chapitre: II
Milieu du IV siècle à 487
Il faut dcsccndic juscjuau iniliou du iv" siècle pour trouver le })remicr évèque de Sens dont rexislencc soit alleslée par un document contemporain ; encore ignore-t-on Tannée de sa consécration et celle de sa mort. Il portail le nom de >Sévehi.\.
Grâce à la protection de l'empereur Constantin, la religion catholique avait fait des progrès considéra'bles dans nos contrées. Alais l'église des (iaules venait à peine de soi'tir des persécutions (ju'elle fut menacée à l'intérieur par un danger non moins redoutal)le. L'héi'ésie d'Arius, qui avait produit d'immenses l'avages en Orient, commençait à se répandre dans les contrées occidentales, et Euphratas, évèque de Cologne, lui avait donné son adhésion. Le clergé et le peuple de cette a ille, ainsi que {ilusieurs cités de la Germanie, le dénoncèrent à l'épiscopat gaulois.
D'après Sirmond, (1) saint Maximin de Trêves aurait convoqué un concile à Cologne même, le 12 mai 340, dans le hut de confondre l'hérésie. Quatorze évéques de la Germanie et des Gaules y assistaient ; dix autres s'y firent représenter. Avec Séverin de Sens se trouvaient Opiatien de Troyes et A'alérien d'Auxerre. Victorin de Paris y délégua un député, et Diopète d'Orléans envoya son suffrage par lettre. A la suite des actes du concile, chaque signature des prélats est accom|>agnée de la condamnation expresse de l'hérétique. Ilâtons-nous d'ajouter que l'existence de ce concile est révoquée en doute ])ar la plupart des
(1) Concilia anti-iian GdUirp, I, 11.
critiques. (1) Mais le ii(»iu de Sé\erin se retrouve ailleurs dans un document «l'une authenticité certaine. Pour apaiser les tioubles i)rolonds causés par lArianisnie dan> toute l'Eglise, un concile général fut con\o(iué à Sardique l'année suivante, 347, par les enq)ei'eurs Conslanl et ("(uistance, sur le désir du |ia|ie Jules l*"''. ('2) l'hniron trois ceul-- prélats calliolicpies répondirent à ra|)pel. Saint Atlianase nonuue (|uati'e-vingt-(piatre évécpies des daules qui assistèrent à cette assendjlée ou seulement .souscrivirent les actes (\u\ leur lurent envoyés. Séverin y était présent avec \ i( loiin de Paris (3). Le concile déclara, à une inunense majoi'ité, qu'on s'en ticndi-ait au symbole de Xicée, comme définissant d'une manière expli-
(1) Cf. Hélélé, Histoire des Conciles, Iraduclion française, II, 5 et 6. — Dans la Revue d'histoire ecclésiasti(/iie, de l'Université de Louvain, 15 janviei- HH)2, 16 à 30, Mgr L. Duchesne étudie le concile de Cologne qu'il considère comme faux. 11 n'admet pas, en elfet. l'authenticité des actes, démontre que la chronologie des événements relatés dans le protocole de l'assembléeest inconciliable avec l'histoire du temps, et présente cette pièce comme l'œuvre d'une personne complètement ignorante des querelles théologii|ues du iv*^ siècle.
Les jM-emiers auteurs qui les ont mis à coniribution sont les biographes de saint Maxirain. Il reste deux lédactions de cet écrit, une primitive, que l'on considère comme remontant jusqu'aux dernières années de Pépin le Bref, et une autre qui n'est qu'un remaniement de la première, exécuté en 839 par Loup de Ferrières. S'il est vrai que la première vie de saint Maximin fut rédigée dn temps de Boniface et de saint Chrodegand de Metz, alors que commençaient à se rétablir les métropoles et dans le but d'abaisser l'évèque de Cologne devant l'orthodoxie et l'autorité supéiieure de celui de Trêves, nous inclinons à penser que Loup de Ferrières entreprit la révision de ce travail sur la demande de son ami Marcward, abbé de Prùm, au diocèse de Trêves.
Mgr Duchesne est d'avis que le témoignage de cet apocryphe ne doit pas être négligé dans l'établissement des listes épiscopales, car il suppose que le rédacteur du faux concile s'est aidé d une pièce inconnue aujourd'hui, comme une adresse collective, conciliaire ou non, signée par un assez grand nombre d'évèques des Gaules, plus spécialement de la Gaule du Nord, par exemple une adresse envoyée à saint Athanase ou une adhésion aux décrets du concile de Sardicjue.
(2) Héfélé, ibid. 1,529.
(3) Cf. Hardouin, I, 670. — L. Duchesne. Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule^ I, 344,
cite et suffisante la foi catliolique sur la divinité de Jésus-Christ.
On ignore les autres actes de 1 evêque Séverin. Son successeur, saint Ursicin, devait être mêlé d'une façon plus active aux événements qui agitaient alors l'église gauloise. Constance, devenu seul maître de l'empire, employa tout son pouvoir à favoriser l'Arianisme, et la persécution devint générale. L'évêque d'Arles, Saturnin, était dévoué à cette secte et à l'empereur, et, pour se venger de l'opposition de saint Hilaire, il obtint un décret qui bannissait en Phrygie le grand évêque de Poitiers et plusieurs de ses collègues. S'il faut en croire les historiens sénonais, suivis par le Gallia Christiana, (1) saint Ursicin s'était distingué par son orthodoxie et sa fermeté contre les Ariens, et il avait mérité d'être du nombre de ceux qui subirent l'exil pour la défense de leur foi.
Après un séjour de trois ans en Orient, Ursicin se rendit à Jérusalem où l'évêque, saint Cyrille, lui donna neuf corps des saints Innocents et des reliques de saint Jean Baptiste. A son passage à Césarée, il obtint également de saint Basile des ossements de saint Mammès, et, lorsqu'il fut de retour à Sens, il fit don d'une partie de ces reliques à la basilique de Saint- F.tienne ; il devait déposer plus tard l'autre partie au monastère de Saint-Gervais et Protais. Saint Hilaire vint lui-même rendre visite à l'évêque de Sens, compagnon de ses luttes et de sa captivité, et, en mémoire de l'hospitalité qui fut donnée à l'illustre docteur de l'Eglise, la maison où il avait séjourné fut convertie en oratoire et garda son nom ; elle était près de la porte de la ville qui reçut le même nom, et elle forma durant le moyen-âge la paroisse la plus considérable de la cité. (2) Ces récits des chroniqueurs
(1) Tome XII, 4. — C'est ce volume, dans lequel est compris le diooèse de Sens, que concernent toutes nos références à cet ouvrage historique.
(2) Cf. Acta sanctorum, julii, V, 545.
sénonais ont été admis par divers historiens, en parliculiei' |)ar Ch. de la Saiissaye. (1) 1 dlernonl les rej(.'lle et n'admet qu'une chose certaine sur saint Ursiciu, la fondation du monastère de Saint-Gervais et Saint- Piolais.
i'^u ^355, il se pro(hiisil une lévolulion qui donna quelque répit à l'Eglise catholique et permit aux évoques de s'assembler dans des conciles et de chasser des sièges épiscopaux les chefs du parti arien. Julien, envoyé en Gaule par Constance avec la qualité de César, se fit hâtir une résidence à Paris et fut proclamé Auguste en mai .%(). Il se montra d'abord favorable aux chrétiens pour ne pas déplaire à Constance. Saint Hilaire prohta de cette accalmie pour réunir un synode en 302 ; (2) son but était de répondre aux évoques orientaux catholiques dont la foi était hésitante. On ignore quels furent les membres de cette assemblée parmi lesquels il est permis de compter Ursicin.
L'influence néfaste de l'empereur Julien, lorsqu'il fit une guerre ouverte au christianisme, ne dura que peu de temps ; Valentinien, qui eut l'empire d'Occident en 304, demeura attaché à la foi de Nicée, et sous sa domination l'église des Gaules put jouir de la paix et de la liberté. De zélés missionnaires en profitèrent pour répandre l'Evangile là où il était encore peu connu. Saint Martin, évêque de Tours, fut un des apôtres qui travaillèrent le plus vers ce temps à l'extirpation du paganisme. Sulpice Sévère nous le montre en Bourgogne, ou du moins à Sens vers 377. (3) Son influence qui s'étendait au loin était immense ; deux miracles furent attribués à son intercession dans le Sénonais, et les circonstances dans lesquelles ils se produisirent démontrent que la foi catholique y était répandue non seulement dans les villes mais dans les
(1) Annales Ecclesise Aurelianensis, Paris, 1615.
(2) Cf. Maiisi, Concilia, I, col. 358 et suiv.
(3) Dialog. III, 7. — Cf. Lecoy de la Miirche, dans Vie de saint Martin, p. 92.
campagnes, cl que les populations avaient, une foi ardente dans le poiixoir surnulurel du grand Ihaiiniaturge.
Dans les Dialogues de Sulpice Sévère (1) on trouve le récit suivant : (( Un territoire de la région sénonaise était ravagé tous les ans par la grêle. A houl de ressources, les hahilants eurent recouj's à Alai'tin et lui envoyèrent en dépulation leur prél'el, Aus])iciLis, dont les champs avaient le plus souiïert du l'iéau. xMarlin par ses prières éloigna de ce pays la grêle, au point qu'on n'en vit plus pendant les vingt dernières années de sa vie. (2) Ce qui montre que ce l'ait n'était pas dû au hasard, mais à '.Martin, c'est que l'année même de sa mort la grêle revint, et la nature, elle aussi, pleura la mort de celui (pii la réjouissait par sa vue. Si le lecteur incrédule exige des témoins, ce n'est pas un seul homme que j'appellerai pour l'attester, mais plusieurs milliers et tout le pays des Sénons, » Cet hisloi'ien rajjporle en terminant qu'il s'est entretenu naguère encore avec le lils d'Auspicius, Uomuhis, homme pieux et considéré, de ces choses qui étaient connues de tout le monde, et que l'on craignait poui l'avenir de nouvelles calamités, en gémissant (jue Martin eût été enlevé de ce monde.
Après la mort du saint, d'éclatants miracles attirèrent autour de son tombeau des foules nombreuses, et l'on s'y rendait du ])ays sénonais. Crégoiie de Tours raconte (3) qu'une enfant de cette région, ayant la main desséchée, se rendit à une fête de saint Martin. Le quatrième jour de la solennité, comme elle priait debout près du tombeau, ses doigts se redressèrent en présence du peuple, et toute l'assemblée, témoin du prodige, vit la main s'imprégner d'un sang qui pénétrait peu à peu dans les veines ; elle parais-
(1) Migne, Palrologie latine, XX, 215.
(2) Sailli Martin étant mort en 400, c'est eu 380 qu'il faut placer ce prodige
(3) Livre des miracles de saint Martin, II, 55.
sait tellement avide de l'absorber qu'on l'eût prise pour une éponge qui depuis longtemps durcie absorbe avec vivacité le liquide. L'enfant éleva sa main guérie, les veines étaient pleines, les nerl's raffermis, et la peau, de pâle était devenue rosée. Le souvenir de ces prodiges demeura fixé pendant longlenqjs dans le souvenir des populations. Le culte du saint évèque de Tours est resté populaire pendant tout le moyen-âge, et plusieurs paroisses du diocèse ont adopté son patronage et son nom.
Les progrès du christianisme, attestés par ces manifestations de la foi, sont démontrés encore par trois ti' blettes de bronze découvertes au siècle dernier près du bourg de Alontségur. (1) Elles étaient envoyées {)ar les cités de Sens, d'Auxerre et d'Orléans, comme expression de leur reconnaissance à leur protecteur, C. L. Lupicinus, consulaire de la Grande Sénonie. Chacune de ces plaques porte gravé au pointillé, en tête de l'inscription, le monogramme du Christ, accompagné de TA et de Vil. C'est peut-être le plus ancien spécimen que fournisse de ce symbole chrétien l'épigraphie gauloise. Cette profession officielle du christianisme prouve ave certitude que la grande majorité des habitants du Sénonais, de l'Auxerrois et de l'Orléanais avaient renoncé au paganisme. (2)
Voici l'inscription de la ville de Sens : C. L. Lupicino V consulari — maxime Senonie — ob inlusira mérita — civilas Senomim — Palrono suo dedicavif. On n'est pas certain de l'identité de ce Lupicinus. Il est probablement le même personnage de ce nom, qui, après avoir été magisfer equilum en Gaule, devint consul en 307 avec Jovin, et qui apparaît jusqu'en 370 où il est généralissime en Thrace. Ces plaques votives
(1) Arrondissement de V'illcneuve-sur-Lot (Lot-et-Gnronne).
(2) Cf. Magcn et Tolin. dans Revue archéologit/iie, I. 90 et suiv. — Leblant, Nouv. Recueil des Inscrip. chrét. de la Gaule, antérieures au viu* siècle, dans Documents inédits sur l'Histoire de France. — Vaudin, les Fastes de la Sénonie,
ne purent être gravées avant 383, car Ammien Marcellin, qui dut commencer son Histoire en cette année, ne compte encore clans la Gaule que deux Lyonnaises: la première comprenait les villes de Châlons-sur- Saône, Sens, Bourges et Autun, avec Lyon pour capitale. (1) Dès 385 au plus tard, Rome a fait un démembrement des Gaules et ])ai'lagé la première Lyonnaise en deux provinces, dont l'une gardait le même nom, et l'autre prenait le titre de Senonia Lugdunensis, avec Sens pour capuale. Polemius Silvius, dans une liste des provinces qu'il dressa en cette année, énumère les trois Lyonnaises et la Sénonie. (2)
Il faut rapporter probablement à une époque un peu postérieure un autre dessin du monogramme du Christ qui fut trouvé à Sens. D. Cottron rapporte dans sa Chronique de Saint-Pierre-le-Vif, d'après une ancienne relation, (3) que lorsqu'on fit des fouilles dans l'église de Saint-Savinien, en 847, on découvrit entre autre choses une large pierre sur laquelle étaient gravés le labarum de Constantin ainsi que le monogramme du Christ. Le dessin qu'il en donne représente un cercle dans lequel se trouve un X, avec un P, le coupant dans le sens vertical ; dans les deux triangles latéraux étaient représentés l'A et 1' Q. (4)
Le choix de la ville de Sens pour être le chef-lieu de l'une des provinces lyonnaises indique que son rôle politique avait augmenté. Les murs puissants qui la protégeaient et sa situation au centre de la
(1) Moninisen, à quinous empruntons ces délails (Mémoires sur les provinces romaines. Ir;tdiiolion G. Picol, p. ^5|, reconnaît cependant que la date de 383-39G donnée par lui pour la rédaction de l'ouvrage d'Ammien Marcellin n'est pas rigoureuse, et il y a lieu probablement de placer un peu avant 383 la division en quatre Lyonnaises. — Bthl. hisi. de l'Yonne, I, 45.
(2) Mommsen, op. cit. — La seconde Lyonnaise fut également divisée en deux provinces dépendant de Rouen et de Tours.
(3) Bibliothèque d'Auxerre, manuscrit n" 213.
(4) D'après Dom Cabrol [Dict. d'archéol. chrétienne, I,.col. 7), le modèle le plus ancien de ce monogramme trouvé en Gaule ne date que de 493. .
Gaule septentrionale lui donnaient une importance particulière. En 350, au moment où l'empereiu' Alagnence, maître de la Gaule, était mis en déroute par Constance et se réfugiait à Lyon pour s'y poignarder, l'un de ses frères, Uécentius, cjui était chargé de maintenir les provinces et résidait à Sens, mit également lin à sa vie en s'étranglanl. (1)
Deux ans plus tard, Julien, ayant reçu d' Constance le gouvernement des Gaules, avait battu les Francs et fortifié Cologne, puis il était venu prendre ses quartiers d'hiver à Sens. Ammien Marcellin qui rapporte ce fait, ajoute que c'était une place-forte très propre à lui servir de refuge. (2) Elle lui permit en effet d'échapper aux atteintes d'une multitude de barbares qui vinrent inutilement, pendant trente jours, l'assiéger dans cette ville. En 400, la A'olitia Dignilalum (3) nous apprend que la Lugdunensis Senonia (4) comprenait alors la Melropolis ciiitas Senonum, ainsi que les six ciiitales de Chartres, Auxerre, Troyes, Orléans, Paris et Aleaux.
Sens, devenu capitale de la Sénonie, ne tarda sans doute pas à être constitué le chef-lieu d'une province ecclésiastique ayant la même étendue. C'est en effet l'époque de l'introduction du système métropolitain en Gaule. (5) Dès 341, le concile d'Antioche avait reconnu en principe la conformité des groupements de diocèses avec les divisions administratives de l'Empire. Le neuvième canon de ce concile déclare que i'évêque de la métropole civile devra être juge supérieur des affaires ecclésiastiques de la province, et qu'en conséquence aucun évêque suffragant ne peut rien entreprendre d'important sans le concours de son
(1) Eutrope, Abrégé d'histoire romaine, X.
(2) « Oppidum /««c ODDOr/i<rttywj. » Histoire de l'Empire romain, XVI, § 4.
(3) Longnon, Atlas historique de la Gaule.
('-*) C'est à tort que l'on a donné plus tard le nom de Lyonnaise quatrième à la province de Sens.
(5) Cf. L. Duchesne, Fastes épis., I, 89.
métropolitain. La constitution de la Sénonie en province ecclésiastique dut coïncider avec la mesure impériale dont il a été parlé, car nous lisons dans la Chronique de Saint-J\larien, par Robert d'Auxerre, à propos de saint Valérien, nommé évêque de cette ville peu avant o74, que ce dernier cl ses collègues (coepiscopi) de Sens, Chartres, 1 roycs, Aleaux et Paiis, donnèrent la consécration à saint Euverte, évêque d'Orléans. Les différents prélats mentionnés ici étaient précisément ceux des villes comprises dans la Sénonie.
Le métropolitain (1), suivant les canons des conciles, possédait, en dehors de la juridiction sur son diocèse, le droit de convoquer les synodes provinciaux, de les présider, et d'y proposer les résolutions à prendre ; de recevoir les accusations portées contre eux et de les juger en première instance ; de connaître en instance d'appel les affaires portées devant la juridiction des évoques comprovinciaux ; de confirmer ceuxci, lorsqu'ils étaient élus ou nommés, de les consacrer et de recevoir leur serment d'obédience canonique. Il avait enfin la faculté, de concert avec le concile provincial, d'exercer sur eux la juridiction pénale, et même de les déposer, sauf réserve de la confirmation par le pape. (2)
Saint Ursicin, qui fut revêtu sans doute le premier du titre de métropolitain, compléta l'organisation religieuse de la ville de Sens, en fondant près de la porte du même nom un monastère, le premier, sous le nom de Saint-Gervais et Saint-Protais. Saint Ambroise venait de découvrir à Milan les tombeaux de ces martyrs (380), et leur renommée s'était répandue dans toute l'Eglise. L'évêque de Sens marchait ainsi sur les traces glorieuses de saint Martin qui avait fondé quelques années auparavant l'abbaye de Marmoutier,
(1) L'évêque de la môlropole do chaque province garda ce nom qui ne fut remplacé en Gaule qu'au ix^ siècle par celui d'archevêque.
(2) Dictionnaire de la foi catholique, par J. Gosehler. Traduction du docteur Wetzer, I, 501,
près de Tours, et son exemple devait être suivi peu apivs |)ai' saint ricrmaiii qui ci'éa à Auxerre le célèbre monastère aucjucl lut domié son nom. (1)
Malgré les troubles de cette époque, on vit un grand nombie d'hoMuncs s'efforcer, avec une sainte émulalion, d'imilci' les solilaiies de la riiéljaïdc. Si le genre de \ic des moines occidentaux fut moins éclatant, il eut (|ucl(|ne chose d'aussi héi"oï(|ue et peut-être de [)lus diflicile. Les solitaires de l'Egypte s'enfonçaient dans des lieux inhabiles pour mourir au monde en s'en séparant ; ceux d'Occident se firent solitaires au milieu des provinces les plus peuplées et, sans s'éloigner de la société des hommes, ils eurent le courage d'y renoncer jiour toujours. (2)
Ursicin mourut en odeur de sainteté, à une date inconnue, et fut inhumé à Saint-Gervais Saint-Protais. wSon nom ne figui'e pas dans les martyrologes d'Adon et d'Usuard ; ce n'est que dans la suite que Bouillard le mentionne avec ces mots : (( A Sens, les saints Ursicin et Pavace. » (3) Il est inscrit au martyrologe romain à la date du 24 juillet. On lui attribue pour successeur Tukodori:. D'après l'historien sénonais (îuichard, ce dernier fut contemporain de saint Martin de Fours et sa mort survint en 391, la seizième année du |)onli(icat du pape Siricius. L'évcque qui monta après lui sur le siège de Sens, Sicijn, n'a pas laissé non i)lus de souvenirs. Tout ce qui parait certain, c'est (pie l'un et l'autre furent inhinnés au monastère de Saint-Gervais.
L'obscurité qui règne sur la vie de ces deux prélats comme de ceux qui les ont précédés, vint sans doute de l'épouvantable bouleversement qui secoua alors la
(1) ///>/. fie l'Ahl>nye de Saint-Germain d' Aurewc, par l'abbé Henry, 1853.
(2) Jager, op. rit. I 288.
(3| Ce saint Pavace n'apparait plus <lansla suite à Sens. Il y a In une erreur qui est pour nous inoxplic;ib!e. Il s'a^rit probablement de l'évèque du Mans qui portait le même nom et vivait au iv® siècle. Cf. Act. sanct. apr. II, 417-420.
Gaule. Stilicon, qui gouvernait l'empire d'Occident sous la minorité d'Honorius, sollicita en secret les nations barbares dont il lirait son origine, de faire irruption dans les Gaules. Les Vandales et les Mains passèrent aussilôf le Rhin cl ernahirent cette province qu'ils ravagèrent de fond en comble. La barrière de l'empire une fois rompue, une multitude de hordes arrivèrent à la curée. Saint Jérôme, dans une de ses lettres, dépeint ces calamités effroyables : << Des nations féroces et innombrables ont été jetées sur les Gaules. Toute l'étendue du pays entre les Alpes et les Pyrénées, entre l'Océan et le Rhin a été ravagée par les Ouades, les Hérules, les Saxons, lesRourguignons,
les Allemands » Saint Prosper d'Aquitaine, d'un
autre côté, nous retrace d'autant mieux les excès des barbares qu'il en avait été lui-même le témoin épouvanté. Les temples du Seigneur brûlés, les vases sacrés profanés, les vierges et les veuves déshonorées, les enfants égorgés dès l'âge la plus tendre, les solitaires massacrés dans leurs grottes, chargés de chaînes, frappés à coups de fouet et jetés dans les flammes , tels sont les traits de l'affreuse peinture de
ces dévastations qui le portent à dire que « si l'Océan eût inondé toutes les Gaules, il eût causé de moindres maux. » Malgré la force de ses remparts. Sens ne dut pas résister au torrent, et il faut voir sans doute dans ce cataclysme la cause de la perte des documents antérieurs et du silence de mort qui règne sur cette période de l'histoire sénonaise.
A la faveur de l'anarchie provoquée par ces invasions, les Pélagiens répandirent leur doctrine, mais 'Valentinien, dès le début de son règne (425), adressa à Almachius, préfet des Gaules, une constitution confirmant les mesures qu'avait prises Honorius contre les hérétiques et les juifs. Malgré cette intervention de l'empereur, le Pélagianisme se développa avec rapidité en Angleterre, et les catholiques de cette contrée ne se sentant pas assez forts pour résister à leurs
adversaire?, eurent recours au Saint-Siège : ils envoyèrent également une (lc])iitation aux cvêques des Gaules dont ils connaissyient le zèle et la science. Ceux-ci, pour répondre à cette demande, se réunirent dans une ville dont le nom ne nous est pas parvenu. I.e père Boschius (1) j^ense que le lieu de ce concile était Troyes ; mais le texte des Actes de saint Loup (2) nou'^ laisse entendre qu'il fut tenu ailleurs, et nous inclinons à penser que l'assemblée eut lieu dans la province et dans la ville de Sens. En effet, les deux prélats choisis |)ar le concile étaient des suffragants de cette métropole et, de là, pour se rendre en Angleterre, ils devaient passer par Paris, ce qu'ils firent en effet. Prosper d'Aquitaine, dans sa chronique, attribue à l'année 420 la mission de saint Germain et de saint Loup, et Baronius adhère à son sentiment, en datant le concile de la même année.
Saint Germain et saint Loup furent en effet chargés d'aller en Angleterre combattre l'hérésie pélagienne, et le pape ratifia ce choix. Les deux champions du Catholicisme étaient dignes en tous points de remplir ce rôle difficile. L'ancien préfet, devenu évêque d'Auxerre, était alors par sa sainteté, sa science et la dignité de son caractère, l'oracle de l'église des Gaules ; saint Loup, enlevé malgré lui à son abbaye de Lérins et élu par le diocèse de Troyes, s'était déjà rendu célèbre par deux années d'épiscopat. Leur voyage ne fut qu'une suite de triomphes.
En passant à Paris, saint Germain inspira une telle vénération que, dans la suite, les habitants mirent sous sa protection l'église dont la paroisse devint au moyenâge la plus importante, api'ès Notre-Dame. Lorsque les deux prélats arrivèrent à Nanterre, la foule accourut à leur rencontre pour implorer leur bénédiction. L'évoque d'Auxerre discerna dans la multitude une
(1) ^rta Snnclnrum , \\i\u, VII, 86.
(2) Ibifl., 85 : « Convrniunt ex di^'crsis urhibus Gallix^convenit et Lupui Tricassinse ecclesise. »
jeune vierge, du nom de Geneviève, et il prédit à ses parents la sainteté éclatante à laquelle cette enfant devait parvenir un jour. Pendant leur séjour dans la Grande Bretagne, ils parvinrent, après de longues luttes, à confondre les Pélagiens. Les Bretons ayant été, sur ces enti'efailcs, attaqués par les Pietés et les Saxons, saint Germain se mit à leur tête, et, faisant appel à sa science militaiie, il leur permit de remporter une victoire éclatante sur leurs ennemis.
Le grand évêque d'Auxerre rendu un service non moins signalé à son pays. M. G. Kurth (1) le raconte dans une belle page que nous voulons citer. <( Aétius, dans son désespoir de porter remède aux troubles sans cesse renaissants dans plusieurs provinces gauloises, ne trouva rien de mieux que de confier la répression des l'ebelles aux Alains, peuplade féroce qu'il établit dans la vallée de la Loire, sur les confins de l'Anjou. On vit alors, à la voix du généralissime des Gaules, ces hordes barbares s'ébranler sous leur roi Eucharic pour le pillage et le massacre des populations gauloises (peu après 435). La terreur fut grande dans les villes menacées de l'Entre-Seine-et-Loire. Elles s'adressèrent à saint Germain d'Auxerre, qui jouissait d'un ascendant immense et qui parvint pour quelque temps à arrêter la répression. On se souvint longtemps, en Gaule, de ce vieux prêtre qui traversa les rangs de la cavalerie alaine en marche pour sa mission sanglante et qui alla saisir par la liride le cheval d'Eucharic. Le barbare céda aux supplications du saint vieillard, mais en réservant la ratification d'Aétius ou de l'empereur, et le pontife partit aussitôt pour aller chercher cette ratification à Ravenne. Mais, dans l'intervalle, un nouveau soulèvement des villes gauloises vint mettre fin aux bonnes dispositions qu'il avaient rencontrées à la cour, et Germain mourut à Ravenne, sans avoir eu la satisfaction de faire signer une paix durable. »
(1) Clovis, I, 209.
Les relations de la Gaule avec le Saint-Siège étaient alors très actives et les papes entretenaient un commerce épistolaire suivi avec l'épiscopat, le mettant au courant des principaux événements de l'Eglise. C'est ce que fu'ent notamment vers ce temps Boniface P^ en ilO, (ï'iestin II en 'j.'31, et Léon P"" (452) qui envoya aux évèques un exemplaire des canons du concile de Chalcédoine, en annonçant que tous les Pères s'étaient unis dans la même croyance et que les égarés avaient enfin ouvert les yeux à la vérité.
Pour éviter toute erreur et toute fraude dans ses rapports avec le clergé, le pape Zozime écrivit aux évoques des Gaules, prescrivant que les prélats, prêtres, diacres et autres clercs qui iraient à Rome ou dans quelqu'autre région, devraient prendre des lettres formées de l'évêque d'Arles, sans quoi ils ne seraient pas reçus. (Depuis longtemps déjà les métropolitains de cette ville exerçaient une sorte de juridiction primaliale sur la Gaule méridionale). On pense que ce fut le concile de Nicée qui traça ce modèle de correspondance secrète. Elles servaient de lettres de communion ou de recommandation, et les évêques prenaient de grandes précautions pour empêcher les faussaires de les contrefaire. Nous les verrons plus tard employées dans la province de Sens. (1)
Mais de nouveaux malheurs allaient fondre sur nos contrées et les couvrir encore de ruines. En 451,
(l| Pour rt^dirrer ces Irltres, on mottail en lète les premieis raraclèrcs ^rers du nom dos trois personnes de l.n Trinité et celui de saint Pierre, pour marquer qu'on était en communion avec le siétîe de Rome, ainsi : ■k'jolt:. Ces lettres, aussi bien que celles du mot Amen qui était à la fin, étaient censées numérales, comme elles le sont en grec, et toutes ensemble formaient le noujbre 6(iO, commun à toutes ces correspondances. Mais de plus on pi'enait la première lettre du nom de celui qui écrivait, la seconde du nom de celui à qui l'on s'adressait, la troisième de celui dont il était question, et la quatrième du nom de la ville où l'on était. Toutes ces lellres, avec l'indiclion courante, formaient un certain nombre qui était exprimé dans le contenu de la missive, signée par l'évêque qui la donnait et la fermait de son sceau. .Tager, op. cit.I. 353. — Cf. Dictionnaire de Liturgie, D. Cabrol, col. 1259.
Attila, roi des ïliin?, entre en Gaule comme un torrent impétueux, avec une armée immense, ravageant tout sur son passage. De Metz il se dirige sur Troyes, mais saint Loup va au devant de lui, et parlant avec l'autorité que lui donne la foi et la contiance en Dieu, il obtient le salul de la \ ille. De là, le barbare se dirige sur Oi'léans, et s'il n'ose attaquer, sur son passage, la ville de Sens défendue par ses murailles redoutables, il passe non loin de là, dévastant une |)artie du diocèse. Devant la menace du danger, l'évèque d'Orléans, saint Aignan, était accouru à Arles pour demander du secours et il avait organisé la défense de la cité. Le patrice Aétius, soutenu par les peuplades franques et par Mérovée, à la tête des Saliens, tomba à limproviste sur les envahisseurs et les força à battre en retraite. Dans une nouvelle bataille, Attila devait être mis en déroute et rejeté au delà du Rhin.
Le rôle très important que remplissaient alors les évêques, non seulement au point de vue religieux mais encore politique et militaire, s'explique par la situation prépondérante qu'ils avaient prise dans les cités gauloises. Aux derniers temps de I empire, l'oppression des villes romaines en vint à un point que, dans l'intérêt du fisc, il fallut modérer ses rigueurs. L'Etat s'imposa des entraves et on vit s'élever une nouvelle magistrature qui eut pour but officiel de défendre les intérêts de la cité et fut investie de pouvoirs spéciaux contre la violence et l'arbitraire des fonctionnaires publics. Tel fut le delensor civitatis. Ce nouveau tribun du peuple eut pour principal office de protéger ceux qui ne pouvaient se défendre eux-mêmes, les veuves, les orphelins, les pauvres, la paisible population des campagnes. Pour donner à cette magistrature tulélaire |ilus de popularité, toute la cité fut appelée à concourir à son élection. Le clergé y eut sa part et bientôt elle devint prépondérante. Il en profita pour élever l'évoque à cette dictature civile. Ce fut du reste un bonheur pour les municipes que de trouver pour
défenseur un homme qui, par sa haute situation, son infhiencc religieuse et son caractère pût inspirer également aux grands et au peuple respect et confiance. Outre ce titre, beaucoup d'autres privilèges, accordés par les empereurs depuis Constantin, augmentaient l'action civile de lévèque et faisaient de lui le premier personnage à la curie comme au sanctuaire. (1)
D'après Ihistorien sènonais Fenel, Mérovée, après la défaite des Huns, aurait réduit sous son pouvoir une partie de la Gaule septentrionale, notamment les villes de Sens, Paris, Orléans, Chidons, et aurait établi sa capitale à Sens ; mais quelques années plus tard il aurait transféré le siège de son gouvernement à Paris el abandonné Sens aux Romains. Ajoutons que cette affirmation manque de preuves sérieuses.
La vie de l'évêque qui dirigeait alors l'église de Sens, A.MBROisE, est très obscure. On ignore même la date exacte de sa mort qui dut survenir vers 4G0. Bien que sa mémoire ne soit pas marquée dans les anciens martyrologes ni dans celui de Rome, son culte, au témoignage des Acia sanclorum, (2) est certain. Dans le supplément du martyrologe d'Usuard, Grevenus marque son anniversaire au trois septembre. Galesinus le mentionne en ces termes : « A Sens, saint Ambroise, 13^ évèque, qui pendant trente-cinq années, comme un saint ouvrier et un bon pasteur, enseigna parfaitement son peuple, par ses paroles et ses exemples, à pratiquer la vertu et à rechercher les vrais biens. » Il est marqué comme saint dans la liste des évêques de Sens insérée au canon du Sacramentaire de .Stockolm (x* siècle).
Son successeur, AcmcE (Agricius ou Agrœcius), avait été mis par lui au rang des clercs de la métropole, el par sa science et ses rares qualités il mérita de lui succéder. On ne sait rien non plus de l'action qu'il exerça sur le diocèse, et il n'est connu que par une
(1) Cf. D. Pitra. vie de Saint Léger, 21 1.
(2) Septemb. III, 660.
lettre que lui adressa Sidoine Apollinaire. Lorsque cet
ancien préfet de l'einpire avait rlé élevé sui- le siège épiscoi)al à Clermont (472), il avait employé au service de l'Eglise les hautes capacités qui l'avaient rendu célèbre. Euladius, évoque de Bourges, étant mort vers ce temps, avant la soumission de la ville aux Visigolhs, il y eut de grandes brigues pour l'élection de son successeur ; les citoyens divisés appelèrent Sidoine, comme premier suffragant de cette métropole de la première Aquitaine, et ils convinrent par écrit de le rendre seul arbitre de l'élection.
Pour suppléer à l'absence des autres évêques de cette province qui n'avaient pu se rendre à Bourges, parce qu'ils étaient sous la domination d'Evaric à qui l'Auvergne n'était pas encore soumise, Sidoine invita des prélats des autres provinces à l'élection et il écrivit en particulier à Agrice. Il l'informait que la ville de Bourges était en proie à toutes sortes d'intrigues, que l'impudence se montrait à découvert et que plusieurs des prétendants allaient jusqu'à offrir de l'argent pour obtenir cette dignité. Il conjurait donc Agrice de venir le soutenir de son autorité et de ne point s'excuser par la diversité des provinces. (( Venez, lui disait-il, venez aider mon inexpérience, donner de l'éclat à notre assemblée et arrêter par votre présence vénérée toutes les brigues. Bien qu'il ne s'agisse pas de la Sénonie dont vous êtes le chef, n'hésitez pas à accourir au secours de l'Aquitaine, car il importe peu que nous soyons de provinces différentes, quand il s'agit de l'intérêt de la religion qui nous est commun. Du reste, la prérogative de votre rang sera respectée : jusqu'ici personne n'a été présenté par moi, personne n'a été nommé ni élu ; nous réservons fout à votre décision. Si vous entreprenez ce voyage, vous montrerez que votre province peut aA^oir des bornes, mais que votre charité n'en a point. » (1)
Agrice répondit à cet éloquent appel. Il .se rendit à
(1) Migne, LVIII, col. 568.
Bourges avec d'autres prélats, et Sidoine Apollinaire, après a\oii- pris leur avis, convocpia le peuple dans i église. Après un discours habile où il prévenait toutes les objections <pii pourraient èli'e laites à leur choix;, il déclaj'a Siniplicius le i)lus capable d'occuper le siège mèti-opolitain de cette ville. Suivant un usage assez répandu à cette époque, Euladius avait été marié avant d'embrasser le sacerdoce, et Siniplicius était son propre lils en même temps que son successeur. (1) Le métropolitain de Sens, Agrice, s'endormit dans le Seigneui' en i87, et l'ut inhumé dans l'abbaye de Saint-liervais d'où son corps l'ut transl'éré plus tard à Saint-Pierre-le-Vii (870). Il est marqué également sur le Sacramentaire de Stockolm, avec le titre de saint. On célébrait autreiois sa iète à Sens le 13 juin, jour anniversaire de sa mort. (2) Avec cet évêque se termine dans notre pays la période gallo-romaine. (3) Les documents qui la concernent sont rares, mais ils suffisent à nous montrer que l'église de Sens, au milieu du iv° siècle, est entièrement sortie de la période de formation. La population, en grande majorité, fait profession officielle du christianisme ; la foi est vive et elle obtient des miracles. Les évêques, qui sont mêlés aux grandes luttes théologiques du temps, demeurent attachés fidèlement à l'orthodoxie. Lorsque la Sénonie est érigée en province, sa capitale devient également la métropole de cinq diocèses importants, et son influence s'étend au loin. Alors
(1) Migne, Ibid. col. 575.
(2) Elle a été depuis, pour cause d'oecurrence, renvoyée au 15 du même mois.
(3) A propos do sainl Agrice, I)bm Malhoud a relevé une grave erreur de Taveau qui le confond avec un évoque d'Antibes, du même nom, et le fait assister à un concile d'Orange en 't4l. Catatogus Archiepis. Senon. 6. Nous ne mentionnerons pas dans le cours de cet ouvrage toutes les erreurs chronologiques ou autres que nous avons rencontrées nous-mème chez certains chroniqueurs sénonais ; il laudrait pour cela de nombreuses dissertations qui ne rentrent pas dans le cadre de cette étude. Nous ne relèverons que les erreurs les plus graves.
que l'empire romain agonise el que les pouvoirs publics n'existent presque plus, les évêques de la province deviennent les défenseurs attitrés des cités, à l'intérieur comme à l'extérieur. Ils maintiennent l'ordre, autant qu'il est possible, avec l'exercice de la justice ; ils se dressent en face des envahisseurs, opposent la puissance morale de la religion à la force brutale, et relèvent le courage des peuples désespérés. Alors que les Gaules paraissent condamnées à retomber dans la barbarie, l'Evangile dompte peu à peu les hordes sanguinaires, et, de ces races qui vont se pénétrer et se confondre, il formera la grande et valeureuse nation française.