fulbert allait s'aggraver par de nouvelles causes de conflit. L'archevêque de Sens ayant été informé que l'évêque de Chartres avait consacré Odalric, le compétiteur de Thierry au siège d'Orléans, et lui en ayant fait sans doute des reproches (1022), celui-ci lui répondit : « Je n'ai pas élevé à l'épiscopat Odalric d'Orléans, comme on vous l'a rapporté, mais je l'ai consacré prêtre, après qu'il a été élu i)ar le clergé et le peuple de la cité. Vous avez appris qu'il voulait aller à Rome et y être promu par le pape, mais je l'en ai dissuadé, par respect pour votre prérogative. Il a obéi volontiers à mon conseil, sur l'exhortation de ses fidèles Rodulphc et llerifrid. Je suis très occui)é et obligé d'abréger. Suffragant dévoué à votre paternité, je vous salue autant que je le puis dans le Seigneur (2). »

(1) Cf. Cart. gén. de l'Yonne, IT, 9-10.

(2) Lettre LXXIV.

C'est sans doute relativement à la même affaire que Fulbert écrivit à Léothéric la lettre suivante où il rappelle son primai : « Je remercie voire vigilance (jiii adresse des observations à mon inexpérience. J ai vraiment besoin d'être souvent a\erti, à cause de mon indiscrétion et de ma négligence. Mais dans le cas présent où vous me recommandez de ne pas me hâter d'imposer les mains à de nouveaux évêques, je ne pense pas avoir besoin d'un avertissement. Si, en effet, vous aviez consenti vous-même à suivre mon conseil, comme il convenait dans des circonstances pareilles, le corps épiscopal et votre personne s'en trouveraient mieux. Âlais je mets de côté le passé, et pour ce qui concerne l'avenir, j'ai bon espoir, car vous avez en ce moment près de vous des hommes saints et sages, je veux dire notre père Odilon et ses disciples. Avec leurs conseils j'espère que non seulement vous éviterez de perdre votre àme mais encore que vous pourrez recouvrer la gloire et Ihonneur. Portez-vous bien. Souvenez-vous de moi qui suis prêt à vous obéir et à vous secourir dans les bonnes choses (1). »

Quelques auteurs ont vu dans la fin de cette missive une allusion à l'hérésie dans laquelle on accuse l'archevêque de Sens d'être tombé sur le dogme de l'Eucharistie, et ils en ont conclu qu'il avait passé un certain temps dans la retraite de Cluny ; mais il y a plutôt lieu de penser que l'éminent abbé d- ce monastère avait séjourné lui-même quelque temps à Sens, avec plusieurs de ses religieux, pour introduire la réforme à Sainte-Colombe. On pense que ce fut à cette occasion que Fulbert entreprit d'exposer la doctrine catholique sur ce mystère. Les erreurs de Scot Erigène sur la transsubstantiation et la présence réelle avaient encore cours, malgré la savante réfutation de Paschase Radbert et d'autres théologiens. Déranger luimême, un des disciples de l'évèque de Chartres, allait

(1) Lettre LXXV.

pi'ovoquer sur le iiièinc ]i()iiil de nouvelles hérésies (1).

Nous trouvons un hlàinc bien plus évident encore lies erreurs de J.éothéi'ic dans une auli'e lettre (2). Fulbert s'y exprime ainsi : u Soyez un nautonier sûr et jjrudent du navire royal. Les vents de la terre soufflenl avec insolence. Les flots de ce siècle se gonl'lent. Les promontoires de la puissance d'ici-bas se dressent menaçants, et les hypocrites, à la manière des pirates, dressent des embûches. Au milieu de tous ces écueils il faut se diriger vers le port de la céleste patrie. Ne mêlez donc pas dans votre cœur le doute et la duplicité. La voie du Seigneur est simple, et celui qui va simplement marche avec confiance. Si vous vous êtes laissé entraîner hors de la voie de la loi divine et si vous avez erré, \ous serez noyé dans le gouffre du tartare. Que la main })uissante de Dieu vous conduise. Portez-vous bien. ))

Léothéric reçut également à ce propos de la part du roi Robert une admonestation sévère et menaçanle (.3). (( Je suis sui"})ris, lui écrivait-il, (jue vous (jui passez pour un savant, quoiqu'il vous manque la lumière de la véritable sagesse, vous vous efforeiez, par des ordres injustes et téméraires, de pratiquer envers les serviteurs de Dieu l'épreuve par le corps et le sang du Seigneur : alors que le prêtre dit en le donnant : Corpus Duinini nostri Jesu Christi sit libi salus animœ et corporis, pourquoi tlites-vous dune bouche imprudente et impure : Si dignus es, accipe, alors qu'il n'y a personne qui en soit digne ? Pourquoi attribuez-vous à la divinité les misères du corps aussi bien que les infirmités de la douleur humane ? Je le jure par la foi du Seigneur, vous serez privé de la charge épiscopale si vous ne rejetez ces erreurs, et vous serez condamné avec les réprouvés.... »

II) Cf. Hi.st. Lin. vu, 268 et 369.

(2) Celle lettre, la XV», qui est marquée daus Migne (CXLI, 207) à l'année 1008, doit être bien postérieure.

(3) Cf. Helgaud, Vita Roberti régis.

ITclgaiid ajoute que le prélat, instruit par relie exhortation du roi pieux et bon, garda le silence et renonça à cette croyance i'uneste qui (( grandissait déjà dans le monde. » Baronius, iMézerai et d'autres historiens, qui })rennent de là occasion de louer l'éloquence et le zèle ardent de Robert pour la pureté de la doctrine, accusent Léothéric d'avoir adopté les doctrines hétérodoxes que répandit plus tard Béranger sur l'Eucharistie. Mais c'est à tort, pensons-nous, car, si l'on voit par la missive royale que l'archt'vêque employait abusivement la communion pour reconnaître les coupables, et s'il suivait le sentiment de ceux (]ui attribuaient alors au coi-ps de Jésus-Chrisl les pi'opriétés de la nourriture matérielle, rien ne permet de supposer qu'il n'admettait pas le dogme de la présence réelle (1).

Léothéric ne tarda pas à rentrer dans l'amitié du roi, car, en 1022, il présida à Orléans un concile auquel assistaient Robert et la reine Constance. Suivant le récit de Rapul Glaber, ce prince, ayant appris par le comte de Rouen que des hérétiques s'efforçaient de répandre des erreurs à Orléans, fut ému du danger qui menaçait le pays et les âmes et accourut aussitôt dans cette ville avec son épouse. Il lit arrêter tous les coupables et ordonna leur comparution devant le synode réuni par l'archevêque de Sens dans l'église de Sainte-Croix. Leur doctrine avait été, paraît-il, importée d'Italie par une femme et consistait principalement dans les propositions suivantes, déguisées sous des textes de l'Ecriture Sainte : « Le Christ n'est pas né de la Vierge Marie, il n'a pas souffert pour les hommes, il n'a pas été réellement placé dans le tombeau et il n'est pas ressuscité. Il n'y a pas de Trinité ; le ciel et la terre sont éternels ; les débauches du corps n'entraînent pas la damnation de l'âme et les bonnes œuvres sont superflues. » Le peuple les accusait

(1; Cf. D, Malhoud, Catalogiis archiepiscoporum senonensiitm, 212-227.

même d'accomplir dans leurs réunions des crimes épouvantables, mais ces bruits sans fondement témoignent du moins la profonde horreur dont ils étaient l'objet. Après une longue discussion de ces doctrines, dérivées en partie du manichéisme et du dualisme gnostique, les hérétiques, persistant dans leur sentiment, furent déposés et exclus de l'Eglise, puis conduits hors de la ville et brûlés. Ils étaient au nombre de treize, dont dix chanoines de Sainte-Croix. Un autre prêtre de cette église, Théodat, qui avait été chantre et qui était mort depuis trois ans, fut alors exhumé parce qu'il appartenait à cette secte. La colère contre eux était si violente que la reine elle-même, avec un bâton qu'elle tenait à la main, creva im œil au chanoine Etienne qui avait été son confesseur. Glaber ajoute que au milieu des flammes du bûcher ces malheureux, reconnaissant leurs erreurs, demandèrent pardon, et que les assistants tentèrent, mais en vain, de les arracher à la mort (1).

Le siège épiscopal d'Orléans n'était plus occupé alors par Thierry. La haine dont l'avait poursuivi Odalric, les vexations et les atteintes qui furent portées à sa vie même l'avaient découragé, et, après quatre années de pontificat, en 1021, il se démit de sa charge et retourna au berceau de sa jeunesse, à Saint- Pierre-le-Vif, reprendre la vie monastique. L'année suivante, comme il se rendait en pèlerinage à Rome, la maladie le surprit à l'abbaye de Saint-Michel de Tonnerre et il y mourut, le 27 janvier, en odeur de sainteté. Les chroniqueurs rapportent que des miracles s'accomplirent sur son tombeau (2).

En 1026, Léothéric était rentré également en bons rapports avec Fulbert, car l'évêque de Paris ayant été Tobjet de malversations, ils écrivirent ensemble (3) au clergé de cette ville, lui faisant des reproches affec-

(1) CL Héfélé, VI, 253-259. — Hist. Franc. Script. IV, 33.

(2) Cf. Symphorien Guyon, Histoire de l'Eglise d'Orléans.

(3) Lettre XCVII.

tueux de ne pas les avoir prévenus. Ils l'engageaient à séparer de sa communion les auteurs de ces vexations et lui recommandaient le respect et le dévouement à l'égard de son chef spirituel.

Cependant le roi et la reine n'oubliaient pas leur pieux projet à l'égard des reliques de saint Savinien. L'abbaye de St-Pierre-le-Vif possédait alors un moine très célèbre pour son habileté en orfèvrerie ; ils le mandèrent pour lui confier l'exécution d'une châsse en métal précieux. Odoranne a raconté lui-même, dans un style simple et naïf, son départ de Sens pour aller au palais royal de Dreux, sa traversée de l'Yonne au port de Sainte-Colombe, son voyage à cheval au milieu des plaines boueuses de la Beauce et les inci-" dents extraordinaires de son voyage qu'il interpréta comme des miracles (1). La reine lui remit trente sous d'or, et ce premier don devait être complété dans la suite par plusieurs envois d'or et de pierres précieuses.

De retour à son monastère, le religieux se mit à l'œuvre, et la matière lui manquant encore pour achever son ouvrage, il emprunta au trésor de St-Pierrele-Vif cinq onces d'or et trois livres d'argent (2). L'artiste ne nous a laissé malheureusement aucun détail sur la fabrication du reliquaire. Ce chef-d'œuvre d'orfèvrerie existait encore au xvn" siècle, et D. Coltron qui l'a vu en donne la description suivante. Il avait trois pieds de long, un de large et deux de haut. La face antérieure était tout en or, rehaussée de pierreries et de précieuses statuettes en agate dont une représentait le roi Robert et l'autre la reine Constance. Les trois autres côtés étaient en argent. Les deux faces antérieure et postérieure étaient divisées en deux panneaux au milieu desquels on voyait, comme sur les côtés latéraux, ciselés en demi-relief, des sujets tirés des actes du martyre de saint Savinien. Autour des

(1) Cf. Bibl.hist.de lYonne,U:S69-312. — MMWon, Acta S. O.S.B. VIII. 2.54-266.

(2) Cf. Hist. Lia. VII. 141.

panneaux se trouvaient des inscriptions que D. Coltron ne put déchilTrer que difficilement, à cause de plusieurs réparations qui avaient été faites. Les voici, telles (jii'il les donne (1). » O marhjr iniiclissime, Saviniane ponlilex, paratani a Rege tuo Roheiio Francorum j)io islam corpoii jn-udcnler sus(i]>ti Ihccatn ilenienler. — S. Saiiniaiius, calcntis dœinoiiibiis^ Palri (jrates rclcrl Dca dehilas et alini nuttiijres luissi bini discipuli aiilo... eiciililur j)ax. — Christns binos hic signal discipidos seplies denos.... et Galliaruni primali Satiniano \obili Francorum supi.... vola soleil Consianlia regina élus ul prelio maxima sibi donenlur debila. — Primo impenso servilio relerunt régi lioherlo auclori ac regina optala rej)orlanli... (2).

Il est une chose que la modestie d'Odoranne a voulu garder sous silence, mais que nous trouvons dans fl'autres chroniques de ce temps (3), c'est que sa création apparut comme l'œuvre la plus ingénieuse et la plus parfaite, et son habileté excita une admiration universelle dont l'abbaye retira de grands avantages. Ce n'était pas du reste son premier travail de ce genre, et il avait sculpté, entre autres sujets, un Christ mourant sur la croix qui fut placé dans la basilique de St-Pierre. Ses succès lui attirèrent bientôt du dehors de nombreuses commandes et il consacra le fruit de son labeur à faire une autre châsse d'or et d'argent pour les corps de saint Sanctien et de sainte Béate.

Quand le reliquaire de saint Savinien fut terminé, le roi vint à Sens, et, sur sa prière, l'archevêque fit un samedi la translation du corps du martyr, avec celui de saint Eodald et de l'enfant enseveli avec eux.

(1) Chronicon Sti Pétri Visn Senonensis, Bibl. d'Auxerre, manus. no 217.

(2) Sur une autre reconnaissance, laite en 1511, dune partie de celte inscription , cf. Arch. de l'Yonne, G, 124. On ignore l'époque précise à laquelle a dispai'u ce précieux monument de l'art au XI* siècle.

(3) Cf. Chronique de Guill. Godelle.

Le lendemain, qui était le 25 août 1029, eut lieu la fête solennelle en présence de plusieurs prélats, des grands de la cour, d'une multitude d'abbés et de clercs et d'un peuple immense. Le roi porta lui-même avec son fils, Henri, la châsse à travers la ville et revint la déposer en grande pompe dans l'église abbatiale. C'est sans doute à l'occasion de cette translation que les ossements du saint furent enveloppés dans un suaire que la Gazette des Beaux-Arts (l) fait remonter au x" ou xf siècle et qui se voit actuellement au Trésor de la cathédrale de Sens. C'est une étoffe en soie damassée, formée de morceaux cousus les uns aux autres sans aucun souci du dessin figui'é par le tissu, et qui présente des rangées de gazelles et d'oiseaux fantastiques, groupés deux à deux, et alternativement affrontés et adossés (2).

Il y a tout lieu de rapprocher de ces relations étroites entre le roi Robert et l'église de Sens la rédaction d'une petite Chronique qui eut lieu alors dans celte même ville. Cette composition historique a elle-même son histoire qui mérite d'être rapportée au long, et dont l'étude a été faite en particulier par -M. Siméon Luce (3).

D'après lui, la plus ancienne compilation, entreprise du moins sur une grande échelle, des sources de l'histoire de France sous les deux premières races, paraît être celle que l'on a désignée jusqu'à ce jour sous le titre de Continuation cVAimoin, et qui s'est conservée dans le manuscrit 12711 de la Bibliothèque Nationale, provenant de l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés. Ce manuscrit se compose de deux parties parfaitement distinctes : la première commence aux origines franques, telles qu'on les trouve exposées dans ÏHistoria Francorum d'Aimoin et s'arrête à la fin de 1031. Sauf les intercalations ajoutées après coup

fl) Février, 1880.

(2) Cf., pour plus de détails, Chartrairc, op. cit 21.

(3) Cf. BuU.de la Soc. de IHist. de France, 58 et suiv. 1884.

par un religieux de Saint-Germain-des-Prés, tous les éléments dont elle se compose et qui se trouvent dans les 105 premiers feuillets du manuscrit 12711, sont en général étrangers à ce monastère. La reproduction de VHislovia Francoruni serait de nature à faire attribuer plutôt l'origine de cette compilation, dans sa forme ju"imiti\c, sinon à Aimoin lui-même, du moins à quelque moine de Fleury qui aurait vécu vers la fin du règne de Robert II. D'un autre côté, la petite chroni(|ue (|ue -M. Waitz a réimprimée sous le titre (VHistorin Francoruni Senonensis, qui va de (>88 à lOl.j et dont la dernière partie termine ce recueil, a été certainement rédigée à Sens par un contemporain de Sevin. L'auteur devait être, selon toute apparence, un religieux sénonais, car il a pris la peine d'enregistrer beaucoup d'incidents d'un intérêt tout local, qui concernent Sens et surtout le monastère de Sainte-Colombe, en les mêlant au récit des événements de l'histoire générale. Or nous lisons dans Clarius que cet archevêque, après avoir nommé son neveu, liainard, abbé de Saiiit-Pierre-le-\'il', entre|)rit de réformer ce monastère en y appelant des religieux de St-Pierre de Cluny et de Fleury. Bien n'empêche de supposer (jue c'est un de ces moines amenés à Sens par l'archevêque Sévin et l'abbé Hainard, ([ui. avec les éléments puisés dans les riches bibliothèques de St-Pierre-le-Vif, de Sainte-Colombe et surtout de Fleury, a formé, peu après 1015, la précieuse compilation dont une copie faite près d'un siècle plus tard à St-Germain-des-Prés constitue la première partie du manuscrit en question.

La date de 1015 où s'arrête ce recueil fut précisément marquée par la réunion sous la même main des deux monastères de Saint-Pierre-le-\'if et de Saint-Germain-des-Prés. Rainard eut, en effet, pour successeur- cette même année, Ingon, cousin du roi et abbé de Saint-Germain, qui les gouverna ensemble jusqu'à sa mort en 1025. Selon toute vraisemblance, c'est lui qui a doté la bibliothèque de cette deniière

abbaye d'un exemplaire de la compilation élaborée à Sens dans les conditions indiquées plus haut. Notons tout de suite que ces conclusions de M. Siméon Luce, ont été admises soit par M. Aug. Molinier (1) soit par M. Delaborde (2). Déjà Labbe, clans sa dissertation De Srriploribus ecclesiaslicis (3) avait dégagé l'œuvre propre d'Aimoin des additions de ses continuateurs, et relevé, entre autres, le passage relatif à l'inxasion des Vandales qui avait dû être tiré d'un chroniqueur sénonais, Odoranne ou Hugues de Fleury.

Chose remarquable, la partie de cette composition historique qui va de 688 à 956 et dont l'origine sénonaise paraît indiscutable, (la chronique d'Aimoin s'arrête à 653), ne se trouve nulle part isolée ; elle a été insérée en particulier dans un curieux recueil étudié par M. Lair d'après le manuscrit latin 12710 de la Bibliothèque Nationale (4), et elle a été utilisée par Orderic Vital (5) et surtout par Hugues de Fleury. C'est Georges Waitz qui, en publiant la fin de la deuxième rédaction de VHisloria ecclesiaslica (6) de ce dernier chroniqueur sous son vrai nom d'Hisloria Francorum Senonen.'iis, a démontré le i)remier son identité avec la fin de la première partie de la Continuation cVAimoin. Nous avons déjà eu l'occasion d'en étudier les formations successives d'après ses caractères intrinsèques.

En ce qui regarde sa rédaction définitive, nous n'admettons pas toutes les données de M. Siméon Luce. En premier lieu, ce travail n'a pu être accompli à St- Pierre-le-Vif, car Odoranne, qui rédigeait en même temps ou quelques années plus tard sa Chronique dans ce monastère, l'a certainement ignoré. L'auteur anonyme de VH. F. S. et ce dernier semblent même

(1) f.es Sources de V Histoire de France. I. 69 ; II, 1 1.

(2) La France chrétienne dans l'Histoire, 256.

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