‹ Histoire de l'église et de l'ancien archidiocèse de Sens (volume 2)Chapitre 6 sur 34 · On s'en tiendra à la foi de Nicée, telle qu'elle a été · texte numérisé non relu

On s'en tiendra à la foi de Nicée, telle qu'elle a été

(1) Sur le canon du Sncranienl.iire de Stockolm.ils ne sont pas en eiïet marqués comme saints.

(2) Mansi, X, 1190. — Jager, III, 314.

oxposre dans \o ronrilo ot ronfirmro pnr cpliii de ("li;il- (•('(loine. — • i. Il ne doit jamais y avoii' deux évèqiics en lurine temps pour la même ville. - - 5. Les laïques (jui ne >ont pas engagés dans les ordres ne doivent gouverner ni les paroisses ni les biens des églises. (On voit d'après un des conciles précédents que des laïques allaient jusqu'à usurper les lonctions d'archiprêtre). — 8. Les prêtres qui ont reçu la conl'ession des pénitents doivent leur iin[)oser luie salisl'action. — 17. Il est défeuilu aux fidèles d'exciter ilc^ scamlales et des quei-elles ou de tirer l'épée soit dans l'église soit sous le parvis. 1*.). Les l'emmes qui se ti-ouvent à la dédicace des églises ou aux l'êtes des martyrs ne doivent pas danser dans l'enceinte du lieu saint ni chanter des chansons déshonnèles, mais prier ou écouter le clergé psalmodier les psaumes.

iVrmentaire assista encoi-e au mois de juin 054 (Ij à rassend)lée royale de Llichy, près Paris, où se trouvaient un grand nombre de prélats et de tendes du royaume. Entre autres actes accomplis à cette occasion, le roi affranchit Tabbaye de Saint-Denys de toute juridiction séculière et lui accorda un diplôme confirmant aux moines la conservation de tous leurs biens contre toute personne civile ou ecclésiastique, à condition (pfils rétabliiaicnt la psalmodie perpétuelle, comme elle existait dans les monastères d'Agaune et de Saint-Martin de Tours. Le métropolitain de Sens signa cette charte, ainsi (pi'une autre donnée l'année précédente à la même abbaye par Landry, évèque de Paris, et qui les exemptait de toute redevance (2). On ignore l'année de la mort d'Armentaire ; on sait seulement qu'il fut inhumé à Saint-Remy. C'est à lui

(1) Le diplôme indique la seizième année du règne de Clovis. C'est à tori, pensons-nous, que Sirmond et Mansi renvoient cille assemblée en 6.^9 ou 66'i. C'est en (538 (|no C'Iovis 11 commenç:! à régner, après la mort de son père. Une preuve dérisive de notre affirmation se trouve dans ce fait que deux des Pères thi concile moururent, Annemond de Lyon, en 657, et Landry de Paris, eu 656.

(2) Cf. Concilia aniiqua GalUx, \, 495-500..

([110 Ton allribuc généralemeni ranlicjno ni de guerre (les soldais de la France chrélieniie, inscrit sui' loririaniine royale : Monljoie Sainl-Denys ! (1).

Le seul souvenir qui reste du passage, sui- le siège de Sens, d'IIoNULPiiE, le fils d'Humberl, c'est qu'il bàlit vers 055, au pied de la montagne de Saint-Bond, près du village actuel de Paron, un monastère de religieuses sous le \ocable de Saint-Médai'd, et qu'il y reçut la sépulture. (2) Cette maison lut ruinée deux siècles plus tard par les Normands.

Peut-être i'aut-il placer ici, au cas où il aurait réellement existé, un évèque du nom de (Jondelbert qui, après avoir dirigé peu de temps le diocèse de Sens, l'aurait quitté pour s'en aller dans les Vosges fonder un monastère qu'il appela Sénones, en mémoire de sa vdle épiscopale. Cette tradition remonte, dans ce monastère, au plus tard au xV siècle, et dès cette époque il est marqué comme saint dans un nécrologe, au 17 octobre. Nous ne savons à quelle époque il a commencé a être honoré comme tel dans l'église de Sens ; sa fête est placée dans le bréviaire de 1715, au 21 février. Il a été raye plus tard de la liste des archevêques imprimée en 1751, sous- monseigneur Languet, et de celle du P. Cornât à laquelle monseigneur Jolly a donné son imprimatur en 1853. L'opinion de ceux qui attribuent une origine sénonaise à Gondelbert nous paraît défendable, pour des raisons que nous exposons dans une étude spéciale. (3) En suivant la chronologie des archevêques adoptée par le Gallia Chrisliana, on peut placer ce prélat en 642 ou 643. D'après M. Blondel, (4) il aurait été élu en 647, à la mort d'Humbert et il aurait donné sa démission, en ui8 ou 649. Nous inclinons plutôt à le consi-

(1) Nous ignorons sur quelle base repose cette tradition qui est rapporté- parla France Pontificale, Sens, 14.

(2) Cornât, Notice sur les Archevêques de Sens. (3j Cf. aux Pièces Justificatives, n° lU.

('») Bullct. de la Société archéol. de Sen<;,X\\U.

^ ri9 —

(léror roniinr siiccossnii- (riloiiiilplie, peu de temps avant OI»i, date de la lomlalioii <le Séiiones. D. Caliiiel place sa mort en OT.j.

l.a vie de saint Emmon est mieux connue, bien (pie les anciens chiuniqueuis ne lournissent que peu de détails sur ce ponlile séiionais. Moine à Sainl-Pierrele-X'il', il se faisait lemarquer entre lous par sa piété et sa ivgidarilé cl il mérita d être élu comme évêque. (1) Son acte principal (jui nous est connu est la réunion d'un concde à Sens, en 058.

La (juestion de celte assemblée est fort embrouillée et se lessenl de l'obscui'ilé qui règne sur cette i)éiiode. Son existence est attestée par Udoranne (2) qui rapporte qu'Emmon <lonna, avec ses comprovinciaux l'éunis en synode, un [)rivilége de liberté aux moines de S. P. L. \ . du temps du roi Clotaire et de Batbilde, sa mère. Clarius ajoute qu'à celte assemblée assistèrent saint Ouen, saint Faron de Aleaux, saint Eloi de \oyon, saint Amand de Trêves, avec trente-deux autres évoques. Les privilèges accordés alors à Saint- Pierre-le-Vif et Sainte-Colombe portent l'un et Lauti-e (piils ont été donnés (( la troisième année de Clotaire, roi. )i Le premier marque de plus qu'il a été délivré à la cour royale de Màlay — Mansolaco diiie dominica — tandis que le dernier est daté du sept des calendes de septembre. Ces deux dij>lômes sont considérés connue authentiques par Mabillon qui les a publiés (3). Les données lournies par ces documents paraissent au premier cou]) d'œil contradictoires ; pour ce motif, nous leur consacrons, aux Pièces iustilicalives, une élude critique particulière. La mention du }talais royal de Mansolac donne à penser que le synode eut lieu pendant un des fréquents séjours qu'y fit la cour dans cette période, et à l'occasion desquels le roi

(1) Callia Chvistiana, XII, 19.

(2) Bihlioth. hist. de l Yonne, U, 391.

(3) Cf. Acta Sanct. O. S. B. stec III, t. II, 613. — Annales Bened. I, 'ij8. — Cailul. ^énèrnl de l Yitnne, I, li i-l suiv.

Irailail des questions tant religieuses que civiles (I).

C'est sur la deinaude d'Agon, premier aLbé régulier de la basilique de Sainle-Colombe et de Saint-Loup, qu'Emmon accorda ce diplôme. Il reconnaît d'abord que les religieux vivent selon la règle des Pères et la tradition apostolique, que tous leurs biens sont communs entre eux et que l'exemption de juridiction qu'il leur accorde est destinée à l'acililer ce genre de vie. Il cite, comme ayant obtenu le même pii\ilége, les monastères de Lérins, de Luxeuil, de St-ÂIarcel de Cbâlons et de Hebais. Il déclare que, bien que l'abbaye de Sainte-Colombe ne soit pas sous sa dépendance (:i?), il accorde, en vertu de son pouvoir spirituel, cette laveur })our l'abbé et ses sifccesseurs. Tous les biens du monastère ainsi que les offrandes faites à l'aulel seront à sa disposition. Les moines demeureront soumis dans une bumilité véritable, et leur chef, de son côté, songera qu'il doit rendre compte à Dieu pour lui-même et pour eux. (Ce passage, emprunté presque textuellement à la règle de saint Benoît, indique que les moines l'avaient adoptée). Emmon décide ensuite que quand l'abbé sera mort, son successeur sera élu à lunan imité parmi les religieux du monastère, ou, s'il ne s'en trouve pas de suffisamment capable, dans une autre abbaye du même ordre. La charte se termine, suivant la coutume de cette époque, par des malédictions et la menace de l'excommunication contre ceux qui oseraient y porter atteinte.

Le tliplùme accordé à Saint-Pierre-le-Vif renfermait des clauses quelque peu différentes. Emmon y rapporte qu'Aigylène, abbé de ce monastère (( que la reine Théodechilde a fondé et où se trouve son tom-

(1) Vers le même temps, d'après Lebouf qui s'en réfère à Mabillon, Clofaire donnait lui-même dans son palais de MAlay (jl/asolugo in pnlntio nosiro) une charte par laquelle il confirmait lapessession de la Icrre de Larroy à Saint-Bénigne de Dijon.

(2) D'après Mabillon, le roi conservait sous son autorité les monastères dépendant du fisc royal ou qui avaient été bâtis par ses prédécesseurs : ce dernier cas était celui de Sainte-Colombe.

beau, >' est \t'iiii lui (Iciiiamlcr pour lui et pour ses frères un |)i'i\ik''ge semblable à celui dont jouissent les abbayes d'Agaune, de Lérins, de Luxeuu et de St-Alarcel, et qui les exempte de l'autorité de l'évêque, du roi et de qui que ce soit. Il ajoute que les moines ont exprime leui" volonté de vivre sous la régie de saint Benoît, telle (juVIle est pratiquée à Luxeuil. Pour se rendre à leiu- désir, lùiimon déclare qu'il leur accorde celle l'axeui' et détend de toucber à leurs biens, de quelque natuie (juils soient. L'évêque de Sens bénira cbatpie année avec le saint cbréme l'autel de la basilique. Ouand l'abbé .sera mort, il consacrera celui qui aui'a été élu par ses frères. L'évêque ne pénétrera pas dans le cloître, s'il n'est demandé, afin de respecter la solitude des moines et de ne pas troubler les prières qu'ils adressent ])our l'Eglise et j)0ur le roi. Si les religieux venaient à se relàcber, ils seront châtiés suivant la règle de .saint Benoît et de saint Colomban par leur abbé, et, si celui-ci est dans le même cas, par les abbés de l'ordre qui mènent la vie régulière. Celui qui viendrait à violer ces dispositions sera éloigné pendant un an de la connnunion de ses frères : c'est le seul châtiment dont sont menacés les infracteurs.

Ces deux documents offrent de notables différences de rédaction. Le premier est d'un style simple, clair et assez régulier ; l'autre au contraire renferme de longues et obscures périphrases et des redondances barbares. Ils répondent également à des situations différentes, bien qu'ils tendent au même but : l'adoption définitive de la règle bénédictine et l'exemption de la juridiction que les évêques de Sens avaient exercée jusque là sur ces maisons religieuses.

linmion souscrivit encore, le 5 septembre 663, une charte donnée à Captonac (1) par Bertefroi, évêque d'.Vmiens, en faveur de l'abbaye de Corbîe. Ce diplôme a beaucoup de ressemblance avec celui de Saint-

(1) Chnfoii. Cf. Jager, TII, 351.

Pierre-le-Vif et les conditions de l'exemption sont presque les mômes. Ce privilège était adressé aux métropolitains de lieims, Lyon, Vienne, Sens et Rouen.

On ne connaît rien d'autre d'Emmon, sinon qu'en 668, lorsque saint Théodore, sacré évèque de Cantorbéry par le pape Vitalien, se rendit de Rome en Angleterre, accompagné du moine Adrien, il leur offrit la plus généreuse hospitalité pendant 1 hiver qui tut liés rigoureux (1). Tous ceux qui ont parlé d'Emmon ont loué sa probité, sa science, l'intégrité de ses mœurs, sa bonté, sa magnihcence envers les monastères, son zèle de la discipline, son amour de la paix. D. Bouquet (2), en publiant la Vie de saint Amé, son successeur, remplace le mot Senecio par Emmone, comme étant une faute de copiste, et met sa mort, ainsi que l'avènement d'Ame, en 669. D'après Odoranne et Clarius au contraire, Emmon vécut jusqu'en 675 et fut inhumé, selon son désir, dans la basilique de Saint- Pierre-le-Vif où il s'était formé à la vie religieuse. Son corps n'a jamais été levé de terre. Sa fête était célébrée jadis au monastère le 26 avril.

Cependant la situation des pays francs devenait de plus en plus troublée. Les seigneurs de la Neuslrie avaient élu en 656, comme maire du palais, Ebroïn. Ce personnage est l'un des plus odieux de cette période pourtant féconde en crimes. Quelques historiens (3) ont cherché à réhabiliter sa mémoire et ils en ont fait un génie de fer, cherchant, il est vrai, par tous les moyens, à relever la dynastie mérovingienne dans la personne de Clotaire III, à écraser la domination féodale et à améliorer la condition du peuple. Ce prince étant mort, le maire du palais éleva au trône, de sa propre autorité, un fils de Clovis II, Thierry III (670), et il parvint à imposer son pouvoir absolu en Neustrie

(1) Bède, Hist. eccles., t. lY, t. I.

(2) Historiens de France, III, 603.

(3) Cf. Entretiens sur le Moyen-Age, par J. Zeller, de l'Institut,

cl en P>oiirgognc. Il exila, dépouilla les évêqucs et les gi'ands, et il lit péi'ir en grain! iioiiibie ceux qui résistaient à sa tyiannie.

Parmi les victimes d'Ebroïn il ïaut compter l'évêque de Sens, saint Amé (ou Amet), qui avait succédé à saint Emmon. Lexistence de ce personnage est presque aussi controversée que celle de Gondelbert, et quelques uns l'ont à tort de lui un évêque de Sion. Avec les Bollandistcs (Ij nous pensons que ce prélat gouverna réellement léglise de Sens, et cette opinion repose sur de nombreuses et solides raisons que nous exposons aux Pu'ies iuslilicalives, ïf V. 11 y a beaucoup de contradictions entre les chroniqueurs qui ont parlé de saint Amé. Les plus anciens ne donnent aucun détail sur sa vie épiscopale à Sens ; ils racontent seulement qu'il était connu par sa science et ses vertus quand il iut élevé, presque malgré lui, sur le siège de cette ville (2). Amé y resta peu de temps, car il encourut, on ne sait pour quel motif, le ressentiment du roi. La plupart pensent qu'Lbroïn le lit passer pour un conspirateur ; aussi le prélat, sans être appelé pour expliquer sa conduite, reçut l'ordre de partir pour l'exil. l]n quelle année fut-il ainsi contraint de quitter son diocèse ? Les Bollandistes, après une discussion approfondie, placent son départ entre 673 et 679. Ce fut certainement avant 678, année où son successeur assista à l'assemblée de Mâlay. D'un autre côté, comme Emmon serait mort en 675 (670, d'après les Bollandistes,) on peut placer l'exil d'Ame en 676 ou au commencement de 677.

Après avoir dit adieu à ses diocésains, il se rendit à Péronne, lieu de sa détention. Là, il fut renfermé dans le monastère de Saint-Furcy, sous la surveillance de saint Ultan. Cet abbé ressentit pour son vénérable captif une affection toute filiale et chercha par tous les moyens à lui adoucir les rigueurs de son séjour ;

(I] Àct. Sancl. sep\em.\20-\23. - T>achesne, Script. Franc, l, 6:9. (2) Ci. D. Uouquct, op. cil. III, 0)08.

mais le saint évoque s'imposait des macérations, et il entoura son corps d'une chaîne que l'on retrouva à sa mort.

Saint Ultan étant mort, Amé fut transféré dans l'abbaye de Breuil (ou Mérinville) que saint Mauront venait de fonder, avec le concouis de sainte Rictrude, sa mère. Un miracle, que raconte le biographe, démontra à Mauront la sainteté de son prisonnier, aussi le supplia-t-il de prendre la direction de ses moines. Amé accepta cette charge, mais comme son âme ne vivait plus que de la contemplation divine, il se fit construire une cellule attenant à la basilique, afin de vaquer plus facilement à la prière et à la méditation.

On place sa mort en 090, le treize septembre. La chaîne qui meurtrissait son corps devint un instrument de guérison pour une foule de malades. Trois ans après, son corps fut transféré dans l'église. Les chroniqueurs rapportent que le roi Thierry entendant parler des prodiges accomplis sur son tombeau et ayant reconnu l'innocence de celui qu'il avait condamné sans l'entendre, se rendit à Breuil (aujourd'hui Mérinvillesur-Lys, Nord) pour implorer le pardon de son crime. Grâce aux libéralités du monarque, on put agrandir l'église où eut lieu la translation solennelle. (1)

L'exil de saint Amé s'explique facilement à la lumière du tragique événement qui signala l'épiscopat de son successeur. Lambert (ou Landebertus, Landoberchtus) était moine de l'abbaye de Fontenelle quand il fut appelé sur le siège de Sens. Le Gallia Christiana rejetant saint Amé, fait succéder Lambert directement à Emmon. Son nom n'est connu que par les actes du

(I) Cf. pour plus de délails, Acla Sanclortim ,1. c. — En 870, lors de l'invasion des Noi'mands, les osscraenis du saint furent Iransportés à Douai el déposés dans l'ég-lise collét(ialc qni porla son nom. Une relique insigne, offerte en 1687 par les chanoines de Douai à l'église de Sens, est religieusemenl conservée au Trésor. Sa fêle se célèbre de temps immémorial le 13 septembre à Sens, Cambrai et Arras. — Cf. Blonde), Vie des Saints du diocèse de Sens, 224 et suiv.

concile ou plaid que Thierry III, sur le conseil d'Rhi-oïn, réunit au mois de septembre 078, dans son cliàfeau royal de .Marlacum, et auquel se trouvaient avec lui les métropolitains Genesius de Lyon, Blidramne île X'ienne, Ternisius de Besançon, Chadunus, de siège ignoré, et d'autres prélats qui nous sont inconnus (1).

Il y a divergence entre les historiens sur l'identilé de ce Mariai uni. Mabillon, le premier, a cherché (2) l'eiidi-oif où (Mil lieu cette assemblée et il pense que c'est Mariai, dans le duché de Bari'ois. Pagi, de son côté, met ce palais près de Paris à .Marly, dont le diâleau lui reconstruit par Louis XIV. L'abbé Lebeuf, au contraire, étudiant la même question, déclare que ce Marlacum était, non pas Marly, mais le château de Màlay, dont il a été parlé plusieurs fois et qui se trouvait près de la d<ud)le voie romaine allant de Sens et se bifunpiant, d'un côté sur Troyes, et de l'autre sur Dijon. Il répond, beaucoup mieux que les deux localités indiquées plus haut, au texte d'une charte de cette assemblée où il est dit que le roi y avait réuni des [)rélats de ses deux royaumes de Neustrie et de Bourgogne. La situation de Sens, sur la limite septentrionale de cette dernière province, lui donna une importance politique toute particulière, tant qu'il ne fut jias réuni à la couronne. Ce qui confirme encore le sentiment de Lebeuf, c'est que le Mansolaco de la charte d'Enunon devint au xuf siècle Marliacuiu, et ainsi s'explique la transition au nom de Marlacum. Ces changements d'orthographe, on l'a vu, étaient alors fré(pients aussi bien pour les personnes que pour les lieux.

Cette assemblée était réunie plutôt pour traiter des affaires ci\ iles que religieuses, et surtout pour affermir la |»aix (pii a\ ait été signée, après le combat de Thierry avec DagobcrI, roi d'AusIrasie, au sujet des frontières

(1) Miinsi. Conc. XI, l(il-17'i.

(2) Cf. Délie diplomatica, 298.

de leur royaume. Le roi fit condamner, suivant les canons, plusieurs évêques qui avaient été infidèles à sa cause. De ce nombre était Chramlin qui fut convaincu de plus d'avoir usurpé l'épiscopat à l'aide de fausses lettres royales ou par tout autre moyen frauduleux. Après avoir été déposé solennellement par le concile, il eut ses vêtements sacerdotaux déchirés, en signe de déchéance. Thierry voulut pourtant le traiter avec indulgence et, sur les conseils des prélats et des seigneurs présents, il autorisa Chramlin à se retirer dans l'abbaye de Saint-Denis et à conserver ses biens hors des atteintes du fisc. Le diplôme renfermant ces clauses était daté de la cinquième année de son règne, (1) et portait la signature royale. Thierry donna une autre charte qui nous est également restée. Le roi y déclare donner au diacre Chainon (qui devint abbé de Saint-Denis), divers biens provenant de la succession de Detta, veuve de Chrodobert. D'après Félibien, ces terres étaient situées dans la Brie, à Sancy, Monceaux et Aulnoy, au diocèse de Sens. Comme la charte de Chramlin, celleci porte la signature du roi, précédée d'une croix et de l'invocation : In Chvisti nomine (2).

Mais ce concile devait se laisser entraîner à une criminelle lâcheté, s'il est vrai, comme le pensent de graves historiens, qu'il faut l'identifier avec l'assemblée où l'on sait que saint Léger d'Autun fut condamné. D'après Alansi (3), comme ce prélat fut mis à mort en 678, ainsi que le prouve Pagi, le synode où furent jugées plusieurs causes d'évêques

(t) Cette charte, conservée prccieiiseinent dans les Archives de Saint-Denis jusqu'à la Révolution, se trouve aujourd'hui aux Archives Nationales, K, 2, n° 1 : fonds Saint-Denis. Mabilh.n en a donné le premier le texte dans son De lie diploinatica, 469.

(2) Cf. Archives Nationales. K, 2, n° 12 ; fonds Saint-Denis — Ce diplôme a été victorieusement défendu par Mabillon et Fontanini contre Germon qui l'avait déclaré faux, sans mettre en avant d'autre raison que la barbarie du style. — Musée des Archives nation. 14.

(3) Concilia, XI, 1095, 1098.

avec relie de l'évêque d'Autun, ne peut être différent de celui où l'ut condanuié Chranilin. De môme Baronius, et, aprcs lui, Binius el Labbe nu distinguent pas le prciuirr du second, seulement ils le placent en 685. ('(M'nclius Byeus également, dans une longue étude (pi'il consaci'e à cette question (1), considère, sinon connue certain, du moins connue probable que ces deux conciles sont le même, et il s'appuie, pour établir cette conclusion, sur quatre points qui se retrouvent à la l'ois dans le récit des deux assemblées : il y fut convoqué par Tbierry un grand nombre d'évêques, dont plusieurs furent frappés, et la réunion eut lieu dans une villa royale.

Les prélats qui avaient eu le malheur de déplaire à Ebroïn furent jugés d'après les canons comme prévaricateurs, puis condamnés et déposés selon toutes les formes les plus solennelles de la liturgie. Les deux rites ordinaires de cet acte humiliant furent également employés. Les uns eurent leurs vêtements sacerdotaux déchirés en plein concile, se virent expulsés de l'assemblée et relégués dans un exil perpétuel. D'autres furent traités avec plus de rigueur : on leur arracha les ornements, et on leur rasa la tète pour effacer jusqu'aux traces de leur couronne cléricale. Toute l'assemblée prononça sur eux les solennelles malédictions du psaume 108 que les peuples n'entendaient jamais sans effroi retentir avec les foudres de l'église. Lambert, évêque de Trêves, fut déchu de son titre et exilé dans un monastère. Diddon, évêque de Châlons, après avoir été tondu et dégradé, fut violemment mis à mort au sortir du palais. Enfin, Waimer, comte et évêque de Ti*t)yes, a])rès avoir été frappé comme relaps et abreuvé de dégoûts, fut chassé ignomineusement ; puis on le reprit quelques jours après, sur les ordres d'Ebroïn qui le fit battre de verges, étrangler el suspendi'e à une potence.

(1) Acta Sanctorum, XLIX, 410-il6.

Mais la pire iniquité de ce conrilc fut la condamnation de saint T.pgc?". Ce grand cvèquc avait déjà subi de la i)aH du niaii'e du ])alais de longs tourments, la faim, la soit' et une dui'e prison, après avoir eu les yeux arrachés, la plante fies pieds coui»ée, la langue et les lèvres déchirées. Counne les respects qu'on rendait à sa vertu étaient poui' le ministre un reproche (-ruel, il entrepi'it de le l"aii"e |)araître aussi coupable qu'il était indignement traité, et de lui ôter la plus douce consolation qu'il eût dans sa lamentable situation, celle d'offrir le saint sacrifice. Il oi'donna donc de le citer devant les évêques assemblés, pour y être juridiquement déposé et interdit. St Léger, racontent ses biographes, comparut avec la confiance qu'inspire l'innocence. Il parla avec liberté au roi Thierry et lui prédit plusieurs événements qui devaient lui arriver. On le pressa de s'avouer coupable de la mort de Childéric. Il répondit constamment qu'il ne l'était en aucune manière et que Dieu le savait. On ne put trouver des preuves contre lui, mais la haine sau^"age d'Ebroïn sut y suppléer.

Le plus grand nombre de ceux qui composaient l'assemblée subissaient son influence ; il lui fut donc facile d'obtenir une sentence qui déclarait le saint évêque déchu de l'épiscopat : comme marque de déposition, on lui déchira également la tunique depuis le haut jusqu'en bas. Après cet inique jugement, il fut remis entre les mains de Chrodebert, comte du palais, qui eut la charge de le conduire dans sa maison de campagne, située sur le territoire d'Arras, pour mettre fin à ses jours. (1) Ainsi l'Eglise subissait le contre-coup des mœurs redevenues barbares, el elle en était gravement atteinte.

(I) Contrairement au sentiment que D. Pitra expose dans sa belle Vie de saint Léger il nous parait qiio les prélats, condamnés dans ce pseudo-synode, comme le nomme un hislorien. étaient coupables avant tout d'être les ennemis politiques d'Ebroïn, ainsi que saint Léger, et que la vengeance du ministre s'appesantit sur ce dernier, moins parce qu'il défendait les droits de l'Eglise et de la morale, que parce qu'il s'opposait à sa tyrannie.

C'est la dernière fois -qu'il est fait mention dans l'hisloii-e scnonaise du jtalais de Mailaciirn (1). Fut-il déiniil lin peu plus tard dans l'invasion des Sarrasins ou dans celle des Normands? On l'ignore. Nous relroiixons au x" siècle un autre; chàleau l'oyal sur la lerrc de .Màlay, umis il est situé à qiiel(|iies kilomètres (!r (li'-l;mce, également sur les bords de la \'anne, dans un endroit (jui portail le nom de Theil.

Oiichpies auteurs, avec le (îallid (lirislidiia, allrii)u<'id à révècjue de Sens, Lambert, la fondation dans cette \\\\g d'un monastère de Bénédictines, sous le patronage de saint Maurice, dans le faubourg d'Yonne, près du pont. Ces religieuses eurent pour première abbesse sainte Aveline. Leur église devint plus tard paroissiale, lorsque la communauté fut dissoute.

Le successeur de Lambert, Yii.frax (ou \'ulfchramnus), ne devait conserver que peu de temps la direction de l'église de Sens, a l'imitation de plusieurs de ses prédécesseurs. Nous possédons quelques renseignements sur lui, grâce à un de ses contemporains, Jonas, moine de Fontenelle, qui a écrit sa vie (2). Il

(1) Dans sa fjrande carte de l'eiupire de Charlcmagne, après le pari âge de 800, Ijongnon marque encore près de Sens Mnsanlncus.

(2) Ce religieux est un de ceux qui, au vii^ siècle, firent honneur aux lettres, malgré la décadence intellectuelle et les ma,lheurs de son temps. Il avait vu sans doute et connu Vulfran, lorsque ce saint, après sa mission en Frise, se retira dans cette abbaye. De plus, il avait le moine Ovon comme lén>oin des événements qu'il racontait. Il était donc d;ins les conditions voulues pour écrire cette Vie. C'est ce qu'il entreprit par ordre de saint Bain, évèque de Térouanne, alors abbé de Fontenelle, et qu'il exécuta, selon toutes les apparences, à l'occasion de la translation du corps du bienheureux qui eut lieu huit ans après sa mort D'après Cave [Script. Ecrl. Hist. Litter., '»I0,) il l'aurait écrite vers 729 ; mais les auteurs de Vllistoive Littéraire ilM, 16) prouvent qu'il faut probablement la rajeunir de quelques années. Par malheur, cette œuvre ne contient guère que le récit de sa mission en F'rise, et n'a que des généralités sur son action à Sens.

D'ailleurs, si la composition de Jonas est venue jusqu'à nous, d'après Mabillon {Act. S. O. S. B. s.tc. III, p. I. 356 et suiv.) elle a été largement interpolée par un moine de Fontenelle, du nom de Hardouin. Le savant Bénédictin en a donné une édition critique,

naquit vers 650 à Maurilly (aujourd'hui Milly, près de Fontainebleau qui faisait alors pai-tie du diocèse de Sens). Son père était ol'ticier dans l'armée de Dagoberl l". Sans se laisser énoi'gueillir par ses rapides sutcès dans les sciences ni par la pei'spective d'un brillant avenir dans le monde, il endjiassa la cléricalure et reçut les ordres sacrés.

D'après le Gallia Clirisliaiia, il avait passé (pielques années parmi les clercs de la coui-. Malgré le mépris des études et l'ignorance qui s'étendaient de plus en plus, il faut citer, parmi les rares foyers dans lesquels persévéra le culte des lettres, l'école du palais fondée par les rois de la première race, où un grand nombre de personnages de cette époque furent élevés et instruits dans les sciences profanes et ecclésiastiques (1). Après le temps passé à cette école, Vulfran entra probablement comme religieux à l'abbaye de Fontenelle, car il donna en 684 à cette maison sa terre de Maurilly, et les moines qu'il prit pour l'accompagner dans sa mission en Frise, appartenaient à ce monastère qui était alors un des plus célèbres par la régula i-ité et la ferveur de ses trois cents religieux (2).

Le métropolitain de Sens, Lambert, étant mort, il fut appelé par le peuple à lui succéder. Son élévation date de 692 (3). En parlant de sa vie épiscopale, Jonas dit seulement qu'il suivait les exemples de ses saints prédécesseurs, implorant sans cesse la protection divine sur le troupeau confié à ses soins, réalisant d'abord dans sa conduite les enseignements qu'il

faile sur celle de Surius. On rencontre dans l'écrit original tant de choses étranerères et même contradictoires, que les Bollandistes ne l'ont pas publiée et en ont extrait seulement divers passages pour faire connaître saint Vulfran. Cf. Lecointe, Annales ecclesiast. Franc, ad iinnum 704. — Bibliothèque Ilist de l'Yonne, I, 170. — Les Vies interpolées des Saints de Fontenelle, par l'abbé Legris, dans Jnale ta Bolland. 1898, 265 et suiv.

(1| Cf. Revue des Quest. hi^t., octobre 190-3, 553 et suiv.

(2) Cf. Abrégé de la Vie et des miracles de saint Vulfran,archev. de Sens et moine de Fontenelle, par Guillaume la Vieille ; réédité à Rouen, 1876, par l'abbé Sauvage.

(3) Gallia Christiana.

donnait, et pratiquant surtout les vertus de charité, de patience, d'humilité, de prière et d'affabilité envers tous. Il assista, en GOo, au plaid tenu par le jeune roi Clovis III à Valenciennes, dans son palais, avec douze |)rélals cl de nombreux comtes et dignitaires de la cour (1),

La situation de Vulfian devint-elle difficile à Sens en raison du trouble causé par les événements récents, ou poui' d'autres causes que nous ignorons ; ou bien, romme le raconte son biograpiie, fut-il poussé par une inspiration divine ? Quoi qu'il en soit, ayant entendu parler de la mission de Willebrod chez les Frisons (aujourd'hui la Hollande), il fut pris d'une sainte émulation et abandonna son siège pour se consacrer à l'évangélisation des païens. Il retourna à Fontenelle, et ayant obtenu l'autorisation du roi Childebert et de Pépin, il prit avec lui quelques moines pieux et instruits pour l'aider, s'embarqua sur la 'Seine et se rendit dans la Frise. vSa mission fut signalée par des faits miraculeux qu'ont attestés des témoins oculaires et que Jonas raconte en détail. Mabillon pense qu'il ^(>^ !!il phisicurs IV.is à Fonicnclle pour se reposer des labeurs de son apostolat et que, accablé par les travaux et la vieillesse, il s'y retira définitivement en 710 et mourut l'année suivante. Tl rejette le sentiment d'Odoranne et de Clarius, d'après lesquels Vulfran vécut jusqu'en 741. On ne voit pas que celui-ci ait rien fondé en Frise, ni laissé des continuateurs.

A sa mort, survenue le 20 mars, il fut inhumé dans l'abbaye, près du fondateur de Saint-Vandrillc. Tl devint presque aussitôt l'objet du culte de ses frères, et, huit ans après, saint Bain, évoque de Thérouane, leva son corps de terre (2). Le nom de Vulfran manque

(1) Cf. Mabillon, De Re Diplom. 475. — D. Bouquet Recueil des Hist. IV, 672.

(2) D'après le récit du Majus Chronicnn Fontanellense, de la Bibliothèquo du Havre, et du Chronicon Minus.de la Bibliothèque de Rouen, le corps de saint Vulfran aurait été retrouvé sons les ruines de la basilique de Fonteucllc au temps de Richard P"", et

dans le martyrologe d'Adon ainsi que dans la \'ie de \Vill(>hrod, par Alcuin, mais il est cilc avec éloge dans celui dl suard ainsi que dans les chroniqueurs Odorannc, Clarius, .Mathieu de Wesminster, Hugues dAuxcrre cl autres. L'église de Sens célèbre sa l'ète le 20 mars, jour où elle est marquée dans le martyrologe romain (1).

Combien de temjjs ^'ulfran rcsta-f-il à Sens ? La l ic inteipolée de Jonas rapi)orte qu'il occupa le siège métropolitain pendant vingt-neuf ans, sans compter les cinq qu'il passa en Frise. Mais ces chiffres sont inexacts, car l'on sait de source certaine qu'il avait abdiqué dès l'année 690. Les érudits ont beaucoup discuté sur l'année où Vulfran céda son titre à Géric ; s'il est vrai, comme le rapporte Mabillon, qu'il signa, la première année du règne de Childebert, un diplôme où il renouvelait et confirmait le privilège accordé par Emmon à l'abbaye de Sainte-Colombe, ce fut peu après, dans cette même année 695, qu'il dut résigner ses fonctions épiscopales (2). Avant son départ, s'il faut en croire sa Vie et Clarius (3).

l'abbé Sauvage, dans sn réédition de Guillaume la Vieille, (op cit, XLIV', clierchcr à démonirer que les reliques du saint, restées " ' •''hbaye pendant le cours du moyen-âge, sont .Tujourdhui à 1 église paroissiale de Saint- Vandrille. Mais d'après un autre historien I Vie de saint Vulfran, é\: de S.ns, traduite sur le manuscrit de Jonas, par M. Michel, curé de la paroisse Saint-Vulfran, à Abbcville) le corps fut apporté on 1058 par Guillaume de Talvas, comte de Ponthieu, en l'église Saint-Nicolas d'Abbeville, qui de vint collégiale sous son vocable. De fait, les chanoines de Sens considéraient les reliques d'Abbeville comme authentiques, car en 16»! ils reçurent du chapitre de celle ville quelques ossements qui ont été pieusemeiit conservés au Trésor de la ca hédialc. Cf pour plus de détails, sur la controverse au sujet de ces reliques. Histoire Littéraire, VII, 512-5! 'i. — Blondel, Vie des Saints du Diocèse de Sens, 53.

(1) La bibliographie de VuUran, très abondante, se trouve indiquée dans l'ouvrage de l'abbé IJl. Chevallier. — A la Bibliothèque du Havre, dans un manuscrit du xi^ siècle, renfermant la Vie de saint Vulfran, existe une miniature représentant le métropolitain de Sens, avec le paliium et la crosse, et tenant un livre à la main.

(?) Cf , pour plus de détails. Jeta Sanctorum, Aug. VI, 95.

(3) D'Achéry, Spicilége, II, 464.

il aurait choisi pour aduiiiiistiei' le diocèse pendant son absence un religieux de Sainl-l*iei'i-e-le-\ il', (àéric, qui se recommandait par sa prudence et son zèle, et, lorsqu'il revint épuisé quelques années plus lai'd, il lui aurait conféré la conséci-ation épiscopale pour se relir<'i' délinitivenienl à Fonlenelle. Si ce renseignement est considéré connue exact, il laut i'évo(pier en doute iautliculicité ou du moins la date du dii)lonie de Sainle-Colondje.

Gkiu( (ou encore (liricius, Guericus) était de l'illustre l'anulle des comtes de Tonnerre, qui a donné à l'église de Sens plusieurs saints pontifes et de pieuses moniales. Il était entré jeune à Saint-Pierrele-Vif dont l'école commençait à jeter un certain éclat. Elle était alors, au témoignage de Clai'ius, <( une académie célèbre où l'on cultivait toutes les sciences. » A cause des rapports étroits qui existaient entre cette abbaye et les métro[)olitains de Sens, nous inclinons à })enser (pie ceux-ci y avaient installé leur école épiscopale. Malgré l'ignorance et les vices qui régnaient à cette époque, ces sanctuaires de l'étude se soutenaient dans bon nombre de diocèses, pai'mi lesquels V Histoire Lillcvaire (1) mentionne notamment celui d'Auxerre, sous saint Tétric. Ainsi que les écoles monastiques, ils fournirent pendant de longs siècles à l'église de France de savants et pieux évéques, et aux lettres, des écrivains célèbres.

Géric se trouvait, en 090, à Captonac (Ceannoy, près de Paris), à un concile où Agirard, évéque de Chartres, fit confirmer par ses collègues le privilège qu'il avait accordé au monastère de Notre-Dame de Blois. Agii'ard, comme partie intéressée, signa le premier, et, après lui, Géric (Gœricus), Griphon de Rouen, et onze autres prélats parmi lesquels les évêques de Nevers, Orléans et Paris. L'original de cette charte subsiste encore et se trouve aux Archives Nationales (K, III, n° 11.) Mabillon a publié un

fac-similé dans son Irailé De Re diplomalica, 478. Un y voit la .signature aullu'nli(|iK', la plus ancienne qui nous soit restée, d'un niétiopoliiain de Sens. Il mourut vers 710 (1). Ses vertus, dont l'éclat s'était répandu au loin, et les miracles accomplis sur son tombeau lui firent décerner les honneurs dus aux saints dans la basilique de Saint-Pierre-le-Vif, où il fut enseveli. Son nom figure au 20 mars dans plusieurs martyrologes et au 29 août dans le Flotariuni Saiictorum (2).

Géric eut poui' successeur son propre neveu, Ebbox, qui était alors abbé de Saint-Pierre-le-vif. Ce prélat, en sauvant la ville de Sens des atteintes d'une invasion de Sarrasins, devait renouveler les glorieux exploits de saint Loup dans cette cité. D'après l'auteur de sa Vie (3), il perdit ses parents peu à près avoir terminé ses études, et fut appelé à gouverner le Pagus de Tonnerre dont le comté lui était échu par droit d'héritage. Mais il résolut bientôt d'abandonner cette dignité et de rompre avec le monde en venant se retirer à Saint-Pierre-le-Vif. Là, après s'être dépouillé de tous ses biens, il se soumit entièrement sous la conduite de l'abbé. Il fit tant de progrès dans la vertu, qu'il devint bientôt le guide de ceux qui étaient chargés de le diriger et dépassa ses frères dans la voie de la perfection religieuse. A la mort de labbé Aigylène, d'après L'iarius, ou de son successeur Viraibod, suivant le Gallia Chrisfiana, les moines le

(1) Act. Sanct. 1. c. 96.

(2^ Gallia Christiana, XII.

(3) On possède aujourd'hui deux Vies de saint Ebbon. L'une, plus cniirio, dunnée par le P. Stilliiig, dans les Act. Sanct. 1. c. 98-100, est tirée de l'ancien légendaire de l'église deSens. Cet écrit, postérieur à l'invasion des Normands, dans laquelle les premiers actes du saint auraient été détruits par un incendie, paraît avoir été composé au x* siècle, à l'occasion de l'invention du corps de saint Ebbon, vers 980, par l'abbé Rainard et l'archevêque Sévin, Mabillon avait publié, avant les BoUandistes, dans les Acta S. (). S. B. III, I, 647-652, une autre Vie, plus longue, mais d'époque postérieure. CA. Molinicr, Les Sources de l'flist. de France. I, I'i3.

mironf, malgré lui, à leur lelc. Il ?ii( Boiilcnir la renoniinée du nionaslèie par son zèle pour l'étude et la discipline. A la mort de son oncle, (Jéric, le clergé et le peuple de Sens portèrent leur choix à l'unanimité sur lui, et obtinrent du roi Cliildebert II de l'avoir pour pasteur ; mais il fallut supplier l'humble abbé pour lui l'aire accepter cet honneur, et son sacre eut lieu aux acclamations de toute la cité. Il devint la consolation des allligés, la providence des pauvres, la lumièie et le guide des âmes, et un vrai pontife aussi bien pour les populations des campagnes cpie poui' celle de la ville.

Ebbon avait été suivi à Sens par deux de ses sœurs, Ingoare et Léothérie, qui avaient également embrassé la vie l'eligieuse à l'abbaye de Saint-Jean. Peu après son élévation sur le siège de Sens, Ingoare fit don d'une partie de ses biens au monastère de Saint- Pierre-le-Vif. Dans les termes de la charte qu'elle donna à cette occasion, on sent le souffle puissant de la foi qui régnait alors dans cette famille des comtes de Tonnerre, et qui parfois engendrait d'héroïques vertus.

« Au nom du Père, du Fils et (hi Saint-Esprit.... Jésus-(,"hrist, notre Seigneur et Rédempteur de tous les hommes, nous dit clairement dans l'Evangile : u Amassez-vous un trésor dans le ciel, où les vers et les voleurs ne pourront vous l'enlever ; préparez-vous avec l'argent de l'iniquité des richesses qui ne vieillissent pas » ; et dans un autre endroit : « En donnant peu, vous acquérez un royaume ; vous faites une petite aumône et vous recevez une récompense sans bornes. » Comme tout honune est soumis à la volonté de Dieu, il semble juste qu'il observe en toutes choses son commandement. C'est ainsi que moi, Ingoare, pauvre vierge consacrée à Dieu, saine d'esprit et pénétrée de la salutaire pensée de l'éternelle récompense, j'ai résolu, pour effacer mes péchés, porter remède à mon ûme et suivre la parole évangéliquc, de

donner quelques-uns de nies biens au monastère de Sainl-l*ierre, construit sous les murs de laf \ille de Sens, et aux moines qui y vivent sous la conduite du vénérable abbé Chrodolin. Par cette charte je leur donne, à partir d'aujourd'hui, et je veux qu'il leur soit (k)nné à perpétuité ma jtorlion de la viHa de Fontaines, qui est sise dans le pays de Tonnerre, toul ce (|ui me revient de mes parents paternels et malernels, avec tous les biens qui se trouxent à Fontaines ; de plus, ce que j'ai dans le pays de Lassois, à Pauliac et à Bagnole, avec toutes les parcelles qui toucheid à Fontaines, soit terres, maisons, constructions, libertés, ouvi'ages des habitants, vignes, bois, chami)S, prés, troui)eaux, terres cultivées et incultes, eaux et ruisseaux, tous les animaux mâles et femelles qui peuvent être nommés, et que je pourrai augmenter ou améliorer ; je les abandonne pour toujours au profit du monastère. Si quelqu'un, que ce soit même l'un de mes héritiers ou quelque autre personne, voulait empêcher ou détruire cette donation que j'ai faite et approuvée de ma pleine volonté, qu'il encoure aussitôt la colère de l'éternelle Ti'inité, qu'il soit écarté de la demeure des chrétiens et du lieu saint et qu'il soit excommunié ; de plus, qu'il soit condamné à payer au monastère ainsi qu'au fisc deux livres d'or et cin(j livres d'argent. Que la présente donation reste ferme et stable en tout temps, munie de ma signature. Fait à Sens, Ingoare. Sachez que cette donation a été faite par moi.... Moi, Ermenbert, Ingoare me le demandant pour Dieu, j'ai écrit cette donation et je l'ai mar(:|uée au xn^ des calendes de novembre, la première année du règne de notre maître Dagobert, roi (1). Il reste également une charte qui aurait été

(I) Mabillon a éJité,dans les y4f/. .S\ O S. B. IV. 557, ce diplôme H'Ingoare, d'après los archives de Sf-P.r>.Vit. Le Coinle l'a revue d'après lui {Annales, IV, 23'i). I--e lexle qui se trouve à la fin de la Chronique de Clarius présente des variantes assez importantes. (Cf. Cartul, gén. de l'Yonne, I, 23 à 25). L'authenticité de cette charte est hors de conteste. Cf. Bréquigny, Dijtlomalay dans Migne, LXXXVIII, 1258.

donnée huit ans plus tard à la même abbaye par Léolhérie, sœur d'Ingoare ; mais celte pièce renferme beaiicoiii) de choses qui la rendent suspecte (1).

Sainl-Pierre-le-Vif possédait alors' un religieux dont les mérites devaient être couronnés par le martyre. Né à Coutances, en Normandie, vers 680, Paterne était entré dans un monastère de Bénédictins près de Grandville. L'éclat de ses vertus le rendit \énérable et cher à ses frères, mais désireux d'échapper aux visites importunes que sa haute renommée lui attirail, il (piilla son pays, arriva jusqu'au monastère de .1 aulnes (i>rès de Hray-sur-Seine), puis il vint à Saint-Pierre-le-Vif où l'abbé Chrodolin et toute la communauté le reçurent avec joie. Mais là encore on vil accourir bienlùl une foule de malades et dinhrmes qui s'en retournaient en remerciant Dieu de leur guérison et en publiant les vertus de son serviteur (2). Un jour qu'il traversait la foret de Sergines, en se rendant à Jaulnes, des brigands qu'il voulut exhorter au repentir lui tranchèrent la tète. Un riche habitant de Sergines lit construire une église à cet endroit sur son loud)eau, et clans la suite on y établit un prieuré bénédictin. Il fut honoré comme saint de bonne heure, car il est marqué (12 nov.) dans le martyrologe d'Usuard qui le connut peut-être })ar la première rédaction de ses Actes. Labbe le mentionne également dans un autre martyrologe très ancien, appartenant à Saint- Laurent de Bourges. L'église de Sens célèbre aujourd'hui sa fête le 14 novembre. (3)

Le seul trait que nous connaissions de la vie

(1) Cf. les mêmes autours pour ce diplôme.

(2) Les Actes de saint Paterne sont reproduits dans deux écrits, l'un rédigé en style barbare par un ancien auteur anonyme, l'autre, par un écrivain qui a essayé de le polir. L'un et l'autre sont d'un âge incertain. /.'Histoire Littéraire place ce dernier au x' siècle ; il fut probablement composé vers 958, à l'occasion de la translation des reliques du saint. — Cf. notre texte à cette date, pour plus de détails. — Mabillon, Jc/a S.O. S. B.,sivc. IIL L 463.

(3) Cf. Labbe, Bibliotheca nova, H. — Sollère, CXXIV, 686.

d'Ebbon en dehors du diocèse est sa présence à l'assemblée de Tulpiac, en 723, où Bénigne, abbé de Fonlenelle, l'éclama une villa dont sétail emparé le comte Bertaire (1). En dehors des bienfaits spirituels qu'il procura à son peuple, il devait le sauver un peu plus tard d'une épouvantable calamité. A la faveur de l'anarchie qui régnait dans les royaumes francs, une armée de Sarrasins avait pénétré dans la Provence et la Bourgogne, détruisant tout sur son passage, renversant les villes, brûlant les églises et les monastères, et répandant sur son passage la désolation et la mort. Ces barbares, en partie idolâtres et en partie mahométans, vinrent mettre le siège devant Sens, en 731 ou 732.

« L'ennemi, raconte le chroniqueur (2), parut devant la cité sénonaise, l'entoura de son camp, plaça aux portes des sentinelles vigilantes pour fermer toutes les issues. Des engins de guerre, batistes, catapultes, pierriers battaient les remparts. De leur côté, les citoyens munissaient les points faibles, élevaient des tours et lançaient des traits enflammés pour brûler les machines de l'ennemi. La fureur des assiégeants, doublée par l'énergie de cette résistance, ne connut plus de bornes. Ces barbares imaginèrent un expédient redoutable. De toutes parts des ai'bi'es furent coupés et quand le bois eut été amoncelé autours des murailles, ils y mirent le feu. Les habitants consternés vinrent trouver l'évêque.

«L'homme de Dieu était agenouillé, les yeux remplis de larmes. Il suppliait le Seigneur Jésus-Christ de secourir le peuple qui lui avait été confié. Sa prière terminée, il bénit la foule, entraîne les guerriers avec lui, fait ouvrir une des portes, et, à travers les flammes, la petite troupe se jette sur l'ennemi. Surpris à l'improviste dans leur camp, les barbares

fl) chronique de Fonlenelle

(2) Cf. Historia Francoriim Senonensi^, d'Hugues de Fleury, dansMigne, CLXIII, 854. — Clnrius, dans Spicilége, 270. — Act. Sanct., 1. c. 99. — Blondel, Vie des Saints.

s'enfuient en désordre, et, après les avoir mis en déroule, l-^bljon lenire eu Ifiouiplie dans la ville qu'il a\ail sauvée. >> C'hailes Martel devait peu après eompleier son œuvre et écraser l'armée musulmane.

Lors(pie la [)aix fut rendue au pays, Ebbon résolut de sanctifier dans la solitude les dernières années de sa vieillesse. Il se retii'a dans un ermitage de la forêt d'Olhe, appelé Arces, et situé à sept lieues de Sens, dans un petit vallon, vers la source d un ruisseau. Il n'abandonna point cependant le soin de son peuple ; il venait dans sa ville épiscopale tous les dimanches célébrer l'office sacré et distribuer aux fidèles le pain de la parole divine. Il mourut le 29 août, on ne sait au juste de quelle année. Ce fut avant 744, car à cette époque une lettre du pape Zacharie à saint Boniface parle de l'éleclion de son successeur, Artbert (1). Conformément à ses dernières volontés, son corps fut transpoi'té d 'Arces à Saint-Pierre-le-Vif, et inhumé dans la chapelle Notre-Dame de la basilique, près des tombes de ses deux sœurs, Ingoare et Léothérie. Le culte de saint Ebbon est demeuré local pendant plusieurs siècles, car il manque dans les martyrologes d'Adon et d'Usuard. Il ne devint probablement public que vers la fin du x* siècle, quand ses ossements furent levés de terre (2).

(1) Cf. Mabillon. A. 6\ O. S. B., 1. c, 647.

(2) D'après la Chronique de Clarius, on possédait encore à Sens la chasuble avec laquelle il avait été enseveli et que l'on avait retrouvée presque intacte dans son tombeau. Il est raconté dans le Bulletin de la Société archéologique de Sens, VIII, 16 ; XIV. 444, comment cette précieuse relique, après diverses péripéties, est rentrée en la possession du Trésor de la cathédrale. Cf. Chartraire, op. cit. 46.

Page 1